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Quelques règles de
prescription en phase sèche
Par le Dr. Edouard Broussalian.
Dynamisations, Simillimum, Draineurs et Remèdes complémentaires:
voici quelques règles de prescription. Les lignes qui suivent
sont destinées à répondre aux questions les plus fréquemment
posées par les praticiens qui sont un peu déroutés par les
dynamisations korsakoviennes. Je ne traite ici que des problèmes
posés par le choix d'un remède et de sa dynamisation, sans
évoquer l'observation du résultat de la prescription ni les
critères de le répétition du médicament, et vous conseille
fortement de lire et relire les conférences de Kent, avec les
fameuses 12 éventualités.
Toujours, la prudence sera de mise. Il est toujours préférable
de donner trop faible que trop fort. Les grands critères pour déterminer
la dynamisation sont les suivants :
C'est le facteur principal qui limite notre action. Plus
le patient aura évolué vers des signes lésionnels plus on
se méfiera des hautes dynamisations (à partir de M ou XM).
Dans ces cas, une 30 ou une 200 suffisamment amplement et il
faudra se garder, comme toujours d'ailleurs, de toute répétition
intempestive. Au contraire, s'il y a peu de signes en faveur
de transformations tissulaires importantes on peut donner une
M ou XM d'emblée. C'est là le cas courant de l'adulte
jeune.
Cette première règle fera que dans un cas aigu, seule
l'homéopathicité du remède (voir plus loin) fera choisir
la dynamisation. Plus on est sûr de l'indication du remède,
plus on peut le donner haut. On sera surpris par exemple de
l'action d'Arnica en XM dans tous les traumatismes. Seule
l'homéopathicité permet de déterminer la hauteur de la
dynamisation, les théories selon lesquelles il faudrait
donner des basses dilutions pour les troubles tissulaires et
les hautes pour les troubles psychiques ne tiennent pas devant
la pratique.
Le premier facteur lié à la pathologie est à moduler en
fonction de la sensibilité propre du patient, qui dépend
elle-même:
- Du sexe ; les femmes, c'est bien connu,
sont bien plus sensibles que les hommes.
- De l'âge : les enfants réagissent
largement assez avec des basses dynamisations, et leur
sensibilité trouve souvent sa limite vers XM, ce qui
oblige ensuite à redescendre. Les vieillards, chez
lesquels on a évidemment des chances de rencontrer de
grosses pathologies, sont des sujets souvent très
sensibles, gare à ne pas réveiller une affection en
sommeil.
- De la sensibilité intrinsèque du patient ou, ce
qui revient au même, le type de remède prescrit :
les Phos., Sulf., etc. réagissent et font des flambées
bien plus souvent que des remèdes tels que Calc., Graph.
- De la nature du remèdeet prescrit : les remèdes
végétaux réagissent souvent moins violemment vont hésitera
moins à moins "en profondeur" que les autres,
à l'exception du redoutable Lycopodium, et on les
prescrire en haute dynamisation.
Entrons maintenant dans le détail.
La 200 est souvent la bienvenue pour démarrer. Quelques
globules sur la langue sont suffisants pour amorcer une réaction.
Une aggravation initiale sera très rare dans ces dynamisations,
aussi il est facile d'attendre que les symptômes qui s'étaient
améliorés commencent à réapparaître pour renouveler. On
notera en général que la durée d'action d'une prise de
200 est d'environ 6 à 8 heures, mais répétons le, ceci
n'est qu'une estimation, et seul le retour des symptômes permet d'affirmer avec certitude qu'il faut répéter.
Parfois, dans un cas très urgent, on pourra répéter
arbitrairement la prise toutes les demi heures ou tous les
quarts d'heure, mais dès qu'un changement se
produit, il faut suspendre sous peine de tout brouiller ;
une fois encore le retour des symptômes indiquera la répétition.
Dans les cas avancés, il peut arriver que les doses soient
"brûlées" très vite, dans ce cas en général la troisième prise semblera ne rien faire. Il convient alors de monter un peu
plus, par exemple de passer à M, à moins que des symptômes
nouveaux n'indiquent un remède qui sera souvent un complémentaire
ou connu bien suivre le premier remède prescrit (Voir Table des
Complémentaires page 1629 du Répertoire).
Notons enfin que dans l'aigu, la question de donner ou non
un remède "puissant" indiqué d'après la
symptomatologie ne se pose quasiment pas. S'ils sont
clairement indiqués, Lycopodium, Arsenic, Phosphorus, etc.
peuvent être prescrits sans trop d'arrière-pensées, à
condition que l'on sache quand répéter et faire une évaluation
rapide de l'avancement des lésions organiques.
Les cas chroniques demandent plus de réflexion dans le choix
du médicament, étant entendu que les grandes règles du choix
de la dynamisation que nous avons vues plus haut s'appliquent
aussi.
En fonction de chaque malade, on peut théoriquement classer
les médicaments de la matière médicale selon leur
ressemblance respective vis à vis du tableau constitué par
l'ensemble des symptômes. Cela définit une gradation selon
le niveau de ressemblance que Granier nomme homéopathicité.
Cette notion est importante pour interpréter les résultats
d'une prescription
L'expérience nous montre qu'à partir d'un certain
seuil d'homéopathicité, variable selon la sensibilité
du patient, le cas va réagir au traitement. En d'autres
termes, il ne suffit pas de toucher la cible, la guérison ne
s'obtient qu'en touchant le mille, d'où la notion de simillimum,
c'est à dire le médicament possédant la plus forte homéopathicité.
La question dont nous débattrons est celle-ci : faut-il
donner le simillimum d'emblée chez un patient qui
n'a jamais pris le moindre traitement homéopathique ? On
peut résumer quatre cas de figure dans le cas de cette
prescription d'emblée :
Cela s'observe le plus souvent pour deux raisons
distinctes:
Il faudra reprendre l'anamnèse pour voir "où
l'on a raté le virage" afin de chercher un médicament
mieux visé.
Dans ce genre de cas, figurent certaines personnes extrêmement
sensibles qui peuvent produire des symptômes après tout ce
qu'on leur donne. C'est l'idéal pour réaliser des
pathogénésies, pour les soigner c'est bien moins
commode...
Divers facteurs peuvent expliquer cela.
- Il y a des sujets "résistants" qui
ne réagiront qu'à partir de XM, d'autres chez
lesquels il faudra répéter encore une fois ou deux le
médicament. D'où la nécessité d'être sûr de
soi quand on prescrit une dose pour oser la répéter si
l'anamnèse montre pourtant que c'est le médicament
indiqué ; autrement si l'on donne un remède
"à vue de nez" et que rien d'apparent ne se
produise grande sera la tentation de changer de
prescription, puis encore et encore, avec un échec à
la clé. Kent répétait qu'il valait mieux attendre
un peu et donner un placebo pour que le tableau se précise
plutôt que de prescrire imparfaitement et ensuite
brouiller les pistes. Ce n'est qu'avec les années
de pratiques qu'on réalise toute la valeur de ce
conseil...
- Il peut s'agir d'une pollution dans l'environnement du patient (peintures, parfums,
prise simultanée du médicament avec un aliment, etc.),
ou d'une mauvaise hygiène de vie.
- Il peut y avoir un "blocage" lié à
une vaccination ancienne, ou une affection de
l'enfance parfois difficile à mettre en évidence
dans l'anamnèse. Je me rappelle ainsi du cas d'une
dame de 50 ans qui consultait pour une céphalée
sus-orbitaire droite pour laquelle elle avait déjà
tout pris. Or, elle ne pouvait dormir sans sortir les
pieds du lit, ce qui lui avait valu Sulfur sur toute la
gamme. Elle fut très surprise quand je lui demandais si
elle avait fait une coqueluche enfant car c'était
vrai, elle avait toussé un an, failli
"crever", etc. Sanguinaria déblaya
l'affaire. A dire vrai dans ce genre de cas l'anamnèse
est incomplète et un facteur causal nous a échappé.
Il ne faut pas non plus abuser de ces situations
finalement assez rares, trop de confrères n'hésitant
pas à prescrire systématiquement des isothérapiques
de vaccins et d'autres médicaments prétendument
incriminés. Je pense qu'il convient de ramener ces
faits à une juste proportion, peu en rapport avec
toutes les théories qu'on a vu fleurir tous ces
temps.
- Enfin, on est le plus souvent confronté à ce cas après
qu'une première prise ait bien fonctionné, la
seconde moins bien, de telle sorte qu'il est souvent
inutile de donner une troisième dynamisation identique
qui ne marchera pas. Il faudra dans ce cas passer à la
dose supérieure. Chacun connaît l'échelle 30, 200,
M, XM, LM, CM, DM, MM établie par Kent. Précisons un
point important non mentionné dans la littérature :
lorsqu'on est "monté" assez haut pour se
trouver dans le cas de figure actuel et que la dose
semble peu ou pas agir il se peut que l'on ait dépassé
la plage de sensibilité du patient. Si les symptômes
semblent toujours indiquer le remède il faut alors redescendre sur 200 ou M et on constatera souvent une reprise
d'activité du médicament.
- C'est souvent le cas de pathologies anciennes ayant évolué vers des modifications organiques
importantes, souvent aussi de cas ayant longtemps été
drogués par la médecine classique. L'état des lésions
d'un cas donné doit toujours être soigneusement évalué avant la prise du remède, faute de quoi on risque
de rencontrer trop souvent ce genre de situation désagréable
voire grave. Une fois les réactions amorcées, il est très
difficile d'antidoter, et souvent les médicaments
palliatifs classiques sont de peu d'effet.
- Dans des cas à l'évidence superficiels comme une
dermatose du nourrisson, une périarthrite du sujet jeune,
etc. la persistance de l'aggravation semble signifier
que le médicament manque un peu d'impact. Tout
se passe comme s'il était suffisant pour déclencher
l'aggravation et qu'il manque d'un petit peu d'énergie
pour basculer vers le mieux. Si un délai raisonnable de
quinze jours à trois semaines s'est écoulé, on peut
prudemment répéter la prise. Parfois, pour être sûr
que les deux prises médicamenteuses ne se "télescopent"
pas, il serait sûrement intéressant de donner une préparation
un peu plus dynamisée, par exemple faire suivre une M par
une M+200. Nous sommes là dans une question qui mérite
d'être débattue et l'expérience de tous nos confrères
sera utile pour préciser la conduite à tenir.
Ce type de cas se divise en deux :
- Ceci nous renvoie au cas 1b et relance la question :
est-il bien de donner d'emblée le simillimum ?
Je crois pouvoir dire que ce quatrième et dernier cas de
figure n'est pas forcément le plus courant, loin de là. La
plupart des fois, l'administration d'emblée du
simillimum se fera quand on n'aura pas le choix de prescrire
autre chose.
Ainsi, certains cas sont tellement "verrouillés"
qu'un et un seul remède parait indiqué, les autres
candidats ne couvrant que très partiellement le tableau
symptomatique.
Dans ce cas, la prudence sera de mise. Je ne crains pas de
dire que plus vous connaîtrez l'homéopathie plus vous vous
méfierez... C'est donc la dynamisation qui permettra de
moduler l'effet de la prescription, nous avons déjà vu les
facteurs généraux qui orientent le choix de celle-ci.
Bien entendu, si j'ai posé plusieurs fois la question
"est-il bon de donner d'emblée le simillimum ?",
on se doute que la réponse est non.
Nous avons vu avec le cas numéro 4 que certaines situations
l'exigent, mais souvent, et surtout grâce à l'aide de
l'ordinateur, on découvrira à côté du remède profond
indiqué parce qu'il couvre tous les symptômes, un ou
plusieurs autres médicaments qui recouvrent le cas presque
aussi bien.
La plupart du temps ce sont des remèdes végétaux dont
l'action est moins profonde. Ainsi apparaît la notion de remèdes
draineurs : il ne s'agit pas de dire "ce malade a le
foie fragile, je vais le lui drainer" et prescrire des médicaments
divers et variés pour le foie ce qui revient à une
pratique purement allopathique, mais de constater par exemple
que le cas réclame Lycopodium, mais que Pulsatilla aussi couvre
une bonne part des symptômes. Le bon procédé consiste alors
à donner Pulsatilla pour trois raisons :
C'est à dire que Pulsatilla va préparer le malade à
l'action ultérieure de Lycopodium. Son action moins
profonde sera la gage d'une amélioration rapide, avec bien
moins de réactions violentes que si Lycopodium avait été
donné d'emblée. Il est probable qu'au bout de deux ou
trois doses, Pulsatilla n'agira plus, Lycopodium prendra
alors la relève avec succès, d'autant qu'en procédant
de la sorte on verra souvent se préciser encore les symptômes
appelant Lycopodium après chaque prise de Pulsatilla.
Cette tactique de donner d'abord un végétal a été définie
par le Dr Schmidt. Ici encore, l'idée est de ne pas brasser
brutalement le malade, et de "laisser venir"
l'indication du remède suivant. Ceci peut s'ériger en règle
générale : si vous avez le choix entre deux médicaments
qui semblent couvrir chacun aussi bien les symptômes, donnez
d'abord le végétal.
Souvent on constate hélas que cette précieuse notion de
complémentarité ou de remèdes qui se suivent bien est laissée
de côté par les praticiens. C'est se priver d'un outil
précieux, on trouvera dans les "Minor Writings" de
Kent plusieurs articles illustrant la question.
Pour revenir à nos questions pratiques, regardez la page
1646 du Répertoire : Lycopodium est clairement indiqué
comme complémentaire de Pulsatilla. Ces enchaînements de remèdes
doivent absolument être connus :
- pour choisir en connaissance de cause par quel remède
commencer. Vous trouverez toutes ces informations implémentées
dans PcKent, ce qui est encore plus facile à consulter
qu'un livre.
- pour ne jamais se trouver pris de court devant l'évolution
d'un cas. Si vous donnez Pulsatilla, attendez vous à
voir surgir et guettez des signes de Lycopodium ou Sulfur.
En aigu, si Belladona a fonctionné, vérifiez que les
symptômes chroniques ne répondent pas à Calcarea
carbonica, etc.
- pour pouvoir prédire vers quel remède le cas se
dirigera ensuite. Ainsi vous pourrez prévenir la maman
d'un bébé Calcarea que au bout d'un temps l'enfant
risquera de devenir autoritaire et de vous en prévenir,
à ce moment vous saurez qu'il faut donner Lycopodium.
- pour vous aider dans la prescription chez les tout
petits. En effet, il est de règle que le remède d'un
garçon soit très proche de celui de sa maman, et réciproquement
chez la fille. Ceci fait mentir le dicton "tel père
tel fils". Par exemple, si on vous amène un bébé
garçon couvert d'eczéma, dont la mère évoque très
certainement Sepia, il y a fort à parier que
Viola-tricolor sera le remède à donner.
Il me reste à donner quelques uns des enchaînements les
plus courants :
Puls ð Lyc ð Sulf.
Calc ð Lyc ð Sulf ð Calc, etc.
Nux-v ð Sulf
Nux-v ð Sep
Sep ó Nat-m
Apis ð Nat-m.
Puls ð Phos ð Ars ð Thuj, etc.
Nous venons de voir que la réussite d'un traitement homéopathique
dépend avant tout de la sélection correcte du médicament.
Ainsi, quand la similitude entre le patient et le remède n'est
qu'approximative, nous ne nous étonnons pas d'essuyer des échecs.
Cependant, une fois évité le premier écueil, il faut
prendre garde ensuite à répéter au moment judicieux.
Autrement, on risque non seulement de "rater" le cas,
mais pire encore d'obtenir des effets toxiques (pathogénétiques).
La récente disponibilité en France des korsakoviennes n'a
fait qu'amplifier le problème : là ou la répétition
intempestive d'une 7 ou d'une 9 CH ne portait pas à conséquence
(ou presque, selon la sensibilité du patient), ici, avec des
XM, LM ou au-delà on risque de sérieux ennuis.
Je connais un cas récent où un malade s'est vu prescrire
Lycopodium XM, puis China LM, et enfin Sulfur CM à intervalle
d'une semaine !
Si l'on interroge différents homéopathes sur leur manière
de prescrire, on obtient malheureusement autant de réponses
qu'il y a de personnes interrogées. Un tel répète chaque
jour, tel autre chaque mois, certains alternent le dimanche,
etc.
Pourtant, Hahnemann a consacré sa vie à découvrir des
lois qui lui ont permis d'établir pour la première fois dans
l'histoire un système médical rigoureux.
A proprement parler, le terme de système est
impropre. En effet, un système découle par exemple d'une équation
unique à partir de laquelle tout le reste se déduit. L'homéopathie
est plutôt une méthode, sinon la méthode
d'application rationnelle des agents thérapeutiques. Comme
toute méthode, elle se compose de différents théorèmes et
lois. Chaque théorème existe indépendamment des autres, de
telle sorte que si la nullité de l'un d'entre eux venait à
être démontrée cela n'altérerait en rien le reste de la méthode.
Concrètement, il est donc nécessaire d'observer tous les
théorèmes qui constituent l'homéopathie. Faute de quoi on
s'expose à bien des aléas pour finir par retourner bien vite
dans le giron de l'allopathie.
La médecine traditionnelle serait-elle la seule à être
rigoureuse pour déterminer le moment de reprendre un médicament ?
Les études de pharmaco-cinétique permettent de calculer la
demi-vie de d'une drogue et d'en déduire le moment opportun
de la reprise.
Un tel principe n'est donc pas applicable à nos médicaments
qui ne contiennent rien de chimique.
Répondre à cette question revient à nous demander
d'abord quelles sont nos raisons pour prescrire : les
symptômes.
Quand un patient présente un ensemble donné de symptômes
qui nous fait dire "c'est un cas de tel ou tel remède",
la présence de ces symptômes indique une idiosyncrasie vis-à-vis
du remède capable de produire un tel état.
Dans ces conditions, l'administration du remède homéopathique
chez le sujet sensible va entraîner des réactions.
Il s'agit de l'aggravation médicamenteuse.
L'observation nous apprend qu'il existe une latence très
variable selon les sujets, selon l'affection, selon le remède
ou sa dynamisation. En général les réactions apparaissent
au troisième jour. Parfois, l'aggravation est absente, (ou
tellement faible que le patient ne l'a pas notée ?).
En tout cas, sur un plan purement logique, on conçoit
clairement que tant qu'un équilibre n'est pas atteint, tant
que le patient réagit, il n'y a rien d'autre à faire
qu'attendre.
Notons en passant que le déroulement de ces symptômes réactifs
est de la plus haute importance pour établir un pronostic
sur l'évolution du malade.
Si le remède est bien choisi, on sort enfin du tunnel
avec la phase d'amélioration : c'est ce que l'on
attend de toute prescription !
C'est une lapalissade de dire que si le malade ne présente
plus de symptômes, il n'y a non plus aucune raison de lui
redonner quoi que ce soit.
En fait, la disparition des symptômes appelant le remède
indique que l'état de réceptivité homéopathique du
patient vis-à-vis du médicament à disparu. Si nous répétions
à ce moment, nous n'obtiendrions rien d'autre qu'une pathogénésie ;
c'est à dire que la nouvelle prise se "télescoperait"
avec la précédente, produisant ainsi des symptômes pathogénétiques.
Répéter ainsi plusieurs fois est dangereux à de
hautes dynamisations car les symptômes induits risquent de
ne jamais disparaître ou bien carrément présenter un
aspect d'urgence grave (hémorragies, douleurs suraiguës,
éruptions généralisées, etc).
Cette phase d'amélioration peut à son tour durer
plusieurs semaines, ou plusieurs mois avec une
korsakovienne.
Tout le monde aura compris que c'est le patient qui nous
donne le signal de la répétition : quand ses symptômes
commencent à réapparaître et seulement à ce moment, il
est "mûr" pour recevoir une seconde dose en toute
sécurité.
Le retour des symptômes témoigne tout simplement que le
désordre interne se réinstalle et que le patient redevient
sensible au médicament : CQFD .
Bien des cas de figures sont envisageables, et on pourrait
encore rédiger un ouvrage juste sur cette question.
Aussi, quelques cas cliniques seront peut-être utiles pour
illustrer le propos... J'en ai réduit l'anamnèse pour nous
centrer sur le sujet des relations médicamenteuses. A titre
d'exercice vous pourrez vous entraîner à retrouver les
rubriques utilisées dans le Répertoire ou PcKent.
Femme de 40 ans qui consulte pour de gros problèmes dépressifs,
d'anxiété majeure et de phobies. Elle a une surcharge pondérale
qu'elle vit mal, et s'en fait des complexes. Opérée il y
a deux ans d'un nodule toxique thyroïdien.
Son visage est plein de taches brunes (ce qui me faisait évoquer
Sepia au départ). Elle est très frileuse. Elle a une mémoire
qui lui fait souvent défaut. Elle se met souvent en cause,
s'attribue tous les torts. La nuit, elle rêve de cercueils,
d'enterrements (ce symptôme est à exploiter avec les références
croisées activées dans PcKent, car le bon remède se trouve
à la rubrique Funérailles). Mais ce n'est pas tout, elle
explique en outre qu'il lui arrive de voir la nuit des
formes, des squelettes, des crânes, des orbites vides, tout
en se raisonnant car elle se rend compte qu'il s'agit
d'une illusion.
Un moindre bruit la réveille, elle sursaute facilement.
Cette femme sensible pleure vite, surtout sur les malheurs des
autres.
Aversion complète pour le lait. Désir important de
sucreries.
Prescription : Nat-c. M le 23 Août 1994.
Le 22 Novembre 1994 : elle revient enchantée, tous
les symptômes vont mieux, elle revit, etc. N'a plus
d'illusions ni rêves. Elle a un entrain et une joie de
vivre qu'elle ne se connaissait pas. Par téléphone elle
avait dû reprendre une dose fin Septembre car elle recommençait
à être anxieuse.
Cependant, elle qui était frileuse commence à avoir trop
chaud, et, me dit-elle spontanément, "les pieds me
chauffent, je dois les sortir du lit".
Prescription: Sulfur M, complémentaire de Nat-c. Elle va
bien depuis. Il lui faut très épisodiquement renouveler le
Sulfur.
Femme de 45 ans qui présente une asthénie intense dans la
matinée, et de la spasmophilie qui la contraint à prendre très
souvent du magnésium. Sinusites répétées, pendant presque
tous les hivers depuis des années.
Elle a été opérée d'un cancer du col, hystérectomie
totale, cobalt, radium. Elle n'a pratiquement plus de
circulation lymphatique dans les jambes, surtout à gauche.
Ses jambes chauffent énormément la nuit au point qu'elle
doit les sortir du lit pour pouvoir dormir. Un zona oculaire
il y a trois mois.
Elle se réveille vers 2 ou 3 heures la nuit.
Elle aime le sucre, mais surtout les fruits.
Très méticuleuse, "maniaque".
Prescription : Mag-c. M le 11 Avril 1995 (je note sur
l'observation "prévoir Sulfur").
Le 21 Août 1995. Elle se porte bien mieux. Après le médicament
elle a fait une forte réaction, avec le retour de beaucoup
d'anciens symptômes : du psoriasis (comme dans
l'enfance), la peur en voiture, les cystites (qu'elle présentait
à répétition).
Le 5 Octobre 1995 : Mag-c M. Cette fois, réaction
moins forte, mais tout de même 3 jours après la dose, tous
les signes d'une gastro-entérite avec des selles "très
acides" comme la patiente le rapporte elle même,
ignorant que c'est là une key-note du remède.
Le 20 Novembre 1995 : Elle se trouve bien,
j'apprends à cette occasion que ses palpitations
habituelles, dont elle ne m'avait jamais parlé, ne sont
plus là. Par contre, elle se trouve très irritable, se réveille
vers 3 heures du matin, n'a plus du tout besoin de sortir
les pieds du lit. Son aversion pour le lait persiste. Un
nouveau symptôme apparaît : l'envie de respirer à
fond. Parmi les remèdes qui suivent bien Nat-c. seul Sepia
est compatible avec les symptômes résiduels et le nouveau
symptôme.
Prescription : Sep M. Après une brève aggravation,
notre patiente va bien aux dernières nouvelles.
Jeune femme de 20 ans vue le 13 Mars 1992 pour une anémie
dont le bilan ne fait pas apparaître de cause évidente si ce
n'est une carence martiale. Hémoglobine 8 g/l. VGM
subnormal.
Très robuste, "charpentée", elle fait beaucoup
de sport, et dit que c'est un besoin chez elle, ne peut
s'en passer. Elle fait souvent de l'herpès labial,
pendant ou un jour avant les règles. Depuis petite, elle a
peur du tonnerre.
Prescription : Nat-m. XM.
Le 25 Mai 1992 : L'hémoglobine est remontée à 13
g/l, elle est en grande forme. Elle a senti un fatigue intense
après la dose ainsi qu'une brève poussée d'eczéma sur
les membres supérieurs.
Prescription : Nat-m. XM à cause de la persistance
des dysménorrhées.
Le 29 Août 1992 : Hémoglobine 12, 6 g/l. Préfère
le poisson à la viande. Aversion pour les aliments salés. Se
plaint d'une lenteur de l'accommodation quand elle regarde
un objet loin, puis qu'elle fixe quelque chose plus près.
Les énormes caillots dans les règles ont disparu.
Prescription : Nat-m. LM.
Le 21 Novembre 1992 : Va bien.
Le 6 Mars 1993 : RAS. Elle a pris LM en Janvier à
cause de quelques douleurs de règles.
Le 10 Juillet 1993 : Les orages ne lui font plus peur.
Toujours des douleurs lombaires pendant les règles. Beaucoup
de pertes blanches. Besoin de sport. Horreur de boire du lait.
Faim le matin vers 10 ou 11 h.
Prescription : Sep. M.
Elle ira de mieux en mieux, et nous monterons Sepia
jusqu'en Janvier 1995. A cette date : pas de symptômes
observables, ni douleur du dos, ni herpès hormis des éruptions
à type d'acné sur le menton.
Prescription : Sep. LM pour la seconde fois le 28
Janvier 1995
Le 6 Avril 1995 : La dose précédente n'a pas amélioré
l'état cutané qui s'empire avec des éruptions
douloureuses du menton, la transpiration sent de plus en plus
fort, des sensations de fourmis dans le dos, une envie démesurée
de manger des sucreries, des gaz digestifs à l'odeur d'oufs
pourris.
Prescription : Sulf. M.
Le 21 Septembre 1995 : Après une réaction initiale
à type d'eczéma des mains et des chevilles, elle s'est
portée très bien jusqu'en Juillet date à laquelle elle
reprend Sulf. M.
J'espère avoir pu brosser dans les grandes lignes les
stratégies de prescription les plus courantes en dose sèche.
Pour résumer :
Gare à choisir une trop haute dynamisation pour démarrer.
Priorité aux remèdes végétaux (dans la mesure de leur
homéopathicité).
Savoir sur le bout des doigts (ou s'aider de PcKent pour
les paresseux comme moi) les relations entre les remèdes.
Il vaut mieux attendre un peu trop pour renouveler que de répéter
trop tôt. Des cas innombrables ont été gâchés par une répétition
intempestive, et ceci demeure vrai même avec la dose liquide.
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