Le joker de Kent
Par le Dr. Jean Michel Bolzinger.
Exposé lors du séminaire clinique de L'ENH,
le 21 octobre 1999.
Lorsqu'un voyant rouge s'allume soudain sur le tableau de
bord de votre Toyota toute neuve, votre premier réflexe n'est
généralement pas de démonter votre tableau de bord et
encore moins de coller un morceau de gachilum[1]
sur le voyant.
C'est pourtant ce que l'on fait souvent en thérapeutique
allopathique avec les très nombreux traitements
symptomatiques qui permettent de bâillonner la plainte en
faisant l'économie de la question du "Pourquoi"
voire du "Pour quoi".
Une certaine pratique de l'homéopathie fonctionne sur les
mêmes ressorts. En effet, chaque fois que le médecin ne
parvient pas à décoller du motif de consultation local, il
se condamne à prescrire sur une similitude partielle en
sachant pertinemment qu'il n'atteindra pas la perturbation
dynamique causale.
A l'inverse, l'établissement d'une similitude à
partir de symptômes généraux et mentaux nous plonge parfois
dans l 'embarras lorsque le remède sélectionné sur ces
critères ne couvre pas le symptôme d'appel local du
malade.
Nous allons observer comment nos prédécesseurs se sont
accommodés de cette difficulté technique puis chemin
faisant, nous évoquerons l'exemple de deux signes locaux
dont la représentation répertoriale est très détaillée
pour l'un, squelettique pour l'autre ainsi que les
questions que cela soulève.
Une façon
simple de débusquer le simillimum
Dans des cas simples, le médecin part des signes d'appels
locaux (de nombreux malades pense que le médecin ne
s'intéresse pas leur motif de consultation s'il part bille en
tête sur les signes généraux) et en précise
- la localisation (ce qui est plutôt facile),
- la sensation ressentie (ce qui est beaucoup moins facile[2])
- les modalités (ce qui relève parfois d'une maïeutique
aux forceps),
- et les concomitants.
Dès ce stade, il peut arriver que la solution soit trouvée:
Ex1: ulcère de jambe, douleur brûlante, améliorée par les
applications chaudes réveillant à 1 h du matin un malade en
proie à une anxiété épouvantable.
Mais bien souvent, cette première approche ne permet pas de
trouver le simillimum.
Ex2: rhino conjonctivite pollinique, à modalités banales,
chez un gamin incapable de préciser ce qu'il ressent et sans
concomitant ou alternance repérables.
Après ce préalable, il va falloir s'enquérir de symptômes
à forte valeur hiérarchique[3] afin de
s'approcher au plus près de la perturbation de la Dynamis.[4]
Le candidat au simillimum est alors choisi sur la totalité
des symptômes caractéristiques de "La" maladie[5].
Il reste à faire un dernier retour sur les signes d'appel
(et là notre malade est tout content) afin de vérifier que le
remède sélectionné est bien susceptible de provoquer
expérimentalement une symptomatologie analogue au motif de
consultation du patient, qu'il possède bien un organotropisme
adapté et c'est toute la question de la vérification de la
cohérence.[6]
Que se passe t'il si le remède
sélectionné sur le mode réactionnel général ne réussit pas
cette dernière épreuve et ne présente pas dans sa
pathogénésie, le signe local dont se plaint le malade?
Ce n'est pas tous les jours, vous en conviendrez, que l'on
est tenté de prescrire Guaïacum. Et bien si vous rencontrez un
pléthorique frileux qui redoute la chaleur, picoleur, paresseux
qui redoute autant l'effort que le grand air, qui le matin a
l'air aussi absent que Nux Mosch, chez qui on ne trouve pas la
moindre alternance ni la moindre périodicité, qui fait des
angines rouges avec cervicalgies (Lachnanthès = torticolis),
des crises de goutte, des rétractions tendineuses (Dupuytren)
et qui a un comportement teigneux, vous êtes en droit d'évoquer
Guaïacum.
Le problème apparaît lorsque vous réalisez que ce patient
consulte pour des épistaxis récidivants, multi-tamponnés,
nitrate d'argentisés, et passés au fer à souder par le
Professeur Lumogaz .
En effet, si ce paresseux aime à se prélasser comme un
grand seigneur, le moins qu'on puisse dire est que Guaïacum
n'est pas un grand saigneur; en effet, il n'a développé aucune
hémorragie lors des provings et singulièrement pas le moindre
épistaxis?[7]
Dans bon nombre de cas, il est possible d'avancer que l'expérimentation
pathogénétique n'a pas été poussée suffisamment loin pour
provoquer l'ensemble des signes lésionnels que peuvent
présenter les malades. Il est certain que si l'on ne
disposait pas des apports des intoxications accidentelles ou
volontaires (de l'Arsenic, du plomb ou autre.) la matière
médicale aurait été privé de tout un pan lésionnel des
remèdes.
Dans "La science et l'art de l'homéopathie"[8]
Kent écrit ceci à propos d'un cas de parotidite:
"Tout un groupe de médicaments ont produit l'enflure,
la sensibilité et la douleur de la parotide; il est possible
que l'un d'entre eux réponde au cas, mais il est tout aussi
possible que la guérison s'effectue par un remède qui n'a
jamais produit ces manifestations, à condition cependant que
sa pathogénésie présente les traits caractéristiques du
patient."
Si Kent avait été dogmatique, il aurait pu éviter d'écrire
cette phrase, pourtant, son honnêteté l'a tout naturellement
amené à évoquer ce cas particulier. Il aurait certainement
été fort surpris de constater qu'après quelques
générations, cette exception deviendrait pour certains une
règle de prescription.
Dans le même ordre d'idées, il existe un certain nombre
de publications de cas cliniques dans la littérature
homéopathique qui vont dans le même sens.
- Citons une observation d'un cas d'asthme relaté par
Jacques Baur dans le n° 6 des Cahiers du groupement
hahnemannien de 1991, qu'il a guéri en ne prescrivant que
Staphysagria pendant 3 ans sur la notion omniprésente de
colère, de révolte et d'indignation dans la genèse des
crises. 8 autres symptômes étaient présents et
évoquaient Arsenicum ou Nux Vomica. Il conclut en écrivant
que
"S'il est vrai que Staphysagria présente bien une
symptomatologie nasale et respiratoire, il n'est cependant pas
considéré comme un médicament de l'asthme. Mais l'homéopathie
ne prescrit pas ses remèdes d'après l'étiquette
nosologique."
- E.B.Nash dans « Témoignages cliniques » [9]
raconte le cas d'une femme transformée en infirme par les
soins d'un gynécologue qui la soignait pour des
ulcérations du col par des cautérisations locales
itératives. Le canal cervical était devenu tellement
sténosé qu'il fallait le cathétériser à chaque
menstruation pour permettre l'écoulement. Il va sans dire
qu'il est peu vraisemblable qu'un proving ait produit
un tel symptôme (encore que quelques acides forts
pourraient peut être aboutir à un état local analogue)
Quoi qu'il en soit, sur la notion de bouffées de chaleur
fréquentes par tout le corps suivies de sueurs et de
fatigue, l'existence de sensations de brûlures des pieds
obligeant la patiente à les sortir du lit, et de faiblesse
et de lipothymies surtout en fin de matinée, le tout
survenant dans un contexte psorique, Nash prescrivit Sulfur.
Cette patiente fut par la suite parfaitement réglée et se
porta comme un charme.
Nash ajoute:
« Je vous prie de remarquer que les symptômes qui
m'amenèrent à prescrire Sulfur étaient des symptômes
généraux et non locaux. Ceci vient confirmer ce que Charles
G.Raue avait coutume de dire: "les symptômes qui nous
guident vers le choix du remède curatif sont totalement
différents de ceux occasionnés par la pathologie." Aussi
ai je vu guérir des rétrécissements urétraux d'origine
gonococciques avec des remèdes prescrits uniquement sur des
symptômes généraux. »
- Hui Bon Hoa relate une observation de Sépia[10]
et conclut en écrivant:
"Contrairement à ce que l'on pense, le simillimum ne
couvre pas nécessairement tous les symptômes, ni toutes les
caractéristiques, ni même (encore moins) le maximum de
caractéristiques, le simillimum est le remède qui couvre au
plus haut degré les caractéristiques les plus saillantes d'un
cas. Il est donc très important de savoir valoriser les
symptômes. Il n'est pas nécessaire de couvrir les
caractéristiques insignifiantes avec un tas de petits
remèdes."
Faisons un petit point de la situation: Nous sommes partis du
cas bien ficelé d'un remède trouvé sur des caractéristiques
générales et dont la pathogénésie est en cohérence avec
l'organotropisme souhaité.
Puis nous avons vu avec Kent que cette dernière condition
n'était pas forcément indispensable dès lors que la
pathogénésie du remède choisi "présente les traits
caractéristiques du patient."
Par la suite, Hui Bon Hoa ajoute un glissement
supplémentaire en affirmant qu'il n'est pas indispensable que
le remède couvre la totalité des symptômes caractéristiques,
ni même le maximum d'entre eux, ils suffit qu'il "couvre
au plus haut degré les caractéristiques les plus
saillantes".
- Plus tard encore, d'aucuns ont voulu voir dans l'essence
du remède, un méta symptôme qui chapeauterait toute la
hiérarchie symptomatique. Dès lors la consultation
consiste à établir une similitude entre le noyau de la
problématique du patient et l'essence d'un remède. Si
celui ci a la chance de provoquer les signes locaux pour
lesquels le malade a consulté, l'affaire est dans le sac,
dans le cas contraire, tant pis, le remède est prescrit
quand même.
Soyons juste, les homéopathes d'expérience qui pratiquent
ces techniques ont tellement phagocyté les pathogénésies au
fil des années, qu'ils vérifient plus ou moins consciemment la
cohérence tout au long de l'établissement de leur similitude.
Mais ceux ci sont rares et les dérives sont légions. Il est
passionnant de lire le message de Will Taylor du 6/04/99 publié
dans la Liste homéopathique anglaise et intitulé "
Prescription selon l'essence"[11] que
Jean-Claude Ravalard nous a aimablement traduit.
Will Taylor explique en substance que vous reconnaîtrez
votre meilleur ami dans une foule "par essence" en une
fraction de seconde. En revanche si vous voulez que moi qui ne
le connais pas, je puisse le reconnaître, il faudra bien passer
par une description analytique de ses caractéristiques.
Ainsi donc, de glissements en glissements, imperceptiblement
au fil des générations d'homéopathes les précautions
oratoires (surlignées par mes soins) sont passées sous silence
et le dérapage incontrôlé est lancé
- On en viendrait presque à se demander pourquoi Kent s'est
donné tant de peine à rédiger avec autant de minutie d'autres
chapitres que les « Généralités » et « le mental ».
Penchons nous donc à nouveau sur le début de notre dérive
en écoutant le commentaire de Demangeat sur le cas de
parotidite de Kent qui en définitive a lancé toute cette
histoire:
" Quelque interprétation que l'on ait voulu faire des
recommandations de Kent (et tout particulièrement on peut
évoquer ici la prescription sur les seuls symptômes généraux
telle que la recommande Margaret Tyler dans ses conseils pour
l'utilisation du répertoire) il n'est pas judicieux de
négliger les manifestations terminales de la maladie. Celles ci
sont partie intégrante de la maladie et du malade. Que ces
manifestations terminales ne soient pas le meilleur moyen
d'arriver au "bon" remède est une toute autre
affaire. Il s'agit d'une question de technique, non d'une
obligation de doctrine."[12]
Et il ajoute:
"Ce n'est que lorsque toute la symptomatologie du malade
répond formellement à un remède déterminé que l'on peut,
exceptionnellement, ne pas inclure les signes de la maladie dans
le cas. Cette exception ne doit pas devenir une règle"[13]
La question de la réciproque: peut on
trouver le remède à partir de la maladie
Une fois levées l'ambiguïté de façon aussi claire, il
reste la question de la réciproque.
A la suite du cas de Nash, une note du traducteur (R.Séror)
met le doigt sur le point suivant:
"Dans ce cas, Nash n'évoque qu'une partie du problème.
On peut, comme il l'affirme, trouver le remède de la maladie en
partant du malade; mais il omet d'affirmer que la réciproque
est vraie. S'il n'en était pas ainsi, comment trouverait il le
remède dans les maladies défectives?
Par la suite, Hering, Clarcke et bien d'autres, comprenant
le sens profond de la doctrine de Boehnninghausen ont montré et
démontré qu'il suffisait d'individualiser la maladie pour
trouver le remède du malade."
De nombreux homéopathes pensent et ont écrit qu'il nous
faut oublier les diagnostics des maladies sous prétexte qu'elles
sont inutiles à la détermination du simillimum[14].
D'autres au contraire, à l'instar de Boehnninghausen,
Hering, Clarcke puis plus récemment Séror indiquent qu'il
suffit parfois d'individualiser la maladie pour trouver le
remède du malade. Or les séméiologistes actuels tentent de
préciser la sensibilité et la spécificité des symptômes en
les affectant d'un coefficient de présence. Un signe
constamment présent chez tous les patients atteints de la même
maladie et absent chez les non malades va intéresser le
clinicien au plus haut point par son tandis que l'homéopathe
saura ipso facto que ce signe ne lui sera d'aucun secours pour
la détermination du remède[15]. En revanche,
un signe présent chez un petit nombre patients atteints de la
même maladie sera d'intérêt moindre pour le clinicien mais
retiendra d'autant plus l'attention de l'homéopathe dans
la mesure où cela dit quelque chose de l'idiosyncrasie de son
patient.
Ex : La présence d'épistaxis pendant la fièvre typhoïde
ou l'angine de Duguet sont des signes mentionnés dans tous
les traités de pathologie depuis deux siècles bien qu'il s'agisse
de signes de faible sensibilité (présent seulement chez 10%
des malades pour le second) mais leur spécificité est bonne.
Les rubriques répertoriales sont bien fournie[16],
il serait vraiment dommage de s'en priver sous prétexte qu'il
s'agit de signes nosologiques classiques. Charge à nous
cependant de vérifier si l'un des remèdes des rubriques
correspondantes possède une bonne similitude avec le reste du
tableau réactionnel du malade et si véritablement le remède
à similitude générale n'est pas dans cette liste, nous
utiliserons le joker de Kent en sachant que nous lui seront
redevable d'un ajout lors de la guérison du patient et de la
disparition du symptôme avec un remède hors liste.
Ainsi donc, nous avons tout intérêt à scruter les signes
séméiologiques à faible sensibilité qui semble être la
condition d'utilisation des signes cliniques dans la mesure
où ils correspondent bien à l'esprit du § 153[17]
Il n'est donc nullement question de répertorier sur la
transcription d'un tableau nosologique car en forçant le
trait, il n'y aurait plus qu'à répertorier les signes de
chaque maladie afin de trouver le remède de la varicelle, de la
typhoïde et de la schizophrénie. Et le pire, c'est que ça a
été fait.
Faut il véritablement choisir un camp?
Chaque remède homéopathique a développé au cours des
expérimentations, un tableau particulier qui lui est propre. Il
s'agit des symptômes mentaux, généraux, les sensations, les
modalités éprouvés par les expérimentateurs et que présente
le patient qui relève de ce remède.
Chaque remède présente par ailleurs un organotropisme
particulier, plus ou moins détaillé selon que les
expérimentations ont pu ou non être menées jusqu'au
lésionnel.
Négliger l'une ou l'autre de ces deux caractéristiques par
principe, ne peut que conduire à un choix erroné[18].
Nous allons à présent nous pencher sur deux exemples de
symptômes locaux de valeur,
- Le syndrome des jambes sans repos.
- La dissociation pouls-température
l'un parce qu'il constitue souvent une précieux
concomitant, et qu'il est bien représenté dans le
répertoire, le second parce qu'il est objectif, et
contrairement au premier, fort mal représenté dans les
rubriques répertoriales.
Le syndrome des jambes sans repos.
2à 5 % de nos contemporains souffrent d'un besoin
irrépressible de bouger les jambes en réponse à des
paresthésies et des dysesthésies voire à des douleurs
ressenties comme profondes, musculaires ou osseuses.
Voici les critères diagnostiques en nosologie classique:
Critères minimaux: (ces 4 critères doivent être réunis
pour poser le diagnostic)
- Besoin de bouger les membres habituellement, associé à
des paresthésies ou des dysesthésies
- Impatience motrice
- Les symptômes sont aggravés ou exclusivement présents
au repos (couché, assis) et disparaissent au moins
partiellement et temporairement lors de l'activité
- Les symptômes s'aggravent le soir et la nuit
Caractéristiques additionnelles:
- Antécédents familiaux (autosomique dominant)
- Perturbation du sommeil et ses conséquences
- Mouvements involontaires (mouvements périodiques du
sommeil à type de dorsiflexion répétée du gros orteil
gagnant secondairement les autres orteils, les chevilles, ou
les genoux, durant ½ à 5 secondes, et revenant à
intervalles de 5 à 90 secondes, mouvements involontaires de
l'éveil et du repos que le patient peut supprimer par la
mobilisation volontaire)
- Evolution chronique, pouvant survenir à tout âge, stable
ou progressif
- Examen neuro et EMG normaux dans les formes primaires
Remarque:
Observons donc le tableau suivant:
- Localisation: jambes
- Sensation: besoin de contracter les muscles de la jambe en
marchant, en pédalant ou en frottant ses jambes
- Modalités: < le soir et la nuit < au repos, au lit
ou assis, > lors de l'activité
- Concomitant: dorsiflexion répétée du gros orteil
périodique pendant le sommeil.
L'apparence de ce tableau laisse penser que l'on a à faire
à un symptôme homéopathique complet du style :
- Localisation: peau
- Sensation: douleur piquante brûlante
- Modalités: > par les applications froides
- Concomitant: oligurie. (àApis)
Mais dans le premier cas il s'agit de la répertorisation d'un
tableau nosologique, dans le second d'un symptôme homéopathique
complet. C'est sur ce type de raisonnement que les écoles
pluralistes ajoutent quasi automatiquement Zincum à leurs
prescriptions dès qu'un malade mentionne quelques impatiences
nocturnes des jambes.
Diagnostic étiologique:
- Anémie ferriprive
- Carences en folates pendant la grossesse
- Hypothyroïdie
- Insuffisance rénale
- PAR
- Maladie de Parkinson
- Pathologies pulmonaires chroniques
- Poly neuropathies (diabète, alcoolisme, amylose.)
- Médicaments:
- Neuroleptiques
- Lithium
- Miansérine (Athymil°)
- Anti épileptiques
- Diphénhydramine (Nautamine°, Actifed J + N°)
- Caféine (à ce sujet, l'honnêteté m'oblige à revenir
sur la formule de la Polypirine°, commercialisée par un
laboratoire homéopathique et dont je vous avais dit qu'elle
contenait depuis 1954 de l'amidopyrine, camouflée sous le
nom d'aminophénazone. Et bien c'est chose faite, elle
n'en contient plus depuis 98 et la nouvelle formule renferme
désormais 50 mg d'extrait aqueux sec de sommités fleuries
de Reine des prés par gélule, accompagnés de 300 mg
d'Aspirine et de 50 mg de caféine. Une tasse de café
renferme 60 à 80 mg de caféine, la posologie de 4 à 6
gélules quotidiennes correspond à 2 à 300 mg par jour. La
consommation de 500 à 600 mg de caféine par jour produit
un syndrome de caféinisme qui ressemble à un tableau
d'anxiété chronique)
- Avitaminoses
Il va sans dire que le même mot "étiologie"
possède deux significations très différentes selon qu'il est
employé en allopathie ou en homéopathie. Les étiologies qui
sont citées ci-dessous sont entendues dans une acceptation
allopathique du terme. Pour l'homéopathie, ces facteurs
correspondent à la "cause occasionnelle" de
"la" maladie. Cette notion est amplement détaillée
dans l'Organon aux § 238 et 252, mais la note a) du § 206 de
la 6° édition mérite pourtant d'être relue:
"Quand on prend des informations de ce genre, il ne faut
pas s'en laisser imposer par les assertions fréquentes des
malades ou de leurs proches qui attribuent l'origine des
Maladies chroniques, même les plus graves et les plus
invétérées, soit à un refroidissement subi de longues
années auparavant pour avoir été mouillé ou avoir bu froid
étant échauffé, soit un effort exagéré, soit encore à une
frayeur éprouvée jadis, une vexation (ou même un
ensorcellement!) etc.
Ces causes occasionnelles sont de beaucoup trop peu
d'importance pour engendrer une maladie chronique dans un corps
sain, l'y entretenir indéfiniment et la rendre plus grave
d'année en année, comme cela se produit dans toutes les
affections chroniques résultant d'une psore évoluée Des
causes bien autrement essentielles que celles-ci doivent avoir
présidé à la naissance et à la progression d'un mal
chronique grave et opiniâtre, et les causes occasionnelles que
je viens de citer sont propres tout au plus à réveiller une
dyscrasie (miasme) chronique de son assoupissement
léthargique."
Les rubriques répertoriales correspondant à ce syndrome
sont nombreuses:
MEMBRES/Agitation/jambes et les nombreuses et précieuses
sous rubriques
MEMBRES/Bouillonnement/jambes.
PCKent requête avec « jambe sommeil », « jambe lit ».
Compte tenu de ce qui a été discuté plus haut, il serait
tentant de reléguer le symptôme "jambes sans repos plus
ou moins modalisé" en fin de répertorisation, un peu
comme la rubrique "Rougeole" dans généralités.
Cette façon de procéder serait vraisemblablement injuste
car cette dernière rubrique est clinique alors que les remèdes
de la rubrique "agitation des jambes le soir avant de
s'endormir" ont bien produit expérimentalement ce
symptôme lors des proving.
Il semble qu'il soit judicieux d'utiliser ce type de
symptôme "jambes sans repos" comme concomitant, voire
comme symptôme de confirmation ou de discrimination. Cependant,
compte tenu de la richesse de ces rubriques, un remède
sélectionné sur une similitude générale et mentale qui ne
figurerait dans aucune des rubriques de restless legs serait
fortement suspect et ne devrait être troquée contre le joker
de Kent qu'après mûre réflexion.
La dissociation pouls-température:
La fréquence cardiaque augmente au cours de la fièvre.
En moyenne, elle s'accélère de 15 à 20 battements pour
chaque degré d'ascension thermique, ce qui donne les
équivalences suivantes:
T°= 37° -> fréquence = 60
T°= 38° -> fréquence = 80
T°= 39° -> fréquence = 100
T°= 40° -> fréquence = 120
Ce que n'est pas la dissociation pouls-température: une
tachycardie excessive par rapport à la T°
Une tachycardie excessive fait craindre une défaillance
cardio vasculaire, singulièrement si le pouls est filant, voire
imprenable. Une fois l'état de choc éliminé (TA), on peut
évoquer:
- Une phlébite:
- Le pouls est plus accéléré que ne le voudrait
l'élévation thermique. C'est le classique "pouls
grimpant" dont la seule constatation chez un patient à
risque doit faire rechercher une phlébite.
- Une péricardite
- Une myocardite
- Une hyperthyroïdie
- Une maladie de Still (souvent un diagnostic d'élimination
d'une fièvre prolongée avec arthralgies et
poladénopathies)
Ce qu'est la dissociation pouls-température: une
accélération moindre que ne le laisserait prévoir
l'élévation de la T°.
- Ceci est très évocateur de la fièvre typhoïde (65
rubriques spécialisées dans le PCKent dont le beau
symptôme "Epistaxis pendant la fièvre" fortement
évocateur de la typhoïde)
- A un moindre degré de fièvre Q
- De légionellose
- De méningite
Dans PCKent, une rubrique correspond à ce symptôme:
GENERALITES: Pouls discordant avec la T°
Lili-T au 1° et Pyrog au 3°
Soit donc un patient qui présente une fièvre à 38,6 et
dont la fréquence cardiaque est de 55 (on attendrait 90). Ce
patient n'a aucun symptôme évocateur de Lili-T ni de
Pyrogénium, en revanche il est complètement sonné, n'a pas
soif, semble ne rien comprendre à ce qu'on lui raconte, se
plaint d'une sensation d'éclatement d la tête, a le visage
empourpré rouge sombre.tous signes évoquant un tableau de
Gelsémium. Ce remède figurant dans 10 rubriques de Pouls lent
dans le répertoire, il n'est pas franchement surprenant de le
voir présenter cette dissociation.
Mais que faire d'un remède qui ne présenterait pas une
telle cohérence?
Soit donc un nouveau patient qui présente une fièvre à
38,6 et dont la fréquence cardiaque est de 55. Ce patient n'a
toujours aucun symptôme évocateur de Lili-T ni de Pyrogénium.
Il présente une photophobie comme chaque fois qu'il a mal à la
tête, présente une épistaxis inhabituelle, il présente une
transpiration moite qui colle au contact.
Ce cas de Ferrum Phos contraste avec ce remède qui est
typiquement un tachycarde (figure au 3° degré dans la rubrique
Pouls rapide et est absent de toutes les rubriques de pouls
lent).
Il semble que l'on puisse ici utiliser le joker que nous
donne Kent en considérant qu'en cas de certitude d'indication
de Ferrum Phos, la non couverture d'un signe objectif local doit
s'effacer devant une similitude générale.
Conclusion:
Nous avons vu que seul un choix astucieux des symptômes
caractéristiques du malade permet de rectifier la Dynamis
désaccordée, et que la couverture de la plainte du malade par
le simillimum est si non indispensable, pour le moins fortement
souhaitable. Les rubriques locales sont extrêmement précieuses
et servent utilement de point de départ. Si par bonheur le
malade présente les signes d'un remède de la liste, l'affaire
est vite réglée. Dans le cas contraire, c'est la similitude
générale et mentale qui permettra de déterminer le simillimum.
Son efficacité sur le symptôme local permettra d'enrichir la
liste d'où il était absent. Son inefficacité sur le
symptôme local fera reconsidérer le cas, permettant de
découvrir un nouveau remède qui ré enclenchera le
raisonnement jusqu'à guérison du malade et de la maladie. En
ne taisant pas cette difficulté technique, Kent a mis à
débusqué une mine à ajouts à laquelle chaque homéopathe est
appelé à travailler.
[1] gachilum: mot à consonance amusante
devenu aujourd'hui obsolète désignant un morceau de sparadrap
coloré.[2] le répertoire de Kent recense 149
sensations douloureusesRéf: Les 149 douleurs du répertoire. Cahiers du Groupement
Hahnemannien de Lyon, Rédacteur en chef, Docteur Jacques Baur,
2 ème série, N° 14, pages 489 à 494.Réf: http://www.homeoint.org/seror/articles/douleurs.htm
- Le questionnaire de la douleur de l'hôpital Saint Antoine
(QDSA) version française du "Mac Gill Pain
Questionnary" en propose 56. Réjouissons nous de voir
nos confrères redécouvrir à leur rythme ce que les
homéopathes ont publié un siècle avant eux.
- Le petit logiciel de répertorisation en Dos, construit à
partir de la matière médicale de Duprat, elle même
condensé actualisé du Hering) a choisi d'explorer 5
sensations: -brûlure -contusion ou
plaie-constriction-fatigue, lassitude-piqûre, écharde.
Réf: Le système expert "Duprat" par Jean-Jacques
KASPARIAN informaticien, logiciel homéopathique
téléchargeable gratuitement. 190 Ko (pour PC) http://www.homeoint.org/articles/kaspar/default.htm
- Le logiciel Vortex rédigé en Basic par Séror il y a 15
ans indiquait que 6 sensations correspondaient à 95 % des
cas: -brûlure-contusion ou
endolorissement-crampe-coupure-éclatement-pulsation,
battements-
- ce petit digest de sensations peut être un mini guide
utile, destiné à aider un patient « normalisé » par
quelques décennies d'allopathie, à préciser ce qu'il
ressent réellement.
[3] Cette question essentielle a été
remarquablement traitée par Edouard et se trouve sur le site de
Planète-homéo à l'adresse suivante:http://planete-homeo.org/pros/articles.htm
Clic sur: Soignez le malade, ou la valeur des symptômes Dr.
Edouard Broussalian.
[4] Dynamis: terme utilisé par Hahnemann
pour désigner l'énergie vitale
[5] http://planete-homeo.org/pros/articles.htm. Clic sur : La maladie et les maladies Dr Jean Michel
Bolzinger. (Mars 99)
[6] http://planete-homeo.org/pros/strategies/coherence.htm
[7] Ceci est n'est évidemment qu'un exemple
et si vous trouvez un proving de Guaïacum qui développe plein
d'hémorragies, le fond de la question restera entier pour
d'autres cas que vous ne manquerez pas de rencontrer. Dans le
répertoire, la seule rubrique de saignement se trouve à
EXPECTORATION sanglante où il figure au 1° degré
[8] "La science et l'art de l'homéopathie"
32° conférence sur La valeur des symptômes p.310
[9] The testimony of the clinic traduit par
Séror dans XLVII° revue de presse homéopathique de langue
anglaise. Cahiers de biothérapie n° 92. Décembre 1986. P. 47
[10] http://www.homeoint.org/books3/hbhpubli/sepia.htm
[11] http://planete-homeo.org/international/echos/taylor/essence-remedes.htm traduit par Jean-Claude Ravalard à partir des
articles originaux qui paraissent à l'adressehttp://www.simillibus.com/
[12] Quelques conseils pratiques tirés de
l'enseignement de J.T.Kent. Conférences d'homéopathie.
G.Demangeat. Similia ed. 1989. P.65
[13] ibid. p.82
[14] CF ce que dit Charles G.Raue voir supra
dans le commentaire de Nash.
[15] Exemple du diagnostic de la maladie de
Still de l'adulte dont le diagnostic difficile est évoqué
sur la triade clinique : Fièvre au long cours, éruption
maculeuse les soir, concomitante des accès de fièvre et
polyarthrite.
| Prévalence et fréquence des
signes cliniques m. de Still |
|
| T° > 39° |
93 % |
| Exanthème |
89 % |
| Arthralgies / myalgies |
99 % |
| Arthrite |
94 % |
| Amaigrissement |
34 % |
| Pharyngite |
52 % |
| Adénopathies |
53 % |
| Splénomégalie |
46 % |
| Hépatomégalie |
27 % |
| Pneumonie |
8 % |
| Pleurésie (séreuse) |
23 % |
| Péricardite (séreuse) |
28 % |
| Douleurs abdominales par
atteinte péritonéale (séreuse) |
8 % |
| Alopécie |
9 % |
| Nodules sous cut, atteinte
oculaire, neuro. |
< 1% |
Il ne serait à mon avis pas logique d'utiliser une
rubrique comme :Mb/ eruption membres inf/cuisses/boutons/prurigineux/le
soir dans la mesure où il s'agit d'un des signes cardinaux du
diagnostic nosologique.
En revanche, un patient atteint de maladie de Still avec
forme séreuse mériterait qu'on s'interroge sur l'organotropisme
séreux du remède sélectionné. Gé/Inflammation/séreuse
Même remarque avec l'alopécie Te/cheveux/alopécie/jeunes gens Ainsi donc, le haut du tableau sert à poser le diagnostic
nosologique, le bas du tableau aide à déterminer ou à
confirmer le remède homéopathique.
Dans le même ordre d'idée, l'angine à fausse membrane
indolore est considéré comme un symptôme rare de la MNI. Le
mot rare étant un mot clef du § 153, ce symptôme est en or
pour la détermination du remède homéopathique (Baptisia)
[16] NEZ/épistaxis/fièvre typhoïde
pendantGORGE/ulcères/amygdales.luette. profonds,
nauséabonds, avec brûlure, à droite, à gauche.
[17]Organon 6° ed § 153.- (./.) Mais
il faut surtout et presque exclusivement, dans la recherche du
remède homéopathique spécifique, s'attacher aux symptômes
objectifs et subjectifs caractéristiques (a): les plus
frappants, les plus originaux, les plus inusités, et les plus
personnels. Ce sont ceux-là principalement qui doivent
correspondre aux symptômes très semblables du groupe
appartenant au remède à trouver, pour que ce dernier soit
celui qui convienne le mieux à la guérison. Au contraire, les
symptômes communs et vagues comme les malaises, la lassitude,
le mal de tête, le manque d'appétit, un mauvais sommeil,
etc... méritent peu d'attention, soit à cause de leur
caractère banal et imprécis, soit aussi parce qu'on les
rencontre dans presque toutes les maladies et dans presque tous
les médicaments.
[18] Demangeat. Ibid p.65
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