Tuberculinum et tuberculinisme

Par Edouard Broussalian.

Introduction

C’est un lieu commun de dire que Tuberculinum est un immense remède, surtout en pédiatrie où vous risquez de le prescrire tous les jours. Pour moi il évoque un tableau clinique bien particulier que je vais essayer de vous décrire malgré le manque de ressources dans la matière médicale (l’immense majorité des symptômes que nous lui connaissons proviennent de la clinique).

Comme lorsque nous avons parlé de Medorrhinum, évoquer le nosode Tuberculinum oblige à parler de tuberculinisme car la pratique vous montre très clairement l’existence d’un terrain particulier avec des antécédents familiaux fortement évocateurs.

Après un bref historique du remède, je brosserai un portrait du tuberculinisme puis j’aborderai les tableaux cliniques les plus évocateurs du remède avant d’en faire une étude plus systématique qui concerne surtout l’enfant.

La souche

Divers Tuberculinum ont été utilisés et (parfois) expérimentés.

Fincke et Swan (1879) on fait des préparations à partir d’une goutte de pus provenant d’un abcès pulmonaire ou de crachats de tuberculeux. Il y a aussi une souche appelée Bacillinum préparée par Heath en 1890 pour le compte de Burnett à partir d’un poumon tuberculeux dans lequel le bacille avait
été mis en évidence au microscope.

Le Tuberculinum que l’on utilise est le bovinum, préparé par Kent :  » la souche que j’utilise est un peu différente de celle que l’on trouve généralement dans le commerce. C’est un professeur de médecine vétérinaire qui me la procura jadis. Il y avait alors en Pennsylvanie un beau troupeau de bovidés qu’il fallut abattre pour tuberculose. Par l’entremise de ce professeur j’obtins quelques uns de leurs ganglions, dont je sélectionnais le spécimen le plus convenable. Boericke & Tafel le dynamisèrent jusqu’à la 6ème centésimale et depuis lors on a préparé sur la machine de Skinner les 30ème, 200ème, 1000ème et les dynamisations les plus élevées. « 

Hélas, les réglementations européennes (le cancer bureaucratique semble ne connaître aucune limite) obligent les grands laboratoires à stériliser les souches qu’ils emploient, ce qui dénature peu ou prou le médicament. Ceci devient une réelle menace pour l’emploi de médicaments indispensables comme le sont les nosodes. Aussi j’emploie pour ma part le Tuberculinum bovinum de chez Schmidt, rapporté des Etats Unis par Pierre Schmidt lui même et provenant de la souche originale de Kent.

Un mot sur Aviaire, la tuberculine des oiseaux. Je ne l’utilise jamais, c’est peut être un tort. Elle a la réputation d’agir plus en douceur et de ce fait serait plus indiquée chez l’enfant, notamment dans les toux sèches après la rougeole.

Le tuberculinisme

Burnett a suggéré le premier que les sujets qui ont une ascendance tuberculeuse ne se débarrassent pas de leurs tendances héréditaires et ont une faible vitalité, tombent malades facilement, deviennent anémiques, nerveux. Il prescrivait de façon routinière Tuberculinum. dans les cas de ce genre correspondant à cette constitution qu’il appela  » consumptiveness « . Kent dit néanmoins que l’administration du remède en XM, LM, CM, à raison de deux prises de chaque dynamisation à de longs intervalles immunise et améliore la résistance des enfants qui ont cette hérédité et dont les symptômes agréent. Il dit encore :  » ce remède guérit la plupart des végétations adénoïdes et des adénopathies tuberculeuses du cou  » ; ce que la pratique 80 ans après confirme encore tous les jours.

La notion de tuberculinisme fut développée par le Dr. Nebel de Lausanne, reprise et amplifiée ensuite par son élève Léon Vannier en 1924. Pour lui, existe un état pré-tuberculeux, reconnaissable par un ensemble de manifestations et de signes cliniques déterminés par un état d’imprégnation en toxines particulières. « L’état toxinique précède l’apparition du microbe dans les rejets organiques » (p. 36). Ainsi le bacille de Koch serait la phase ultime de l’évolution d’un ultra-virus tuberculinique vers des formes granuliques (granulie pré-bacillaire du Pr. Calmette).

Quoi qu’il en soit, la pratique journalière nous montre bien qu’il existe un état tuberculinique caractérisé « par l’observation du malade, dont les réactions physiques, biologiques et psychiques constituent autant de signes manifestes, non seulement de l’état toxinique destructeur, mais aussi du remède réparateur » (p. 41).

Pour Vannier, le tuberculinique est toujours un phosphorique. Je ne reprendrai pas ici les descriptions désormais classiques, pour rappeler que ces signes typologiques n’ont qu’une valeur d’orientation, seuls les symptômes devant nous guider vers le remède curateur.

L’homéopathie telle que Hahnemann l’a découverte et énoncée repose sur une similitude « physio-pathologique ». Seule l’expérimentation d’un médicament sur le sujet sain nous définit le tableau clinique auquel il s’applique.

Jamais Phosphorus ni Tuberculinum n’ont rendu les gens grands et maigres…, ni Pulsatilla rendu les femmes blondes avec des yeux bleus. Nous avons eu maintes fois l’occasion d’en parler, je ne reviens donc pas là-dessus.

D’autre part, bis repetita placent, ne prescrivez pas un nosode simplement sur la notion de terrain : c’est une erreur grossière qui aura la plupart du temps comme effet de greffer un miasme supplémentaire.

Vannier précise que « la genèse de l’état tuberculinique appartient à l’hérédité » (p. 47). Il est vrai qu’on retrouve très fréquemment des antécédents familiaux tuberculeux, et bien souvent des réactions anormales au BCG chez le sujet.

Un mot de Vannier résume fort bien l’état du sujet tuberculinique : « on ne lui trouve jamais rien et il est toujours malade« .

Ce sont des gens toujours enrhumés, récidivant fréquemment des infections ORL (angines, otites), etc. Malgré toutes les analyses, on ne leur trouve jamais rien. Dans le doute, on les bourre en fer, on leur fait absorber des fragments bacillaires en vue de « stimuler leur immunité » selon un rituel précis. D’ailleurs bien des études américaines ont montré le peu d’efficacité de ces immuno-stimulants qui représentent hélas un marché énorme.

Pour simplifier, les caractéristiques « classiques » se scindent en quatre groupes (p. 82) :

  1. La grande variabilité des symptômes : le sujet se sent malade, mais ne donne pas de notion précise. Tantôt constipé, tantôt il a la diarrhée. Les selles ne sont jamais deux fois semblables. Son humeur est variable depuis la tristesse jusqu’à la gaieté. Etc.
  2. Les troubles du système nerveux. Le sommeil est fréquemment perturbé. Souvent c’est un endormissement difficile le soir avec une difficulté à se réveiller le matin, mais le contraire existe avec une forte somnolence le soir pour se réveiller très tôt. En tout cas le signe « il est toujours plus fatigué le matin que le soir » est caractéristique. La sensibilité anormale notamment à la douleur. Ceci est très net au niveau des dents qui sont très sensibles aux changements de température, au moindre contact, etc. Le psychisme, avec de nombreux signes révélateurs que nous étudierons ci-dessous avec les cas cliniques. Retenons déjà la variabilité, l’irritabilité surtout au réveil, la tendance à se vexer facilement qui relève encore de l’hypersensibilité, l’agitation qui peut aller jusqu’au besoin de changer d’endroit, de voyager, voire une véritable instabilité, etc.
  3. La tendance aux « rhumes », périodes de toux, de mouchage, de goutte au nez, tendance à racler constamment la gorge.
  4. La déminéralisation et l’état « cyanotique » : les enfants se voûtent, présentent une phosphaturie, les ongles ont des taches blanches ou ne présentent plus de lunule mais une surface violette, font des caries multiples et précoces. Leur dentition est souvent tardive. On retrouve souvent une cyanose et un refroidissement des extrémités.

Le tuberculinisme recèle de nombreuses facettes différentes que je voudrais évoquer avec quelques cas typiques.

Tableaux cliniques

Pour bien comprendre Tuberculinum, je crois indispensable de le situer dans son contexte tuberculinique. C’est pourquoi vous trouverez plus bas des cas cliniques dans lesquels j’ai prescrit d’autres remèdes, comme Sulphur ou Arsenicum, afin de vous permettre une comparaison.

J’ai choisi des cas déjà anciens dont j’ai régulièrement des nouvelles afin d’avoir du  » solide  » à vous présenter.

 

Insomnie et troubles du comportement.

Le petit Kevin P. est né en 1991.

Je le vois pour la première fois en août 93.

Pas d’antécédents particuliers personnels. On retiendra sur le plan familial que les deux grands-parents maternels ont été tuberculeux et que la soeur de sa grand-mère maternelle est morte de tuberculose à l’âge de 14 ans.

C’est un garçon extrêmement turbulent, il ne reste pas en place. Tout le temps de la consultation, il va et vient, saute, monte sur la chaise, le bureau, etc.

Pas calme, c’est le moins qu’on puisse dire, d’ailleurs il crie énormément, pour des riens, quand il désire quelque chose ou même quand il joue.

Il est en opposition avec ses parents, dès qu’il a su parler c’était pour dire « non ». Cela va bien au-delà de ce qui est habituel pour les enfants de son âge. Il dit toujours « non avant de répondre » comme le dit si joliment sa mère. Il se vexe facilement, pique de fortes colères et va jusqu’à se frapper la tête contre les murs. Pourtant, il a aussi des périodes où il peut être adorable.

Voilà pour le tableau psychique.

Les désirs alimentaires sont nettement marqués : il aime tout ce qui a du goût, surtout le salé (il lui arrive de manger du sel pur).

Il a fallu attendre l’âge de 28 mois pour qu’il commence à faire ses nuits. Quand il veut bien dormir, Kevin dort non seulement sur le ventre, mais carrément à quatre pattes, la tête bien calée contre le bord du lit.

Le premier symptôme frappant, si je puis dire, est la tendance à se frapper la tête contre les murs. C’est tout de même peu banal…

Frappe sa tête contre les murs : Apis., ars., Bell.1+7, con., hyos., mag-c., Mill.1+7, rhus-t., Tuberculinum.7

Voici déjà une bonne liste de suspects. Parmi lesquels nous reconnaîtrons Tuberculinum dont c’est un signe caractéristique. Une « variante » se rencontre fréquemment, c’est besoin de rouler la tête, notamment lors de l’endormissement (toujours laborieux). Ce symptôme se trouve à la section Tête, au chapitre Mouvements, page 255.

Toujours est-il que nous voilà d’emblée amenés à confronter le reste du tableau avec Tuberculinum.

Continuons avec le signe le plus manifeste : l’agitation. Le Répertoire nous fournit une bonne rubrique, étoffée elle aussi par de précieux ajouts provenant du Dr. Schmidt et de l’Encyclopédie de Hering.

Agitation, enfants, chez les : Absin.7, ant-t., bor., cham., cupr.34, ip.7, jal., Merc.7, rheum., Rhus-t.7, Tuberculinum.7

Un enfant présentant ce symptôme pendant la dentition évoquera Cham., mais surtout Rheum. Un enfant Cupr. fera volontiers des « mauvais coups », comme des crises de méchanceté. On évoquera Ip. lors d’une bronchite avec un encombrement important.

Toutefois, nous retrouvons ici encore Tuberculinum. Cette rubrique est certainement très incomplète, gare à ne pas trop s’y fier.

La tendance à répondre « non » à tout se trouve au chapitre Répondre de la section Psychismeet apporte une bonne cohérence au choix du remède : Crot-c., hyos., kali-br., Tuberculinum.7

Crier chez les enfants : Anac., apis., bell., benz-ac., Bor., calc., calc-p., cham., cina., coff., cupr., dor., dulc., hell., ign., ip., jal., kali-br., kreos., Lac-c., lyc., rheum., senn., stram., Tuberculinum.7

Offensé facilement, est une rubrique qui comporte une cinquantaine de remèdes dont Tuberculinum, Lycopodium, Nux-vomica et Carcinosinum au troisième degré.

Continuons ce cas typique avec le signe général important qu’est l’envie de choses salées.

Désir de choses salées (section Estomac) : Aloe., Arg-n., atro., calc., calc-p., calc-s., Carb-v., carc.7, caust., cocc., con., cor-r., Lac-c., lyss., manc., med., meph., merc-i-f., merc-i-r., Nat-m., Nit-ac.1+7, Phos., plb., sanic., sel., sulph., tarent., teucr., thuj.1+7, Tuberculinum.1+7, Verat.

Cette envie de sel est typique des phosphoriques et tuberculiniques. Une autre caractéristique est l’envie de gras (de la viande, du jambon, charcuteries, etc.) dont la rubrique se trouve à la page 691.

Finissons notre tour d’horizon par la position génupectorale pendant le sommeil. C’est un signe général de valeur pour lequel il n’y a pas lieu de prescrire Medorrhinum systématiquement puisque d’autres remèdes se partagent ce signe.

Section Sommeil, chapitre Position, génupectorale : Calc-p.7, carc.7, cina.18, lyc.7, Med.7, phos.7, sep.7, Tuberculinum.7

C’est un signe très évocateur de tuberculinisme comme le révèle la présence de Calc-p., Carc., Lyc., Phos., Sep., et Tuberculinum.; mais aussi un symptôme précieux chez les tout petits lorsque l’examen et l’interrogatoire n’apportent pas ou peu d’éléments. Ce signe prend encore plus de valeur qu’il se manifeste à un âge plus avancé. Il existe des nuances qu’il faut savoir rechercher comme les gens qui lisent en se mettant volontiers sur les coudes et les genoux dans un canapé confortable.

Tuberculinum. M. Revu en Octobre. Tous les symptômes se sont estompés progressivement en une quinzaine de jours. Ses colères sont devenues très rares, il ne frappe plus sa tête, et surtout il dort très bien. Il a pris du poids (environ 3 kg) alors qu’il stagnait. Comme quelques troubles du sommeil reviennent, je lui répète Tuberculinum M.

Il aura une XM en février 94. Avec le recul de plusieurs années, les nouvelles sont toujours bonnes. Je l’ai revu en Septembre 1997 car il avait un enrouement depuis plusieurs jours. Tuberculinum XM l’a guéri en quelques heures.

 

Tics et difficultés scolaires.

J. H. est un garçon né en 77, il présente des tics et de l’agitation à un degré rare. Quand je le vois pour la première fois en février 92, je suis frappé par les contractions des paupières qui rivalisent avec celles de tous les muscles du cou, parfois le bras se soulève, etc.

Il ne tient pas en place. Inutile de préciser qu’il a des difficultés scolaires liées à son agitation mais aussi à une authentique lenteur de compréhension.

Né prématuré, il a été réanimé, etc. Sujet aux otites séreuses, il porte un diabolo depuis un an. Il est grand et mince.

Sa mère précise qu’il est toujours découvert dans son lit.

Sur le plan familial, on note de très nombreux cas de tuberculose.

Nous voici confrontés à un cas typique où les symptômes sont très peu développés pour diverses raisons, toujours est-il que l’on doit s’attendre à voir tôt ou tard un « gros » remède se dévoiler.

Ainsi, comme un archéologue qui met à jour des strates de plus en plus anciennes, nous devons tout d’abord prescrire sur ce qui transparaît jusqu’à nous, tout en sachant que les symptômes changeront ensuite pour indiquer un autre médicament correspondant à une couche miasmatique plus profonde.

Je commence donc par le symptôme le plus rare : les contractions de tous les muscles du cou.

Tics du cou : Agar., arg-m.16, asaf., bism., carb-ac., crot-c., graph.16, mez., phos.16, spong.16

Bien sûr, au vu des antécédents et du terrain on ne peut s’empêcher de regarder en direction de Phosphorus (ajout provenant de Hahnemann). Mais pour l’heure rien d’autre n’appelle sa prescription.

Selon une tactique éprouvée, j’aimerai bien que mon choix se porte d’abord sur un remède végétal. Or, Agaric me semble intéressant puisque les tics, la chorée, etc. en sont autant de signes caractéristiques.

Notre amanite tue-mouche mérite d’autant plus l’attention qu’elle figure dans la rubrique suivante :

Lenteur de compréhension, chez les enfants : Agar.7, Arg-n., Bar-c., bar-m.7, calc., Calc-p., carb-s., iod., lyc., med.1, merc., sil., Sulph., syph.7, Tuberculinum.7, zinc.

La cohérence, ou son homéopathicité, est suffisante pour le prescrire, d’autant que ce remède entretient avec Tuberculinum des relations de parenté.

Agar. M.

Il a été tellement bien qu’à l’école qu’on l’a cru malade… Sa mère rapporte « c’était fabuleux, on ne le reconnaissait plus », etc.

Mais la seconde dose rendue nécessaire en avril à cause d’une légère réapparition des tics s’avère inefficace.

Depuis Agaric, il se ronge les ongles de plus en plus, et saigne du nez sans raison apparente assez souvent. Il développe aussi une envie de sel au point qu’il en rajoute dans tout ce qu’il mange.

Par sûreté, je prescris Agar. XM : pas le moindre résultat, bien que les tics demeurent nettement moindres qu’au début.

Le dérapage d’Agaric était prévu, mais pas contrôlé car on aurait été en droit d’attendre qu’il agisse plus longtemps. En tout cas, la clinique est reine et nous démontre que l’homéopathicité du médicament était insuffisante.

Néanmoins, le tableau se décante de plus en plus vers Phosphorus en raison des signes suivants :

Désir de sel : Aloe., Arg-n., atro., calc., calc-p., calc-s., Carb-v., carc.7, caust., cocc., con., cor-r., Lac-c., lyss., manc., med., meph., merc-i-f., merc-i-r., Nat-m., Nit-ac.1+7, Phos., plb., sanic., sel., sulph., tarent., teucr., thuj.1+7, Tuberculinum.1+7, Verat.

Ronger ses ongles : Acon.7, am-br.7, arn.7, ars.7, Arum-t.7, bar-c.7, calc.3+59, cina.3, hura.3, hyos.5+7, lach.5, lyc.3, lyss.3, med.3, nat-m.7+59, nit-ac.3, phos.3, plb.3, sanic.7, senec.3+7, sil.5+7, stram.7, sulph.5+7

Cette rubrique n’existait pas dans le Répertoire de Kent américain. Je l’ai importée de sources composites dont Schmidt, Gallavardin et Boger. Dans la prochaine édition du répertoire je soulignerai l’importance de Med dans cette indication.

Un coup d’oil nous confirme la présence de Phosphorus dans les rubriques Tics des paupières et Tics du visage.

Cette fois notre candidat couvre nettement les symptômes du malade et possède aussi la nature tuberculinique dont nous avons besoin pour progresser jusqu’au fond du cas.

Phos. XM en juin.

Notre patient ne cesse de s’améliorer jusqu’au début 93. A cette date, il ne présente plus qu’un clignement très occasionnel des paupières mais la dose de Phos. LM n’a pas apporté grand chose.

Dans ces conditions, on peut discuter la prescription d’une dose de Phos. CM. Mais chez un enfant, il est exceptionnel d’arriver si haut. Mieux vaut d’abord vérifier l’indication du remède.

Certes, le désir de sel et même de choses assaisonnées est toujours présent. Cela est compatible avec Phosphorus. Mais la mère de notre jeune malade insiste sur un symptôme que j’ai négligé jusqu’à présent et qui devient de plus en plus prononcé : « il a toujours trop chaud, il ne supporte pas les draps, il est toujours découvert ».

A force de creuser, nous tombons sur le socle psorique « sulfurien ». Il est vrai que le remède était présent dans bien des rubriques tout au long du cas, mais ce n’est qu’au bout d’un moment d’évolution que son indication est devenue incontournable.

Une fois que l’indication de Sulphur apparaît dans un tel cas après une série de remèdes, il est rare qu’on doive changer de remède. Ce n’est pas non plus par hasard que les rares prescriptions de doses de CM, DM ou MM soient du Sulphur.

Sulfur M. en février 93 sera suivi d’un réaction « épouvantable » pendant trois jours où tous les tics réapparaissent, associés avec une insomnie, un prurit généralisé, une forte épistaxis gauche, etc.

Les progrès seront définitifs . Avec maintenant cinq ans de recul, nous avons eu besoin de monter encore quelques doses de Sulphur. Je suis amené à le voir de temps à autre, pour prescrire un remède aigu comme Pulsatilla, Lycopodium ou Belladona.

 

Troubles de l’adolescence.

Il s’agit de la sour du jeune garçon précédent. Elle est née en 70.

Dès l’enfance, elle a fait des histoires ORL à répétition, et encore en septembre 92 date à laquelle elle consulte, elle fait au moins une bronchite chaque hiver.

Le BCG, pratiqué à plusieurs reprises à toujours été suivi d’IDR négatives.

A l’occasion d’une consultation pour son frère, sa mère m’a expliqué les énormes difficultés qu’elle a rencontré avec sa fille : fugues, caractère très difficile, prise de stupéfiants, etc. C’est à grand-peine qu’elle a pu la décider à venir me consulter.

Lors de la consultation, son caractère ombrageux se fait nettement jour. Elle le dit bien : « je me mets en colère pour des riens, c’est plus fort que moi » et me fait bien sentir que ça l’énerve de devoir être chez le médecin.

Mais par dessus tout, c’est son envie de bouger qui est très marquée. Ce n’est pas une simple agitation : dès que viennent les beaux jours, elle n’arrive pas à rester en place, elle doit sortir, se promener, et si possible voyager, partir.

Sur le plan alimentaire, un signe d’autant plus rare chez une femme : elle adore le gras du jambon, au point que ses collègues de travail le lui gardent au repas de midi…

Elle dort toujours sur le ventre.

Cliniquement, je constate les ongles rongés, les pommettes sont toujours très rouges, une verrue à la malléole droite.

Je ne citerai que la seule rubrique suivante extraite de la section Psychisme :

Voyager, désir de : Anan., aur., Calc-p., carc.7, cimic., cur., elaps., goss.7, hipp., iod., lach., merc., sanic., Tuberculinum.1+7

Tuberculinum. XM.

L’amélioration est patente sur tous les plans. On ne la reconnaît plus.

Mais, vers la fin de l’année, de nouveaux symptômes apparaissent :

  • Douleurs pendant les rapports.
  • Mycoses, pertes blanches.
  • Extrême irritabilité avant les règles.

Sep. 30 en janvier 93.

Peu à peu, en montant les doses de Sepia, elle se portera très bien, puis je la perds de vue jusqu’en fin 1996. Elle consulte à cause d’un problème de stérilité. Aucun signe de Sepia n’est apparent. Elle est très irritable au réveil. Les règles sont en avance, tous les 23 ou 24 jours. Très douloureuses, avec des caillots et même ce qu’elle décrit  » comme des morceaux de peau « . Tuberculinum XM. Je passe sur les réactions désagréables qu’elle a éprouvées 3 jours après la prise de quelques globules pendant une semaine pour dire que le cycle suivant n’apparaîtra pas pour cause de grossesse. Après de nombreux cas de ce type, je pense qu’on peut largement ajouter Tuberculinum à la rubrique stérilité, je le considère comme spécifique du syndrome des ovaires polykystiques.

 

Troubles immunitaires.

Le petit R. B. est né est 82. Il est sans cesse malade.

Depuis l’âge de deux ans, il a commencé à faire des angines à répétition, pour finir par être opéré en 92. Les angines ont commencé en avril 84, soit deux mois après le BCG obligatoire pour l’entrée en collectivité.

Le BCG refait à l’âge de 6 ans car l’IDR demeurait négative, a suppuré plusieurs mois. Deux mois après le tarissement du pus, une tache blanche apparaissait au menton. Puis au côté droit du cou. On pose le diagnostic de vitiligo.

Sa peur des chiens est intense, il n’ose pas toucher même un petit toutou.

Il présente une céphalée connue sous le nom de « céphalée des écoliers » : il rentre à la maison avec le mal de tête qui le prend en classe.

Parmi ses aliments préférés figure évidemment tout ce qui est salé. Il a un appétit féroce sans qu’il profite.

Il dort toujours sur le ventre.

Il est plein de tics, se ronge les lèvres, ses ongles sont pleins de taches blanches et il se tient tout voûté.

Un oncle et une tante de sa mère sont morts de tuberculose. Sa grand mère a fait une primo-infection.

Contexte évocateur, pour le moins qu’on puisse dire… Regardons quelques rubriques correspondantes du Répertoire.

Inflammation, amygdales, à répétition : Alumn., Bar-c., bar-m., hep., lach., lyc., Psor.7, sang., sep., sil., sulph., Tuberculinum.7, vesp.2

C’est une rubrique précieuse qui suffit souvent à orienter les recherches quand un nouveau cas se présente. Même si le symptôme n’est plus présent quand le malade consulte, n’oubliez pas de le rechercher, c’est de très grande valeur.

Peur des chiens : Bell., calc.5, caust., Chin., hyos., lyss.7, stram., Tuberculinum.

Céphalée des écoliers : Acon., bell., calc., Calc-p., lac-c., nat-m., Ph-ac., puls., Tuberculinum.19+53

Appétit, dévorant, tout en restant maigre : Abrot., acet-ac.8, bar-c.1 », bar-i.1 », Calc., calc-f.14, con.3 »+8, Iod., ip.3 », lyc.3 », Nat-m., nux-v.1 », Petr., phos., psor., sanic.7+8, sec.3 », sel.3 », sulph., sul-i.1′, Tuberculinum., uran.3 »

Appétit, dévorant, avec amaigrissement : Abrot., acet-ac.8, ars-i., bar-c., bar-i., Calc., calc-f.14, calc-p., caust., chin., Cina., con.8, Iod., kali-i.3 », lyc., mag-c., Nat-m., nux-v., petr., sil., sulph., sul-i.1′

Je vous recommande de mixer les deux rubriques ci-dessus pour éviter d’écarter à tort un médicament.

Cette technique de généralisation par mixage de rubriques est courante dans l’usage du Répertoire, notamment lorsqu’il n’existe pas dans la matière médicale la nuance exacte que l’on recherche, ou lorsqu’un symptôme ne comporte qu’une liste trop réduite de médicaments.

Je vous cite l’exemple d’un cas traité avec succès par Pulsatilla pour des migraines occipitales avant les règles. Le Répertoire, à la page 193 donnait trois candidats : Calc., nat-c., nit-ac. Malheureusement, aucun d’entre eux n’était compatible avec les autres symptômes du cas. Il fallait alors mixer les rubriques Douleur occipitale en général (page 191) et Aggravation avant les règles dans les Généralités (page 1603). Ainsi, on est orienté rapidement vers Pulsatilla.

Si tout se passe bien la version 1.6 de PcKent intégrera ce mécanisme de généralisation, sur lequel nous travaillons actuellement.

Membres, ongles, taches : Alum., ars., nit-ac., ph-ac., sep., Sil., sulph., Tuberculinum.

Généralités, se tient voûté : Arg-n.3, calc.7, carb-v.3, cocc.3, coff.7, coloc.3, lyc.7, mang.3, med.7, nat-c.7, nux-v.7, op.7, Phos.7, sil.7, Sulph., ter.7, Tuberculinum., verat.3

Tuberculinum. XM. en août 93.

A la suite de la prise du remède, l’enfant se rongera les ongles comme jamais, présentera un herpès facial, et bien d’autres signes réactifs pendant une semaine.

Il ira très bien pendant deux mois, puis petit à petit se réinstalleront l’envie de passer la langue sur les lèvres, la céphalée, etc. Tuberculinum. XM en novembre 93. Le petit va très bien depuis (revu pour la dernière fois début 1997).

 

Rhinite allergique.

Monsieur B, 43 ans, consulte en janvier 90 pour un rhume des foins très invalidant qu’il présente depuis l’âge de dix ans. En crise, il fait aussi de l’asthme. Les désensibilisations ont été de peu d’utilité, d’autant qu’il est sensible à de nombreux allergènes.

Sa mère a eu une primo-infection. Et chez lui le BCG n’a jamais « pris ».

C’est un homme très réservé, extrêmement bien habillé.

D’emblée le personnage évoque le malade « à la canne au pommeau d’or » dont parle Hering. Je commence donc à orienter l’interrogatoire d’après les remèdes présents dans la rubrique :

Coryza annuel avec asthme : Ambr.1 », ars., ars-i., arum-t.7, bad., carb-v., chin-a.7, dulc., euphr., Iod., kali-i.1, lach.1, linu-u.12, naja., nat-s., nux-v., op.1 », sabad., sang., sil.1, sin-n., stict.1

« Comment supportez-vous le climat marin ? Oh, je peux tout de suite vous dire qu’on approche de la mer car je commence à être gêné pour respirer. »

Mer, agg. au bord de : Ars., brom.3, carc.7+9, iod.10, kali-i., lyc.77, mag-m., mag-s.10, med.3+7, nat-m.1+7, nat-s., rhus-t.3, sep., syph., Tuberculinum.7

Rubrique très caractéristique, donc importante ; bien complétée par de nombreux ajouts. Pour les gens améliorés au bord de mer, on trouve Brom., carc., lyc., med, nat-m, Tuberculinum.

Ars XM.

Mars : Ars. XM.

Mai : Ars. LM.

Juin : un ou deux épisodes de gêne respiratoire réglés avec Iod 30.

Juillet : Ars. LM.

Novembre : Ars. CM.

Je continue de le suivre, ainsi que sa famille, depuis tout ce temps. A la suite d’Arsenicum, il a commencé à avoir de plus en plus chaud, de sorte que pendant un an ou deux il a bien répondu à Sulphur pour des troubles urticariens.

L’hiver 96-97, il a fait une bronchite après avoir pris froid. Il y avait très peu de symptômes, sinon une toux sèche et brève. Les pommettes étaient rouges. Tuberculinum 200 l’a soulagé en deux prises. Comme quoi.

 

Morphotype, comportement, signes évocateurs

De façon courante, Tuberculinum. est un sujet longiligne, maigre, bien qu’il ait bon appétit.

Ce symptôme est caractéristique car général, et rare et étrange (la plupart des humains qui mangent beaucoup grossissent.). Les remèdes tuberculiniques possèdent ordinairement ce symptôme qui figure à divers endroits du répertoire. A la section estomac : appétit dévorant en restant maigre, ou appétit dévorant avec amaigrissement. Autrement, les deux mêmes rubriques se retrouvent au chapitre Amaigrissement dans les Généralités.

Chez l’enfant

On trouve au chapitre Amaigrissement la fameuse rubrique
 » pining boys  » que j’ai traduite Langueur chez les jeunes garçons. Le terme langueur correspond parfaitement à ce tableau particulier : pas d’appétit, amaigrissement, toujours faibles, les yeux cernés, le visage creusé, de coloration Blafarde (Section Visage), les seules couleurs peuvent provenir de la rougeur des lèvres ; pour compléter le tableau, l’aspect chétif et maladif reflète le mental tristounet, apathique.

Aurum et Lyc, tous deux autoritaires, convenant à des enfants précoces, très doués, indépendants, révoltés devant contraintes et hiérarchies, généreux. Cependant Aur. accumule les peines et les colères et les cache alors que Lyc explose tout de suite. Mais c’est une nuance minime. Surtout Aur possède peu de peurs alors que Lyc est tout de même un enfant craintif (bar-c, calc). Aur pleure involontairement, mais Lyc pleure souvent à la moindre contrariété. Lyc transpire de la tête en dormant, sent des pieds, aime le sucré, etc. Aur a peu d’envie nettes, mais on a tout de même le goût pour le pain (et même rassi), alors que l’enfant Lyc n’aime pas particulièrement le pain.

Nat-m ressemble lui aussi à notre Tuberculinum, mais bien plus renfermé, repoussant la consolation. Encore une parenthèse : tous les humains aiment la consolation. Le signe ici consiste à ne pas la rechercher spontanément, voire à la repousser dans un premier temps. Nat-m est souvent impliqué dans des histoires de séparation des parents, manque d’affection avec la mère, etc. Bien plus compatissant que Tuberculinum, il cherche à ne pas blesser, c’est un grand sensible, notamment pour la musique. Nat-m est rêveur, distrait, confus, et même négligent, avec un côté  » laisser aller  » alors que Tuberculinum a la manie du travail. Un chagrin particulier de Nat-m peut être la nostalgie, alors que Tuberculinum quant à lui rêve de partir en voyage. L’enfant Nat-m a un retard de parole, de marche ; Tuberculinum est caractérisé par le retard dentaire. Les deux aiment le sel et les choses relevées. Tuberculinum aime le gras, le jambon et le saucisson, alors que Nat-m écarte le gras comme Puls.

Ph-ac, autre remède tuberculinique, déminéralisé s’il en est, peut maigrir après un chagrin (ou perdre les cheveux, pelades, etc.) et rappelle Nat-m dans cette modalité. Les troubles osseux sont multiples : déviations du rachis, douleurs de croissance, oséochondrites, fractures (lentes à se réparer), caries. Signe caractéristique du remède, rapporté par Lamothe et maintes fois vérifié :  » tout a commencé par une diarrhée « . Diarrhée, souvent à modalité mentale, alors que Tuberculinum peut guérir des diarrhée chroniques elles aussi mais sans la composante mentale de Ph-ac. Ph-ac est épuisé, fatigué, ça l’énerve rien que de vous répondre, il veut qu’on le laisse tranquille. Tuberculinum est surexcité, et vous casse tout dans le cabinet.

Bien entendu, tout n’est pas si simple et vous rencontrerez pas mal d’enfants Tuberculinum qui ont un bon teint poupon, et qui ne sont pas maigres (néanmoins, je n’ai encore jamais vu d’enfant Tuberculinum obèse !), mais tout de même sont souvent voûtés et ont des taches blanches sur les ongles (déminéralisation).

Retenez aussi dans ce cas les enfants aux joues rouges, c’est encore plus net pendant la fièvre. Si on ne connaît pas ce signe on sera orienté
à tort vers Bell qui sera un échec complet car il ne possède pas le miasme tuberculinique. Si le contexte vous l’indique donnez Tuberculinum, il guérira l’angine ou la bronchite de façon remarquable (grande indication de grippe aussi avec les courbatures, la rougeur des joues et la soif intense pendant le frisson qui est caractéristique avec une vrel de 3 points). Souvent vous retrouverez le visage adénoïdien, et les végétations qui vont avec. Les amygdales sont souvent très développées ainsi que les ganglions du cou.

Deux petits signes faciles à voir : les conjonctives sont volontiers bleutées (Carc, Lyc) ; il y a souvent des poils le long du rachis.

C’est un enfant très agité, coléreux, mais sensible. Il faut se souvenir de ce signe très caractéristique : il pleure à la moindre contrariété (Lyc, Nit-ac, Caust).

Caust : a bien sûr bien plus de signes cutanés à types de verrues. Il y a dans Caust le côté défense d’un idéal et générosité active que Tuberculinum ne possède pas. Le bébé Caust fait de l’eczéma de partout sauf dans la couche où pourtant la peau macère, l’eczéma derrière les oreilles est plus typique de Tuberculinum. Caust est très opposant, mais il est aussi paniqué pour des riens. Les deux remèdes ont peur des chiens, mais Caust de façon caractéristique a la peur d’aller au lit, et besoin de tout un rituel, donner la main, etc.

Lyc, est le grand diagnostic différentiel de Tuberculinum, voir plus bas.

Nit-ac : est peu souvent rencontré (ou prescrit.) chez l’enfant. La fissure anale est l’un des points d’appel, avec le désir de sel, de choses invraisemblables (terre, craies, etc. comme dans Calc ou Tarent), de gras. Il se distingue donc facilement de Tuberculinum, surtout bébé grâce à l’odeur du pipi très forte dans Nit-ac.

La réaction d’agressivité est très courante. Ainsi que l’opposition : un enfant qui refuse d’entrer dans le cabinet, qui hurle, trépigne, menace, et qu’il faut pratiquement traîner par les cheveux jusque dans le bureau a besoin de Tuberculinum (Kent raconte lui aussi une très belle anecdote de ce type dans les Lesser Writings). On retrouve souvent le signe de répondre
 » non  » à tout (en dehors de l’âge où tous les enfants font ça, c’est de grande valeur), ainsi que le penchant destructeur.

L’enfant transpire de la tête en dormant, comme Lyc, Sep, Merc, Carc, Calc, Cham, Calc-p, pour ne citer qu’eux. Et ensuite il est très irritable au réveil, ce qui est caractéristique. Il grince des dents ou crie en dormant (cela peut aller jusqu’au somnambulisme). La position du sommeil est très souvent génupectorale.

Calc-p : est agité mais moins que Tuberculinum. Il transpire aussi de la tête en dormant, mais Calc-p possède des douleurs osseuses que Tuberculinum n’a pas. Les deux conviennent aux enfants qui ont mal à la tête en sortant de l’école, mais alors souvent l’enfant Calc-p a de fréquents maux de ventre qui l’empêchent de manger : il se met à table et peu après se plaint et doit aller s’allonger.

Carc : se confond difficilement avec Tuberculinum. L’enfant est plus sage, très attentif, très mûr. Aime des choses passionnément pour ne plus en avoir envie ensuite, aime le gras, ou le sel comme Tuberculinum, mais aussi et surtout le chocolat et les cornichons. Carc est très méticuleux et anticipe beaucoup, ce qui ne se voit pas dans Tuberculinum. Les deux grincent des dents la nuit. Alors que Carc est sensible à la musique, Tuberculinum réagit au bruit.

Cina : enfants affreusement énervés, frappeurs, dans un contexte vermineux. Ils font des terreurs nocturnes et grincent des dents comme Tuberculinum. Mais le tableau vermineux avec le prurit du nez et/ou de l’anus est l’apanage de Cina.

Lyc : j’en parle plus loin.

Med : comme Tuberculinum possède la sensibilité au bord de mer. Leurs symptômes sont aussi bien < que >. Med possède cette démesure, cet excès dans la façon d’être que Tuberculinum ne possède pas. Med est un grand anxieux qui anticipe tout, l’anticipation est moins nette dans Tuberculinum qui peut cependant avoir la peur que quelque chose n’arrive. Med et Tuberculinum ont trop chaud, le premier sort les pieds du lit. Med se ronge les ongles, et ne possède pas l’hérédité tuberculeuse de Tuberculinum. Med a peur du noir sans avoir les terreurs nocturnes, Tuberculinum est < par la lumière.

Phos : évidemment très proche de Tuberculinum. Le côté rêveur, sensible, esthète, avec la tendance hémorragique, le départage sans problème. Le retard dans Phos concerne la parole. Dans la fièvre, Phos a l’appétit conservé, voire augmenté, alors que Tuberculinum a très soif pendant le frisson. La soif de Phos est pour du froid, alors que Tuberculinum désire du chaud. Phos n’aime pas le lait ni le gras, Tuberculinum au contraire en a envie. Plus spécialement Phos n’aime pas le lait chaud alors que Tuberculinum n’aime pas le lait froid. Phos est indiqué dans les suies de pneumonie, alors que Tuberculinum l’est dans les suites d’une grippe. Phos est < en marchant vite, et n’aime pas le mouvement, c’est le contraire dans Tuberculinum.

Sep : remède sous prescrit chez l’enfant. Comme Tuberculinum il a les éruptions circinées, surtout du visage. Mais Sep possède en plus de signes de leucorrhée chez les petites filles que Tuberculinum n’a pas. L’envie de cornichons, de vinaigre, l’aversion pour le lait caractérisent le bébé Sep, d’autant que le parent de sexe opposé est souvent Nat-m, Sep, Phos, ou Tuberculinum lui même.

Les infections ORL sont monnaie courante : otites, rhinos, mais aussi angines à répétition. Dans ce dernier symptôme, Tuberculinum possède une vrel de 3 points.

Sil ici se compare avec Tuberculinum. Normalement le sujet Sil est très frileux et transpire. Les enfants Sil ou Tuberculinum suent de la tête en dormant, cependant Sil possède des odeurs très fortes que Tuberculinum ne possède pas. Sil est timide et manque de confiance en lui, alors que Tuberculinum est grincheux dès le réveil et énervé, se vexe facilement et rue dans le tas. Sil est tendre et sensible, c’est bien moins évident dans Tuberculinum. Sil est < en plein air alors que Tuberculinum est > dehors. Enfin, l’aversion pour le lait est retrouvée souvent dans Sil avec l’aversion à manger chaud. Et Sil est très souvent malade en voiture, ce qui n’est pas le cas de Tuberculinum.

Lyc est comme Tuberculinum très irritable au réveil. Ce signe est de très haute valeur pour chacun d’eux avec une vrel de 3 points. Les deux transpirent de la tête en dormant, dorment sur le ventre ou à quatre pattes. Les envies de Lyc vont vers le sucré, celle de Tuberculinum vers le salé (ainsi que jambon, saucisson, etc.). Lyc est précoce, possède une acuité du regard et un aplomb que Tuberculinum n’a pas. Lyc a très faim comme Tuberculinum mais est souvent vite rassasié (l’enfant arrive à table en ayant très faim et cale dès les premières bouchées). L’enfant de Lyc sent des pieds. On peut encore en ajouter…

Chez l’adulte

Bien sûr les antécédents tuberculeux personnels ou familiaux (le mot était tabou et il faut rechercher les voiles au poumon, les pleurésies, les cutis positives, les positifs anciens, les points de côté ou de congestion, les
 » ganglions « , les préventorium, sanatorium, aérium, etc.) sont très
évocateurs. J’inclus ici les BCG négatifs, pratiqués itérativement par les acharnés du système (ma femme a eu 18 fois le vaccin.). Les antécédents personnels ORL et d’angines à répétition sont très précieux. On retrouve très souvent l’irritabilité au réveil :  » il ne faut pas qu’on me parle jusqu’à ce que je prenne mon petit déjeuner « .

La bougeotte au sens physique et psychique est toujours présente. Tuberculinum est celui qui part en voyage, profite du week end pour aller ici ou là, part en trekking etc. La rubrique est Voyage, désir de. Cette instabilité peut encore augmenter pour en faire des sujets inadaptés, qui se réfugient volontiers dans la drogue. C’est un véritable besoin de changement (expériences
 » stimulantes « , etc.), une lutte permanente contre la routine (à tous points de vue),  » a vie est trop courte pourquoi devrai-je me restreindre ?  » (Frans Vermeulen). Du coup ce sont souvent des insatisfaits, qui ne trouvent jamais ce qu’ils désirent.

Les troubles alternants, changeants, sont caractéristiques.

Sensible aux courants d’air, au changement de temps, surtout le froid humide et l’orage. Tuberculinum a besoin d’air mais craint le froid (Puls). Il aime la chaleur mais ne supporte ni une pièce chauffée, ni la chaleur d’été. Contrairement à Sulphur, il est > par la chaleur du lit.

Le morphotype maigre, le côté nerveux, énervé permettra de confondre Tuberculinum avec Lachesis ou Nux vomica.

Nux-v est aussi un sujet maigre, qui mange sans grossir (petite nuance : Nux est < par les trop grosses quantités à la fois), énervé, facilement vexé. Mais Tuberculinum est très irritable au réveil et n’est pas aussi tatillon et consciencieux. Nux fait des gestes vifs qui témoignent de son excitation, Tuberculinum est plus agité  » en profondeur « , c’est souvent un marginal qui a de la peine à s’intégrer à la société (et qui a souvent déménagé, changé de travail, voire même s’est plus ou moins drogué) alors que Nux est un homme d’affaires qui  » réussit « . Ceci se distingue souvent rien que d’après leur façon de s’habiller : l’un en jean, l’autre en cravate. Les deux sont très sensibles aux courants d’air et tombent malades facilement. Ceci dit, Nux fera volontiers des rhumes alors que Tuberculinum domine plus dans les affections de la gorge ou des poumons. Les deux mangent relevé et aiment le gras, mais Nux a une nette tendance pour l’alcool. Nux est << en plein air alors que c’est exactement le contraire dans Tuberculinum.

Lach a volontiers les pommettes rouges, comme Tuberculinum et peut faire des sinusites chroniques ou à répétition. Les deux remèdes aiment l’air, toutefois Lach le manifeste plus bruyamment en ouvrant les fenêtres sans arrêt. Lach possède une < au contact et aux vêtements serrés qui permet de le distinguer facilement. Lach est aussi excité sexuellement que Tuberculinum et on trouve souvent le besoin de porter la main sur les parties chez les hommes Lach, de façon machinale tout en vous parlant. Lach s’exprime vite, souvent avec une certaine vulgarité et un côté dominateur que Tuberculinum ne possède pas.

Points d’impact du remède

Muqueuses

Surtout respiratoires (pulmonaire). C’est par là que le sujet Tuberculinum tombe malade. Souvent enrhumé, se mouchant fréquemment, le malade Tuberculinum a souvent une petite toux sèche chronique. La toux empêche de dormir, il tousse en se couchant. Au bout d’un moment la muqueuse se met à sécréter et il y peut y avoir une expectoration. L’asthme, souvent de type allergique est l’un des grands motifs de consultation.

Digestives. La diarrhée, souvent chronique est < le matin, pousse hors du lit, vers 5 h. Cela ressemble beaucoup à Sulphur qui est complément de Tuberculinum, et vice versa.

Yeux : conjonctivites, volontiers dans le rhume des foins.

Oreilles : catarrhe tubaire, et autres otites séreuses.

Gorge : amygdalites, etc.

Vessie : c’est un immense remède négligé de cystites à répétition (sep).

Génitale : leucorrhée.

 

Séreuses et lymphatiques

Cela se rencontre aujourd’hui plus rarement qu’il y a cinquante ans.

On trouvera tout de même des pleurites, qui peuvent être chroniques, ou devenir de vraies pleurésies.

Articulations : douleurs rhumatismales, arthrite.

Très souvent on retrouve des adénopathie, notamment du cou. Mais aussi médiastinales, Tuberculinum a soigné plus d’un BBS.

 

Tête

Grand remède de la céphalée des écoliers. Les enfants qui ont le morphotype, les antécédents et mal à la tête sont bien influencés par Tuberculinum.

Il possède une périodicité hebdomadaire marquée (migraine du week end).

 

Peau

C’est un grand remède d’eczéma. Les éruptions siègent préférentiellement derrière l’oreille, dans le nez (furoncles, herpès, etc.). Noter aussi le siège péri anal qui le rapproche ici de Med.

La transpiration est très marquée. De la tête en dormant, la nuit en général, au moindre effort, même intellectuel.

Modalités

Climatiques : Tuberculinum est sensible au climat marin. Tout comme Med, les symptômes sont influencés soit favorablement soit en pire. Tuberculinum est < avant l’orage, cela le rapproche de Phos. Calc-p et Carc sont quant à eux < après l’orage. Tous les changements de temps affectent le patient Tuberculinum : les premiers froids de l’automne (surtout le froid humide), quand le temps passe du chaud au froid, ou même au contraire quand la saison se radoucit et que le temps passe du froid au chaud. Commencent alors les manifestations des muqueuses respiratoires. A noter l’amélioration en sortant s’exposer à la tempête et au vent, c’est extrêmement évocateur.

Chaleur et froid : Tuberculinum est >> en plein air, << dans une pièce chauffée (comme Puls, ce sont des frileux qui ne supportent pas le chauffage, ainsi l’hiver ils mettent au démarrage le chauffage de la voiture pour l’arrêter très peu après ou ouvrent la fenêtre).

Mouvement : beaucoup d’affections sont < au mouvement mais bien d’autres sont aussi > au mouvement ou en marchant. Notamment les douleurs des membres qui sont volontiers erratiques et souvent
> au mouvement et à la chaleur (du lit). Cette > au mouvement est une manière de se souvenir que l’enfant roule volontiers la tête dans son lit pour s’endormir.

Ce signe lorsqu’il survient dans la douleur, le malade ayant tellement mal qu’il roule la tête, appelle pratiquement toujours Tarentula. C’est très caractéristique quel que soit le contexte clinique : je l’ai donné avec succès dans les douleurs dentaires, dans les douleurs osseuses cancéreuses, etc. Classiquement Tuberculinum possède une impulsion à courir (je ne l’ai jamais rencontrée).

BCG : les enfants tuberculiniques sont grandement affectés par cette vaccination d’autant plus stupide qu’elle ne protège pas de la tuberculose. Souvent le BCG reste négatif, ou bien des troubles surviennent après que la plaie ait suppuré de longues semaines.

Appétit, désirs et aversions

L’appétit augmenté sans grossir est le grand signe d’appel. La faim la nuit est souvent retrouvée chez l’adulte (petit casse-croûte après le film).

Désir : de sel, de viande, de saucisson, jambon, de choses fumées. Moins souvent : envie de sucreries, et de lait froid (l’aversion pour le lait froid existe aussi).

Variabilité des symptômes et alternance

Les alternances sont tellement nombreuses et variées qu’il est impossible de les décrire toutes. Cela répond à l’instabilité mentale du remède.

Chez les enfants, ils finissent une affection qu’ils commencent autre chose, ils sont toujours malades, mais à chaque fois la localisation change (bien que ORL). Il faut penser à Tuberculinum quand on a donné un ou plusieurs remèdes sans succès dans ce genre de cas (la dominante ORL supplante ici Carc).

Dans l’histoire du malade on retrouve souvent les migraines qui ont fini par céder pour être remplacées par les diarrhées ou d’autres troubles.

Ou des diarrhées chroniques auxquelles succèdent de l’asthme.

Ou de l’eczéma remplacé ensuite par de l’asthme. De toutes façons, c’est un sujet chez lequel la tendance allergique est inscrite, l’évolution naturelle du miasme chronique étant centripète, tôt ou tard, l’eczéma sera remplacé par des troubles internes si l’on n’intervient pas homoeopathiquement. A cet égard, le BCG est un véritable fléau contre lequel je vois mal comment lutter. C’est comme d’habitude le charlatan d’homéopathe qui prend des risques en dénonçant l’inutilité et la toxicité du vaccin. En France, nous connaissons une véritable dictature vaccinale intolérable qui on oblige notamment les parents à procéder à la vaccination sous peine de se voir refuser l’accès de l’enfant en crèche.

Un mot encore : l’absence de réaction à un ou plusieurs remèdes pourtant bien indiqués sur un cas dont l’hérédité tuberculeuse est nette doit indiquer Tuberculinum (dans le fond ceci est vrai pour chaque miasme et son nosode.). Mieux : un enfant dont le tableau aigu a été bien soulagé par un premier remède et qui rechute de la fièvre mérite Tuberculinum. Cette rubrique Rechute fébrile dans la section Fièvre est rarement employée et c’est bien dommage. A côté de Tuberculinum, figurent Sulfur et Psorinum. Avec ces trois remèdes nous avons les trois grands remèdes anti-psoriques des états caractérisés par le manque de réaction.

Conclusions

Lorsque l’on débute dans le traitement des maladies chroniques, Tuberculinum permet de se rendre compte facilement de l’existence des miasmes. Le miasme tuberculeux est en effet très facile à mettre en évidence : on reconnaîtra facilement des antécédents familiaux tuberculeux à travers toute la symptomatologie du cas. Avec un peu d’habitude, vous direz que tel cas
 » sent  » le tuberculinisme.

L’ensemble des signes que nous avons évoqués sont autant de facettes d’un trouble général de l’organisme pouvant évoluer entre autres vers la tuberculose bacillaire si les condition socio-économiques s’y prêtent.

L’une des facettes du tuberculinisme concerne l’immunité : les premières perturbations portent sur la tendance aux infections répétées, souvent sur les muqueuses. Puis surviennent les troubles allergiques (asthme, rhume des foins, etc.). Ainsi, il ne serait sûrement pas inintéressant d’étudier la relation qu’il pourrait y avoir entre la régression de la tuberculose et l’émergence toujours plus nombreuse de cas d’allergie depuis les trente ou quarante dernières années. Finalement apparaissent sur un tel terrain des conflits auto-immuns (vitiligo, thyroïdite, etc.).

Une autre facette passionnante à étudier concerne les signes mentaux que nous avons entrevus. On sera souvent frappé de constater que les cas riches en symptômes mentaux seront pauvres en manifestations organiques et vice versa. Il ne sera pas rare d’observer l’apparition de troubles organiques à mesure qu’un cas mental évolue vers la guérison (Kent cite l’alternance entre signes psychiques et atteinte pulmonaire).

Notons un fois de plus que la vieille médecine joue certainement un rôle non négligeable dans l’aggravation de ces sujets. Tout praticien qui fait une anamnèse sérieuse sera frappé par la coïncidence du BCG pour l’apparition ou l’aggravation des troubles. En gros, on observe deux cas de figure:

1) le BCG ne prend jamais, on le pratique une, deux, trois fois sans  » succès  » (dans ce domaine, l’acharnement ne connaît souvent pas ses limites, d’autant que nous avons souvent affaire en face de nous à des lobotomisés volontaires qui n’ont d’autre justification que l’application aveugle d’une loi inepte…). On sait maintenant que ces cas correspondent en fait à une hyperergie. Souvent alors, on constate la survenue de phénomènes allergiques ou auto-immuns.

2) le BCG suppure énormément ou très longtemps. Ce seront souvent des infections à répétition qui commenceront dès la fin de la suppuration : otites, angines, laryngites, etc.

Dans ces conditions, et dans la mesure où l’efficacité du BCG semble bien contestable, l’indication vaccinale me semble très réduite.

Relations médicamenteuses

D’un point de vue pratique, voici, séparés en deux groupes selon leur fréquence les principaux remèdes tuberculiniques :

  1. Calc-p., Carc., Lyc., Nat-m., Phos., Sep., Sil., Tuberculinum.
  2. Ars., Ferr., Iod., Kali-c., Nat-p.

Le traitement constitutionnel n’exclut évidemment pas le recours
à des remèdes aigus selon les circonstances, voici la liste des principaux remèdes rencontrés :

  1. Bell, Bry., Ign., Nux-v., Puls., Rhus-t.
  2. Abrot., Apis., Arum-t., Ferr-p.

Tuberculinum possède des rapports étroits avec Sulph. Ces deux remèdes se complètent mutuellement.

Sources

Outre PcKent et le Répertoire de Kent (seconde édition française), j’ai utilisé les ouvrages suivants :

Allen, H.C : Symptômes clés.

Hering : Encyclopédie.

Hodiamont : Les venins, nosodes.

Kent : Lectures of Materia Medica.

Lamothe : homéopathie pédiatrique.

Vermeulen : Synoptic Materia Medica.

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