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Doses liquides : un Mode d'emploi pragmatique

 

Par le Dr. Edouard Broussalian.

Exposé lors du séminaire clinique de L'ENH, le 21 octobre 1999.

Parvenir à domestiquer la posologie liquide est un défi que tout homéopathe confronté à la clinique se doit de relever. Dans mon cas personnel, c'est au prix de nombreux tâtonnements et de résultats nuls ou désastreux que je suis enfin parvenu à en comprendre les principes sous jacents.

En écrivant cet article je vais faire comme de coutume le bilan de mes erreurs afin d'épargner à mes amis les errements et les déceptions que j'ai connus avant d'être réellement ébloui par les résultats obtenus. Je ne prétends pas non plus être exhaustif, ni tout comprendre encore et je gage qu'il me faudra bien des années pour appréhender pleinement le rôle des différents facteurs qui interviennent dans la posologie liquide. Je remercie David Little qui m'a aidé à progresser et avec qui j'ai échangé de nombreuses observations. Son expérience immense de la phase liquide ainsi que sa connaissance approfondie de la doctrine connaissent peu de pairs dans le monde, je recommande à tous ceux qui lisent l'anglais de visiter son site à l'adresse http://simillimum.com/

Notion de quantum de médicament

L'enseignement de Kent a été mon guide depuis que j'ai eu 17 ans. Si le génie de cet homme et son immense travail nous éclairent toujours, je pense désormais que sa conception de l'action des médicaments repose sur une approche faussée (celle de la substance élémentaire ou simple substance en anglais) qui a conduit à deux erreurs :

1/ penser que la quantité de médicament n'a pas d'importance

2/ utiliser les doses selon un décalage de dynamisation très important (200, M, XM, etc.)

Cette conception de Kent date du XVIIIème siècle, époque ou l'on considérait que toutes les formes d'énergie avaient pour support une substance subtile. Cette vision provenait de la théorie newtonienne selon laquelle existent des atomes permanents responsables de toutes les formes d'énergie.

Hahnemann a été l'un des premiers visionnaires à exprimer qu'il puisse exister des formes d'énergie pure sans support matériel ni aucune substance subtile. Kent ne pensait pas qu'il existe des phénomènes purement énergétiques parce qu'il pensait que toute force devait être basée sur un état subtil de la matière. Hahnemann quant à lui assimilait la nature dynamique de la force vitale à des phénomènes naturels de nature électromagnétique plutôt qu'une substance élémentaire aussi subtile soit-elle. En tant que vitaliste, il enseignait que le monde matériel est soutenu par des sources d'énergie radiante, et non pas par des formes subtiles de matière ni des atomes permanents.

Kent pensait qu'un " quatrième état " de la matière était le précurseur de toutes les formes d'énergie ou de force. Pour lui, le processus de dynamisation réduisait le remède homéopathique en sa substance élémentaire, de sorte que le remède lui-même entrait dans le quatrième état de la matière.

Swedenborg enseignait que dans le 4ème état de la matière il n'y a pas de " quantité " de substance élémentaire mais seulement " qualité en degrés de finesse ". C'est pourquoi Kent enseignait qu'il n'y a pas de différence dans l'action d'une haute dynamisation selon qu'on donne un mille granules. Kent pensait que la finesse en degrés de la substance élémentaire représentait la hauteur de la dynamisation. D'autre part, la substance élémentaire ne possédant pas de quantité, le nombre de granules administrés était indifférent. C'est pourquoi tant d'homéopathes confondent la notion de dose minimale avec l'idée d'une haute dynamisation.

La mécanique quantique formule que toutes les formes d'énergie sont contenues dans des petits paquets d'énergie nommés quanta. L'amplitude d'une force augmente avec le nombre de quanta à une longueur d'onde donnée. Dans le même ordre d'idées, Hahnemann enseignait que chaque granule de remède homéopathique possédait une certaine quantité ou " quantum " d'énergie médicinale. En un sens, la dynamisation du remède représente la fréquence de l'énergie et le nombre de granules représente l'amplitude ou l'intensité du signal. C'est pourquoi la puissance d'une dose homéopathique augmente chaque fois que le praticien fait absorber plus de granules.

Cette vision quantique de Hahnemann, insuffisamment perçue dans son enseignement, est à la base de la nouvelle posologie. L'anticipation scientifique de Hahnemann laisse pantois quand on songe que ce n'est qu'en cette toute fin de siècle que la mécanique quantique finit enfin par s'imposer devant la vision classique relativiste. La vision newtonienne a abouti d'une part à la posologie kentienne en ce qui nous concerne et d'autre part en physique à la relativité générale formulée par Albert Einstein.

Ce dernier a toujours été en vive opposition avec la façon dont la mécanique quantique a bousculé toutes les conceptions classiques accumulées depuis des millénaires, outrepassant ainsi toutes les règles. Son conflit avec Niels Bohr, l'un des pionniers de la mécanique quantique, n'a jamais été apaisé, et Einstein a été jusqu'à écrire : "je pense que cette théorie [la mécanique quantique] ne peut pas servir de point de départ au développement futur de la physique". Il semble aujourd'hui qu'il se soit lourdement trompé, et même pire, que le traitement particulier de la gravitation dans la relativité générale ait retardé l'évolution de la physique et l'unification des forces fondamentales.

La mécanique quantique distingue désormais :

-les particules de matière, nommées fermions, et sensibles aux différentes interactions (interaction forte, interaction faible, électromagnétisme et gravitation)

-les particules virtuelles, porteuses des différentes interactions, et nommées bosons. Le plus ancien d'entre eux étant le photon, messager de la force électromagnétique.

Une interaction se résume désormais à l'échange d'un boson, la portée de l'interaction dépendant de la masse du boson : elle est infinie lorsque cette masse est nulle, ce qui est le cas du photon et du graviton.

Ce qu'il faut retenir de cette parenthèse quantique :

1/ les vues de Hahnemann sur les mécanismes énergétiques se rapprochent beaucoup de celles de la physique quantique qui transcende à la fois les idées de Newton, de Swedenborg et d'Einstein ;

2/ n'ayons plus honte de parler de force vitale immatérielle interagissant avec le fonctionnement de l'organisme, la mécanique quantique en arrive elle même à ce type de notions et ce concept éclairera certainement notre compréhension du vivant dans le prochain siècle ;

3/ il est commode de se représenter l'action d'un médicament selon un modèle ondulatoire, la substance initiale donnant au départ son empreinte unique et la fréquence du signal, donc l'énergie qu'il est capable de délivrer, étant fonction de la hauteur de la dynamisation ;

4/ l'intensité du signal, pour une dynamisation donnée, dépend de la quantité de médicament absorbé. Bien que Kent ait écrit que cela ne faisait aucune différence de donner une ou mille granules (voir Lesser Writings), ou bien une ou cent cuillerées de solution, les méthodes développées par Hahnemann dans l'édition de 1837 des Maladies Chroniques et la 6ème édition de l'Organon montrent que cette conception est fausse.

Pour beaucoup d'homéopathes, la taille de la dose est assimilée au niveau de dynamisation, en croyant à tort que l'usage de la dose minimale est en rapport avec l'infime quantité de substance originale présente dans la haute dynamisation. Ceci est tout à fait erroné puisque Hahnemann parle de la différence entre la quantité de dose et le facteur dynamisation dans ses ouvrages. Dans l'Organon il écrit qu'une quantité excessive du remède bien choisi est dangereuse, surtout s'il est donné dans une haute dynamisation (§ 275).

" Un remède, même homéopathiquement approprié, est nuisible quand la prise donnée est trop grande en volume et davantage encore si celle-ci est trop fréquemment répétée. " (§ 276)

Hahnemann enseignait que le phénomène d'aggravation est non seulement en rapport avec la dynamisation mais aussi avec le nombre de granules administrées. Le volume ou la quantité de granules détermine bel et bien l'intensité du remède (en employant ce terme dans le même sens que l'intensité du courant électrique). En phase sèche, ce phénomène passe relativement inaperçu car à la surface d'un seul grain il y a une quantité de principe actif qui sature déjà l'organisme. Seuls les sujets sensibles feront une réaction violente proportionnelle à l'intensité exagérée du signal et ceci sera confirmé par les observations répétées de praticiens compétents.

Cette notion de dose minimale, ou de quantité minimale me semble absolument essentielle pour répondre de l'action du médicament homéopathique et spécialement de la dose liquide. C'est probablement en permettant d'ajuster au plus près la quantité minimale de substance active que la dose liquide fonctionne aussi bien.

Ces questions de dosages sont fondamentales, bien que passées sous silence depuis trop longtemps. Hahnemann décrit sa propre expérience d'avoir administré une trop grande quantité de granules dans les Maladies Chroniques.

" J'ai moi même connu cet accident, qui gêne énormément la guérison et que l'on ne saurait trop éviter. Ignorant encore l'énergie de la puissance médicinale, je donnais Sepia en trop grande quantité. C'était encore plus manifeste quand je donnais quatre à six globules de Lycopodium ou de Silicea dynamisés au millionième degré à peine gros comme des grains de pavot. "

L'évolution dans la prescription de Hahnemann est plus qu'évocatrice : la dose est d'une ou au plus deux granules dans la 4ème édition de l'Organon (1829) puis on passe à la solution médicinale obtenue à partir de la dissolution d'un seul granule dans la 5ème (1833) et la 6ème édition.

 

L'insatisfaction procurée par la dose sèche

A mes débuts, je prescrivais des basses dynamisations, en tant que digne représentant de l'école matérialiste. Il me semblait inimaginable que le médicament puisse agir autrement que par une présence matérielle. Cependant je constatais vite que la durée d'action d'une dose était d'autant plus réduite que la dynamisation était basse. A plusieurs reprises j'eus ainsi l'occasion de prolonger l'action d'une dynamisation comme 7 CH, par une 15 CH, puis une 30.

Peu à peu, et même si j'ai pu observer quelques contre exemples comme une prise de Nat-m 7 CH ayant réglé un rhume des foins toute une saison, il m'est apparu que l'action du médicament était d'autant plus profonde et durable que la dynamisation élevée. Aidé par les concepts de la mécanique quantique qui rendent bien floues la notion de matière, je surmontais mes préjugés et poussais de plus en plus haut les dynamisations. En somme, je ne décris là rien de révolutionnaire, tout cela est clairement exposé par Hahnemann dans l'Organon, mais c'est tellement dur d'accorder une confiance aveugle.

Pour finir, je m'étais habitué depuis une quinzaine d'années au confort d'une routine avec des dynamisations kentiennes, c'est à dire des dilutions korsakoviennes à partir de 30 CH, prolongeant ainsi idéalement l'échelle centésimale. Je basais la puissance d'action du médicament sur la hauteur de la dynamisation.

Néanmoins, même s'ils étaient bien supérieurs à tout ce que j'ai pu connaître avec des basses dynamisations, je n'étais pas satisfait des résultats obtenus, notamment dans le domaine des maladies chroniques. Voici les principaux défauts auxquels on se heurte en prescrivant en dose sèche :

-Aggravations incontrôlables

-Difficulté de répéter la dose.

-Epuisement rapide de la dynamisation

-"Trous" dans la réceptivité

-Action finalement peu durable sur une longue durée

 

Aggravations incontrôlables

Je pense que tous ceux qui ont prescrit un médicament homéopathique bien indiqué verront de quoi je veux parler. Quant à ceux qui sont sceptiques, n'ayant pas encore observé le phénomène, je leur recommande de verser quelques graines de Nux-v XM sur la langue d'un sujet jeune (notre société super active et régie par la rentabilité et le surmenage en regorge) et de regarder ce qui se passe.

Les affections cutanées sont souvent un désastre à soigner, déterminant les prescripteur à faire jouer parfois des remèdes végétaux possédant une homéopathicité moindre afin de préparer l'action du remède indiqué par la profondeur. L'abus de cette notion de drainage a conduit en France à un pluralisme éhonté, mais ceci est une autre histoire.

Les affections chroniques peuvent basculer dans une aggravation terrible même si l'on prend soin de ne donner qu'une dynamisation faible (en ce sens, si l'on ignore l'effet de la quantité, on comprend que la seule façon de moduler la puissance du signal repose sur la dynamisation).

Difficulté de répéter la dose

Bien souvent, il est arrivé de constater que le patient a besoin de prises fréquentes, comme dans le rhume des foins, qui est une véritable plaie à soigner en dose sèche (la phase liquide à ce sujet m'a vengé d'années d'humiliations !). Or, on redoute toujours de renouveler car très vite on risque de basculer dans des phénomènes pathogénétiques.

Epuisement rapide de la dynamisation

Très souvent, la prise de quelques globules de 200 soulage un patient atteint d'une affection chronique de bon pronostic environ une quinzaine de jours. En aigu, cette durée peut se réduire à quelques heures.

La répétition de la même dynamisation produit un résultat moindre, il se produit visiblement un phénomène d'habituation. Ce phénomène nous pousse alors à utiliser une dynamisation plus élevée pour obtenir à nouveau une réponse. Cela n'est pas sans inconvénient, car une dose qui a pu agir tranquillement peut être relayée par une autre qui produit une forte aggravation. Bien des fois, on a ainsi le sentiment qu'un décalage plus minime de dynamisation pourrait suffire à relancer l'action du médicament. Au lieu de cela, on saute de 200 à M, de M à XM, etc.

"Trous" dans la réceptivité

Le phénomène précédent d'épuisement de la dynamisation nous amène tout naturellement à constater des "trous" dans la réceptivité des patients.

Dérivée des conceptions de Swedenborg, l'échelle de Kent est basée sur la notion que la réceptivité ne comporte que des valeurs, ou des plages, déterminées selon le degré de finesse de la substance élémentaire. Je ne compte plus le nombre de fois où un médicament donné a bien réussi en M puis en XM pour échouer ensuite en LM. Pourtant, le médicament reste indiqué au vu des symptômes inchangés qui reviennent à la fin de l'action de la prise. On redescend alors sur M, et l'action reprend, mais souvent elle est bien moins brillante qu'au début, toujours à cause du phénomène d'épuisement, la sensibilité sur la plage de dynamisation donnée n'ayant pas le temps de se reconstituer complètement.

Que penser du cas de certains malades qui ne sont sensible que sur une seule dynamisation comme cela m'est arrivé d'en voir ? Ce type de cas est très pénible à traiter et nous sommes bien loin des notions sommaires encore enseignées partout et qui consistent à dire qu'il suffit de connaître le nom du médicament pour guérir le patient.

Action finalement peu durable sur une longue durée

Au bout du compte, on constate que l'action même des plus hautes dynamisations reste relativement labile avec le temps. Certes, les crises de telle affection s'estompent presque définitivement, mais la plupart du temps le malade finit par avoir à nouveau besoin du médicament et l'on se heurte de nouveau au problème de l'épuisement de la dose.

Ce n'est que depuis que j'utilise à bon escient la dose liquide que par exemple les cas de Sulfur finissent par ne plus réclamer de répétition ce qui constitue pour moi une grande victoire.

 

Contre-indications et inconvénients de la dose liquide

Vous commencez à être impatients, je viens dans le vif du sujet !

Mais avant toute chose, sachez que la dose liquide exige un suivi très précis pour en obtenir les meilleurs résultats. Notamment en début de traitement, il n'est pas rare d'avoir à adapter les prises jusqu'au seuil où le patient commence à répondre. Parfois une seule cuiller suffit à amorcer une réaction, parfois rien ne se produit avant que l'on renouvelle. Ceci peut être un handicap à cause du nombre de coups de téléphone supplémentaires que cela entraîne, pour bien faire j'ai le sentiment qu'il faut engager une secrétaire rien que pour cela.

Ensuite, il y a des catégories de gens à qui cela ne convient pas :

a)     ceux qui ne comprennent rien à rien. Oui, ce n'est pas péjoratif de ma part mais vous avez tous parmi vos patients des gens qui ne comprennent pas qu'il faut secouer, mettre une granule en solution, etc. La dose sèche est alors le seul moyen de parvenir à les traiter. J'ai eu encore hier une magnifique pathogénésie de Nux chez un patient qui s'emportait au téléphone en disant "mais oui, j'ai bien secoué cinq fois comme vous me l'avez dit". Et ma femme de répondre "mais c'était bien avant chaque prise?". "Ecoutez madame, je vous dis que j'ai fait exactement ce qui est marqué, et je suis de plus en plus malade, il a dit de secouer cinq fois, je l'ai fait". Bref.

b)     ceux qui ne veulent pas se "compliquer la vie", à leurs yeux, c'est astreignant de prendre des doses ou de préparer une solution.

c)     ceux qui trouvent cela vraiment bizarre, ou ceux chez lesquels vous sentez une réticence : c'est la catégorie de patients qui ne vous fait pas confiance d'emblée. J'ai un brave curé qui m'a demandé "il n'y a rien de magique dans vos secousses?"

Beaucoup de jeunes patients chez lesquels on ne rencontre pas de pathologies évoluées répondent très bien à la dose sèche et ce serait se compliquer inutilement la vie que de se lancer dans la phase liquide.

Reste enfin à se fournir les doses. J'ai expérimenté dans tous les sens : Kent, Korsakoff, avec 100 secousses initiales ou pas. Il m'est apparu que les Kent et d'une façon générale les hautes dynamisations répondent trop fort de sorte qu'il est souvent impossible de parvenir à équilibrer le traitement avec.

Pour finir j'en suis venu à utiliser des LM, ou quinqua-genta-millésimales qui permettent de régler la dilution à un cran près (les centésimales s'adaptent aussi fort bien à la dose liquide, ce qui permet d'utiliser aussi bien les deux échelles). Il a été très difficile de les obtenir, mais maintenant il n'y a plus de problème : on les a facilement chez Schmidt. Je ne prescris plus en phase liquide que des LM et j'en suis de plus en plus content. Mieux, je dois avouer mon enthousiasme car ces préparations parviennent à avoir une action aussi douce que profonde, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes. Aujourd'hui je ne pourrais plus me séparer de mes chères LM !

Indications et intérêt

Les indications découlent des problèmes que nous avons énumérés avec la dose sèche.

En aigu, je dirais que le mode d'administration liquide devrait être systématique, même avec des centésimales ou des korsakoviennes : il est facile de faire dissoudre des graines dans une petite bouteille d'eau minérale et de la faire secouer avant chaque prise, cela permet d'étirer énormément la durée d'action sur un plan de dynamisation et d'éviter le phénomène d'épuisement.

En chronique, les indications sont très larges, pour peu que le patient montre une bonne observance, et vous un bon suivi. La rapidité des résultats est souvent stupéfiante. Vous verrez des goitres disparaître en deux mois, des affections inflammatoires chroniques suspendre leur cours d'un jour à l'autre, etc. Je ne m'explique toujours pas par quel miracle l'action des LM est à la fois plus profonde et plus douce que les dynamisations auxquelles je suis habitué.

La dose liquide nous affranchit des limitations de la dose sèche à savoir :

a)     les cas très évolués. Désormais, je n'envisage même plus de les aborder autrement. L'indication d'un remède végétal draineur peut être maintenue, mais avec moins d'acuité qu'avec la dose sèche. Rien ne vous empêche plus de commencer avec Sulph dans une dermatose étendue.

b)     les cas où il faut obtenir un mieux très vite. Typiquement un patient très déprimé qui vient consulter au bout du rouleau ne supporterait pas l'aggravation d'une dose sèche.

c)     les hypersensibles. Il arrive assez régulièrement de voir un malade littéralement exploser après une prise, même d'un médicament en basse dynamisation, et même en ayant pris la précaution de ne faire prendre que quelques globules. De tels cas sont pratiquement impossibles à soigner avec la dose sèche, seule la phase liquide permet (parfois au prix d'un petit réglage de posologie) d'obtenir de très bons résultats.

d)     ceux qui ne sont sensibles que sur une plage limitée de dynamisation. Il n'est pas rare de rencontrer des cas qui répondent très bien par exemple à une 30 ou une M, et qui ne répondent ensuite plus du tout sur les plus hautes dynamisations une fois épuisée le plan précédent. Souvent l'erreur que l'on commet alors consiste à changer de remède alors que la phase liquide permet d'exploiter à fond la plage de sensibilité du patient vis à vis du remède pourtant bien choisi.

La fréquence de mes prescriptions liquides a augmenté très vite en quelques années de sorte qu'à ce jour la quasi totalité de mes prescriptions chroniques sont en LM. C'est dire si j'en suis satisfait.

Préparation et utilisation du médicament

En écoutant tout de suite Hahnemann, je me serais épargné bien du travail et des peines inutiles. Au début de l'utilisation des LM, je ne parvenais tout simplement pas à imaginer qu'une simple cuiller ou qu'une simple goutte d'une dynamisation aussi basse que LM1 ou LM3 puisse agir longtemps. Mon expérience des doses sèche m'a ici lourdement handicapé.

D'autre part j'ai commis l'erreur de penser que du moment que les secousses augmentent la dynamisation, il ne se produit pas d'interférences d'une dose sur l'autre. En raisonnant par l'absurde, je ne voyais pas d'inconvénient théorique à donner 100 prises par jour au malade pour essayer d'aller 100 fois plus vite. J'ai donc commencé par des prises quotidiennes. Cela a été la catastrophe, mon secrétariat a été saturé d'appels disant soit que cela ne faisait rien du tout, soit que tous les symptômes s'aggravaient (avec de magnifiques pathogénésies). Du coup, j'ai espacé avec des prises hebdomadaires. Là, les choses ont commencé à aller mieux, j'ai pu mieux distinguer l'activité de la dose. De façon très nette, une prise de LM1 agit environ 1 à 2 jours, une LM2 deux à trois jours, une LM3 au moins 3 jours, etc. Cependant ces prises trop espacées ne m'ont pas permis d'atteindre de très bons résultats.

Au total, la grande règle qui consiste à ne pas renouveler tant qu'une prise agit reste toujours d'actualité. La répétition devient nécessaire dès l'épuisement de la prise précédente, et rien ne vous permet de prédire par avance quand ce moment arrive. C'est donc l'une des difficultés d'expliquer cela au malade, et qu'à son tour le patient soit suffisamment éclairé pour comprendre que faire.

En procédant ainsi, c'est à dire en adaptant finalement à la dose liquide ce que nous savons tous de la dose sèche, les résultats deviennent assez époustouflants, chaque dose prend le relais de la précédente, et il arrive très souvent que deux ou trois cuiller stabilisent un cas durant plusieurs mois. Là encore j'aurais mieux fait de suivre à la lettre les recommandations de Hahnemann.

Aujourd'hui voici comment je rédige mon ordonnance :

M ou Mme X

Un tube dose de: Thuja LM3

Préparation:  Bouteille d'eau minérale (Evian, Volvic, etc.) de 500 ml au bouchon à vis (ne récupérez jamais un flacon ayant servi à une dose précédente). Vider à moitié. Verser 2 petites graines de la dose sans la toucher avec les doigts. Laisser dissoudre. Stocker au frigo. Votre solution est prête, vous n'avez plus à toucher à la dose de granules.

Prises:

1.      Secouer fortement 6 à 7 fois le flacon, (surtout ne pas oublier les secousses avant la prise). Une secousse se fait par un mouvement rapide du haut vers le bas que vous interrompez brusquement de sorte que l'eau frappe les parois de la bouteille (mouvement comme celui que l'on fait avec un "shaker"), puis attendez quelques secondes que l'eau se repose avant de refaire une nouvelle secousse.

2.      Prendre 1 cuiller à dessert.

Rythme des prises:

Le rythme des prises est à déterminer selon votre réaction à la première dose. La première cuiller sert de test pour évaluer votre sensibilité au médicament. Le tableau ci-dessous vous indique la marche à suivre.

  

Résultat de la première cuiller 

Que faire 

1

Du mieux se produit en quelques heures (en aigu) ou quelques jours (pour une affection chronique), par exemple :

-Les symptômes pour lesquels vous consultez sont améliorés.

-Votre état général s'améliore (meilleur sommeil, réveil "en forme", vous vous sentez plus d'allant, vous éprouvez une sensation de bien être, la "pêche", etc.).

Reprendre une cuiller quand vous sentez la fin de l'amélioration ; n'hésitez pas à attendre un peu pour bien être sûr que l'amélioration s'estompe. Tant que l'amélioration persiste, surtout si elle est très nette, ne reprenez rien.

Au début d'un traitement chronique il arrive souvent d'avoir besoin d'une dose tous les deux ou trois jours (et même plusieurs fois par jours dans le cas de douleurs suraiguës par exemple).

A mesure que vous prenez vos doses, l'amélioration doit durer de plus en plus longtemps, de sorte que vous espacerez de plus en plus les prises.

2

Rien de neuf au bout de quelques jours

Attendre une semaine et prendre une nouvelle cuiller.

3

Aggravation de vos symptômes ou apparition de nouveaux symptômes

Cessez les prises. Appelez mon secrétariat.

 

Nous allons maintenant étudier dans le détail l'influence des différents facteurs dans le traitement.

Jongler avec les paramètres

La dose liquide fait apparaître quatre facteurs qui doivent être pris en compte :

-La quantité

-La dynamisation

-La dilution

-La fréquence

La quantité

Avec la dose sèche on avait l'habitude de ne se préoccuper que de la dynamisation, sans même se soucier de la quantité de médicament. La notion même de quantité faisait sourire, on avait l'habitude de dire depuis Kent qu'une graine ou mille cela ne fait pas de différence, je me vois le redire aux malades. Avec l'expérience de la phase liquide cela m'apparaît clairement comme une erreur : la quantité compte, on se rendra compte que parmi les patients qui ont eu de très fortes réactions à leur dose, l'immense majorité d'entre eux ont absorbé beaucoup de graines.

En fait, tout se passe comme si à la surface d'un seul globule il y avait déjà une quantité de substance active qui sature quasi complètement l'organisme. Ainsi on comprend que le facteur quantité soit passé sous silence par les auteurs classiques. sauf Hahnemann, dont le génie m'apparaît chaque jour davantage. L'une des lois définies par Hahnemann a toujours été la quantité minimale, dans l'Organon, il insiste sur le fait de ne donner qu'un seul globule, c'est désormais ma pratique avec la dose sèche (tout au plus 2 ou 3).

Longtemps habitué à prescrire de très hautes dynamisations, j'ai tout d'abord pensé que l'importance de la quantité devait être bien relative en rapport de la dynamisation. C'est encore une erreur, en fait une simple LM1 est déjà capable de répondre chez n'importe quel patient.

En fait, dès qu'une certaine quantité de médicament aura été administrée, l'action commencera à se produire. C'est pourquoi je demande de renouveler au bout d'une semaine si rien d'apparent ne s'est produit. En suivant les recommandation de Hahnemann, je démarre un cas entre LM1 et LM5. Partant de l'observation qu'une première cuiller de LM1 n'agit que rarement au delà de quelques jours, et qu'une LM5 ne dépasse pas la semaine, je prends ainsi peu de risques de télescoper deux doses.

Chez les enfants, les sujets hypersensibles, ou dans les dermatoses étendues 1 globule dans 200 ou 250 ml suffit. En général pour un adulte de poids normal, j'utilise un globule pour 125 ml. Les obèses, ou autres sujets peu sensibles nécessitent d'augmenter la quantité de globules de 50%.

Lorsque le patient présente une aggravation très nette de son état sans que de nouveaux symptômes soient apparus, il s'agit très souvent d'un surdosage, il faut réduire les quantités. La conduite à tenir est simple :

1/ suspendre toute prise et laisser se décanter le tableau. L'aggravation provenant souvent d'une reprise intempestive, le malade comprend alors qu'il peut renouveler quand c'est vraiment nécessaire

2/ si l'aggravation ne provient pas d'un surdosage à cause d'une fréquence exagérée,

a) on commence par ajouter de l'eau dans le flacon. C'est pourquoi j'utilise des bouteilles aussi grandes que 500 ml. Souvent, cela suffit à obtenir une action plus douce.

b) si cette mesure ne suffit pas, on emploie un verre de dilution.

3/ l'aggravation persiste malgré tout, c'est que le choix du remède est incorrect bien que certainement voisin.

Dans la technique du verre de dilution, le matériel de camping est très bien adapté : on utilise verre et cuiller en plastique jetables après emploi. Ici il convient de s'assurer que le patient a bien compris la manouvre : au lieu de verser la cuiller dans la bouche, il la verse dans le verre presque empli d'eau, touille faiblement (afin de ne pas trop changer encore la dynamisation) et absorbe la valeur d'une petite cuiller (bien sûr il faut jeter le verre et la cuiller après la dilution). Généralement un verre de dilution suffit, mais il arrive d'avoir besoin de deux ou trois verres de dilution successifs. Cela paraît complètement fou, mais on ne peut que se plier à l'observation clinique.

Nul ne conteste le §246 "toute amélioration qui se dessine franchement et fait des progrès évidents est un état qui aussi longtemps qu'il dure interdit formellement la répétition". Hahnemann a toujours été fidèle au principe édicté dans ce paragraphe 246, parfaitement logique d'ailleurs et confirmé par des années de pratique. Il n'a jamais demandé de continuer les prises jusqu'à saturer le patient, contrairement à ce que quelques confrères ont pu entendre. Peut être s'agit-il d'une confusion avec le fait qu'Hahnemann dit qu'il est souhaitable de continuer à procéder par dilution ascendantes tant que le patient y répond?

Très souvent une, puis deux ou trois cuillers suffisent à établir un mieux net et durable. La plupart du temps, l'amélioration subsiste durant des mois.

Quand le patient constate que sa prise n'agit que quelques jours (1 ou 2 avec une LM1, 2 ou 3 avec une LM2, 3 ou 4 avec une LM3, etc.) c'est que la puissance de la dynamisation est trop réduite, il faut monter la dynamisation. En cas de réponse assez peu durable, je n'hésite pas à monter de deux crans, passer par exemple de LM2 à LM4.

Ceux qui désirent creuser cette notion de quantité pourront lire les §160 et 249 :

§160 Lorsqu'un remède est vraiment choisi selon les principes homéopathiques, il est presque impossible de le rendre inactif en diminuant de plus en plus sa dose. La dynamisation la plus haute ne l'empêchera pas d'amender, de surmonter et d'anéantir la maladie naturelle qui lui est analogue, et de procurer une guérison parfaite. Cela à condition que la maladie n'ait pas été altérée par d'autres traitements et soit récente. 

§249 (a) L'expérience prouve qu'il est presque impossible d'atténuer assez la dose d'un remède déjà hautement dynamisé et parfaitement homéopathique pour qu'il ne suffise point à produire une amélioration sensible dans la maladie à laquelle il correspond.

En d'autres termes, il suffit d'absorber une cuiller de médicament pour que déjà une action se produise, si celle-ci est trop faible c'est donc à priori une question de dynamisation. Un remède incorrectement choisi pourra produire un tel effet transitoire. Dans ce cas, tout comme avec les doses sèches, une plus haute dynamisation échouera, au lieu de fonctionner mieux comme c'est le cas avec une bonne homéopathicité.

Il faut apprendre à être souple et adapter très vite la posologie en fonction de l'évolution du cas.

Parfois l'action est très faible pour la constitution du malade (ou son emploi du temps) et passe inaperçue, mais très souvent vous obtiendrez déjà une réponse avec une première cuiller. La quantité d'une seule cuiller est suffisante pour faire disparaître la plupart des troubles touchant les organes internes. Cependant il arrive que des signes superficiels résistent au traitement : verrues, varicosités, goitre, hémorroïdes. Dans ce cas, l'augmentation de la quantité permet d'atteindre les couches superficielles de l'organisme jusqu'à la peau, d'obtenir une action sur les tissus.

Cela m'amène à soulever un paradoxe que je ne résous pas pour l'instant : tout se passe comme si la solution permettait de diluer la puissance médicamenteuse du grain que l'on y met en solution. Cela rendrait bien compte des phénomènes observés. Mais dans ce cas comment expliquer que le globule obtenu par séchage d'une goutte sur 500 granules devienne ensuite plus puissant que la fraction du volume dont il est issu? Y a-t-il un changement de structure du médicament une fois séché, peut être une forme cristalline? Bien des questions restent en suspens.

Longtemps je me suis demandé quel est le facteur le plus important, de la quantité ou de la dynamisation. La réponse à cette question est aujourd'hui nette : la quantité.

La dynamisation

J'ai commencé mes prescriptions par 3 secousses, pour me rendre compte que peu de malades répondaient au traitement. Alors, le plus souvent dans l'incrédulité totale du malade, je demandais de passer à 5 secousses, et là d'un coup on observe un effet thérapeutique.

Hahnemann dit au §248 de donner 8, 10 ou 12 succussions au flacon. En augmentant peu à peu les succussions, je suis parvenu maintenant au nombre de 6 ou 7, ce qui me semble tout à fait suffisant. L'écart entre les dynamisations détermine de quelle façon incisive vous voulez travailler avec le remède. Plus cet écart est grand, plus vous risquez d'avoir des réactions fortes. Si au contraire on ne dynamise pas à chaque prise, on retombe dans le problème de la dose sèche, c'est à dire l'emploi répété de la même dynamisation avec les classiques effets d'épuisement, sans parler des effets pathogénétiques.

Rarement, chez des sujets vigoureux, il faudra monter à 10 ou plus pour obtenir une réponse plus soutenue du médicament.

L'une des questions qu'on peut se poser est la suivante : y a-t-il un effet cumulatif des secousses enregistrées par la solution, on bien chaque secousse brise-t-elle les structures composant le médicament pour les obliger à se reformer ensuite jamais identiques aux précédentes? Je penche plutôt pour la première hypothèse, mais ici encore une question non résolue.

La dilution

Ici encore, j'ai peur qu'il me faille changer bien des choses dans mes conceptions. La notion de pharmacopollaxie ascendante reste un point de repère, c'est à dire qu'on augmente toujours la dilution, autrement cela reviendrait à désensibiliser le patient de son médicament.

Au fait, le nombre 50.000 provient d'une approximation qui est la suivante : la préparation se fait comme pour les centésimales (1/100 à chaque fois) en flacons séparés, mais entre chaque dilution on fait sécher une goutte sur environ 500 globules de sucre, ce qui divise par 500 la quantité d'une goutte, d'ou le 50.000ème = 1/100 X 1/500. Il va de soi que des tas de phénomènes doivent entrer en ligne de compte comme le changement de phase, séchage puis dissolution.

L'un des avantages les plus évidents des doses liquides consiste à maintenir de façon très continue le patient sous l'action du médicament là où les doses sèches évoquent la souplesse de la démarche d'un canard. On se rendra compte qu'une même dilution initiale peut être énormément dynamisée et continuer d'agir des semaines et des mois.

Choix initial

J'ai fait de nombreux tests pour me faire une idée. Certains patients ont commencé avec une LM1, d'autres avec du LM5, d'autres avec du LM10, etc. jusqu'à 30. A l'époque où je répétais tous les jours, je n'ai perçu aucune différence dans l'activité du médicament. C'est tout simplement que je l'empêchais d'agir en renouvelant trop tôt.

En laissant la première dose libre d'agir à sa guise, on se rend compte que la règle de puissance en fonction de la dynamisation s'observe toujours. La durée d'action va ainsi croissant avec le nombre de LM. Comme l'optique du traitement est d'atteindre la quantité minimale, il est logique de démarrer par une basse puissance.

Le mieux est encore une fois de se plier aux conseils de Hahnemann et commencer un cas par une basse comme LM1 ou LM3, cela fonctionne très bien. Voici comment je procède aujourd'hui : pour tous les cas chez les bébés : LM1. Pour les enfants plus grands LM2. Adultes de sensibilité normale : LM3 ou LM4.

Il semble bien que la répétition et la dynamisation compensent le manque de puissance de la dilution, mais d'autre part j'ai vu encore récemment un enfant couvert d'eczéma se trouver parfaitement débarrassé de la moindre éruption pendant un mois après juste une seule cuiller de LM1.

Il existe donc probablement un effet dû à la phase liquide en elle même. Hering disait que l'action du médicament est fonction de la surface de contact. Si tel est le cas on imagine l'action produite par le contact sur toute la muqueuse buccale !

Quand un traitement fait du bien pendant un certain temps il est normal que la dose finisse par s'épuiser, le malade appelant pour dire que le remède ne lui fait plus rien. Dans ces conditions, j'ai essayé au début de ma pratique d'augmenter le nombre de secousses, trois ou quatre de plus poussent encore un peu l'activité du médicament. Cela ne servant guère, désormais la conduite à tenir est très simple, il faut monter :

Changement en cours de traitement

J'ai eu l'occasion de le dire plus haut, c'est à cause du changement de dilution, nécessaire dans de nombreux cas chroniques que je trouve les K ou les Kent complètement inadaptées à la phase liquide. Il suffit d'augmenter un tout petit peu la dilution pour que l'activité du médicament reprenne, il n'est donc ni nécessaire ni souhaitable de procéder par bonds aussi énormes que 30, 200, M, XM, LM, CM, etc.

Ceci dit, j'ai procédé à des essais sur des patients et sur moi même pour me faire une idée du nombre de "crans" qu'il faut monter. La réponse ici encore me semble être celle de Hahnemann : un seul degré de dilution suffit. Après LM1, on passe à LM2, etc. Cela fonctionne très bien et à ce jour je n'ai pas encore observé de "trou" dans la plage de sensibilité de sorte que la transition d'une dilution à l'autre se fait toujours en douceur.

La fréquence

Ce paramètre nous ramène à la notion de quantité. En général la fréquence est dictée par la clinique : il s'agit de répéter lorsque les troubles s'aggravent à nouveau ou si la dose semble ne plus progresser. Ayant été plus qu'échaudé, je suis devenu très prudent : une seule cuiller, puis j'attends.

Cependant bien des gens ne peuvent s'empêcher d'attendre (comment les blâmer quand moi même je ne pouvais imaginer qu'une basse dilution en LM1 tienne des semaines) et reprennent trop tôt, provoquant une aggravation des symptômes existants initialement ou même des signes pathogénétiques. Cela signifie tout simplement que trop de médicament a été absorbé, il suffit d'interrompre les prises pour obtenir très vite l'amélioration.

 

Conduites à tenir

J'écrivais dans un article publié voici un an ou deux "dans les prochains mois je compte faire des tests avec les volumes indiqués par Hahnemann, en utilisant des cuiller à café et non plus des gouttes, je crois que la quantité sera ainsi plus simple à gérer", et je n'ai pas été déçu !

Comme nous l'avons vu plus haut, mon schéma de traitement est très simple : une prise puis intervient le bon vieux principe du wait and watch. Si la dynamisation est trop basse, l'amélioration durera peu, il suffit de la monter. Si la dose tient bien en durée mais que des symptômes résistent, il faut augmenter la quantité.

La question fondamentale à se poser demeure la suivante : y a-t-il apparition de nouveaux symptômes? Si oui, il faut stopper immédiatement le traitement. Cela signifie soit que l'on s'est trompé dans le choix du remède soit que le patient a pris trop de doses. L'arrêt des prises permet souvent dans ce cas de revenir à l'état initial.

Bien entendu, la survenue de nouveaux symptômes alors que le cas a déjà évolué favorablement signifie qu'il faut changer la prescription et tenir compte de la nouvelle image symptomatique.

S'il n'y a pas de réaction apparente, je crois pouvoir affirmer avec de bonnes chances de ne pas me tromper que l'on a donné le bon remède mais que la posologie est inadaptée. Il faut commencer par augmenter les secousses. Si l'augmentation de la dynamisation ne suffit pas il faut faire une nouvelle préparation avec une dilution plus haute de plusieurs crans.

Quelques exemples

Les quelques exemples cliniques qui suivent ont été publiés par David Little. Ils sont tellement démonstratifs que je les cite in extenso et vous conseille de les méditer attentivement. Vous pourrez ainsi vous faire une meilleure idée des effets de chaque paramètre de la dose liquide.

1.Une jeune femme hypersensible éprouvait une très forte aggravation chaque fois qu'elle prenait une granule de 6CH après quoi son état s'améliorait un peu pour rechuter à nouveau. Elle pensait être trop sensible pour suivre un traitement homéopathique et était prête à abandonner. En faisant une solution médicinale dont elle ne prenait qu'une cuillerée, le remède ne produisit plus d'aggravation de sorte qu'il fut possible de répéter aux moments convenables jusqu'à guérison. Voici un exemple qui montre comment le passage de la dose sèche à la dose liquide (avec les succussion avant chaque prise) évite l'aggravation et rend le remède renouvelable chez une personne hypersensible qui aurait eu autrement des vives réactions à chaque prise. Cet exemple montre qu'il y a une différence selon la façon dont on administre le remède ainsi que selon sa quantité.

2.Un homéopathe prit Carb-v 200 sous forme d'une dose sèche sans aucune réaction. Pourtant le remède semblait parfaitement indiqué. Je lui conseillais alors de prendre le remède en solution à raison d'une cuillerée. Quelques doses de cette solution de 200 sucussée 5 fois avant chaque prise afin de changer à chaque fois la dynamisation le guérirent rapidement. Voici un autre exemple où la solution fonctionne là où la dose sèche ne produit aucun résultat. Si la quantité ne fait pas de différence que ce soit en solution ou en forme sèche comme le dit Kent, alors comment expliquer cela ?

3.Une femme qui prenait une dose de Cimic LM1 dans une solution de 120 ml pour des migraines eut une aggravation de ses symptômes. Après avoir doublé la quantité d'eau de sa solution il n'y eut plus jamais d'aggravation, elle put répéter tous les trois jours pendant un mois et les migraines ne revinrent pas. Cet exemple montre la façon d'ajuster la dose en utilisant plus d'eau dans la solution mère. Cela adoucit l'action du remède sur sa constitution et le rend renouvelable sans aggravation.

4.Un patient souffrant d'apnée du sommeil prenait Ars LM1 dans une solution de 200 ml, sucussée 3 fois avant la prise, la dose étant de 1 cuillerée de la solution mère diluée et remuée dans un verre de 200 ml. Après la prise, il y eut une aggravation de quelques uns des symptômes concomitants pendant 3 jours suivie d'une légère amélioration puis d'une rechute. Sans changer le nombre de succussions, on dilua une cuillerée du premier verre dans un second verre dont le patient prit une cuillerée. Cela entraîna un changement radical et fit disparaître l'apnée du sommeil. Avec cette façon de procéder, il n'y eut aucune aggravation. Cet exemple montre comment la dilution du remède à travers deux verres successifs permet d'obtenir un résultat frappant alors que la prise diluée seulement dans un seul verre d'eau ne provoquait qu'une aggravation suivie d'une légère amélioration. Cela ne montre-t-il pas clairement le rôle de la quantité ? Selon Kent, cela n'aurait pas dû affecter l'action du remède.

5.Lors d'une prescription d'une solution à sucusser 5 fois avant la prise, un patient répondit bien à la première dose. Quand je lui prescrivais une seconde dose, il oublia de secouer sa bouteille et le remède n'eût aucune action. Après en avoir parlé ensemble je lui rappelais de secouer sa solution avant d'en prendre, et la prise agit de nouveau aussi bien que la première fois. Cet exemple montre comment la répétition du remède sans succussion ne produit aucun effet. Quand le remède fut dynamisé de nouveau comme Hahnemann le suggère au paragraphe 248, il agit très profondément. Cela démontre l'importance de la succussion et du changement de dynamisation de chaque dose. Il s'agit là d'un sujet connexe sans rapport avec la quantité de dose.

Hahnemann mentionne dans l'Organon que certain états nécessitent l'augmentation de la taille de la dose pour obtenir une guérison. Le premier exemple qu'il donne concerne la manifestation primaire cutanée d'un miasme chronique. Voici quelques exemples personnels de cette méthode.

Dans un cas de gale, la quantité normale d'une cuillerée n'agit pas suffisamment pour faire partir les parasites. Dans l'aphorisme 248, Hahnemann parle d'augmenter par paliers d'une cuillerée la dose du remède quand le besoin s'en fait sentir. En augmentant progressivement la quantité de dose de 1 cuillerée à 2 puis 3 cuillerées les parasites furent rapidement éliminés. J'ai procédé ainsi de très nombreuses fois.

6.Un cas de teigne ne répondait que lentement à des doses répétées de Bacillinum LM1 donné à raison d'une cuiller à la fois. L'augmentation du nombre de succussions ne changea rien. La dose fut alors renouvelée plus souvent mais là encore sans effet. En augmentant la quantité de la dose à 3 cuillers, il y eut une réponse immédiate et la lésion commença à disparaître. Cette dose plus importante agit là ou de plus petites échouaient. Le nombre de succussions resta inchangé.

Hahnemann cite encore comme exemple de cas nécessitant l'augmentation de la quantité de la dose ceux dans lesquels l'état de santé général du patient s'est amélioré mais qu'il subsiste une affection locale rebelle. J'ai souvent vu des cas ou l'on obtient une nette amélioration générale mais où les troubles pathologiques ou lésionnels s'accrochent. Dans de tels cas, le mieux est de commencer par la plus petite dose nécessaire pour obtenir une réaction puis de l'augmenter lentement jusqu'à obtenir un effet sur les signes locaux.

7.Je me souviens d'un cas de Calc LM1 que je donnais à un homme présentant un nombre incroyable de symptômes dont une impuissance qui le déprimait considérablement. Il répondit très bien mentalement et physiquement aux premières doses mais l'impuissance traîna jusqu'à ce que j'augmente cuillerée par cuillerée la quantité de la dose sur un certain laps de temps. L'impuissance disparut et il demeure guéri aux toutes dernières nouvelles.

On a une autre raison d'augmenter la quantité de la dose quand un cas semble ne plus progresser.

8.Un patient présentait une hypertrophie de la prostate avec une mélancolie concomitante, une impuissance, un jet urinaire faible, et une sensation de pression dans le périnée. Je lui prescrivais d'abord une cuiller de Conium qui produisit une nette réponse. Il augmenta alors de lui même la quantité à 2 cuillers et obtint une aggravation similaire (dose trop importante). Je lui conseillais de stopper les prises pendant quelques jours pour reprendre ensuite à une cuillerée. Le traitement fonctionna très bien en LM1 et LM2 avec la disparition des symptômes les plus importants. Puis il sembla que l'action du remède s'essoufflait, comme si l'on atteignait un plateau. J'augmentais alors lentement la quantité de dose de 1 cuiller à 2 puis 3, et le cas recommença à progresser favorablement, de sorte que le patient est aujourd'hui très très amélioré. Si la taille de la dose ne fait aucune différence, comment ceci peut-il se produire ?

Les cas qui précèdent sont autant d'exemples où les méthodes d'ajustement de la dose font toute la différence entre la réussite ou l'échec d'un cas. C'est tout bonnement le diagnostic du remède aurait été remis en question si je n'avais pas adapté la dose dans ces cas. Ces méthodes sont en rapport avec les innovations que Samuel Hahnemann a introduites dans la 5ème (1833) et la 6ème (terminée en 1842) éditions de l'Organon ainsi que dans l'édition de 1837 des Maladies Chroniques. Ces méthodes demandent au médecin plus de talent artistique mais l'accroissement de la connaissance s'accompagne de celle de la responsabilité.

David Little.

 

Cas cliniques

1.La jeune Marie a 25 ans lorsqu'elle me consulte l'an passé en octobre 98. Elle souffre d'eczéma depuis l'âge de deux ans. Ses parents se sont séparés la même année. Le diagnostic du remède ne pose guère de problèmes : elle est très mince, nerveuse, agite sans cesse ses jambes. Elle a les lèvres sèches, la peau du visage est elle aussi très sèche, et pleine de lésions érythémateuses. Elle ajoute du sel dans ses aliments. Elle a toujours besoin de sport.

Nat-m LM1 est prescrit selon le protocole que j'ai exposé plus haut. Après la première cuiller, Marie présente une très nette amélioration pendant une semaine. Au bout de ce délai, comme la peau se dégrada de nouveau, elle reprend une cuiller. Cette fois encore, environ une semaine de net progrès. A nouveau, au bout de 8 à 10 jours, elle rechute un peu. Elle prend une troisième cuiller, cette fois pas de retour des lésions. Et depuis un an elle n'a plus la moindre éruption.

2.Madame P a 52 ans. Je la vois en Septembre 98. Voici mes notes :

Polyarthrite rhumatoïde, depuis 1989; Test au Latex +; Les premières manifestations ont débuté après un état de mal asthmatique 1er janv. 89 chez son mari. Celui-i a fait 6 mois en réanimation.

Quatre enfants

Myosite depuis deux ans

Visage rouge, très congestionné; Elle était toute mince avant; Et pas du tout rouge

Toujours sous cortisone a très fortes doses

Femme très calme, elle sert de "tampon"; elle a horreur des disputes; ne supporte pas les mots

Transpire énormément;  au moindre effort; ça dégouline de la tête, cheveux trempés, etc.

Très vite beaucoup de bleus

Obésité+++; pas loin de 90 kg pour 1, 60 m

A eu plein de verrues; des centaines; c'est parti après un séjour à la mer; elle est toujours très > à la mer

Très tatillon, méticuleuse

Eu une primo infection enfant; 15 mois au sana; suite à ça elle a eu des douleurs affreuses d'estomac; elle mangeait et se tordait de douleur

> générale à la mer; y compris les muscles; les bains de mer >

Elle anticipe sans arrêt

Apprécie beaucoup le whisky

Seul antécédent notable, elle a eu un curetage pour des hémorragies utérines; elle n'en sait pas plus.

A l'époque de sa première visite, c'est une femme très handicapée. Elle peut marcher à grand peine, les articulations sont toutes très enflées.

Elle prend Med LM5. La première cuiller ne fait aucun effet. Une semaine plus tard la seconde cuiller provoque une > générale et surtout une > des douleurs articulaires. Une < quinze jours plus tard fera renouveler la cuiller. Jamais encore je n'avais vu de remède agir si vite dans une telle pathologie.

Au bout de quelques semaines, la dose de LM5 ne fait plus d'effet, on passe donc à LM6.

En Février 99, je note :

Commence à faire plein de verrues; déjà eu plein de verrues planes sur les mains; >> à la mer

VS augmenté à 40 ou plus ?; a été faite 2 j après la dose

N'a plus du tout mal à ses articulations

La langue garde l'empreinte des dents

Eczéma débutant sur la cheville

A perdu seulement 4 kilos, elle n'en peut plus; demandé de consulter un nutritionniste

Peur obscurité

Pas le moral à cause du poids

La dose de Med cette fois n'a pas agi. Restent la transpiration, le poids, les verrues des mains.

Calc LM3.

Cette fois, progrès décisifs. En Juin 99, je constate que la congestion du visage, les sueurs, ont été > dès les premières cuillers. Elle n'a plus la moindre douleur articulaire. Le bilan biologique est normalisé, le test Latex Waaler Rose négatif. L'appétit est bien régulé. Les verrues sont presque toutes parties. Sevrée de ses corticoïdes dont j'ai baissé progressivement la posologie.

Suivie par la nutritionniste, elle a maintenant (oct. 99) perdu plus de 20 kg, au point que j'ai failli ne pas la reconnaître lors de sa dernière visite. Elle a une dose de Calc LM4 prête à servir. Elle va tellement bien que cette année elle va pouvoir refaire du ski.

3.Mme V. Irène, 48 ans, consulte en Août 99. Allergie à l'ambroisie : éternuements, nez qui coule, yeux qui grattent ; depuis une bonne dizaine d'années

Divorcée depuis 83 ; un fils de 22 ans ; indifférence progressive, n'avaient plus rien à se dire avec son mari ; c'est elle qui a pris la décision du divorce.

Antécédents: bronchites +++ après chaque rhume ; cystites ; angines à répétition avant les bronchites

Herpès lèvre sup

Mycoses vaginales; après chaque antibiotique

Elle est d'une part salariée à mi temps et d'autre part elle dirige une entreprise qu'elle a créée

Beaucoup de ballonnements

<< taille serrée

Très dur de se lever le matin

Transpire beaucoup des pieds, etc.

A été très malade avec les huîtres chaudes; aime beaucoup le sucré

Lyc LM4. 2 grains dans 250 ml d'eau.

Je la revois le 25 octobre, complètement ravie. Voici le résultat de l'action des doses.

Première prise le 17 août ; l'allergie n'avait pas encore commencé ; partie en vacances ; au retour le 23 août, elle n'a éternué qu'une seule fois en passant devant un champ d'ambroisie

Elle n'en a repris que le 26 août ; le nez se remettait à couler et elle éternuait à nouveau beaucoup. Le lendemain c'était radical, plus rien, à peine cela me grattait un tout petit peu

Partie une semaine en Espagne ensuite, et à son retour quelques éternuements le soir et un peu plus le lendemain. Elle prend donc une troisième cuiller qui l'a beaucoup >.

Dix jours après elle a pris encore une cuiller à cause de quelques symptômes ; elle n'a plus rien fait ensuite.

Normalement son allergie continue jusqu'à début octobre

Elle signale que dès la première prise elle a eu une nette >>> du réveil ; je n'avais jamais encore connu de tels réveils en pleine forme.

Les ballonnements ont commencé à aller mieux avec les dernières cuillers

Elle avait toujours "beaucoup de glaires" qui remontaient des poumons et qu'elle crachait, c'est maintenant fini. L'amélioration s'est faite à son insu de sorte qu'elle s'en est aperçu il y a peu.

 

Conclusions

Les doses liquides on complètement bouleversé ma pratique et balayé quinze ans d'acquis.

En permettant d'ajuster très finement la posologie en fonction de la sensibilité de chaque cas, le pronostic de bien des affections s'en trouve complètement bouleversé. Leur action douce, profonde, continue, garantit pour celui qui maîtrise leur application des succès autrefois non envisageables avec la dose sèche.

Avant d'étudier la phase liquide, les choses étaient simples, voire simplistes : il suffisait de trouver le nom du remède et une plage de dynamisation qui procure une réponse. Fort logiquement, on comprend qu'il faille pousser l'individualisation jusqu'à son raffinement suprême en fonction de la sensibilité personnelle du patient :

·        la quantité minimale nécessaire

·        l'administration selon un léger décalage de dynamisation à chaque dose

La nouvelle posologie remet à l'honneur les basses dilutions, car on n'est plus contraint de monter très haut la dynamisation pour obtenir une réponse en profondeur, ni obligé de changer la dynamisation aussi brutalement qu'avec l'échelle de Kent maintenir le patient sous l'action du remède.

C'est tout un monde inconnu qui s'offre désormais à nos investigations, le diagnostic du remède ne nous place plus qu'à mi-chemin de la guérison.

Avec la posologie liquide, Hahnemann nous a légué un système proche de la perfection, il nous reste à fournir beaucoup d'efforts pour le suivre, mais le peu que j'aperçois aujourd'hui me confirme que le jeu en vaut la chandelle.

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