La fièvre dans le répertoire
Par le Dr. E. Broussalian
La fièvre vue par un homéopathe
Le diagnostic du remède homéopathique s'établit le
plus sûrement d'après les signes généraux du patient.
Outre les signes généraux psychiques, qui dominent bien
évidemment le cas s'ils sont marqués, les signes physiques
généraux sont de la plus grande importance.
La fièvre, en ce sens qu'elle représente une réaction
de l'organisme dans sa globalité est un signe général.
Il existe deux façons d'exploiter ce symptôme :
- Comme modalité, que l'on retrouve tout au long du répertoire ;
tel ou tel symptôme étant aggravé pendant la fièvre.
Cette modalité particulière donne aussitôt une valeur
particulière au symptôme auquel elle s'applique.
- En tant que symptôme général : toute une
section lui est consacrée dans le répertoire de Kent.
C'est l'occasion de l'explorer afin de mieux la connaître,
afin de noter éventuellement les signes qui peuvent être
caractéristiques parce que rares et étranges. Si l'on
a la chance de découvrir un tel signe rare, il y a fort
à parier que le remède indiqué se trouve dans la
liste des remèdes le présentant. En effet, que
demander de mieux qu'un signe général rare et
particulier ?
Il convient de préciser ce que recouvre le mot fièvre,
véritable fourre tout (ce fut l'une de mes bêtes noires lors de la
traduction du répertoire).
La séméiologie du siècle passé distinguait trois phases du
paroxysme fébrile:
le frisson (phase prodromale), suivi de la
la poussée thermique, suivie en général
de la transpiration (phase résolutive).
Au sens strict, le mot fièvre devrait recouvrir ces trois phases,
couramment il désigne l'hyperthermie. En pratique si un patient a de la
fièvre depuis plusieurs heures et qu'il a très soif, vous consulterez
la rubrique soif pendant la fièvre. Cependant il faut bien s'assurer
que la modalité fébrile s'applique bien au symptôme : ainsi
certains patients fébriles ont la nausée qui monte en même temps
qu'ils commencent à grelotter bien qu'étant fébriles. Il faudra alors
consulter la rubrique nausée avant le frisson ce qui vous met souvent
sur la piste d'Ars, Eup-per, Ip, etc.
Parfois, il faudra employer le terme avec un certain sens artistique
comme dirait Kent. En effet, en anglais le mot heat désigne
indifféremment chaleur ou fièvre (hyperthermie). Il
arrivera donc que vous ayez recours à la modalité fièvre en dehors de
tout contexte clinique fébrile infectieux ou autre. Je me rappelle
ainsi le cas d'un patient qui avait souvent en milieu de matinée une
sensation de malaise général, avec des nausées très gênantes
accompagnées d'une sensation de chaleur. La rubrique nausée pendant la
fièvre me fournit l'indication de Nat-m qui cadrait bien avec l' <
vers 10 h et régla le cas.
Notez donc bien que le mot Chaleur peut être employé en lieu et
place du mot Fièvre. Ainsi toute la section Fièvre peut être assimilée
à la Chaleur. Par exemple le symptôme Chaleur des parties affectées
(en dehors bien sûr de tout contexte inflammatoire qui n'aurait ici
aucun sens), se trouve à Fièvre, localisation, parties atteintes. De même
la rubrique des gens qui ont un coup de chaud en buvant de l'alcool se
trouve à Fièvre, boire, vin.
Je vous fais grâce des 1250 rubriques concernant la modalité fébrile
éparpillées tout au long du répertoire pour aborder une brève étude
de la section Fièvre.
Tous ceux qui utilisent mon répertoire pourront facilement exploiter
le Plan Synoptique qui permet de défricher cette jungle de 657 symptômes.
Les Modalités.
Souvent les modalités ont le mérite d'être clairement
objectivables. De ce fait une modalité bien marquée, c'est un remède
à moitié trouvé ! (proverbe édouardien).
Les modalités Horaires sont souvent importantes, à
condition d'être clairement marquées et d'être imputables au malade
et pas à une drogue qui termine son action. Il est clair que la fièvre
peut remonter après qu'un cachet d'aspirine ait fini d'agir, si les
prises se font à heure régulière vous vous retrouvez avec une fausse
périodicité ou une fausse modalité horaire. Ainsi la fièvre d'Ars
survient à minuit, celle de Bry à 21 h, celle de Cham à 9 h (ce qui
est une bonne façon de séparer les deux remèdes chez un enfant). Les
rubriques de Périodicité concernent plutôt le paludisme. Retenz que
l'heure de début de la fièvre, comme n'importe quel autre symptôme,
est importante.
Je passe rapidement sur les effets du mouvement, de la position, etc.
pour arriver à la rubrique Chaleur. C'est ici qu'on trouvera la
liste des remède ne supportant pas la chaleur, ainsi la sous rubrique
< en se couvrant désigne les remèdes des malades qui ont
besoin de sortir de leurs couvertures. La sous rubrique chaleur d'une pièce
désigne le cas des malades qui veulent avoir de l'air, les fenêtres
ouvertes. Petit traquenard répertorial, l'aggravation par les aliments
chauds se trouve à la section Généralités, Chaleur, sensation de,
aliments (une référence croisée permet de la retrouver aisément).
Rapprochons ici la rubrique Lit, agg. Avec une rubrique assez
extraordinaire : < après être sorti du lit.
La rubrique Découvrant est essentielle en pratique. On y
trouve l'aversion pour se découvrir, l'envie de se découvrir, et la
frilosité en se découvrant.
La rubrique Frilosité, avec : le patient ressent de la frilosité
tout en ayant chaud. Cette rubrique générale ne préjuge pas du fait
que le patient veuille se découvrir ou non.
Les types de fièvre et signes accompagnants
Vous trouverez dans le répertoire les définitions de Hectique, Rémittente, Intermittente et autres, ceci nous est de peu
d'intérêt dans une approche didactique.
Le chapitre Succession des phases est déroutant. A lui seul
je crois qu'il m'a pris des jours pour parvenir à le traduire et le
mettre en ordre car dans le Kent d'origine, je mets au défi quiconque
de m'expliquer clairement cet enchevêtrement de signes.
Il faut comprendre ici que la succession des phases s'applique au mot
fièvre compris comme l'ensemble des trois phases du paroxysme fébrile.
L'accès peut débuter soit par le frisson, soit par la chaleur, soit
par la transpiration (ce sont là les trois sous rubriques de base).
Puis vous allez dans les sous rubrique pour préciser de quel signe est
suivi le frisson, la chaleur ou la transpiration. La recherche de tels
signes est difficile, d'autant que les patients n'y prêtent pas forcément
attention. Mais cela vaut la peine de chercher car on entendra souvent
les malades se plaindre d'avoir très froid puis de brûler de chaud, ce
qui donne déjà une bonne liste pour commencer.
Un mot pour comprendre le sens de fièvre Interne, qui
s'oppose à Externe. Dans le premier cas le patient ressent la
chaleur à l'intérieur de son corps, dans l'autre c'est comme si la
peau était brûlante ou la chaleur en périphérie. Toujours dans les
nuances, la différence entre une fièvre Intense et Brûlante tient dans ce que la sensation de brûlure est ressentie par le malade
alors que la fièvre intense est objectivée par le thermomètre.
Certains de nos étudiants ce sont étonnés de la rubrique Fièvre
l'été, en argumentant fort justement que tout le monte a chaud en été.
En fait cela concerne le paludisme chez certains patients dont les accès
n'ont lieu que l'été.
Pour finir ce bref tour d'horizon, j'en viens à la transpiration qui
est un signe important en pratique. Les gens qui suent pendant la fièvre
ont leur rubrique à Transpiration, Chaleur fébrile, avec. Ici
il faut faire attention : la rubrique Transpiration absente désigne
l'absence de stade de sueur pendant le paroxysme fébrile. Si le malade
ne transpire pas pendant la fièvre, il faut consulter la rubrique Fièvre
Sèche. Dans le même ordre d'idée, l'absence de chaleur pendant la fièvre
convient aux cas qui frissonnent et transpirent sans avoir
d'hyperthermie. Enfin, la rubrique Frisson absent désigne l'absence du
premier stade froid dans le paroxysme.
L'absence de transpiration des parties couvertes se trouve à Sèche,
Couverte, des parties, où Thuj possède cette caractéristique. Il y a
ainsi une anecdote célèbre d'un cas de septicémie qui arrive à la
polyclinique de Chicago en fin de nuit. Les étudiants l'examinent et étudient
à fond son cas dans le répertoire pendant deux ou trois heures. Sur
ce, Kent arrive pour la visite, entre dans la pièce, soulève les
draps, examine brièvement la malade et dit "c'est un cas de
Thuja". L'assistance, d'autant plus médusée qu'elle ne
s'attendait pas à ce diagnostic, lui demande de donner des
explications. Kent s'explique : "voyez comme elle transpire
des bras qui sont hors des draps, sauf de la tête. Si vous soulevez les
couvertures vous constatez aussi que les parties couvertes ne
transpirent pas". Rubriques: Transpiration, Abondante des parties découvertes
sauf la tête: Thuj. Fièvre Sèche des parties couvertes: Thuj.
Magistral non ?
Que ceci nous encourage à étudier la Matière médicale, l'Organon
et le Répertoire qui forment le trépied d'une pratique fructueuse.
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