NOMENCLATURE HOMEOPATHIQUE
(...) Les étapes par
lesquelles Hahnemann a passé de 1798 à 1828, en ce qui concerne les
doses, qui tout d'abord étaient massives, allopathiques, puis qu'il
diminua peu à peu, grâce à sa méthode originale et nouvelle de
divisions- dilutions, sont d'une importance historique.
C'est en 1816
qu'HAHNEMANN mentionna pour la première fois la division centésimale.
Bien que ce système fût aussi pratique qu'utile, Hahnemann commit
certainement une erreur quand il recommanda en 1829 comme «dose normale»
pour toutes les maladies la décillionième dilution, c'est-à-dire la
30°C. L'individualisation posologique portait un coup grave à sa
doctrine, et il s'exposa aux critiques les plus justifiées. Comme il
obtint avec ces trentièmes dilutions des aggravations médicamenteuses
(aggravation homéopathique)
quelques-uns de ses élèves les plus fidèles montèrent plus tard
encore bien plus haut dans l'échelle des dilutions.
DAHLKE prétend que la
trentième dilution avait été recommandée par Hahnemann comme une
sorte de sanction. Après l'introduction de la méthode dite dynamique,
par laquelle le médicament, après un mode de préparation particulier,
devait devenir toujours plus fort, Hahnemann dénomma ses remèdes
liquides « médicaments à la goutte », les désigna
par des chiffres romains et appela les autres médicaments préparés
selon la méthode nouvelle « médicaments au globule » en les désignant par des chiffres arabes (Hæhl).
C'est ainsi qu'à la troisième
dilution par exemple, Sulphur 000/3 signifie 3 globules de Sulph.
à la troisième centésimale. Belladonna 000.000/10 signifie 6
globules à la dixième dilution centésimale d'autre part Calcarea ../11 veut dire 2 gouttes de Calcarea à la sixième dilution
centésimale, et ainsi de suite.
Les degrés de dilutions
principalement employés par Hahnemann étaient donc représentés par
des chiffres romains et signifiaient II (6. dil. Cent.), VI (18. dil.
Cent.), VIII (24 dil. Cent.), X (3o. dil. Cent.), préparés avec 2,
10, 50 jusqu'à 100 succussions entre chaque passage de dilution.
En mélangeant la
substance à diluer (augmentation de surface et diminution de volume)
avec un véhicule non-médicamenteux eau, lactose, alcool dilué,
processus qu'Hahnemann désigne sous le nom de dynamisation, on
devrait arriver théoriquement à obtenir une action plus forte des remèdes
par une trituration prolongée à un minimum d'une heure, ou par des
succussions plus nombreuses.
Quoique Hahnemann, en
1828, ait insisté dans ses Maladies chroniques pour que l'homéopathie
évite toute incertitude et toute inexactitude, la «nomenclature»
devint toujours plus confuse, surtout pour les hautes dilutions dont les
chiffres s'augmentèrent à l'infini ; il en fut de même des méthodes
de préparation, dont quelques unes étaient tenues secrètes.
VON KORSAKOFF, par
exemple, augmentait la force active (avec l'eau de pluie ou l'eau de
neige) jusqu'à la 1500 me dil. Son processus de développement est
comparé avec ce qui se passe dans la fermentation, dans l'infection ou
la fécondation (dilution par contact).
Quand plus tard HERING prétendit
qu'un globule de la trentième dilution C, mis dans un flacon, forme
avec le volume d'air qui s'y trouve une nouvelle dilution (dilution à
l'air ?), on perdit carrément alors la raison. Il y a des exemples
nombreux qui prouvent ce fanatisme insensé de la dilution ad
absurdum, triste spéculation et pauvre ironie vis-à-vis de la
science.
Plus tard, JENICHEN prépara
des hautes dilutions jusqu'à la 16000 me Cent. dont on craignait
l'action trop puissante, parce que Jenichen, véritable hercule, les
secouait lui-même de toutes ses forces. C'est Griesselich qui nous
rapporte dans son manuel (Handbuch) que Drosera C 500 aurait été
ainsi agité soi-disant 6000 fois (dilutions par force).
Hahnemann prétend que Drosera à la décillionième dilution X (30 me) C secoué seulement deux fois,
guérit la coqueluche, alors qu'une goutte de la même dilution, prise
dans une cuillère à thé d'eau, mais secouée vingt ou plusieurs fois,
suffit pour mettre un homme en danger de mort !
Après Hahnemann, qui s'était
trompé, comme il l'a lui-même reconnu plus tard, en supposant qu'on
pouvait transformer une basse dilution, par des succussions prolongées,
en une haute (par exemple une 30 me C), Jenichen aussi prétendait
qu'une quatrième dilution pouvait devenir une 100 me dilution ou 200 me
dilution par 100 ou 200 très fortes secousses surajoutées !
Le Dr JEANES est celui
qui se rapproche le plus de la méthode mystérieuse de Jenichen. Il plaçait
un globule imbibé d'une teinture mère ou d'une dilution donnée dans
un flacon contenant 100 gouttes d'eau. Il agitait ce mélange souvent et
cela plusieurs fois par jour, puis désignait selon la quantité et la
durée des succussions ses remèdes selon les degrés A, B, C, D, etc.
Au sujet des dilutions
par fluxion de FINCKE, dilutions très usitées autrefois en Amérique,
Aebly déjà, en 1914, prouva quelles ne sont nullement des dilutions
centésimales, mais des dilutions « e », c'est-à-dire que « e » équivaut
ici à 2,71, selon la base des logarithmes naturels ou des logarithmes
de Napier. D'après un échange de vues entre Kent et Aebly, il est établi
que les observations sont exactes, de telle sorte qu'une cm de Fincke
correspond à peu près à une 15 m de Kent. Les dilutions par
percussion, qui étaient préparées par des succussions prolongées
avec des dilutions basses, furent abandonnées par E. Schlegel déjà en
1894.
Kent propose comme série, dont
il a vérifié l'utilité en pratique : 30, 200, 1m (1000), 10m (XM),
50m (LM), 100m (CM), 500M (DM), mm (1 million, MM). J'avoue ne pas
pouvoir comprendre pourquoi cet auteur souvent écrit 3m, puis 3M ou
encore 3/m.
SWAN et SKIN avaient établi
comme Fincke des dilutions par fluxion, où les dilutions étaient
faites avec de l'eau au lieu d'alcool, d'après une échelle qui leur était
propre. Plus tard, une échelle vigésimale (5:95) fut encore
recommandée par Petters, de sorte que la confusion par ces différentes
méthodes devint de plus en plus grande; aucune comparaison ne fut plus
alors possible.
Hahnemann recommanda au début
10 succussions par dilution, puis ensuite il monta à 100, plus tard, il
descendit à deux secousses seulement à cause du danger de
l'aggravation médicamenteuse. Pour les triturations il indiquait une
heure.
Je ne discuterai pas
aujourd'hui la question des facteurs suggestifs, ni celle de l'efficacité
des hautes dilutions. On ne peut envisager qu'il existe vraiment une
différence essentielle dans l'action des dilutions et des triturations
préparées à la main ou avec des machines. Pour éviter toute ambiguïté,
je précise mon opinion en disant qu'il n'y a aucun rapport entre le
nombre et l'intensité des succussions avec la puissance d'activité médicamenteuse.
La question qu'il importe à tout prix aujourd'hui de préciser est :
L'établissement de
chiffres précis et exacts, partout les mêmes avec des explications détaillées
du système de dilution utilisé ainsi que les renseignements utiles sur
les substances mères et originales employées.
Il est de la plus haute
importance de bien faire attention aux directives qui devront être fixées
dans une Pharmacopée dite normale, et de soumettre des propositions au
sujet des améliorations à apporter à une assemblée de médecins et
de pharmaciens homéopathes
experts.
On peut bien aujourd'hui
désigner la deuxième édition de la Pharmacopée homéopathique du Dr W. Schwabe, publiée en 1924, comme un modèle parfaitement
utilisable. Elle fut accueillie autrefois (I834-1848) comme un grand
progrès pratique par beaucoup de médecins réputés de cette époque
comme: Griesselich, Hirschel, Trinks et d'autres.
Hering, puis plus tard
Vehsemeyer (Hygea LV I836) et enfin Stapf (Archiv. XVII 1838) recommandèrent,
au lieu de l'ancienne échelle centésimale, l'introduction d'une échelle
décimale (...).
L'« échelle décimale
» a été utilisée déjà du vivant d'Hahnemann quoiqu'il n'aie pas
voulu l'accepter. Dans l'exemple de Drosera donné par Klemperer (Neue
Deutsche Klinik, I930) et qui a été cité précédemment, Hahnemann
recommandait la décillionième dilution, soit Drosera X équivalent à
la C 30 du D 60, et il écrit * non pas sous l'échelle décimale, mais
bien en écrivant Drosera C 30 ne comprend pas pourquoi il indique « décillionième
» et marque C 30. Celui qui n'est pas au courant de toutes ces
nomenclatures s'y perd. Cela demande absolument une rectification ! Les
médecins homéopathes actuels emploient toujours Drosera avec succès
si les indications sont les mêmes.
En Angleterre et en Amérique
(Royal) les dilutions centésimales sont indiquées par un simple
chiffre; par exemple Belladonna 6 veut dire à la 6me dilution centésimale.
Par contre, pour les dilutions décimales, le chiffre de dilution est
suivi d'un X ou d'un +, par exemple Arsenicum + 6 ou Arsenicum 6 X =
Arsenicum D VI. Pour montrer la variété des nomenclatures et les
erreurs qu'elles peuvent entraîner, je vous citerai la série bariolée
suivante, qui démontre le manque d'unité absolu dont nous souffrons et
que j'ai prise dans notre littérature homéopathique
:
Calc. 2/30; Asa 2/4 ; Calc. 1000; Chamomilla
XX ; Sulphur VI ; Bryonia 00000/3; Lycopod. 30/2; Sulphur X° ; Aconit
03; Calc.-carb. 07; Aurum I/m ; SEPIA3/M; Fincke CM ; Kent mm; etc.
Hering, qui en 1857 regrettait
l'introduction de l'échelle décimale, préférait l'ancienne dénomination
hahnemannienne X°, IV°, Il° et il aurait voulu réserver spécialement
la X° pour les médicaments psoriques.
C'est principalement la désignation
de Ars. alb. 0,04 au lieu de Ars. alb. D IV, soit la 4me dilution décimale
qui fut une cause fréquente d'erreurs, parce que la première désignation
notamment semble indiquer 4 centigrammes d'Arsenic. Et même si nous
ajoutons que Dahlke estimait qu'une C 30 et une D 30 étaient au fond à
peu près équivalentes, parce qu'à cette dilution il ne s'agissait
plus de quantité matérielle, mais d'une question d'action dynamique,
nous devons néanmoins, à l'avenir, exiger absolument des définitions
claires.
En Allemagne, l'échelle des dilutions
utilisées doit toujours être parfaitement indiquée. Si aucune lettre
n'est indiquée après le chiffre de dilution, le pharmacien donnera
toujours une dilution centésimale.
Heinigke a bien proposé
d'employer le système centésimal pour toutes les hautes dilutions,
mais il n'a jamais donné aucune raison pour cela. D'autre part, on
affirme que les médicaments fabriqués selon le système centésimal
seraient bien plus efficaces que les dilutions décimales
correspondantes. Aucune preuve valable n'a encore été fournie
jusqu'ici. Néanmoins, il est impossible de retarder le progrès pour
des raisons traditionnelles seules, et nul ne saura nier les avantages
notoires qu'apporte l'adoption du système décimal.
Par cette méthode, les
proportions arithmétiques indiquent les degrés de dilutions intermédiaires
particulièrement nécessaires pour les affections aiguës, par exemple Bryonia D 1, D 111, D IV, etc. Les proportions de substances médicamenteuses
contenues dans la dilution donnée apparaissent de ce fait plus
clairement puisqu'il suffit ainsi d'ajouter autant de zéros que
l'indique le chiffre de l'atténuation, par exemple: D I = 0.10, D III =
0,001, D 6 = 0.000001.
D'une façon générale,
les partisans des hautes dilutions emploient le système centésimal, et
ceux des basses dilutions presque exclusivement le système décimal.
Ces derniers sont sans aucun doute les plus nombreux actuellement.
On peut se rendre compte
par les travaux d'Otto et du Dr Reihling de l'intérêt très grand que
les pharmaciens portent pour l'établissement d'un «système unitaire».
Ces auteurs citent par exemple l'erreur de la désignation Petroleum D II (car il convient de l'écrire correctement C I) puisque la dilution
a été opérée au 1 : 100. De même pour Phosphor. D III,
qu'on devrait indiquer M I, parce que 0,1 de Phosphor. a été dilué
dans 1000,0 d'alcool, corrections qui sont absolument justifiées.(...).
Dr Assmann, 1935.
Petit article d'intérêt
surtout historique qui montre combien fût grande la pagaille dans l'établissement
de la nomenclature que nous utilisons actuellement. Le débat concernant
la préparation des remèdes est passionnant et sans fin.
Dr Rémy BEAU.
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