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Syphilinum et notion de luèse
Par Edouard Broussalian.
J'ai voulu aborder l'étude de Syphilinum après celle des autres
grands nosodes et surtout après celle de Tuberculinum avec lequel il entretient
d'étroits rapports.
Si l'on en juge d'après les ravages que la syphilis a
occasionnés en Europe chez nos ascendants directs, Syphilinum ne peut qu'être un
vaste remède.
Pourtant sa prescription est rare, son diagnostic difficile,
entre autre raison parce qu'on a écrit pas mal de sottises à son sujet. Le
manque de pathogénésie a poussé bien des auteurs à lui attribuer quasiment tous
les symptômes de la syphilis secondaire ou tertiaire, notamment sur le plan
mental. C'est méconnaître qu'un nosode est avant tout un remède comme un autre
capable de produire sa propre symptomatologie. Du coup, les indications
pathogénétiques faisant défaut, on se laisse aller à des indications en fonction
du terrain syphilitique caractérisé par sa tendance destructrice, ce qui n'est
pas la même chose (par exemple on ne peut certes pas attribuer à Tuberculinum
tous les symptômes de la tuberculose).
Disposant d'une expérimentation restreinte, Syphilinum est
d'autant plus difficile à prescrire qu'il est peu représenté dans le Répertoire.
Quand on étudie la façon dont ses symptômes ont été intégrés depuis Hering, il
est effarant de constater le nombre de chapitres entiers qui manquent. Ici et
là, Kent a retenu quelques symptômes sans qu'il soit possible d'en comprendre la
raison. Dans la section Inner Head, le premier chapitre est le
suivant:
Headache: linear, from or near one eye
backward; lateral; frontal; from temple to temple; deep into
brain from vertex; as from pressure on vertex; in either temple,
extending into or from eye, > by warmth; in bones of head; < by heat of sun; after sunstroke.
Il s'agit d'un ensemble de symptômes valorisés par une
barre grasse qui a pour valeur un second degré. J'ai souligné dans le texte les
fragments que l'on peut retrouver dans le répertoire, ce qui nous donne le
résultat suivant:
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Hering |
Kent |
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1.from or near one eye backward |
eye: pain / stitching / extending /
inward |
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2.lateral |
head: pain / sides / agg on one side |
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3.frontal |
pain / forehead |
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4.vertex |
vertex |
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5.as from pressure on vertex |
pressing / vertex |
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6.temple, > by warmth |
temples / warm / heat amel |
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7.< by heat of sun |
sun, heat
of |
Un symptôme entier ressenti par un expérimentateur ou
guéri chez un malade est contenu dans Hering entre deux ";". On comprend mal
pourquoi Kent n'a retenu du symptôme "in either temple, extending into or from
eye, > by warmth" que la modalité d'amélioration par la chaleur en
passant sous silence l'irradiation dans l'oil ou depuis l'oil (le symptôme 1,
rangé dans la section Yeux, ne rend compte que de l'irradiation de la douleur
depuis l'oil vers l'arrière, sans préciser la tempe).
Que penser alors du symptôme "deep into brain from vertex",
dont Kent n'a retenu que la localisation au vertex sans mentionner l'irradiation
en profondeur dans le cerveau ?
On pourra remarquer que tous les symptômes retenus par Kent ont
une valorisation relative, mais il y a peut être un biais dans cette
constatation puisque seule l'incorporation de nombreux signes particuliers (au
moins trois) permet de faire figurer un remède dans une rubrique générale.
On pourrait penser que Kent n'a plus ou moins incorporé que des
symptômes très valorisés par Hering, c'est à dire ceux marqués par une ou deux
barres grasses. Hélas, c'est pratiquement une page entière qui est ensuite
négligée, avec de beaux signes caractéristiques passés sous silence
comme :
Headache through temples, thence vertically like an
inverted letter T. (Céphalée à travers les tempes, puis verticalement comme
une lettre T inversée).
L'omission est d'autant plus curieuse que le symptôme
est clairement décrit, et reprend le symptôme from temple to temple du
premier chapitre. Plus édifiant encore : Kent cite ce symptôme en tant
qu'exemple des douleurs linéaires caractéristiques du remède dans ses
conférences ! Pour résumer seules les sections yeux, nez, bouche, rectum,
uro-génitaux, toux et membres sont à peu près incorporées.
Maintenant que nous avons fini d'éplucher le Hering, on
peut avancer une hypothèse pour expliquer ces omissions, ou plutôt cette
incorporation parcellaire. Tous les polychrestes étant très bien rendus dans le
répertoire, il est logique de penser que Kent leur a accordé la priorité lors de
la construction du répertoire, en se réservant de retravailler les petits
remèdes une fois l'ouvrage avancé. Ceci cadre bien avec son enseignement :
il dit (avec raison) dans ses conférences qu'il est bien préférable de connaître
les polychrestes sur le bout des doigts avant de se lancer dans la prescription
de remèdes peu expérimentés. Hélas, faute de disposer de nos moyens
informatiques, le travail manuscrit, chaque page du répertoire étant retapée
plusieurs fois à la machine, a coûté toute sa vie à Kent. Cette explication peut
aussi être complétée par le fait que Kent n'a probablement pas réalisé tout le répertoire en personne mais confié à des confrères ou des
étudiants le soin de colliger ce qui lui semblait secondaire.
En son temps Hahnemann s'était déjà taillé une réputation
internationale de chimiste en préparant le mercure soluble qui fut largement
utilisé dans le traitement allopathique de la syphilis. Cependant c'est dans la
conception des Maladies Chroniques que Hahnemann va donner toute la mesure de
son génie (§198):
Les médecins de l'Ecole dominante ignorent que l'infection
vénérienne de l'organisme entier a débuté au moment même de la
contamination locale et qu'elle était accomplie avant même l'apparition de
l'ulcération chancreuse. Dans leur aveuglement ils suppriment localement le
symptôme extérieur vicariant que la nature a développé, destiné à inhiber la
grande maladie vénérienne intérieure. Ainsi ils obligeaient fatalement
l'organisme à remplacer cette première suppléance par une autre beaucoup plus
douloureuse, par un bubon, qui évolue rapidement vers la suppuration. Lorsque
leur art pernicieux réussit encore, comme cela se passe ordinairement, à
supprimer par des procédés externes ce nouvel accident, la nature alors n'a
plus d'autre source que de forcer l'organisme à développer des manifestations
secondaires beaucoup plus redoutables, c'est à dire faire éclater le vice
syphilitique chronique tout entier.
Reprenant en quelque sorte la notion d'Hippocrate natura
medicatrix, bien que l'homéopathie se démarque totalement de la médecine
hippocratique, Hahnemann observe avec raison que face à une agression étrangère,
l'organisme tente de trouver un compromis grâce à l'apparition de symptômes
minimaux. Il faut noter que cette observation oblige aussi à considérer le
malade comme un tout, l'économie globale de l'organisme étant en cause lorsqu'un
moindre symptôme apparaît. Ceci ne laisse aucune place ni au traitement local,
et encore moins à la polypharmacie.
La suppression artificielle de ces symptômes entraîne le
déséquilibre de l'ensemble de l'organisme qui se trouve obligé de retrouver un
autre équilibre par la survenue de symptômes toujours plus profonds. Hahnemann
s'attachera a décrire les trois grands types réactionnels concevables.
Le premier, c'est la psore avec sa tendance centrifuge. Ici, le
patient trouve un équilibre grâce à des émonctoires cutanés. Ce n'est pas sans
rappeler le modèle de l'atome : quand l'électron gagne de l'énergie, il
peut se trouver sur une orbite plus éloignée du noyau. De même, autant qu'il le
peut l'organisme humain cherche à maintenir des symptômes les plus superficiels
possibles. Cette tendance centrifuge, nous la possédons tous, c'est pourquoi la
psore est à la base de tous les autres miasmes. De plus, cette notion permet de
classer les organes selon leur échelon de "profondeur" dynamique dans
l'organisme (loi de Hering, correspondance des organes, etc.). L'expérience nous
montre ainsi que l'on peut classer par profondeur croissante (c'est très
schématique):
- La peau,
- Les muqueuses
- ORL (gorge, sinus)
- Bronches
- Génitales
- Articulaires
- Le système digestif
- Les os
- L'appareil cardio circulatoire
- Les reins
- Le tissu nerveux
- Le mental.
A partir de la psore, Hahnemann dégage la variante sycotique
d'après ses observations de la suppression d'un écoulement muqueux. Nous avons
étudié tout cela avec Medorrhinum. Dans la sycose, le processus centripète se
caractérise par l'accumulation.
Enfin, la luèse, avec la suppression d'une ulcération vont
apparaître des manifestation destructrices.
Ce qu'il faut comprendre c'est que Hahnemann envisage les
miasmes comme quelque chose d'immatériel greffé dans la dynamis du patient, même
si au départ l'agent causal est parfaitement matériel comme de fortes doses d'un
médicament quelconque ou la contagion par un germe. Ses observation initiales
ont été établies d'après des maladies vénériennes, mais n'importe quel
facteur externe agressant l'organisme peut greffer son miasme dans l'organisme
qui réagira comme il le peut, à sa façon. Cette réaction se fera sur un
mode psorique, luétique, ou sycotique. Une fois que l'on a compris cela, la
notion des maladies chroniques devient limpide : il existe autant de
miasmes que de facteurs externes agressifs, je dirais même que la médecine et la
pollution en créent chaque jour d'avantage. Souvenez vous ainsi que la
vaccination induit souvent une réponse de type sycotique mais que l'on observe
tout aussi bien une réponse psorique (Sulphur, Mezereum), que luétique
(Mercurius).
Venons-en maintenant à Syphilinum qui est le nosode de
ce terrain luétique.
Pour commencer, on le prescrit sous le nom de Luesinum
(lues venera) afin de ne pas heurter les susceptibilités du malade.
C'est encore à Swan que l'on doit les premières préparations à partir d'une
raclure de chancre syphilitique. En 1880, il publie dans le Medical Advance (vol
21, pp 123, 142) le résultat de ses pathogénésies et les symptômes cliniques
guéris.
En France je ne suis pas sûr que l'on puisse en trouver une
souche correcte du fait des législations délirantes que nous impose l'Europe.
Les mêmes "sages" qui combattent farouchement l'homéopathie exigent que les
nosodes soient stérilisés avant d'être dynamisés, c'est dire que le médicament
obtenu doit ressembler de très loin à ce que nos prédécesseurs utilisaient. Pour
ma part j'ai toujours été très satisfait des doses de chez Schmidt, mais ce
n'est certainement pas le seul endroit où l'on puisse se procurer une
préparation fiable.
Quand on prescrit Tuberculinum, il est souvent facile de
trouver des antécédents tuberculeux dans la famille bien que la maladie soit
tabou (aujourd'hui c'est ringard d'être riche, mais à l'époque c'était la honte
d'être pauvre et il ne fallait surtout pas admettre avoir eu la tuberculose car
c'était forcément perçu comme un signe de position sociale défavorisée). Quant
aux antécédents de syphilis, ce n'est pas la peine de rêver, il est exceptionnel
de les connaître sur le plan familial.
Quant aux antécédents personnels du malade, il faut bien
reconnaître que l'affection syphilitique ne se rencontre plus guère du fait de
la sensibilité du spirochète à la pénicilline. Harris Coulter a publié un
ouvrage fort intéressant dans lequel il décrit les parallèles frappants entre la
syphilis (la grande imitatrice) et le sida, il va même jusqu'à se demander s'il
ne s'agirait pas d'une seule et même maladie tout en développant des arguments
très impressionnants.
Quoi qu'il en soit, il est clair que le sida apporte avec lui
un miasme nouveau qui est de nature luétique. D'ailleurs bien d'autres facteurs
conduisent au luétisme dont Syphilinum est le nosode, en général il s'agit de
toxiques comme:
- l'alcool,
- le tabac,
- le fluor (le fluor produit des caries osseuses, on en gave inutilement les
enfants),
- les drogues.
Faute de syphilis aiguë, nous avons tout de même de quoi
faire. Il faut remarquer que le point commun de toutes ces intoxications est de
conduire à un vieillissement précoce, je devrais dire un délabrement précoce. En
pédiatrie, il faudra chercher chez les parents ce genre d'antécédents, y compris
la calvitie ou les cheveux blancs prématurés.
Dans Syphilinum on dirait vraiment que le malade brûle la
chandelle par les deux bouts : on a ainsi souvent un sujet brillant dans un
premier temps, voire carrément surdoué. Puis après avoir brillé de tous ses
feux, celui-ci s'éteint en proie à cette dégénérescence finale. Ce sont ainsi
des gens capables de s'investir à fond dans une profession, une activité ou une
relation amoureuse, puis ils laissent tout tomber : la passion enflammée
cède la place à un désintérêt, voire pire : une véritable
autodestruction.
Ce vieillissement prématuré est caractérisé par une atteinte destructrice:
- ulcérations (estomac, peau, ORL),
- artérite, coronarite et autres ectasies,
- dégénérescence du tissu nerveux (Parkinson, démences précoces).
Chose curieuse dans l'atteinte luétique: il y a un fort
contraste entre le peu de plaintes du malade et les signes objectifs souvent
très importants (radio, etc.). Ceci nous place d'emblée aux antipodes d'un
remède comme Ignatia, ou des remèdes sycotiques en général qui ont souvent de
grosses complaintes pour peu de signes objectivables.
Autre point d'appel essentiel : les troubles du sommeil
ou insomnies chroniques. Devant un bébé qui ne dort pas sans cause
apparente, vous devez évoquer deux remèdes : Syphilinum et Carcinosin.
Þ Le bébé Syphilinum, a très souvent un
crâne tout bosselé ou distordu (en obus) ce qui permet de le reconnaître
facilement du bébé Carcinosin qui est aussi souvent constipé (fissure
anale), transpire de la tête en dormant, dort en position
génupectorale.
La forme du crâne m'amène à évoquer la tendance aux
malformations chez le sujet Syphilinum.
Les organes symétriques sont souvent dissymétriques (parfois
même l'un d'eux est manquant),
- les dents sont implantées anarchiquement, cupuliformes, aux bords
dentelés, trop séparées (petites dents).
- déviation de la cloison nasale (ou très forte ensellure nasale),
- hypoplasie d'une hémiface,
- différence de hauteur ou de taille des yeux ou des oreilles, etc.
Plus rares mais aussi très évocateurs :
- fente palatine
- pied-bot
- ectopie testiculaire
- anomalies des doigts (syndactylie)
Les malformations atteignent souvent le tissu osseux comme on peut s'y attendre au vu de la nature du produit :
- scoliose,
- rachitisme,
- déformation des tibias (lame de sabre),
- caries dentaires (et même effritement des dents, c'est un signe présent
dans Hering mais absent du répertoire),
- kystes osseux.
Je vous livre pour conclure ce chapitre d'autres éléments
classiques qui sont cités par le Dr. Lamothe dans les antécédents révélateurs de
Syphilinum :
- abcès répétés (souvent oculaires),
- névralgies chroniques ou à répétition,
- délinquance, folie criminelle,
- épilepsie,
- ostéosarcome et autres cancers,
- avortements à répétition,
- incontinence urinaire pendant la grossesse de la mère,
- lichen plan (et autres affections dégénératives de la peau type
sclérodermie).
Syphilinum, comme bien souvent n'importe quel nosode, convient à des
enfants qui ne poussent pas, voire poussent de travers (déformations osseuses
crâniennes très souvent), et qui sont souvent très maigres (absence quasi
complète de panicule adipeux). Lorsqu'un malade réagit mal aux remèdes ;
lorsque ceux-ci n'agissent pas en profondeur ou bien n'agissent que peu de
temps, ou doivent être constamment changés, il faudra chercher une indication de
Syphilinum ou Tuberculinum. Le choix se fera en fonction de la symptomatologie,
en fonction de la similitude, mais ce que nous venons d'évoquer plus haut, les
notions d'étiologie et d'hérédité, servent de guide dans les cas douteux.
Þ Comme le souligne le Dr.
Hodiamont, les analogies sont frappantes entre Tuberculinum et
Syphilinum. "Les deux remèdes agissent dans la profondeur de l'organisme,
les deux ont des céphalées, des tuméfactions ganglionnaires, des éruptions
et des manifestations rhumatismales. L'un comme l'autre seront indiqués chez
des malades instables, manquant de réaction, et chez des sujets chez
lesquels les remèdes n'agissent que quelques jours et doivent être changés à
cause de la variabilité des symptômes."
Même si Tub peut être aggravé le soir jusqu'à minuit, il ne
possède pas cette aggravation typique de Syphilinum qui dure toute la nuit, depuis
le coucher jusqu'au lever du soleil.
Þ Méfiance, cette aggravation
du soir, ou même du crépuscule est tellement marquée que l'on peut
confondre avec Pulsatilla (Syphilinum est aussi capable de pleurer sans
aucune raison) : en effet le patient sait qu'il va être
< toute la nuit qui se prépare et donc en ressent de
l'inquiétude. La comparaison avec Puls se renforce encore quand on sait
que les deux remèdes sont > par le mouvement lent ou le mouvement
prolongé.
Sur le plan du tempérament, ces deux remèdes se
séparent facilement : Syphilinum ne possède pas le besoin de compagnie ni
la compassion de Puls.
Le mal de tête de Puls, ainsi que pas mal de ses
douleurs, arrive d'un coup pour diminuer progressivement, alors que Syphilinum
voit ses douleurs augmenter et diminuer très progressivement.
La toux de Puls est < allongé sur le côté
gauche, alors que Syphilinum est < allongé sur le côté droit. Ceci aide à
distinguer ces deux remèdes de toux productive, avec des mucosités
verdâtres.
Les deux remèdes conviennent aux ulcères des jambes,
souvent d'origine variqueuse. Ceux de Puls sont toujours > dehors ou
par les applications froides, alors que Syphilinum a besoin de chaleur
dessus.
Tub possède comme cible d'action élective les organes
respiratoires (poumons surtout, et aussi ORL), alors que Syphilinum produit des
ulcérations, attaque plutôt la peau, les tissus durs (os et cartilages), les
tissus élastiques (aorte, etc.), et convient à de très nombreuses
manifestations oculaires à type de paralysies et d'inflammations souvent
profondes (Tub possède cependant en propre l'inflammation de nature
tuberculeuse alors que celle de Syphilinum est souvent d'origine
rhumatismale).
Tub convient souvent à des enfants qui font de la diarrhée,
alors que l'enfant Syphilinum sera bien plus souvent constipé.
Les douleurs rhumatismales de Tub sont > par la
chaleur du lit et toutes les formes de chaleur alors que dans Syphilinum il y a
une très forte < par la chaleur et les application froides font du
bien. Ceci est vrai sur un plan général : les bains froids
> Syphilinum et < Tub. Les rhumatismes m'amènent à parler du
temps, les deux compères y sont très sensibles : Tub est < par
le temps froid et humide ou le changement de temps, alors que Syphilinum est
< par temps chaud (et humide).
J'ai pensé qu'en vous décrivant les signes de quelqu'un de
connu, je pourrais vous faire retenir facilement les grandes caractéristiques de
Syphilinum. Comme je suis assez féru d'histoire, j'ai eu la chance de découvrir
le prototype du Syphilinum parfait jusqu'à la caricature.
Le personnage possède quasiment tous les symptômes du remède au
point qu'il faudrait un jour en faire une étude historique à part entière.
Or donc, notre sujet est né le 20 avril 1889, d'un père
alcoolique dont c'était le troisième mariage, et d'une mère qui ne tardera pas à
mourir de tuberculose. Il faut savoir que le père est un enfant illégitime qui a
porté pendant 39 ans le nom de sa mère : Schicklgruber.
Retenez bien les antécédents :
- alcoolisme,
- non dit très lourd (on retrouve cela aussi dans Carcinosin),
- situation familiale compliquée qui fait souvent réagir le sujet sur un
mode de recherche d'ordre et de loi exagérés.
Je pense que tout le monde aura deviné où je veux en
venir : notre exemple se nomme Adolf Hitler. Il incarne complètement les
deux points essentiels de Luesinum :
La monstruosité ou l'anormalité dans les excès les plus
invraisemblables (nous avions parlé dans Medorrhinum du comportement excessif,
hé bien dans Syphilinum, c'est encore le cran au dessus).
L'autodestruction qui porte aussi bien sur le "monde
environnant physique et humain de manière compulsive et destruction de soi
jusqu'à la psychose ou la débilité" (Lamothe)
L'histoire est assez connue pour que je ne développe pas les
deux points qui précèdent, le reste est encore plus édifiant :
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Au plan intellectuel, le sujet est souvent
brillant dans un premier temps : voyez comme Hitler a conquis le
pouvoir dans une situation politique et économique inextricable en sachant
exploiter à son profit les pulsions des gens. Cette intelligence est
caractérisée par la difficulté d'apprentissage des disciplines logiques,
il aura un attrait pour l'art, la parapsychologie, l'occultisme. Au niveau
relationnel, il sera capable de développer un charisme particulier. Un
exemple ci-contre : chaque pose est étudiée, répétée, en fonction de
l'effet souhaité. |
Cette connaissance, ou plutôt ce ressenti, cet instinct du
comportement des autres est d'autant plus anormale qu'au niveau affectif,
il est indifférent aux autres, il s'en sert comme des pions. Dans Hering on lit
le symptôme caractéristique : "A far-away feeling", une sensation d'être
éloigné de tout.
Þ Ce n'est pas un sentiment
d'abandon comme dans Pulsatilla, Aurum ou Argentum, car
dans ce cas le sujet en souffre et cherche éventuellement à ne plus être en
situation d'abandon. Cela ne ressemble pas non plus au sentiment d'isolement
de Platinum qui est isolé des autres qui ne lui arrivent pas à la cheville,
ou d'Anacardium qui se ressent coupé en deux et aussi coupé des autres.
Sans qu'il y ait de connotation égocentrique, Syphilinum est tout
simplement détaché de tout, il est incapable de ressentir, il y a là un côté
presque reptilien dans ce non ressenti qui ouvre toutes grandes les portes
de tous les excès. C'est vraisemblablement un état limite de la
psychopathie.
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Il est indifférent à l'amour, il cache des choses, il
ment. Hitler a même le front de dire "les grands menteurs sont aussi de
grands magiciens". Ainsi, le sujet Syphilinum s'isole dans des
stéréotypes, il joue en rôle en permanence. Regardez comme l'image
ci-contre illustre bien cette notion : il vit son rôle de Führer
devant une masse de gens dont il ne perçoit absolument pas
l'individualité, c'est encore plus frappant quand les foules sont rangées
devant lui bien en ordre. |
Syphilinum est très souvent un instable, il est soit trop
agité, soit complètement inactif : déjà volontiers coupé du monde humain,
il est en dehors du monde de sa société. Songez qu'à la fin Hitler ne se rendait
même plus compte qu'il manipulait des petits bouts de carton représentant des
armées fictives.
Les autres sont une menace pour lui, voilà un autre point
très important.
Le besoin de se laver les mains est très connu de Syphilinum.
Hitler ne supportait même pas de serrer la main de quelqu'un. Je ne développe
pas les illustrations de sa paranoïa. Chez la plupart des cas que l'on
rencontre il y a la peur de la contagion, des maladies, nous verrons cela plus
loin. Cela développe une forme de méticulosité, de pointillisme.
Exemple : dans l'offensive des Ardennes, chaque unité était censée
progresser selon un chronométrage précis à la minute près établi par Hitler
lui-même, ce qui n'a évidemment pas tenu devant la situation fluide d'un
conflit.
Cette menace est toujours présente dans son esprit car le
sujet Syphilinum ressasse énormément.
Þ Ceci peut être proche de Nat-m qui repense sans cesse aux choses du passé. Mais Nat-m se
renferme sur lui même dans l'évocation de choses qui l'ont marqué tristement
alors que Syphilinum reste secrètement motivé dans son action en fonction des
choses qui lui ont déplu. Il y a une note paranoïaque et sthénique que Nat-m
ne possède pas.
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Il devient dangereux pour les autres, ne supporte pas
la moindre contradiction, qui provoque des violences
incontrôlables : "seule ma volonté compte". Cette magnifique photo
de propagande qui le représente avec un énorme lion derrière lui nous en
dit très long.
On retrouve dans le répertoire le désir de tuer.
Certains enfants qui manifestent de la cruauté envers les animaux par
exemple doivent faire évoquer Syphilinum et Lyssinum. L'obstination est
un autre trait de Syphilinum, c'est une obstination qui atteint les
limites de l'idiotie. Par exemple Hitler avait déterminé qu'en aucun cas
il ne devait y avoir de retraite, il a tenu ce principe jusqu'au dernier
instant, avec les conséquences que l'on
connaît. |
| Je termine le portrait en ajoutant que Hitler ne vivait
plus que la nuit, dormant vaguement le jour ; son sommeil est si
précieux que personne n'ose le réveiller pour une fois qu'il dort alors
que les Alliés débarquent en Normandie. Son médecin le Dr. Morell
(portrait ci-contre) lui administrait des traitements délirants du type
injections de strychnine, de "pervitine" (un composé "maison") et autres
drogues. Comme nous l'avons vu, ceci a un effet extrêmement aggravant pour
la luèse. D'ailleurs Morell s'est présenté pour cela comme un résistant
auprès des américains. J'ignore quel a été le jugement dans son cas, mais
en tout cas il a conservé l'immense fortune qu'il avait amassée. |
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Il faut noter aussi chez Hitler le délabrement précoce qu'il
ressent très bien : il explique lui-même le déclenchement précipité de la
guerre par rapport à ses plans initiaux justement parce qu'il se sent vieillir
très vite ! Tant que le sujet Syphilinum n'est pas décompensé, il reste capable
d'élaborer des plans supérieurement pensés, en cette matière on se souvient
douloureusement de la guerre éclair et des nombreuses combinaisons tactiques
originales développées lors de l'invasion de la Belgique, de la Hollande puis de
la France. Puis à mesure que le délabrement accéléré progresse, les idées neuves
n'arrivent plus, le sujet se fige avec l'obstination caractéristique du remède
sur ce qu'il sait avoir déjà réussi dans le passé.
Complétons le tableau du délabrement par la maladie de
Parkinson dont Hitler présente les premiers signes vers 54 ans. Je vous accorde
qu'il n'y à rien de précoce ici, le pic de fréquence tombe à 55 ans, mais ceci
s'accompagne de tout un tas de signes que j'ai évoqués : oiseau de nuit,
perte complète de la réalité des choses, idées obsessionnelles et rituels
bizarres. Dans ce crépuscule du luétique peuvent rester quelques lueurs :
ainsi Hitler retenait avec précision le nombre de munitions ou le volume de la
réserve d'essence de telle ou telle unité et se servait volontiers de cela pour
déstabiliser ses généraux. Retenez qu'étant peu capable de raisonnement logique,
Syphilinum se retranche dans cette sorte de pointillisme. Pour finir, les
soviets trouveront lors de l'autopsie d'Hitler une agénésie d'un testicule.
Même si Hitler est une caricature de Syphilinum, n'en retenez
surtout pas que tous les Syphilinum sont des Hitler. Un homme avec le débardeur,
le mégot au bec, la moustache et le litre de rouge sous un bras, une baguette de
pain sous l'autre est forcément français. Mais il y en a quelques millions
d'autres qui le sont sans pour autant répondre à cet archétype.
Une fois de plus comme dans n'importe quel autre remède, mais
particulièrement dans les nosodes, nous allons avoir des séries de signes
opposés. Luesinum est un remède que l'on prescrit souvent chez l'enfant, aussi
je ferai chaque fois que nécessaire une parenthèse pour le domaine
pédiatrique.
Tout le monde connaît le bon vieux symptôme " besoin de
se laver fréquemment les mains "
Þ Medorrhinum le fait par
anxiété, mais aussi parce que ses mains, ses paumes, sont brûlantes, il a
même le besoin de les éventer.
Þ Platinum le fait à
cause du dégoût que lui inspirent les autres.
Þ Lac caninum a plein
d'imaginations effrayantes, serpents, insectes, donc il est poussé à se
laver compulsivement du fait qu'il voit des " bébêtes "
partout.
De fait, dans Syphilinum, c'est bel et bien par peur des maladies
contagieuses que le malade se lave. Son anxiété est l'une des plus intenses de
la matière médicale, et elle a tellement de sujets d'inquiétude, elle vit
tellement dans l'angoisse de la maladie, qu'elle a le sentiment qu'elle va
devenir folle. J'ai une patiente Syphilinum qui avait besoin de passer me voir
jusqu'à une fois par semaine pour m'entendre la rassurer qu'elle n'était pas
folle, qu'elle n'allait pas le devenir. Il y a le doute ou le désespoir de se
trouver mieux qui est très caractéristique.
Dans un tel climat, il reste à combattre la peur par tout un
tas de rituels compliqués : vérifier que les portes sont fermées (Ars,
Sep, Nat-m, Sanic) , puis le gaz, puis la lumière, Coulter rapporte aussi le
fait de compter les pas qu'il fait, les barreaux d'une échelle, éviter les
trottoirs qui pourraient lui porter malheur, etc. Cela nous rappelle Hitler en
train de compter le nombre de chemises de la 3ème division
blindée.
Þ Argentum nitricum possède aussi des impulsions, avec une peur surtout des hauteurs, et
surtout une anticipation et des troubles digestifs que Syphilinum ne présente
pas. Il évite de passer à certains endroits, mais c'est en rapport avec
son vertige, il craint que les hauts murs ou les grands immeubles ne lui
tombent dessus lorsqu'il les contemple du bas.
Þ Arsenicum est très
souvent confondu avec Syphilinum. Il a l'aggravation nocturne, mais pas toute la
nuit comme Syphilinum, c'est la fameuse aggravation après minuit. Arsenicum est
a priori bien plus agité que Syphilinum et cette agitation l'améliore alors que
Syphilinum est très < par le changement de position. Surtout Arsenicum
album est avare et jamais content de lui, avec une insatisfaction qui le
pousse à se faire du souci pour tout et pour tous, alors que Syphilinum est
volontiers mégalomane (sans cela il ne serait pas persécuté) et cherche à
briller en dilapidant son argent. Il n'y a pas notion de compassion dans
Syphilinum, Arsenicum recherche la compagnie et est même > par la
présence des autres, alors que Syphilinum a horreur d'être entouré.
Syphilinum est amélioré en général par tout ce qui est froid,
les bains froids notamment, alors que pour Arsenicum album c'est le
contraire. Il convient de faire attention cependant car il ne faut jamais
utiliser de signe éliminateur, il faut pondérer le signe en fonction de la
cohérence générale du remède : il existe parfois des Arsenicum
< par la chaleur, de même Syphilinum est dans la rubrique
< aussi bien par le chaud que par le froid.
Arsenicum album est < en montagne, c'est le grand
remède de la fatigue et du manque de résistance suite à une course en
montagne, alors que Syphilinum est plutôt > à la montagne. Je dis plutôt
car vous trouverez des indications radicalement opposées chez des auteurs
différents. Probablement comme dans Medorrhinum, Syphilinum est très sensible au
climat marin qui l'aggrave plutôt. Il est certainement exagéré d'opposer
ces deux remèdes d'après cette modalité.
Syphilinum convient aussi bien à des enfants très brillants, voire
très doués, qu'à des enfants retardés ou qui ne comprennent rien en classe. En
général il y a difficulté pour les matières logiques, et surtout en
mathématiques. Faiblesse de la mémoire qui fait peur au malade qui redoute de
perdre la raison (noms propres comme Lyc, dates, ou même le chapitre qu'il
vient de parcourir). A noter chez de tels malades très affaiblis et dont le
cerveau ne fonctionne plus guère, une tendance à ne plus contrôler leurs
nerfs : ils pleurent ou se mettent à rire sans raison.
Syphilinum est capable de très grosses colères qui le font
rivaliser avec Nux-v et Aurum. C'est particulièrement vrai chez l'enfant qui
ne supporte pas la contradiction, se met à hurler pour des riens (réactions
hors de proportion), têtu, très irritable, ne contrôlant pas sa colère avec
méchanceté et accès destructeurs. Lamothe ajoute " c'est un enfant
nerveux pour le moins et difficile à éduquer, qui manque de volonté et semble
incapable d'efforts ".
Signe caractéristique : l'irritabilité pendant la
céphalée (3ème degré,3 points de vrel).
A travers la colère se dévoile le tempérament impulsif du
remède, aussi bien dans le tempérament que les pensées.
Le symptôme pivot est ici cette sensation d'être loin de
tout. Cela entraîne une indifférence pour tout mais surtout pour ses
proches.
Þ Phosphorus se discute
ici, mais sa compassion, son besoin de compagnie le font séparer
facilement de Syphilinum même si les deux remèdes peuvent avoir un tempérament
artistique développé. Phos est < par les aliments chauds alors que
c'est le contraire dans Syphilinum.
Þ Sepia est un autre
irritable, < par la contradiction. Le besoin d'effort physique,
les goûts alimentaires permettent de trancher facilement. Un piège
cependant : Syphilinum et Sep sont deux remèdes de leucorrhée chez des
petites filles très irritables. Celle de Sepia aura ce besoin de chocolat
ou de cornichons au vinaigre très évocateur avec des éruptions circinées
(dartres au visage), des sueurs nocturnes de la tête. Celle de Syphilinum aura
des troubles du sommeil, une salivation en dormant, un côté
" caractériel ", des troubles osseux (aspect du crâne ou des
dents) qui donnent tout de suite le ton luétique.
Þ Lycopodium est un autre
autoritaire qui fuit les membres de sa famille. Il présente de nombreux
symptômes permettant facilement de faire la différence avec
Syphilinum.
L'absence d'émotion me fait comparer Syphilinum à un lézard :
rien ne l'attriste, rien ne lui fait plaisir.
Une telle personne est bien sûr méfiante, je souligne encore
la tendance à être persécuté (qui découle de la personnalité mégalomane), et
le ressassement des choses désagréables du passé. Ceci nous mène à la tendance
au mensonge élevé en grand art, au refus de la consolation, au côté
secret.
C'est très marqué dans Syphilinum de sorte que l'on en a fait
la grande modalité du remède. Il faut comme d'habitude entendre aggravation aussi bien par le fait que les troubles sont pires que
parce qu'ils apparaissent la nuit. C'est le cas de la céphalée qui
démarre la nuit, rend le patient très énervé, affecte le vertex, au point que le
patient dise " c'est comme si ca explose ", " comme si le haut du
crâne avait explosé ", il y a des douleurs affreuses, très névralgiques,
d'une tempe à l'autre (cité par Hering, lu par Kent dans ses conférences mais
absent du répertoire.), empêchent de dormir, d'un oil à l'occiput ou bien
sus-orbitaires. Bien des douleurs sont linéaire, c'est très
caractéristique.
Il est donc très habituel de rencontrer des malades qui
redoutent l'arrivée du soir, sachant que les heures qui les attendent ensuite
seront difficiles. Comme ils redoutent de se coucher, on retrouve dans Syphilinum
cette tendance à vivre la nuit et dormir le jour : tous les matins le
patient est fatigué, épuisé, souvent abruti par les narcotiques et les calmants
(Hodiamont). Ce sont volontiers des gens qui vont prendre des amphétamines pour
faire leurs activités nocturnes et ensuite des somnifères pour dormir le
jour.
Il faut absolument se rappeler de l'insomnie rebelle du remède
qui est fait un signe caractéristique chez le bébé (Carc).
Schmidt rapporte un symptôme qui est parfois retrouvé dans
Syphilinum : il s'agit de l'< après le lever du soleil. C'est dire qu'il
faut se méfier des caricatures ! Par exemple, il existe des maux de tête
très violents, névralgiques qui commencent vers 16 heures, augmentent
progressivement jusqu'à minuit puis diminuent progressivement pour cesser au
lever du jour.
Þ Une fois encore il y a le risque
de confusion avec Lycopodium, en raison de l'horaire. C'est d'après
les signes généraux que l'on fera la différence.
Apanage de la luèse, Syphilinum possède le pouvoir d'ulcérer toutes
les régions de l'organisme. Je rappelle pour la circonstance qu'il peut aussi
bien exister des ulcérations psoriques ou sycotiques, disons que ce type de
lésion est dominant dans la luèse.
Les lésions sont souvent à la peau ou bien aux orifices du
corps : bouche, pharynx, yeux, nez, organes génitaux, rectum et anus, plus
rarement l'estomac ou le tube digestif (c'est un bon remède de Crohn maladie
dont il possède la mentalité spéciale, renfermée).
La lésion nasale classiquement évolue vers l'ozène. Je n'en ai
jamais vu mais il faut retenir que les éliminations de Syphilinum sentent très
mauvais, ce qui le rapproche de Sulphur, nous en reparlerons plus loin.
Cette fétidité se retrouve en gynécologie, les règles ont cette
odeur affreuse de poisson pourri, les leucorrhées (souvent en rapport avec des
ulcérations, par exemple d'un ectropion du col) sont très fétides et abondantes,
au point que cela coule le long des cuisses. Syphilinum est aussi un grand remède
d'abcès ovarien, kystes, salpingites.
Avec ces ulcères on aura bien sûr une tendance à l'infection.
Syphilinum fera le plus grand bien à un malade qui ne se remet pas d'une maladie
infectieuse grave (classiquement la typhoïde, mais n'importe quelle histoire de
septicémie conviendra).
Þ Sulph suite de bronchite
dont la toux ne passe pas.
Þ Pyrogenium à la suite
d'une suppuration chronique.
Cette tendance aux infections est notoire dans le remède :
abcès à répétition, panaris, furoncles, anthrax, sans même d'ulcération
préexistante. L'otorrhée chronique fétide doit faire penser à Syphilinum (j'en ai raté
des tas qui ressemblaient à Sulphur mais dans lesquels ce remède ne produit
rien).
Þ Sulphur pose dans bien
des cas le problème du diagnostic différentiel avec Syphilinum. Je dirais même,
comme pour Medorrhinum, on confond bien souvent avec Sulphur. L'odeur, les
affections suppurantes à répétition, l'aggravation par la chaleur du lit,
l'amélioration par les applications froides ou le froid en général. Ceci est
très trompeur.
Il a y un moyen clinique de se rendre compte que l'on est
devant un cas de Syphilinum et pas de Sulphur : c'est quand la
prescription de Sulph provoque une réaction cataclysmique. Citons
Kent : " j'ai vu bien des fois, dans des cas déclinants, Syphilinum
ralentir l'évolution et instaurer la cicatrisation des gommes dans la gorge
et de l'anus rongé par une ulcération à la suite de Sulphur. Sulphur
provoque souvent une aggravation prolongée quand il y a une importante
transformation des tissus dans des cas avancés de syphilis. On soupçonnera
souvent une syphilis latente quand il y a des aggravations sévères de cette
sorte après du Sulph hautement dynamisé. Après des aggravations aussi
prolongées, il faut envisager Syphilinum. Une syphilis latente existe là où on s'y
attendrait le moins ".
Il est vrai que Sulph est adapté à des gens malpropres
alors que Syphilinum se lave sans arrêt, que Sulph a peur de tuer alors que Syphilinum a
des pulsions qui le pousseraient au meurtre. Il n'en demeure pas moins qu'en
pratique c'est souvent impossible de les différencier, d'autant que leur
aspect physique peut être très ressemblant, avec la même tendance aux
boissons alcoolisées et le faciès qui va avec. C'est seulement la clinique
qui permettra de trancher dans des cas où l'on croyait tenir une indication
parfaite de Sulphur.
Souvenez vous de Syphilinum quand " il y a peu de symptômes
et rien qu'une grande faiblesse " (Kent).
Une des grandes indications négligées de Syphilinum est l'acné du
visage (vrel de 3 points). Ici Syphilinum rivalise avec Tub, Phos, Silicea qui sont
les remèdes de routine.
Je pense enfin à vous parler de la tuméfaction ganglionnaire
qui existe autant que dans les remèdes comme Calc ou Tub, encore une bonne
raison de se tromper. Ce remède influencerait favorablement le Hodgkin (il y a
une malignité que ne possède pas Tub par exemple).
Nous avons déjà parlé de l'atteinte des dents, déformées, mal
implantées et volontiers cariées, mais chez le jeune il faut aussi penser à
Syphilinum dans l'épiphysite prétibiale (Osgood-Schlatter). En effet, Syphilinum présente
des exostoses n'importe où, mais surtout du tibia, avec des douleurs qui sont
volontiers violentes et < la nuit. Les jeunes garçons qui ont un
Osgood relèvent en général de Syphilinum ou de Calc-p (dans les cas
tuberculiniques).
Je passe ensuite la longue énumération de troubles qui ne se
rencontrent plus de nos jours pour ne parler que des déviations du rachis qui
doivent aussi faire penser au remède. Les douleurs du dos sont légion, souvent
<la nuit et < après la miction (Lyc est quant à lui > par
la miction en général).
Syphilinum possède bien cet endolorissement des os ou du périoste
au toucher, avec les insomnies souvent liées aux douleurs. Les douleurs sont
variables ou changent de place, ce qui est dans l'esprit du miasme
syphilitique.
En différenciant Syphilinum de Tub nous avons vu que Tub affecte
les muqueuses respiratoires alors que Syphilinum se concentre volontiers sur le
système nerveux périphérique (Hodiamont). C'est un immense remède de
névralgies (faciale, sciatique), qui possèdent volontiers la fameuse
aggravation nocturne.
Comme le malade a mal, cela le rend très agité, et le pousse
à sortir du lit (la chaleur du lit < en général, mais les modalités
thermiques sont souvent fluctuantes, ce qui en fait un bon remède dès lors
qu'un cas est confus).
Les névralgies nous amènent tout naturellement aux paralysies
qui sont souvent en rapport avec une atteinte directe du système nerveux
central. J'ai eu un très beau résultat sur une jeune fille qui s'est mise à
perdre la vue suite à une affection du nerf optique dans les 3 semaines
suivant l'injection du vaccin contre l'hépatite B. Le cas ressemblait à
Sulphur, avec une aggravation générale par la chaleur du lit. mais il n'y
avait aucune modalité alimentaire de Sulph. Sur ces seuls faits et avec une
asthénie très importante, la patiente s'est améliorée dans les quelques jours
qui ont suivi le remède, non sans avoir une leucorrhée extrêmement abondante
et nauséabonde.
Syphilinum présente une paralysie du grand oblique et du droit
supérieur, il faut y penser devant une cellulite de la face avec de tels
symptômes quand Rhus ou Sulph ont échoué. C'est un grand remède oculaire
(l'oil étant un prolongement direct du cerveau) avec inflammations
(chroniques), kératites, larmoiements, ophtalmie des nouveau-nés. Pour une
fois dans ce remède, la modalité d'amélioration par les applications froides
est assez constante dans les affections oculaires.
Un trait caractéristique du remède est la métastase à la peau
d'une affection profonde. Clarke cite le cas d'une femme de 26 ans soignée par
Wildes pour un ozène. Celui-ci guérit et se cicatrisa avec le remède mais
apparut une affection cutanée sous forme d'une violente éruption au visage,
étalée sur les pommettes, le nez, le front, et autour des yeux, avec des
croûtes suppurantes qui demandèrent de longs mois pour disparaître.
Retenez donc : apparition d'une éruption pustuleuse
ou d'abcès après disparition de signes plus internes.
Je le répète, Syphilinum possède bien moins ce tropisme que
Tuberculinum, mais il faut savoir y penser devant un asthme qui sera
< par temps chaud et humide.
Cet asthme survient volontiers après la suppression d'une
affection cutanée ou d'un ulcère. C'est souvent le cas des personnes âgées
dont ont " guérit " enfin les ulcères variqueux par toutes sortes de
moyens et qui se mettent à faire ensuite de la dyspnée.
La toux est souvent > en se mettant sur le ventre, ce
qui n'est pas sans évoquer Medorrhinum. Comme bien des asthmes sont
< la nuit il faudra bien sûr chercher les autres signes du
remède.
Aggravation :
- Nuit +++
- Depuis le coucher du soleil jusqu'à son lever
- Aggravation progressive puis amélioration progressive des symptômes
- Par les extrêmes de température
- Humidité (chaude)
- Bord de mer : attention, classiquement il s'agit d'une aggravation,
mais en pratique il faut retenir que le sujet présente une sensibilité pour
le climat océanique.
- Chaleur du lit ++. Gare à la confusion avec Sulphur.
Amélioration :
- Jour
- Mouvement prolongé ou mouvement lent +++. Ceci
rapproche de Pulsatilla.
- Montagne. Le Dr Beau me rappelle que Syphilinum est
> en moyenne montagne mais ensuite aggravé plus haut. C'est une
subtilité très importante.
- Bain froid : on a vu cette modalité comme
l'une des plus constantes dans ce remède toujours changeant.
- Chaleur : c'est surtout pour les douleurs
de la tête que cette modalité se voit, mais le contraire est aussi
vrai.
Désirs :
Aversion :
Quelques signes caractéristiques pour
récapituler :
- Sensation d'être loin de tout.
- < nocturne.
- L'anormalité ou les excès monstrueux
- Désespoir de guérir.
- Douleurs sur un trajet linéaire.
- Sensibilité au changement de temps et aux extrêmes de température.
- Irritabilité pendant la céphalée.
- Insomnies rebelles (chez les enfants).
- Métastase à la peau d'affections profondes.
- Processus destructifs ou ulcérations.
- Peu de symptômes et grande faiblesse.
- Les difformités osseuses, dissymétries, les troubles dentaires, le
nanisme chez l'enfant.
- Constipation chronique
- Tendance aux avortements
- Salivation nocturne +++ qui fait discuter Merc, Phos, Lach, Plb, etc.
- Céphalée du vertex ou au-dessus de l'oil droit (Carc).
- Diplopie verticale : une image est vue au-dessous de l'autre.
Je vois Antoine le 4 mars 97 pour la première fois, à l'âge
de 13 ans. Il vit dans une angoisse perpétuelle, désire toujours rester à la
maison. Il est très angoissé dans sa chambre, n'arrive pas à dormir dans son
lit, il se lève toutes les nuits. Il est toujours inquiet, veut absolument
savoir de quoi ses parents parlent quand ils discutent entre eux, etc.
C'est un garçon très mince, voûté, qui vit un contexte
familial difficile : il a été très affecté par sa séparation d'avec sa
demi sour qui vient d'un mariage précédent de sa mère. Les choses se dégradent
entre sa mère et son père, au point qu'aujourd'hui ils sont divorcés. Le
départ de son père l'a beaucoup "déstabilisé".
Agité, il saute dans la maison, on dirait un kangourou dit sa
mère.
Antécédents :
Grands parents maternels : cancer, infarctus
Grands parents paternels: infarctus
Il aime le Ketchup, les épices
Ronge ses ongles
Dort sur le dos, les mains en l'air
Il a plein de petites habitudes : tout doit être à sa
place, il a des rituels, "c'est le type du vieux garçon" dit sa mère.
Eruptions des commissures labiales
Incapable de glaner plus d'informations, je donne Ars XM qui
va échouer lamentablement.
En Août 97, je le revois et parviens à affiner les
choses.
Sa mère insiste sur son côté affreusement maniaque et ses
petits rituels, il ne faut pas toucher ses affaires. Tout a une place, lui
seul peut y toucher.
Outre le Ketchup et autres choses relevées, il apparaît qu'il
adore manger très salé.
Il déteste qu'on l'embrasse, cela a toujours été ainsi depuis
qu'il est tout petit. Pensant à Natrum muriaticum, je cherche à explorer s'il
s'agit d'une question de consolation. Pas du tout ! Il a très peur des
microbes, une simple mouche qui se pose sur un objet le rend souillé à ses
yeux, il ne peut plus y toucher.
Il veut toujours que sa mère vienne près de lui, surtout pour
dormir. Ses troubles du sommeil ne sont pas nouveaux, c'est depuis qu'il est
tout bébé qu'il ne parvient jamais à s'endormir.
Cette fois Syphilinum M le soulagera très bien. Le sommeil est
impeccable pour la première fois de sa vie, son angoisse est très >. Les
phobies s'estompent. La peur de la contagion n'est pas affectée cependant par
le remède. Le trimestre aura été excellent, les professeurs sont les premiers
surpris du changement brutal chez Antoine.
Au bout de 5 ou 6 semaines, devant le retour de l'angoisse et
un début de chute des performances scolaires, on renouvelle Syphilinum. Puis le
retour d'anxiété fera donner la XM. A ce jour, il se porte très bien et ne
fait plus attention aux microbes, il peut même boire dans le verre d'un
autre !
Voilà un cas typique où l'on peut rater la prescription de
Syphilinum. Notre patient a une fille qui a eu de gros antécédents infectieux,
et elle reste toujours très inquiète pour elle alors que son traitement
homéopathique l'a bien tirée d'affaire.
C'est le genre de patiente qui vient vous voir avec
l'intention d'être rassurée par le praticien. Elle vit dans une angoisse
permanente. "Dites moi que ca va bien aller", "Dites moi que la petite n'a
plus rien", etc. De plus c'est une femme très gentille et c'était d'autant
plus navrant pour moi de ne pouvoir la soulager.
C'est une personne nerveuse, avec comme on s'y attend
quelques manifestations d'ordre H. Si elle applique ses mains l'une contre
l'autre, elle sent un courant passer de droite à gauche. En Août 96 nous avons
eu un tremblement de terre important à Annecy dans la nuit du 14 juillet.
Notre patiente était à 800 km de là et la nuit du séisme, elle s'est réveillée
à 2 h du matin, terrorisée, en rêvant qu'elle était ensevelie sous un
tremblement de terre.
Elle a toujours besoin de plein air qui lui fait du bien.
L'obscurité lui fait peur. Elle est très mince malgré un excellent
appétit.
Je lui donne Phos. Elle rapporte qu'un moment après avoir
pris sa dose, elle a vu pendant une fraction de seconde "toutes ses cellules
qui communiquaient entre elles", elle se mettait à prendre des décharges
électriques de partout, chaque fois qu'elle touchait quelque chose. A part
cela, Phosphorus ne lui fera aucun bien.
Je vous épargne ensuite la longue liste de ratage, Arsenicum,
Iodum, etc. Elle fait quelques signes pathogénétiques après une dose, puis
c'est l'échec.
A force, je finis tout de même par obtenir un tableau plus
précis : elle est très > au bord de la mer, c'est très net, elle se
sent revivre à la mer, ses angoisses vont mieux.
Elle se lave les mains très souvent, cela vient de la
sensation qu'elles sont sales. Son angoisse gravite toujours autour de la
maladie, elle se voit atteinte de toutes sortes de maladies. Dès le moindre
bobo, elle a très peur, cela lui donne de l'insomnie.
En réétudiant le cas je lui fais remarquer une
évidence : elle est toujours mieux le jour, elle parvient alors à gérer
mieux les choses alors que la nuit c'est la catastrophe, l'angoisse prend le
dessus, elle désespère complètement de s'en sortir ; "je suis toujours
beaucoup plus perturbée la nuit que le jour".
Ses cheveux tombent par poignées. Il ne me reste plus qu'à
donner Syphilinum 200, n'osant pas donner plus haut chez cette patiente
hypersensible. Le résultat sera au-dessus de nos espérances : pas la
moindre aggravation mais un bien être dès le 3ème jour après la
prise de quelques globules.
Depuis un an qu'elle est sous Syphilinum, elle va beaucoup mieux,
mais ses peurs reviennent parfois au point qu'elle ne peut plus les contrôler,
ce qui nécessite de renouveler.
C'est une jeune fille que je suis depuis plusieurs années. A
l'époque elle m'avait été adressée par un confrère à cause d'une
algodystrophie du poignet, qui survient volontiers chez des sujets au
psychisme particulier. Elle avait été rapidement mieux sous Puls, mais restait
la même personne angoissée, agitée. C'est une forme d'angoisse que je
qualifierais d'envahissante, le patient vous étouffe littéralement pour être
rassuré de ses peurs. S'il ne connaît pas le remède de ce genre de situation,
le praticien se retrouve rapidement submergé et ne s'investit bientôt plus du
tout.
Très méticuleuse, c'était encore un tableau qui orientait de
prime abord vers Arsenicum album. Insomniaque, le moindre souci la tenait
éveillée.
Elle présentait des migraines vraies, avec des troubles
visuels avant coureurs. Tantôt le froid lui faisait du bien, tantôt les
applications chaudes. La douleur siégeait volontiers au-dessus de l'oil droit
pour irradier dans la tête ou vers l'occiput.
Erika possédait des opinions très arrêtées sur tout :
ceci doit être fait comme cela, elle me prenait volontiers à parti pour
confirmer ses vues devant sa mère.
Ses phobies de la maladie et des microbes lui faisaient se
laver très souvent les mains. Syphilinum a radicalement changé le tableau. Je dois
dire que ce type de cas répond mieux avec la posologie en phase liquide comme
Hahnemann la décrit dans la 6ème édition de l'Organon. Trois tapes
au flacon et une goutte par jour de Syphilinum M durant 3 ou 4 semaines. Une fois le
tableau bien stabilisé on suspend le traitement et l'on répète à la demande
ensuite.
J'espère n'avoir rien oublié d'essentiel dans ce grand tour de
Syphilinum, mon approche étant basée sur la pratique comme de coutume. La
lecture des grands auteurs viendra compléter le présent travail qui leur doit
beaucoup.
Le but de mon étude est de vous faire trouver de nombreuses
pistes pouvant mener à ce polychreste, de sorte que vous y penserez plus souvent
et le raterez moins. A mesure que l'on commence à réussir des cas avec lui, on
réalise à quel point nous sommes entourés du miasme de la syphilis qui reste
" la grande imitatrice ", ce qui explique la difficulté du diagnostic
positif. " Une syphilis latente existe là où on s'y attendrait le
moins " dit Kent avec raison.
E.B Le 11 avril 98 jour de la naissance de Hahnemann, mais aussi de ma fille adorée Delphine.
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