Le langage du Répertoire
Par le Dr. James T. Kent
"The homeopathician",
janvier 1913.
Traduit de l'américain par E.B. en
collaboration avec Mme Roselyne della Faille.
Pour de nombreuses
personnes qui n'ont pas encore été entraînées à l'étude
répertoriale, la valeur pratique d'un tel travail reste
incompréhensible. L'article qui suit a été préparé pour
éclaircir certaines des difficultés auxquelles sont
confrontés ceux qui n'ont pas la formation pour tirer le
maximum de l'index que procure le répertoire moderne et
ainsi leur permettre de se familiariser avec les arcanes du
Répertoire qui ouvre les portes de notre Matière Médicale.
Le médecin doit étudier les principes homéopathiques jusqu'à ce
qu'il apprenne ce qui, dans la maladie, oriente vers le remède
curateur.
Il doit étudier la Matière Médicale jusqu'à apprendre ce dont
il a besoin pour répondre à cette question.
Il doit ensuite étudier le Répertoire jusqu'à apprendre comment
l'utiliser de telle sorte qu'il puisse y trouver ce qu'il veut
quand il en a besoin.
Il faut admettre que beaucoup ne font qu'un travail mécanique et
n'arrivent pas à réaliser qu'il est possible de procéder d'une
autre façon. Le médecin doit lire et relire les rubriques du Répertoire
pour apprendre ce qu'il contient et comment les symptômes sont exprimés.
Souvent, il verra une rubrique ou un symptôme qu'il n'aurait pas pensé
chercher à cet endroit ; il devra alors bien réfléchir à l'endroit
où il aurait cherché pour créer ensuite une ou plusieurs références
croisées qui le guideront dans le futur vers la rubrique ou le symptôme.
Beaucoup échouent dans l'utilisation du Répertoire parce qu'ils
pensent aux symptômes en langage de pathologie ou parce qu'il
cherchent des expressions du langage médical. On doit se souvenir que
les symptômes nous viennent d'expérimentateurs laïcs ; que les gens
malades sont des laïcs. Chacun d'eux exprime la maladie dans le
langage du profane et le Répertoire doit être un index de la Matière
Médicale. Tout effort pour traduire soit la Matière Médicale soit le
Répertoire dans le langage de la médecine allopathique conduira à un
échec total.
Le langage technique condense l'idée d'une maladie donnée.
C'est là tout ce dont on a besoin pour transmettre tout ce qu'il y
a à savoir d'un médecin à un autre jusqu'à ce qu'il soit
question du remède, et alors une nouvelle question surgit : Quel est le
remède ? La réponse s'obtient en posant une autre question :
Quels sont les symptômes ? Les symptômes sont le langage des malades
et de la nature : la nature non éduquée - toute simple - qui
interpelle un médecin éduqué. Les symptômes d'un patient n'ont pas
de signification pour un médecin non formé - non formé à
comprendre la signification des symptômes du patient, de l'expérimentateur
- ; dès lors le Répertoire ne signifie rien pour lui. Cela explique
pourquoi si nombreux sont ceux qui essayent d'utiliser le Répertoire
et échouent : ils n'ont eu aucun enseignement dans nos prétendues écoles
d'homéopathie.
Tous ceux qui savent comment se servir d'un Répertoire réussissent
et aucun d'eux ne l'a jamais abandonné. Il semble étrange que tous
n'essaient pas de trouver quelqu'un qui leur apprenne à
l'utiliser surtout quand il y a de nombreuses personnes qui ne
demandent que cela ; il semble étrange qu'ils ne désirent pas savoir
comment utiliser le Répertoire ; il semble étrange qu'ils n'aient
pas appris à noter le langage précis du patient, le langage de la Matière
Médicale et le langage du Répertoire.
Les médecins qui n'ont jamais appris ces méthodes de travail ne
voient pas de différence quand le même symptôme apparaît chez trois
patients différents de la même famille. bien que l'un présente ce
symptôme à 10 h du matin, le deuxième à 13 h et le dernier à 16 h ;
l'un se sent mieux à la chaleur, l'autre au froid et l'état du
troisième n'est affecté ni par l'un ni par l'autre. Et j'ai
connu certains de ces médecins qui m'ont demandé : " Mais
qu'est-ce que cela vient faire là-dedans ? "
Trois patients souffrent de céphalées comparables : l'un se sent
mieux en plein air, l'autre avec des applications froides et le troisième
avec des applications chaudes. Et de nouveau on pose la même question :
" Mais qu'est-ce que cela vient faire là-dedans ? "
Pourtant, ce sont justement les différences les plus élémentaires que
l'on doit rechercher.
Le praticien manquant d'expérience dans notre matière s'entraîne
mentalement, à réunir, condenser, concentrer et cela le mène dans la
direction opposée à celle qui est requise. Dans notre Matière Médicale,
il existe de grandes rubriques, mais celles-ci sont ensuite subdivisées
en conditions, circonstances et modalités jusqu'à ce que la plus
petite différence dans le temps, la localisation, le degré et la manière
soit prise en compte de telle sorte que la distinction ou
l'individualisation vienne à l'esprit. " Qu'est-ce que cela
vient faire là-dedans ? "
Si je dis " faiblesse ", même mes propres étudiants
diraient " C'est un symptôme général commun ", mais si le
patient est faible :
- après avoir mangé au point de se coucher un instant :
- quand il fait chaud ;
- après la selle ;
- après un effort mental ou physique ;
- après avoir dormi ;
Il ne faudra pas s'étonner si Sélénium guérit un tel cas. Quand
un tel groupe de modalités est associé à un catarrhe du nez, de la
gorge et du larynx ou un carcinome et qu'il y a :
- désir de grand air ;
- manque de chaleur vitale :
- amaigrissement en vieillissant ;
- extrême sensibilité aux courants d'air - même chauds - ;
Il ne reste à l'homéopathe qu'une chose à faire : donner Sélénium.
Comment un médecin inexpérimenté peut-il trouver le remède sans
un Répertoire bien utilisé ? L'utilisation correcte du Répertoire
permet une prescription spontanément juste dans les cas simples et cela
après dix ou vingt années de pratique. L'utilisation mécanique du Répertoire
ne mène jamais à une prescription artistique ni à des résultats
remarquables.
Certaines caractéristiques mentales vont de concert ; certaines
d'entre elles sont nécessaires à un bon travail artistique de Répertoire
tout comme d'autres sont à exclure.
Certains esprits ne peuvent comprendre que la dynamisation d'un médicament
donné est possible en proportion de l'homéopathicité de celui-ci
par rapport à un groupe donné de symptômes. S'il n'y a pas
similitude, on n'a fait que donner une dilution. A quel moment la
dilution devient dynamisation est une question que seul celui qui
pratique l'art de guérir peut comprendre autrement qu'en théorie. Le
médecin qui peut comprendre cela clairement peut apprendre à saisir la
valeur des symptômes et peut donc, avec l'aide du répertoire, comparer
les symptômes de son patient. Autrement, le travail répertorial est
purement mécanique.
Peut-être qu'un cas clinique illustrera mieux le sujet.
Mme S., âgée de 47 ans, est une femme très excitable, presque hystérique.
Depuis de nombreuses années, elle souffre de violentes céphalées
occipitales :
- depuis des années, celles-ci l'obligent à prendre des remèdes
toxiques ;
- survenant à peu de jours d'intervalle ; elle ne passe jamais
une semaine sans en avoir une ;
- durent trois jours ;
- aggravées par les secousses ; ce sont la chaleur et la
pression qui soulagent le mieux ;
- constipation, pendant une semaine, n'a aucun besoin d'aller
à la selle, puis prend un laxatif. Elle dit : "J'ai tout
pris".
- selles dures et petites rassemblant à des crottes de mouton
;
- désir de grand air, d'air frais ;
- bouffées de chaleur ;
- règles absentes dernièrement ;
- urines peu abondantes et d'odeur forte ;
- sensation que ses yeux ne lui appartiennent pas ;
- froid aux genoux et au-dessous des genoux ;
- très fatiguée et excitable ;
- hypersensible, tout son corps est extrêmement sensible au
toucher.
Quels sont les symptômes particuliers, rares, étranges, de cette
patiente ?
Les remèdes qui correspondent aux selles dures en boules rondes
ressemblant à des crottes de mouton et qui correspondent également à
un grand désir de plein air sont : Alum., Bar-c., Carb-an.,
Carb-s., Caust., Graph., KALI-S., Mag-m., Nat-m.,
Nat-s., Op., Sulph.
Aucun besoin d'aller à la selle pendant plusieurs jours : ALUM., Carb-an., CARB-S., Caust., GRAPH., Kali-s., Mag-m.,
Nat-m., OP., Sulph., et beaucoup d'autres sans rapport
avec le cas.
Céphalée occiptitale : Alum., Carb-an., CARB-S., Mag-m.,
Nat-m., Op., SEP., Sulph.
< par les secousses : Carb-s., Mag-m., Nat-m., Sulph.
> par la pression : MAG-M., NAT-M., Sulph.
> par la chaleur : Mag-m.
Le traitement a été le suivant :
Le 4 mars : Magnesia muriatica, XM.
Le 9 avril : Magnesia muriatica, XM.
Le 20 mai : Magnesia muriatica, LM.
Il n'y a plus eu depuis de maux de tête et elle est restée en
bonne santé.
Dans ce cas, le mal de tête est quelque chose de courant, mais c'était
de cela que la malade voulait qu'on la guérisse. Le symptôme
particulier est le seul difficile à expliquer : les selles en boules
dures ressemblant à des crottes de mouton. Ce n'est certainement pas
courant ; ce n'est pas une selle naturelle aux êtres humains bien
portants ; ce n'est un symptôme diagnostique pour aucune maladie. On
pourrait se demander quel genre de commotion peut, dans l'intestin,
briser une selle dure en d'aussi petits morceaux et les malaxer
jusqu'à ce qu'ils soient plats, ovales et ronds et petits comme une
selle de mouton. Une selle normale, une selle habituelle, est tout à
fait différente. Il y a donc là quelque chose " d'étrange,
rare, et particulier ".
Et maintenant, comme elle a un désir de grand air, il sera bon d'éliminer
de la rubrique précédente ceux qui n'ont pas un désir de grand air.
Tel sera notre point de départ.
Puis nous prenons la rubrique suivante en importance, c'est-à-dire
l'inactivité intestinale, l'absence d'envie d'aller à la selle
pendant une semaine. Les remèdes qui restent pourront être examinés
du point de vue de l'anamnèse qui précède.
Ainsi procède-t-on jusqu'à la fin, choisissant les symptômes
selon leur ordre d'importance. Le résultat, c'est une guérison.
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