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LES MOUTONS DE PANURGE
Par le Dr. Rémy Beau
Ce jour là, me rendant en voiture à mon
cabinet, j'écoutais comme souvent « la radio qu'il me faut ». Bien m'en
a pris, sinon je n'aurais pu être le témoin de ce morceau d'anthologie
que je vous narre bien volontiers. Le journaliste nous apprend qu'une
petite commune de 9000 habitants a décidé de proposer la vaccination
antigrippale gratuite à tous ses administrés.
Je ne polémiquerais pas
ici sur le bien-fondé médical de cette décision pour me concentrer sur
les résultats d'une telle proposition. Eh bien, sur 9000 personnes
concernées, 8300 d'entres elles se sont présentées à la vaccination. Les
700 qui restent sont en fait les personnes âgées ayant droit, de fait, à
la vaccination gratuite. Étonnant non? Pas autant que les interview qui
suivirent !
Ainsi, une dame interrogée :
Le journaliste curieux : « Pourquoi êtes-vous
venue vous faire vacciner ? »
La bonne dame obéissante : « D'habitude, je
suis contre, mais comme tout le monde est venu... ».
Le même journaliste réitère sa question à un
brave paysan qui répond avec un accent que je ne peux malheureusement
retranscrire :
« Je suis venu parce que c'est gratuit.. ».
Il se peut que j'ai interverti les deux personnages et que le texte ne
soit pas une fidèle reproduction des propos tenus mais le fond est
respecté.
Le bouquet, c'est l'un des médecins bénévoles
qui nous l'offre. Le brave confrère, tel Bernadette devant sa grotte,
semble impressionné et ému devant cet élan collectif qui a poussé
nos chers compatriotes à venir se faire vacciner en masse. Je me dis
qu'il en est certains qui ont une poussée de citoyenneté comme
d'autres ont des montées de lait. Tenez, j'en essuie moi-même une
petite larme au coin de l'oeil.
« A cause de la grippe, ce serait trop bête que tout s'arrête.. »
nous dit encore notre Michel national ! Stop! N'en jetez plus.
A propos, avez-vous vu ce film publicitaire où un
couple de parents affolés tient dans ses bras un enfant gravement
malade atteint de... je vous laisse deviner la terrifiante affection; la
peste? Non. La rage peut-être ? Non plus. Une méningite sûrement ?
Que nenni ! Au moins alors une petite pneumonie ? Pas plus encore ! Mais
c'est la rougeole, voyons! Que faire ? Se précipiter à l'hôpital,
bien sur! Le film est en noir et blanc, le commentaire dramatique et
l'on voit bientôt apparaître à l'écran l'entrée des urgences
où s'engouffrent nos malheureux. Ah, s'ils avaient vacciné leur
enfant ils n'en seraient pas là ! Tout cela est-il bien raisonnable ?
D'une prévention honnête et justifiée, c'est
à dire la vaccination contre le tétanos, la polio et éventuellement
la diphtérie, nous sommes maintenant parvenus à une véritable rage
vaccinale. Un enfant de nos jours, subit près d'une dizaine de
vaccins différents dès ses premières années de vie. Diphtérie, tétanos,
polio, coqueluche, méningite, rougeole, oreillons, rubéole,
tuberculose, hépatite B.. et on nous en prépare encore de nouveaux
pour les années à venir !!! Je ne connais pas de traitement efficace
à propos de la poliomyélite ou du tétanos, même si certaines
observations de nos Anciens nous montrent des résultats intéressants.
Le compromis n'est pas en faveur de l'homéopathie.
Les vaccinations contre la diphtérie et la méningite sont en position
intermédiaire mais je les conseille quand-même. A mon avis, celles
contre la coqueluche et la rougeole sont d'indications comparables. Je
veux dire par là que ces deux maladies presque toujours tout à fait bénignes
(surtout si le traitement est homéopathique)
peuvent toutes deux donner lieu à des complications dramatiques. La
coqueluche chez un nourrisson est de diagnostic difficile de nos jours
et pourtant l'efficacité de nos traitements exige une intervention précoce.
Quant à la rougeole, en dehors des classiques complications
broncho-pulmonaires ou O.R.L., le spectre permanent de la méningo-encéphalite
plane sur nous. Voilà ce qui rend notre position si difficile à
prendre, mais chacun devra le faire en fonction de ses compétences et
de son expérience : c'est ce qu'on appelle la conscience
professionnelle, non ?
La vaccination anti-hépatite B chez le nourrisson
est pratiquée dans un but épidémiologique, collectif, et non
personnel. En dehors des contaminations mère-enfant à la naissance, il
existe, en effet, peu de risques qu'un bébé contracte cette maladie.
Les mamans demandent souvent si leurs chérubins peuvent être contaminés
par la salive. C'est d'ailleurs la rumeur qui court, lancée par on
ne sait qui, et qui facilite l'acceptation par les familles de cette
vaccination supplémentaire. A ma connaissance, bien que l'on puisse
trouver des antigènes de l'hépatite B dans toutes les sécrétions
de l'organisme, le sang et les sécrétions sexuelles sont les deux
vecteurs reconnus de la contamination. Les larmes, la salive, la sueur
etc.. ne transmettent pas la maladie jusqu'à preuve du contraire. De
plus, en parlant de rumeurs, il semblerait que certaines complications
soient imputables à ce vaccin et bien que rien ne soit prouvé, il me
semble que le recul n'est pas suffisant et je réserve mon avis dans
l'immédiat.
La position vis à vis du B.C.G. est beaucoup plus
facile à tenir : il est parfaitement inutile voire dangereux pour la
plupart des enfants, sinon pour tous. Un cas particulier concerne les
immigrants vivant dans les mégalopoles dans des conditions sanitaires
catastrophiques où le vaccin permettrait d 'éviter deux
complications qui sont : d'une part la miliaire tuberculeuse et
d'autre part la forme neurologique. Je n'évoquerai pas non plus les
cas particuliers d'immunodéficience qui ne relèvent pas de mes compétences.
Les enfants tuberculiniques ont un terrain qui les rend fragiles devant
la tuberculose-maladie contre laquelle ils ne peuvent se défendre
efficacement. Cependant la vaccination est inutile car l'injection
d'une fraction de la maladie n'entraîne, par définition, aucune réaction
spécifique chez ce type d'enfant. Combien d'entres-eux voyons nous
chaque année vaccinés, revaccinés et encore.. et les tests de rester
lamentablement négatifs. Dans le cadre d'enfants non tuberculiniques,
la vaccination n'est guère plus indiquée car ceux-ci sont
normalement capables de lutter efficacement. Disons qu'elle est moins
contre-indiquée. « Tout ce qui contribue à donner des toxines
à un sujet affaiblit son organisme et le prédispose à la maladie.
D'éminents confrères, connaissant beaucoup mieux que moi la
question, n'ont-ils pas entrepris de démonter que le B.C.G. est
nocif? (...). Je possède, moi-même, une dizaine d'observations
typiques d'enfants magnifiques, nés de parents non tuberculeux,
devenus, après B.C.G. idiots, ganglionnaires et faisant sans cesse des
accidents pulmonaires ou autres (broncho-pneumonies, troubles méningés,
péritonites, etc.), leurs Wassermann étant négatifs. » P.
CHAVANON, Thérapeutique O.R.L. homéopathique,
1935.
Le Dr P. CHAVANON aura le mot de la fin, avec sa
plume si particulière, son humour et sa causticité : « On parle
du malaise actuel. N'est-ce pas normal, dans un siècle où tous sont
plus ou moins « piqués »?... Stigmates allopathiques... On
a appelé le siècle de Molière « le Grand siècle... du clystère
et de la saignée ». L'avenir ne ridiculisera-t-il pas les temps
présents sous le nom de « siècle de la Seringue »?...
Nous vivons vraiment une époque formidable !!
Dr Rémy BEAU.
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