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Quelques règles de prescription en phase sèche

Par le Dr. Edouard Broussalian.

 

Quelques règles de prescription

Dynamisations, Simillimum, Draineurs et Remèdes complémentaires: voici quelques règles de prescription. Les lignes qui suivent sont destinées à répondre aux questions les plus fréquemment posées par les praticiens qui sont un peu déroutés par les dynamisations korsakoviennes. Je ne traite ici que des problèmes posés par le choix d'un remède et de sa dynamisation, sans évoquer l'observation du résultat de la prescription ni les critères de le répétition du médicament, et vous conseille fortement de lire et relire les conférences de Kent, avec les fameuses 12 éventualités.

Choix de la dynamisation: facteurs généraux

Toujours, la prudence sera de mise. Il est toujours préférable de donner trop faible que trop fort. Les grands critères pour déterminer la dynamisation sont les suivants :

1. La pathologie

C'est le facteur principal qui limite notre action. Plus le patient aura évolué vers des signes lésionnels plus on se méfiera des hautes dynamisations (à partir de M ou XM). Dans ces cas, une 30 ou une 200 suffisamment amplement et il faudra se garder, comme toujours d'ailleurs, de toute répétition intempestive. Au contraire, s'il y a peu de signes en faveur de transformations tissulaires importantes on peut donner une M ou XM d'emblée. C'est là le cas courant de l'adulte jeune.

Cette première règle fera que dans un cas aigu, seule l'homéopathicité du remède (voir plus loin) fera choisir la dynamisation. Plus on est sûr de l'indication du remède, plus on peut le donner haut. On sera surpris par exemple de l'action d'Arnica en XM dans tous les traumatismes. Seule l'homéopathicité permet de déterminer la hauteur de la dynamisation, les théories selon lesquelles il faudrait donner des basses dilutions pour les troubles tissulaires et les hautes pour les troubles psychiques ne tiennent pas devant la pratique.

2. La sensibilité (supposée) du patient

Le premier facteur lié à la pathologie est à moduler en fonction de la sensibilité propre du patient, qui dépend elle-même:

  • Du sexe ; les femmes, c'est bien connu, sont bien plus sensibles que les hommes.
  • De l'âge : les enfants réagissent largement assez avec des basses dynamisations, et leur sensibilité trouve souvent sa limite vers XM, ce qui oblige ensuite à redescendre. Les vieillards, chez lesquels on a évidemment des chances de rencontrer de grosses pathologies, sont des sujets souvent très sensibles, gare à ne pas réveiller une affection en sommeil.
  • De la sensibilité intrinsèque du patient ou, ce qui revient au même, le type de remède prescrit : les Phos., Sulf., etc. réagissent et font des flambées bien plus souvent que des remèdes tels que Calc., Graph.
  • De la nature du remèdeet prescrit : les remèdes végétaux réagissent souvent moins violemment vont hésitera moins à moins "en profondeur" que les autres, à l'exception du redoutable Lycopodium, et on les prescrire en haute dynamisation.

Entrons maintenant dans le détail.

Les cas aigus.

La 200 est souvent la bienvenue pour démarrer. Quelques globules sur la langue sont suffisants pour amorcer une réaction. Une aggravation initiale sera très rare dans ces dynamisations, aussi il est facile d'attendre que les symptômes qui s'étaient améliorés commencent à réapparaître pour renouveler. On notera en général que la durée d'action d'une prise de 200 est d'environ 6 à 8 heures, mais répétons le, ceci n'est qu'une estimation, et seul le retour des symptômes permet d'affirmer avec certitude qu'il faut répéter.

Parfois, dans un cas très urgent, on pourra répéter arbitrairement la prise toutes les demi heures ou tous les quarts d'heure, mais dès qu'un changement se produit, il faut suspendre sous peine de tout brouiller ; une fois encore le retour des symptômes indiquera la répétition.

Dans les cas avancés, il peut arriver que les doses soient "brûlées" très vite, dans ce cas en général la troisième prise semblera ne rien faire. Il convient alors de monter un peu plus, par exemple de passer à M, à moins que des symptômes nouveaux n'indiquent un remède qui sera souvent un complémentaire ou connu bien suivre le premier remède prescrit (Voir Table des Complémentaires page 1629 du Répertoire).

Notons enfin que dans l'aigu, la question de donner ou non un remède "puissant" indiqué d'après la symptomatologie ne se pose quasiment pas. S'ils sont clairement indiqués, Lycopodium, Arsenic, Phosphorus, etc. peuvent être prescrits sans trop d'arrière-pensées, à condition que l'on sache quand répéter et faire une évaluation rapide de l'avancement des lésions organiques.

Cas chroniques

Les cas chroniques demandent plus de réflexion dans le choix du médicament, étant entendu que les grandes règles du choix de la dynamisation que nous avons vues plus haut s'appliquent aussi.

En fonction de chaque malade, on peut théoriquement classer les médicaments de la matière médicale selon leur ressemblance respective vis à vis du tableau constitué par l'ensemble des symptômes. Cela définit une gradation selon le niveau de ressemblance que Granier nomme homéopathicité. Cette notion est importante pour interpréter les résultats d'une prescription

L'expérience nous montre qu'à partir d'un certain seuil d'homéopathicité, variable selon la sensibilité du patient, le cas va réagir au traitement. En d'autres termes, il ne suffit pas de toucher la cible, la guérison ne s'obtient qu'en touchant le mille, d'où la notion de simillimum, c'est à dire le médicament possédant la plus forte homéopathicité.

La question dont nous débattrons est celle-ci : faut-il donner le simillimum d'emblée chez un patient qui n'a jamais pris le moindre traitement homéopathique ? On peut résumer quatre cas de figure dans le cas de cette prescription d'emblée :

1. Une aggravation plus ou moins marquée puis rien d'autre.

Cela s'observe le plus souvent pour deux raisons distinctes:

a) L'homéopathicité n'est pas suffisante pour évoluer vers un mieux, mais la sensibilité du patient permet une réaction tout de même.

Il faudra reprendre l'anamnèse pour voir "où l'on a raté le virage" afin de chercher un médicament mieux visé.

Dans ce genre de cas, figurent certaines personnes extrêmement sensibles qui peuvent produire des symptômes après tout ce qu'on leur donne. C'est l'idéal pour réaliser des pathogénésies, pour les soigner c'est bien moins commode...

b) Un manque de sensibilité du patient à la dose.

Divers facteurs peuvent expliquer cela.

  • Il y a des sujets "résistants" qui ne réagiront qu'à partir de XM, d'autres chez lesquels il faudra répéter encore une fois ou deux le médicament. D'où la nécessité d'être sûr de soi quand on prescrit une dose pour oser la répéter si l'anamnèse montre pourtant que c'est le médicament indiqué ; autrement si l'on donne un remède "à vue de nez" et que rien d'apparent ne se produise grande sera la tentation de changer de prescription, puis encore et encore, avec un échec à la clé. Kent répétait qu'il valait mieux attendre un peu et donner un placebo pour que le tableau se précise plutôt que de prescrire imparfaitement et ensuite brouiller les pistes. Ce n'est qu'avec les années de pratiques qu'on réalise toute la valeur de ce conseil...
  • Il peut s'agir d'une pollution dans l'environnement du patient (peintures, parfums, prise simultanée du médicament avec un aliment, etc.), ou d'une mauvaise hygiène de vie.
  • Il peut y avoir un "blocage" lié à une vaccination ancienne, ou une affection de l'enfance parfois difficile à mettre en évidence dans l'anamnèse. Je me rappelle ainsi du cas d'une dame de 50 ans qui consultait pour une céphalée sus-orbitaire droite pour laquelle elle avait déjà tout pris. Or, elle ne pouvait dormir sans sortir les pieds du lit, ce qui lui avait valu Sulfur sur toute la gamme. Elle fut très surprise quand je lui demandais si elle avait fait une coqueluche enfant car c'était vrai, elle avait toussé un an, failli "crever", etc. Sanguinaria déblaya l'affaire. A dire vrai dans ce genre de cas l'anamnèse est incomplète et un facteur causal nous a échappé. Il ne faut pas non plus abuser de ces situations finalement assez rares, trop de confrères n'hésitant pas à prescrire systématiquement des isothérapiques de vaccins et d'autres médicaments prétendument incriminés. Je pense qu'il convient de ramener ces faits à une juste proportion, peu en rapport avec toutes les théories qu'on a vu fleurir tous ces temps.
  • Enfin, on est le plus souvent confronté à ce cas après qu'une première prise ait bien fonctionné, la seconde moins bien, de telle sorte qu'il est souvent inutile de donner une troisième dynamisation identique qui ne marchera pas. Il faudra dans ce cas passer à la dose supérieure. Chacun connaît l'échelle 30, 200, M, XM, LM, CM, DM, MM établie par Kent. Précisons un point important non mentionné dans la littérature : lorsqu'on est "monté" assez haut pour se trouver dans le cas de figure actuel et que la dose semble peu ou pas agir il se peut que l'on ait dépassé la plage de sensibilité du patient. Si les symptômes semblent toujours indiquer le remède il faut alors redescendre sur 200 ou M et on constatera souvent une reprise d'activité du médicament.

2. Une aggravation terrible ou de longue durée, l'amélioration ne survenant que peu à peu et toujours trop lentement au gré du malade (et du médecin).

  • C'est souvent le cas de pathologies anciennes ayant évolué vers des modifications organiques importantes, souvent aussi de cas ayant longtemps été drogués par la médecine classique. L'état des lésions d'un cas donné doit toujours être soigneusement évalué avant la prise du remède, faute de quoi on risque de rencontrer trop souvent ce genre de situation désagréable voire grave. Une fois les réactions amorcées, il est très difficile d'antidoter, et souvent les médicaments palliatifs classiques sont de peu d'effet.
  • Dans des cas à l'évidence superficiels comme une dermatose du nourrisson, une périarthrite du sujet jeune, etc. la persistance de l'aggravation semble signifier que le médicament manque un peu d'impact. Tout se passe comme s'il était suffisant pour déclencher l'aggravation et qu'il manque d'un petit peu d'énergie pour basculer vers le mieux. Si un délai raisonnable de quinze jours à trois semaines s'est écoulé, on peut prudemment répéter la prise. Parfois, pour être sûr que les deux prises médicamenteuses ne se "télescopent" pas, il serait sûrement intéressant de donner une préparation un peu plus dynamisée, par exemple faire suivre une M par une M+200. Nous sommes là dans une question qui mérite d'être débattue et l'expérience de tous nos confrères sera utile pour préciser la conduite à tenir.

3. Aucune réaction, bien que le médicament soit apparemment bien choisi.

Ce type de cas se divise en deux :

a) Le remède n'est qu'apparemment bien choisi.

  • Dans cette éventualité, l'erreur dans le choix du remède est tellement grossière que l'homéopathicité est trop faible pour que l'organisme capte la dose. L'anamnèse permettra certainement de découvrir un ou plusieurs signes soit passés inaperçus du médecin, soit (le plus souvent) cachés par le malade (questions intimes comme d'importants problèmes familiaux dont certaines personnes ne se confient pas, etc.).

    Le reste de la discussion nous renvoie alors au cas 1.

b) Le remède n'agit pas parce que le patient n'y est pas préparé.

  • Ceci nous renvoie au cas 1b et relance la question : est-il bien de donner d'emblée le simillimum ?

4. Une aggravation plus ou moins marquée puis une nette amélioration.

Je crois pouvoir dire que ce quatrième et dernier cas de figure n'est pas forcément le plus courant, loin de là. La plupart des fois, l'administration d'emblée du simillimum se fera quand on n'aura pas le choix de prescrire autre chose.

Ainsi, certains cas sont tellement "verrouillés" qu'un et un seul remède parait indiqué, les autres candidats ne couvrant que très partiellement le tableau symptomatique.

Dans ce cas, la prudence sera de mise. Je ne crains pas de dire que plus vous connaîtrez l'homéopathie plus vous vous méfierez... C'est donc la dynamisation qui permettra de moduler l'effet de la prescription, nous avons déjà vu les facteurs généraux qui orientent le choix de celle-ci.

Draineurs et complémentaires

Bien entendu, si j'ai posé plusieurs fois la question "est-il bon de donner d'emblée le simillimum ?", on se doute que la réponse est non.

Nous avons vu avec le cas numéro 4 que certaines situations l'exigent, mais souvent, et surtout grâce à l'aide de l'ordinateur, on découvrira à côté du remède profond indiqué parce qu'il couvre tous les symptômes, un ou plusieurs autres médicaments qui recouvrent le cas presque aussi bien.

La plupart du temps ce sont des remèdes végétaux dont l'action est moins profonde. Ainsi apparaît la notion de remèdes draineurs : il ne s'agit pas de dire "ce malade a le foie fragile, je vais le lui drainer" et prescrire des médicaments divers et variés pour le foie ce qui revient à une pratique purement allopathique, mais de constater par exemple que le cas réclame Lycopodium, mais que Pulsatilla aussi couvre une bonne part des symptômes. Le bon procédé consiste alors à donner Pulsatilla pour trois raisons :

1. Pour "drainer" :

C'est à dire que Pulsatilla va préparer le malade à l'action ultérieure de Lycopodium. Son action moins profonde sera la gage d'une amélioration rapide, avec bien moins de réactions violentes que si Lycopodium avait été donné d'emblée. Il est probable qu'au bout de deux ou trois doses, Pulsatilla n'agira plus, Lycopodium prendra alors la relève avec succès, d'autant qu'en procédant de la sorte on verra souvent se préciser encore les symptômes appelant Lycopodium après chaque prise de Pulsatilla.

2. Parce que c'est un remède végétal :

Cette tactique de donner d'abord un végétal a été définie par le Dr Schmidt. Ici encore, l'idée est de ne pas brasser brutalement le malade, et de "laisser venir" l'indication du remède suivant. Ceci peut s'ériger en règle générale : si vous avez le choix entre deux médicaments qui semblent couvrir chacun aussi bien les symptômes, donnez d'abord le végétal.

3. Parce que ces deux remèdes se complètent mutuellement :

Souvent on constate hélas que cette précieuse notion de complémentarité ou de remèdes qui se suivent bien est laissée de côté par les praticiens. C'est se priver d'un outil précieux, on trouvera dans les "Minor Writings" de Kent plusieurs articles illustrant la question.

Pour revenir à nos questions pratiques, regardez la page 1646 du Répertoire : Lycopodium est clairement indiqué comme complémentaire de Pulsatilla. Ces enchaînements de remèdes doivent absolument être connus :

  • pour choisir en connaissance de cause par quel remède commencer. Vous trouverez toutes ces informations implémentées dans PcKent, ce qui est encore plus facile à consulter qu'un livre.
  • pour ne jamais se trouver pris de court devant l'évolution d'un cas. Si vous donnez Pulsatilla, attendez vous à voir surgir et guettez des signes de Lycopodium ou Sulfur. En aigu, si Belladona a fonctionné, vérifiez que les symptômes chroniques ne répondent pas à Calcarea carbonica, etc.
  • pour pouvoir prédire vers quel remède le cas se dirigera ensuite. Ainsi vous pourrez prévenir la maman d'un bébé Calcarea que au bout d'un temps l'enfant risquera de devenir autoritaire et de vous en prévenir, à ce moment vous saurez qu'il faut donner Lycopodium.
  • pour vous aider dans la prescription chez les tout petits. En effet, il est de règle que le remède d'un garçon soit très proche de celui de sa maman, et réciproquement chez la fille. Ceci fait mentir le dicton "tel père tel fils". Par exemple, si on vous amène un bébé garçon couvert d'eczéma, dont la mère évoque très certainement Sepia, il y a fort à parier que Viola-tricolor sera le remède à donner.

Il me reste à donner quelques uns des enchaînements les plus courants :

Puls ð Lyc ð Sulf.

Calc ð Lyc ð Sulf ð Calc, etc.

Nux-v ð Sulf

Nux-v ð Sep

Sep ó Nat-m

Apis ð Nat-m.

Puls ð Phos ð Ars ð Thuj, etc.

Répétition de la dose

Nous venons de voir que la réussite d'un traitement homéopathique dépend avant tout de la sélection correcte du médicament. Ainsi, quand la similitude entre le patient et le remède n'est qu'approximative, nous ne nous étonnons pas d'essuyer des échecs.

Cependant, une fois évité le premier écueil, il faut prendre garde ensuite à répéter au moment judicieux. Autrement, on risque non seulement de "rater" le cas, mais pire encore d'obtenir des effets toxiques (pathogénétiques).

La récente disponibilité en France des korsakoviennes n'a fait qu'amplifier le problème : là ou la répétition intempestive d'une 7 ou d'une 9 CH ne portait pas à conséquence (ou presque, selon la sensibilité du patient), ici, avec des XM, LM ou au-delà on risque de sérieux ennuis.

Je connais un cas récent où un malade s'est vu prescrire Lycopodium XM, puis China LM, et enfin Sulfur CM à intervalle d'une semaine !

Assez d'arbitraire, il nous faut du rationnel

Si l'on interroge différents homéopathes sur leur manière de prescrire, on obtient malheureusement autant de réponses qu'il y a de personnes interrogées. Un tel répète chaque jour, tel autre chaque mois, certains alternent le dimanche, etc.

Pourtant, Hahnemann a consacré sa vie à découvrir des lois qui lui ont permis d'établir pour la première fois dans l'histoire un système médical rigoureux.

A proprement parler, le terme de système est impropre. En effet, un système découle par exemple d'une équation unique à partir de laquelle tout le reste se déduit. L'homéopathie est plutôt une méthode, sinon la méthode d'application rationnelle des agents thérapeutiques. Comme toute méthode, elle se compose de différents théorèmes et lois. Chaque théorème existe indépendamment des autres, de telle sorte que si la nullité de l'un d'entre eux venait à être démontrée cela n'altérerait en rien le reste de la méthode.

Concrètement, il est donc nécessaire d'observer tous les théorèmes qui constituent l'homéopathie. Faute de quoi on s'expose à bien des aléas pour finir par retourner bien vite dans le giron de l'allopathie.

La médecine traditionnelle serait-elle la seule à être rigoureuse pour déterminer le moment de reprendre un médicament ? Les études de pharmaco-cinétique permettent de calculer la demi-vie de d'une drogue et d'en déduire le moment opportun de la reprise.

Un tel principe n'est donc pas applicable à nos médicaments qui ne contiennent rien de chimique.

Quels sont nos repères ?

Répondre à cette question revient à nous demander d'abord quelles sont nos raisons pour prescrire : les symptômes.

Quand un patient présente un ensemble donné de symptômes qui nous fait dire "c'est un cas de tel ou tel remède", la présence de ces symptômes indique une idiosyncrasie vis-à-vis du remède capable de produire un tel état.

Phase réactionnelle

Dans ces conditions, l'administration du remède homéopathique chez le sujet sensible va entraîner des réactions. Il s'agit de l'aggravation médicamenteuse.

L'observation nous apprend qu'il existe une latence très variable selon les sujets, selon l'affection, selon le remède ou sa dynamisation. En général les réactions apparaissent au troisième jour. Parfois, l'aggravation est absente, (ou tellement faible que le patient ne l'a pas notée ?).

En tout cas, sur un plan purement logique, on conçoit clairement que tant qu'un équilibre n'est pas atteint, tant que le patient réagit, il n'y a rien d'autre à faire qu'attendre.

Notons en passant que le déroulement de ces symptômes réactifs est de la plus haute importance pour établir un pronostic sur l'évolution du malade.

Phase d'amélioration

Si le remède est bien choisi, on sort enfin du tunnel avec la phase d'amélioration : c'est ce que l'on attend de toute prescription !

C'est une lapalissade de dire que si le malade ne présente plus de symptômes, il n'y a non plus aucune raison de lui redonner quoi que ce soit.

En fait, la disparition des symptômes appelant le remède indique que l'état de réceptivité homéopathique du patient vis-à-vis du médicament à disparu. Si nous répétions à ce moment, nous n'obtiendrions rien d'autre qu'une pathogénésie ; c'est à dire que la nouvelle prise se "télescoperait" avec la précédente, produisant ainsi des symptômes pathogénétiques.

Répéter ainsi plusieurs fois est dangereux à de hautes dynamisations car les symptômes induits risquent de ne jamais disparaître ou bien carrément présenter un aspect d'urgence grave (hémorragies, douleurs suraiguës, éruptions généralisées, etc).

Cette phase d'amélioration peut à son tour durer plusieurs semaines, ou plusieurs mois avec une korsakovienne.

Tout le monde aura compris que c'est le patient qui nous donne le signal de la répétition : quand ses symptômes commencent à réapparaître et seulement à ce moment, il est "mûr" pour recevoir une seconde dose en toute sécurité.

Le retour des symptômes témoigne tout simplement que le désordre interne se réinstalle et que le patient redevient sensible au médicament : CQFD .

Quelques cas

Bien des cas de figures sont envisageables, et on pourrait encore rédiger un ouvrage juste sur cette question.

Aussi, quelques cas cliniques seront peut-être utiles pour illustrer le propos... J'en ai réduit l'anamnèse pour nous centrer sur le sujet des relations médicamenteuses. A titre d'exercice vous pourrez vous entraîner à retrouver les rubriques utilisées dans le Répertoire ou PcKent.

Phobies et dépression (Nat-c. puis Sulf.)

Femme de 40 ans qui consulte pour de gros problèmes dépressifs, d'anxiété majeure et de phobies. Elle a une surcharge pondérale qu'elle vit mal, et s'en fait des complexes. Opérée il y a deux ans d'un nodule toxique thyroïdien.

Son visage est plein de taches brunes (ce qui me faisait évoquer Sepia au départ). Elle est très frileuse. Elle a une mémoire qui lui fait souvent défaut. Elle se met souvent en cause, s'attribue tous les torts. La nuit, elle rêve de cercueils, d'enterrements (ce symptôme est à exploiter avec les références croisées activées dans PcKent, car le bon remède se trouve à la rubrique Funérailles). Mais ce n'est pas tout, elle explique en outre qu'il lui arrive de voir la nuit des formes, des squelettes, des crânes, des orbites vides, tout en se raisonnant car elle se rend compte qu'il s'agit d'une illusion.

Un moindre bruit la réveille, elle sursaute facilement. Cette femme sensible pleure vite, surtout sur les malheurs des autres.

Aversion complète pour le lait. Désir important de sucreries.

Prescription : Nat-c. M le 23 Août 1994.

Le 22 Novembre 1994 : elle revient enchantée, tous les symptômes vont mieux, elle revit, etc. N'a plus d'illusions ni rêves. Elle a un entrain et une joie de vivre qu'elle ne se connaissait pas. Par téléphone elle avait dû reprendre une dose fin Septembre car elle recommençait à être anxieuse.

Cependant, elle qui était frileuse commence à avoir trop chaud, et, me dit-elle spontanément, "les pieds me chauffent, je dois les sortir du lit".

Prescription: Sulfur M, complémentaire de Nat-c. Elle va bien depuis. Il lui faut très épisodiquement renouveler le Sulfur.

Asthénie, sinusites à répétition (Mag-c. puis Sep.)

Femme de 45 ans qui présente une asthénie intense dans la matinée, et de la spasmophilie qui la contraint à prendre très souvent du magnésium. Sinusites répétées, pendant presque tous les hivers depuis des années.

Elle a été opérée d'un cancer du col, hystérectomie totale, cobalt, radium. Elle n'a pratiquement plus de circulation lymphatique dans les jambes, surtout à gauche. Ses jambes chauffent énormément la nuit au point qu'elle doit les sortir du lit pour pouvoir dormir. Un zona oculaire il y a trois mois.

Elle se réveille vers 2 ou 3 heures la nuit.

Elle aime le sucre, mais surtout les fruits.

Très méticuleuse, "maniaque".

Prescription : Mag-c. M le 11 Avril 1995 (je note sur l'observation "prévoir Sulfur").

Le 21 Août 1995. Elle se porte bien mieux. Après le médicament elle a fait une forte réaction, avec le retour de beaucoup d'anciens symptômes : du psoriasis (comme dans l'enfance), la peur en voiture, les cystites (qu'elle présentait à répétition).

Le 5 Octobre 1995 : Mag-c M. Cette fois, réaction moins forte, mais tout de même 3 jours après la dose, tous les signes d'une gastro-entérite avec des selles "très acides" comme la patiente le rapporte elle même, ignorant que c'est là une key-note du remède.

Le 20 Novembre 1995 : Elle se trouve bien, j'apprends à cette occasion que ses palpitations habituelles, dont elle ne m'avait jamais parlé, ne sont plus là. Par contre, elle se trouve très irritable, se réveille vers 3 heures du matin, n'a plus du tout besoin de sortir les pieds du lit. Son aversion pour le lait persiste. Un nouveau symptôme apparaît : l'envie de respirer à fond. Parmi les remèdes qui suivent bien Nat-c. seul Sepia est compatible avec les symptômes résiduels et le nouveau symptôme.

Prescription : Sep M. Après une brève aggravation, notre patiente va bien aux dernières nouvelles.

Anémie (Nat-m. puis Sep. puis Sulf.)

Jeune femme de 20 ans vue le 13 Mars 1992 pour une anémie dont le bilan ne fait pas apparaître de cause évidente si ce n'est une carence martiale. Hémoglobine 8 g/l. VGM subnormal.

Très robuste, "charpentée", elle fait beaucoup de sport, et dit que c'est un besoin chez elle, ne peut s'en passer. Elle fait souvent de l'herpès labial, pendant ou un jour avant les règles. Depuis petite, elle a peur du tonnerre.

Prescription : Nat-m. XM.

Le 25 Mai 1992 : L'hémoglobine est remontée à 13 g/l, elle est en grande forme. Elle a senti un fatigue intense après la dose ainsi qu'une brève poussée d'eczéma sur les membres supérieurs.

Prescription : Nat-m. XM à cause de la persistance des dysménorrhées.

Le 29 Août 1992 : Hémoglobine 12, 6 g/l. Préfère le poisson à la viande. Aversion pour les aliments salés. Se plaint d'une lenteur de l'accommodation quand elle regarde un objet loin, puis qu'elle fixe quelque chose plus près. Les énormes caillots dans les règles ont disparu.

Prescription : Nat-m. LM.

Le 21 Novembre 1992 : Va bien.

Le 6 Mars 1993 : RAS. Elle a pris LM en Janvier à cause de quelques douleurs de règles.

Le 10 Juillet 1993 : Les orages ne lui font plus peur. Toujours des douleurs lombaires pendant les règles. Beaucoup de pertes blanches. Besoin de sport. Horreur de boire du lait. Faim le matin vers 10 ou 11 h.

Prescription : Sep. M.

Elle ira de mieux en mieux, et nous monterons Sepia jusqu'en Janvier 1995. A cette date : pas de symptômes observables, ni douleur du dos, ni herpès hormis des éruptions à type d'acné sur le menton.

Prescription : Sep. LM pour la seconde fois le 28 Janvier 1995

Le 6 Avril 1995 : La dose précédente n'a pas amélioré l'état cutané qui s'empire avec des éruptions douloureuses du menton, la transpiration sent de plus en plus fort, des sensations de fourmis dans le dos, une envie démesurée de manger des sucreries, des gaz digestifs à l'odeur d'oufs pourris.

Prescription : Sulf. M.

Le 21 Septembre 1995 : Après une réaction initiale à type d'eczéma des mains et des chevilles, elle s'est portée très bien jusqu'en Juillet date à laquelle elle reprend Sulf. M.

Conclusions

J'espère avoir pu brosser dans les grandes lignes les stratégies de prescription les plus courantes en dose sèche.

Pour résumer :

Gare à choisir une trop haute dynamisation pour démarrer.

Priorité aux remèdes végétaux (dans la mesure de leur homéopathicité).

Savoir sur le bout des doigts (ou s'aider de PcKent pour les paresseux comme moi) les relations entre les remèdes.

Il vaut mieux attendre un peu trop pour renouveler que de répéter trop tôt. Des cas innombrables ont été gâchés par une répétition intempestive, et ceci demeure vrai même avec la dose liquide.

 

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