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  PROFESSIONNELS HOMEOPATHIE  
   
   

DISCUSSION A PROPOS DE LA GRIPPE 

Dr Rémy Beau, Janvier 1999.

 

Préliminaires

Le titre du sujet est bien "Discussion à propos de la grippe" et non pas "traitement de la grippe"; en effet, les maladies épidémiques présentent certaines particularités quant à leur thérapeutique mais ce qui reste toujours valable, ce sont les lois fondamentales de l'homéopathie et en particulier, une individualisation précise qui s'oppose de principe à tout protocole.

Pourquoi rappeler cela à propos de la grippe ? Car c'est l'exemple même de maladie où l'on peut trouver de-ci, de-là, y compris dans des ouvrages fort sérieux, des listes de médicaments auxquels l'usage pratique a  donné ses lettres de noblesse. Ainsi, ACONIT, BRYONIA,  EUPATORIUM PERF., GELSEMIUM, NUX VOMICA, RHUS TOX. entre autres, sont-ils quasi-systématiquement cités; à juste titre par ailleurs, et il n'est pas illogique devant une grippe de penser très fort à ces candidats potentiels, mais le médecin homéopathe consciencieux recherchera avec précision, grâce à un interrogatoire précis,  complet et un examen clinique, tout autre médicament qui semblerait plus indiqué. L'expérience montre alors que chaque médicament de notre matière médicale peut être le remède, tel que Sepia cité par le Dr P. Schmidt. Le seul moyen pour ne pas négliger Sepia au cours d'une grippe, est probablement d'oublier les listes préconçues et de soigner comme d'habitude, non-pas une maladie, même de nature épidémique, mais un malade tout en connaissant certaines règles, que nous allons découvrir plus après, spécifiques aux affections épidémiques. « Examinez le patient avec un esprit  libre de tout préjugé.ne pensez à aucun remède en l'examinant.. » Kent.

Épidémiologie et prophylaxie homéopathiques

  Boenninghausen  nous enseigne comment trouver le remède épidémique : " par la loi des semblables appliquée non à un patient, mais à plusieurs, car, en ne prenant qu'un malade, nous n'aurons qu'une partie des symptômes et non la totalité." On fera bien, pour toutes les maladies épidémiques, de former un tableau général de la maladie, en rassemblant tous les symptômes qui apparaissent chez les diverses personnes atteintes de la maladie régnante."

Ou bien Hahnemann : 

  Organon §101

" Il peut arriver que le médecin qui traite pour la première fois un homme atteint de maladie épidémique ne trouve pas sur le champ l'image parfaite de l'affection, attendu qu'on n'arrive à bien connaître la totalité des symptômes et signes de ces maladies collectives qu'après en avoir observé plusieurs cas..."

  Organon § 102

  " ..   Les personnes atteintes de l'épidémie ont toutes, il est vrai, une maladie provenant de la même source, et, par conséquent, semblable, mais l'étendue toute entière d'une affection de ce genre  et la totalité des symptômes, dont la connaissance est nécessaire pour se forger une image complète de l'état morbide, et choisir d' après cela un remède homéopathique le plus en harmonie avec cet ensemble d'accidents, ne peuvent être observées chez un seul malade; il faut, pour arriver jusqu'à elles, les tirer par abstraction du tableau des souffrances de plusieurs malades, doués d'une constitution différente."

  Et encore expliqué par Jahr :

  ".. en outre, comme jamais aucun individu n'est affecté de la totalité des symptômes qu'un miasme donné peut produire, il en résulte que plusieurs malades offrent toujours des tableaux de symptômes plus ou moins différents, la constitution de chacun introduisant dans chaque tableau des symptômes particuliers. dans les maladies mêmes où l'on trouvera encore le plus souvent des spécifiques généraux, il n'y en aura ni ne pourra jamais y en avoir qui soient absolus, et que l'individualisation de chaque cas reste toujours une condition sine qua non de la réussite. »

  Il  n'est pas question ici de faire une étude complète sur le sujet mais de donner quelques éléments de réflexion à chacun. Les questions sont d'ailleurs plus nombreuses que les réponses ! On conçoit aisément l'action d'un médicament homéopathique dans le cadre d'une maladie aiguë ou chronique, l'individualisation et la loi de similitude permettant de choisir celui dont l'action aura lieu sur un organisme sensible. C'est à dire que le médicament est donné alors que le patient présente déjà des symptômes dus à des causes récentes ou plus anciennes, de nature miasmatique.  Qu'en est-il d'un nosode tel que Influenzinum par exemple et comment expliquer une réaction spécifique à ce médicament alors qu' à priori chez un sujet sain, il n'y a pas de pré-sensibilisation permanente et donc pas de symptômes particuliers ? Pourtant quelques cas d'idiosyncrasie puisés dans notre expérience montrent bien que ce médicament peut agir. On doit considérer que selon la "fenêtre de sensibilité" de chacun, les réponses et donc la protection qui en découle évolueront depuis l'inaction jusqu'à l'idiosyncrasie. Il est plus sage probablement d'admettre que le médicament sera réellement actif dans la période où la population elle-même sera sensibilisée d'une façon globale au virus. Dans ces conditions, la prise d'un nosode doit être ciblée sur des époques "à risque" et non pas en permanence sur des années comme j'ai pu le lire. Quel est alors le rôle des miasmes chroniques et en particulier celui de la psore ?

  Je vais citer l'excellent article de David Little traduit par notre non-moins excellent Jean-Claude Ravallard pour Planète homéo :

  « La tradition classique a développé trois méthodes principales d'homéoprophylaxie .  Ce sont le remède constitutionnel, le remède épidémique et le nosode identique.

 

 1.    La première méthode d''homéoprophylaxie est le remède constitutionnel. Il est choisi à partir des symptômes caractéristiques mentaux, généraux et particuliers, orientés sur ce qui est étrange, rare et spécifique au patient (aphorisme 82-104).    Ceci renforce la force vitale d'une manière globale en faisant disparaître les prédispositions, en accentuant la vitalité et en renforçant l'immunité générale contre le stress et la maladie.  Ce remède est universel dans ses applications et sans pareil dans ses possibilités préventives multiples.  En l'associant à une bonne hygiène générale, une bonne nutrition et des méthodes permettant de mieux supporter les stress, le traitement constitutionnel constitue la première ligne de défense contre toutes les formes de maladies infectieuses.

2.       La deuxième méthode d' homéoprophylaxie est appelée le « remède épidémique » qui apporte une protection contre les maladies épidémiques.  Ce remède est spécifiquement choisi en fonction des tableaux symptomatiques des miasmes en développement.  Selon cette méthode, l'homéopathe  constitue un tableau regroupant plusieurs cas atteints du miasme aigu en question et essaye de trouver le remède le plus approprié (ou les remèdes) pour la prévention. (aph. 100-103).  De cette manière, la protection constitutionnelle peut être complémentée par une prophylaxie spécifique.  Cette méthode est utile lorsqu'il il y a un danger évident et actuel pour les conditions de santé des familles ou de la société.  Elle doit être associée avec des mesures pour éviter les lieux de concentration populaire, les endroits où l'hygiène peut être défectueuse, l'eau et la nourriture contaminées et aussi en plus une hygiène et une diététique personnelles des plus prudentes.

3.       La troisième méthode d' homéoprophylaxie est l'utilisation de nosodes semblables.  Dans cette méthode, un nosode du miasme menaçant est donné en tant que remède préventif de la maladie spécifique.  A la différence du remède épidémique, le facteur responsable des miasmes incriminés doit être connu et un stock adapté doit être disponible.  Les nosodes homéopathiques ont une étendue d'action plus large que l'immunisation orthodoxe.  Les anciens stocks de nosodes correspondant à une épidémie antérieure sont souvent efficaces.  Les nosodes des miasmes les plus courants sont disponibles dans des pharmacies réputées.  Un exemple d'un tel remède prophylactique est Pertussin, un nosode préparé à partir du germe de la coqueluche.  Certains miasmes ont tendance à présenter des mutations très rapides rendant les nosodes d'épidémie antérieure inefficaces.  Il peut être nécessaire de faire un nosode de la souche actuelle du germe. »

  Le nosode et le médicament du génie épidémique confèrent une défense spécifique alors que le médicament constitutionnel  entraîne une défense d'ordre général, aspécifique. Il est bien entendu que les techniques peuvent être combinées selon les cas présentés. La protection d'une population entière devant une épidémie potentiellement grave est plus aisée par la prescription d'un nosode ou du remède épidémique lorsqu'il est sûr.

  D'après le Dr P. Schmidt, il existe deux possibilités :

  1)      Le génie épidémique est faible : les cas sont bénins, de courte durée, le climat, les facteurs individuels ont l'occasion de s'exprimer. Plusieurs remèdes pourront 'courir' dans une même région.

 2)      Le génie épidémique est fort (grippe de 1918 à l'extrême, 15 millions de morts dans le monde) : le génie du virus impose le génie du remède.

« Le médecin réunit donc au moins une dizaine de cas des premières personnes affectées par l'épidémie envahissante ; il choisira s'il est possible, des individus présentant des atteintes et des localisations les plus diverses, car chaque malade se présente vis à vis du génie épidémique comme un organe touché. Et de même qu'en cherchant le remède du malade nous examinons la totalité des symptômes de tous ses organes, de même dans l'épidémie marquée, nous devrons établir la totalité des symptômes produits sur des organismes différents, puisque chacun est affecté essentiellement au 'locus minoris resistentiae'. »

  « Ce n'est donc pas l'individualisation du malade qu'il faut chercher en premier lieu, mais l'individualisation du génie épidémique lui-même..Il n'existe donc pas de panacée ni de remède unique, routinièrement indiqué dans chaque épidémie, mais un groupe de remèdes parmi lesquels il faudra choisir le simillimum pour chaque cas considéré ».

 

Médicaments fréquemment indiqués

  Une fois les préliminaires acceptés, il est bon je pense de dire quelques mots sur les fameux médicaments souvent rencontrés dans le traitement de la grippe. Je ne ferai pas ici un exposé complet sur la pathogénésie des différents remèdes pour ne retenir que quelques "trucs" que la pratique enseigne. Après avoir relu les commentaires sur Internet dans Planète-Homéo à propos de la grippe 96-97, je remarque que pas moins de quinze médicaments sont cités avec parfois des indications qui, en situation, peuvent se révéler un tantinet "justes", telles que :

Eupatorium perf. : sensation de jambes brisées, nausées et céphalées pendant la fièvre.

Il est impossible de distinguer avec de si faibles indications, le diagnostic différentiel de Bryonia, par exemple, qui possède souvent les mêmes symptômes. Non pas qu'il y ait trop peu de symptômes, mais parce que ceux-ci ne sont pas assez spécifiques de l'indication du médicament. Je distinguerai dans la grippe, l'avant, le pendant et l'après. L'avant, nous en avons déjà parlé dans la prophylaxie. L'après, nous en reparlerons dans la convalescence. Pour le pendant, il faut bien admettre que la grippe impose systématiquement une fièvre de type adynamique. Il est rare en effet de consulter un malade grippé avec 40° C de température et un état général conservé, comme on peut le voir pour d'autres affections, chez l'enfant en particulier.

La précocité des symptômes ne nous permet pas toujours de faire un diagnostic juste. Il faut savoir en effet, qu'au niveau des modalités thermiques, la phase d'invasion va se traduire le plus souvent par des sensations de froid et de frissons qui sont bien communs.

J' insiste sur cette modalité thermique, car je pense que c'est une bonne "clef" pour faire un diagnostic différentiel rapide, pratique, à condition de respecter une donnée essentielle : différencier la première phase de la grippe de la phase d'état. Les malades ont pratiquement tous froid dans la phase précoce de réaction aspécifique, générale, peu organisée, d'envahissement. Au bout de quelques heures, sinon d'une journée, la réaction personnelle se fait sentir, à moins que le génie du virus impose sa loi ! Ainsi, une sensation de froid au début de la grippe ne contre-indique pas forcément l'indication de Bryonia (qui comme on le sait a plutôt tendance à avoir chaud).

Puisque l'on est dans la phase précoce, autant régler tout de suite l'indication de Camphora. Nous n'aurons malheureusement pas souvent la possibilité de le prescrire car je suis d'accord avec la littérature qui indique une prescription très précoce, dans les premières minutes ou heures si possible. Son action est par ailleurs très courte, de l'ordre de quelques heures. Rappelons qu'il appartient au fameux trio du choléra avec Veratrum album et Cuprum. Le malade se plaint d'une sensation de froid intense, "gelé jusqu'à la moelle", associée à quelques symptômes de rhume et souvent une hyperesthésie cutanée ++, dans le cadre d'un abattement important. On peut également observer des maux de tête frontaux (Bryonia) mais plus particulièrement occipitaux (Gelsemium, Eupatorium,..) et dans la nuque. Ces maux de tête sont aggravés en penchant la tête en avant (Bryonia). Désir de boire sans soif ou soif très vive d'eau fraîche (Phosphorus), vomissements. J'ai pu observer ce dernier symptôme chez deux personnes cette année mais malheureusement, il était trop tard !

Donc : précocité, le plus souvent, il n'y a pas encore de fièvre, coryza, hyperesthésie diffuse, sensation de froid intense < froid (sensation de froid et froid objectif) : penser à Camphora. Il partage avec Arsenicum album cette sensation de froid et d'angoisse mais Arsenicum album est amélioré au chaud ce qui n'est pas évident pour Camphora qui serait même amélioré en se découvrant d'après les matières modernes, dont celle de Kent. Il est dans la rubrique "Généralités/Manque de chaleur vitale/et pourtant la chaleur aggrave". Egalement dans la rubrique " Fièvre/ Froideur interne avec froideur de la peau" en compagnie entre autres d'Aconit, Arsenicum album, Arnica, Belladonna, Phosphorus, Pulsatilla, Rhus tox.. A noter le mélange de ce froid avec des bouffées de chaleur ce qui peut le distinguer de Secale dans d'autres circonstances.

Dans la phase primaire, la réponse initiale de l'organisme peut demander la prescription de médicaments comme Aconit, Arsenicum alb., Belladonna, Ferrum phos. , Nux vomica,  Mercurius. ces derniers sont indiqués comme dans toute pathologie hivernale. Dans la phase d'état, le problème souvent rencontré est de faire un diagnostic différentiel rapide et si possible juste entre Eupatorium perf., Bryonia, Rhus tox. et Gelsemium. Or, la prescription n'est pas si facile qu'il y paraît ! Bien sûr, le "candidat" choisi doit posséder dans ses symptômes, ceux qui caractérisent le plus souvent ceux de la grippe, soit la fièvre, l'adynamie, les myalgie-arthralgies, souvent les maux de tête et plus ou moins les symptômes ORL/respiratoires ou digestifs. Inversement, la plupart des médicaments cités possèdent de tels symptômes dans leur pathogénésie, d'où la difficulté ..

Avant de les distinguer, il est bon de rappeler quand même quelques éléments de matière médicale de ces médicaments. Je ne préciserai pas dans cette discussion Aconit, Belladonna, Ferrum phos, Mercurius et autre Pulsatilla..

Sans vouloir faire une étude pathogénétique exhaustive d'Eupatorium perfoliatum, c'est l'occasion de regarder de près ce médicament dont l'indication essentielle reste la grippe, ainsi que quelques troubles O.R.L.

Premier point, il ne s'agit pas de confondre Eup. perf. avec son cousin Eupatorium purpureum dont les indications majeures se portent sur le système génito-urinaire féminin essentiellement.

La plante, originaire d'Amérique du Nord , a reçu de nombreux surnoms dont "Ague Weed", herbe contre la fièvre intermittente, ou  "reboute-os".

Si l'on désire retrouver ce médicament dans le répertoire de Kent, il suffit de chercher les rubriques qui correspondent aux douleurs contuses, sensations de meurtrissures. Et là, nous sommes gâtés! Nous le retrouvons d'emblée dans la rubrique "Tête/douleur/contuse" puis « Yeux/douleur/contuse/pendant la grippe » en compagnie de Bryonia et Gelsemium, puis Estomac, Abdomen, Thorax, Dos, Membres avec cette constante importante dans chaque  section : sensibilité à la pression.  C'est bien la majeure caractéristique de ce médicament de présenter cette sensation de brisure dans les os, sensation de douleur profonde, dans tout le corps mais particulièrement marquée au niveau des poignets et des membres inférieurs (mollets), avec la sensibilité à la pression. Raideur et endolorissement général en se levant. La rubrique « Généralités/Douleur/contuse, meurtrissure, sensibilité au toucher » nous permet de repérer Aconit, Arnica, Baptisia, Bryonia, Causticum, Gelsemium, Phosphorus, Pulsatilla, Pyrogenium, et Rhus tox. , entre autres, pour ne garder que les médicaments qui sont le plus présents dans la grippe ! Nous aurons la possibilité d'étudier certains diagnostics différentiels par la suite. Notons cependant que Bryonia est amélioré par la pression profonde et que Eupatorium perf. est lui aggravé, puisque chaque symptôme différentiel entre ces médicaments est bon à prendre.

Classiquement, Eupatorium perf. est plutôt triste et abattu, ce qui le distingue de son proche rival Bryonia qui, lui, est franchement irritable. Encore un énorme symptôme différentiel, un des plus fiables sans aucun doute. Sans être bougon, Arnica , lui, ne voit pas l'intérêt d'appeler un médecin ! Rubrique « PSY/bien/ dit qu'il va bien alors qu'il est très malade ». Pourtant, comme nous l'avons déjà dit, il existe dans la grippe d'Arnica des douleurs de type meurtrissures, le lit semble trop dur ( « Gen/lit/semble trop dur » : Arn., Ars., Bapt., Pyr., Rhus tox...) et tout comme Eup. perf. ou  Rhus tox., le malade s'agite sans cesse. Rhus tox. et Arnica ressentent du soulagement en s'agitant ce qui n'est pas le cas d'Eup. perf. Ce dernier ne fait pas partie de la rubrique « Lit/semble trop dur », car les douleurs viennent essentiellement de l'intérieur, de la profondeur. Arnica peut présenter un état de stupeur à rapprocher de celui de Gelsemium, Baptisia ou Opium.

Gelsemium  et Bryonia réclament la tranquillité également, cependant Gelsemium présente un état de stupeur , d'abrutissement bien différent de l'abattement de Bryonia ; même la présence d'autrui le fatigue. Si Bryonia ne veut pas parler ou répondre, ce n'est pas par épuisement comme pour Gelsemium mais parce que cela l'ennuie ! La soif de Bryonia peut être un bon ou un mauvais symptôme. Parfois, on retrouve en pratique cette soif classique de grandes quantités avec de longs intervalles et sensation de bouche sèche (sécheresse des muqueuses globalement), parfois une absence de soif, parfois il est impossible de savoir si le malade a bu ou non (surtout chez les enfants). Egalement, Bryonia peut être amélioré par le mouvement (premier degré). Donc, comme j'ai pu le dire de nombreuses fois, il faut garder comme symptôme quasi incontournable de Bryonia, sa mauvaise humeur, son irritabilité quand il est malade. Il désire rester tranquille dans son coin, il ne sait pas ce qu'il veut, l'enfant pleure en arrivant dans le cabinet car il ne voulait pas venir, bref : il veut rentrer chez lui et ne plus bouger. De plus, Bryonia est difficile à satisfaire, il veut ceci ou cela puis n'en veut plus, se fait du souci pour ses affaires et rêve qu'il n'est pas chez lui.. Pour Gelsemium, l'absence de soif est fiable. Je ne crois pas avoir rencontré en aigü de Gelsemium fébrile assoiffé !  Si la soif est indéterminée (cas assez fréquent), il faut penser à la miction ; Gelsemium malgré son absence de soif possède des urines claires et Bryonia qui normalement boit beaucoup, des urines foncées. La rougeur du visage de Gelsemium est aussi un bon point d'appel. Ce n'est pas la rougeur vive de Belladonna mais plutôt une rougeur bien sombre que l'on reconnaît facilement. Les tremblements de Gelsemium sont caractéristiques mais leur absence ne contre-indique pas non plus sa prescription. Baptisia souffre de la partie du corps qui est au contact du matelas, la prostration est intense, il est agité, il peut parfois tenter de rassembler les parties de son corps qu'il croit disloqué ! La face est rouge sombre avec une expression d'hébètement, mais l'état est plus grave que celui de Gelsemium et Baptisia a soif, alors que la langue est sortie avec beaucoup de peine et tremblante (Gelsemium). Pyrogenium correspond également a des états graves avec, lui aussi, des sensations de meurtrissure et un besoin de changer de place. Il lit dans Lathoud : « on note en effet, chez les malades justiciables de Pyrogénium, un état complexe répondant à la quadruple influence.la sensation d'endolorissement, de meurtrissure, qui fait que le lit est trop dur, d'Arnica ; la sensation de brisure, de courbature douloureuse dans les os, d'Eupatorium ; l'anxiété, l'angoisse agitée d'Arsenic ; enfin l'agitation qui donne l'illusion du soulagement de Rhus tox. » Pyrogénium présente surtout la dissociation pouls/température, avec un pouls plus lent que ne le laisserait  présager la température. Rhus tox. est un prétendant très sérieux au traitement d'un  malade grippé. Je ne rappellerai pas le fameux diagnostic différentiel du trio de l'agitation de Nash, avec Arsenicum album et Aconit. Par rapport à Bryonia, frère ennemi, parfois si difficile à distinguer, Rhus tox. est amélioré par la chaleur, par le mouvement, aggravé la nuit, au repos et couché sur le coté douloureux, toutes modalités inverses de Bryonia. La langue avec le triangle rouge à la pointe est probablement caractéristique mais peu fréquemment retrouvée, la présence d'une éruption herpétique peut être un bon concomitant. Rhus tox. peut être anxieux et déprimé, la prostration importante malgré une fièvre modérée. Je maintiens malgré ces apparences que le diagnostic différentiel peut être difficile car les symptômes ne sont pas si nets en pratique.

Remarque : il est bon lorsque l'on soigne un grippé de consulter le bulletin météo! Ou plus simplement de regarder par la fenêtre le temps qu'il fait. Ainsi, le temps doux indiquera plus fortement Gelsemium, le temps froid avec vent du nord, Aconit, ou Belladona, les variations brusques de temps, du chaud au froid ou inversement, Bryonia, le temps de pluie ou de neige, Rhus tox. , Dulcamara..

Les maux de tête sont très fréquents au cours de la grippe et la plupart sinon tous nos candidats en présentent. Eupatorium perf. a des sensations d'endolorissement de la tête, surtout marquées à l'endroit reposant sur l'oreiller (« Tete/douleur/contuse. . ») , surtout à type de pulsations dans la région occipitale. On observe également un coryza, des éternuements incessants, des globes oculaires typiquement sensibles à la pression (Bryonia aggravé aux mouvements des globes oculaires); on pensera à ce médicament si le symptôme est présent mais on ne l'éliminera pas s'il est absent. Les symptômes généraux sont à ce titre bien plus précieux, ce qui finalement n'est pas nouveau ! Les maux de tête de Bryonia sont également de nature congestive, mais surtout frontaux et améliorés par le froid local ou la pression, aggravé par tout mouvement, la tête basse (ce qui explique que la malade est mieux à moitié assis dans son lit). Les yeux peuvent être congestionnés. Rhus tox. a lui des maux de tête occipitaux avec sensation de raideur en arrière le long des muscles du cou, une sensation de froid localisé à la tête, les yeux congestionnés..Enfin Gelsemium présente des maux de tête congestifs dans la région occipitale avec raideur des muscles cervicaux comme Rhus tox. Les vertiges sont présents dans presque tous ces derniers médicaments.

La toux est fréquente dans Eupatorium perf., avec sensation de chaleur dans la poitrine et douleurs des parois thoraciques qui imposent au malade de se tenir la poitrine. Il est bon à cet effet de consulter la rubrique : « THORAX/Douleur/Contuse/.tenir le thorax des deux mains en toussant » où l'on retrouve Arnica, Bryonia, Eup. perf., Phos. entre autres.  Magnifique rubrique ! Très fidèle en pratique. Je ne détaillerai pas les toux des différents remèdes de la grippe envisagés ici et déjà étudiés dans d'autres occasions. Attention bien sur aux complications broncho-pulmonaires de la grippe où ces médicaments peuvent être indiqués. Citons dans ce domaine Antimonium tart. dont la langue et la toux sont caractéristiques, et qui fait partie de la rubrique: « BOUCHE/APHES/ dans la grippe » ! Et encore Chelidonium, contenu dans la rubrique : « MEMBRES/DOULEURS/ pendant la grippe », avec Aconit, Bryonia, Causticum, Eupatorium perf., Euphrasia, Gelsemium et Naja; mais également dans la rubrique : « GENERALITES/ LASSITUDE/abattement avec découragement dans la grippe », avec Bryonia, Eupatorium perf., Gelsemium, Phosphorus. Donc Chelidonium est cité dans deux rubriques du répertoire de Kent concernant la grippe, alors que celui-ci n'en contient que six à ce sujet. Il y apparaît au deuxième degré dans chacune des rubriques. Le patient a un teint jaunâtre, la langue est pâteuse avec empreinte des dents, le goût amer, désir de boire chaud et amélioration par la chaleur, locale et générale, sauf les maux de tête, sensibilité de la région hépatique, douleur irradiant à la pointe de l'omoplate droite ++, bronchite catarrhale, pneumonie de la base droite .

  Quelques mots encore à propos des symptômes digestifs. Eupatorium a soif, de boissons froides qui calment les brûlures de la gorge. En cela il ressemble à Bryonia ou Phosphorus mais s'éloigne d'Arsenicum album qui est amélioré par des boissons chaudes. Bryonia se plaint d'un goût amer (voire la rubrique) et ne présente pas, à proprement parler, de grippe intestinale, mais plutôt de symptômes digestifs accompagnant la grippe. Quand les symptômes digestifs sont au premier plan, les nausées apparaissent très vite. Consultez la rubrique « ESTOMAC/NAUSEES/fièvre, pendant la » : Arsenicum album, Bryonia, Carbo veg, Eupatorium perf., Ipeca, Nux vomica.Arsenicum album a soif de petites quantités fréquemment répétées, vomit immédiatement ce qu'il a ingéré (à la différence de Phosphorus qui vomit une fois le contenu stomacal réchauffé ou de Kréosotum qui vomit des heures après le repas..). Sensation de froid intense, anxiété, aggravation la nuit. Bryonia a trop chaud, transpire abondamment, souffre d'un poids dans l'estomac après manger. Eupatorium perf. a froid, les courbatures profondes sont en avant. Nux vomica a également froid et frissonne juste en sortant un bras du lit, la langue chargée en postérieur  caractéristique est souvent présente., les symptômes type "coryza" sont au premier plan.

Finissons avec l'entérite de Pyrogénium avec diarrhée putride et les caractéristiques déjà vues ainsi que les symptômes de Baptisia :  soif importante d'eau en quantité dont l'ingestion occasionne des nausées ++ Diarrhée, coliques, selles putrides, le tout dans le cadre du tableau général décrit antérieurement.

L'allure de la fièvre permet également de s'aider pour faire le diagnostic et le répertoire est riche en rubriques dans ce domaine.

Résumé et tableau d'aide au diagnostic

 Les médicaments plus fréquemment indiqués au cours du traitement d'un malade grippé sont, d'après moi : 

1.      Aconit;

2.      Arnica;

3.      Arsenicum album;

4.      Baptisia;

5.      Belladona;

6.      Bryonia;

7.      Camphora;

8.      Causticum;

9.      Chelidonium;

10.  Eupatorium perf.;

11.  Ferrum phos.;

12.  Gelsemium;

13.  Mercurius;

14.  Nux vomica;

15.  Phosphorus;

16.  Pulsatilla;

17.  Pyrogenium;

18.  Rhus tox.

Plus particulièrement, en excluant les médicaments du premier stade et ceux des complications, Bryonia, Eupatorium perf., Gelsemium, Rhus tox.

Une fois de plus, tout autre médicament de la matière médicale peut être indiqué si les symptômes agréent.

Pour établir un tableau d'aide au diagnostic, j'exclus d'emblée les médicaments d'invasion tels que Camphora, Aconit, Belladona, Ferrum phos., Mercurius. Leur diagnostic différentiel est relativement aisé  (rappelons que Aconit se découvre alors que Belladona se couvre..).

Egalement à part,  Pyrogenium et Baptisia qui correspondent à des éventualités peu fréquentes. Ces deux médicaments sont indiqués dans des grippes graves, souvent à forme digestive avec élimination putride et atteinte marquée de l'état général.

Première question que je propose :  Avez-vous froid ou chaud ?

Etant bien entendu que d'une part, nous sommes bien dans la phase d'état de la grippe et que d'autre part le patient n'est pas sous antipyrétiques, auquel cas il faut bien penser à lui faire préciser cette modalité avant la prise du médicament.

Réponse : sensation de chaud, ouvre les fenêtres, étouffe ..Gagné, une seule possibilité : Bryonia.

Il suffit de vérifier la cohérence avec le reste du tableau clinique, en allant aux symptômes essentiels : aggravation par le mouvement ? maux de tête frontaux ? Irritabilité +++ ? Soif ? Symptômes O.R.L., pulmonaires, digestifs ?

Réponse : sensation de froid, gelé.alors je propose de revenir sur l'agitation:

 

Le patient est agité ou non ?

A) Patient agité :

a)      Agitation psychique dominante : Arsenicum album, rechercher les symptômes cohérents : abattement intense, aggravation nocturne, soif typique, amélioration +++ par la chaleur locale et générale.

b)      Agitation physique dominante: Arnica, Rhus tox., Eupatorium perf.

Alors se pose la question : l'agitation soulage ou non ?

L'agitation soulage : Arnica, Rhus tox., symptômes cohérents..

L'agitation ne soulage pas : Eupatorium perf. symptômes cohérents..

B) Patient sans agitation particulière : Causticum, Chelidonium, Gelsemium, Nux vomica, Phosphorus, Pulsatilla. cf. symptômes cohérents dans le texte. n'ont pas soif pendant la fièvre de Phosphorus qui a une soif intense de froid, voire de glacé.

DIAGRAMME REMEDES HOMEOPATHIQUES GRIPPE

Convalescence et séquelles

 

Hahnemann  pensait que la suppression des maladies miasmatiques conduiraient à l'émergence de nouvelles souches virulentes. " Il suggérait que les effets internes des miasmes se prolongeraient en se transformant en états dégénératifs chroniques plus profonds, en maladie auto-immunes et affections d'immunodéficience que la médecine orthodoxe ne sait pas guérir". Je ne sais jusqu'à quel point cette théorie est juste, mais il me semble qu'à force d'avoir "bombardé" la moindre petite bactérie par des antibiotiques systématiquement, nous avons la joie de lutter contre des virus tels que le H.I.V. ou les virus des hépatites entre autres alors que se profilent pour le prochain millénaire les prochaines générations de prions.A chaque passage d'une génération à une autre, si je peux dire ainsi, les difficultés thérapeutiques sont exponentiellement multipliées. Il est à remarquer aussi que nos adversaires biologiques sont de plus en plus petits !

Dans les maladies chroniques, Hahnemann écrit : " ..les grandes maladies épidémiques, la variole, la rougeole, le pourpre, la fièvre scarlatine, la coqueluche, la dysenterie et autres espèces de typhus, lorsqu'elles atteignent leur terme, principalement sans avoir été soumises à un traitement homéopathique convenable, laissent l'organisme dans un tel état d'ébranlement et d'excitation que, chez beaucoup de ceux qui viennent d'en être débarrassés, la psore, précédemment latente dans l'intérieur du corps, s'éveille tout à coup et se prononce rapidement en exanthèmes analogue à l'éruption psorique ou en d'autres affections chroniques qui, lorsqu'on ne les soumet pas à un traitement antipsorique rationnel, ne tardent point, l'organisme étant encore épuisé, à acquérir un haut degré d'intensité." Évidemment la même remarque peut être faite à propos de l'épidémie "grippe".

D'où l'indication de médicaments fortement psoriques tels que Sulfur ou bien Tuberculinum (Psoro-sycotique) dans la période de convalescence traînante de la grippe.

Notons la rubrique : « GENERALITES/CONVALESCENCE/ grippe », avec Abrotanum, Scutellaria, Tuberculinum, tous ajouts de P.Schmidt.

"Quand il y a faiblesse et asthénie, surtout l'asthénie post-grippale avec insomnies, Burnett conseille  Scutellaria et Cypripedium." Schmidt.

Scutellaria laterifolia : (P. Schmidt)

Ø      « C'est notre Valériane homéopathique .

Ø      Céphalée neurobilieuse chez ceux qui disent qu'ils n'ont rien de physique.

Ø      Dépression après surmenage, c'est-à-dire qu'on ne trouve rien d'organique chez ces malades : pour les femmes surmenées dans leur ménage, pour les surmenés intellectuels ou physiquement.

Ø      Agitation nerveuse.

Ø      C'est le grande remède de Burnett pour la fatigue nerveuse après l'Influenza (asthénie post-grippale).

Ø      Hydrophobie (comme préventif); quand il y a contracture des mâchoires et des muscles de la face avec trismus.

Ø      Dans le delirium tremens, c'est un grand remède pour calmer les peurs.

Ø      Subsultus tendinum après les fièvres.

Ø      Insomnies.

Ø      Terreurs nocturnes.

Ø      Hystérie.

Ø      Irritation cérébrale des enfants à la dentition.

Ø      Protrusion des yeux.

Ø      Cour faible et irrégulier.

Ø      Hoquet rapide. »

 

Voilà, j'en ai profité pour donner ces indications qui dépassent le cadre de la grippe mais les indications de ce remède sont rares. 

Le même auteur conseillait également Tuberculinum bov. XM : 1 dose, sur la base de fatigue, faiblesse avec syncopes, fébricule traînant, faiblesse dans les membres inférieurs après le repas du soir avec pieds froids.On peut noter que ce nosode pourra être utile en cas de malade défectif qui présente une grippe avec atteinte pulmonaire, au début. Penser également à Bacillinum, nosode fabriqué à partir de cavernes tuberculeuses, mais dont je n'ai pas les indications précises.

Alfalfa : notre bonne luzerne, avec nervosité, insomnie, phosphaturie, faim +++. A donner en trituration (1à 3 X), une pelletée deux à trois fois par jour sur deux à trois semaines.

Avena sat : l'avoine, épuisement nerveux, palpitations, insomnies..

 

Conclusion 

Je soigne quelques 300 cas de grippes en moyenne par an, et il est bien rare sinon exceptionnel que le médicament utilisé ne soit pas dans la liste citée dans le paragraphe précédent. Si l'on met de côté des médicaments peu utilisés comme Arnica, Baptisia, Camphora, Causticum,  Chelidonium et Pyrogenium, c'est en fait parmi douze candidats sérieux qu'il faudra le plus souvent choisir pour arriver à ses fins.

Il ne faut pas oublier d'être vigilant et attentif, car l'état du patient peut exiger de changer assez rapidement de médicament; mais il faut comme toujours savoir patienter pour éviter la valse des remèdes ! Tout est affaire de jugement et de compromis.

En ce qui me concerne, je considère que le roi des médicaments de cette affection, par fréquence d'indication, est Bryonia. Rien de surprenant puisque celui-ci possède les symptômes cardinaux de la grippe, à savoir : une fièvre asthéniante, des céphalées, des courbatures et des symptômes respiratoires et digestifs autant que l'on en veut ! Il est suivi de près par son frère ennemi Rhus tox. puis Gelsemium et Eupatorium perf.  Les autres remèdes sont moins "spécifiques".

Juste un dernier mot concernant les dynamisations utilisées. Actuellement, quand le diagnostic est sur, je ne prescris plus qu'en MK, à répéter selon les symptômes voire en phase liquide.

Je laisse la conclusion au Dr P. Schmidt :

« Nous sommes en droit de nous demander : est-ce l'épidémie qui vient à nous, ou nous qui l'attirons ? Les philosophes de tout temps pensent comme les médecins spiritualistes que c'est nous qui attirons les grands fléaux épidémiques par l'inobservation et la violation des lois naturelles et que notre devoir est de nous réformer nous-mêmes. » Le génie épidémique, 1929

 

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