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Cicuta Virosa, le philanthrope déçu
Par Edouard Brousssalian (décembre 1998-décembre 2009)
Si vous vous contentez de ce qu'on lit dans les matière
médicales courantes, vous ne risquerez pas de trouver ce remède fréquemment
indiqué. En effet, il vous faudrait le prescrire quasi exclusivement sur des
notions épileptiques dont les convulsions se propagent typiquement vers le
bas.
De nos jours on ne voit plus de ces cas "héroïques" et il nous
faut réfléchir à des indications plus fines.
Ce sont certains cas dans lesquels Nat-m ou bien Sulph
semblaient indiqués mais ont échoué qui ont attiré initialement mon attention
sur ce remède très original. J'aimerais à travers cette étude vous faire
découvrir ce médicament dont l'action s'avère très étendue (d'ailleurs il va
bien falloir admettre qu'il n'existe pas de remède homéopathique d'action
restreinte). J'ai choisi de vous faire une description par petites touches, en
commençant par les signes les moins caractéristiques de sorte que toutes les
pièces du puzzle viennent trouver leur place jusqu'à former une image cohérente
du remède. Commençons par le commencement, à savoir quelques informations
botaniques et pharmacologiques.
Comme vous le montre la photographie ci-dessous, Cicuta
appartient à l'ordre des Ombellifères (la plante ressemble vraiment à une
ombrelle). Tous les membres de cette famille ont une action sur le système
nerveux, les muqueuses (catarrhe), la peau (éruptions pustuleuses ou
croûteuses).
Les Ombellifères connus et utilisés en homéopathie sont les
suivants : Aethusa, Ammoniacum gummi, Asa foetida, Cicuta, Conium,
Petroselinum, Phellandrium.
La comparaison est intéressante avec Conium qui
développe des symptômes lents de paralysie, alors que Cicuta excite le système
nerveux et provoque des spasmes. Les deux remèdes produisent des éruptions
croûteuses, notamment dans la région des lèvres où Cic a guéri des cancers
recouverts d'une sécrétion jaunâtre. Par contre Cic n'agit pas autant que Con
sur les glandes.
Dans le domaine de l'action spasmodique Asafoetida se
rapproche de Cicuta, son action anti-péristaltique est bien connue, avec les
phénomènes de boule dans la gorge, etc. C'est un grand remède d'hystérie alors
que Cic présente moins d'analogie avec ce type de phénomène. Asaf présente une
extrême sensibilité, c'est à peine s'il supporte d'être approché quand il a
mal ; cette sensibilité extrême est partagée avec Cic qui a besoin de se
retirer pour fuir ses facteurs d'agression.
On suit toujours le mode de préparation de Hahnemann avec la
teinture de racines fraîches ramassées lorsque la plante commence à
fleurir.
L'étude des signes mentaux du remède ne révèle pas grand chose
au premier abord. Tant que l'on n'a pas trouvé le fil d'Ariane, on ne peut pas
se faire une idée du remède tant on est en présence d'un galimatias de signes
totalement en opposition les uns avec les autres.
Ces signes sont très souvent retrouvés chez le patient Cic.
Pendant un long moment, il ne se souvient absolument pas de ce qui s'est
passé.
Vous verrez ainsi des étudiants à qui manquent des pans
entiers de cours, alors qu'ils ne se sont même pas rendus compte qu'ils
cessaient de prendre des notes. Quand ils ressentent le phénomène les patients
disent qu'ils sont littéralement "déconnectés". J'ai même vu des cas où le
malade était très capable de se mettre volontairement dans ce mode "off".
Cette fuite est l'une des premières pistes qui nous mèneront à la
compréhension du remède.
Très souvent le patient a des absences, plus ou moins
prolongées, ou bien est profondément absorbé dans ses pensées au point de ne
plus se rendre compte de ce qui se passe autour de lui.
Dans Hering on trouve description du même phénomène mais à un
stade plus poussé :
Le malade ne
reconnaît personne; il reste étendu sans reconnaître qui que ce soit, mais
quand on lui pose des questions il répond correctement; par la suite il n'a
aucun souvenir de ce qui s'est passé.
Cette capacité de répondre immédiatement du tac au tac alors
qu'il est parti dans son monde intérieur appartient en propre au remède.
Þ Il faut bien faire attention
de ne pas confondre ce signe avec celui, classique, d'Arnica, ou Baptisia. Dans ce cas le patient est dans un état stuporeux, répond
quand on lui parle, puis retombe dans sa léthargie. Alors que Cic peut
quitter son monde intérieur et atterrir immédiatement sans replonger
ensuite dans son inconscience.
Bien souvent on retrouvera un signe très voisin de ceux que
je viens de citer, c'est la tendance aux actions automatiques. La rubrique se
trouve dans le psychisme à Inconscience. Par exemple le malade Cic a
l'habitude de prendre sa voiture pour effectuer tous les matins un même trajet
jusqu'à son bureau. Il sera capable de conduire de façon automatique tout en
étant absorbé dans ses pensées ou bien tout en étant en mode "déconnecté".
C'est tellement vrai que le jour où il doit faire une course dans une
direction opposée de celle habituelle, il fera probablement plusieurs
kilomètres sur son trajet normal avant de se rendre compte de son erreur.
Tous ces phénomènes sont volontiers aggravés par la tendance
à se tromper dans les lieux, à se tromper dans l'estimation du temps. Comme le
malade a volontiers tendance à se réfugier dans son monde intérieur (jusqu'à
l'extase), il peut aller jusqu'à confondre la présent avec le passé (dans le
même ordre d'idée on a les symptômes Sens émoussés, Etrange tout paraît).
Þ Un grand distrait est Nux
moschata. Kent cite l'exemple classique de la ménagère interrompue
dans son travail et qui est incapable de se souvenir ce qu'elle faisait
l'instant d'avant. Là où Cic ressent des absences et se réfugie dans ses
pensées, Nux-m est extrêmement somnolent, avec une sécheresse de la bouche
très caractéristique d'autant qu'elle s'accompagne d'une absence de soif.
Il y a en outre une tendance à la défaillance et aux ballonnements
digestifs que Cic ne possède pas.
Þ C'est le moment de vous parler
de Natrum muriaticum qui est le grand diagnostic différentiel de
Cic et qui rivalise avec lui pour ce qui est des absences et autres
tendances à être absorbé dans ses pensées. Cela dit, Nat-m est absorbé par
les pensées tristes du passé qu'il ressasse, ce n'est pas le cas de Cic.
Nat-m est très réservé, tout comme Cic peut l'être quand il est sur la
défensive. Nat-m possède de nombreux signes alimentaires qui doivent le
départager de Cic, et surtout présente très souvent une > à l'effort
physique que peu de remèdes possèdent.
Voici une autre piste qui va nous aider dans la compréhension
du remède. Un symptôme où ce remède mal connu figure au troisième degré mérite
qu'on y prête attention.
Il ne s'agit pas (ou rarement) d'anticipation comme on le
voit dans Med, Lyc ou Carc, mais bien d'une préoccupation pour le futur, avec
un pessimisme souvent à peine masqué.
Souvent Cic est intéressé par le sort de l'humanité et
nourrit beaucoup d'inquiétude quant à son devenir. Parfois l'inquiétude est
plus centrée sur le malade lui même avec une peur de tomber malade ou la peur
qu'une catastrophe ne survienne.
Þ Ici, Cicuta est très proche de Sulphur pour le côté philosophe. Le sujet Sulph ressemble
volontiers au philosophe en haillon que décrit Hering, mais Cic aussi peut
être parfaitement indifférent à son apparence, d'où les confusions entre
les deux remèdes. Cependant il y a toujours dans Sulph un côté joie de
vivre, bon vivant, que Cic ne possède pas même si on le trouve au
troisième degré dans la rubrique Gaieté, bonne humeur. Au contraire, Cic
est souvent un déçu, qui peut encore avoir des accès de bonne humeur, mais
qui va de plus en plus chercher à se détacher du monde, pas à s'y
impliquer.
Avec les notions que nous venons d'évoquer, le décor est
planté. Il nous reste à éclairer la scène à l'aide du symptôme qui nous livre la
clé du remède.
PSYCHISME: Hommes, fuit la
sottise des (1/1). Misanthropie, fuit la
sottise des hommes (1/1).
Cic est le seul et unique remède (j'ai jugé utile de placer le
premier symptôme aussi comme sous rubrique de Misanthropie).
Maintenant, quelques explications. Cic est un très grand sensible, très pudique à l'instar de Nat-m, voici quelques rubriques très
importantes à garder en vue :
PSYCHISME: Compassion (2). Douceur, gentillesse (1). Effrayé, facilement (1). Hommes, fuit la sottise des (1/1). Misanthropie, fuit la sottise des hommes
(1/1). Parler, déplaisantes, de choses,
agg (1). Racontant ses symptômes, agg en
(1). Sensibilité, histoires tristes, aux
(3,2/1). Surexcitation, horribles, après
qu'on lui ait parlé de choses (1). Tristesse, histoires tristes, suite d'
(3/1).
Cette petite liste de symptômes va nous permettre d'expliquer
pourquoi Cic a besoin de fuir des choses qu'il ne peut plus
supporter.
Þ Soulignons ici la grande
ressemblance avec Pulsatilla dont Cicuta partage le côté doux,
gentil, et surtout très compatissant. Les deux remèdes étant très < par
le fait d'avoir à raconter leurs symptômes. Alors que Cic va chercher le
salut dans la fuite et le repli, Puls aura besoin d'affection, fera tout
pour l'obtenir.
Fondamentalement doux et compatissant, le sujet Cic se trouve
choqué par les réalités de la société ou les comportements humains qui ne
cadrent pas avec ses valeurs morales.
L'un de mes patients à qui j'avais donné sans le moindre
résultat Nat-m puis des tas d'autres remèdes sur son côté très introverti,
maigre et déprimé a été transformé par Cicuta. Pendant la guerre en Yougoslavie,
il n'avait pas hésité à se porter volontaire pour conduire des camions afin de
ravitailler les populations civiles tout en suspendant ses affaires habituelles
car il estimait de son devoir d'être humain d'aller porter secours à ceux qui en
avaient besoin. Une fois là bas, il a été très déçu du comportement de tas de
gens censés s'impliquer bénévolement, il a aussi été très marqué par les
histoires abominables qu'il a entendues. Une fois rentré chez lui, il s'est
renfermé de plus en plus, quittant de moins en moins sa maison. En consultation
il lui répugnait fortement d'aborder ces sujets qui le touchent trop en disant
qu'il préférait ne pas y penser.
Vous voyez ainsi comme tous les ingrédients sont réunis pour
faire un sujet Cicuta. Retenez absolument la liste ci-dessus, elle vous fait
comprendre ce cheminement depuis un être sensible qui se retrouve déçu, et qui
se replie sur lui. Cic peut recouvrer une bonne humeur et même de la gaieté
chaque fois qu'il sentira qu'il est apprécié ou qu'il est dans une ambiance
amicale, mais n'ira pas à priori de lui même rechercher la consolation ou la
compagnie comme Pulsatilla.
Retenez les mots clés:
Sensibilité, compassion, valeurs morales
Déception, chagrin
Fuite, repli sur soi
Soit dit en passant, je pense que l'on peut ajouter sans la
moindre discussion Cic au troisième degré dans la rubrique Déception.
Avec bien des aspects différents, la fuite se manifeste à tous
les niveaux dans Cicuta.
Nous avons vu tout d'abord les signes mentaux d'absence ou de
réflexions profondes, ce n'est que l'une des facettes.
Cicuta, dégoûté par le comportement des hommes va chercher à
les fuir.
PSYCHISME: Chez-lui, désire rentrer (1). Compagnie,
aversion pour la (3), étrangers, pour la présence d' (3), évite la vue des
gens (3), règles, pendant, désire qu'on la laisse seule (1,1). Folie, fuir, tente de (1,1). Inconscience (2). Inconscience, automatismes (1),
périodique (2/3), reconnaît personne mais répond correctement quand on le
touche ou quand on lui parle, ne (1/1). Indifférence, apparence, à son (1). Peur, foule, dans la (1), gens, des (1),
gens, des, hommes, des (3,2). Reconnaît,
pas, proches, ses (1). Suspicieux,
méfiant (3). Taciturne, désire garder le
silence (1). Travail, intellectuel,
désir de, soir (1,1/3).
Parlons pour en finir tout de suite des symptômes
extrêmes : ne reconnaît plus ses proches, folie avec tentative de
s'échapper. Il va de soi que cela ne se rencontre pas fréquemment.
Par contre l'aversion pour la compagnie nous amène à parler
d'un comportement très souvent rencontré. Le malade Cic ne veut surtout plus
rencontrer de gens qu'il ne connaît pas. La foule lui est insupportable, non pas
à cause d'un sentiment de claustrophobie comme cela se voit dans bien d'autres
remèdes mais à cause du dégoût que lui procure le sentiment d'une foule anonyme
aux réaction souvent instinctives. Les patients Cic décrivent très bien qu'ils
ne supportent pas l'absence de respect d'autrui dont font preuve les gens qu'ils
croisent (bousculade dans la rue, cigarettes jetées n'importe où, etc.), alors
plutôt que de se mettre en colère et de se révolter, il préfèrent ne plus avoir
à les rencontrer.
Þ L'indignation est une composante
que vous retrouverez omniprésente dans Cicuta. Cela ne va pas sans rappeler Staphysagria. Ce dernier remède est celui de la dignité blessée chez
quelqu'un qui recherche la quiétude, ne désire surtout pas créer de
conflits. Dans Staph il y a un côté romantique, nostalgique que Cic peut
présenter éventuellement, ainsi qu'une extrême sensibilité pour les
"impressions externes" comme disent les textes, c'est à dire une tendance à
se vexer facilement, à prendre les choses du mauvais côté, etc. Le sujet qui
a besoin de Staph est souvent marqué par une histoire personnelle d'injustice, alors que Cic est déçu du comportement de l'humanité (il
fuit la sottise des hommes, il faut comprendre le terme au sens de
l'humanité), c'est une grosse nuance. Il y a une forte excitation sexuelle
dans Staph, avec un goût prononcé pour les choses épicées, une tendance aux
condylomes, aux chalazions, cystites, et orgelets qui font la
différence.
On comprend que le malade Cicuta ne sorte plus guère de chez
lui ou qu'il désire y rentrer au plus vite une fois qu'il en est sorti. Cette
tendance à rentrer chez soi est très évocatrice, elle peut se confondre avec le
repli de Nat-m, cependant plus précisément il faut évoquer deux
remèdes :
Þ Bryonia, qui présente une
peur de l'avenir, de l'irritabilité facilement contre les autres et qui
désire rentrer chez lui. Cependant la comparaison s'arrête là car Bry est un
terre à terre qui n'a jamais songé une minute au bien de l'humanité, son
anxiété pour l'avenir revient à la peur de manquer, et le désir de rentrer
chez lui est lié à l'aversion pour le mouvement.
Þ Baryta carbonica, qui
aime à rester chez lui et qui a peur de l'avenir. Chez Baryta ceci est lié à
la timidité, au manque extrême de confiance en lui. Ainsi la maison avec
tous ses repères bien connus est un havre de paix, qui rassure le malade. La
peur de l'avenir s'explique par le fait que Bar-c se rende compte de ses
déficiences et vive l'avenir avec beaucoup
d'anticipation.
Un des refuges de Cic sera le travail intellectuel. Le
répertoire ne mentionne que cette modalité du soir mais très souvent ce sont des
gens qui aiment poursuivre des travaux littéraires, philosophiques, etc.
Souvent, du fait des circonstances que nous venons de voir, le patient Cic est
peu causant, taciturne, voire méfiant.
Nous venons de brosser le tableau d'un individu sensible,
possédant souvent de hautes vues sur l'avenir de l'humanité, mais qui se trouve
heurté de plein fouet par une réalité qu'il trouvera sordide bien plus que nul
autre. Comment réagira-t-il ?
A ma connaissance il y a deux types de réactions, qui peuvent
d'ailleurs se rencontrer chez le même individu.
Initialement les provings font ressortir le comportement
enfantin en liaison avec l'épilepsie.
Une femme en
sortant de ses crises de catalepsie adopte souvent un comportement
puéril.
Un homme croit qu'il est un enfant et agit en
conséquence ; il a un rire niais, il joue avec des jouets et accomplit
d'autres actes qui sont habituellement l'apanage de
l'enfance.
A la lumière des cas que j'ai rencontré, je pense que la
réalité (actuelle tout du moins) est plus subtile. En fait ce sujet blessé va
chercher à attirer l'attention sur sa souffrance sans rechercher la
consolation pour autant. Cette position un peu hautaine et fière explique la
présence du remède dans les rubriques :
PSYCHISME: Critiquer sévèrement, porté à (1). Hautain, arrogant (1). Méprisant (1). Reproches, fait des
(1).
A force de déception, Cicuta fait des reproches à tout le
monde, et peut finir par avoir un côté hautain, à s'estimer au dessus des
autres du fait qu'il finit par croire qu'il est le seul à posséder des valeurs
humaines et morales dans un "monde de dégénérés".
Þ Platinum est ici l'un
des diagnostics différentiels de Cicuta. Plat a toujours un côté
autoritaire et s'affiche dans des tenues extravagantes, coûteuses ou très
impudiques, alors que Cic ne cherche pas à paraître, se moque de son
apparence (c'est peut être même une forme supplémentaire de contestation).
Il est vrai que souvent Plat est un sujet très idéaliste qui a été lui
aussi déçu par la réalité. Cette déception chez Plat se compense soit par
un côté "Natrum" à ressasser les choses tristes du passé soit par un
narcissisme effréné. Cela ne ressemble en rien à
Cicuta.
Son côté sensible ne lui permettant pas de s'extérioriser
facilement, n'oublions pas que Cic est < en parlant de choses désagréables,
il ne lui reste plus qu'à faire le pitre pour se faire remarquer :
PSYCHISME: Chanter (2). Crier, hurler (3)#0 1037. Danser (2). Danser, grotesque, de façon (2). Gaieté, joyeux, de bonne humeur (3). Gestes, fait des (1), ridicules ou
stupides (1). Plaisanter (2). Plaisanter, ridicule ou sotte, de
façon (2). Pleurer, humeur larmoyante
(3), bruyamment (1). Puéril dans son
comportement (3). Ridicule,
comportement (1). Rire (1). Rire, stupide
(1).
Notre Cicuta sensible n'hésitera pas à recourir aux
plaisanteries les plus grasses, à faire rire à tout prix, faire le pitre,
chanter, etc. Cela ressemble autant à une forme de provocation qu'à une
tentative de conjurer leur propre sensibilité en jouant à être le plus
rustique possible, c'est à dire aux antipodes de ce qu'ils sont
réellement.
Parfois, le ras le bol parvient à dominer, alors la colère
interne peut se faire jour.
Le répertoire nous livre les rubriques suivantes :
PSYCHISME: Haine (3). Impulsif (2). Irritabilité (1). Malveillant, rancour, ressentiment,
etc. (1). Mécontent, contrarié (1). Rage, furieux (1). Répondre, sèchement, sur un ton
cassant (2). Sensibilité, bruit, au
(1). Violent (3). Violent, actes violents, rage le
portant à des (1).
Notre sujet Cic peut alors exprimer tout le ressentiment
qu'il peut éprouver à l'encontre de personnes qui l'ont offensé (Staph) mais
là encore il s'agit rarement d'histoires personnelles, c'est très souvent une
colère contre des personnes responsables aux yeux de Cicuta d'actions
anti-humanitaires. On découvre ainsi que Nat-m n'est pas le seul remède à
présenter cette haine d'Indien comme dit Lathoud, Cic peut avoir la dent aussi
dure.
Très souvent des impulsions peuvent submerger le sujet qui
présente alors de vrais accès de rage.
Þ Nux vomica se discute à
cause d'un tel comportement, de la sensibilité au bruit, de la compassion.
Parfois les colères, la sensibilité au bruit sont les seules facettes que
nous expose un patient Cicuta. On aura alors vite fait de confondre avec
Nux. Pourtant on se rendra compte que les modalités habituelles de Nux
sont absentes, il n'y a pas de goût pour la bonne chère, le vin, le café,
les choses relevées, ni l'insomnie, ni les ballonnements, ni le côté
tatillon. Alors il faudra évoquer
Cic.
Même si de nos jours on prescrit rarement Cicuta pour des
troubles épileptiques, il n'en demeure pas moins que ce remède flirte toujours
avec des phénomènes neurologiques.
Ces symptômes sont très souvent rencontrés, le répertoire
nous donne une idée de leurs diversité :
TETE: Chocs, coups, secousses,
dans la tête (2), électriques, comme des décharges (2),
froid, air froid (2/1), mouvement, au (2), soudains (2), extension, membres, aux (3/3).
ESTOMAC: Chocs (3). Chocs, convulsions, avant (3/1).
DOS: Chocs, le long du rachis
(1), dorsal (1).
MEMBRES: Chocs dans les
membres, sensation de (2), mbres sup (3), gauche (2), mbres inf (2), violent, provoque une secousse des membres
(1/1).
GENERALITES: Chocs, comme une
décharge électrique (2), commotion cérébrale, suite de (1/1), sens, en recouvrant les (1/1).
TETE: Mouvements de la tête,
secousses (2), secousses, allongé sur le dos, agg étant (2), arrière, en (2), parlant, en (2/1).
DOS: Douleur, secousses
douloureuses, coccyx (2,2), coccyx, règles, pendant (2/1).
MEMBRES: Secousses (3), mbres sup (3), gauche (2), avant-bras (3), parlant, en (1/1), doigts (3), doigts,
épilepsie, dans l' (3/1), mbres inf (3), pied (2).
GENERALITES: Douleur,
secousses, par, externes (1). Secousses internes (1), convulsions, comme des (2), muscles, myoclonies (3,2).
Les variations sont très larges depuis la sensation d'un choc
en passant par la décharge électrique, jusqu'à la vraie secousse d'un membre.
Les épileptiques décrivent très bien la sensation de choc à l'estomac avant la
crise. Cependant je vous conseille de chercher systématiquement la sensation
de choc soudain dans la tête, un grand nombre de patients la présentent. Avant
que vous ne leur en parliez c'est quelque chose sur lequel ils ont de la peine
à mettre une définition, il s'agit d'un ébranlement soudain plus ou moins
accompagné d'une perte des sens, de la vision, sans qu'il s'agisse d'un banal
vertige positionnel. Très volontiers, cette sensation se propage dans le
rachis et s'accompagne de la sensation comme si le cerveau se décrochait.
A d'autres moments, le patient peut être tranquillement assis
devant la télévision et faire bondir tout le monde autour de lui par
l'extension soudaine d'un membre.
Natrum muriaticum a surtout de l'agitation des membres
inférieurs, des impatiences comme disent les malades. Il arrive aussi dans
Nat-m d'avoir des secousses mais celles-ci ont souvent lieu lors de
l'endormissement, c'est différent de Cic qui a des décharges soudaines en
étant éveillé.
Les rubriques suivantes nous donnent une idée de la
sensibilité nerveuse du remède :
PSYCHISME: Effrayé, facilement
(2). Sursauter (1). Sursauter, bruit, au (3,2),
facilement (3,2), frayeur, suite de (3,2), lit, agg au
(0/3).
Le toucher occasionne de nombreux troubles, on ne compte plus
les douleurs contuses que présente Cicuta, où le malade a mal au moindre
toucher. Dans les cas banals le toucher entraîne des sursauts, mais cela peut
aller jusqu'à provoquer des convulsions.
Le sujet est effrayé facilement, cela se manifeste bien sûr
par des sursauts mais Kent cite le cas d'enfants qui se mettent à loucher
chaque fois qu'ils ont peur.
Þ La sensibilité au toucher, les
sursauts, les chocs dans la région de l'estomac peuvent aussi faire penser
à Kalium carbonicum. La ressemblance s'arrête là, Kali-c étant
conservateur, terre à terre, bien régulier en tout. Cependant Kali-c
présente volontiers une sensibilité pour ce qui est juste, ce qui est
injuste, là ou Cicuta est préoccupé par le bien de l'humanité. Il y a dans
Kali-c une tendance à s'accrocher, la peur de lâcher prise, par exemple
c'est souvent le remède de femmes qui restent avec des maris qui leur en
font voir de toutes les couleurs. A l'opposé Cic se détache peu à peu de
tout le monde. De plus, Kali-c ne présente certainement pas une tendance
convulsive aussi marquée que Cic.
Suites de traumatismes de la tête ou
du rachis
Décidément il est difficile de nous séparer de Natrum
muriaticum qui présente lui aussi cette modalité. En fait Cicuta est un grand
remède de traumatismes, pas seulement moraux :
PSYCHISME: Traumatismes,
symptômes mentaux suite de (1). Tristesse, traumatisme crânien, suite
de (2).
VERTIGE: Traumatismes de la
tête, après (1).
TETE: Commotion cérébrale (3). Douleur, traumatismes, après
(2,2). Traumatismes de la tête,
suite de (2).
GORGE: Traumatismes de
l'osophage (2/1), os, esquille (2/1), convulsions,
provoque des (2/1).
GENERALITES: Choc suite de
traumatismes, état de (2). Chocs, commotion cérébrale, suite de (1/1). Convulsions, commotion cérébrale,
suite de (3), esquille dans la gorge, suite d' (2/1),
traumatismes, suite de (2). Plaies et blessures (1)5, couteau, plaie par (1),
échardes, par des (3,2), pénétrantes (1). Traumatismes, commotion (1),
glandes (1).
La nature convulsive du remède apparaît pleinement à
l'occasion d'une agression externe, que ce soit un choc sur le tissu nerveux,
ou même une simple piqûre.
Þ Dans le domaine des plaies
pénétrantes, les rois sont bien sûr Ledum palustre et Hypericum. Dans Ledum on assiste aux phénomènes de froideur des
parties lésées, alors que le patient ne les ressent pas comme froides.
Hypericum quant à lui est indiqué quand le même traumatisme lèse des
nerfs, avec l'apparition de douleurs, d'élancements violents (névrite).
Ici nous voyons que Cic provoque des convulsions par seul effet réflexe
des nerfs, ce n'est pas du tout le même tableau que nos deux autres
larrons, cependant il était utilisé avant que l'on ne connaisse Led et
remplissait honorablement ses fonctions de prévention du
tétanos.
Pour en revenir aux signes faisant suite à un trauma crânien,
Cic peut développer aussi bien des convulsions, du strabisme convergent (ceci
ne figure pas dans le répertoire), qu'un état anxio-dépressif.
Þ Le remède qui se discute ici
est Natrum sulfuricum d'autant que Cic peut présenter lui aussi des
idées de suicide. Comme tous les Natrum, le sulfuricum est sensible et
renfermé, mais comme le dit très bien Vermeulen, c'est le moins sensible
et le plus renfermé des Natrum. Ce sont des gens très réalistes,
objectifs, pas spontanés, terre à terre, avec un fort sens des
responsabilités, du devoir, etc. Ici encore Cicuta se démarque par sa
sensibilité particulière qui touche à l'humanité, aux hommes en général.
Le sens du devoir de Cicuta est en rapport avec l'humanité, celui de Nat-s
sera bien plus centré sur lui et ses proches.
Très souvent le patient Cicuta présente des vertiges, cela se
conçoit facilement avec l'irritation nerveuse qui caractérise le remède. Bien
sûr il peut s'agir de vertige après un trauma crânien, mais toutes sortes de
vertiges peuvent se rencontrer.
Il y a souvent une tendance à tituber, vaciller, voire
chuter. Cela peut être un très fort malaise orthostatique avec perte de la
vision, et les sensations classiques dans la tête de secousse, décrochage du
cerveau, etc.
Fort heureusement, nous ne sommes plus appelés à voir des cas
tels que Kent les décrit, mais par souci d'exhaustivité, je vous livre sa
description qui ne saurai être plus complète :
"Pendant la période d'invasion de la méningite, le malade est
assis sur une chaise et parle comme si de rien n'était jusqu'au moment où, en
un éclair, il passe à un autre état dans lequel il ne reconnaît
personne ; il tombe à la renverse, flasque ; on le met au lit et,
quoiqu'il réponde aux questions, il reste dans un état semi conscient où il ne
reconnaît personne. Cet état peut faire place à des convulsions : la tête
est rejetée en arrière par des spasmes ; . les spasmes commencent à la
tête et progressent vers le bas. Chocs violents dans la tête, les bras et les
jambes. Tête très chaude et extrémités froides, comme chez Belladona pendant
les convulsions. Transpiration du cuir chevelu en dormant. L'enfant roule la
tête d'un côté à l'autre. Tête très chaude. Le strabisme sera peut être le
seul signe que présentera l'enfant à la suite de l'irritation cérébrale."
Pour compléter le tableau de Cicuta, il ne faut pas manquer
d'évoquer les éruptions.
Bien que ce remède soit très riche en éruptions en tous genres,
je me concentrerai sur l'extrémité céphalique qui est la partie la plus souvent
atteinte.
Le patient Cic présente des éruptions dans la barbe, ou bien
les favoris. D'une façon générale je crois pouvoir affirmer que Cic présente
des éruptions des parties pileuses où qu'elle soient (barbe, sourcils, thorax,
etc.).
Cic répond aussi très bien aux éruptions survenant après le
rasage.
C'est le classique eczéma croûteux. Les croûtes dans la tête
sont une constante de Cicuta. L'association croûtes + convulsions correspond
quasi exclusivement à Cic (Morrison).
Parfois il s'agit de banales pellicules, mais en général le
malade Cicuta présente quelque croûtes qui suintent volontiers des sérosités
jaunâtres qui peuvent saigner quand on les détache.
Je n'ai encore jamais rencontré de patient présentant des
désirs alimentaires marqués. Classiquement Cicuta présente l'envie de manger
des choses indigestes, du charbon, etc. Il y a aussi l'envie d'alcool, de
choux, et de féculents.
Le remède est capable de provoquer toutes sortes
d'ulcérations. Kent cite des cas de cancer des commissures labiales guéris par
ce remède (Con.).
Il y a cependant un ulcère que le répertoire ne cite pas mais
que Cicuta guérit aussi bien, c'est celui de l'estomac. Dans le cas de
violentes contrariétés, au lieu de penser systématiquement à Lyc ou Nat-m
évoquez aussi Cicuta.
Dans le répertoire vous trouverez une rubrique où Cicuta est
seul au premier degré : marche sur le bord externe du pied.
L'observation d'un bon nombre de sujets Cicuta m'a permis de
préciser le sens de ce symptôme. En fait de marche, disons que très volontiers
les sujets se tiennent le pied en varus, posé sur le bord externe.
Si vous rencontrez des adolescents en plein crise
existentielle, déçus de l'humanité, qui s'assoient volontiers n'importe où
avec les pieds dans cette position, ne donnez ni Staph ni Nat-m mais bien
Cicuta ! C'est caractéristique du remède.
Maintenant que vous venez de l'étudier en détail, je redoute
comme toujours que vous vous mettiez à prescrire abusivement Cicuta alors que
Natrum muriaticum, Sulphur ou Staphysagria seraient mieux indiqués.
C'est un remède très riche qui risque de beaucoup nous
surprendre si on sait le dépister, je pense notamment qu'à l'avenir d'autres
observations permettront d'enrichir nos connaissances sur ce médicament très
attachant, qui ressemble à bien d'autres mais qui possède sa personnalité
propre.
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