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DESCRIPTION DU CAS CLINIQUE HOMEOPATHIQUE

Cas 19 Enfant Elisa, rhinos répétées

     Proposé par : Jean Lafeuillade

Ce cas nous est présenté par notre excellent Jean Lafeuillade. Ses propos apparaitront en couleur bleue, les miens avec la couleur habituelle. Je lui laisse la parole.

Elisa a 15 mois. La maman (et le papa) aiment beaucoup Gainsbourg ! En janvier 97, elle vient me consulter pour des rhino qui reviennent au changement de temps, après avoir pris froid suite de bain. Dès que la fièvre s'installe la face de vient rouge cramoisie, la toux est sèche, presque aboyante, dans la soirée, grasse le matin. La soif est importante au début, puis le lendemain absence de soif durant la poussée fébrile. Première prescription : R1.

En juin 97, Elisa revient consulter pour un nouvel épisode rhino-bronchite. Elle a été très bien durant les six mois. A la suite de bain, dit la maman, elle fait une fièvre subite sans soif avec selles dures absence de transpiration et toux sèche nocturne, grasse le jour. Elle présente des éructations durant la poussée fébrile. On note une rougeur de la vulve à l'examen. R1 ayant bien marché, je le redonne, avec la même dilution.

En août 97 : à la suite de bain à la Méditerranée, et/ou d'une poussée dentaire, (dixit la maman), nouvel épisode fébrile avec éructations, absence de soif, toux aboyante, sèche dans la soirée, grasse dans la matinée. Chaque fois qu'elle urine, elle crie, se plie en deux, et refuse qu'on lui baisse la culotte. Comme j'avais déjà observé en septembre 96, l'un de ces symptômes, je reconsidère le cas. Prescription R2. Amélioration rapide de l'ensemble des symptômes. (C'est la mère qui vient de me téléphoner).

NB- Excusez le manque de recul.

Question : R1 et R2. Et surtout vos raisonnements ; je vois que la canicule agite le sang du Cour et trouble les esprits. Modérez-vous les gars, c'est un cas hyper - simple.

 

Fièvre subite sans soif ?/ selles dures / absence de transpiration / Toux sèche aboyante < soirée devenant grasse le jour/ < suite de bain ou de chgt de temps


REPONSES CAS CLINIQUE HOMEOPATHIE

Alain JeanMairet de compuserve.com

Bonjour,

La petite Elisa, avec sa fievre soudaine apres avoir pris froid au sortir du bain, son visage cramoisi, sans la moindre goutte de transpiration, sa toux seche et aboyante, je lui aurais donne belladonna (C30).

Elisa, Elisa, Belladonna, Belladonna (belle dame), ca aurait surement plu à Gainsbourg, non? (bon, ce n'est pas une raison, d'accord.)

Six mois plus tard, avec en gros le meme schema, je repete bell.

Mais si elle revient une nouvelle fois deux mois plus tard, avec toujours le meme ensemble de symptomes, je cherche un remede plus profond, correspondant a la chronicite des affections presentees, et, considerant aussi que bell a donne satisfaction pendant les phases aigues, je donne son complement naturel: calcarea carbonica, aussi en C30.

Amities

 

Bien vu le raisonnement avec Calc en complémentaire chronique. D'autant que Calc possède les leucorrhées chez les petites filles, symptôme qui risque de nous être utile dans ce cas. Cependant je ne vois pas d'autre signe qui appelle le remède.


Jean-Claude.Ravalard de wanadoo.fr

Bonjour à tous,

Je vous souhaite un grand bonjour de la côte vendéenne où j'ai passé quelques jours de vacances .Je n'ai pas encore trop l'habitude de Netscape aussi je vous envois ce message sous toute réserve ...

Elisa fait donc des rhinos à répétition, survenant souvent après un bain (< après avoir été mouillé). Je retiens comme S. Généraux de l'accès :

Début brusque, fièvre subite

La face rouge pendant la fièvre

La toux sèche le soir

Elle a soif au début (pendant le frisson ?) mais n'a plus soif le lendemain . Le remède choisi devrait donc avoir les 2 modalités .

Il n'y a pas de S. mentaux notables .

J'aurai choisi un remède sans doute de similitude incomplète mais un remède aigu, d'action rapide, soit Belladonna 200 .

En R2, ce qui m'étonne, c'est la coexistence de signes urinaires avec la rhinopharyngite, elle crie au moment de la miction, et également les éructations pendant la fièvre .

D'où la répertorisation ci-jointe .

Et le choix de Lachesis 200 .

J'ai quand même des doutes ...

Amitiés

 

Je réfléchis de mon côté... R2, je vois ou du moins je crois, car ce n'est pas un remède fréquent. R1 je me serais aussi simplifié la vie en donnant Bell, mais toujours en ce cas il faut se creuser la tête pour apercevoir le remède chronique.


frederic.schmitt de hol.fr

J'aurais donné Bell, qui colle avec l'ensemble du tableau. R2 : j'ai déjà rencontré le symptôme éructation pdt la fièvre, qui m'avait conduit à Lach, sachant que Lach est aussi présent ds la rubrique : shrieking before urinating in children, j'aurais prescrit Lach comme R2.

J'aurais cependant demandé une CBU devant ce symptôme, car si l'homéopathie est une thérapeutique elle ne remplace pas le diagnostic! et certaines affections ne sont pas du ressort de l'homéopathie. Je me suis fait "avoir" plusieurs fois, sur des infections urinaires basses, diagnostiquées par CBU avec disparition des symptômes sous homéopathie, évolution à bas bruit et récidive avec pyelonéphrite une semaine après.

J'ai même une patiente qui s'était fait "soigner" une infection urinaire par un confrère homéopathe et cela s'est terminé par une néphrectomie pour abcès de la loge rénale. Non seulement cela n'est pas éthique mais en plus donne une mauvaise image de l'homéopathie. C'est pourquoi nous devons être doublement vigilent. Certaines affections ne sont pas du ressort de l'homéopathie.

La reconnaissance de ses propres limites est fondamentale, pour tout praticien, mais me semble-t-il encore plus pour l'homéopathe. Car un défaut fréquemment retrouvé, et là je fais mon autocritique également, est le sentiment de toute puissance que nous pouvons avoir l'impression de détenir avec nos granules. Il n'y a rien de plus dangereux que ce sentiment. D'autre part les limites de l'homéopathie variant avec l'homéopathe, il va sans dire qu'un tel pourra soigner telle affection et pas un autre. Les limites varient donc avec le thérapeute.

Et je vois aussi un danger si les homéopathes enseignants transmettent cette toute puissance devant des maladies parfois avancées sans mise en garde très sérieuse ; cela risque d'inciter les nouveaux à se croire eux aussi capables de tels exploits et de déboucher sur une néphréctomie pour abcès rénal, un coma diabétique alors qu'on a donné Nat mur sur ses symptômes classiques (polyurie, amaigrissement alors qu'il mange bien) ou un décès par défenestration après une dose d'Aurum chez un malade qui "pourtant" en avait bien le tableau classique, en oubliant tout des notions de médecine classique!!! Restons médecins avant tout. Certaines affections ne sont pas du ressort de l'homéopathie.

Si je formule ces mises en garde, c'est que moi-même je suis passé par cet écueil, et n'y suis pas à l'abri totalement si je n'y prends garde à chaque instant.

Si j'avais un souhait général à formuler concernant Planète Homéo, cela serait d'inclure l'étape diagnostique, les résultats de l'examen clinique et des examens complémentaires, de façon à avoir une attitude scientifique et rationnelle. L'homéopathie n'est pas un amusement ni un jeu de l'esprit, mais une attitude thérapeutique qui fait suite à un diagnostic...

 

Oula, notre Frédéric joue au Schtroumpf grognon dirait-on ! Permets-moi de citer le préambule à nos cas cliniques qui se trouve dans la partie supérieure de la fenêtre d'affichage: "Dans un but didactique, nous centrons volontairement l'exposé des cas sur le plan du diagnostic homéopathique, quitte à négliger d'autres aspects inutiles ici, relevant de la médecine générale". C'est bien pourquoi cette partie du site est réservée aux médecins que nous présupposons capables de poser le diagnostic de pyélonéphrite devant une infection urinaire fébrile. Tu n'as peut être pas lu le cas clinique 13, où un confrère avait déjà posé une telle question ? Je trouve qu'autrement cela ressemblerait trop à un déballage pompeux de connaissances que nous sommes tous cencés avoir, alourdissant inutilement le débat, avec toujours plus ou moins l'arrière pensée de rassurer nos confrères non homéopathes que nous aussi nous savons faire un diagnostic.

Au reste ta mise en garde est parfaitement légitime: il faut savoir ce que l'on soigne et poser d'abord un diagnostic. Mais ceci n'est pas nouveau, Kent ne le répète-t-il pas à l'envi ? Seul le diagnostic nosologique permet de connaître ce qui est banal et donc inintéressant, de ce qui est rare et inusité. Le tableau de Nat-m qui maigrit, avec polyurie et polydipsie est banal d'un diabète, et n'est en rien dans ce cas un tableau de Nat-m (dans une même circonstance, Lach vient de me donner un résultat étonnant, ce qui n'a pas empêché un bilan hospitalier et le maintien de 7 unités par jour d'insuline). De toutes façons, nous faisons tous des erreurs, c'est inévitable, le tout est d'en faire le moins possible...

Comme il existe des très bons sites de médecine classique où l'on peut s'exercer au diagnostic (où notre cher Jean Mi Bolzinger est unanimement respecté et montre que ce ne sont pas seulement les médiocres qui sont homéopathes), je crois que l'intérêt même de Planete Homeo réside dans notre spécialisation sur le plan thérapeuthique homéopathique.

Pour revenir à notre cas clinique. Je pense que Bell allait tôt ou tard nous claquer entre les doigts, n'ayant pas d'action chronique suffisante.

D'autre part Bell ne couvre pas le symptôme caractéristique des éructations pendant la fièvre. Le répertoire nous donne Cub, Lach, Ran-b.

Deux solutions se présentent. Si l'on prend le symptôme au pied de la lettre "crier en urinant", Lach se dégage.

Mais si l'on réfléchit plus loin, on constate que le diagnostic à poser est soit celui d'une pyélo, soit celui bien plus vraisemblable d'une histoire dentaire plus ou moins compliquée d'un coup de froid et de toux (les étiologies me paraissant ici fumeuses, je les néglige). Mais alors comment explique que la petite crie ? Eh bien je me base sur l'examen précédant de Jean qui note une rougeur de la vulve. On peut envisager que le pipi fasse mal là ou la peau est à vif. Dans cette optique c'est Cubeba qui devient indiqué, car c'est le seul remède de la liste Cub, Lach, Ran-b qui possède de façon typique les écoulements chez les fillette, ainsi qu'un impact aussi net sur les muqueuses génitales.

Pour R2 je donnerais donc Cubeba 200.

 

 

Well, well,

Je dois revenir un instant sur le début de ce dossier. La maman fait partie de ces patients hyper consciencieux, qui ont l'habitude de reconnaître quelques symptômes modalisés de début afin de donner d'elle-même dès les premiers signes caractéristiques Bell. Quand elle vient me voir, c'est en général parce qu'une toux particulière s'est installée et qu'elle dure.

L'absence de soif durant la fièvre ( au cours des 4 épisodes depuis septembre 96 ) n'est pas toujours caractéristique, elle peut exister dès le début ou apparaître après 2-3 jours. Cette toux est sèche constante, irritante, apparaît dans la soirée, et devient grasse dans la matinée.

En octobre et janvier 97, j'avais donc prescris sur les caractéristiques de cette période charnière qui suit une brusque montée fébrile et qui présente une succession de toux sèche dans la soirée, grasse dans la matinée, avec l'absence de soif durant cette deuxième période. PULS. M avait donné une amélioration de 6 mois jusqu'en juin ( ce qui n'était pas le cas auparavant ).

Mais en relisant le dossier depuis son départ, je me suis rendu compte que j'avais prescris de façon un peu routinière sans tenir trop compte des appels du pied réitérés de la mère: toux aboyante, croupale dans la soirée, éructations durant la fièvre, et rougeurs de la vulve.

C'est sur ces indications que j'ai eu l'idée d'ouvrir le répertoire, et comme l'a si bien suggéré Edouard, trouvé l'indication de CUB.

En ce qui concerne les menaces de pyélonéphrite suggérées par Frédéric, je tiens à rassurer tout de suite tout le monde en disant que ce genre de considération m'a paru sortir du débat comme l'a fait très justement remarquer Edouard. J'entretiens d'excellents rapports confraternels avec son médecin traitant qui est le Docteur Jean-Pierre Mariani, que certains connaissent bien sur le site, qui suit l'enfant habituellement et qui avait effectivement fait tout le nécessaire. S'il vous plaît, ne versons pas dans la démesure.

L'intérêt de cette observation est de servir de support à la XXXVI° conférence de Kent, dans la Science et l'Art de l'homéopathie : (2°prescription) : §8 sur le remède complémentaire. L'indication de Pulsatilla me semblait assez évidente, mais ne couvrait pas les symptômes d'éructations durant la fièvre. Or à chaque épisode, cette sonnette d'alarme retentissait sans que j'y prête attention. Vous le verrez Puls. et Cub. possèdent de nombreux points communs en ce qui concerne les aggravations vespérales de la toux, et les concomitances de signes génito-urinaires chez la petite fille.

Cette complémentarité d'action me semblait évidente, bien que celle-ci ne figure pas dans les relationship of remedies. Sur les notions de COUGH, constant evening, et leucorrhoea little girls, il y avait déjà matière à discussion, mais la seule discordance était ce symptôme récurrent à chaque nouvelle poussée fébrile.

Vous ai-je convaincu ? Comme dirait notre ami David Little : « similia minimus ».

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