Je conseille à tous ceux qui ne l’ont pas encore lu de se procurer l’excellent livre « Le grand secret de l’industrie pharmaceutique » par Philippe Pignarre, ex grand manitou de la communication chez Big Pharma. Vous pourrez trouver ici un article du même auteur. Prenez cependant un peu d’Ipéca avec vous au cas où la lecture vous suscite par trop la nausée et l’indignation.

Dr. Jacques Servier

Dr. Jacques Servier

L’affaire Servier était la suite attendue du coup de la vaccination contre la grippe H1N1. J’écrivais à l’époque que cet abominable excès jouerait probablement le même rôle qu’en son temps l’affaire du collier de la Reine…

L’opinion publique, qui a bon dos, commence en effet en prendre conscience du degré de pourrissement où nous ont menés Servier et consorts. Il ne faut pas se leurrer en effet : imaginez dans quels rouages sont nichés les vrais grands comme Pfizer, Aventis, Synthélabo et les autres américains. Quel pouvoir leur échappe ? Jusqu’où ont-ils poussé la corruption pour faire avaler leurs drogues ?

Si l’on songe au degré d’intrication entre Servier et les politiques (le labo servait de couverture à nos espions à l’étranger, etc.), quelle amplitude peut-être atteinte par les vrais colosses américains ? Combien de magouilles ne connaîtrons-nous jamais ?

Pignarre relate l’OPA de Sanofi-Synthélabo sur Aventis sur  pour illustrer quelque peu la situation. Attention, prenez un papier, un crayon et un sac papier. En temps normal, une acquisition se fait par fusion de deux groupes, chacun apporte ses actions dans la constitution d’une nouvelle entité. La part du capital possédée par les anciens actionnaires reste la même en valeur absolue mais se trouve diluée en valeur relative. A l’époque L’Oréal qui détenait plus de 50% des actions de Synthélabo a vu ses parts dans Sanofi-Synthélabo passer à 19, 5 %. Jusque là, tout est logique. Cependant cette fois c’est le tout petit Aventis qui a décidé de se payer le gros Sanofi-Synthélabo et de prendre la direction de la nouvelle entité. Ce dernier propose en effet de reprendre 1 action Aventis contre 0, 833 action Sanofi-Synthélabo plus la somme de 19,18 EURS. Cet échange inégal est compensé par une somme en cash que la nouvelle entreprise devra verser.

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Dr. Joseph Goebbels.

Comme il y avait 800 millions d’actions Aventis en circulation, on arrive à la somme rondelette de 16 milliards d’euros ! Dans un premier accord, la somme était de « seulement » 8 milliards d’euros, c’est suite à l’intervention de Nicolas Sarkozy (ministre des finances) que la somme a été doublée. Quels liens peuvent exister entre le consortium dirigé par BNP-Paribas, François Sarkozy, Nicolas et les autres ? N’étant qu’un simple praticien en dehors du secret des dieux, je ne puis que former des hypothèses, toujours est-il que la nouvelle société voit le jour avec 16 milliards de dettes dans son berceau. Sur le plan comptable c’est grandiose car il n’y aura pas de réel bénéfice avant longtemps et chaque sou gagné ira combler la dette avant tout impôt (Jean-Claude je te rappelle en passant que tu ne dois pas oublier de payer ton amende de stationnement avant lundi).

Le plus rigolo c’est qu’une telle somme représente la recherche et création d’environ 60 nouveaux médicaments. Or cette somme colossale n’ira pas au financement de la recherche mais bien dans les poches des financiers et des actionnaires.

Ces mêmes actionnaires ont donc fait le pari de gagner un maximum en regroupant le plus possible de sites. A la clé : licenciements à outrance (les gueux ne sont tolérés que s’ils rapportent) et rançonnement des pouvoirs publics et de la sécu pour obtenir des prix les plus hauts possibles pour les nouveaux médicaments qui n’auront que des avantages microscopiques par rapports aux molécules précédentes (les pékins vont raquer grâce à la prescription des tout nouveaux médicaments par nos confrères bien informés).

Songez simplement que ces géants de l’industrie détiennent à eux seuls toute définition de ce qui est scientifique de ce qui ne l’est pas. Je pense que vous voyez ce que je veux dire !

C’est un véritable terrorisme intellectuel et économique qu’ils font régner. La pensée unique est relayée par les milliers de rouages non pensants, tous ceux qui sont fiers et heureux d’avoir acquis des « connaissances » lors de longues études. Les menaces et le chantage sont exercés directement auprès des gouvernements, par exemple Pfizer menace de se retirer de France en 2002 si on ne lui paye pas le prix qu’il demande pour ses médicaments. Les petits labos se contentent juste de faire peser des menaces de licenciements… à chacun son échelle.

Dans une interview à Science (décembre 2010), ce sont ces mêmes propos, « terrorisme intellectuel » que tient le Pr Montagnier, qui a décidé de fuir la terreur pour gagner la Chine, où il sera libre de mener ses travaux sur les signatures électromagnétiques des virus et bactéries. Il vient de prouver que l’ADN provoque des changements de la structure de l’eau, qui persistent même à de très hautes dilutions. Personne dans un Occident à la botte des grands labos ne veut entendre pareille vérité même si elle vient de la bouche d’un Nobel.

La Bête a faim, de plus en plus faim, alors tous les moyens sont bons. Pignarre cite quelques exemples :

changer la législation des brevets. Les labos font tout pour freiner et empêcher l’arrivée des génériques sur le marché, en multipliant les plaintes sous n’importe quel prétexte et tenter de gagner du temps et la bataille juridique. En outre, les labos entendent garder les droits sur les études qui ont permis la mise au point d’un médicament pour forcer le génériqueur à payer la sienne, complètement inutile ! Ajoutez les menaces du gouvernement américain contre tout pays du tiers monde qui aurait l’audace de fabriquer des génériques. Et pour finir, l’objectif ultime : allonger la durée de protection des brevets…

modifier les résultats des études. Les industries recrutent à prix d’or les spécialistes capables de fabriquer une étude qui ne s’attarde que sur les points essentiels, ceux qu’on veut prouver. Si des résultats toxicologiques sont inquiétants, est-ce que les sujets tests étaient sains ? N’ont-ils pas été recrutés sur des populations trop pauvres ou démunies ? Le niveau d’abjection rappelle ici la vieille blague raciste de l’Alabama, celle du riche blanc qui conduisant à bord de son luxueux 4X4 à toute vitesse écrabouille des enfants noirs à la sortie de l’école. Le shérif fait le constat : « à quelle vitesse marchaient les enfants lorsqu’ils ont heurté votre véhicule ? ».

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Dr. Scott Reuben

Une pensée émue ici pour le bon Docteur Scott Reuben qui avait tout inventé (voir Le Monde, J.C Ameisen). L’anesthésiste américain, auteur respecté de dizaines d’articles médicaux, a avoué sa fraude en 2008. Non par remords. Mais parce qu’il a été démasqué : deux des résumés d’études qu’il avait produits en mai 2008 ont intrigué les services de santé du Baystate Medical Center (Massachusetts), où il était chef du service antidouleur. Le Dr. Reuben n’avait pas l’autorisation de conduire ces essais. L’ampleur de l’imposture n’a pas tardé à être découverte.

La fraude durait depuis 1996. C’est l’une des plus importantes du genre. Le physicien Hendrick Schön, des Bell Labs, auteur d’au moins seize articles bidons entre 1998 et 2001 ou le Sud-Coréen Hwang Woo-suk, qui avait prétendu, en 2004, à partir de résultats truqués, avoir réussi le premier clonage humain font figure d’amateurs à côté de Scott Reuben, parfois qualifié par la presse anglo-saxonne de « Dr Madoff », en référence à l’escroc de la finance.

La course aux honneurs, et aux crédits qui les accompagnent, est le moteur de ce type de comportement. Les « travaux » du docteur Reuben étaient en partie financés par Pfizer, qui en avait fait l’un de ses porte-parole lors de conférences scientifiques où ses interventions étaient rémunérées. Un représentant de la firme s’est dit « déçu d’apprendre les allégations envers M. Reuben. » Ce dernier n’hésitait pas à défendre auprès des instances d’autorisation des médicaments l’usage de molécules qu’il testait sur ses patients fictifs…

induire volontairement les médecins en erreur. La technique ici consiste à multiplier les articles dans les revues médicales et scientifiques, en les présentant différemment ou en changeant les noms des auteurs. On recycle ainsi sans fin quelques études ou autres tirés à part distribués à nos confrères pour donner ainsi l’impression qu’un grand nombre de cas et d’études ont confirmé les fabuleux effets de la drogue vantée…

créer de nouvelles maladies. Il s’agit ici de profiter de la frontière parfois floue entre le normal et le pathologique, de sortir la drogue qui correspond, former des associations de patients, etc. Prenez le taux de cholestérol ou la tension artérielle, à quels niveaux doivent-ils être traités ? Une modification infime correspond à des milliards d’euros pour l’industrie. On a vu surgir des tas de troubles psychiatriques qui n’existaient pas juste quelques années avant : dysthymie, dépression récurrente brève, troubles obsessionnels compulsifs, etc. La ménopause masculine est elle aussi un marché créé de toute pièce par Unimed, un énorme labo américain, avec une pub magistrale : celle de la jauge d’essence qui baisse. « Fatigué ? Déprimé ? Baisse de la libido ? Peut-être manquez-vous de testostérone ! » L’arnaque est grandiose puisqu’on pourra trouver des taux hormonaux en baisse… mais en oubliant qu’il est physiologique que la testostérone baisse de 1,2% tous les ans en moyenne, probablement en relation avec le fait que la nature cherche ainsi à prévenir le risque de cancer de la prostate.

Chaque année presque 2 millions de gens sont hospitalisés à cause d’un effet indésirable d’un médicament (dont un tiers en état grave). Cela fait environ 10% des patients hospitalisés, et représente 18.000 morts par an (le double des accidents de la route)

multiplier la dépendance entre journaux, congrès et industriels de la pharmacie. Pourquoi par exemple l’American Heart Association apporte-t-elle son soutien exclusif à la seule aspirine fabriquée par Bayer ? L’idée consiste à exploiter le renom d’un journal pour vanter le produit.

faire baisser le coût des essais cliniques. Evidemment l’idée consiste à faire les essais dans les pays pauvres et à terme à remanier les accords d’Helsinki pour se permettre des études faciles avec les pays pauvres. Récemment un labo américain a testé une super drogue anti-choléra en Haïti. Résultat : une trentaine de morts directement imputables à la drogue.

Nous portons tous la honte de savoir que 90% des gens meurent pour que 10% des malades des pays riches soient « soignés ». Combien de temps cela peut-il encore durer ?

J’avais coutume de dire que je ne verrais pas l’écroulement du système de mon vivant, mais grâce à notre ami Servier et à la crise économique, j’ai des doutes !

Comme on l’a vu avec les géants américains de la banque, on est passé du dicton « too big to fail » à « too big to save ».

Il n’y a pas encore cependant de vraies raisons de se réjouir, la situation ressemblerait à un chaos total comme celui d’Hiroshima après la bombe. Qui peut prétendre prendre la relève ? L’homéopathie est encore désorganisée : elle n’a pu que survivre face à l’écrasante machine de Big Pharma.

Même si l’homéopathie n’a aucune leçon de science ou d’éthique à recevoir, nous manquons cruellement de bons praticiens, correctement formés. Aujourd’hui je conseillerais encore aux patients de consulter un médecin allopathe « raisonnable » plutôt qu’un des nombreux charlots qui prescrivent des granules à droite et à gauche.

Alors même si nous savons que la médecine de demain sera physique ou ne sera pas et que l’écroulement de l’ancienne médecine est inéluctable, s’il vous plaît Monsieur Servier, essayez de tenir encore quelques années qu’on puisse s’organiser !

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2 réponses à “Fraude, arnarque, industrie du crime: tenez le coup M. Servier!” Subscribe

  1. Francis Déprez 29/01/2011 at 19:55 #

    Bonjour,
    Encore une excellente chronique.
    La « science » est toujours la valeur suprême. Le 8 mai 1945 le quotidien « Le Monde » titrait en première page: « Les américains lancent leur première bombe atomique sur le Japon » avec ce sobre surtitre: « Une révolution scientifique ».

  2. andre tartarat (DDT) 30/05/2011 at 17:07 #

    bonjour
    article remarquable comme toujours sur ce site
    à lire aussi : le cerveau de Kennedy , de Henning Mankel chez point policier
    une histoire qui peut etre reelle (qui est ??!!!)
    Merci pour cet enseignement

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