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Discerner le simillimum, entrevoir l’homéopathie
Essai sur un fil d’Ariane pour dépister le simillimum et
trouver la sortie du labyrinthe Homéopathique.
Edouard Broussalian, le 2 Janvier 2004.
Introduction
En rassemblant mes notes je me suis demandé comment éviter
de reprendre ligne par ligne l’Organon en entier puisque tout ce que je vais
exposer s’y trouve consigné. J’envisage donc le présent travail comme une
approche que j’espère la plus sympathique possible à l’étude de l’Organon et
j’espère inciter le lecteur a poursuivre plus avant l’étude de cet ouvrage
fondamental.
Voici maintenant 5 ans que l’ENH existe, et bientôt dix ans
que j’enseigne l’homéopathie. Je voudrais résumer ici le fruit :
▪de ma
pratique personnelle. Depuis le début des années 80, celle-ci découle de
nombreux ratages cliniques initiaux et de mon acharnement dans l’apprentissage
des principes énoncés par nos grands prédécesseurs comme Hahnemann, Hering,
Kent. Les nouvelles idées de certains auteurs modernes comme Sankaran, Shore, Sholten,
Vithoulkas m’ont été précieuses aussi pour stimuler mon intellect et tenter de
faire le tri en fonction de mon acquis.
▪de
l’observation des difficultés des étudiants. Les projections vidéos et nos
séminaires cliniques se sont révélés précieux dans un but pédagogique mais
m’ont aussi donné l’opportunité d’observer un grand nombre de fois comment les
novices s’y prennent pour étudier un cas et déterminer ainsi les erreurs les
plus fréquentes dans l’approche homoeopathique.
L’homéopathie ne pardonne pas les demi-mesures, elle
demande qu’on s’investisse complètement dans sa démarche sous peine de
stagner et de se contenter de quelques coups chanceux.
Ce n’est qu’au prix de beaucoup de temps et d’efforts que
l’on aura le plaisir de réussir de plus en plus de prescriptions. Devant les
résultats souvent spectaculaires, on se sent de plus en plus stimulé et on
puise dans l’enthousiasme de ses patients l’énergie de continuer de travailler
et d’approfondir. Bien vite, si l’on se prend au jeu, cela en devient presque
une drogue. Quoi de plus stimulant et de rétribuant en effet que d’avoir résolu
ce que j’appelle l’équation du malade ? Quoi demander de plus beau que de
rétablir la santé ?
En amont du patient : les qualités requises
Un difficile
changement de paradigme
L’homéopathie représente un véritable bouleversement dans
notre entendement de la médecine et des phénomènes morbides, du moins tels
qu’on les enseigne à la Faculté. Ne pas se donner la peine d’effectuer ce
changement de mode de pensée conduit avec certitude à l’échec et de pitoyables
prescriptions à la sauvette.
Au bout de quelques doses de Folliculinum pour le cycle ou de Belladona contre la fièvre, le prescripteur doué de
raison aura vite fait le tour de l’ « homéopathie » et constaté son
inefficacité. En France cela est allé tellement loin qu’on a cru ériger un
nouveau système en simplifiant à l’extrême l’héritage de Hahnemann. L’écriture
simplifiée « homéopathie » en est le symbole puisque la racine
grecque homoeon –semblable, ressemblant– est remplacée par homeon –identique–, ce qui constitue un grave contresens... Pour nous permettre un accès plus facile par les moteurs de recherches, nous avons dû nous aussi nous mettre à cette façon d'écrire... mais bien à contre-coeur!
L’homéopathie nous amène à considérer le patient
comme un tout qui réagit globalement. Cela nous conduit à renoncer à la vision
fragmentaire, limitée et arbitraire de l’organe ou de la pathologie, tout en
renonçant aussi aux « explications » physiopathologiques des maladies
car on en perçoit dès lors l’inanité.
Le patient constitue une entité unique et indivisible opaque à l’analyse
réductionniste
Soignez
le malade et vous guérirez les organes !
Voici une maxime de Hahnemann martelée à son tour par Kent à
ses étudiants, et qui résume parfaitement la démarche homoeopathique.
Soigner le malade : qu’est ce que cela
signifie ? La vieille médecine va pouvoir nous éclairer. Prenons un enfant
qui fait des otites tout l’hiver. On va lui traiter chaque otite avec le tout
dernier arsenal à la mode, à savoir l’antibiotique le plus récent,
l’anti-inflammatoire le plus performant, quelques gouttes dans l’oreille au
besoin. Ensuite, au vu des rechutes, le spécialiste proposera l’ablation des
végétations qui jouent indiscutablement un rôle mécanique perturbateur. Pendant
qu’on s’occupe de ses oreilles, d’autres spécialistes s’occuperont aussi de sa
dermatose, car l’enfant présente aussi de l’eczéma. En outre, ce bonhomme agité
a toutes les peines du monde à trouver le sommeil, aussi faudra-t-il lui
adjoindre un traitement pour le faire dormir. Si l’on poursuit les
investigations, les tests révéleront certainement une allergie à un ou
plusieurs allergènes, ce qui ne manquera pas de faire les choux gras des
allergologues, et des fabricants de médicaments car il faudra aussi que notre
petit malade soit traité pour cela. Caricature direz-vous ? Pas du tout
car l’exemple que je cite représente notre pain quotidien et illustre fort bien
le raisonnement spécieux qu’on nous a inculqué à la Faculté, qui consiste à
traiter les maladies, mais pas les malades.
Je prends un gifle en tant que médecin chaque fois qu’une
mère amène son enfant en ayant le bon sens de nous dire : « j’arrête
tout, il faut trouver un médicament pour soigner mon enfant, il faut qu’il soit
vraiment malade de partout pour faire tout cela ». Eh oui, faut-il que le
bon sens de ces mères soit préservé grâce à l’absence des grandes oeillères que
sont les diplômes ; l’arbre ne leur cache pas la forêt, et elles
perçoivent intuitivement l’évidence : seule une perturbation générale
touchant l’ensemble de l’organisme permet de rendre compte que chacune des
parties, mal gouvernées, puisse devenir défaillante et présenter des symptômes.
Dès lors il est clair qu’à travers chaque partie malade,
c’est le tout qui s’exprime.
Les
limites du réductionnisme
Dès lors aussi il devient clair que l’ancien système invente
les mirages qu’elle prétend traiter : n’oublions pas que la souffrance
appartient au malade et que ce sont les médecins l’ont systématisée en
maladies. En d’autres termes, la maladie est une notion médicale purement
artificielle qui consiste à dénommer un groupe de symptômes communs à tous les
malades. Ce mode de pensée autorise à considérer le syndrome comme une entité
virtuelle déconnectée du patient. Nous voici à l’apogée du raisonnement de
Claude Bernard qui nous a certes permis d’immenses progrès dans la physiologie
mais qui est aussi responsable de nos plus grands errements ; ne serait-il
pas bon qu’enfin, après un excès d’analyse, nous en revenions à la synthèse ?
Doit-on rappeler qu’une seule cellule primordiale a fini par se diviser en
milliards d’autres cellules, que celles-ci se sont organisées en organes selon
un processus qui nous échappe totalement. Doit-on rappeler qu’il faut bien dès
lors qu’il existe un mécanisme régulateur général, sorte de chef d’orchestre
qui veille à l’harmonie du tout non seulement lors de sa genèse mais aussi pour
son entretien quotidien.
Peut-on seulement se faire une idée de l’effroyable
complexité de ce mécanisme qui veille à chaque seconde à ce que toutes les
cellules fonctionnent harmonieusement de sorte que les fonctions physiologiques
soient maintenues, et qu’entre autres aucun tissu anormal n’apparaisse ?
Le peu que nous sachions de la physiologie ne dérange pas la médecine
traditionnelle pour interférer allègrement à l’aide de quelques drogues. De la
sorte, et en l’absence complète de lois permettant de guider la prescription,
le “progrès” consiste à dénoncer les erreurs commises précédemment cependant
que l’on commet celles qui seront dénoncées par la suite...
Ainsi, pour revenir à notre petit malade, que fait par
exemple la vieille médecine de sa peur bleue du noir ou de l’orage, de sa
transpiration de la tête au point de tremper son oreiller, du fait qu’il ajoute
plein de sel dans ses aliments, de ses grincements de dents pendant qu’il dort,
de sa constipation opiniâtre avec des selles énormes qui bouchent la
selle ? Réponse : rien, strictement rien. Ces symptômes ne figurant
au catalogue d’aucune maladie, on s’arroge donc le droit de les négliger
royalement. Voilà une attitude artificielle qui finit par coûter fort cher à
nos patients et à la société (laquelle semble d’ailleurs n’en avoir plus les
moyens).
Pour résumer : le patient se comporte comme une
boite noire dont nous ne pourrons jamais élucider tous les principes de
fonctionnement. Force est de constater qu’il se comporte comme une totalité
dont le dérèglement produit des symptômes qui nous sont perceptibles. Faute de
pouvoir connaître l’infinie complexité des mécanismes de fonctionnement
internes (approche physiopathologique classique directement dérivée du
réductionnisme), il ne nous reste plus qu’à étudier les propriétés personnelles
de chaque patient soumis à son environnement ; propriétés qui expriment à leur
manière l’“intérieur” invisible.
Organon. Le §7 illustre précisément les notions qui
précèdent.
7 — Puisqu'on ne peut connaître une maladie
qu'exclusivement par sa symptomatologie, lorsqu'il n'y a pas de causes
évidentes — causa occasionalis (a) — qui l'occasionnent ou l'entretiennent, il
est clair que les symptômes seuls doivent servir de guide dans le choix des
moyens propres à la guérison. Toutefois il conviendra de ne pas négliger la
présence possible d'une diathèse morbide (miasme) et de circonstances accessoires
(§ 5).
C'est donc l'ensemble des symptômes, dont l'image
extérieure est l'expression de l'essence intérieure de la maladie , c'est à
dire de l'énergie vitale désaccordée, c'est cette intégralité des symptômes qui
doit être la principale ou la seule voie par laquelle la maladie nous permet de
trouver le remède nécessaire, la seule qui puisse en déterminer le choix le
mieux approprié.
En un mot, dans tout cas morbide individuel, la
totalité des symptômes (b) doit être pour le médecin la préoccupation
principale, l’objet unique de toute son attention, la seule chose devant être
éliminée par son intervention en vue de la guérison, afin de transformer la
maladie en état de santé.
(a) Il tombe sous le sens que tout médecin
raisonnable élimine d'abord cette cause occasionnelle; l'indisposition dès lors
disparaît habituellement d'elle-même. Ainsi il éloigne de la chambre les fleurs
trop odorantes qui provoquent la lipothymie ou des manifestations hystériques;
il enlève de la cornée le corps étranger qui produit l'ophtalmie; il dégage
pour mieux le réajuster le bandage trop serré pouvant causer la gangrène d'un
membre blessé; il dénude afin de la ligaturer l'artère lésée dont l'hémorragie
pourrait causer la syncope; il tente de provoquer par le vomissement
l'évacuation des baies de belladone avalées; il extrait les corps étrangers
ayant été introduits dans les orifices naturels du corps (nez, gorge, oreilles,
voies uro-génitales, rectum); il broie les calculs dans la vessie; il ouvre
l'anus imperforé du nouveau-né, etc...
(b) Ne sachant souvent à quel autre expédient
recourir, l’ancienne Ecole a de tout temps cherché à combattre dans les
maladies et si possible à supprimer par des médicaments, un seul des symptômes
multiples qu'elles présentent — méthode bornée, connue sous le nom de médecine
symptomatique.
Elle a soulevé à juste titre le mépris général,
non seulement parce qu'elle ne procure aucun avantage réel, mais encore parce
qu'elle cause beaucoup de mal.
Un seul des symptômes présents n'est pas plus la
maladie elle-même qu'une seule jambe ne constitue l'homme entier. Cette méthode
était d'autant plus condamnable, qu'en traitant ainsi un tel symptôme isolé
exclusivement par un remède contraire (donc d'une manière uniquement
énantiopathique et palliative) le mal, après un soulagement de courte durée,
reparaissait d'autant plus aggravé.
Une médecine de l’énergie : notion de force vitale
Seconde notion essentielle de l’homéopathie : la force
vitale. Cliniquement, l’homéopathie étonne sans arrêt. Nous constatons tous
les jours qu’un médicament qui ne peut exister ni sur le plan matériel ni sur
le plan chimique présente une action aussi puissante qu’instantanée. Dans les
cas aigus, c’est à peine si le patient a le temps d’absorber son médicament
qu’il commence déjà à y répondre et que ses plaintes régressent. Dans les cas
chroniques les réactions peuvent être très vives initialement et on assiste
souvent à une véritable mise à plat des symptômes selon une chronologie dictée
par la loi de Hering (des signes de plus en plus anciens réapparaissent pour
disparaître à leur tour). Avec un seul et unique médicament on atteint l’ensemble des signes et des symptômes connus chez le patient, ce qui nous amène à
formuler qu’une cause commune très en amont semble provoquer l’universalité du
désordre que nous constatons sur les organes.
De fait, à mesure qu’on le pénètre de plus en plus, le
système hahnemannien fait de nous des médecins vitalistes. Il devient bien vite
impossible de faire l’économie de la notion d’une force vitale qui régit
l’organisme bien en amont du plan matériel anatomique ou chimique.
ÞNous devons au
Docteur Guy Buckley Stearns d’avoir publié en 1927 au terme de 7 ans de
recherches les résultats d’une étude exhaustive qui visait à connaître les
effets des doses dynamisées sur les réflexes de l’organisme. Ce travail, mené
pour le compte de l’Association Hahnemannienne Internationale, est un modèle de
rigueur et nous étonne encore de part l’habileté avec laquelle son auteur a
exploité les moyens rudimentaires de l’époque. Stearns a évalué les effets des
produits homoeopathiques sur la contraction du muscle cardiaque, la
respiration, la dilatation des capillaires sous unguéaux, et bien d’autres
choses encore. Parmi toutes ces expériences, le test du réflexe pupillaire
demeure le plus facile à mettre en évidence. à cet égard assez édifiant :
à l’aide d’une simple lampe de poche on peut mettre en évidence les forte
contractions ou dilatations pupillaires dès qu’une dose dynamisée est approchée
à une certaine distance du sujet.
J’aime faire des parallèles. On peut rapprocher les notions
de force vitale et de force d’attraction universelle. Newton a décrit cette
force voici trois siècles et demi pour rendre compte du comportement des corps
célestes. Ce concept fructueux peut être décrit en termes mathématiques, ce qui
aboutit à des lois toujours en usage aujourd’hui pour expédier des sondes sur
Mars, ou mettre un satellite sur orbite. La gravitation vue du point de vue
d’Einstein n’est rien d’autre qu’une courbure de l’espace temps qui oblige en
quelque sorte la matière a suivre sa déformation. Si cela est avéré, ce que
nous prenions pour une force ne serait dû qu’aux propriétés géométriques de
l’espace.
De la même manière, il est possible que la force vitale en tant
que telle ne soit qu’une description approchée d’un mécanisme physiologique
plus complexe et plus proche de la réalité physique. Cependant le concept est
bien commode et rend compte pour l’heure des phénomènes que nous observons.
Organon. Nous pouvons mesurer l’avance de la pensée
de Hahnemann à la hauteur des réactions que suscitent encore aujourd’hui les
déclarations suivantes :
9.— Dans
l'état de santé, l’énergie vitale (souveraine) immatérielle — Dynamis — animant
la partie matérielle du corps humain (organisme), règne de façon absolue.
Entre
toutes les parties de l'organisme vivant, elle maintient dans leurs activités
fonctionnelles et réactionnelles une harmonie qui force l'admiration. L'esprit
doué de raison qui habite cet organisme peut ainsi librement se servir de cet
instrument vivant et sain, pour atteindre au but élevé de son existence.
10. — Sans
force vitale l'organisme matériel est incapable de sentir, d'agir et de
maintenir sa propre conservation (a). C'est uniquement à l'essence immatérielle
(principe de vie — énergie vitale), l'animant en état de santé et de maladie
qu'il doit ses sensations et l'accomplissement de ses fonctions vitales.
(a)
Sans énergie vitale le corps meurt et dès lors, livré exclusivement au pouvoir
du monde physique extérieur, il se décompose et se résout en ses éléments
chimiques.
11. — Quand
l'homme tombe malade, cette énergie vitale immatérielle (principe de vie),
active par elle-même et partout présente dans son corps, est, dès le début de
la maladie, la seule qui ressente l'influence dynamique (a) de l'agent morbide
hostile à la vie.
Seul
le principe vital, après avoir été ainsi désaccordé, peut procurer à
l'organisme les sensations désagréables qu'il éprouve et le pousser aux actions
insolites que nous appelons maladies. Car, étant invisible par elle-même et
reconnaissable seulement par ses effets dans l'organisme, cette entité
énergétique n'exprime et ne peut révéler son dérèglement que par des
manifestations pathologiques dans les sensations et fonctions, c'est-à-dire par
des symptômes morbides (manifestations qui seules sont accessibles aux sens de
l'observateur et du médecin).
Pour résumer. La cause des maladies repose sur un
dérèglement dynamique, seul un traitement de même nature peut permettre
d’espérer une guérison. Je donne la parole à Kent qui a su énoncer ces faits
avec sa clarté habituelle :
« Le plan nutritif relève exclusivement de l'extérieur,
il appartient aux tissus, c'est là que se poursuit l'assimilation. Les drogues
brutes, les remèdes en substance, n'agissent que sur le plan tissulaire, sur
celui des résultats pathologiques ; ils ne peuvent affecter que les
effets, les conséquences de la maladie. Et l'état de déséquilibre qui y règne
concerne les effets terminaux, concerne donc le plan le plus extérieur de toute
maladie. Naturellement, si tout ce qui représente l'extériorité physique est
troublé, l'économie entière en souffre, le corps cesse d'être alors le bon
instrument réactif des forces intérieures. Mais une véritable maladie,
possédant ses phases prodromiques de progrès et de déclin, ou d'allure
continue, ne peut s'implanter dans notre organisme que par une cause dynamique
seulement. D'où il suit nécessairement, et je ne saurais assez le répéter, que
l'homme ne peut être guéri que par des médicaments atténués et dynamisés
jusqu'à ce qu'ils soient similaires en nature et en qualité à la cause morbide.
La cause pathogène et le médicament pathogénésique, c'est à dire celui
expérimenté sur l'individu sain, doivent être similaires quant à leur nature,
car des causes dissemblables ne peuvent produire des effets semblables. »
Un état
d’esprit particulier
On l’a vu avec ce qui précède, oser sortir des sentiers
battus n’est pas la moindre aptitude de l’homoeopathe. Cependant il existe une
difficulté, c’est même la plus grande, dans l’apprentissage de notre matière.
Pour y parvenir, il est nécessaire de posséder un esprit curieux –qui est aussi
un curieux esprit ! – caractérisé de la façon suivante :
Un mélange de rigueur scientifique et de perception artistique
A la base de toute discipline scientifique figure
l’étude des phénomènes naturels qui conduit à l’énoncé éventuel des lois qui
les régissent. Puis sur ces fondements naissent deux types de
constructions : la méthode ou le système. Il faut connaître
cette subtile distinction –établie par Jahr il y a déjà 150 ans– pour
comprendre les choses. Un système tout entier se déduit d’une proposition
initiale ; la relativité générale est un système. Une méthode est un tout
cohérent qui repose sur la juxtaposition de plusieurs énoncés éventuellement
indépendants ; c’est le cas de l’homéopathie. Apprendre, comprendre et
appliquer l’ensemble des propositions de la méthode est la clé du succès. On
trouve quelques médecins audacieux qui osent prescrire des doses dynamisées
–c’est l’une des facettes de l’homéopathie– moins nombreux sont ceux qui
comprennent le principe de la dose unique, encore plus rares ceux qui
maîtrisent les questions de posologie et d’interprétations des réactions
cliniques du cas.
Comme dans tout autre discipline scientifique, il est
nécessaire de connaître et de comprendre les principes énoncés par Hahnemann au
terme d’une vie entière de recherches ; cela représente un effort de compréhension et de conceptualisation qui nous démarque peu à peu de la médecine
classique. Assimiler de son mieux les signes et les tableaux caractéristiques
du plus grand nombre de drogues représente un immense effort de mémorisation.
Il ne faut surtout pas en rester là : ce serait
demeurer au milieu du gué. Une fois que cette pâte scientifique est acquise, il
faut la modeler, la travailler, lui donner les formes qui conviennent pour
décrire les cas morbides. L’aisance avec laquelle on manipule les concepts de
base permet d’acquérir peu à peu un savoir faire indispensable à toute bonne
prescription. Il en découle une dimension artistique d’une rare richesse
puisque potentiellement il existe une infinité de cas possibles. Utiliser ses
connaissances pour affûter sa perception des patients, comprendre ce qui est
souffrant en eux, voilà une tache qui nous occupera toute une vie !
Le jugement individuel et l’engagement personnel : la pensée
cartésienne
Pour réaliser cette dimension artistique, l’homéopathie
implique un engagement personnel du praticien, qui se trouve souvent en proie
aux railleries de ses confrères et qui doit aussi assumer régulièrement la
lecture d’articles diffamatoires sur le sujet.
Bien que les deux formes de médecine soient complémentaires,
comme peuvent l’être des traitements curatifs et palliatifs, la situation est
rapidement manichéenne. Bien malgré lui, et dès le début de sa pratique,
l’homoeopathe se trouve tiraillé entre deux partis. Il semble que l’esprit
humain ne puisse concevoir les idées nouvelles autrement qu’avec des conflits.
Thomas Kuhn a clairement identifié ces mécanismes dans son ouvrage désormais
classique « La structure des révolutions scientifiques » dont je
recommande la lecture.
Au commencement de nos études, nous baignons dans un système
soutenu par toutes sortes d’habitudes, de certitudes, et d’intérêts
financiers ; conforté par le pire des faux amis qu’est le sens
commun ; et pérennisé par l’enseignement thérapeutique classique (je
dis bien thérapeutique car jamais l’homéopathie n’a prétendu renier les
autres branches médicales).
Seul, le développement du jugement individuel basé
sur l’expérience permet de se détacher peu à peu du vieux système de pensée.
Cela enracine profondément la démarche homoeopathique dans le cartésianisme qui
souligne depuis 1637 le privilège du sujet pensant. Grâce à Descartes en effet,
le jugement individuel recouvre une autorité légitime qui ne doit rien à la
croyance, au préjugé, ou à l’institution. Le fameux cogito ergo sum –je
pense (donc) je suis– a la force d’une révélation : il enseigne que toute
vie intellectuelle commence par la perception singulière de l’existence propre
d’un sujet pensant, c’est à dire d’abord sentant, d’un sujet se sentant penser.
Cela nous situe hélas aux antipodes de la mode actuelle qui
consiste à attendre dans un fauteuil la publication d‘articles et d’études
censés éclairer les lecteurs. Dans ces conditions, l’acharnement borné des
adversaires de l’homéopathie me fascine complètement. Quel peut être le
psychisme de ces gens qui se sentent ainsi obligés de partir en croisade ?
J’apprécierais énormément l’éclairage d’un psychiatre sur ce type de
comportement. Nous retiendrons avec humour de l’expérience de ces derniers
siècles qu’il n’existe pas de détracteurs honnêtes et intelligents : ce
sont dans ce cas des homoeopathes qui s’ignorent comme le montre l’histoire de
Hering. Les détracteurs honnêtes ne sont pas souvent intelligents ; ce
sont en général des gens qui ont péniblement acquis certaines connaissances et
qui sont persuadés de détenir dès lors un savoir qu’il faut défendre
jalousement. Les détracteurs intelligents sont rarement honnêtes ; ceux là
je l’avoue me répugnent le plus, ils défendent les intérêts de leurs employeurs
par les moyens les plus bas et comme Lénine l’a démontré, plus les mensonges
sont gros plus facilement ils sont crus.
Un cœur resté ouvert et un esprit d’enfant
On peut déplorer que l’enseignement universitaire produise
principalement des « scientifiques » froids et précis persuadés
notamment trouver la solution à tous les problèmes dans la mesure des choses.
La dimension humaine de notre art se trouve de plus en plus rognée, ce qui crée
une brèche grandissante entre le médecin classique représentant un monde de
papier comme disait Galilée, et la souffrance bien réelle du patient.
Cette distance entre la réalité souvent non étiquetée des
patients et le cadre de plus en plus artificiel du système hospitalier induit
une défiance de plus en plus grande du public envers la médecine. Il convient à
tout médecin de cultiver le doute cartésien sur sa pratique et ses
connaissances afin de ne pas tomber dans le panneau du narcissisme. Reconnaître
devant son patient quand cela se produit que l’on s’est trompé me semble tout
aussi essentiel afin d’entretenir une relation de confiance indispensable à la
relation médecin malade. Savoir prendre la responsabilité de ne rien prescrire
si l’on ne voit pas de médication indiquée nous oblige aussi à apprendre à
gérer notre propre stress (il me semble que trop de prescriptions visent
surtout à rassurer… le prescripteur !).
Il est indispensable de se dégager de l’univers classique et
de ses classifications arbitraires afin de devenir un vrai artiste dans l’art
de guérir. Il est nécessaire d’aimer un minimum ses semblables et de désirer
entrer en contact avec eux pour avoir une chance de percevoir leur souffrance
propre.
Enfin, dans une société qui entend tout contrôler et tout
comprendre, il est difficile d’avoir l’humilité de ne pas comprendre
l’explication intime des phénomènes auxquels nous sommes confrontés. C’est avec
un esprit enfantin, à la fois pragmatique et émerveillé qu’il faut entreprendre
chaque cas.
Un sens acéré de l’observation
Un homoeopathe doit sans cesse être aux aguets, prêt à
bondir sur un signe particulier. Le sens de l’observation implique d’utiliser
toutes les perceptions sensorielles. La bonne tactique consiste à noter un
signe particulier et à évoquer à partir de là rapidement l’éventualité d’être
devant un cas de l’un ou l’autre médicament dans la rubrique considérée.
Souvent on associe d’un coup d’œil plusieurs petits signes tous partagés par un
médicament et il reste à tester ensuite la cohérence avec le reste du cas, même
si le reste du cas n’est encore même pas révélé.
Les signes
physiques
Basiquement, nous prenons note des signes physiques du patient :
taille, poids, surcharge pondérale ou maigreur, teint, odeurs. Il est probable
que la classification hippocratique nous serait utile, je consacrerai un cours
sur ce sujet.
Voici une petite sélection de rubriques dont je me sers
assez souvent :
PSYCHISME: Couleur, rouge, jaune, vert, ou noir, aversion pour
tout ce qui est. Gestes, joue, doigts, avec ses.
Les mouvements des mains, la façon dont elles sont posées ou
pas sur le siège, etc. dénotent souvent la nervosité du patient. L’attitude
générale, les gestes vifs, saccadés (Nux-v) ou lents et hésitants (Puls, Calc)
sont à noter.
Ce sont autant de signes qui sont à utiliser en défaveur d’un remède : il est difficile d’imaginer un cas de Nux-v vomica, avec une
personne lente, en surpoids, aux gestes déliés ou lents.
La couleur vestimentaire est importante, en général les
patientes Tarentula s’habillent dans des vêtements noirs, typiquement dans des
tenues vaporeuses, et elles portent souvent des bas ou même des mitaines en
résille. Souvent les sujets de Lachesis aiment les vêtements aux couleurs
vives.
L’habillement apporte beaucoup d’indications, il est souvent
à l’image de l’intérieur du patient. Les sujets Arsenicum sont toujours tirés à
quatre épingles, puisque leur mécanisme adaptatif de type cancérinique leur
impose la perfection. Les Sulfur quant à eux sont indifférents à leur tenue
vestimentaire et se trouvent très bien mis même s’ils portent des vêtements
usés.
TETE: Cheveux,
chute des, endroits limités, en des,
collent entre eux, gras, hérissés,
secs, ternes. Pellicules.
L’aspect des phanères est un signe général d’importance. Les
cheveux, la coiffure donnent des indications. Les sujets de type Nux-v portent
souvent les cheveux très courts, tandis que ceux de Sulfur sont en bataille et
d’aspect malpropre.
La coiffure est aussi l’occasion de noter la personnalité du
sujet : extravertie, féminine, garçonne, etc. Les femmes Sepia coupent les
cheveux assez court. Cela ressemble aussi à Medorrhinum, qui présente en plus
souvent un aspect très masculinisé.
YEUX: Tics,
paupières. Tuméfaction,
paupières, oedème.
Les tics sont aussi un signe général, ils surviennent
n’importe où dans l’organisme, et l’on peut parfois les caractériser par une
localisation rare. Il est prudent d’utiliser la rubrique Tics dans la section
Généralités.
L’œdème des paupières est une signe intéressant, il peut
indiquer des médicaments comme Phosphorus, un Kalium, ou un Natrum par exemple.
En partant des remèdes dans cette rubrique on peut tout de suite orienter les
questions pour faire un premier tri parmi les candidats possibles.
VISAGE: Coloration, brune, taches, rouge, lèvres. Eruptions, herpès, lèvres, région des. Expression,
détresse et d'angoisse, de. Huileux. Pilosité, anormale chez les enfants. Ridé, front. Rousseur,
taches de. Taches.
C’est le visage qui est le plus riche en signes de tous
types. Les signes objectifs comme les taches en tous genres peuvent parfois
mener directement au bon remède.
La coloration des téguments nous sert beaucoup chez les
enfants notamment : par exemple Silicea, Calcarea phosphorica, Carcinosin,
Thuja sont des médicaments adaptés à des teints clairs.
Le regard (les yeux sont le reflet de l’âme) exprime une
multitude de choses qui orientent souvent le diagnostic. L’anxiété, la colère,
le désir d’entrer en contact ou au contraire la gêne et la fuite. Autant de
signes à relever dans l’observation.
BOUCHE: Ronger les ongles, se.
Les mains sont elles aussi un reflet du patient. De longues
mains fines n’expriment pas la même sensibilité que de grosses mains carrées et
calleuses. En d’autres termes il n’est pas vraiment concevable de rencontrer
des sujets Phosphorus en train de conduire des engins de terrassement, tout
comme il n’est pas encore avéré de trouver Bryonia indiqué chez des
violonistes !
Les ongles rongés expriment l’anxiété mais bien entendu il
faudra explorer chaque type d’anxiété en fonction des médicaments capables de
se ronger les ongles. Un sujet Medorrhinum par exemple est littéralement rongé
par la peur que l’on découvre ses faiblesses qu’il cherche à cacher. C’est un
médicament sycotique. Les sujets Aconit vivent dans une peur permanente de mort
ou de danger imminent, c’est une manifestation d’un miasme aigu.
COU: Vêtements serrés, agg.
C’est un signe objectif de grande valeur, parfois la simple
observation d’un col largement dégagé associée à l’ampleur des mouvements
respiratoires qui indiquent une forte volonté de respirer permet d’évoquer un
venin. En un clin d’œil en effet on associe la notion de suffocation et
d’intolérance pour la restriction.
MEMBRES: Croiser les jambes, amél. Ongles, envies, taches blanches.
Certains patients adoptent une attitude défensive, bras et
jambes croisées. Cela va encore plus loin dans certains remèdes comme Sepia qui
ont l’image mentale « d’empêcher d’entrer les importuns ».
Les ongles livrent quantités de signes intéressants. Les
taches, leur forme, leurs stries et autres cannelures permettent d’évoquer un
point de départ qui peut s’avérer fructueux.
PEAU: Sale,
malpropre.
L’aspect de la peau saute souvent aux yeux de l’observateur
averti. La texture, les taches, la sécheresse, les éruptions, etc. sont autant
de pistes potentielles.
GENERALITES: Amaigrissement, faim canine, avec, jeunes garçons, langueur chez les, toux sèche chronique. Chaleur, sensation de. Maigres, minces. Obèses.
Chaque fois que je vois un sujet mince, je m’enquiers de son
appétit pour ne pas manquer d’exploiter de précieuses rubriques comme la
maigreur malgré un bon appétit.
Voir arriver un patient en chemisette en plein hiver ne
manque pas de surprendre tout comme rencontrer un sujet chaudement vêtu en
hiver. Ces modalités thermiques sont importantes mais ne peuvent servir de
signes éliminatoires car il existe des dominantes dans les remèdes mais aussi
des exceptions. Ainsi Arsenicum est très souvent extrêmement frileux mais
certains ont toujours trop chaud.
L’expression
parlée et les messages non verbaux
La façon dont parle le patient est très importante. Certains
parlent vite ou lentement. D’autres utilisent un langage peu châtié ou au
contraire excessivement raffiné. L’hésitation, le manque des mots, la façon de
répondre nous donne bien des informations.
Le Répertoire est très riche en symptômes, voici quelques
rubriques destinées à vous faire ouvrir les pages concernées :
PSYCHISME: Batailles, combats, parle de. Chez-lui, parle de. Elocution,
change rapidement d'un sujet à un autre,
fort, parle, hésitante, précipitée, raffinée. Erreurs, parlant, en. Parler, un seul sujet, que d'. Répondre,
"non" à toutes les questions,
lentemen, monosyllabes, par, réfléchit longtemps avant de, refuse de, répète d'abord la question. Travail, parle de son.
Les tournures employées sont souvent directement connectées
avec le subconscient et ne peuvent être répertoriées en tant que telles, c’est
donc au praticien de faire preuve de finesse et de noter comment certaines
personnes n’utilisent pas une expression courante pour exprimer quelque chose.
C’est dire l’importance de noter les mots employés par le patient : ça
m’étouffe (venin), je m’étrangle de rage (Lyssin), ça me dégoûte (Ipeca), etc.
, mais aussi sur les nombreux messages non verbaux qui émanent du patient.
Utiliser les expressions propres du patient
Attitude, gestuelle, façon de parler
Heure d’arrivée, façon de se lever, de s’asseoir
Les soupirs, et autres gestes inconscients en réponse aux
questions posées
un apprentissage sérieux de bien des matières en
amont de la moindre prescription, à savoir :
une bonne compréhension
des principes exposés dans l’Organon. Prescrire sans avoir intégré ces
concepts serait réduire sa pratique à des recettes qu’on appliquerait à
l’aveuglette.
les principes de
base comme :
la vocation
médicale, l’idéal thérapeutique
la totalité des
symptômes
l’énergie
vitale, le plan d’action dynamique des médicaments
la loi des
semblables
la réceptivité
et le terrain
l’étude des
maladies et de leur classification comme Hahnemann l’énonce dans l’Organon (§72
à 104)
la
pharmacothérapie individuelle -application la mieux appropriée des puissances
pathogénésiques- (§146 à 244) : évolution de la guérison, recherche des
symptômes, aggravation homoeopathique, maladies défectives, diathèses
chroniques, etc.
les
considérations pratiques sur la gestion des cas, l’étude de leur évolution, les
erreurs à éviter (§245 à 285).
l’étude
incessante de la matière médicale et une excellente pratique du Répertoire :
Il est primordial de se familiariser avec les signes
et les symptômes produits par les médicaments et la façon dont ils sont
consignés. Il est important de visualiser les tableaux produits par les drogues
et à mesure que l’on progresse cela permet de saisir l’essence d’une substance
à travers ses diverses manifestations.
Le répertoire n’est rien d’autre qu’un super index
intelligent de la matière médicale. A partir des données brutes qu’il recense,
l’ouvrage introduit la précieuse notion de généralisation des symptômes,
élargissant ainsi le champ purement expérimental ou clinique de la matière
médicale. Nous devons au génie de Kent d’avoir su généraliser sans tomber dans
les excès de son prédécesseur Boenninghausen.
L’apport de l’informatique apporte une dimension
supplémentaire, spécialement grâce à l’exploitation des références croisées,
des valorisations relatives et autres nombreux raffinements comme ceux qui
verront le jour avec PcKent 2.
Utiliser le
répertoire sans connaître la matière médicale est une parfaite absurdité et
mène à une pratique mécanique et stérile qui est à l’opposée de la vraie
démarche artistique. A l’inverse, une pratique basée exclusivement sur la
matière médicale sans connaître le répertoire conduit à une vision morcelée
d’un cas puisqu’il est impossible de se souvenir de tous les signes produits
par une substance donnée et de trouver ainsi un point commun aux signes
observés chez le patient. Cette démarche conduit à la prescription basée sur
des key-notes (signes rares caractéristiques d’une seule substance) ou justifie
la poly-pharmacie, ce qui fait les choux gras des laboratoires.
45. — Non, deux maladies artificielles ou naturelles différentes par leur genre
mais très analogues par leurs manifestations et leurs effets, comme par les
souffrances et les symptômes que chacune détermine, s'anéantissent toujours,
dès qu'elles se rencontrent dans l'organisme.
27.— La
vertu curative des médicaments repose donc (§ 12à § 26) sur leur propriété
pathogénésique de faire naître des symptômes semblables à ceux de la maladie à
traiter, cependant surpassant en force ces derniers.
82. — Quoique l'Art de guérir, par la découverte de
cette grande source d'affections chroniques, particulièrement la psore, ainsi
que par celle des remèdes homœopathiques les plus spécifiques pour les
combattre, ait progressé de quelques pas vers la connaissance de la nature du
plus grand nombre des maladies à guérir, cependant, pour poser l'indication
thérapeutique de chaque maladie chronique (surtout psorique), le médecin
homœopathe devra toujours scruter avec soin les symptômes perceptibles et
toutes leurs modalités avec autant d'exactitude et de conscience qu'avant cette
découverte et se garder surtout de prescriptions routinières.
Car il n'est pas plus possible dans ces maladies que
dans les autres d'obtenir une véritable guérison sans traiter d'une manière
rigoureuse et personnelle chaque cas particulier :
— individualisation.
En traçant ce tableau, il faudra distinguer si la
maladie est aiguë ou si elle est chronique — parce que, dans le premier cas les
symptômes principaux apparaissent plus rapidement et, de ce fait l'anamnèse (a)
prend moins de temps (la plupart des indices révélateurs se montrant
d'eux-mêmes); tandis que dans les maladies chroniques à évolution lente durant
des années entières, ceux-ci sont bien plus difficiles à découvrir.
(a) D'après cela, le schéma qui va suivre pour la
recherche des symptômes s'applique donc aux maladies chroniques, et en partie
seulement aux maladies aiguës.
Descartes, Discours de la méthode
Mémoire de la France, Larousse.
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