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RECRÉATION : UNE LEÇON DE PHOTO !

Par le Dr. Rémy Beau

I) LE CHOIX DU SUJET :

Comme un bon photographe, un médecin homéopathe doit savoir choisir son sujet. J'entends par là que tout ne relève pas de nos bons soins, mais qu'il est agaçant de voir fleurir dans le PHF (lire pff), soit le paysage homéopathique français, toutes sortes de littératures concernant des spécialités médicales.

Spécialisation et homéopathie ! L'affaire me paraît bien compromise et le mariage douteux ! Il est, cependant, des secteurs où cette union est envisageable. Je pense en particulier à la pédiatrie et à la gynécologie. D'ailleurs, d'excellents ouvrages dans ce domaine le confirment. Je suis plus irrité, en revanche, par certains spécialistes qui, s'immiçant dans notre médecine, nous posent (et imposent) avec certitude les limites de l'homéopathie dans leur domaine. Tout homéopathe sait que, telle la ligne d'horizon, ces bornes reculent lorsque l'on s'en rapproche, l'expérience aidant...

Mais revenons à ce qui nous préoccupe : le choix du sujet se fera en fonction des connaissances et de l'expérience de chacun, le tout cimenté par une bonne dose de bon sens.

 

2) LE CHOIX DE L'OBJECTIF ET LA PROFONDEUR DE CHAMP:

Devant notre modèle, pardon, malade voulais-je dire, nous choisirons un grand angle et laisserons à nos confrères allopathes, le télé voir super téléobjectif. Notre but est simplement d'extraire de la totalité des symptômes caractéristiques le minimum de symptômes d'importance maxima. Seule une vue d'ensemble peut nous le permettre grâce à l'interrogatoire et l'examen clinique. Interviennent ici les notions de maladies aiguës et chroniques, de maladies sporadiques ou épidémiques, de couches miasmatiques superposées.

Les symptômes, à mon sens, doivent être doublement caractérisés. D'une part, ils doivent être homéopathiquement caractéristiques ( je ne reviendrai pas ici sur cette définition que tout le monde maîtrise) et d'autre part il faut qu'ils s'intègrent dans une dynamique de la vie du patient.

En pathologie aiguë, l'intensité des symptômes est telle que la confusion est difficile. Concernant les cas chroniques, il faut éviter, par exemple, de valoriser sur un même plan deux symptômes n'appartenant pas à une même couche miasmatique. Parfois, la profusion des éléments recueillis par l'interrogatoire est telle que le tri n'est pas aisé. Les symptômes étiologiques sont ici d'une aide irremplaçable, malheureusement ce sont aussi ceux dont la fiabilité est la plus difficile à mettre en évidence. En reprenant la parabole de l'oignon bien connue, chaque couche doit être ainsi « épluchée », en commençant par la dernière mise en place. Pour reprendre le terme du Dr Edouard Broussalian, je dirais qu'il nous faut ici une cohérence non seulement dans l'espace ( la vision « flash » des symptômes homéopathiques de notre patient) mais également dans le temps.

Notons, au passage, l'existence des transferts ou substitutions morbides, qui peuvent constituer également de bons repères temporels. Il est notoire, y compris aux yeux du grand public, qu'à un eczéma « rentré » par un traitement externe trop brutal, corticoïdes par exemple, peut se substituer un asthme. Il n'y a plus guère que dans le milieu allopathique que l'on n'a pas encore intégré ce transfert. Quoique... N'aurais-je point lu récemment que l'on vaccine à tout va par le BCG pour protéger de la SEP ou autre ? Il y aurait probablement mieux à faire en utilisant nos dynamisations. Nous voici revenus aux temps pas si lointains où l'allopathe pratiquait maladroitement la technique des abcès de fixation avec les résultats que l'on sait !

Que n'écoutent-ils pas notre cher HAHNEMANN ? « Deux maladies qui diffèrent bien l'une de l'autre quant au genre, mais qui se ressemblent beaucoup à l'égard de leurs manifestations et de leurs effets, c'est-à-dire des symptômes et souffrances qu'elles déterminent, s'anéantissent toujours mutuellement dès qu'elles viennent à se rencontrer dans un même organisme... ».

Et encore : «Dès que la force vitale, désaccordée par une puissance morbifique, vient à être saisie par une nouvelle puissance fort analogue mais supérieure en énergie, elle ne ressent plus que l'impression de celle-ci seule, et la précédente, réduite à la condition d'une simple force sans matière, doit cesser d'exercer une influence morbifique, par conséquent d'exister ... La flamme d'une lampe disparaît rapidement dans un rayon de soleil..». (Organon 5ième édition, §45).

Et pour finir temporairement sur ce sujet, je vous laisse lire l'avis du Dr Allendy:

« Pratiquement l'homéopathe doit considérer la succession morbide à la fois comme le processus selon lequel les états morbides se constituent et s'aggravent (en passant des formes les plus aiguës à des formes plus chroniques, et de localisations plus superficielles à des localisations plus profondes) et comme la voie à suivre en sens inverse pour obtenir la guérison. Il doit donc s'efforcer de découvrir, dans les modifications symptomatiques qui surviennent au cours du traitement, le rappel des maladies antérieures, identifiables ou non par l'anamnèse... ».

Voici donc finement ajustée la profondeur de champ !

 

3) LE CHOIX DE LA PELLICULE :

Le photographe amateur sait bien que la sensibilité de sa pellicule doit varier en fonction de la luminosité de son sujet. De même nous devons adapter la hauteur de la dynamisation à la sensibilité de nos patients. Attention à la surexposition (idiosyncrasie) ou à la sous-exposition (manque de réactivité du sujet). L'équation est à plusieurs inconnues et entrent en jeu, non seulement l'âge de l'individu mais aussi son état physiologique (capacités réactionnelles), son sexe (les femmes plus sensibles), la brutalité de l'agression ou son caractère chronique, le terrain avec ses antécédents, les traitements antérieurs etc. etc. De même il ne s'agît pas de mitrailler notre patient, tel un paparazzi sa proie, à l'aide de plusieurs remèdes simultanément. Seulement deux remèdes prescrits pour des symptômes semblables en font par définition des antidotes, le résultat obtenu étant inférieur à celui obtenu avec un seul bien choisi.

 

4) LE TEMPS D'EXPOSITION :

Il correspond pour nous à la durée et répétition de la dose. Je m'inspire ici d'un article du Dr John Weir, médecin en son temps de la famille royale d'Angleterre, qui avait recueilli quelques extraits de la doctrine d'Hahnemann pour notre plus grand bien. De toute façon, tout n'est que redite mais il n'y a rien de mieux pour apprendre. Dans les cas aigus, il est parfois nécessaire de répéter le remède fréquemment : «..car les remèdes qui agissent pendant un temps relativement considérable sur des organismes sains ont leur durée d'action diminuée proportionnellement à l'acuité de la maladie, cette durée s'épuisant alors rapidement » (Organon).

Dans les maladies chroniques, en revanche, il faut savoir laisser agir le remède et prescrire de nouveau uniquement au retour des symptômes :

«..La troisième grande erreur contre laquelle les médecins homéopathes ne peuvent assez se mettre en garde dans le traitement des maladies chroniques, est la répétition trop hâtive du médicament....Le moyen le plus sûr pour hâter la guérison consiste à laisser le médicament agir aussi longtemps que dure l'amélioration du malade... Celui qui observe cette règle avec le plus grand soin sera le praticien homéopathe qui remportera le plus de succès .»

Maladies chroniques.

Où encore Organon §246:

«.. toute amélioration perceptible et continue d'une maladie aiguë ou chronique est un état qui, aussi longtemps qu'il dure, interdit formellement la répétition d'un médicament quelconque. (Organon §245)... Une dose très exiguë d'un remède homéopathique bien choisi, si rien ne trouble son action, accomplira graduellement tout l'effet curatif qu'il est capable de produire dans une période de 40 à 100 jours...»

Kent confirme cet avis :

"Il n'y a, dit-il, aucune cause qui gâte autant un cas qu'une répétition prématurée et trop hâtive de la dose"

Enfin, Hahnemann nous enseigne la nécessité du changement de dynamisation à chaque prise du remède, ce qui nous est rendu plus facile, en pratique, par l'utilisation de la phase aqueuse. Le but étant de raccourcir la durée du traitement (Organon §246-247) :

«.. pourvu que le médicament soit choisi parfaitement homéopathiquement, qu'il soit poussé à un haut degré de dilution, donné à la plus petite dose appropriée et répétée à intervalles convenables, à condition que la dose suivante soit chaque fois modifiée c'est-à-dire à une dilution plus exiguë. »

 

5) LE DÉVELOPPEMENT :

Il est temps de finir cette petite récréation et j'espère n'avoir pas trop agacé mes confrères et autres lecteurs ou lectrices qui ne sont pas familiarisés avec la photographie. Au-delà de cette comparaison intégralement construite, artificielle, entre la pratique d'un photographe et celle d'un médecin homéopathe, il subsiste un vrai point commun : l'un comme l'autre ont besoin de la science et de l'art.

«La médecine est encore un art, armé de science, mais un art, ne l'oublions pas, et seule la réalisation du but poursuivi par cet art, la guérison, est le critérium des procédés qu'il utilise ». Dr Duprat.

Les connaissances techniques, le savoir, fussent-ils encyclopédiques, ne peuvent s'exprimer au plus haut niveau chez un médecin, sans l'apport d'un certain degré de philosophie, voire de spiritualité qui permettent, dans un souffle de vérité, de transcender la science en art. Bonne chance.

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