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Proposition
de modèles pour la compréhension de l'homéopathie
Par le Dr. Madeleine Bastide.
Laboratoire d'Immunologie et Parasitologie
Faculté de Pharmacie Université Montpellier
I, France
Similitude, infinitésimalité et totalité sont
les trois principes qui caractérisent l'Homéopathie. La structure de
la pensée scientifique contemporaine héritée du positivisme dit que
" tout est matière, selon la définition très restrictive
proposée par le paradigme mécaniste.
Par conséquent, on peut penser
que chaque problème (ou chaque objet) est réductible en ses éléments.
La matière gouverne chaque chose " (Lagache, 1996,a). Cette
approche, déjà insuffisante pour concevoir bien des aspects de la thérapeutique
allopathique pourtant très influencée par le paradigme mécaniste,
se révèle vite inadaptée à la conception de la similitude et de la
totalité. La constatation de l'effet thérapeutique ou
pharmacologique de hautes dilutions dépourvues de molécules renforce
encore l'inadéquation de la pensée mécaniste, avant tout moléculariste,
à la compréhension de ces effets : le fait que de nombreux travaux démontrent
l'effet biologique de hautes dilutions dynamisées dépourvues de molécules
a fait parfois considérer ces résultats comme des erreurs
scientifiques par le monde de la Science.
Dans toute science, la structure de pensée (ou le
paradigme utilisé) permet de concevoir des modèles expérimentaux nécessaires
à la compréhension des phénomènes : une organisation calculée des
divers paramètres à étudier est toujours indispensable à la mise
en évidence d'un effet. Actuellement, il est très difficile de
concevoir des modèles abordant la similitude ou la totalité à
l'exception des modèles faisant appel à la thérapeutique homéopathique.
La seule approche expérimentale éventuellement possible concernerait
la loi d'infinitésimalité en se basant sur l'utilisation des
dilutions dites "immatérielles". Cependant, lorsqu'on les
approfondit, ces modèles d'infinitésimalité apparaissent très vite
liés au concept de totalité et de similitude, comme si les trois
lois énoncées plus haut étaient dépendantes dans un même
paradigme.
De très nombreux modèles expérimentaux ont été
proposés et publiés. Les résultats obtenus, parfois décevants,
donnent une impression de diversité extrême. Nous nous proposons de
les aborder dans une nouvelle démarche rationnelle qui devrait nous
permettre d'aboutir à la compréhension de l'Homéopathie.
I. L'HOMÉOPATHIE, THÉRAPEUTIQUE BASÉE SUR L'INFORMATION
PAR DES SIGNIFIANTS CORPORELS.
Cette approche théorique a été construite et
proposée par A. Lagache (1988) dans les Échos du Sensible. Ce
nouveau paradigme ou "Paradigme des Signifiants" met en évidence
la capacité de communication du corps vivant (corps et psyché) avec
le monde intérieur et extérieur. Cette structure de pensée permet
de concevoir l'Homéopathie d'un point de vue rationnel, alors que
l'approche par le paradigme mécaniste a donné de l'Homéopathie une
vision totalement irrationnelle (Lagache 1996a, 1996b, Bastide &
Lagache 1992, Bastide & coll 1995).
1. Le corps n'est pas un objet
Un objet est homogène et séparable en ses divers
éléments. Il ne change pas, sauf par usure du temps ou par une
modification de sa position. Il répond aux lois de la thermodynamique
et n'est pas vraiment lié à son environnement. C'est une matière
dont la nature est physico-chimique.
Le corps vivant est au contraire hétérogène,
fonctionne comme un tout et ne peut être séparé en ses éléments
sans perdre son identité. Il change au cours du temps et est sans arrêt
modifié par les événements successifs : il a une mémoire
psychologique et une mémoire physique comme la mémoire immunitaire
ou la mémoire des agressions qui lui permet de s'adapter. Le corps
vivant est dans un processus d'apprentissage continuel aux niveaux
physique et psychique. Il n'est jamais indépendant de son
environnement et est en relations continuelles avec le monde extérieur
: il est capable de recevoir et de traiter des informations. Le
corps biologique n'est donc pas un objet inerte régi par les lois de
ta mécanique; " certes, i1 fallait bien que la science
moderne se guérisse de la "médecine des signatures " de
Paracelse et qu'elle rompe totalement avec un finalisme affectif que
rien ne fonde. Mais la grande solitude moderne du corps malade, isolé,
découpé du monde, gardant close sur lui-même cette maladie venue de
lui seul et dont i1 souffre seul, est une position
scientifiquement et logiquement fausse " (Lagache, 1988). Le
corps n'est donc pas une "substance" selon la définition
d'Aristote. Le corps vivant est donc l'ensemble (corps et psyché) qui
se définit dans sa communication avec le monde.
2. Le symptôme est une tentative de
guérison
Le corps communique donc continuellement avec le
monde extérieur et intérieur. Il est le lieu d'échange
d'informations qui le font évoluer en permanence, s'adapter, réguler
ses fonctions, les modifier pour accéder à un nouvel état. Il
arrive cependant que l'adaptation soit difficile, voire impossible :
le corps va alors manifester son blocage et tenter de passer outre
tout en essayant de s'adapter au mal en exprimant des symptômes.
Ceux-ci peuvent être assimilés à une adaptation paradoxale du
corps, ce qui crée des phénomènes de distorsion. Le corps manifeste
ainsi sa difficulté à réaliser les phénomènes de régulation qui
devraient lui permettre de retrouver son état normal. II s'exprime
comme une tentative de guérison très imparfaite, paradoxale, parfois
absurde. Le symptôme devient donc à son tour procédé de
communication de la pathologie qui se manifeste par divers signes. Ces symptômes peuvent être simplement interprétés au plan
diagnostique, ce qui a été depuis toujours utilisé par la médecine. Ces symptômes peuvent être aussi interprétés comme un moyen de
communication global, traduisant dans leur diversité et dans leur
ensemble l'originalité réactionnelle d'un individu. " Cette
dernière possibilité va permettre d'utiliser le symptôme comme un
indicateur d'information "coincée " : une médecine
soucieuse de la logique du corps prendrait le symptôme comme absolu
et premier (modifiant complètement la notion de diagnostic) parce que
ce symptôme est la réalité actuelle du corps dans son être
communicant, et que c'est par là aussi que l'on peut communiquer avec
lui " (Lagache, 1988).
3. La pathogénésie
L'administration au sujet sain de remèdes soit à
dose pondérale, soit à dose infinitésimale permet la collecte de
divers symptômes s'exprimant dans des modalités caractéristiques.
Les signes de toxicité consécutifs à l'administration sont faciles
à interpréter. II est plus difficile d'analyser les phénomènes
observés par actions répétées de dilutions infinitésimales. Nous
reverrons plus loin que les dilutions "homéopathiques" sont
en fait constituées de molécules et de l'information de ces molécules.
Lorsque la dilution dépasse le nombre d'Avogadro, seule 1'
"information" du remède demeure. En tant que telle, cette
information est perçue par l'organisme sain, avec plus ou moins de
sensibilité (d'où la notion de "type sensible"),
provoquant des perturbations dans la régulation des échanges, donc
des symptômes. On peut parler alors de maladie artificielle telle que la concevait Hahnemann. Nous sommes dans une relation
pharmacologique comparable à celle utilisée en allopathie, à la
différence près que nous sommes dans le domaine de l'information :
le receveur développe des symptômes artificiellement créés par le
remède; la notion de symptôme décrite précédemment garde dans ce
cas toute sa valeur.
4. L'infinitésimalité
Les dilutions et dynamisations des remèdes homéopathiques
ont toujours provoqué une interrogation, et même une irritation chez
les scientifiques. Nous verrons dans le chapitre suivant tout ce que
les modèles expérimentaux ont apporté dans l'approche de cette
notion qui déroute totalement les scientifiques molécularistes. Le résultat
de la préparation des remèdes homéopathiques va leur donner un
statut différent et une qualité fondamentale permettant ensuite de
les appliquer dans une relation de similitude.En effet, un remède
dilué et dynamisé a acquis des propriétés différentes : il représente
la pathologie déclenchant des symptômes identiques par une analogie
de structure, et non par une identité d'objet (ce qui est le cas dans
la théorie des signatures). Le remède devient informant, capable
d'agir à un niveau différent : il va être perçu par l'organisme
comme une maladie artificielle, allégée, théâtralisée. Nous
verrons que les modèles faisant appel à l'utilisation de doses
infinitésimales dans un cadre n'appartenant pas à la similitude
devront être analysés dans un processus d'information de type différent
: hormesis (ou mithridatisation), information par des molécules endogènes,
etc... Toutes ces dilutions "informantes" par leur statut de
préparation homéopathique (dilution et dynamisation) peuvent alors
être désignées par le terme d'objets sémantiques (ou
d'informations corporelles) donnant directement à l'organisme
receveur le moyen de changer son comportement par traitement de cette
information. Une information n'existe pas en soi : elle n'a de réalité
que reçue et traitée par le receveur. Elle joue le rôle d'une médiation,
c'est à dire un lien qui réunit deux éléments tout en maintenant
leur différence et en ayant une fonction d'opérateur. Une médiation
différencie et réunit en même temps deux phénomènes, en créant
une modification active. Une médiation est une différence créatrice
qui lie deux états avec changement de niveau : par exemple, la
psychanalyse révèle la somatisation d'états psychiques; de même,
les remèdes dilués et dynamisés provoquent un changement de l'état
pathologique à l'état de guérison.
5. La loi de similitude
A partir des notions précédentes, il est facile
de concevoir le fonctionnement de la loi de similitude. Les symptômes
développés par le malade comme tentative de guérison communiquent
à l'environnement l'état de maladie. Le sujet s'accommode comme il
peut de ce déséquilibre : il est dans un état semblable à celui
qui a été défini artificiellement par la pathogénésie. Le remède
devient alors un objet sémantique qui représente l'ensemble ou une
partie des symptômes du malade. La hauteur de la dilution lui donnera
sa puissance informative. La similitude entre la maladie artificielle
et la pathologie va permettre à l'organisme de prendre connaissance
de ses symptômes qui sont mimés par la maladie artificielle. Cette
mimesis constitue en effet la représentation la plus simple et la
plus compréhensible de la maladie. Cette représentation mimétique,
apportée par le remède grâce à son statut d'objet sémantique, est
reçue comme une information par l'organisme malade. Cette information
permet alors à l'organisme de traiter les symptômes (par analogie
dynamique), ce qui permet la négativation de ces symptômes, donc l'état
de guérison.
Le remède a joué un rôle de médiation entre ces deux
états par son statut d'objet sémantique. Le nouvel état de guérison
a permis à l'organisme d'évoluer par acquisition de nouvelles
informations avec effet de mémoire. Le remède, objet sémantique, a
donc joué le rôle d'un signifiant corporel.
Cette interprétation de
la loi de similitude est fidèle à la pensée d'Hahnemann :
" Or,
si l'image de la maladie artificielle, qu'on a comparée de plusieurs
symptômes d'un certain médicament qui paraît être le plus
convenable, contient le plus grand nombre et dans la plus grande
ressemblance ces signes singuliers, extraordinaires, particuliers et
marquants(caractéristiques), qui se trouvent dans la maladie
naturelle, ce médicament sera aussi en effet le remède le plus
convenable, le plus homéopathique, le plus spécifique pour cet état
de maladie. " (Organon de l'Art de Guérir, § 161).
Il
s'agit donc non d'un processus de type effet rebond mais, par la
connaissance analogique des symptômes acquise par le corps, d'une adéquation
des phénomènes biologiques qui vont en quelque sorte effacer le
symptôme. Si le remède est bien choisi avec de nombreux symptômes
majeurs, la guérison devient totale en raison de la multiplicité des
symptômes traités; si seulement quelques symptômes locaux sont
effacés, la pathologie demeure plus ou moins latente et peut alors se
manifester par d'autres symptômes donnant l'impression d'une sorte de
"déplacement" de la pathologie. La guérison ne peut
survenir que grâce à une analogie très profonde avec le remède, ce
qui valorise la prise en considération des symptômes de niveau élevé.
6. Intégration de la totalité, de
la similitude et des doses infinitésimales dans le paradigme des
signifiants; une approche rationnelle de la thérapeutique homéopathique.
Il devient alors évident que les trois principes
fondateurs de l'Homéopathie sont interdépendants. En effet, les
dilutions infinitésimales apportent à l'organisme une information du
remède correspondant à la maladie artificielle qui est lue dans un
rapport de similitude par l'organisme entier. II est alors impossible
de séparer ces trois principes qui s'expliquent mutuellement. C'est
seulement à la lumière de cette relation que les modèles expérimentaux
peuvent être interprétés. C'est pour cette raison que le
raisonnement expérimental ne peut être initié qu'à partir des
principes de l'Homéopathie et non l'inverse. Une étude de l'infinitésimalité
sortie de son contexte informatif n'a plus de sens, et on arrive très
vite aux confusions qui se sont produites depuis une dizaine d'années
où l'on confond effets de faibles doses, régulation cybernétique et
effet rebond avec la véritable pharmacologie homéopathique qui se
place au niveau de la régulation par la similitude. De même, nous
discuterons dans ce cadre de pensée les phénomènes d'hormesis (ou
mithridatisation) obtenus par des doses infinitésimales dont
l'inventeur a été Lise Wurmser, ou l'utilisation de hautes dilutions
de molécules endogènes permettant de moduler des effets biologiques.
II. LES MODÈLES EXPÉRIMENTAUX ET LEUR INTERPRÉTATION
DANS LE CADRE DU PARADIGME DES SIGNIFIANTS.
Premièrement et avant toute démonstration, les
dilutions dynamisées doivent être définitivement séparées des
solutions non dynamisées. Leur préparation est bien plus qu'une
homogénéisation. On commence à entrevoir qu'un transfert de signaux
électromagnétiques produits par les dilutions dynamisées transmet
également l'information du remède (Endler et coll. 1995), qu'une
dilution peut "émettre" à travers un récipient de verre
(Van Wijk 1994, Endler 1996). En outre, un traitement électromagnétique
des dilutions diluées et dynamisées efface la capacité
d'information de ces dilutions (Hadji et coll. 1992). Ceci nous permet
d'entrevoir une différence fondamentale existant dans les expérimentations
selon qu'elles sont réalisées avec des dilutions dynamisées ou non.
A l'aide des observations précédentes auxquelles s'ajoutent celles
concernant l'analyse des hautes dilutions par RMN (Demangeat et coll.
1992, 1996), nous pouvons proposer que la dynamisation et la dilution
transforment la capacité informative des solutions qui fonctionnent
alors non par la présence des molécules résiduelles, mais par
l'information spécifique transférée par un champ électromagnétique
de très faible intensité. L'empreinte moléculaire
"structurale" dans le solvant est alors inconcevable (Schulte,
1994).
Si on applique maintenant le paradigme des
signifiants à l'étude de ces différents modèles expérimentaux
(Bastide 1996a), on constate que 1' "information'' telle que nous
l'avons décrite au début de cet exposé peut être transférée par
un support électromagnétique. Cette hypothèse est lourde de conséquences
: l'information est une abstraction qui nécessite un support mais qui
n'a pas de réalité propre; elle n'existe que par le changement du
receveur. Ceci signifie l'abandon de toute théorie mécaniste et une
approche radicalement différente des observations expérimentales. La
nature du receveur devient primordiale; l'information est perçue par
l'organisme dans sa globalité ce qui déclenche a posteriori des phénomènes
de régulation généraux ou locaux selon le degré de l'information.
Nous nous retrouvons alors dans la relation - information (par la
dilution dynamisée) - globalité - cadre informatif (représenté par
la similitude dans l'Homéopathie). Reste donc à préciser le cadre
informatif des modèles expérimentaux : les modèles homéopathiques
s'appuient sur la pathogénésie; cependant à une exception près,
aucun des modèles expérimentaux étudiés n'a fait appel à des
symptômes observés chez le sujet sain. Notre propos sera donc d'établir
si les différentes expériences publiées rentrent dans le cadre de
la pensée mécaniste (logique des objets) ou dans la logique des
signifiants: seule ces dernières expérimentations seront une aide à
la compréhension de l'Homéopathie.
1. Modèles expérimentaux basés
sur le paradigme mécaniste.
Ils sont caractérisés par l'utilisation non
obligatoire de solutions dynamisées et par le fait qu'ils ne
fonctionnent pas avec de hautes dilutions mais seulement lorsque les
molécules sont encore présentes (c'est-à-dire à une dilution inférieure
à la 10 CH). Ils démontrent parfois simplement des zones d'activité
très sensibles dans des modèles in vitro (Markovac & co11.1988,
Leung-Tack & coll. 1986, Boudard & Bastide 1991). Les modèles
in vivo sont très peu nombreux : ils sont par exemple liés à des
activités de type phéromone identifiées jusqu'à Ia concentration
du picrogramme, soit 10-l2 (Pavel et coll. 1977, Andersen
et Doving 1991). Ces modèles ont été souvent évoqués pour
"expliquer" les activités des dilutions de l'ordre de la 4
CH ou 5 CH ou même 7 CH. D'autres ne sont interprétables que par le
modèle de la régulation cybernétique : certaines molécules jouent
le rôle d'un "signal" qui met en jeu des systèmes de régulation
moléculaire négatifs ou positifs avec une "concentration
signal". Par exemple, une inversion d'effet d'une substance
chimiotactique sur des granulocytes neutrophiles pour une
concentration 100 fois plus faible a été décrite (Bellavite &
coll. 1993, 1996). Dans certains modèles, des effets de synergie
peuvent être observés en particulier sur des effets de cytotoxicité
cellulaire (Tsuchitani & co11.1991, Morimoto & co11.1991,
Safrit & co11.1992). Ces expérimentations sont caractérisées
par le fait que les hautes dilutions sont inactives. D'autre part, ces
derniers modèles sont réalisés in vitro, ce qui ne préjuge pas de
l'effet de ces très faibles concentrations in vivo. Ces expériences
sont cependant couramment citées comme preuves de la thérapeutique
homéopathique, alors qu'aucun des trois principes cités plus haut
n'est respecté, ce qui ajoute encore à la confusion dans la compréhension
du problème posé par l'Homéopathie.
Un autre argument souvent cité est l'effet rebond
: il s'agit d'une réaction de l'organisme qui pourrait ressembler à
un mécanisme d'action de l'Homéopathie, explication d'ailleurs
souvent proposée. Comme exemple de l'effet rebond, nous citerons
simplement la sensation de chaleur très forte en réaction à un
froid intense, ou encore expérimentalement un effet stimulant de
l'immunité cellulaire après une seule injection de Cis-platine à
effet antimitotique (Arinaga, 1994). A partir de ces exemples, on
pourrait penser que le remède homéopathique déclenche des phénomènes
de régulation endogène (Van Wijk et Wiegant. 1994). L'ambiguïté de
l'interprétation commence à apparaître ici : même si le remède
homéopathique emprunte des voies de régulation endogène pour
fonctionner, ce qui n'est pas démontré en cas de vraie similitude, l'effet rebond est lié à une pression moléculaire ou physique très
forte qui au cours du temps, provoquera une série d'oscillations
compensatrices de plus en plus faibles (dépression, stimulation, dépression
) très différentes de l'action de l'image de la maladie artificielle représentée par la pathogénésie.
2. Modèles basés sur le principe
de l'Hormesis
L'hormesis, et son application plus communément désignée
par mithridatisation, est caractérisée par une augmentation des
capacités de défense de l'organisme contre les toxiques. Rendue célèbre
par Mithridate le Grand (et utilisée par Raspoutine), elle propose
"d'habituer l'organisme" à des doses croissantes de poison,
de telle sorte qu'il résiste à une intoxication mortelle
(Mithridate, poursuivi par les Romains, tenta en vain de
s'empoisonner, et finalement se fit tuer par le glaive). De façon
moins historique et apparemment sans lien avec ce que nous venons de décrire,
Southam et Erlich ( 1948), puis Stebbing( 1981 ) ont développé la
notion d'hormesis en démontrant que des substances inhibitrices de la
croissance de divers organismes utilisées à faibles doses
provoquaient une stimulation de la croissance de ces mêmes
organismes. De très nombreux modèles ont été étudiés avec toutes
sortes de substances sur de très nombreux organismes (Oberbaum &
Cambar 1994), y compris les plantes (Pongratz 1994). De très faibles
doses d'antimitotiques ont déclenché une augmentation de la défense
immunitaire (Wagner & coll. 1988). Dans ce cas, les doses utilisées
sont toujours matérielles et l'effet opposé n'est pas lié à une
forte pression inhibitrice comme dans l'effet rebond : l'inversion
d'effet est fonction de la concentration utilisée (Van Wijk &
col1.1993). Cet effet a été obtenu également avec de hautes
dilutions : l'aspirine à forte dose diminue la formation de thrombus
in vivo alors que de hautes dilutions vont l'accélérer (Doutremepuich
& coll. 1990, 1994). Les faibles doses, et, encore plus, les
hautes dilutions déclenchent un effet opposé à l'effet toxique,
comme si l'organisme pouvait "apprécier" la toxicité
particulière du produit, et déclencher aussitôt un système de défense
opposé.
Ceci est particulièrement mis en évidence lorsque
la faible dose ou la haute dilution est administrée avant
l'intoxication : nous retrouvons là notre modèle de
mithridatisation. Un prétraitement par une faible dose déclenche un
effet opposé qui diminue l'intoxication consécutive par un identique
(Weiss & Weiss 1986, Conforti & co11.1995). Mais plus encore,
une haute dilution de Cadmium ou de Cis-platine, strictement
informative car dépourvue de molécule, déclenche un vrai processus
d'apprentissage puisque la recherche des molécules de défense (métallothionéine) n'est pas renforcée avant l'intoxication, mais seulement au
moment de I'intoxication. (Delbancut, 1994). Cet apprentissage de
l'organisme lui permet de mieux résister à l'intoxication (Cal &
coll. 1986, Delbancut 1994). De la même façon, des dilutions homéopathiques
de Coffea ont protégé des souris de malformations
embryonnaires dues à la caféine (Taddei-Ferreti & Cotugno 1995).
De plus, lorsque la faible dose ou la dilution sont données après
l'intoxication, on observe une amplification des systèmes de défense
adaptés à l'agression.
Les modèles d'hormesis nous apportent les
confirmations suivantes : les hautes dilutions sont strictement
informantes, alors que les faibles doses ont encore un effet d'objet.
A ce titre, les hautes dilutions déclenchent un
apprentissage adapté strictement au toxique concerné qui ne se
manifeste qu'au moment de l'intoxication. Au contraire, si cette
information ne peut être traitée par l'organisme parce qu'elle est
erronée, on constate des effets toxiques amplifiés (un prétraitement
par les dilutions de Cadmium augmente l'intoxication au Cis-platine) : ceci confirme la spécificité de l'information et permet de vérifier
qu'une information fausse est plus dangereuse qu'une absence
d'information. C'est donc l'organisme dans son ensemble qui perçoit
le danger et adapte son comportement de défense, à condition que
l'identification du danger soit possible (loi d'identité) au moment
de l' intoxication.
Nous sommes déjà dans le paradigme des
signifiants avec un système d'information primitif, sans mémoire, et
basé uniquement sur l'identité entre l'information et
l'intoxication.
Il est très remarquable d'observer que ce modèle
correspond exactement au moyen de défense des insectes contre les
agresseurs. Il faut de faibles quantités d'une bactérie pathogène
avant une contamination massive par cette même bactérie pour que les
insectes soient capables de resiter à l'infection. Cette
"immunité" primitive est sans mémoire (Metalnikoff 1920,
Hoffman & coll. 1992).
3. Modèles utilisant des molécules
endogènes.
Les molécules endogènes diluées et dynamisées
ont fait l'objet de nombreux travaux expérimentaux. Nous citerons
essentiellement l'utilisation de dilutions de thyroxine dans la métamorphose
des grenouilles (Endler & coll. 1994, 1995), des dilutions soit
d'antigène, soit d'anticorps, soit d'histamine dans les effets de
l'hypersensibilité immédiate au niveau cellulaire ou sur des organes
isolés ( Hadji & coll. 1991, Benveniste & coll. 1992, Litime
& coll. 1992), ou encore des hormones ou des médiateurs du système
immunitaire dans des modèles d'immunopharmacologie (Doucet-Jaboeuf
& coll. 1982, Bastide & coll. 1985, 1987, Youbicier-Simo &
coll. 1993, Bastide & Boudard 1995, Bastide 1994, 1996). Dans tous
ces modèles, la préparation diluée et dynamisée a le statut de matériel
informant, la plupart du temps sans présence de molécules. C'est
bien l'organisme (ou l'organe ou la cellule) dans son ensemble qui réagit
au niveau d'action des molécules utilisées selon leur place dans la
hiérarchie de l'organisme. Le cadre informatif correspond à
l'identification biologique naturelle de telles molécules puisque le
génome permet le relais informatif de toutes les molécules endogènes
: il s'agit donc d'une grille de lecture "naturelle".
Ce modèle, apparemment simple, est en réalité très
complexe. L'importance de l'information obtenue par une dilution diluée
et dynamisée d'une molécule endogène sera dépendante de la hiérarchie
de la molécule dans l'organisme.
Par exemple, la thyroxine est essentielle pour la
mue du têtard : son information par une dilution 30 D sera
"entendue" et traitée de façon certainement significative,
mais d'intensité variable. En effet, un deuxième paramètre
important est représenté par la "clarté" de l'information
: si elle s'ajoute aux informations endogènes déjà existantes
physiologiquement, cette information peut être soit non entendue et
donc non traitée (pas d'effets significatifs), soit bien entendue
mais non traitée par suite d'une surcharge informationnelle, ou d'une
faiblesse de l'organisme (effets aggravants), soit entendue et traitée
mais de façon irrégulière selon les expériences (effets
significatifs mais pas toujours répétables). Le modèle de
Youbicier-Simo (1993) démontre que des poulets bursectomisés à
trois jours de la vie foetale (ablation de l'organe lymphoïde d'éducation
des lymphoïdes B ou bourse de Fabricius), avant que toute information
ne circule déjà, puis traités aux jours 6 et 9 de la vie fotale
par de hautes dilutions de bursine donc uniquement informative, présentaient
un fonctionnement comparable aux poulets normaux. non bursectomisés.
Dans ce modèle, cette information puissante est toujours entendue,
toujours traitée (résultats toujours significatifs et répétables)
puisque l'information endogène et l'organe correspondant ont disparu.
4. Modèles basés sur la loi de
similitude
Ces modèles expérimentaux sont la plupart du
temps basés sur des symptômes locaux. Plus généraux, ils tentent
de reproduire expérimentalement la thérapeutique homéopathique. A
ce titre, tous les essais de thérapeutique vétérinaire sont à
considérer. Ces modèles basés sur la loi de similitude rentrent
directement dans le cadre des trois principes décrits plus haut.
Seule la hiérarchie de similitude (niveau des symptômes) permettra
de valider plus ou moins facilement cette mise en évidence d'effets
pharmacologiques. Par exemple, le symptôme local de cicatrisation
correspondant à la pathogénésie de Silicea mis en évidence
chez la souris (Oberbaum & coll. 1992) est facilement objectivable
mais cet effet n'est pas toujours répétable. Malheureusement, seuls
les symptômes locaux peuvent être étendus a un large groupe
d'individus aussi identiques que possible (souris consanguines); mais
dans ce cas, l'information de bas niveau ne permet qu'une correction
de certains symptômes, et la méthode est difficilement généralisable
et reproductible. Nous retrouvons là tous les paramètres qui font de
l'Homéopathie une thérapeutique strictement individuelle. Tout modèle
basé sur la similitude, pour être efficace et répétable, ne
peut être qu'individuel : par définition, il ne peut satisfaire aux
critères de l'expérimentation de groupe en double aveugle qui sont
les principes de base de l'expérimentation allopathique. Les succès
observés sont souvent difficiles à reproduire dans un contexte différent
(autre laboratoire, autre lot d'animaux pourtant de même race, autre
saison, etc..).
III. LES PARTICULARITÉS EXPERIMENTALES LIÉES À L'ACTION
DE REMÈDES PRESENTÉS DANS LE STATUT DE "L'INFORMATION".
Nous avons précisé que l'information, transférée
par un support (par exemple électromagnétique), n'a pas d'existence
propre si ce n'est par les modifications qui se produisent chez le
receveur. Son effet est global même s'il existe un "récepteur"
du support au sens matérialiste du terme, de la même façon que la
musique, transférée par un support ondulatoire, perçue par
l'oreille, a un "sens" pour notre corps et notre psyché.
Les applications de la musicothérapie par Aldridge (1989, 1990, 1993)
sont d'ailleurs un exemple de signifiants corporels et psychiques de
modèle informatif.
L'information ne se manifeste donc que grâce à
son traitement par le receveur, qui va modifier son état initial avec
effet de mémoire ou non selon le niveau d'information. (L'information
immunologique rentre également dans ce cadre).
Deux particularités expérimentales sont liées au
statut du "remède informatif". Ces deux particularités
sont particulièrement visibles dans les modèles utilisant des molécules
endogènes diluées et dynamisées dont nous avons vu que le cadre
informatif était "naturel", donc mal défini. Nous les
avons constatées de nombreuses fois dans nos expérimentations. L'une
est liée à l'effet pharmacologique de l'eau pure dynamisée, l'autre
aux effets d'aggravation irréversible déclenchant un état
pathologique plus grave chez les traités que chez les témoins. Ces
deux phénomènes sont totalement inexplicables dans la logique des
objets.
Les expériences utilisant un traitement par de
l'eau diluée sur elle-même et dynamisée, comparée à un traitement
par l'eau non dynamisée montrent souvent des effets pharmacologiques
inexplicables (Guennoun & coll., 1996). Cette observation a été
particulièrement spectaculaire lors de traitement de souris irradiées
(irradiation totale corporelle par les rayons gamma à 6,3 Gy) par de
hautes dilutions de molécules endogènes (association de thymuline,
bursine, interleukine 3). Le contrôle "eau dynamisée" a
souvent montré un effet de protection significatif. Ce phénomène
semble cependant aléatoire lorsqu'on le compare à l'action des
hautes dilutions du mélange cité plus haut. Une hypothèse serait la
"capture" par ce vecteur électromagnétique d'informations
résiduelles circulantes dans l'organisme receveur, une vérification
rigoureuse d'artefacts expérimentaux ayant été réalisée,
envisageant en particulier une contamination externe de l'eau
dynamisée.
Une deuxième observation concerne les effets
"aggravants". En général facilement réversibles dans les
modèles utilisant la loi de similitude, ils sont beaucoup plus
impressionnants dans les modèles faisant appel aux molécules endogènes.
Par exemple, dans le modèle cité plus haut (Guennoun
& coll., 1996), un taux de mortalité plus élevé a pu être
observé chez les souris irradiées traitées par les hautes
dilutions, bien que nous ayons tenu compte de "l'effet-cage"
en séparant les lots de souris par petits groupes. Si nous revenons
à notre explication du traitement de l'information (identification de
l'information puis traitement de l'information déclenchant une réaction
inverse), il est évident que l'absence d'une similitude rend
difficile l'interprétation de l'information. Selon l'état du sujet,
la qualité et l'importance de la dérégulation ou la puissance de
l'information, on peut assister à une surcharge informative telle
qu'elle conduit à une aggravation qui peut être dramatique, surtout
si le sujet est extrêmement faible, donc peu réactif comme dans le
cas de nos souris. Cette remarque est importante au plan de la thérapeutique
: c'est la raison pour laquelle nous insistons toujours en disant qu'une
information par des molécules endogènes doit toujours être encadrée,
ciblée, par une information d'un niveau supérieur désignée par la
similitude, par exemple.
IV. CONCLUSION
Cette longue réflexion sur la validation de l'Homéopathie
par un nouveau modèle logique nous permet à la fois d'analyser et de
corréler les trois principes de l'Homéopathie : similitude, globalité,
infinitésimalité. Par cette démonstration, l'Homéopathie acquiert
un statut de thérapeutique scientifique, avec une possibilité de vérification
expérimentale. La nouvelle méthode thérapeutique découverte par
Hahnemann il y a deux siècles n'a pu être acceptée dans la pensée
positiviste puisqu'elle repose sur une logique de communication
analogique, et non sur une logique d'objets. Cette approche épistémologique
déborde le cadre de l'Homéopathie, qui devient alors un exemple dans
le cadre de ce nouveau paradigme, de la même façon que l'allopathie
est un exemple de la logique des objets. Ce nouveau paradigme
constitue une médiation entre le corps pris dans son ensemble et son
environnement, entre le corps et la psyché, entre le paradigme mécaniste
et le paradigme symbolique.
L'Homéopathie constitue un outil précieux pour
aider à la construction de ce nouveau mode de pensée, puisqu'elle
fournit des modèles expérimentaux permettant de vérifier les hypothèses
émises selon cette nouvelle logique, donnant ainsi au génie
d'Hahnemann toute sa modernité.
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