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La maladie et les maladies

Par le Dr. Jean Michel Bolzinger.

Exposé lors du séminaire clinique de L'ENH, le janvier 1999. 

Il n'est pas évident, à la lecture d'une traduction française de l'Organon, de relever qu'Hahnemann emploie le mot " maladie " tantôt au singulier, tantôt au pluriel. Cette distinction loin d'être occasionnelle, revient telle un leitmotiv tout au long de l'ouvrage comme pour marteler toute l'importance qu'elle revêt dans la pratique de l'homéopathie. C'est précisément parce que cette distinction a une incidence essentielle dans la pratique de l'homéopathie qu'il convient de l'étudier. C'est aussi parce qu'elle est une réponse à la question de savoir ce qui doit être traité dans le tableau symptomatique d'un malade.

§3. Organon 6° éd. (1) -Si le médecin perçoit clairement ce qu'il faut guérir dans les maladies, c'est-à-dire dans chaque cas morbide individuel ,
./. alors seulement il est un médecin digne de ce nom, un maître de l'Art de guérir.
(voir aussi les 3 devoirs du médecin §71)

La langue française ne dispose malheureusement que d'un seul mot pour désigner deux concepts aussi différents que:

les maladies au sens allopathique du terme et que nous écrirons désormais en italique-gras ( les maladies)

et la maladie au sens hahnemanien du terme que nous écrirons en majuscule-gras ( LA maladie).

De la même façon, il est fort utile lors de la lecture de l'Organon, de surligner de couleurs différentes l'article défini du mot " maladie " selon qu'il s'agit d'un singulier ou d'un pluriel.

 

 Ces maladies que nous créons.

Les maladies nous sont elles imposées par la nature ou sont elles une construction arbitraire de l'esprit ?

L'écrivain et philosophe Louise Lambrichs s'est posée cette question dans un ouvrage récent (2) et voici ce qu'elle écrit :

" Le profane (./.) considère indistinctement les symptômes et les maladies comme des faits, alors qu'à rigoureusement parler, seuls les symptômes sont des faits, les maladies représentant des constructions s'intégrant dans une conception théorique médicale plus large. "

" La vulgarisation médicale habituelle parle généralement des maladies comme d'entités existant en soi : on dit que l'on 'découvre' des maladies ; lorsqu'on les découvre on les décrit, on les baptise et le profane croit qu'une maladie nommée est circonscrite une fois pour toutes, connue et existera ainsi de toute éternité. (./.) Le profane n'est d'ailleurs pas la seule victime de ces idées fausses : le jeune médecin lui même, au cours de ses études a bel et bien appris les maladies - leurs signes annonciateurs, leur déroulement, leur traitement - comme si elles existaient en soi, et ce n'est qu'après lectures et réflexions qu'il comprendra que les maladies, ne sont toutes que des constructions de notre esprit. Constructions indispensables puisqu'elles seules donnent prise sur le réel, constructions solides puisque raisonnées et reposant au moins en partie sur des fondements éprouvés, mais néanmoins constructions : par conséquent, en tant que telles, toujours révisables. "

"Ces multiples classements (nosologiques), ce n'est pas le monde qui nous les impose, c'est nous qui les créons, qui les inventons en quelque sorte, en fonction du jugement que nous portons sur les phénomènes."

Deux siècles plus tôt, Hahnemann avait déjà bien perçu toute l'enjeu de cette question. Dans la note b du § 81, voici ce qu'il écrit:

"Dans le nombre de ces noms impropres sensés représenter un diagnostic déterminé, combien s'en trouve-t-il qui sont équivoques et offrent de multiples interprétations! Le même nom peut désigner des syndromes très différents n'ayant souvent de commun qu'un seul symptôme, par exemple: apoplexie, paralysie, état spastique, manie, mélancolie, hystérie, hypocondrie, angine de poitrine, ictère, hémorroïdes, leucorrhée, hydropisie, rhumatisme, affection fébrile intermittente, etc...

De ces états pathologiques on prétend faire des maladies fixes, toujours semblables à elles-mêmes, et, en raison du nom qu'elles portent, de l'étiquette diagnostique qu'on leur a fixée, on les traite chacune d'après le même plan traditionnel!"

Il suffit effectivement de lire les formes cliniques d'une maladie quelconque pour constater que tous ces malades n'ont en commun que l'étiquette qu'on leur a collée sur le front ainsi qu'une thérapeutique standardisée dont l'action est statistiquement significative.

Il poursuit en abordant la question des maladies épidémiques:

"L'esprit est frappé d'étonnement par l'aspect varié des maladies épidémiques, qui diffère totalement de lui-même d'une fois à l'autre; l'évidente diversité de ces maladies se manifeste suffisamment, tant par les différentes particularités des symptômes qui leur sont propres, que par la dissemblance des traitements qu'elles réclament. Par conséquent, il est clair que, si les maladies épidémiques peuvent, pour un observateur superficiel, paraître coïncider jusqu'à un certain point, à la fois par leur allure extérieure et par un certain nombre de symptômes semblables dans l'une et dans l'autre, en réalité toutefois (si l'on fait vraiment attention) elles sont d'une nature tout à fait différente et se ressemblent aussi peu que le bon argent et la fausse monnaie."

Qui n'a vu ces épidémies de gastro-entérites, si dissemblables d'une année sur l'autre, tantôt à prédominance infectieuse, tantôt à type de coliques, parfois à type de grande fatigue accompagnée de courbatures. A chaque fois, c'est le même diagnostic, le même "traitement" à tel point que le nombre de boîtes d'Imodium et d'Ercéfuryl vendues constitue un marqueur de l'épidémie.

"Cependant, si l'on croit avoir quelquefois besoin de désigner certaines maladies par une appellation déterminée afin de se rendre, par ce terme, intelligible au vulgaire quand on parle d'un malade en particulier, qu'on n'utilise du moins cette désignation que sous la forme de noms collectifs. Il faut dire par exemple: tel malade a:

une espèce de chorée,

une espèce d'hydropisie,

une espèce de fièvre intermittente,

une espèce de fièvre nerveuse,

mais jamais (pour en finir une fois pour toutes avec les notions erronées auxquelles ces noms donnent lieu): il a la chorée, il a l'hydropisie, il a la fièvre intermittente, il a la fièvre nerveuse, puisqu'il n'existe, à part quelques symptômes cardinaux, certainement aucune maladie fixe et toujours identique à elle-même, dans ses multiples expressions, méritant ces étiquettes diagnostiques beaucoup trop générales."

Une rapide observation de la situation actuelle nous convainc aisément que les observations de Louise Lambrichs et d'Hahnemann ne manquent pas de pertinence. Un ouvrage récent s'intitule "Les 365 nouvelles maladies". On y trouve pêle-mêle de "nouvelles" maladies telles que:

- le POEMS syndrom (Polyneuropathy organomegaly, endochrinopathy, monoclonal component, skin)

- le syndrome SAPHO (synovite, acné pustuleuse, hyperostose et ostéite)

- le HELPP syndrom (hemolysis, elevated liver enzyms, low platelet count)

Citons aussi le DSM IV, récent système de classification nosologique des troubles mentaux, qui pourrait donner l'impression d'avoir été réalisé par et pour l'industrie américaine des psychotropes.

Il n'est pas inutile de rappeler le malentendu mis en lumière par Georges Canguilhem:

"le malade demande la guérison, le médecin offre un traitement."

Le § 1 de l'Organon nous rappelle que nous ne sommes pas au service de laboratoires pharmaceutiques mais que "l'unique vocation du médecin est de rétablir la santé des personnes malades, c'est ce qu'on appelle guérir", et c'est précisément ce que le malade attend de nous.

En prenant la peine de faire la distinction entre LA et les maladies, Hahnemann nous indique comment "percevoir ce qu'il faut guérir dans chaque cas individuel" afin de parvenir à cet objectif.

 

 II. LA maladie et les maladies dans l'Organon.

A. Les maladies

Sont constituées par des groupes de symptômes comprenant:

d'une part des "signes" cardinaux (permettant d'établir un diagnostic nosologique allopathique)

d'autre part des "symptômes" personnels, individuels, différents d'un malade à l'autre.

Ces deux catégories séméiologiques sont mélangées.

Précisons ici la différence conventionnelle entre un "signe" et un "symptôme homéopathique":

un "signe" est un fait à l'état brut: fièvre, dysphagie, toux, diarrhée... c'est une des matières premières de l'allopathe. Les signes ne sont pas exploitables en l'état par l'homéopathe et doivent être précisés afin de devenir des symptômes qui deviennent alors la matière première de l'homéopathe

un "symptôme" est un signe qui a été précisé, qualifié par:

1. Une localisation (§40)

2. Une sensation : Jules Romain aurait moins ridiculisé son Docteur Knock s'il avait réalisé qu'une sensation de brûlure est fort différente d'une sensation de piqûre ne serait ce qu'en raison des trajets nerveux qu'elles empruntent. Les récentes échelles d'évaluation de la douleur QDSA (3) sont bien en deçà de l'extraordinaire richesse répertoriale quant à la précision des sensations.

3. Une ou des modalités d'amélioration (>) ou d'aggravation (<) du signe

4. Un ou des concomitants

 

B. LA maladie au sens hahnemannien

Ce concept se réfère à une notion tout à fait différente:

Il s'agit d'une rupture de la force vitale, elle correspond au dérèglement initial.

La maladie est globale, elle affecte la totalité de l'être.

Elle résulte d'une cause inconnue.

Elle est inaccessible directement et s'exprime par des symptômes subjectifs (qui caractérisent le sujet) et objectifs (qui caractérisent l'objet que sont les maladies)

Ne traiter que les maladies revient à chroniciser un malade en lui faisant faire du ping-pong entre d'innombrables maladies, traiter LA maladie revient à guérir le malade (§17 et §148-149).

Il est intéressant de lire le texte exact d'Hahnemann:

§ 12.- C'est uniquement la rupture d'équilibre de l'énergie vitale (LA maladie) qui est la cause des maladies (a).

Les manifestations pathologiques (les maladies) accessibles à nos sens, en reflétant l'intégralité des troubles internes, expriment en même temps le dérèglement de la dynamis (LA maladie), cette puissance intérieure, soustraite à nos regards. En un mot, elles mettent en évidence LA maladie tout entière.


Par contre, la cessation par le traitement, de tous les troubles morbides (toutes les maladies simultanément-l'asthme-l'eczéma-les insomnie à 1 h-la peur de la mort-), c'est-à-dire la disparition de tous les changements perceptibles modifiant 1'état de santé, a pour effet et implique nécessairement le rétablissement du principe vital dans son intégrité et présuppose logiquement le retour à la santé de 1'organisme tout entier. (LA maladie est guérie)


(a) Comment l'énergie vitale détermine-t-elle l'organisme à produire des manifestations morbides, c'est-à-dire comment crée-t-elle la maladie ? De telles questions ne sont pour le thérapeute d'aucune utilité parce qu'elles lui resteront éternellement cachées. Le Maître de la Vie n'a rendu accessible à nos sens que ce qui était nécessaire et pleinement suffisant pour la guérison des maladies.

§ 13.- Par conséquent LA maladie (appartenant à un domaine dans lequel les procédés mécaniques de la chirurgie n'ont aucune efficacité),

1. n'est nullement une entité séparée (Materia peccans = la théorie à la mode de l'époque!) du tout vivant de l'organisme, quelque subtile qu'on puisse l'imaginer.

2. Elle n'est pas non plus une entité isolée de l'énergie vitale, c'est-à-dire du pouvoir dynamique qui l'anime.

3. Enfin, ce n'est pas davantage une entité cachée à l'intérieur du corps, comme les allopathes la dépeignent.
(Une pareille chimère ne pouvait être conçue que par des cerveaux matérialistes. C'est elle qui, depuis des siècles, a poussé la médecine officielle dans toutes les funestes directions qu'elle a parcourues en l'écartant de sa véritable destination, et en la faisant considérer comme une science pernicieuse, incapable de guérir )

§ 14.- Il n'y a pas de maladie curable, pas de changements morbides cachés à l'intérieur du corps, que le médecin méthodique et consciencieux ne puisse reconnaître sinon par des symptômes objectifs et par des symptômes subjectifs.

maladies et homéopathie

III. Quels symptômes utiliser pour guérir LA maladie ?

A ce stade, nous "percevons clairement que ce qui doit être guéri dans chaque cas individuel" (§3) n'est autre chose que LA maladie.(4)

Malheureusement, nous venons de voir que LA maladie est inaccessible directement.

Elle est telle une statue abîmée qu'on ne voit jamais mais qu'on essaie de reconstituer en observant les ombres qui s'en détachent.

LA maladie se laisse percevoir indirectement par des symptômes qui sont intriqués avec les signes des maladies.

Comment s'en sortir dans tout ce fatras séméiologique, comment démembrer les symptômes qui nous seront utiles pour guérir LA maladie des signes qui eux, sont utiles pour diagnostiquer (voire traiter) les maladies. Une première approche consiste à observer ...

A. les symptômes subjectifs et les symptômes objectifs.

Il est possible de s'aider de la distinction schématique suivante:

Plus le symptôme est caractéristique du sujet (symptôme subjectif) plus il renseigne sur LA maladie.

Plus le symptôme est caractéristique de l'objet que sont les maladies (symptôme objectif et a fortiori "signe") moins il renseigne sur LA maladie.

Cependant, cette distinction arbitraire entre symptômes subjectifs et objectifs est par trop rigide car il est tout à fait possible de trouver des symptômes objectifs (voire des signes) qui soient rares, bizarres, inhabituels et qui pourtant, renseignent puissamment sur LA maladie.

Ainsi, s' il est courant d'observer un purpura ou un purpura fulminans au cours d'une méningite à méningocoque, il est tout à fait possible d'observer dans le même contexte une éruption maculeuse ou maculo-papuleuse dont la valeur d'alarme est essentielle. (5)

Lors des épidémies de méningites à méningocoque, tous les sujets contacts ne se comportent pas de façon analogue: cela va de la forme fulminante au porteur sain. Il est vraisemblable que le premier était porteur d'un désaccord de son énergie vitale bien avant de déclencher sa méningite.

LA maladie précédait la maladie.

L'antibiothérapie viendra à bout de la maladie (la méningite).

LA maladie (le désaccord de la dynamis) n'est pas pour autant réglé.

Dans l'exemple cité, il sera utile de consulter les rubriques PEAU/ERUPTIONS/Macules...Papules...voire même...Rougeole.

Un symptôme objectif observé au cour même des maladies peut donc devenir extrêmement précieux pour le choix de la thérapeutique de LA maladie.

B. Symptômes mentaux, symptômes généraux et symptômes loco-régionaux.

Il est tentant de penser qu'un symptôme mental renseigne plus sur le sujet (et partant, sur LA maladie) qu'un symptôme local apparemment plus proche des maladies.

C'est vrai sous certaines conditions, mais faire de cette pratique un sport national est scabreux car pour qu'un symptôme mental soit exploitable sans discussion:

- Il faut qu'il exprime un changement par rapport au mental habituel du patient ce qui réduit considérablement la symptomatologie mentale exploitable.

- Il faut par ailleurs éviter de se laisser abuser par

- la symptomatologie constitutionnelle (comme l'a si bien clarifié Roland Zissu)

- ou par la symptomatologie acquise par éducation familiale, culturelle socio-politique ou religieuse.

- Pour devenir un symptôme, un signe mental doit être modalisé

- et surtout, il doit être "caractéristique" comme le dit Kent (6)

Un symptôme local peut il être caractéristique?

Nous avons vu qu'un "signe" caractérisé par un localisation, une sensation, une ou des modalités et un ou des concomitants devient un "symptôme" exploitable.

Ce sont les concomitants qui permettent de vérifier la cohérence du symptôme avec la Totalité des symptômes (Cette question sera traitée pour son propre compte)

Dans la mesure où LA maladie affecte la totalité de l'être (CF supra), un symptôme local peut être très caractéristique de LA maladie.

Nous avons tous eu l'occasion d'admirer ces images tridimensionnelles produites par la projection d'un faisceau laser sur une plaque d'hologramme. Si l'on brise cette plaque, chacun de ses fragments, une fois exposé au rayonnement laser est capable de reproduire l'intégralité de l'image. Chaque élément constitutif de la plaque possède l'intégralité de l'information. La récente actualité du clonage(7) nous a rappelé que chacune des cellules de l'être humain possède elle aussi la totalité de l'information.

Tout se passe comme si chaque "symptôme caractéristique" était potentiellement porteur de l'intégralité de la dynamis désaccordée. En révélant chacun de ces symptômes, le médecin voit apparaître LA maladie dans toutes ses dimensions.

En définitive ce qui fait qu'un symptôme est utilisable ou non, c'est la façon dont il ressort du filtre du ...

... § 153 de l'Organon: "La comparaison de l'ensemble des symptômes de LA maladie naturelle avec la liste des symptômes pathogénésiques de médicaments bien expérimentés, est, il est utile de le répéter, la condition sine qua non pour trouver, parmi ces derniers, une puissance pharmacodynamique similaire au mal à guérir. Mais il faut surtout et presque exclusivement, dans la recherche du remède homéopathique spécifique, s'attacher aux symptômes objectifs et subjectifs caractéristiques (a):

les plus frappants,

les plus originaux,

les plus inusités, et

les plus personnels.

Ce sont ceux-là principalement qui doivent correspondre aux symptômes très semblables du groupe appartenant au remède à trouver, pour que ce dernier soit celui qui convienne le mieux à la guérison.

Au contraire, les symptômes communs et vagues comme les malaises, la lassitude, le mal de tête, le manque d'appétit, un mauvais sommeil, etc. méritent peu d'attention, soit à cause de leur caractère banal et imprécis, soit aussi parce qu'on les rencontre dans presque toutes les maladies et dans presque tous les médicaments."

Ce § 153 est un des piliers de la pratique homéopathique. Si l'on voulait poursuivre la métaphore, il jouerait le rôle du faisceau laser à l'égard de la séméiologie du patient.

Lorsque la symptomatologie du malade a ainsi été tamisée, et qu'il reste plusieurs symptômes en lice, il est vraisemblable qu'un symptôme mental incontournable a plus de valeur qu'un symptôme général, de même qu'une modalité générale a plus de valeur qu'une modalité locale.

L'observation d'un petit objet asiatique illustre remarquablement bien la démarche de l'homéopathe lorsqu'il cherche à entrevoir LA maladie à soigner.

Imaginez une boule en ivoire d'environ 8 cm de diamètre. Un artisan asiatique hyper doué creuse sur toute la surface des trous d'un cm de diamètre sur une profondeur d'1 cm. Il dentelle la bordure de ces trous pour que ça fasse joli. Entre ces trous se trouvent donc des cloisons. Il se met alors à creuser délicatement derrière chacune des cloisons jusqu'à ce qu'une boule de 7 cm de diamètre se détache et devienne mobile à l'intérieur de la surface de départ. Puis, par chacune des petites fenêtres, il se met à attaquer la boule de 7 cm, y creuse des trous, creuse derrière les cloisons jusqu'à ce qu'une boule de 6 cm soit entourée par les deux premières surfaces et ainsi de suite. Les plus doués parviennent à faire 8 à 10 niveaux. C'est d'une beauté, d'une finesse, et d'une telle complexité de réalisation que l'on reste là, manipulant longuement cet objet si fragile, tentant d'aligner les fenêtres des différentes couches pour voir apparaître le noyau central, qui parfois est lui même encore ciselé et décoré. Cet objet porte certainement un nom, je n'en ai manipulé un qu'une seule fois en 81 chez un ami qui l'avait rapporté d'Asie. Une de mes patientes de retour d'Hong Kong m'en a ramené un exemplaire en bois à 4 niveaux . Un jour où je m'étais approché d'assez près du noyau central, j'ai bien cru y lire le mot Dynamis.

 

Conclusion.

La langue française fait du mot guérir un verbe à la fois transitif (les médicaments guérissent les maladies) et un verbe intransitif (le malade guérit). La médecine allopathique s'accommode parfaitement du premier mode, c'est elle le sujet du verbe, le malade n'est que le complément d'objet direct. Hahnemann nous redit que l'objectif du médecin digne de ce nom est que le malade guérisse, au sens intransitif. L'homéopathie redonne au malade sa juste place, celle de sujet de sa guérison et de sa vie.

Un remerciement posthume tout particulier à Georges Demangeat qui m'a fait découvrir un soir de mars 89 la prodigieuse nuance qu'introduit le passage de l'article du pluriel au singulier (8)

Notes

(1) Tous les extraits de l'Organon cités ainsi que les § cités en référence au fil de ce texte proviennent de la 6° édition traduite par Pierre Schmidt publiée aux éditions Similia en 1982.

(2) La vérité médicale. Louis L. Lambrichs. Robert Laffont ed. 1993. Disponible en poche collection Hachette Pluriel n° 8690.

(3) QDHS : Questionnaire Douleur Hôpital Saint-Antoine

(4) ou encore rupture d'équilibre de la dynamis, ou désaccord de l'Energie vitale. Pour la discussion concernant la conception vitaliste de la maladie, se reporter à la discussion qui figure sur http://planete-homeo.cdtel.fr/Organon/ concernant le §1 de l'Organon, commentaire de JMB.

(5) Feature and Outcome in Meningococcal Deasease Presenting With Maculo-papular Rash. O.Marzouk, Archives of Disease in Childhood, 1991, 66; 485-487. repris par Le généraliste n°1903 du mardi 1/12/98.

(6) La Sience et l'Art de l'homéopathie. J.T. Kent. Maisonneuve ed. 1969. La valeur des symptômes, 32° et 33° conférences.

(7) À ton image de Louise Lambrichs Ed de l'Olivier/Le Seuil 1998.

Avez-vous entendu parler des nouvelles expérimentations sur les souris acéphales ?
Par manipulation génétique on a trouvé le moyen, récemment, de produire des souris acéphales, sans cerveau. À première vue, on pourrait se demander quel intérêt cela peut avoir, n'est-ce pas ? Eh bien, en combinant cette technique avec celle du clonage, on va pouvoir produire des clones humains acéphales, sans cerveau. Bien sûr, ils ne seront pas viables, mais avec assistance médicale... Imaginez la fabuleuse banque d'organes, une sorte de réserve d'organes, en cas de pépin que les plus fortunés de la planète vont pouvoir se payer.

Partant du thème du clonage humain, Louise L. Lambrichs développe une intrigue qui transcende le thème initial pour mettre en évidence ce qui le sous-tend : cette force aveugle qui depuis la nuit des temps nous fait rechercher, à n'importe quel prix, l'immortalité - pour nous-mêmes et aussi, peut-être, pour ceux que nous aimons. JMB

(8) Conférences d'homéopathie. G. Demangeat. Simila ed. 1989. p241-245

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