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Kalium bromatum
Par Edouard Brousssalian (janvier 99)
Je voudrais vous entretenir de ce remède assez particulier qui
s'adapte à bien des situations fréquemment rencontrées chez l'enfant et
dans la dépression de l'adulte. Plus on étudie Kalium bromatum, plus on
se rend compte de son immense champ d'action, de telle sorte que j'ai préféré
comme d'habitude être didactique afin de vous présenter les situations les plus
courantes dans lesquelles vous avez toutes les chances de le
rencontrer.
Le " bromure ", comme on dit familièrement, est
employé en quantités chimiques en tant que sédatif. Traditionnellement, il
inhibe aussi les pulsions sexuelles de sorte qu'il était paraît-il employé dans
les boissons des garnisons. J'ai encore le souvenir de l'un de mes compagnons
d'armée à Libourne qui avait fait une sortie terrible à notre colonel en
l'accusant d'avoir mis du bromure dans ses aliments, seule explication à ses
yeux de la diminution de ses performances sexuelles pendant notre séjour là-bas.
Notre pauvre colonel avait dû faire passer une circulaire garantissant aux
jeunes aspirants que nous étions l'absence de tout drogage dans les
aliments !
Plus sérieusement, nous verrons que le bromure administré sur
un plan dynamique provoque au contraire une excitation sexuelle ; tout au
long de notre étude nous allons d'ailleurs constater que le même remède produit
des symptômes opposés.
Selon moi un point d'appel majeur du remède est le
suivant : les déprimés qui gardent une libido normale (voire
exagérée). Cette dépression s'accompagne d'un sentiment intense d'abandon
qui fait de Pulsatilla le principal remède avec lequel on confond Kali-br.
Le médicament affecte grandement la sphère mentale, et le tissu
nerveux avec un impact tant sur le plan mnésique que des perceptions (nombreuses
hallucinations), et du moral (dépression intense). Il est connu en toxicologie
pour la somnolence diurne qu'il provoque ainsi que la désorientation
temporo-spatiale, l'irritabilité et les hallucinations. Il convient
homéopathiquement à des formes de dépression associées à des phénomènes
d'illusions ou de ferveur religieuse.
Toujours au sujet de l'atteinte neurologique, Kali-br est un
grand remède d'épilepsie. " Il produit des accès épileptoïdes et
agit très bien dans l'épilepsie, surtout si cette épilepsie est associée à des
excès sexuels, ou quand les crises se produisent pendant ou après les règles; ou
bien à la nouvelle lune " Dr. Schmidt. J'ai vu un cas de ce type chez un
enfant chez qui Rana bufo avait échoué, et qui présentait l'association
épilepsie + excitation sexuelle.
Le bromure de potassium est aussi connu pour provoquer des
atteintes acnéiformes ; la pathogénésie confirme cette indication
tout en la développant vers d'autres pathologies cutanées : urticaire,
psoriasis, ecthyma.
Enfin, il perturbe à doses massives le tube digestif en
provoquant une anorexie et une forte constipation. Nous verrons que sur le plan
homéopathique c'est un très grand remède de diarrhées et de syndrome
cholériforme. Ce sont les concomitants produits par l'excitation nerveuse
qui fournissent très souvent l'indication du remède : tendance aux spasmes,
excitation sexuelle, agitation ; nous allons étudier cela dans le
détail.
Pour le moment je vous conseille de retenir quelques mots clés
qui forment le squelette du remède :
- Dépression + abandon
- Illusions, imaginations ; ferveur religieuse
- Excitation sexuelle
- Acné, éruptions croûteuses
- Diarrhée
Le plus souvent chez l'adulte, le motif de consultation est la
dépression, qu'elle soit chronique ou de survenue récente.
Le patient, souvent du sexe féminin, se présente le plus
souvent en larmes, profondément déprimé, souffrant terriblement d'un sentiment
d'abandon.
Þ L'erreur classique est alors
de confondre Kali-br avec Pulsatilla, en tout cas c'est ce que j'ai
fait pendant des années. La ressemblance est renforcée par la tendance
dans les deux médicaments à pleurer sans raison ou bien
involontairement.
Dans Pulsatilla il existe une ouverture vers l'autre, une
compassion, qui est absente de Kali-br lequel a volontiers tendance à
gémir sur son sort. Les nombreuses modalités contradictoires de Puls ainsi
que ses désirs et aversion alimentaires font la différence. Méfiez vous
d'une dépressive qui ressemble à Pulsatilla mais n'a pas d'aversion pour
le gras, c'est peut être un Kali-br qui se cache !
Les deux remèdes s'opposent aussi par leur impact sur les
membres. Les deux présentent du tremblement : Kali-br provoquant du
tremblement (par anticipation, quand on attend quelque chose de lui) alors
que Puls présente des tremblements causés par l'anxiété. Cependant Kali-br
affecte les membres supérieurs, avec de l'agitation de la main, du prurit
du membre supérieur < au lit alors que Puls affecte les membres
inférieurs volontiers provoquant une agitation du pied, du prurit du
membre lui aussi < à la chaleur du lit.
Dans Kali-br on trouve une très forte anticipation.
Cette anxiété est centrée sur la peur de se trouver abandonné. Nous verrons
plus loin que c'est fréquemment rencontré chez l'enfant.
En y regardant de plus près on constatera que la dépression
s'accompagne de nombreux troubles de la mémoire. La perte de la mémoire est
certes un signe classique dans la dépression mais, Kali-br est certainement
l'un de nos remèdes les mieux adaptés dans la circonstance.
Concentration, difficile (1). Confusion (1). Confusion, identité, quant à son (1), réveil, au (1). Lenteur de compréhension, difficulté à penser ou à
comprendre (3), comprend les questions qu'après répétition, ne (1). Mémoire, faiblesse de la (2), dates, pour les (1), mots,
pour les (2), noms propres, pour les (1). Oublier,
oublieux (2), matin, réveil, au (2,2/3), mots, en parlant (2), nom, son
propre (1), réveil, au (1). Pensées, vagabondes, changent
continuellement (1). Répondre, décousue, de façon (1),
lentement (2), répète d'abord la question (1). Torpeur (1).
Il est très rare que ces troubles de la mémoire
n'apparaissent pas lors de l'entretien, le patient ou son entourage ne
manqueront pas d'en témoigner. Il faut aussi penser à chercher de nombreux
troubles qui affectent la parole ou l'écriture :
Erreurs, écrivant, en (2), omet des, lettres (1), omet des,
mots (1), omet des, syllabes (1), répète des mots (1), mots inapproprié,
utilise des (2), opposés, par ex chaud pour froid, etc. (2), mots,
inverse les (1), place mal les (1), parlant, en
(1).
Les signes que je cite ci-dessus sont capitaux, n'envisagez
pas de prescrire chez l'adulte sans l'une au moins de ces manifestations. Le
plus frappant est la dyslexie, la tendance à utiliser des mots opposés comme
froid pour chaud. Dans le cadre d'une prescription chronique, c'est un bon
signe d'appel du remède. La rubrique est toutefois incomplète et de nombreux
autres remèdes devraient sans doute la compléter.
Les illusions caractérisent la dépression de Kali bromatum.
Le patient ne cesse de s'imaginer des choses qui l'effraient. Par exemple la
nuit chez les femmes enceintes on a le sentiment d'avoir commis des choses
affreuses, un crime du genre assassiner leur enfant ou leur mari (Hering) ou
bien la tendance à ressasser sans cesse que leur enfant est mort ou va
mourir.
La patiente se persuade qu'elle ne vaut rien, interprète tout
ce qui se produit dans la vie courante comme autant de choses qui méritent de
lui arriver tellement elle est médiocre, " c'est ce que je mérite ;
c'est bien fait pour moi ". C'est le fameux signe " persuadé d'être
l'objet d'une vengeance divine ". On trouve alors très volontiers des
signes de ferveur, d'exaltation religieuse, le besoin de prier sans arrêt.
La patiente ne cesse d'imaginer ainsi des situations qui
alimentent sa dépression ; plus ces pensées sont présentes plus
surviennent les crises de larmes incontrôlables. On entend volontiers des
expressions du genre " je me fais des films ", " je nourris ma
peur ".
Je pense qu'il faudrait explorer les indications de Kali-br
dans l'anorexie mentale (Plat.). Le tableau mental correspond bien à
l'affection. D'autre part on trouve dans Hering : " femmes
hystériques qui vomissent leur repas après chaque repas, spécialement si elle
ont été sujettes à de fortes émotions ". C'est une voie de recherche que
je livre à vos réflexions.
La libido
conservée
C'est l'un des signes concomitants dans toute pathologie
appelant le remède. Comme vous le voyez, les deux sexes sont concernés.
GENITAUX MASCULINS: Désir sexuel,
augmenté (1), diminué (1), excessif (2), violent (2). Emissions séminales (2). Erections, douloureuses (2),
gênantes, nuit (2,2), prolongées (2), violentes (2).
GENITAUX FEMININS: Désir, augmenté (2), règles,
pendant (1), violent (2). Douleur, ovaires, continence,
suite de (1), sexuel, pendant le désir (2/1). Stérilité,
désir sexuel excessif, suite de
(2,2).
Le contraire existe dans la matière médicale (ce n'est pas
nouveau de constater qu'un remède produise deux manifestations opposées), mais à
présent je n'ai jamais encore évoqué Kali-br dans l'absence de désir ou
l'aversion pour les rapports.
A noter les manifestations ovariennes liées au désir sexuel ou
sa continence.
Þ Ici, Kali-br peut faire penser à Conium à cause des troubles en rapport avec la continence, la
tendance commune aux indurations, tumeurs, et kystes. Conium aussi étant
très dépressif. Conium a des côté autoritaires qui le fait passer souvent
pour un cas de Lachesis (à la ménopause très souvent), Kali bromatum n'est
pas autoritaire quant à lui. Conium réalise un état de repli sur soi
progressif. Les malades Conium en arrivent souvent à contrôler leurs
émotions, ils sont capables d'envisager froidement leur cancer généralisé.
Cet état est bien évidemment complètement opposé à Kali bromatum qui
n'arrête pas de se faire des idées au sujet de son état, au point d'avoir
peur de la folie. N'oubliez pas que Conium présente toutes sortes de
vertiges qui sont bien plus rares chez Kali-br.
Cela dit, les choses sont assez compliquées si l'on
considère le plan sexuel. Conium a bel et bien du désir sexuel et se trouve
dans l'obligation de le refouler (on pourra d'ailleurs penser qu'il cherche
peut être à le refouler d'autant plus qu'il est intense). Dans certains cas
on arrive au point où la suppression est " parfaite " : plus
le moindre désir. Les troubles surviennent à cause de l'effort de
suppression du désir. Si l'on n'a pas à l'esprit ce qui précède, on ne peut
pas comprendre pourquoi Con. est présent dans la rubrique Désir sexuel
déclenché facilement.
Dans Kali bromatum, l'excitation sexuelle est intense au
point de provoquer des troubles. Ces troubles sont < pendant le désir
d'où aussi le symptôme < suite de continence, tant que le désir n'est pas
assouvi. Après une période sthénique, tout remède connaît une phase
asthénique où les symptômes de non réaction apparaissent. C'est pourquoi on
trouve aussi Kali-br dans Désir sexuel absent.
Elle accompagne fréquemment beaucoup de troubles. Il peut
s'agir d'une agitation généralisée qui n'a en soi rien de caractéristique. Mais
surtout cette agitation concerne les mains et les membres supérieurs :
PSYCHISME: Gestes, mains, des,
mouvements involontaires (1,1), tord les mains, se (1,1).
MEMBRES: Agitation (3). Agitation,
mbres sup, main (3,3).
Voici quelques tableaux que Hering décrit
magnifiquement :
Asthme spasmodique des enfants, forte dyspnée, visage
livide ; toux sèche, nerveuse ; agite les bras en tous sens ;
contraction spasmodique des muscles qui mettent l'enfant en état
d'opistothonos.
Bronchite capillaire des enfants (bronchiolite) avec une
dyspnée intense, les bras jetés en tous sens ; contraction spasmodique
des muscles, opisthotonos.
L'agitation ci-dessus se conçoit à cause de la dyspnée et de
l'angoisse que cela génère, aussi l'agitation des mains est-elle plus
caractéristique du remède en tant que signe mental. Vous trouverez dans tous les
manuels l'agitation des mains (qui possède trois points de valorisation
relative, mais cela aucun auteur du passé ne l'avait encore formalisé).
Les mains et les
doigts sont en mouvement constant ; s'occupe à secouer les doigts.
 Les mains sont
constamment agitées ; toutes sortes d'illusions effrayantes ;
parcourt sa chambre en gémissant sur son sort ; d'un pas mal
assuré ; plein de peurs.
C'est un autre concomitant rencontré dans les troubles qui
appellent Kali-br. Voici ce que nous livre le répertoire.
TETE: Engourdissement, sensation d'
(1), cerveau (1).
YEUX: Insensibilité (1).
BOUCHE: Engourdissement (2).
GORGE: Anesthésie (2). Engourdissement (2).
VESSIE: Miction, conscience d'uriner, sans
(1).
URETHRE: Engourdissement (1).
GENITAUX FEMININS: Insensibilité du vagin (1).
LARYNX: Anesthésie, larynx (1/1). Insensibilité du larynx (2/1).
MEMBRES: Engourdissement, mbres inf (2,2).
PEAU: Anesthésie (2).
GENERALITES: Engourdissement externe (1), corps, de
tout le (3,2). Fourmillement, externe (1). Paralysie, post diphtérique
(1).
Je ne commente pas les symptômes ci-dessus pour me focaliser
sur deux d'entre eux qui ont une valeur particulière.
Le premier concerne les phénomènes parétiques volontiers
rencontrés dans le remède. Sans observer de nos jour de paralysie il faut savoir
observer les petits signes tels que le ptôsis, ou une sensation de lourdeur des
paupières. Ceci se rencontre volontiers en aigu ce qui peut faire évoquer
Gelsemium ou Causticum ou Sepia.
Þ Trop de signes séparent Kalium
bromatum de Sepia et de Gelsemium, cependant Causticum est un grand
remède du larynx avec lequel la confusion est possible. Causticum frappe le
tissu nerveux en provoquant des paralysies indolores, l'aphonie n'est pas
accompagnée de douleur, elle survient ou est très < le matin, après une
exposition au froid ou un surmenage de la voix, avec des mucosités dans le
larynx. L'inflammation produite par Kali-br entraîne une toux qui est très
vite sifflante, à composante laryngée. Il n'y a pas comme dans Caust
d'enrouement, mais plutôt une toux sèche, rauque, sans modalité nette comme
celle de Caust, qui est notamment > en buvant froid, qui s'accompagne
aussi de fuites urinaires. Enfin, s'il peut exister de l'enrouement chez
Kali-br, c'est une enrouement douloureux, comme celui de
Phosphorus.
Le second concerne cette absence de sensation en urinant, le
malade ne sent pas l'urine s'écouler dans l'urèthre. Ce signe évoque
principalement Causticum, qui rivalise décidément avec Kali-br, mais aussi
Argentum nitricum, qui est empli de phobies là où Kali-br est empli d'illusions
et de dépression. Il faut penser à rechercher ce signe chez les patients car il
est rare de l'entendre spontanément. On sera surpris de trouver des réponses
affirmatives chez un nombre non négligeable de cas.
Historiquement il faut noter que Kent a créé un chapitre
Sensation dans la section Urètre, regroupant sous ce chapitre diverses
sensations disparates. Mon père, le Dr. Georges Broussalian avait déjà remarqué
ce début de classement des symptômes que Kent a manifesté. C'est de là que j'ai
développé à mon tour la notion de plan synoptique qui nous est si utile pour la
valorisation absolue des symptômes.
C'est une affection assez rare qui se développe sur les
doigts, avec la survenue à la face dorsale, d'une sorte de bourgeonnement
circulaire, comme des verrues. On en ignore l'étiologie et la scarification
est le seul traitement proposé actuellement. Outre que ce genre d'incision
s'avère assez barbare, il faut noter que ce faisant on a un risque de
disséminer les lésions.
Après avoir soigné quelques malades avec Kali-br indiqué sur
le plan général, j'ai eu la surprise de constater la régression rapide de ces
lésions. Aujourd'hui, je puis vous garantir que Kali-br s'avère être le
spécifique du granulome annulaire, cette seule lésion suffit à indiquer le
remède. On trouve Kali bromatum cité dans la matière médicale et le répertoire
dans la rubrique Tubercules ombiliqués, c'est probablement ni plus ni moins
qu'une autre façon de dire granulome annulaire.
Le Dr. Schmidt écrit : " au point de vue cutané, le
bromure de potassium provoque les symptômes typiques de l'acné, et une grande
variété d'éruptions. C'est du reste un des remèdes les plus fidèles et les
plus réputés dans l'acné, souvent à la 30e donnée tous les jours
pendant 2 ou 3 semaines. C'est le remède du follicule sébacé et de tous ses
troubles. "
Je partage de plus en plus cette opinion, devant de nombreux
cas d'acné isolée, sans ou avec peu de signes généraux, il faut évoquer
Kali-br. Pour ma part je ne prendrais pas le risque de répéter une 30CH de la
sorte, une prise liquide quotidienne de LM2 ou LM3 fait merveille.
J'expérimente en ce moment aussi suis-je loin de pouvoir conclure. Dans ce
genre de cas défectifs on fait feu de tous bois, rappelez vous que la
constitution de Kali bromatum est de type " lymphatique " comme dit
Hering.
Pour ma part je retiens que ce ne sont pas les patients
sthéniques ou pléthoriques du genre Sulfur qui sont des sujets à répondre au
remède, mais bien des sujets pâlichons, amaigris.
Comme nous l'avons vu au sujet de l'acné, Kali-br est un
remède trop peu souvent évoqué dans ce genre d'affection bien qu'il produise
des résultats très intéressants.
Un jour j'ai repris le cas d'une patiente atteinte de
psoriasis depuis des années et que je ne parvenais absolument pas à soulager.
Après l'échec de nombreux polychrestes, je finis par me demander ce que je
pouvais bien retenir de son cas. Nerveuse, mince, elle sursautait facilement,
ce qui m'avait fait penser à Phosphorus. Sensible, elle avait besoin
d'affection, ce qui me faisait penser aussi à Pulsatilla.
Cette fois je pensais à explorer un peu plus les troubles du
sommeil pour apprendre qu'elle grinçait des dents. Cette évocation lui fit
dire qu'enfant elle faisait beaucoup de somnambulisme. Cela me suffit à
prescrire Kali-br, à l'époque en dose sèche de 200. Le résultat fut
spectaculaire comme c'est souvent le cas avec le remède bien ciblé,
avec régression des plaques selon la loi de Hering, etc. Une seule prise de
200 agit plusieurs mois avant de commencer à s'épuiser. La M fit à nouveau
disparaître les lésions (je passe évidemment sur le résultat du remède sur le
plan général). Début 1999, notre patiente se porte comme un charme et attend
son premier bébé.
Un autre cas, celui de Mme C. Pierrette, que je revois
aujourd'hui. Elle a été longtemps sous Sepia avant que n'apparaisse
l'indication de Natrum muriaticum. Sur le plan général le remède réussissait
bien, les lésions de psoriasis étaient bien améliorées aussi. La patient avait
des douleurs du larynx en chantant qui ne répondaient pas à Nat-m. Sa déprime
finalement revint au premier plan, avec une sensation d'ennui profond.
S'ajoutaient à ce tableau auquel Nat-m répondait imparfaitement, des
cauchemars très effrayants, et un peu d'asthme, surtout au réveil. Kali-br
LM2, 5 secousses, 2 gouttes par jour a fait merveille. Plus la moindre lésion
en quelques jours, plus de cauchemars, la dépression n'est plus qu'un
souvenir.
Les éruptions ont déjà une nette tendance à être épaisses, très
croûteuses. Cette tendance vers l'induration est une autre marque du remède.
Aussi est-il est impossible de parler de Kali bromatum sans
évoquer les processus tumoraux.
VISAGE: Tuméfaction, sous
maxillaires, glandes, droite (1,1).
RECTUM: Polypes (1).
GENITAUX FEMININS: Induration, utérus (2,2). Tuméfaction, ovaires (2,2), gauche (1). Tumeurs, ovaires, kystes (2,2), utérus, fibrome
(1,1).
MEMBRES: Indurations, éruptions, après (1/1).
PEAU: Lipomes (2).
GENERALITES: Tumeurs, fibromes (2), kystes (2),
lipomes (2).
Je ne parlerai que des fibromes, car c'est l'occasion de
confondre Kali-br et Phos.
Þ Phosphorus en effet est
un des plus grands remèdes de métrorragies suite de fibromes. La tendance
hémorragique est profondément dans sa nature. C'est une remède qui convient
aux gens d'aspect maigre, très nerveux, sensibles, sursautant
facilement.
Tous les symptômes que je viens de citer s'adaptent en fait
tout aussi bien à Kali bromatum. Il importe donc de rechercher la
compassion. Celle-ci est absente de Kali bromatum ainsi que les phénomènes
de clairvoyance volontiers rencontrés dans Phosphorus. Tous les sens sont
exagérés dans Phos alors que Kali-br est empli de phénomènes de parésie ou
d'anesthésie. Phos sera hypersensible là où Kali-br sera engourdi. Le
premier a une hyperosmie, l'autre une anosmie. Phos a des douleurs de
l'urèthre en urinant, alors que Kali-br ne sent pas l'urine s'écouler. La
toux laryngée est indolore dans Kali-br alors que le larynx de Phos est
extrêmement sensible dans les mêmes circonstances.
La terreur nocturne est un trouble du sommeil de la même
nature que les rythmies, le somnambulisme. La terreur survient une seule fois
par nuit, au cours du premier sommeil (une à trois heures après
l'endormissement). Elle s'accompagne de troubles neurovégétatifs divers :
mydriase, sueurs, hypothermie, troubles digestifs et souvent d'hallucinations.
Ce qui différencie bien du cauchemar, c'est l'absence de souvenir de la crise,
la survenue unique par nuit ; dans la terreur l'enfant a les yeux grands
ouverts comme dans une crise hallucinatoire, on ne parvient pas à l'éveiller.
Le Dr. Beau constate que les premières crises de terreurs nocturnes commencent
souvent à l'âge où les enfant perdent leurs premières dents.
Rien de tel qu'un petit cas clinique pour planter le décor.
Le cas du petit Martin R., né en 1987 est typique :
Je le vois pour la première fois le 26 Avril 1995 pour des
troubles du comportement. Ses parents se sont séparés. Il en est bien entendu
très affecté. Il grignote ses affaires, frappe les autres enfants, etc.
Comme antécédents, on retiendra un impétigo vers l'âge de
cinq ans, qui s'est développé sur de larges surfaces en moins de 48 heures,
avec des croûtes très épaisses et des ulcérations profondes (ecthyma), ayant
nécessité l'hospitalisation. Il transpire de la tête, peut être un peu plus en
dormant. Il a de nombreux ganglions dans le cou.
Surtout, ce qui frappe le plus, c'est son côté "chien battu",
c'est sa mère qui parle, lui ne dit rien hormis se tripoter les mains et
pousser de gros soupirs.
Les symptômes me semblant peu clairs, j'adopte la stratégie
la plus prudente qui consiste à donner d'abord un remède végétal qui souvent
améliorera la situation tout en laissant les symptômes "décanter" afin de voir
ensuite un remède mieux visé. Prescription : Ign. M.
Revu le 27 Novembre 1995 : il va bien mieux, il s'est
amélioré dès le troisième jour suivant la prise. Puis la dose a été répétée
vers le début Juin. Une prise de Ign XM au mois de Juillet.
Pour résumer, le comportement s'est bien amélioré mais
persiste un sentiment d'abandon très marqué : l'enfant ne quitte pas sa
mère, exprime clairement qu'il a peur qu'elle le laisse, etc.
Le second point important : des réveils la nuit en
hurlant de terreur. Enfin, il se tripote constamment la "zézette".
Nous avons le " tiercé gagnant " du Kali bromatum
enfant, le groupe de symptômes le plus souvent rencontré :
- Terreurs nocturnes
- Abandon
- Excitation sexuelle (je pense que l'on peut sans grand risque d'erreur
ajouter Kali-br. à la rubrique Masturbation).
On remarquera que Kalium bromatum présente plein de signes
d'agitation surtout des mains, et que c'est un important remède de peau
(psoriasis) mais surtout d'impétigo dans sa forme ulcéro nécrosante, ce qui
couvre du même coup les antécédents de notre petit Martin.
Prescription : Kali-br 200 le 27 11 95. Résultat
étonnant : il est changé en tout, etc. Retour de quelques symptômes fin
janvier 96 : Kali-br 200. Mars 96 : Kali-br M pour
retour de quelques cauchemars. Il va bien aux dernières nouvelles.
Notez en passant que lorsqu'une simple 200 dont la durée
d'action moyenne est d'environ 3 semaines marche aussi bien pendant presque
deux mois, c'est un critère de très bon pronostic qui atteste qu'on tient un
remède bien ciblé.
Le symptôme terreur nocturne se trouve dans le répertoire à
Peur, nuit, enfants (Pour être vraiment à l'abri des mauvaises surprises que
réserve une rubrique incomplète, pensez à regarder aussi dans la section
Sommeil, Réveil, frayeur, suite de).
Notez combien ce symptôme de terreur nocturne est extrêmement
valorisé pour Kalium bromatum : non seulement il est au troisième degré,
ce qui signifie que ce symptôme a été fréquemment rencontré lors des
expérimentations puis fréquemment guéri cliniquement ; mais aussi les
utilisateurs de PcKent ou de la troisième édition du répertoire constateront
une énorme valorisation relative de trois points. Cette propriété est partagée
par Tub et Bor. Avec deux points de valeur relative on trouve ensuite Chlol,
Kali-p, Cina et Sanic.
Þ Pour la discussion avec Tuberculinum, voir Les
troubles du comportement
Þ Borax est un remède
classique des terreurs nocturnes, l'enfant s'agrippe à ceux qui sont
proches, sans reconnaître personne tout comme Stramonium. Ce besoin de
s'accrocher relève de la peur intense dans Stram, qui est > dans
les bras, alors que le besoin de s'agripper et les sursauts se retrouvent
dans toute la pathogénésie de Borax. Ce sont des enfant très peureux,
sensibles au moindre bruit, qui sursautent très facilement. Le bruit les
rend très anxieux. Le bébé écarte les bras, très effrayé d'un coup, quand
on le pose dans le berceau, ce qui le distingue de Calc ou Calc-p qui ont
peur quand on les soulève soudainement, et de Cham qui demande a être
bercé et agité dans les bras. Les peurs de Borax sont limitées au bruit et
à certains mouvements alors que celle de Kali-br est plus diffuse,
accompagnée souvent d'illusions (fantômes, thèmes de poursuite, entend des
voix qui l'appellent, etc.).
Les sursauts sont très violents dans Bor,
et réveillent le patient, alors que Kali-br peut sursauter dans son
sommeil sans que cela ne le réveille.
Þ Stramonium possède les
terreurs nocturnes au point qu'il en devient le remède de première
intention un peu comme on donne Arnica dans les contusions. Stram possède
surtout une peur intense de l'obscurité que ne présente pas Kali-br. Il a
un fort désir de lumière et de compagnie. Suites de peur : contes ou
films qui impressionnent beaucoup l'enfant, avec terreurs la nuit. Très
peu de douleur, enfants très " durs ". Tendance aux spasmes,
contractions, tics, bégaiement. On rencontre volontiers la violence
(enfants frappeurs, même si éventuellement la violence peut manquer au
tableau), la jalousie chez Stramonium, ce qui le démarque facilement de
Kali-br.
Þ Chloralum, est un
candidat qui ne se conçoit pas sans éruptions, tout au moins, je n'ai
jamais eu à le donner en dehors d'un contexte d'affection cutanée. Le
sirop de chloral a été largement utilisé en médecine classique comme
somnifère. Le grand point d'appel de Chloralum est l'insomnie telle qu'on
en voit dans les surmenages. Le sommeil est alors très léger, avec parfois
des hallucinations. A ma connaissance c'est le seul remède qui ne cherche
pas à fuir ses hallucinations et qui les combat activement. Classiquement
le malade jette sa bouillotte sur l'illusion qui lui fait peur au pied de
son lit ; l'enfant quant à lui saisit les peluches et les jette
contre ce qui l'effraie (volontiers durant la dentition). J'ai eu
l'occasion de le donner chez des enfants souffrant d'eczéma sans autre
caractéristique qu'une < nocturne du prurit, au point de les empêcher
de dormir. Il s'installe alors très vite un état de fatigue intense à la
suite de manque de sommeil, le sommeil devient semi-éveillé et des crises
hallucinatoires surviennent (souvent l'éruption est de type urticarien, en
larges plaques sur les membres, avec un prurit invraisemblable).
Þ Kalium phosphoricum est
un remède tellement proche chimiquement de Kali-br qu'il faut avoir en
tête sa grande modalité : l'effort mental. Boericke dit que c'est
l'un des plus grand remèdes nerveux. C'est un remède du grand enfant qui
est épuisé par le travail scolaire. Les crises de terreur surviennent
d'ailleurs le plus souvent en fin de trimestre, lorsque l'enfant devient
épuisé, irritable, devient somnambule, gémit en dormant.
Þ Cina est un remède
intimement associé aux verminoses bien que parfois l'irritabilité extrême
et les colères en soient dissociées. Je ne résiste pas à la tentation de
vous exposer le cas du petit Billy, amené à l'âge de deux ans pour des
terreurs nocturnes (j'ai exposé ce cas dans le papier sur les enfants
agités). Le tableau est effrayant: il ne reconnaît personne. Il griffe son
père qui essaie de la prendre dans les bras, d'ailleurs ils y a des
grandes traces de griffure sur le visage de celui-ci.
Vous voyez ici que Tub, Bor, Stram cherchent à fuir
l'hallucination, Chloralum jette des choses dessus, alors que Cina garde
son tempérament coléreux et cherche à mordre, griffer, frapper.
Le tableau s'est très < voici trois ou quatre jours.
En regardant mon agenda, je fais constater que c'était la pleine lune. Ses
parents répondent à cela, qu'ils s'en sont déjà rendus compte mais
n'osaient pas me le dire, d'ailleurs ils se disent eux-mêmes très
sensibles à la pleine lune car c'est une période où ils se chamaillent.
S'agit-il d'une coïncidence, j'avoue que beaucoup d'observations finissent
par me mettre un doute.
Billy a fait quelques otites l'hiver 1997-98. C'est un
enfant très agité, il ne tient pas en place, se tortille comme un ver.
Depuis sa naissance, il n'a jamais fait une nuit complète, il grince des
dents la nuit, ca fait un bruit affreux. Il lui arrive de transpirer en
dormant, une fois il a complètement trempé les draps. Il est toujours
énervé, avec des paroxysmes, il se met alors à frapper les autres, hurler,
griffer. Quand il a ses crises d'énervement, il se frotte furieusement le
nez.
Les selles sont pleins de petites particules blanches, sa
mère d'origine australienne dit "like unpopped corn".
Cina 200 balayera le cas.
Vous trouverez dans toutes les matières médicales la
description de l'irritabilité, > par le bercement, l'enfant devient
raide et donne des coups de pieds si on le prend dans les bras.
Cet état nerveux rappelle Chamomilla mais ici s'ajoutent
des signes vermineux caractéristiques (d'ailleurs Cina marchera aussi bien
même si l'on ne peut apporter la preuve de l'infestation, pourvu que les
symptômes agréent) : cris, sursauts, pendant le sommeil, grincement
des dents en dormant, se frotte le nez sans cesse, sautes d'humeur et
d'appétit, toux spasmodique nocturne sine materia. Notez que même si
Kali-br grince aussi des dents en dormant, le reste du tableau permet de
séparer facilement les deux remèdes.
L'enfant est toujours de mauvaise humeur, ne supporte pas
qu'on le touche, ni qu'on le regarde, avec les yeux cernés.
Þ Sanicula est l'un de
mes remèdes favoris. Sa composition chimique complexe en fait un remède de
prescription difficile au point que je lui ai consacré un article. Pour ne
pas revenir dessus, je ne rappellerai que les grands points. Sanic
ressemble à Calc et à Sil. Ne pensez jamais à l'un ou l'autre de ces deux
polychrestes sans avoir une arrière pensée pour Sanicula. Les signes
courants sont la transpiration du cuir chevelu pendant le sommeil,
l'instabilité dans les occupations (l'enfant ne peut se fixer plus de
quelques minutes sur la même chose), l'extrême irritabilité. Sur le plan
alimentaire on dispose de signes faciles à relever : désir de sel, de
choses fumées, jambon, saucisson, etc.
Þ Cela nous conduit tout
naturellement à parler de Calcarea carbonica, mais tant de signes
séparent ce remède de Kali-br que la discussion devient inutile.
Þ Reste à évoquer Arsenicum
album. Cet immense remède est adapté aux enfants qui souffrent de
cette peur particulière, qui peut les obséder : la mort. D'ailleurs
le décès d'un être proche est volontiers un point d'entrée dans le remède.
La peur de l'obscurité d'Ars n'existe pas chez Kali-br, de plus Ars
possède un comportement bien typique avec le besoin de ranger les objets à
leur place et le besoin de compagnie.
Les terreurs nocturnes sont tellement marquées dans le remède
que vous les retrouverez même chez l'adulte, avec des histoires de
somnambulisme, de sursauts pendant le sommeil, etc. Le bruxisme confirme l'importante activité cérébrale pendant le sommeil. Il est fréquent
de le rencontrer associé à la terreur nocturne.
Cette excitation est la marque du remède, le prolongement de
son action sur le tissu nerveux. Dans l'un ou l'autre sexe on rencontre
fréquemment des phénomènes de masturbation très prononcés. Chez le petit
garçon il n'est pas rare de rencontrer des érections à tout moment. La
caractéristique étant que ces érections sont très prolongées, les parents
racontent que l'enfant vaque à ses occupations, joue pendant longtemps tout en
restant dans cet état qui confine au priapisme.
Kalium bromatum est très proche de Tuberculinum pour
l'agitation incessante chez les enfants.
Je vous cite le cas du petit Anthony R., né le 16 02 92, qui
est tout à fait typique.
Je l'avais vu voici un an pour un énorme amas de verrues des
mains dont j'ai conservé la photo. Son côté extrêmement agité m'avait fait
donner Rhus-t qui avait balayé les verrues en une ou deux prises.
Seulement voilà, il demeurait très agité, au point que sa
mère excédée ne décide de consulter un pédopsychiatre qui détermine une peur
d'être abandonné mais malgré cela l'enfant continue de sauter dans tous les
coins. Les institutrices n'en peuvent plus non plus, bref on l'amène en
désespoir de cause, vu que l'homoeopathie a pu soigner les verrues...
Pour compléter le tableau mental : Terreurs nocturnes,
N'arrive jamais à jouer seul, Fait du mal à son petit frère quand on le
gronde, Instable: n'arrive pas à rester écouter une histoire
Il faut toujours qu'il fasse quelque chose, comme si ses
mains étaient animées d'une volonté propre. Il demande toujours à sa
mère : "Et moi, est-ce que tu m'aimes ?". Très angoissé. Toujours
fatigué.
En opposition complète avec les parents : il répond
"non" à toutes les questions comme le dit sa mère.
Se touche toujours les parties.
Je répertorise les signes suivants : Peur, la nuit chez
les enfants ; Abandon ; Répondre "non" à toutes les questions. Voici
le résultat qui apparaît à l'écran.

Le symptôme " répondre non à tout " appartient
souvent à Tub., mais pas à Stram. Dans l'autre sens on voit que Stram couvre
le symptôme d'abandon, mais pas Tub. Bref, seul Kali-br couvre le cas. Et
donnera un excellent résultat !
Þ Tuberculinum demeure
donc un diagnostic différentiel important de Kali bromatum pour les
troubles du comportement ou les terreurs nocturnes. Tuberculinum est
certainement le plus grand remède d'agitation chronique de l'enfant.
Souvent l'enfant menace, refuse d'entrer dans le cabinet, hurle, menace et
se débat au point qu'on se verrait bien le traîner par les cheveux.
Il partage une multitude de signes avec Lyc dont
l'irritabilité le matin au réveil. Cependant les goût alimentaires vont
vers le salé (sel, saucisson, viande).
L'enfant Tuberculinum rentre sa tête dans l'oreiller et
se balance le soir dans son lit, à quatre pattes. Parfois il cogne même la
tête contre le mur, dans des crises de rage. Il est boudeur, refuse la
contradiction, tire la langue et crache sans raison, vrai casse pied pour
ses copains. Il fait beaucoup de problèmes O.R.L., de rhino-pharyngites,
d'angines et d'otites. Il transpire du cuir chevelu en dormant, et peut se
réveiller en proie à des terreurs nocturnes. Son BCG est négatif.
Les tableaux sont donc faciles à différencier d'autant
que Tub est un remède de gens très maigres et qui ont un très fort appétit
alors que Kali-br s'adapte en général à des personnalités de type
opposé.
Encore une indication de notre Kali bromatum méconnue de nos
jours : la coqueluche. Ce remède est d'autant plus précieux qu'il
s'adapte aux cas qui sont dépourvus de signes généraux, avec peu de signes
caractéristiques.
Dès que l'enfant menace de convulser, il faut absolument
penser au remède. C'est parfois le seul signe d'appel sur ce genre de
coqueluche ou de toux coqueluchoïde. En général il est sage de donner devant
un cas débutant sans autre symptôme une prise de Carbo vegetabilis, souvent
cela permet de traiter la moitié des cas.
Malheureusement celui qui appelle Kali-br ne sera pas affecté
par Carbo. Le patient va avoir une toux de plus en plus sèche et suffocante au
point qu'il ne parvient pas à reprendre son souffle et qu'apparaissent des
signes convulsifs ; la quinte peut donner aussi des vomissements.
L'aggravation nocturne ou en position allongée ne vous apportera rien de
significatif pour confirmer le remède. Ce qui est le plus frappant c'est
l'absence de tout autre signe, pas de rougeurs, pas de modalités liées à la
température ou aux boissons. Ce paysage symptomatique désert associé à
l'irritation cérébrale donne l'indication de Kali-br.
Kali bromatum est un remède de laryngite, comme son parent
Bromium. Kali-br ne possède pas la virulence qui fait prescrire Bromium,
Spongia ou Hepar mais convient à certaines formes aiguës néanmoins. Devant
toute laryngite qui a cédé en aigu à Spongia, vous devez systématiquement
étudier Kali-br dans les suites, soit pour compléter l'action du remède aigu,
soit parce que l'épisode aigu Spongia révèle un état chronique Kali-br.
Voici la description que l'on trouve dans Hering, une fois de
plus il est difficile de donner mieux en restant plus concis :
Croup
spasmodique ; dans les stades précoces lorsque l'enfant se porte encore
bien dans la journée ; il est agité la nuit, le visage tout rouge, les
yeux injectés ; au bout de plusieurs heures il dort en respirant
facilement et de façon naturelle mais il se réveille bientôt en pleine
crise ; hyperesthésie des nerfs du larynx suivie dans un stade plus
tardif d'une réaction naturelle [anesthésie] ; perte de la sensibilité
du larynx ; exsudation d'une substance ferme, blanchâtre depuis la
trachée et les bronches ; voix enrouée, voix rauque et douloureuse [à
ajouter dans le répertoire] ; toussotement avec confusion et
bradypsychie ; se réveille soudainement d'un sommeil profond avec une
sensation de suffocation, une toux sèche claironnante de sonorité
particulière et une respiration accélérée.
Il existe un signe pathognomonique qui fait donner volontiers
Kali-br en aigu : "Enfants faibles et nerveux réveillés par un toux sèche
spasmodique qui les amène à hurler de terreur" (seul et unique remède, premier
degré).
Voici comment vous rencontrerez ce signe : il arrive
bien trois ou quatre cas par hiver où la mère d'un enfant vous appelle en
disant : "il allait bien aujourd'hui, et il s'est réveillé complètement
perdu, il avait très peur et ne savait pas où il était en se réveillant, et
s'est mis à tousser très rauque". En d'autres termes lors d'une
laryngite : l'enfant semble aller bien pendant la journée mais la nuit se
retrouve tout agité, le visage rouge et transpirant, avec les classiques
signes du sommeil.
Þ Aconit présente des
signes très proches avec la peur et l'aggravation nocturne. Dans Aconit
les troubles sont très soudains, chez un enfant de type solide et
vigoureux, constitution qui est l'opposée de celle des enfants Kali-br. La
laryngite de Kali-br ne s'installe pas avec autant de soudaineté et de
violence qu'Aconit. Différence subtile, dans Aconit la peur est engendrée
par la violence et les phénomènes algiques alors que dans Kali-br c'est un
état de peur sans rapport avec l'affection, mais à cause d'un état nerveux
particulier. Gardez à l'esprit que Acon est un remède hyperalgique, le
tableau est dominé par la douleur, ca hurle, ça crie tant on a mal, le
larynx est très endolori, la toux est très douloureuse. Dans Kali-br vous
aurez la surprise de constater l'absence de douleur malgré une toux de
sonorité aboyante digne d'un vrai chien. La différence n'est parfois pas
facile à faire et parfois seul l'échec d'Acon (qui doit agir en quelques
minutes) fait penser ensuite à Kali-br.
Comme je le disais, il arrive parfois qu'un remède aigu ouvre
la voie du médicament plus indiqué " en profondeur ".
C'est le cas de la petite Anne, née le 26 07 91 que je ne
parviens pas à calmer depuis plusieurs fois que je la revois. Lycopodium a
semblé faire du bien, puis Cina, mais finalement rien n'a donné de résultats
durables.
Je la vois donc pour une laryngite aiguë en Février 96,
appelant typiquement Spongia. La 200 règle la question en quelques heures.
L'idée me vient donc de regarder quels sont les remèdes connus pour bien
suivre Spongia. Le Répertoire vous indiquera : Brom., Bry., Carb-v.,
Con., Hep., Kali-br., Nux-v., Phos., Puls.
Je me demande donc si l'un de ces remèdes ne pourrait pas
compléter Spong sur le plan chronique. Or il en est un parmi cette liste qui
nous ferait l'affaire, je veux parler de Kali-br qui est agité, etc. Je savait
qu'elle ne dormait pas bien la nuit, mais fait-elle des cauchemars ?
Réponse affirmative de la maman : elle " hurle souvent de
peur ".
Affaire conclue : Kali-br 200. Le remède fonctionnera
très bien, y compris pour la verminose chronique qui m'avait fait donner Cina
sans succès. Elle était pâle, les yeux cernés, et maintenant elle a pris des
couleurs et se porte très bien.
Coliques des nouveau-nés sujets aux aphtes, les
douleurs reviennent périodiquement, surtout vers 17 heures (Hering).
Cette indication est tout simplement royale. Les enfants présentant ce genre
de coliques ont souvent eu du Lycopodium sans résultat, pensez à Kali-br.
Souvent les selles sont de couleur verdâtre, aqueuses.
Pendant la selle on peut voir l'abdomen devenir dur, avec de fortes douleurs
et des contractions des muscles abdominaux.
Dans Hering on trouve la description d'irritation réflexe du
cerveau avec les yeux révulsés, les pupilles dilatées, etc. Ce n'est plus le
type de cas que l'on rencontre sous nos latitudes.
En été on peut voir des cas de diarrhée qui surviennent
brutalement, avec une forte prostration, les mains et les pied froids, la tête
chaude, les pupilles dilatées. Si surviennent là dessus quelques signes
d'excitation nerveuse, Kali bromatum est le remède indiqué.
Þ Vous voyez ici comme le remède
se distingue des classiques comme Cuprum qui présente des crampes
musculaires liées à la déshydratation, et non pas à une irritation
neurologique.
Je n'aime pas les inventaires à le Prévert, mais je vous livre
une petite sélection de rubriques afin de vous aider à les retrouver dans le
répertoire. Il va de soi que mon choix est partiel, partial même en fonction de
ma propre expérience.
Dans le registre important des illusions :
PSYCHISME: Illusions, abandonné,
délaissé (2), accusée, pense qu'elle est, vol, de (1,1/1), crime, comme
s'il avait commis un (1), dieu, vengeance de, il est l'objet d'une (3/1),
images, fantômes, voit des, nuit (2), images, fantômes, voit des (1),
effrayantes (2), imagination, illusions de son (2), mélancoliques (2),
persécuté, il est (1), poursuivi, pense être (2), vengeance divine, il est
l'objet d'une (3/1). Peur, arrive, que qq ch n' (2),
empoisonné, d'être (2), épreuves, de subir de dures (1), folie, de la (2),
seul, d'être (1).
Quelques autres signes psychiques dignes d'intérêt :
PSYCHISME: Agitation, journée (1). Aphasie (2). Confusion, identité, quant à son (1). Elocution, lente (2). Imaginations, vivaces,
très frappantes, perçues comme réelles (1). Occupation, amél
(2). Oublier, matin, réveil, au (2,2). Peur,
nuit, enfants, chez les (3,3), angles, de certaines maisons, de passer
devant (2 ; Arg-n.). Répondre, lentement
(2).
Les signes de la tête sont importants. Souvenez vous que dès
que le système nerveux commence à être impliqué, on doit envisager Kali-br.
TÊTE: Chaleur, diarrhée, pendant (1). Douleur, alternant avec, asthme (1,1), occiput, secouant la
tête, agg en (2). Engourdissement, cerveau, matin (1). Inflammation, méninges (2) [" Kali-br. est utile dans
ces mauvais cas de diarrhée infantile avec une diarrhée très liquide
associée avec des symptômes méningés " - Borland].
VISION: Obscurcissement, alcoolisées, après des
boissons (1).
OREILLES: Bruits, grondement, rythmique (2).
GORGE: Engourdissement (2).
ESTOMAC: Nausée, allongeant, côté, gauche, agg (1,1). Vomissements, surexcitation, après (1/3).
ABDOMEN: Douleur, crampe, colique, épreintes,
nouveaux nés, chez les, aphtes, avec (2,2), nouveaux nés, chez les,
périodique, 17 h (2,2). Sortir, sensation comme si le
contenu de l'abdomen allait (2), selle, pendant (1/1).
LARYNX: Insensibilité du larynx (2/1).
TOUX: Effrayés par la toux, enfants faibles et
nerveux réveillés par une toux sèche spasmodique qui les amène à hurler de
terreur (1/1). Grossesse, pendant (1).
MEMBRES: Agitation, mbres sup, main (3,3). Chorée, frayeur, suite de (2,2). Douleur, membres
inférieurs, sciatique, soudainement, vient et disparaît (3). Eruptions, indurations après éruptions (1/1). Mouvements, doigts, constants (1,1/3).
SOMMEIL: Insomnie, chagrin, suite de (2).
GENERALITES: Nuit, minuit, après, 2 h (1,1). Convulsions, colère, après (2), onanisme, après (1), règles,
avant (2), pendant (2), toux, pendant, coqueluche, dans la (3,3). Engourdissement externe, corps, de tout le (3,2). Parkinson, maladie de (2). Tremblement, faire
quelque chose, quand il doit
(3/1).
J'ajoute encore quelque points d'appel qui méritent d'être
connus:
Poursuivi, persécuté, insulté, accusé de vol,
etc.
Images, images la nuit, effrayantes ; visions horribles, entend des voix.
Aphtes chez les enfants
Peur la nuit chez les enfants.
Somnambulisme.
Sursauter, en dormant, suite de frayeur.
Bouffées de chaleur au visage pendant la ménopause.
Acné+++.
Grincer des dents en dormant. Dentition difficile.
Excitation sexuelle, désir excessif, érections, nymphomanie,
etc.
Remède de croup (laryngite diphtérique ou non d'ailleurs), de
croup membraneux (Spong., Brom., etc.). Convulsions pendant la
coqueluche.
Asthme, asthme infantile, alternant avec céphalée.
L'air expiré est très chaud.
Enfants faibles et nerveux réveillés par un toux sèche
spasmodique qui les amène à hurler de terreur (seul et unique, premier
degré).
Agitation de la main. Fait aussi plein de gestes : tripote les draps, joue avec les draps, se tord les mains, ainsi que
des mouvements involontaires de la main. Tremble quand il doit faire
quelque chose.
Insomnie chez les enfants ; à la ménopause ;
pendant la grossesse.
Organes cibles :
- Psychisme (dépression)
- Nerfs (convulsions, excitation sexuelle)
- Larynx
- Peau
Retenez les concomitants qui doivent faire penser à
Kali-br :
- Convulsions, spasmes
- Excitation sexuelle
- Agitation (des bras, des mains)
- Insensibilité, anesthésie
Voici un remède de plus auquel il faudra penser lorsque devant
un cas il vous semble qu'un polychreste ne s'adapte pas aussi bien qu'il y
paraît au premier coup d'oil.
Kali bromatum mérite d'être exploré et je pense que notre
équipe de PH parviendra à devenir suffisamment vaste un jour pour envisager
une nouvelle pathogénésie.
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