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L'HOMEOPATHIE D'URGENCE

Par le Dr. Pierre Schmidt

Article de 1982, paru 7 ans avant son décès

Qui peut nous renseigner sur la conduite à tenir dans les cas d'urgence - et si ce sera l'homéopathie, l'allopathie ou une autre « pathie »- à utiliser, de façon à ne pas mériter l'anathème de "meurtrier passif", en laissant "souffrir les malades ou s'épuiser un cœur défaillant"...

Qui peut nous répondre dans une question qui touche a la valeur foncière de l'homéopathie ? Qui peut nous indiquer si cette méthode n'est pas un "Schwindel" pour de petits cas nerveux, réserve a la rigueur pour ceux qui permettent l'atermoiement et autorisent à tout ce qu'exigent les recherches répertoriales et la sélection des symptômes ? Qui peut nous répondre, je vous le demande, si ce n’est pas celui même qui l'a fondée et dont le nom est immortel et mériterait la considération - sinon davantage - qu'on vient d'offrir à Paracelse, son précurseur, fêté cependant par les allopathes les plus notoires ?

Nous avons aujourd'hui à examiner les rapports de l'homéopathie dans les cas d'urgence - et même d'extrême urgence, comme il est dit au début du travail du Dr. Jaccard.

Qui dit "urgence" dit: "état aigu et même suraigu". Cela nous permet de mettre à la porte immédiatement et sans discussion possible tout ce qui est chronique, à évolution lente, répondant à la définition qu'Hahnemann a donnée des maladies chroniques; par conséquent, tout ce qui touche, dans ce sens, a la psore, la syphilis, et même à la sycose n'a rien a voir dans l'étude des affections d'urgence, a moins qu'il ne s'agisse de ce que nous avons à diverses reprises déjà développé : l'exacerbation dune maladie chronique,

Je ne comprends donc pas le développement qu'a fait notre confrère dans la seconde partie de son exposé, concernant les soi-disant limites de l'homéopathicité; toute la diversion concernant Sulphur, quand un remède n'agit pas et qu'il paraît cependant bien choisi: car avant Sulphur, on a donné un remède, on est supposé avoir étudié son cas - et le remède dit "réactionnel" ne concerne que les cas chroniques.

Mélanger la psore et ce qu'Hahnemann a dit des maladies chroniques avec les maladies d'urgence, c’est ne pas comprendre la classification même qu'Hahnemann a faite des maladies et des indications thérapeutiques.

Je ne discute donc pas toute cette partie du travail présenté - qui n’a rien a faire avec la médecine d'urgence.

D'autre part, l'homéopathie, telle que la concevait notre grand maitre Hahnemann, n'est pas une spécialité de la médecine, ni même un "versant" - mais bien l'élément principal, le plus rationnel, le plus biologique, le plus idéal de la thérapeutique. C'est véritablement l'art de guérir par la voie la plus logique et la plus rationnelle, comme le dit Hahnemann sans ambigüités au § 54 de la 6ème édition de l'Organon:

"L'homéopathie pure est aussi sûrement la seule vraie manière de guérir, la voie la plus directe possible a l'art de l'homme, qu'il est certain qu'entre deux points donnés une seule ligne droite est possible."

L'homéopathie, c'est donc la médecine, l'allopathie n'ayant droit de cité que pour des indications accessoires, palliatives, bien définies par Hahnemann dans son immortel Organon. Relisez, Messieurs, les § 22 - et surtout 54, puis le § 70 dans la 6ème édition, où certains passages ont été modifiés et rendus encore plus impératifs, sur la définition et la valeur de l'allopathie. Ces considérations sont aussi vraies aujourd'hui qu'autrefois et n'ont pas vieilli.

Mais consultons le paragraphe où Hahnemann nous parle des cas d'urgence, qu'il appelle "extrêmement pressants": car il a pensé a tout. - Si nous nous donnions davantage la peine de consulter l'Organon, nous y trouverions souvent la réponse satisfaisante a bien des questions - et je répète ici le mot du médecin du roi d'Angleterre:

"Les ouvrages d'Hahnemann non seulement ne sont pas désuets, ils sont encore 150 ans en avance sur notre époque. "

- "Et nous ne saurions, disait Kent, assez les méditer et en dégager les vérités qu'ils contiennent. " Voici "in extenso" :§ 67:

"Ce n'est que dans des cas extrêmement pressants, où le danger que la vie court et l'imminence de la mort ne laisseraient point le temps d'agir a un médicament homéopathique, et n’admettraient ni des heures, ni parfois même des minutes de délai, dans des maladies survenues tout a coup chez des hommes auparavant bien portants, comme les asphyxies,

la fulguration,

la suffocation,

la congélation,

la submersion, etc.,

qu'il est permis et convenable de commencer au moins par ranimer l’irritabitité et la sensibilité à l'aide de palliatifs, tels que de légères commotions électriques, des lavements de café fort, des odeurs excitantes, l'action progressive de la chaleur, etc. "

"Dès que la vie physique est ranimée, le jeu des organes qui l'entretient reprend son cours régulier, parce qu'il n'y avait point ici maladie (1), mais seulement suspension ou oppression  de la force vitale, qui d'ailleurs se trouvait par elle-même dans l'état de santé. Ici se rangent encore divers antidotes dans des empoisonnements subits:

les alcalis contre les acides minéraux,

le foie de soufre contre les poisons métalliques,

le café, le camphre (et l'ipécacuanha) contre les empoisonnements par l'opium, etc. "

(1) "La nouvelle secte éclectique (celle des insufficientistes) s'appuie, mais en vain, sur cette remarque, pour admettre partout des exceptions a la règle, dans les maladies, et pouvoir appliquer des palliatifs allopathiques; on dirait qu'elle n'agit ainsi que pour s'épargner la peine de chercher le remède homéopathique qui convient exactement a chaque cas morbide, ou plutôt pour ne pas se donner cane de devenir médecin homéopathiste, tout en ayant l'air de l'être; mais ses faits répondent a ses principes, et ils se réduisent a peu de chose. "

Nous aurions même le droit de dire ici que l'allopathie, avec ses recherches diagnostiques, ses examens de laboratoire, microscopiques, bactériologiques, radiologiques etc. demande du temps pour son application - et qu'on n'a pas le droit de "laisser souffrir un malade et s'épuiser son cœur... "

Mais agir, c'est faire quelque chose; et pour faire quelque chose, il faut savoir où et comment agir ? Que diriez-vous d'un tireur qui, étant attaqué, tirerait n'importe où, "pour faire quelque chose" ? C'est en visant, puis en tirant, qu'on attrape sa proie. Pour viser, il faut quand même un moment de réflexion: si vous voulez faire le trop pressé, vous commettez des erreurs qui peuvent être graves et coupables.

Tel attroupement s'affole devant un homme, étendu par terre, qui étouffe, présente un visage vultueux et semble avoir une  syncope cardiaque. Il est inconscient. Allez-vous l'ausculter là, au milieu de la rue: vous êtes pressé: sa vie est en danger...

Ceux qui ont leur trousse d'urgence allopathique vont-ils piquer au camphre, à la caféine, à la coramine ? Je vous le demande ? Le pouls est lent. On peut toujours y aller d’une ou deux piqures, et après... Les piqures faites, le malade est toujours dans le même état. Je vous raconte un souvenir vécu. On l'embarque alors pour l'hôpital, toujours inconscient, on le fourre à l'isolement, et là, que fait-on ? L'interne vient et, tranquillement, sans hâte, il ausculte, percute, recherche les réflexes, bref, fait un examen complet, puis interroge celui qui l'a amené -et apprend que ce n'est pas une attaque ou une syncope cardiaque, mais qu'il s'agit simplement d'une crise épileptique à forme tétanique qui passe en général sans aucun médicament. Tout cet examen a pris 15 minutes. L’a-t-on empêché de souffrir ou d'avoir sa crise, dites-le moi, je vous prie ?

Il convient d'examiner maintenant ce qu'on appelle cas d'urgence et d'extrême urgence, et de voir si l'individualisation n'est vraiment "plus guère possible", si à côté des symptômes communs il n'y a vraiment rien qui soit particulier, singulier, caractéristique du malade qui fait sa crise ou sa manifestation suraiguë, - enfin si l'on ne peut en quelques minutes ou même seconder observer et retenir ses symptômes en les classant rapidement par ordre hiérarchique.

On a coutume de décrire sous le nom de "médecine et de chirurgie d'urgence" des syndromes chroniques d'apparition brusque ou d'aggravation brutale qui nécessite une thérapeutique active immédiate.

Tantôt on est en présence de lésions traumatiques: c'est un accident qui a produit chute, contusions, plaies, qui peuvent provoquer des  troubles internes d'hémorragies, de perforations, d'infections suraiguës, avec des  phénomènes de choc plus ou moins accusés; ou bien il s'agit d'agents physiques déterminants: brûlures, gelures, électrocution, insolation, asphyxie, immersion, - ou de  morsures par des animaux.

Tantôt on est en présence de lésions pathologiques qui déclenchent l'appel urgent du médecin, telles les hémorragies diverses, les syncopes, les convulsions, coma,  délire, intoxications, pyrexie grave, les chocs médicaux  et les  intoxications diverses.

Parmi les différentes lésions, les unes sont communes à toutes les régions de 1'organisme, et certaines nécessitent un examen général avant d'être attribuées a leur véritable cause; les autres, au contraire, sont caractérisées par un syndrome régional qui fixe d'emblée l'attention: le médecin aura à trancher s'il s'agit d'une affection médicale ou chirurgicale, d'une maladie ou d'un accident.

Au point de vue thérapeutique, sans vouloir envisager ici tous les cas d'urgence - chacun juge selon sa pratique personnelle: et bien dans quels cas sommes-nous dérangés, vraiment d'urgence le jour - ou surtout la nuit ? C'est toujours à cause

1. de douleurs suraiguës

2. d'hémorragies ou d'évacuations subites

3. d'inflammations ou de pyrexies graves

4. de syncopes

5. de phénomènes convulsifs.

Dans ces cas, l'Homéopathie a-t-elle quelque chose à offrir, et qui réponde rapidement, oui-ou-non ?

Eh bien Messieurs, nous touchons la a une question que j'ai déjà soulevée et développée au Congrès de Londres, a propos des affections abdominales aiguës. La décision d'appliquer l'homéopathie dépendra d'abord des connaissances médicales générales et homéopathiques de l'art d'observer du médecin et ensuite de son courage. Ce courage se mesure à sa confiance, basée sur son expérience, autant qu’à ses connaissances des moyens employés.

Je ne saurais mieux faire à cette occasion que de vous présenter quelques cas aigus me revenant à la mémoire: nous verrons s'il existe une intervention immédiate possible devant ces syndromes d'alarme et si l'individualisation devient un "mythe" dans ces circonstances, si enfin la hiérarchisation n'est plus possible.

Tout d'abord, je vous rappelle ces deux cas publiés dans ma brochure sur les agonisants.

Le premier, un hyposystolique bradycardiaque, un cas d'Adam Stokes, qui n'avait plus que 14 de pouls: Il était étendu dans son lit, recouvert d'un drap blanc par dessus la figure, pour ne pas sentir le moindre courant d'air. Il ne pouvait supporter aucun bruit, ni odeur, tant il était hypersensible à tout.

vertiges avec état confusionnel;

mâchoire contractée;

oppressé, anxieux;

soigné par un Professeur qui lui avait donné toute la gamme des cardio-toniques que pourrait rêver le meilleur ou le plus zélé des allopathes.

La famille avait été avertie par le médecin que c'était la fin. N'aurais-je pu dire ici qu'il est inadmissible que par esprit de doctrine on laisse s'épuiser non seulement un cœur, mais un malade ?

En effet, une dose de Nux-vomica 200 donnée après un interrogatoire et un examen consciencieux du malade, lui procure une meilleure nuit, fait remonter son pouls a 47 - et après trois mois ce malade était sur pieds, sortait et marchait.

Depuis 20 ans que je pratique l'homéopathie, je n'ai observé qu'un seul cas cardiaque où, n'ayant pu trouver le remède immédiatement, - il s'agissait d'une crise d'asystolie chez un urémique grave, - j'ai dû avoir recours a un confrère allopathe, - les autres cas ayant parfaitement répondu aux symptômes d'urgence qui m'avaient fait appeler.

Et l'autre cas, cette  psittacose à forme broncho-pneumonique grave, soignée pendant 16 jours par quatre allopathes dont deux Professeurs... à qui on avait donné plus de 12 remèdes différents en potions et en injections, qui en était à son 55ème cataplasme, et venait de passer par quatre transfusions de sang ...

C'est à minuit, le malade étant complètement délirant et gâteux, qu'on me fait appeler. Un examen complet et un interrogatoire détaillé qui me prirent près d'une heure me permirent d'établir une anamnèse complète, et, malgré l'extrême gravité du cas, je rentrai et travaillai encore mon cas au répertoire pendant près d'une heure: 3 heures s'étaient écoulées avant ma prescription, - mais qu'avaient fait les autres jusqu'à présent ? Donné des remèdes en toute hâte, au plus pressé, "pour faire quelque chose", - et n'aboutir qu'à l'aggravation progressive de la maladie qu'on traitait, - alors que le malade descendait rapidement la pente et était conduit à l'extrémité. A quoi sert de faire des prescriptions au petit bonheur sur des systèmes idéologiques se révélant inopérants ?

Hyosciamus 1.000 sauva ce malade, - et vous pouvez tous lire à tête reposée ce cas d'urgence, traité selon les lois et les principes de la méthode homéopathique pure.

Ces deux cas illustrent seulement le fait que même dans des cas graves on l'on est appelé d'urgence on peut arriver à sauver des malades apparemment perdus - parce qu'on a pris le temps d'étudier avec sang-froid et calme les symptômes des moribonds.

Je me souviens d'un cas de prosopalgie double, opéré d'un côté, chez une malade atteinte de sclérose en plaques, soignée par un allopathe, à qui on faisait des piqûres de morphine, après avoir essayé tous les autres calmants possibles, piqures répétées les deux derniers jours toutes les 20 minutes, puis même toutes les 5 minutes, pour la faire mourir, et qui n'arrivaient même pas à la soulager un instant. Qu'on ne vienne donc pas nous dire que l'allopathie pout calmer toutes les souffrances !

Et cette urémie, arrivée à 2gr. dans le sang, qui avait des syncopes fréquentes et avait été transportée à l'hôpital: des piqûres de toni-cardiaques, puis de calmants divers, aboutirent à bloquer les reins, et des convulsions subintrantes empirèrent tel point qu'on embarqua le malade avec deux infirmiers dans un fourgon pour le faire passer la frontière, pour qu'il puisse mourir encore en France - car i1 était Français.

On ne me fera pas oublier de pareils cas - et combien d'autres - où j'ai pu me convaincre non seulement de l'échec navrant des méthodes allopathiques, mais de leur danger par le camouflage des symptômes ou le blocage de fonctions essentielles qu'elles provoquent sur des organes surintoxiqués.

Si l'on veut parler d'intervention immédiate, il faut que celle-ci soit efficace et n'aggrave pas encore davantage le cas. C'est ce qui me fait penser au travail du Dr. Petrie Hoyle, sur les homéopathes accusés d'être des "meurtriers passifs" - il réplique que les allopathes sont eux, alors, des "meurtriers actifs"...

Et dans les crises de tachyarythmie, comme dans l'épilepsie ou une belle crise de migraine, que nous offre l'allopathie ?

Voila des cas d'urgence où le secours devrait être immédiat. Dites-moi quel moyen vous avez d'empêcher la souffrance du malade ? et s'il est admissible que vous laissiez le cœur s'épuiser alors que les tonicardiaques ne font rien - pas même "digitalin", vantée dans les dernières publications de notre pays comme une panacée de la tachycardie-. Je ne parle pas de ces tachycardies qui cèdent a la simple compression carotidienne ou oculaire - ni des céphalées qui cèdent a une aspirine pour reprendre dès la moindre occasion, mais laissons là ces cas un peu spéciaux.

La nuit, combien de fois ne suis-je pas dérangé téléphoniquement pour un enfant qui hurle parce qu'il souffre d'otite. Quelques questions posées a la mère pour permettre une individualisation - et qui durent tout au plus 2 à 3 minutes - vous amènent a déterminer le remède:

Si l'enfant est réveillé brusquement par des cris et de l'agitation, la face rouge, la peau chaude et sèche, Aconit. 200,

1 ou 2 doses, le calment en quelques minutes - 5 a 10 au maximum.

Si, en plus, il a les pupilles dilatées, la tête chaude et les pieds froids, une transpiration chaude: ce sera alors Belladona.

Si une oreille est rouge et pas l'autre, ou l'une chaude et l'autre froide, qu'il soit de mauvaise humeur, ce sera Chamomilla.

S'il est pleurnichard, que la douleur irradie à la face, et que ce soit l’oreille gauche, j’ai pu vérifier le très bon conseil de Jahr - et administre alors Pulsatilla,

Si c'est la droite et qu'il transpire en criant, c'est très souvent Mercurius.

Mais je ne vais pas vous faire un cours de thérapeutique otalgique... Je n'ai jamais, depuis 20 ans, été obligé de me déplacer la nuit pour de pareils cas: Ils ont tous répondu 100% à l'homéopathie - et jamais je n'ai dû avoir recours a la paracentèse, ni n'ai connu de cas qui n'ait pas été soulagé en moins de 10 minutes.

Les hémorragies par exemple, que ce soit une hématémèse, une hématurie, une mélaena, ou une hémoptysie, se trouvent arrêtées dans les quelques minutes qui suivent l'application des remèdes. J'ai vu une hémoptysie arrêtée en 2 minutes par Acalypha 200; une hématurie s'arrêter après quelques minutes avec Cantharis. - une autre avec Hepar sulfur., pour ne se reproduire que partiellement et disparaitre définitivement.

Je n'ai pas oublié cet ulcus duodénal qui avait provoqué 18 attaques de  mélaena -l'hémoglobine étant arrivée a 22%- hémorragies qui s'arrêtèrent après une seule dose d'Arsenicum album 200.

Toujours, dans tous ces cas, l'individualisation était observée selon la couleur, la consistance, l'abondance du sang - et les modalités.

Et ce bébé de 3 jours, qui faisait un mélaena dû à une colite syphilitique ulcéreuse, qui, en quelques heures, fut contrôlée définitivement grâce a  Ipeca 200 puis China 200.

Dans les épistaxis, suivant que le sang coule à flots, tout rouge - ou qu'il est coagulé et noir - qu'il se produit en se mouchant ou en toussant - ou au cours d'un mal de tête, des règles, d'une attaque de purpura, d'une diphtérie ou d'une typhoïde, -tout cela constituera autant d'indications pour donner respectivement: Bell., Sec., Arn., Dros., Acon., Sep, Phos., Crot-h. , ou  Lach. Et on assiste a l'arrêt de l'hémorragie dans les quelques minutes qui suivent l'application du remède, comme je l'ai observé maintes fois - car c'est très souvent par téléphone que je traite ces cas-la.

Quand un malade arrive la face couverte d'un mouchoir ensanglanté, je commence cependant toujours par faire une reposition de sa quatrième vertèbre cervicale - et arrête ainsi le 95% des hémorragies en quelques secondes.

Les douleurs provoquées par les brûlures répondent, selon le degré et l'état de la brûlure, et les symptômes provoqués, à Urt-u., Ars., Canth., Caust., Kreos. et en quelques minutes les malades se sentent soulagés - soit avec le remède donné seul sur la langue, soit en combinant ce traitement avec un pansement gras ou humide, imbibé de l'un ou l'autre de ces remèdes a basse dilution.

Les insolations répondent très rapidement à Bell., Gels., Glon. , Nat-c., selon les symptômes.

Phos. a pu faire revenir a lui un électrocuté.

Lach. un asphyxié.

Dans le collapsus, il faut avouer qu'en fait d'urgence, du moment où on nous appelle pour un malade évanoui, jusqu'a celui où nous l'atteignons, il arrive presque toujours que c'est passé, - comme pour bien des cas d'urgence du reste. Acon., Op., Mosch. , Camph.  , Verat. , Am-c., Hydr-ac., administrés selon les modalités du malade, soit par la bouche, soit en olfaction, le font revenir à lui. Il m'est arrivé d'utiliser aussi des applications chaudes, des flagellations froides, de petits lavements de café.

Même dans une hernie étranglée, avant le transport pour l’opération, Nux vomica fera souvent beaucoup plus que la morphine - qu'on considère aujourd'hui comme dangereuse dans les affections abdominales - car alors le malade ne se défend plus et la péritonite augmente, - ce que j'ai observé dans plusieurs cas personnellement.

Dans les coliques hépatiques je n'ai jamais fait de morphine. Si l’indication est nette, Bell., Coloc. , Diosc. , Nat-s. Chel., ou Merc., calment dans les 5 à 20 minutes. Souvent, j’applique la spondylothérapie qui réussit dans les quelques minutes -et ne laisse jamais le malade dans l’état où la morphine le met: avec la constipation, la diminution des urines et des sueurs, la langue pâteuse, avec nausées.

Dans les calculs du rein, Atrop., Pareira, Berberis, associés ou non avec la spondylothérapie, agissent de suite et espacent les crises, permettant ensuite de traiter le malade en recherchant son remède constitutionnel.

Pour les péritonites diverses et les  appendicites, je vous renvoie a mon travail de Londres, où je démontre que dans l'appendicite aigue, suraigüe, même avec perforation en coup de pistolet, l'homéopathic agit et donne des résultats superbes - et peut sauver le malade, - alors qu'un transport peut être fatal ou l'opération se révéler avoir généralisé la péritonite et favorisé le décès - parce que opéré trop tard, comme on dit toujours.

Dans tous ces cas abdominaux aigus, l’homéopathie peut agir immédiatement ou très rapidement pour calmer la douleur -mais il est vrai qu'il est des moments tragiques où le médecin se trouve parfois devant de graves dilemmes; la encore, c'est expérience, confiance, courage, qui décident de la marche a suivre... Combien d'appendicites opérées qui n'en sont pas! Mais nous n'avons pas le temps d'entrer dans la discussion de "L'abdomen aigu" qui a été examinée en détail au Congrès de Londres.

Dans l'occlusion intestinale, avant l'opération, combien ne soulage-t-on pas son malade avec Op, ou Rhus. Ce remède me rappelle le beau cas cité par Carleton dans son livre: "L'Homéopathie dans la Médecine et la Chirurgie".

Dans l'œdème aigu du poumon, Ant-ars., Ant-t., Am-c., Ars ou Phos., sont les remèdes les plus fréquemment indiqués dans ces états graves, et leur action souvent rapide permet ensuite de rechercher le remède curateur - car n'oublions pas que l’on peut aussi faire de la palliation avec l'homéopathie - comme Hahnemann et Kent l'ont exposé.

Dans les vomissements incoercibles, Apomorph. , ou Ip, - si la langue est propre - ou Cocc. , - s'ils sont accompagnés de vertiges, etc., réussissent admirablement; en général, on les administre a la 30ème ou a la 200ème, 1 dose après cheque vomissement - et il n'est pas rare de les voir céder après 3 ou 4 doses déjà.

Dans l'éclampsie, Cupr., ou Bell., ont donné des résultats rapides a des confrères américains: personnellement, je n'en ai pas l'expérience.

Faut-il rappeler ici ce cas de malaria d'une jeune Arabe, dont je possède un beau buste dans ma salle d'attente ? et qui fut publié dans le livre du Congrès de Genève en détail. Malade traitée par des Professeurs à Berlin et qui s'était révélée "quinino-résistante": seul le 606 en injections avait diminué la longueur des accès - mais ne les avait nullement supprimés. J'observai la malade un jour entier pour suivre toute l'évolution de sa crise, et étudiai son cas le lendemain; j'assistai ensuite à deux crises, mais modifiées par Nux-vomica XM - puis la guéris définitivement de ses hématozoaires après une seule dose de Natrum-muriaticum. XM - guérison qui s'est maintenue depuis près de 15 ans

Il existe du reste un volume sur l'homéopathie d'urgence, par Sieffert, édité en 1900 - ainsi que des articles publiés dans notre littérature, entre autres par Stearns en Amérique, et Weir en Angleterre: Notre littérature fourmille de cas d'urgence traités par l'homéopathie avec succès, et avec une rapidité quelquefois foudroyante !

Je ne puis passer sous silence ce cas où, appelé d'urgence en hiver à Pinchat, j'y allai avec une voiture qu'il fallut mettre en marche a l'aide d'une manivelle... En arrivant, une dame m'ouvrit la porte en tablier blanc, l'air affolé, me supplia de la suivre immédiatement au premier étage: j'entendis des cris et, distinctement: "de l'eau, de l'eau..." et je vis un homme de 45 ans, au visage rouge et congestionné, qui avait des convulsions cloniques des membres supérieurs, et qui hurlait: "de l'eau, de l'eau"  Eh bien Messieurs, le temps de me tourner, d'ouvrir ma trousse homéopathique d'urgence et de donner quelques globules de … oui, du remède indiqué, sur la langue que m'offrait cette bouche ouverte, puis de me retourner pour remettre mon tube dans la trousse: un bref espace de 6 secondes au maximum - et les bras retombaient inertes, suivi d'un gros soupir...

Le malade aux yeux hagards se tourna vers moi au moment où je lui dis: "Eh bien que dites-vous des remèdes homéopathiques ?" J'entendis alors: "Ah c'est vous, Docteur ! Eh Bien ! vous en avez une sacrée foi "...

J'avais une seconde hésité a donner Stramonium., ou Hyosciamus. ou Belladona., mais le malade n'était pas découvert - j'appris qu'il avait 40° de fièvre - : c'est pourquoi j'éliminai Hyosciamus.; je ne trouvais pas la violence suffisante pour Stram.; mais

la tête en arrière,

ses yeux fixes,

cette tête roulant sur l'oreiller,

me décidèrent et me firent donner Belladona. 200 une seule dose.

Pendant 4 jours, le diagnostic fut impossible à déterminer: rhumatisme cérébral ? méningite ???

Une consultation avec un confrère permit - le 5ème jour seulement - de trouver un foyer de broncho-pneumonie; le malade reçut alors Rhus. XM, et guérit en moins dune semaine !

L'homéopathie a une action dune rapidité incroyable dans certains cas - et je ne relaterai pas ici tous les maux de dents  arrêtés en quelques minutes - ou même en quelques secondes -par nos remèdes. C'est même l'odontalgie qui est la pierre de touche permettant de prouver a un allopathe souffrant l'activité ultra-rapide de nos médicaments

Un jour, à Boston, je dînais avec le Dr. Woodburry et sa femme - qui fut prise, au milieu du repas, de douleurs atroces de sa première molaire droite inférieure, au moment de boire une gorgée d'eau froide. La malade se tenait la joue et gémissait: la douleur était tapante. Que faire ? Bell., Cham., Merc., furent proposés - mais je demandai un répertoire - et en 2 minutes exactement nous avions vu que Kali-c., Phos.  , Staph., possédaient ces caractéristiques, mais que seul Staph., les possédait toutes au plus fort degré. Staphysagria. 200. calma la malade en 15 secondes -et le repas se termina dans l'allégresse et la glorification de l'action prodigieuse des remèdes homéopathiques.

Et je n'oublie pas l'impression que m'avait faite le Dr. Barlee, en Angleterre, lors de mon premier voyage a l'étranger, quand appelé a voir un cas d'urgence d'un enfant souffrant de croup, il me dit: "Je prends ma trousse d'urgence qui comporte 100 remèdes, tous à la 200ème dilution." Eh bien ! Messieurs, dans mes diphtéries, j'emporte, ainsi que dans tous mes cas d'urgence, la même trousse: Je possède 240 remèdes qui me rendent les plus grands services - et j'affirme avec la plus grande énergie:

"qu'en se basant sur l'enseignement d'Hahnemann on peut en cas d'urgence et d'extrême urgence donner des remèdes homéopathiques, trouver le remède le plus approprié parmi ceux qui sont typiques des affections considérées, grâce a une individualisation faite rapidement, par un simple appel direct a son centre de "Wernicke" - sa substance grise - si toutefois celle-ci a été imbibée des connaissances homéopathiques appropriées en  matière médicale, en philosophie et en répertoire."

Dans les cas d'urgence et d'extrême urgence, nous pouvons dire que l'homéopathie a des possibilités plus étendues que l'allopathie, sans en présenter les dangers: qu'elle peut agir plus rapidement, sans stupéfier les malades, ni ajouter une intoxication à la maladie déjà existante.

S'il est des cas où nous avons eu - ou si nous devons encore avoir recours a des moyens allopathiques, c'est la preuve de l'insuffisance de nos connaissances homéopathiques: car j'ai la conviction qu'un médecin plus avisé trouverait le remède que nous me connaissons pas. Du reste, ce qu'au début de notre pratique nous ne pouvions faire, nous arrivons maintenant à le réaliser. Eh puis ; la lecture de notre abondante littérature nous le prouve presque tous les jours, d'autres homéopathes ont réussi des cures brillantes et rapides.

Tous nos cas d'urgence doivent devenir, pour chaque homéopathe consciencieux, l’occasion de prouver que non seulement il peut se passer des drogues allopathiques, mais que le remède homéopathique peut être déterminé rapidement et produire des effets  immédiats, car c'est notre devoir de nous perfectionner tous les jours davantage dans notre inégalable thérapie en nous répétant sans cesse le précepte d'Hahnemann:

"Quand il s'agit de l'art sacré de guérir, négliger d'apprendre est un crime."

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