Cas 10
Annie (46 ans), la pianiste ancillaire
Proposé par : Jean Lafeuillade
Notre ami Jean Lafeuillade nous propose un joli cas d'ont j'ignore
pour l'instant la clé, et qu'il a baptisé « La pianiste ancillaire » dans son
langage fleuri. Je trouve que ça fait nouvelle de Conan Doyle comme titre, mais
je lui laisse la parole:
C'est une vieille histoire qui remonte à 1980 (17 ans déjà). La
doléance, il faudrait dire le « leitmotiv » de la consultation, ce sont des
envies violentes et impérieuses de masturbation, suivies de fatigue intense.
Annie est une femme de ménage, d'apparence modeste, ce qui ne
l'empêche pas d'être violemment contestataire devant une personne d'un rang
social beaucoup plus élevé qu'elle « mon patron se sent bête devant moi ! ».
Son visage est ovale, les yeux cernés, faciès plutôt ingrat, le
look est inexpressif et la voix monotone (imaginez Anémone dans un de ses
meilleurs rôles). Le haut du corps est plutôt maigre avec des salières
apparentes; le bas est bien charpenté, vigoureux, les membres inférieurs
légèrement infiltrés avec un lacis veineux en éventail sur la cuisse. Elle
soupire constamment lorsqu'on l'examine.
Elle parle très peu de son mari.
Par contre, ce sont ses propres sentiments de rivalités avec sa fille qui
l'inquiètent le plus.
J'avoue avoir mis un certain temps à me rendre compte
d'une chose beaucoup trop simple pour être évidente:
Tantôt, elle me parle de ses problèmes de rivalités avec son patron, sa
fille, ou son syndicat; ses problèmes de masturbation ou de culpabilisation
religieuse (genre péché originel néo-maziste, que je n'ai jamais cherché à
approfondir).
Tantôt, elle se plaint de sa verminose tenace, de ses douleurs en bande
au niveau des cuisses (au niveau du lacis veineux), ses douleurs d'ovaires
gauche, et ses pertes d'urine involontaires. Dans ces moments-là, curieusement,
elle se trouve dans un calme olympien et le feu de Vénus lui laisse un moment de
répit.
J'avais déjà prescrit ce remède auparavant, mais les compte-rendu
postopératoires ne m'avaient pas convaincu. Sur cette nouvelle découverte,
remettant toute ma confiance dans le répertoire et la matière médicale: je
represcris à nouveau ???.
A la consultation suivante (3 mois plus tard), elle me déclare
avec satisfaction: « Je vais mieux et c'est normal, j'avais toujours eu l'idée
de jouer du piano. Depuis deux mois, je prends des cours et tous mes problèmes
ont disparu.»
Depuis cette date, il est vrai, Annie n'a pas cessé d'aller
mieux. Elle m'a avoué avoir laissé tomber ses activités syndicales (genre
Arlette Laguillier), et ses réunions dans une secte. Elle préfère se recueillir
seule dans une église...
Chaque fois que ça repique un peu vers le bas, je
lui demande où en est le piano. Et je lui botte le train pour qu'elle s'y
remette.
Question : Quelle valeur (en points)
accorderiez-vous au remède ??? et /ou au piano ? Quelle réflexion vous
suggère l'apparition de ce nouveau symptôme ? (cross question avec la
précédente). Quelle valorisation hiérarchisée ? Quels articles de l'Organon
vous suggèrent cette histoire ? Oserai-je vous demander le remède ???
A vous de jouer !
Edouard Broussalian remarques@cdtel.fr
Bon, obligé de donner l'exemple il faut que je
monte le premier au front...
La preuve n'est plus à faire que notre Jean est
un sacré malin car ce cas recèle bien des subtilités. En fait à première vue
deux remèdes sont en compétition. On doit pouvoir parvenir à les
distinguer.
Quels sont les signes les plus
frappants ? L'excitation sexuelle, qui pousse à la masturbation. Plus rare,
notre patiente est aussi une excitée religieuse et contestataire. Jusque là deux
remèdes P. et L. En fouillant un peu plus elle est dévorée par ses pulsions
sexuelles puis elle se jette dans ses histoires religieuses de culpabilisation.
Voilà une belle alternance caractéristique mon Cher Watson.
La tendance à critiquer sévèrement est
irrépressible elle aussi. On peut interpréter le symptôme comme on veut: peut
être est-elle autoritaire, hautaine, ou je ne sais, mais elle critique tout et
tout le monde.
Enfin vient une sensation très rare, que le
Jean nous planque dans son observation et que je vous laisse le soin de
débusquer. Bien que locale, cette sensation particulière devient générale et se
rapporte au malade.
Voilà pour l'instant, j'espère que je donne un
coup de pouce à nos amis lecteurs sans les induire en erreur. Tout en leur
laissant le soin de chercher par eux mêmes les réponses aux questions posées par
Jean.
PS: pour les ignorants comme moi qui ont dû
ouvrir le dictionnaire, ancillaire veut dire servante... cela vous fera gagner
du temps.
DuBois Jacques-Henry jhdubois de bluewin.ch
Chers Amis,
En me basant sur la description donnée par Jean et
les commentaires d'Edouard, je retiens les symptômes suivants:
Psy: Symptômes mentaux/alternant avec sympt. physiques.
Cette
rubrique figure aussi dans Ge:alternance, avec un remède en moins.
Psy:
Religion../alternant avec excitation sexuelle.
Psy: Critiquer
sévèrement.
Gf: Desir/violent/masturber.
Le seul remède est donc Plat.
Lil-t était aussi bien placé mais la description du cas tout en
relisant la Concordant MM de Vermeulen, les Symptômes Clefs de G.Broussalian
ainsi que la MM de Kent donnent une vue d'ensemble assez nette pour Plat.
Les
douleurs en bande au niveau des cuisses, celles, de l'ovaire gauche en
particulier (selon Kent), tout cela y est.
Elle soupire constament lorsqu'on
l'examine est intéréssant mais cela mérite d'être précisé. Lassitude ?
Excitation sexuelle à l'examen ?
Quelle est sa reaction à l'examen gynéco.? etc.
Quant à l'histoire du piano, je ne sais trop ce qu'il faut en
penser, sinon, qu'elle a trouvé sa clefs de sol et il est assez normale que cela
lui fasse du bien de réaliser un voeux profond. Ca doit être très gratifiant et
valorisant. Dans ce cas, la musique semble bien adoucir les moeurs.
Les articles de l'Organon?
Alors là, je sèche complètement et
je me réjouis de lire la suite.
Bon les amis, je vous quitte pour aujourd'hui car je dois encore
remplir ma déclaration d'impôts (j'ai un mois de retard!) et il faut que je
termine avant la fin de mes vacances.
Amitiés, JH
J'espère que tu as échappé aux 10% de
retard...
Très bien pour les alternances. Il faut
toujours penser à les chercher, c'est vraiment une chose très importante quand
c'est bien marqué chez le malade. Méfiance tout de même pour les gens qui
passent du rire aux larmes, je recommande de prendre la rubrique Humeur
variable.
Le coup du piano est bien sûr difficile à
interpréter (sans jeu de mots). Dans la matière médicale nous référençons
seulement les symptômes pathologiques. Margaret Tyler a d'ailleurs très bien
précisé cela dans un très bel article sur le répertoire. Donc, comme il n'est
pas vraiment pathologique d'avoir envie de jouer du piano, je resterai sur la
réserve. Il faut connaître cependant les tendances des gens, ainsi un Phos sera
attiré par les arts, le dessin, la musique. Si c'est ce dernie cas, ce sera
volontiers le piano. Mais cela n'est qu'une affinité, pas un signe
pathologique.
Les articles de l'Organon: avant tout je
t'encourage à lire et relire cet ouvrage qui est véritablement la colonne
vertébrale de l'homéopathie. Commence peut être par les conférences de Kent
(mon exemplaire est tout jauni et usé). Seul problème: ce livre paru sous le
titre "La Science et l'Art de l'homéopathie" a été traduit par Pierre Schmidt
qui a mis à beaucoup d'endroits ses propres idées. L'idéal serait de refaire
cette traduction, car le texte américain original est magnifique bien qu'un peu
ampoulé. Je laisse maintenant la parole à Jean:
Je ne sais, je ne saurai jamais quels ont
été les rôles de l'hygiène, de la réceptivité du patient, du remède, de sa
dynamisation et du milieu dans lequel s'est joué toute cette longue évolution
vers la guérison (relative, restons honnête). Pour moi, elle fut en tout cas
une leçon d'humilité, une révélation du rôle indispensable d'hygiéniste que
nous devons jouer, dans tels cas. Je ne dirai plus jamais psychothérapeute, ce
terme a été trop galvaudé et dévalorisé.
Pendant des années, Annie fut la
proie facile des théories réincarnationnistes, des illuminés branchés en
permanence sur 3615-Père-Fils & St-Esprit, des psy de tout poil
développant les chaînes descendantes du subconscient (en dessous de la
conscience et de la ceinture) que certains appellent à juste titre « la
descente dans le bourbier». Encore heureux que je ne fusse pas moi-même
sado-maziste en lui soufflant des absurdités du type: « Par le corps se sent
au niveau des mortels, par l'esprit l'élu de Dieu. Son sang qui coule lui
permet d'avoir tout de suite son corps de gloire. Elle a pris les dons de Dieu
pour parader ».
Pourtant, mes bien chers frères, les
articles 224, 228 et surtout 229 de l'Organon, sont suffisamment explicites
sur le rôle d'hygiéniste mental que le médecin doit observer, face à ce genre
de situation:
ORGANON: § 229 -« La contradiction, les
admonitions trop vives, les remontrances trop acerbes et les violentes
invectives conviennent aussi peu qu'une condescendance faible et timide aux
cas psychiques et ne sont pas moins nuisibles à leur mental et à leur moral au
cours du traitement. Mais c'est surtout l'ironie, les subterfuges et les
tromperies dont ils peuvent s'apercevoir qui irritent de tels malades et
aggravent leur état. De plus on doit s'attacher à éloigner d'eux toutes les
choses extérieures qui pourraient porter le trouble autant dans leurs organes
de relation (les cinq sens), que dans leur âme. ».
Il s'agit des 5
essences, et des cinq organes psychiques qui produisent les cinq émotions. Il
faudra que nous reparlions un jour de ce jeu interne de régulation
inter-émotionnelle que suggère Hahnemann.
« Il n'y a point de distraction
pour leur esprit embrumé, pas de récréation salutaire, pas de recommandation
ou de suggestion ni d'apaisement par des paroles, par des lectures ou autre
pour leur âme languissante ou révoltée, captive dans les chaînes d'un corps
malade ; rien ne peut leur procurer du calme si ce n'est la guérison. Ils ne
retrouvent la tranquillité d'esprit et le bien être que lorsque leur corps
physique a récupéré une meilleure santé» .
L'hygiène conseillée par
Hahnemann (voir également § 224 et 225) est sans équivoque: faciliter
l'élévation spirituelle et la voie ascendante, par la prise de conscience et
de surconscience. Il ne s'agit donc pas d'ajouter d'autres turpitudes et
d'autres boulets à des patients qui sont déjà enlisés. L'attitude
compatissante et attentive est la seule qui se puisse concevoir (§ 228).
Villard parle à juste titre d'empathie, qui me semble effectivement mieux
choisi.
Annie a mis plusieurs années à se libérer de
sa gangue, avant que de trouver une (sa) voie (le piano) dont le pouvoir était
syntone du trouble essentiel de l'organe affaibli. Vous serez surpris, comme
moi, d'entendre des petites filles Natrum vous confirmer qu'elles ont toujours
eu envie de faire du théâtre, que le petit Lyco se sent mieux en position
d'auto-évaluation ou d'élève maître, que Sépia s'éclate en faisant de
l'aérobic. La rubrique «désir de jouer du piano» de Platina est dans ce cas
confirmatoire, mais je pense que d'autres remèdes seraient justiciables de
telles rubriques d'élévation spirituelle.
En effet, je me demande ce que vaut ce
"signe", qui a été observé chez une femme atteinte de manie puerpérale et qui
passait des heures à jouer du piano. En tout cas, c'est bien une envie
pathologique de jouer du piano. Il faut savoir en outre que ce n'est pas Hering
lui même qui a réalisé les volumes à partir du 3, Kent trouvait qu'il y avait
des signes fantaisistes, et peut être s'agit-il de l'un d'entre eux. Ma petite
expérience dans le domaine des pathologies mentales m'a appris à ne pas prendre
à la lettre de tels symptômes dans ce cas. Après tout, si cette femme était
couturière, peut être aurait-elle passé des heures à tricoter ?
"Jean-Claude.Ravalard" Jean-Claude.Ravalard de wanadoo.fr
Mon feeling m'orienterait cette fois sur Lilium Tigrinum .
Mais
PCKent me pousse à Platina, ne serait-ce que pour cette notion de supériorité
vis à vis des autres, de son employeur en particulier.
Je te joins ma
répertorisation.
J'ai retrouvé dans Héring sur Platina une citation d'une manie
puerpérale avec une femme qui désirait jouer du piano des heures durant
.
Donc valorisation Remède/piano : 6/4 ?
Le remède a-t-il pu permettre
l'expression du désir de jouer du piano ?
Amitiés.
Libellé de
la
Rubrique |
V
a
l
R
u
b
r
i
q
u
e |
Plat |
Hyos |
Lil-t |
Nux-v |
Alum |
Arn |
Phos |
Cimic |
Remède |
| 28 |
20 |
20 |
20 |
20 |
20 |
16 |
12 |
Valeur
Globale
du remède |
| 3 |
2 |
2 |
2 |
2 |
2 |
2 |
1 |
Occurence
(fréquence) |
| 8 |
3 |
3 |
3 |
2 |
2 |
2 |
2 |
Total
des
Degrés |
| Psy: SYMPTOMES
mentaux / alternant avec symptômes physiques |
5 |
3 |
1 |
2 |
|
1 |
1 |
|
2 |
Degré |
| + Psy:
HAUTAIN... |
3 |
3 |
2 |
1 |
1 |
1 |
1 |
1 |
|
Degré |
| Gf: DÉSIR / violent
/ masturber... |
3 |
2 |
|
|
2 |
|
|
1 |
|
Degré |
Le remède développe toujours le potentiel
propre à chaque malade. J'ai toujours trouvé merveilleux que notre rôle de
médecins se borne à apporter l'impulsion initiale, le délic, qui va
littéralement libérer le patient de sa maladie, et non pas à imposer notre
volonté humaine forcément imparfaite. A l'issue de la prise c'est tout l'être
qui entre en réaction. Kent dans un de ses articles parle de l'impatience du
prescripteur devant éclosion de la rose.
Voici encore un mot de Jean:
Le symptôme « essentiel » est toujours un
trouble de la dynamique vitale (je ne comprends pas très bien ce que les
mazistes appellent prétentieusement un noyau « méta-mental»). Celui de Platina
est l'alternance des symptômes mentaux et physiques. les symptômes
d'alternance appartiennent de manière générale aux deux charnières: celle des
Yang (Vésicule biliaire / Trois Réchauffeurs) et celle des Yin (Rein / COur).
C'est ce dernier cas de figure que Platina développe de manière tout à fait
singulière.
Soit Platine développe des symptômes de plénitude du Qi mental
du Rein (despotisme et pouvoir temporel, agressivité) ou du Qi psychique
(l'oreille est la sentinelle sensorielle du Rein = fanfaronne militaire),
éréthisme sexuel violent;
Soit elle développe des troubles de la
circulation sanguine, quand la maladie s'extériorise. D'une manière générale
le Qi du Rein a tendance à thésauriser le Souffle et les émotions. C'est son
dérèglement qui génère l'alternance.
Dans cette alternative, Platina
développe un syndrome de Yang du Coeur et de Rein vide: stase de la
circulation sanguine dans le bas avec froid et enflure (douloureuse pulative,
et sensation de bandes serrées), sensation de froid localisé, dyspnée (ou
soupirs hystériques), palpitations, oligurie, langue bleue ou pourpre pâle ou
enduit blanc glissant (absent chez Annie).
Edouard évoque très justement
le diagnostic différentiel avec Lachésis qui non seulement présente le même
éréthisme sexuel, mais surtout ces sensations particulières de ficelles,
d'anneaux et de strings un peu généralisées. Ces sensations sont à mettre au
compte de la chaleur interne avec formation d'amas de sang. Ces amas de sang
s'objectivent par une langue pourpre avec points violets et la chaleur interne
par une langue brune, assèchement des liquides et difficultés de protrusion de
la langue. En fait, le diagnostic est parfois difficile, il faut bien le
reconnaître.
Voici ma répertorisation:
GEN-FEM DESIRE violent
masturbation, driving her to: [2 4 2]
GENERALITIES VARICOSE veins network
in skin: [0 5 8]
EXTREMITIES BANDAGED, sensation as if Thigh: Plat. [0 1
3]
MIND MENTALsymptoms alternating with physical: ARN [1 4 3]
MIND MUSIC
desire to playing piano: Plat. chlor. [0 1 1]
On ne rappellera jamais assez que l'activité
du remède est "physio-pathologique" en perturbant le bon fonctionnement de tout
l'organisme. Bien que rebelle à toute théorie j'ai aussi la conviction profonde
de l'existence de cette "dynamis", cette force invisible qui maintient la
cohésion de l'ensemble. L'ensemble des faits cliniques et pathogénétiques nous
conduisent à formuler cette hypothèse. Les notions de noyau central sont pures
abstractions, dignes des épicycles de Ptolémée.
Delaunay Alain adelaun de club-internet.fr
Bonjour les amis,
Ce cas ne semble pas "défectif" comme j'en
rencontre trop souvent ! (Sans doute parce que je n'arrive pas à trouver des S
rares..)
Au premier abord je pense à Lilium Tigrinum et Plat.
Je choisis
pour ma répertorisation:
Gf : Desir violent masturber
Psy: S mentaux
alternant avec S physiques
Psy: Critiquer séverement avec Illusion grand
personnage, si on peut faire preciser par la patiente si elle se sent superieure
à son patron.
Enfin Mb:Bandage serré cuisse.
Alors pour moi il n'ya pas Photo :PLAT en XM.
Mais comment
interpreter l'apparition du piano...??
Je vais peut être divaguer: Plat est
renfermée (2 degré), hypersensible (degré2) et d'humeur larmoyante (degré3) et
Hering écrit p 454: "Involuntary disposition to Whistle or sing" j'y vois donc
une prédisposition pour la musique. Oui d'accord....
Pour le reste je suis
obligé de dire à Jean que je ne suis pas un "Organiste" car on ne me l'a jamais
enseigné (ex pluraliste) !
Au fait quels sont les chapitres essentiels
pour la pratique ?
Amicalement à tous.
Hé hé, il bosse de mieux en mieux notre Alain.
Tonton Ed est très content. Il faut lire tous les chapitres de
l'Organon, les relire jusqu'à ce que cela déborde par les oreilles. Il ne s'agit
bien sûr pas d'une obéissance aveugle à Hahnemann, mais tu découvriras qu'il n'y
a rien à ajouter, ni à retrancher... Juste à appliquer les lois. Je ne résiste
pas à te citer le §98:
"Dans toutes les maladies, mais plus
spécialement dans celles qui ont un caractère chronqiue, pour se former une
image vraie et complète dans tous les détails, le médecin a besoin de posséder à
un haut degré:
la patience,
la connaissance du coeur
humain
de la psychologie dans la conduite de son interrogatoire,
des
qualités de tact et de circonspection
et enfin
les facultés analytiques
et synthétiques propres à un raisonnement sain."
Ca c'est envoyé non ? Pas vraiment le
genre à avoir besoin d'une filière de soin pour s'imposer...
Enfin, je recommande de lire le §251
concernant l'obstacle à la guérison. Dans un cas comme celui là je pense que
l'échec de la première prescription peut s'expliquer
soit par une cause occasionnelle
soit par une dynamisation inadaptée.
Dans tous les cas, il faudrait répéter. Je me
souviens d'un cas qui n'a réagi qu'à la troisième prise...
Voici encore d'autres commentaires de notre
encyclopédie vivante:
S'il fallait un seul exemple pour montrer que
la vérité souffle à travers chacun des membres de ce site, ce cas clinique en
serait la démonstration éclatante:
-La prime de l' espliègerie à Jacques-Henri,
qui fait très justement remarquer à propos des soupirs: «Quelle est sa réaction
à l'examen gynéco ?» . Je n'avais pas osé écrire trop de détails. A chaque
examen, la patiente a l'habitude de s'étendre avec les membres inférieurs
écartés, évoquant la rubrique « Sleep, position limbs spread apart : Cham. Plat.
puls. viol-o. ».
J'avais donc considéré qu'il s'agissait de soupirs
hystériques, et cettepetite note n'a pas échappé à notre Jean-Jacques qui avait
du évoquer cette image coquine.
-La prime du rat de bibliothèque à Jean-Claude
Ravalard, qui est allé fouiller la MM de Héring et a retrouvé un cas clinique de
manie puerpérale. Pourrais-tu nous le traduire en entier ? Comme je le disais à
Edouard, j'ai retrouvé le symptôme dans Barthel (avec l'annotation de Knerr: «
guiding symptoms ».)
- La prime du chien de chasse à Alain: qui
fait une malicieuse confusion entre Hahnemann et Beethoven ! ... Ce dernier
était certainement «organiste», mais pas Hahnemann qui lui, était résolument «
anti-organiciste ». Il a bien reniflé la piste de Héring, et senti qu'il y avait
un petit air de la Calas quelque part...
Cette observation avait pour but de montrer
qu'il nous faut garder beaucoup de modestie, que le remède n'est pas tout, que
l'hygiène est inséparable de la thérapeutique, et qu'il nous faut rester
confiant dans la justesse du diagnostic, surtout si le patient est en pleine
crise de recherche d'identité.
« Je suis désolé de constater que personne
n'ai réellement insisté sur l'anomalie du titre: "la pianiste ancillaire". Dans
le milieu d'Annie, l'affinité naturelle eût été l'accordéon et le portrait du
remède celui d'Yvette Horner.
Economiser pendant des années, se priver de
vacances, vivre à l'étroit pour loger un piano, représentent pour elle bien
autre chose qu'un simple désir.
Je partage l'avis d'Edouard sur le fait que
certaines rubriques répertoriales amputées de leur contexte, peuvent apparaître
à première vue, insipides et formelles... jusqu'à preuve du contraire. La MM de
Héring, n'explicite pas toujours la bizarrerie de certains symptômes.
Dans le
monde de Valérie Lemercier le désir de jouer du piano est une banalité ou une
formalité.
Dans celui d'Anémone ou d'Annie, c'est une étrangeté et une
singularité qui mérité qu'on s'y attarde.
Il est gênant de parler de son
expérience, comme disait Jean-Luc, 30 ans d'erreur, ce n'est pas de l'expérience
mais de l'obstination dans la bêtise. Malgré tout, elle m'a au moins confirmé
certains symptômes compilés et vérifiés, à savoir que Platina n'a pas seulement
une "self-exaltation" mais une tendance à évoluer de manière ascendante et
vertigineuse hors de sa condition sociale.
Peut-on parler maintenant du
caractère fortuit de cette singularité de la pianiste ancillaire et du symptôme
répertorié de désir de jouer du piano ?
Il me semble que cela serait nier par
la même occasion (comme le font si volontier nos confrères allopathes),
l'empirisme inclusif et implicatif sur lequel s'est construit notre médecine
depuis 200 ans.
Je pense que l'homéopathie a toujours progressé en laissant
la porte ouverte selon la formule de Leibnitz:
Un système est vrai en ce qu'il affirme (sans
pour autant être extravagant) et faux en ce qu'il nie (dans la mesure où ça nous
arrange).
Bravo mon vieux Jean, carrément
imparable ! Chercher le symptôme caractéristique voilà notre obsession
quotidienne. Si un patient dit qu'il a mal au ventre, c'est commun. Comme si on
me disait: "Devine l'animal auquel je pense ? Il a quatre pattes". Si le
mal au ventre survient à 2 heures du matin, c'est plus caractéristique, comme de
dire "l'animal auquel je pense possède une corne sur le museau".
A la décharge de nos lecteurs, il était
difficile de réaliser combien ce désir de piano est anomal car il est
difficile de se faire l'image exacte des conditions d'existence de la patiente.
Aujourd'hui, la plupart des gens peuvent accéder à des études musicales, y
compris dans les milieux "défavorisés" (je rappelle que par tabou de l'état
technocratique, les pauvres n'existent plus).
En tout cas, tu as gagné: la prochaine édition
du Répertoire contiendra le désir de jouer du piano avec Plat ! Le Barthel
indique aussi Chloralum comme provenant de Hering: je ne l'ai pas retrouvé. Il
s'agit encore de l'une des nombreuses erreurs de références qu'on y trouve (tu
sais comme j'enrage de voir massacré le répertoire par des ajouts futiles
dénaturant l'oeuvre de Kent).
|