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De la cause occasionnelle

Par le Dr. Jean Michel Bolzinger.

Le médecin homéopathe développe au fil de sa pratique une étonnante faculté combinatoire qui lui permet, à l'inverse de ses confrères allopathes, de réaliser une étonnante gymnastique entre la recherche diagnostique et la recherche du simillimum.

Vu de l'extérieur, il peut même donner l'apparence de ne faire que de la thérapeutique laissant parfois penser qu'il suffirait à un autodidacte de se plonger dans un bon site, une bonne matière médicale et un bon logiciel répertorial pour passer rapidement de l'autre côté du bureau, faisant allègrement l'économie de huit années d'études médicales. Deux cas cliniques se proposent de rappeler que la consultation médicale est plus complexe que le rapide double cliquage de rubriques à la queue leu leu.

Présentation du cas " Célia " (début)

Voici un tableau clinique assez complexe qui va permettre de passer en revue une série de rubriques qui chemin faisant nous feront découvrir l'extraordinaire richesse du répertoire.

Afin de faciliter la lecture et la réflexion, j'ai regroupé les symptômes dans l'ordre du répertoire.

Le signe d'appel, la porte d'entrée est constitué par la présence d'une aphtose buccale, récidivant depuis de nombreuses années chez une femme de 37 ans. (Disons le tout de suite, il ne s'agit pas d'une maladie de Behcet )

L'absence de modalités et de signes généraux ne doit pas vous surprendre car il s'agit de l'apport spontané de la patiente et des courriers qu'elle exhibe, avant tout demande de précision du médecin homéopathe. Mais l'un des intérêts est justement là.

L'autre intérêt vient de la relative fréquence de ce tableau (entre 1/100 et 1/500) qui fait que nous devrions tous pouvoir en débusquer parmi nos patients

Bouche

Aphtose buccale récidivante

BOUCHE/Aphtes - 24 rubriques

Glossite

BOUCHE/Inflammation/langue - 9 rubriques dont " chronique "

Dents

Altération de l'émail dentaire de façon symétrique

DENTS/ Effritement et Email/malformation

Estomac

Appétit absent (23 rubriques)

Nausées, vomissements (A la fibroscopie oeso gastrique : gastrite folliculaire avec érosions aphtoïdes évoquant une gastrite " varioliforme ")

Abdomen

douleurs abdominales

borborygmes

ABDOMEN/ Borborygmes & glougloutements: 126 rubriques

augmentation isolée des transaminases 2 à 3 N.

Plusieurs épisodes d'occlusion du grêle traités par aspiration.

ABDOMEN/ Occlusion

Il n'est évidemment pas question de se substituer au chirurgien dans une occlusion vraie (3 grandes causes : Cancer colique 65% des cas, sigmoïdite 20% et volvulus du colon pelvien 5 %) Mais cette rubrique est fort utile dans les iléus réflexes. En l'absence d'examens complémentaires, un excellent signe clinique permet de départager les occlusions vraies des iléus réflexes, il s'agit de l'auscultation de l'abdomen qui retrouve des bruits dans l'occlusion et un silence dans l'iléus. C'est dans ce dernier cas que cette rubrique trouve tout son sens.

Rectum

parfois constipé, parfois alternance de diarrhée et de constipation.

Vessie

Urine plus souvent la nuit que le jour (signe habituel de tubulopathie mais absente ici)

VESSIE/ miction/ fréquente la nuit/ rare le jour Bor, Thér. et Solidago

Génital

Aménorrhée secondaire

Pas d'enfant, stérilité ?

Thorax

Péricardites à rechute.

THORAX/ Inflammation/cour, péricardite

THORAX/ Epanchement/ péricarde

GENERALITES/ Epanchements

GENERALITES/ Inflammation/ séreuses

Membres

Démarche ataxique (inexpliquée par le bilan neurologique)

Hippocratisme digital

Hyper transparence osseuse étonnante chez un homme jeune

Douleurs osseuses et arthralgies récidivantes de type inflammatoire

Peau

Pigmentation

Dermatite herpétiforme

PEAU/ éruptions/ vésicules/prurit

PEAU/ éruptions/ vésicules/ inflammatoires

DOS/ éruption/ lombaire - coccyx - sacrum

PEAU/ éruptions symétriques (+ ajouts de Dominique Viola sur le site Planète-Homéo)

La dermatite herpétiforme peut être rapprochée de la gastrite varioliforme vu plus haut.

Rhus-t, Anac, Canth.

Généralités

Asthénie chronique

Amaigrissement ; lipodystrophie partielle avec fonte du tissu adipeux au dessus de la ceinture, les membres inférieurs gardant un aspect normal.

GENERALITES/Amaigrissement/ haut en bas, progresse de : Calc, cench, lyc, nat-m, psor, sanic,sars.

L'inverse : GENERALITES/Amaigrissement/bas en haut, progresse de : Abrot, Arg-n.

Epilepsie (A la radio du crâne : calcifications cérébrales comme dans la maladie de Strurge Weber, mais où il existe généralement un angiome de l'hémiface dans le territoire du trijumeau) 567 rubriques concernant le Convulsions dans le répertoire.

Biologie

Signes d'hyposplénisme : Hyperleucocytose à 20000 mal expliquée, thrombocytose, corps de Joly intra erythrocytaires. La scintigraphie splénique objective une absence de rate fonctionnelle.

Anémie microcytaire ferriprive, hypocholestérolémie, hypocalcémie et hypocalciurie

Baisse du taux de prothrombine (1-2-5-7-10) avec un facteur V normal.

 

Cas n°2 (début)

femme de 84 ans

hospitalisée avec le diagnostic de misère physiologique, confusion et probable déshydratation.

HTA et insuffisance cardiaque traitée par Aldactone° et furosémide 20

RGO par HH traitée par IPP (Inipomp°)

PTH droite pour coxarthrose

surdité majeure (intervention chirurgicale sur l(oreille moyenne dans l'enfance)

édentée

grabatisation indue, en tout cas non expliquée par la famille qui l'entoure admirablement, repas livrés à domicile, un fils passe ses nuits auprès d'elle depuis des semaines.

A l'examen, hématomes multiples des membres inférieurs ( qui sera suivi sous peu d'un volumineux hématome de la cuisse et d'un hématome spontané en lunettes).

La patiente se plaint en permanence, la mobilisation des membres est douloureuse en dépit du traitement antalgique entrepris. Odème des membres inférieurs ne prenant pas le godet, une certaine sécheresse des téguments.

Examens complémentaires :

anémie modérée (Hb=10 g/l) régénérative, macrocytaire (VGM=101 femtolitres)

Pas de carence martiale, Vit B12 et folates normaux, phosphore et calcium normaux

Temps de saignement et bilan de l'hémostase normaux.

Albuminémie à 30,5 g/l.

Nous sommes en présence d'un tableau d'hématomes spontanés et d'un bilan d'hémostase normal.

Plusieurs rubriques répertoriales peuvent venir à l'esprit. L'interrogatoire sur les désirs et aversions alimentaires est difficile mais révèle que cette femme présente une véritable compulsion à l'égard des rillettes dont elle fait une consommation quasi exclusive depuis plusieurs semaines.

Un seul remède est prescrit et 10 jours plus tard les hématomes disparaissent, la malade souffre considérablement moins, son état général s'est incroyablement amélioré, elle est moins anxieuse, moins repliée sur elle même, elle accepte de regagner son domicile et nous apprenons 15 jours plus tard que l'amélioration s'est poursuivie.

 

cas Celia (fin)

Il s'agit d'une maladie coliaque de l'adulte. Cette affection correspond à une intolérance au gluten et à la gliadine. Si le diagnostic est couramment posé dans les formes infantiles, il l'est beaucoup plus difficilement chez l'adulte où une fois sur deux, il n'y a aucun signe d'appel digestif. La présentation sur un mode hématologique est fréquente (anémie micro ou macrocytaire ou dimorphe), la diarrhée et la stéatorrhée ne sont présentes que dans 25% des cas si bien que le diagnostic n'est souvent posé qu'après 60 ans.

Une fois le diagnostic évoqué, il est facile de doser les Ac anti-gliadine et surtout anti-endomysium (en vérifiant toutefois qu'il n'existe pas une carence en IgA totales) et l'habitude reste encore de confirmer le diagnostic par une biopsie jéjunale qui objective l'atrophie villositaire duodéno-jéjunale.

Le régime sans gluten strict entraîne une régression rapide des signes cliniques (quelques semaines), plus lente de l'atrophie villositaire (environ 1 an) et réduit significativement le risque de lymphome du grêle.

céréales interdites : Seigle, Avoine, Blé, Orge (retenir SABO)

céréales autorisées : riz, maïs millet, soja, sarrasin.

 

Nous voyons qu'il est intéressant de laisser parler le patient sans chercher à l'interrompre, car lui demander de modaliser ses symptômes dès l'anamnèse spontanée indique que le praticien a déjà mis sa casquette d'homéopathe avant même de s'être assuré du diagnostic et de l'indication d'une thérapeutique non homéopathique (ici diététique, ailleurs ostéopathique, psychanalytique, allopathique ou autres.)

L'homéopathie présente ici un intérêt tout à fait remarquable dans la mesure où elle permet de cibler la population susceptible d'être concernée par ce diagnostic. La connaissance ou la simple lecture des rubriques qui se déroulent tout au long de la biographie symptomatique d'un tel malade mettent en exergue un petit nombre de remèdes : Silicea, Natrum Mur, Borax, Sanicula, Ars-A.dont l'indication chez une personne de 65 ans présentant des symptômes d'appel doivent nous mettre la puce à l'oreille et nous faire prescrire un test de dépistage biologique.

 

cas n°2 (fin)

L'association d'hématomes spontanés et d'un bilan d'hémostase normal fait évoquer un scorbut, d'autant plus que l'interrogatoire de l'entourage précise que la patiente ne consommait plus de fruits depuis plusieurs semaines (elle préférait nettement les tartines aux rillettes).

Après demande d'un dosage de vitamine C sérique (ascorbémie), un traitement par vitamine C oral (1000mg/24heures en deux prises) est entrepris.

Ce dosage (en chromatographie liquide haute performance) est effondré < 6 µmol/l (N = 45 à 90).

Après quelques jours de traitement, l'état général de Madame F. s'améliore, elle est moins anxieuse, moins repliée sur elle-même, souffre moins et les hématomes ont tendance à s'estomper. Elle accepte de regagner le domicile de ses enfants et nous apprenons que l'amélioration se poursuit 15 jours après ce retour.

Merci au Dr Christian Gauchotte de m'avoir permis de présenter ici cette observation qui doit paraître incessamment dans les annales de gériatrie.

La notion de " cause occasionnelle " dans l'Organon et perspectives d'avenir.

Même si l'homéopathe connaît un excellent remède de douleurs aiguës piquantes du pied, améliorée par les applications froides, celui ci ne mettra en route son mécanisme de prescription homéopathique qu'après avoir vérifié qu'il n'y a pas un clou fiché dans la plante du pieds. Ce qui apparaît caricatural dans cet exemple, l'est parfois moins dans d'autres et les deux histoires cliniques relatées recoupent en partie la notion de cause occasionnelle qu'Hahnemann a bien développée. Cette notion constitue une des raisons majeures justifiant l'impérieuse nécessité d'une solide formation médicale préalable à l'étude de la thérapeutique homéopathique, rappelant si besoin en est l'impérative obligation de poser un diagnostic positif, différentiel et étiologique avant de double cliquer des rubriques répertoriales.

Certes, il est toujours possible de se rattraper à posteriori comme l'indique Hahnemann :

Organon 6° éd. § 252.- Mais si, en dehors des médicaments à effets alternants, on constatait, dans une maladie chronique, que le remède homéopathique le mieux choisi, donné à la dose convenable (la plus exiguë) ne procure pas d'amélioration, ce serait un indice certain qu'il existe une cause occasionnelle entretenant encore la maladie, et qu'il y a, dans le genre de vie du malade, ou dans ce qui l'entoure quelque circonstance qu'on doit commencer par écarter, si l'on veut rendre la guérison.

Cependant, il est tout de même plus élégant de procéder dans l'ordre et de poser un diagnostic avant de traiter. A cet égard, il est envisageable d'intégrer au PCKent une option permettant d'afficher une série de diagnostics à évoquer avant d'utiliser certaines rubriques.

Imaginez un patient atteint d'une maladie de système dont la corticothérapie est en phase décroissante (ex. Prednisone 7mg) et qui subit une agression quelconque le mettant en insuffisance surrénalienne. L'apparition du symptôme :

ESTOMAC/ Désir/ salées, de choses

doit impérativement faire tilt car il y a un danger vital à ne pas supplémenter en hydro cortisone ce malade qui est visiblement en insuffisance surrénalienne aiguë.

La rubrique sera indexée d'un message rappelant clairement que ce signe peut être un indice de maladie d'Addisson ou d'insuffisance surrénalienne .

De la même façon, la rubrique

YEUX/ tuméfaction/ paupières/ odème

sera indexée d'un message rappelant qu'il est utile d'évoquer : - un syndrome nephrotique (odème des paupières < le matin et odème des chevilles < le soir) - une hypothyroïdie - une dysglobulinémie (amylose primitive, myélome) - une connectivite (lupus ou polydermatomyosite) - une trichinose en cas de fièvre - un virus EB (si odème fugace 2 à 3 jours chez un enfant)

Conclusion

La recherche d'une cause occasionnelle et plus généralement d'un diagnostic est un préalable indispensable à une bonne pratique de la médecine homéopathique. Elle oblige à se poser la question de l'indication thérapeutique. L'homéopathie a tout à gagner à être prescrite à bon escient et le malde sort grand bénéficiaire de cette approche de bon sens.

*praticien hospitalier, service de gérontologie B, Centre Félix Maréchal, CHR de Metz-Thionville, Metz (57000).

 

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