Cette patient consulte pour "dépression". Je vous livre mes notes
en vrac dans l'ordre du déroulement de la consultation:
Elle a fait une forte dépression il y a deux ans. Encore sous
Anafranil 10. Ne parvient pas à arrêter.
Finalement on la mise sous perfusion d'Anafranil, en août 94. Ce
qui a amélioré le tableau digestif.
Ensuite, pris la décision de partir de
chez elle en Nov 95.
En la questionnant sur ce qui s'est produit pour qu'elle se mette
dans un tel état, elle commence à expliquer:
Après le premier enfant, déchirée de partout eu plein d'histoires
gynéco ensuite
Son mari avait quelqu'un, devenait très agressif.
Elle a
assumé toute seule cette situation conjugale.
"J'ai énormément souffert,
c'est la chose qui m'a le plus bouleversée dans ma vie". "C'était révoltant tout
ce que j'ai appris sur sa conduite".
Je retiendrais: Rec:diarrhée/surexcitation et
vents/sucre et je n'aurais eu le choix qu'entre Argentum Nitricum et Argentum
nitricum. J'aurais ajouté Psy:Humiliation.
Amitiés.
Superzut de superzut, je vois très bien les
signes que tu as voulu valoriser et retenir mais j'ai peur que tu n'aies pas
pris les bonnes rubriques, ce qui t'a conduit à un résultat erroné.
Second problème que pose le choix de la
rubrique Vents < sucre est celui de la généralisation des symptômes. Cette
rubrique, à savoir péter après avoir mangé sucré ne comporte que Arg-n. Un seul
remède dans une rubrique cela peut se comporter comme un raccourci fabuleux, ou
bien une immode chausse trappe. Il n'existe pas de rubrique ballonnement <
sucre, mais une rubrique générale p 1532. En pratique, chaque fois que tu
rencontres un signe local < par le sucre, n'importe quel remède de cette
rubrique générale peut s'y appliquer. C'est ainsi que tu retrouves Arg-n au
troisième degré, car ce remède a une multitude de signes < par le sucré
(qu'il désire pourtant), mais aussi un paquet d'autres...
Enfin, comme j'en parle plus haut, je pense
pour ma part ne pas retenir Humiliation, mais plutôt Indignation qui comporte la
nuance de révolte qui est ici bien marquée. On rencontre ces modalités
disséminées au long du répertoire, la rubrique générale se trouve au psychisme,
page 16, libellée par Kent "suite de colère, contrariété, etc", qui souligne
s'il était besoin le rapprochement de sens de ces termes. Viennent ensuite des
nuances: avec anxiété, frayeur, indignation, chagrin rentré.
Amitiés.
Au total, je me risque pour Ipeca .
Ipeca est
bien amélioré par le plein air, il n'y a pas effectivement de gros symptomes
psy.
Amitiés . J. C. des H.
Alors là, mon Cher JC, tu me fais un vrai
carton. Ca me réconforte de ne pas semer dans le désert. Tel l'aigle qui fond
sur sa proie tu t'es jeté sur les signes caractéristiques du cas. Et
paf ! On casse mon beau cas clinique en me sortant tout de suite le bon
remède.
On notera pour commencer que chacun de nos
deux symptômes ont une valeur absolue de 4 (les prescripteurs chevronnés se
reconnaissent au fait qu'ils font une répertorisation avec peu de symptômes mais
de valeur maximale), la première rubrique parce qu'elle est une modalité
générale, l'autre une modalité psychique. PcKent ajoute aussi Cham, Acon, et Ars
depuis la rubrique colère, et Sulph depuis la rubrique contrariété.
A ce point il faut dire que si la rubrique
Diarrhée suite d'indignation s'était avérée trop étroite et qu'aucun remède
n'apparaisse en commun, il aurait fallu généraliser et prendre la rubrique du
psychisme suite de colère avec indignation. Ce raisonnement de généralisation,
PcKent saura très bientôt le faire tout seul, ce qui ne sera pas un
mal.
Maintenant un autre point va nous aider, c'est
tout simplement les relations entre les remèdes. Il s'avère que Ip est bien
suivi de n'importe lequel des autres candidats. C'est déjà une bonne raison de
commencer par lui. Chez l'enfant, c'est souvent utile de commencer avec Ip un
cas qui finira par réclamer Sulph. Ici, la tendance à sortir les pieds du lit
n'est pas très accentuée, mais il y a fort à parier que dans les mois qui
viennent les cas va se développer vers Sulph.
Enfin, la patiente n'a rien de l'anxiété
d'Ars, ni de la combativité de Cham ou Acon.
Restait donc Ip qui fonctionne (pour l'heure)
à merveille.
"Jean.Lafeuillade" Jean.Lafeuillade de wanadoo.fr
Cher Ed,
Concernant Mme PG ( cas n°5 ).
Quand je note une
phrase complète du patient, c'est que la résonance ( au delà des mots ) montre
quelque chose d'essentiel (j'ai envie de dire intérieure et /ou antérieure au
conflit ).
Je prendrai donc comme premier signe:
Troubles à la suite de
colères avec indignation.
Le deuxième élément qui pourrait avoir joué: ce
sont les troubles ou désordres après opération chirurgicale ou traumatismes
répétés opératoires.
Question: cette femme a-t-elle eu des dyspareunies ou
du vaginisme après ces interventions ? On est peut-être obligé de deviner
certaines choses difficilement avouables... face à l'absentéisme du mari !
Le
troisième élément physique:- les diarrhées chroniques qui auraient cédé d'après
toi, au traitement par Anafranil. On est donc obligé d'en tenir compte, en
prenant par exemple:
« diarrhées suite d'indignation ».
Remède : STAPH. M
.
Bien le départ mon Cher Jean, mais ensuite tu
pars sur des notions traumatiques qui ne sont pas évidentes dans ce cas et qui
font perdre le fil. Rien n'aurait empêché de procéder comme tu le fais mais
j'aurais prudemment gardé Staph en réserve pour voir s'il collait avec le
reste.
Or le reste, tu prends la rubrique diarrhée
suite d'indignation qui n'est finalement qu'un sous produit de la rubrique
générale que tu utilises au départ et finalement ce choix ne peut rien apporter
de neuf au débat et te donne une apparence de confirmation de
Staph.
De portée plus générale que les traumatismes,
on a l'intolérance pour le sucré qui finit par conduire à Ipeca d'autant que les
vomissements et diarrhées sont tout de même un apanage de ce remède.
DuBois Jacques-Henry jhdubois de bluewin.ch
Cher Edouard,
Ce qui a le plus bouleversé Mmme P.G dans sa vie
c'est la liaison de son mari et ce qu'elle en a appris. C'est complexe mais net
et je retiens le symptôme:
Psy:Amour/suite de déception, ne sachant comment
traduire ceci autrement que par de l'indignation, de la jalousie et tout le
cortège des émotions possibles.
Ses problèmes digestifs m'incitent à retenir
l'agg. par le sucre.
Ge:Aliments/sucreries agg.
Comme troisième symptôme
je retiens le fait qu'elle se découvre les pieds la
nuit.
Mb:Découvrir.../pied
Une répertorisation avec ces trois éléments me
fait sortir Cham.,Ign., et Sulph.qui couvrent deux ou trois de ces symptômes à
un haut degré.
Je donnerais donc Cham. pour commencer car dans sa MM il en a
la tristesse(dépression),bien des symptômes gynécologiques et digestifs.
Je
retiens toutefois Ign. car c'est un grand classique et Sulph. car il couvre les
trois symptômes.
Je sens que mon analyse a un caractère un peu provocateur
(sans méchanceté) et c'est bien ainsi car si elle est fausse cela te donnera
l'occasion de nous faire une leçon magistrale. Elles sont tellement
instructives.
Amitiés et à bientôt, Jacques-Henry
Bien raisonné aussi mon Cher Jacques Henri,
mais ça pêche en quelques endroits. Voyons lesquels.
Je suis bien d'accord pour dire que c'est
complexe ce que la patiente a pu ressentir et que c'est toujours périlleux
d'interpréter. Mais il faut un minimum. Ici, la rubrique déception n'est pas de
mise car ce qu'elle ressent est plus fort qu'un simple désappointement ou
désenchantement: elle a été révoltée, ce qui revient à l'indignation. A la
rigueur on aurait pu prendre la rubrique suite de Chagrin, cette rubrique est
très générale en rapport avec toutes peines, fortes tristesses, sans préjuger de
la façon dont le malade réagit (ainsi on y trouve des remèdes aussi différents
que Ph-ac, Aur, Ign ou Puls).
Ensuite no problème pour l'< par le sucre,
c'est une modalité générale nette et indiscutable, c'est pourquoi ce type de
symptôme est côté autant dans PcKent.
Puis tu es parti trop vite sur le besoin de
sortir les pieds du lit. Bon, j'ai été ignoble de le mettre, mais c'était tel
que j'avais noté l'observation. Je me suis dit que cela permettrait d'évoquer ce
piège dans lequel je me suis aussi fourré longtemps. Pour que le symptôme soit
valable il faut que le patient le fasse très souvent, y compris et surtout
l'hiver, qu'il en ressente un net besoin. Autrement ça ne vaut rien. En tout cas
pour moi, ce signe signifie certainement qu'il y a du Sulph sous ce cas, mais
... plus tard.
Pour le reste tu as manoeuvré avec sagesse en
choisissant de toutes façon d'abord un remède végétal. Chez nous l'adage est le
contraire de celui de Pierre le Grand: "la prudence, toujours la prudence" et
jamais l'audace.
"Jean-Michel.Bolzinger" jean-michel.bolzinger de wanadoo.fr
Quel est le signe étiologique : la révolte consécutive à
l'attitude du mari.
Révolte c'est différent de chagrin larmoyant, c'est
actif, (même si c'est contenu)
"affections suite de colère + indignation"
Aur, Ip, Lyco, Staph...
un coup d'oeil sur :
"colère avec refoulement"
puisqu'il y aura somatistion sous forme de diarrhées
Aur, Cham, Ign, Sep,
Staph.
Le trauma obstétrical et la kyrielle de signes gynéco qui en
résulte ne me semble pas être une étio du tableau de la patiente mais une étio
du comportement du mari.
Bellis, Staph encore pourtant.
Ensuite, ce
qui est étonnant, ce sont les 20 imodiums par jour! Une telle diarrhée est somme
toute inhabituelle:
"diarrhée suite d'indignation"
Colo, Ip,
Staph
L'amaigrissement suite de perte de liquides vitaux, je ne prends
pas. L'inverse serait plus étonnant.
Les "vomissements incessants" Ip,
Ver.A et les "vomissements suite de contrariété" Cham, Ign, Ip, Lyc, Nat S, Ver
A
Les signes somatiques enfin.
Le CLPF en été, c'est banal. Le remède
doit être un r. chaud.
L'aggravation par le sucré Ip, Lyc...
Donc
j'hésite entre Staph, Ip et Lyc.
Ip n'est pas repéré comme étant un
suicidaire, mais ça ne prouve rien, il est aussi aggravé par le chaud que par le
froid. Si je devais me lancer, je crois que j'aurais commencé par Ipéca et
Staphysagria en deuxième ligne.
Du travail d'orfèvre mon Cher Jean Michel. Ce
n'est pas tant le résultat mais le raisonnement qu'il est intéressant d'évoquer.
Je crois que tu as été très complet, à telle enseigne que je n'avais même pas
sorti de mon tiroir les rubriques vomissements incessants ou suite de
contrariété qui devraient te faire ressortir encore plus Ign.
L'unique reproche que je te ferais serait
d'avoir hésité à enfoncer le clou grâce à l'< par le sucré. Cette modalité
générale marquée doit emporter la décision sur Ip.
Enfin Kent disait souvent de faire comme
Guillaume Tell, c'est à dire de garder une seconde flèche dans son carquois au
cas où la première rate sa cible, et c'est toujours sage de garder en réserve un
remède en seconde ligne.
Popowski pierre popowski de club-internet.fr
Cher Ed.,
Voici ma contribution, qui sera nécessairement
originale : il n'y a que toi qui sais ce que les remèdes prescris font à tes
patients, mais l'échange est fécond.
Comme pédiatre, quand on me dit
"diarrhée-vomissements-amaigrissement", je pense "KREOSOTUM". Une rapide analyse
répertoriale confirme la validite de ce remede pour ton cas. Il existe même,chez
STAUFFER, dans sa "Symptom Verzeichnis nebst vergleichenden Zusätzen zur
homoöpatischen Arzneimittelehre" une rubrique "désire la mort par désespoir" où
KREOSOTUM est seul au 2° !
Ci-joint, l'analyse répertoriale. Bien sûr, SULFUR
ou ARGENTUM NITRICUM viennent à l'esprit, mais KREOSOTUM me plait en raison de
la dynamique interne de ce remède de "désespoir intense avec troubles digestifs
entrainant un marasme".
Grand remède pédiatrique !
Hello Pierre ! Alors là je n'avais pas vu du
tout Kreos ! Voyons un peu ce que tu nous avances là.
Je crois que tu pars sur un malentendu car le
contexte dans lequel tu évoques Kreos n'est il pas infectieux et aigu ? Ce qui
n'est pas le cas de notre patiente.
Ensuite tu donnes un symptôme mental que
possède Kreos et qu'il faut manipuler avec la plus grande prudence. Je
m'explique: la rubrique "désire la mort par désespoir" où Stauffer ne cite que Kreos au second degré est plus
qu'incomplète et n'est en rien caractéristique du seul Kreosotum. En effet,
Kreos présente ce symptôme mental particulier de désirer mourir, mais il y a une
quarantaine de remèdes qui en font autant. Inutile de préciser que le "par
désespoir" n'est pas une modalité, la plupart des gens qui en sont là sont
désespérés.
Si tu veux, parlons de la répertorisation que
tu as effectuée sous Radar:
1 1234 1 GÉNÉRAUX - AMAIGRISSEMENT, marasme 256
2 1234 1 PSYCHISME - MORT - désire - désespoir, par
1
3 1234 1 ESTOMAC - VOMISSEMENTS - diarrhée - pendant
50
4 1234 1 PSYCHISME - TRISTESSE 472
5 1234 1 ABDOMEN - DISTENSION 212
6 1234 1 PSYCHISME - RUMINE - événements passés
désagréables; sur des 43
Vieux gredin, je te suspecte d'avoir dégotté
ta belle rubrique de Kreos et ensuite d'avoir fait cadrer le reste avec. Les
rubriques Amaigrissement, Tristesse, Distension abdominale sont de grandes
rubriques qui contiennent plein de remèdes de sorte que cela apporte une pseudo confirmation. Je n'aurais pas retenu la rubrique Rumine car la
patiente n'a pas dit qu'elle passait son temps à ressasser. J'aurais regardé
avec prudence la rubrique Vomissement pendant la diarrhée qui est utilisable
dans un contexte aigu.
Pour finir, je me permets de dénoncer la
dérive que je constate depuis des années quant aux logiciels homéopathiques. Tu
as pu remarquer comme moi chez les différents éditeurs l'absence navrante de la
moindre réflexion de fond dans le domaine de la répertorisation et de
l'exploitation du répertoire. Ainsi, fidèles à l'air du temps, ont-ils appelé le
marketing à leur secours. Leur dernière trouvaille en date consiste à nous faire
le coup du "plus y'en a, meilleur c'est". Ainsi, ces messieurs se sont munis
d'un scanner et hop, tous les ouvrages d'homéopathie se retrouvent dans
l'ordinateur, indexés et prêts à être consultés. Ainsi sans rime ni raison on
juxtapose le plus possible d'ouvrages parfaitement hétéroclites, ce qui revient
à embrouiller l'utilisateur... et massacrer le travail auquel Kent a consacré sa
vie. Comment en effet peut on oser faire croire qu'une recherche de quelques
mots clés lancés dans cet océan puisse se comporter autrement qu'un chaland qui
peut ramener aussi bien du poisson que des vieux pneus ? Chaque expérimentateur
a utilisé des mots à lui pour définir ce qu'il ressentait, chaque auteur a
classé cela à sa manière, et bien des auteurs peu fiables se retrouvent ajoutés
et mélangés à Kent. Dans cette approche pléthorique on perd de vue un point
essentiel: à part quelques pathogénésies modernes souvent sujettes à caution,
toutes les matière médicales sont copiées de Allen ou Hering. La seule approche
valable au nom de l'humanité souffrante consiste à se relire ligne par ligne les
matière médicales fiables pour intégrer au répertoire ce qui manque.
J'espère ainsi que nous sortirons dans quelque
temps un répertoire aussi complet que fiable et maniable.
Popowski pierre popowski de club-internet.fr
Cher Ed.,
Méfions nous des à priori, pour
eviter la grosse tête et les proces d'intention.
KREOSOTUM est un remede que
les pediatres homeopathes ont etudie assez profondement, et qui s'est averé etre
un grand remede de fond dans des cas similaires (dépression avec troubles
digestifs chroniques entraînant amaigrissement).
A signaler, parmi les
références "officielles" qui semblent donc être seules autorisées :
1-Dans
Allen, pour KREOSOTUM :"she was depressed; the longing for death constantly
became greater" (a9)
2-Dans Hering, pour KREOSOTUM :"seeks for unpleasant
things and broods over them".
Bien sûr, seul le malade peut nous dire ce que
le remede, issu du raisonnement le plus pur, peut faire. Le malade est notre
"maître"...
Ces échanges sur le Net sont vraiment tres enrichissants. Bravo
!!!
Pierre.
Salut Pierre, rien n'étant interdit sur PH,
tout demeure autorisé dans le cadre défini par l'Organon !
Avec ma
fougue habituelle que tu sais toujours dénuée de la moindre méchanceté je
voulais insister sur un point essentiel: la rigueur qui me semble peu respectée
dans trop de parutions. Allen et Hering sont les deux monuments de base dont se
sont servis ensuite la plupart des auteurs, tout en se copiant aussi les uns sur
les autres. Ainsi par exemple, la "Matière Médicale de Kent" n'est autre que la
retranscription des conférences (lectures) qu'il donnait avec le volume
du Hering ouvert devant lui. Ensuite Lathoud a résumé et ordonné ces conférences
pour en faire ses "Etudes de Matière Médicale", etc. Chaque auteur apporte
toujours un éclairage intéressant qui en mérite l'étude et la lecture (j'ai pour
ma part démarré avec le Lathoud), mais dans le cadre de la répertorisation je
voulais dire que l'indexation de toutes les parutions homoeopatiques a peu de
sens.
Le dangereux mono-maniaque que je suis et que
tu sais faire démarrer au quart de tour s'éclate à vous faire plein de
commentaires ! Vive le Net qui nous permet autant d'échanges et merci de ta
fidélité !
Amitiés. Ed.
"Jean.Lafeuillade" Jean.Lafeuillade de wanadoo.fr
Cher Ed,
Bravo pour ton analyse, et mes
encouragements pour tout le travail que tu nous prodigues si gentiment.
Je
dirais que tu nous as cependant bien piégés. Car tu t'es bien gardé de nous
parler de la langue de ta patiente (et de celle d'IPECA )- Ne me dis pas que tu
ne l'as pas examinée.
J'avoue qu' en l'absence de renseignements plus précis,
j'ai été obligé de me rabattre sur des signes étiologiques hypothétiques. Ne me
jette pas la pierre. Me permets-tu d'ouvrir une parenthèse sur la langue
d'IPECA.
Il existe, en énergétique, trois types de vomissements:
- Les
vomissements par chaleur sur l'estomac: la langue comporte un enduit
blanc-jaunâtre au centre, ou des spicules blanc-jaune sur la fissure
centrale.
-Les vomissements par feu sur Vésicule biliaire: la langue présente
généralement des bandes unilatérales (parfois triangulaires), à côté de la ligne
centrale ( dans les deux cas précédents, les vomissements calment les nausées
).
- Les vomissements liés à un froid de l'estomac (avec une Rate vide). La
langue est pâle, et tendre. (ou présente un enduit glissant sans
racine).
Dans ce dernier cas (beaucoup plus exceptionnel il est vrai), les
vomissements ne calment pas les nausées, et la langue est propre.
Ces
caractéristiques, tout le monde les connaît. Mais elles ne sont pas que des
curiosités de peintre. Elles présentent au contraire une distinction
physiopathologique très importante.
Dans la Matière médicale d' IPECA, on
retient deux éléments essentiels: les nausées persistantes avec les
vomissements, et les hémorragies abondantes de sang rouge vif. Notre
physiopathologie occidentale, peut nous être de peu de secours (le fameux
pneumogastrique n'explique pas tout), devant cette dissonance apparente.
Je
vous livre donc le syndrome principal auquel se rapporte la séméiologie d'
IPECA.: « Coeur et Rate tous deux vides ».
« Ce syndrome traduit
l'insuffisance des activités fonctionnelles du Coeur et de la Rate au niveau de
la circulation sanguine. Le Coeur dirige le Sang. Un excès mental blessant le «
sang du Coeur», peut avoir une influence sur la fonction de «
transport-transformation » de la Rate. La Rate produit le sang et le conserve
dans les vaisseaux. Une rate déficiente ne produit pas assez de sang et le
retient difficilement. Par voie de conséquence, il y aura affaiblissement et
perte de «sang du Coeur».
Symptomatologie:
Palpitations, amnésie,
insomnie, abondance de rêves.
Anorexie, ballonnements abdominaux, asthénie
physique, selles liquides, teint du visage jaune fané ou pâle.
Chez les
femmes menstruations de couleur pâle ( rouge vif ) ou oligoménorrhée, voire
aménorrhée, parfois hémorragie utérine.
Chez les deux sexes, parfois
hématomes sous cutanés, ou hémorragies de diverses sortes. Langue tendre de
couleur pâle, enduit lingual blanc. Pouls fin et faible
.
Etiopathogénie:
- Suites de maladie ou suites d'une hémorragie
chronique.
- Conséquences d'une intempérance alimentaire (boissons et
nourriture).
- Excès d'agitation mentale.
Le sang du Coeur est affaibli,
l'amoindrissement du Shen (esprit du Coeur) se traduit par des palpitations, de
l'amnésie, de l'insomnie, une abondance de rêves.
Le Qi de la Rate faible
n'assure plus la fonction de «transport-transformation », ainsi apparaissent
anorexie, ballonnements abdominaux, selles liquides, asthénie.
Le Sang en
état de vide ne colore plus le teint.
La Rate ne retient plus le Sang,
favorisant ainsi les hématomes et les hémorragies.
Si le Sang est en état de
Vide, Chong Mai (La mer du sang) est en Vide ; il peut y avoir: aménorrhée,
oligoménorrhée, ou arrêt des menstruations (Jing Bi). »
D'après B.Auteroche «
le Diagnostic en Médecine Chinoise »- Maloine.
J'espère que cette description
permettra peut-être à certains d'entrevoir toute la cohérence de ce remède. D'un
autre côté, notre IPECA avec toute la richesse de ses modalités particulières
peut apporter un plus au contenu de ce syndrome, en permettant d'articuler les
signes entre eux. Je pense que nous avons tous à nous enrichir les uns des
autres.
Cher Jean. Aye aye, je vais me faire taper sur
les doigts: je n'avais pas regardé la langue, vautré que j'étais dans mon
fauteil présidentiel. J'ai un côté couleuvre indéniable: pourquoi me fatiguer
quand tout m'indiquait Ipeca ? Ou du moins, la prescription de Ip
était-elle incontournable dans un premier temps.
Bien que PH soit dédié à
l'homéopathie, laquelle se suffit à elle-même, cela ne veut pas dire que tes
éclairages énergétiques soient malvenus. D'accord, tu m'as complètement largué,
mais c'est que j'ai une petite tête et que je fais l'homéopathie "à quatre
pattes" comme disait mon père.
Personnellement, plus je vieillis et plus je
suis intimement persuadé que jamais nous ne pourrons expliquer le pourquoi des
symptômes, entre autres pour la bonne raison que nous sommes devant un infini
physio-pathologique qui nous dépasse et qu'à chaque fois, on remonte d'un cran
dans une tentative d'explication qui se dérobe toujours. Comme je trouve la vie
trop courte et l'art trop long, j'essaie de me concentrer sur ce que je crois
être essentiel: raisonner sur le peu de règles que nous connaissons, et dégager
rapidement les caractéristiques du cas.
Je m'explique: dans mon jeune temps,
j'avais longtemps médité une anecdote de la pratique de Kent qui est la
suivante. Une femme est admise à la polyclinique de Chicago dans un état
septique grave. Les étudiants passent plusieurs heures à son chevet, répertoire
en main et finissent par se mettre d'accord sur un remède. Là dessus arrive
Kent. Il examine la malade, soulève les draps et laisse tomber: "it's a
Thuja case". Gêne de l'assistance qui demande des explications, vu qu'en
plus ce n'est pas le remède sur lequel on s'accordait. Simple dit Kent,
"regardez la malade, elle transpire de partout sauf de la tête. En regardant
de plus près, les bras hors des couvertures sont couverts de sueur, alors
qu'elle est ne transpire presque pas sous les draps. Seul Thuja possède ces
caractéristiques". Allier la science et l'art, voilà le secret !
Ca
n'empêche pas que je m'en vais dégager un peu de temps pour lire, histoire de
finir moins crasse !
Merci de la richesse de ton apport. En toute
amitié. Ed.