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Le passage par la Faculté ne développe hélas pas
l'esprit critique, et favorise principalement l'exercice de mémoire car
les étudiants sont soumis à un rythme oppressant où le meilleur sera
celui qui parviendra à assimiler le plus de choses en un minimum de
temps. Beaucoup se contentent d'une acquisition passive de connaissances
sans chercher le moins du moins à remettre en cause ce qui leur est
inculqué. S'agit-il d'une manière de conjurer une angoisse
sous-jacente, permettant de se simplifier la vie à bon compte : ça
n'existe pas puisque je ne l'ai pas appris ?
Trop de médecins ne développent pas leur propre
sens de l'observation alors qu'une pratique en clientèle leur
apprendrait énormément. Au lieu de cela, ils préfèrent se tenir
informés uniquement de façon indirecte grâce aux publications médicales
(offertes grâce au financement des laboratoires allopathiques), se
cantonnant à un rôle passif qui ne les empêche pourtant pas de
critiquer vigoureusement tout ce qui sort du champ de leurs
connaissances. De plus, le système médical actuel repose sur logique
économique qui dépend d'une consommation effrénée de la part des
malades, et pousse les médecins à suivre la mode médicale et
prescrire le tout dernier traitement sans avoir le moindre recul. Il est
curieux de noter que la plupart des médecins manifestent une confiance
aveugle dans les données souvent tronquées ou "arrangées"
que leur fournissent les laboratoires pharmaceutiques, alors qu'ils
mettent systématiquement en doute les observations de confrères à
priori honnêtes et scrupuleux dès lors qu'elles n'entrent pas dans les
normes à la mode.
Dans la réalité, on rencontre trois types de médecins :
-Ceux qui ont acquis
une connaissance et qui l'appliquent consciencieusement sans se poser de
questions,
-Ceux qui ont appliqué
cette connaissance et déchantent devant l'échec patent auprès des
gens malades qui ne cessent de récidiver,
-Ceux qui ont déchanté
et se sont tournés vers autre chose.
Les homéopathes recrutent comme on s'en doute dans
les deux dernières catégories. Nous avons parlé de l'exemple de
Hahnemann, je pense que celui du Dr. Constantin Hering mérite d'être
connu du grand public.
Ce dernier était assistant des hôpitaux lorsque
son patron lui demanda de rédiger un pamphlet contre l'homéopathie. En
effet, Hahnemann faisait énormément parler de lui en ville et prétendait
soigner avec succès de très nombreux cas de rougeole, ne perdant
pratiquement aucun de ses petits malades, alors que la mortalité s'élevait
en moyenne à 30% dans une population à l'hygiène défectueuse et
souvent malnutrie.
Afin de s'informer sur le sujet, Hering s'en va
donc voir ce Dr. Hahnemann afin de mieux pouvoir pourfendre les
pratiques qu'il a pour charge de dénoncer et réfuter. Au bout d'une
quinzaine de jours, Hering retourne chez son patron et lui dit :
"Monsieur, je suis navré mais je ne vais
pas pouvoir réaliser le travail que vous m'avez confié.
- Ah ! Vous êtes souffrant ?
- Non, Le Dr. Hahnemann est un grand médecin.
J'ai vu les résultats de l'homéopathie, je vais l'étudier et la
mettre en pratique à mon tour."
Ce courage lui vaudra les foudres des officiels, il
sera contraint de démissionner de son poste à l'hôpital et chassé de
chez lui, il y aura une telle vindicte contre lui qu'il participera à
une expédition au Surinam pour prendre un peu de large. A cette
occasion il va capturer le serpent kuru-kuru, appelé Lachesis muta (du
nom d'une des trois Parques) et en expérimenter le venin. Les seules
vapeurs inhalées lors de la préparation des dilutions en solution
hydro alcoolique le font tomber dans un coma dont il ne sortira qu'après
plusieurs jours. On imagine l'angoisse de sa femme et sa stupeur
lorsqu'il reprend connaissance et lui dit "j'espère que tu as bien
noté mes symptômes pendant mon inconscience". De cette expérience
lui restera une sensation de suffocation en portant des vêtements serrés
autour du cou, ce qui est un symptôme de Lachesis que les homéopathes
du monde entier connaissent bien et ont confirmé des millions de fois.
Pour trouver la tranquillité, Hering émigrera aux
États Unis pour s'installer à Philadelphie. Il y fonde la première école
d'homéopathie du nouveau monde d'où sa renommée rayonnera sur tout le
pays, ce qui n'ira pas sans attiser haines et jalousies. Scientifique
passionné (et passionnant), il sera l'un des premiers à s'intéresser
aux empreintes digitales. Dans les années 1860, l'épouse d'un notable
de la ville est trouvée sauvagement assassinée chez elle. L'assassin a
glissé en sortant de la pièce et a laissé une large trace sanglante
sur le mur. Hering y relève plusieurs empreintes digitales et trouve au
microscope des particules de graisses et d'autres produits qui ne se
trouvent que dans une chaudronnerie. La police arrête assez rapidement
un suspect qui avouera les faits, il est bien chaudronnier de son état.
Lors du procès, Hering demande à avoir le droit de relever les
empreintes du criminel afin de vérifier si elles correspondent à
celles qu'il a relevée. Cela lui est refusé, et il a beau argumenter,
on ne lui accordera pas le droit de vérifier des hypothèses
saugrenues, on n'a que faire des empreintes digitales. Finalement le
coupable est exécuté, et Hering obtient la permission de relever les
empreintes sur la dépouille. Il arrive en hâte à la morgue, découvre
le corps. et trouve l'intérieur des mains tailladées en tous sens.
Cette anecdote laisse imaginer les vexations et les
poursuites dont les premiers homéopathes ont été les cibles, ce qui
ne les a pas empêchés de développer le nouveau système médical pour
le plus grand bénéfice de millions de gens malades. Ainsi, Hering a réalisé
sa grande encyclopédie de matière médicale en passant sa vie à
colliger les symptômes des médicaments confirmés cliniquement. Cette
oeuvre immense est encore aujourd'hui à la base de notre connaissance
des remèdes.
Une phrase de Hering demeure célèbre et résume
l'état d'esprit nécessaire à la compréhension de l'homéopathie, il
dit : "je n'ai jamais rien accepté de Hahnemann sans l'avoir
moi même éprouvé". Finalement c'est la définition du véritable
scientifique : ne jamais rien accepter ni réfuter sans l'avoir
auparavant testé soi même. Il est regrettable hélas que bien peu
d'esprits fonctionnent sur ce modèle, car il est contraire à nos
penchants habituels de retrousser les manches et plonger les mains dans
le cambouis. Un célèbre humoriste n'a-t-il pas écrit que l'esprit est
comme un parachute, pour qu'il fonctionne, il doit être ouvert ?
Cela rend d'autant plus agaçantes pour un homéopathe
les sempiternelles critiques "c'est de l'eau donc c'est du
placebo" qui ne prouvent que l'ignorance de celui qui les pose
(souvent avec dédain et agressivité).
Puisque aujourd'hui il est de plus en plus
clairement établi que les produits homéopathiques ne sont pas
simplement de l'eau inerte, le raisonnement "eau pure Þ
placebo" se voit sapé dans son fondement. Du coup, le second terme
de la relation, c'est à dire l'explication par le placebo, devient très
difficile à défendre.
Devenir homéopathe,
c'est s'interroger et s'étonner, se remettre en cause. Je crois que la
narration d'une anecdote de Kent parlera à beaucoup de nos confrères
et à la plupart de nos malades. Il s'agit d'un extrait de conférences
[16]
données vers 1912.
"Lorsque j'ai lu pour la première fois dans
les ouvrages de Hahnemann que des agents médicamenteux dilués puis
dynamisés pouvaient guérir des malades, cela m'a semblé très mystérieux.
Aucune de mes connaissances ne me portait à comprendre et surtout à
admettre de pareilles possibilité. J'ai débuté dans ma pratique homéopathique
avec des teintures mères et des médicaments donnés en substance,
puis par de très basses dilutions, bien intentionné que j'étais,
toutefois, d'observer la loi des semblables ; mais par ce moyen
je n'étais capable de guérir que des affections tout à fait
superficielles. Mes résultats étaient loin d'être satisfaisants ;
cependant ils étaient un peu supérieurs à ceux que j'avais obtenus
par les anciennes méthodes de thérapeutique apprises au cours de mes
études allopathiques. Ces traitements étaient en tout cas, plus doux
que l'utilisation des drogues courantes, des purges et des émétiques !
Évidemment, me basant sur les connaissances acquises, j'en restais là
dans mes opinions et croyances. Ne faisons nous pas tous ainsi ?
Un beau jour, je pris la résolution d'essayer
sans parti-pris une trentième dynamisation afin de me rendre compte
s'il y subsistait vraiment quelque chose d'actif et comme on n'est
bien sûr d'une chose que si on la fait soi-même, je me mis à préparer,
selon le mode enseigné par Hahnemann, une trentième dynamisation
centésimale de Podophyllum peltatum, avec de l'eau, ayant appris que l'eau ou l'alcool étaient
aussi bons l'un que l'autre et que seule l'atténuation était nécessaire.
A cette époque sévissait précisément une épidémie
de diarrhée qui ressemblait en tous points à celle provoquée par Podophyllum ;
mais je ne me sentais nullement le courage de donner une trentième
dynamisation qui véritablement me semblait ridicule. Autant donner de
l'eau claire ! Aussi je continuais à administrer mes teintures mères
et mes basses dilutions. Un jour une mère éplorée se précipita à
ma consultation avec son bébé dans les bras. C'était un nourrisson,
et, tandis que sa mère le serrait contre elle, une copieuse diarrhée
claire et jaunâtre s'écoula tout à coup sur mon tapis. Je fus frappé
par l'odeur qui me rappela ce que je venais de lire dans la matière médicale
sur les selles de Podophyllum,
leur odeur repoussante et nauséabonde, horriblement puante et littéralement
infecte. Et la selle était si abondante que la mère me fit même
cette remarque : "C'est à se demander, Docteur, d'où tout
cela peut bien venir ?". Mais alors, me dis-je, voilà précisément
le cas qui va me permettre de juger de la valeur d'une de ces trentièmes
dynamisations hahnemanniennes. Je pris donc, sans la moindre
conviction, je dois l'avouer, quelques globules de ma 30ème dynamisation de Podophyllum et les mis sur la langue de l'enfant, puis renvoyai la mère et son bébé
chez elle, tremblant à l'idée qu'il allait sans doute mourir vu la
gravité de son état : traits tirés, faciès pincé, cadavérique,
et odeur infecte émanant de tout son corps.
Le lendemain, lors de ma tournée de visites,
ayant à passer devant la maison où habitait ce petit malade, je
m'attendais à voir un crêpe à la porte en signe de deuil, comme
c'est la coutume dans ce pays. Malgré mon angoisse et ma curiosité,
je décidai par avance de passer sans m'arrêter et je pus juste
constater que le crêpe n'y était pas. Sur le chemin de retour, bien
que cela m'allongeât terriblement, je décidai de repasser devant
cette porte, et quelle ne fut pas ma surprise, non seulement de ne pas
constater de crêpe, mais de la voir s'entrouvrir et la grand-mère
apparaître sur le seuil, m'interpeller au passage en criant :
"Docteur, le bébé va très bien ce matin" ! Faut-il
dire combien je me sentis soulagé et heureux d'apprendre que je ne
l'avais pas laissé mourir ? Quelques uns d'entre nous peut-être
auront passé par ce même état d'âme et pourront mieux me
comprendre.
Il ne fut pas nécessaire de donner aucun autre
remède à ce petit bambin. Par la suite, je me trouvai en présence
de nombreux cas de Podophyllum,
et à mon grand étonnement, la 30ème dynamisation répondit
chaque fois parfaitement à mon attente. Combien ces résultats étaient
différents de tout ce que j'avais vu jusqu'alors, les guérisons étaient
presque instantanées les évacuations alvines semblaient s'arrêter
déjà dès la première prise ! [.]".
Tous les homéopathes sont passés par les mêmes
affres que Kent en son temps, jusqu'à ce que l'évidence se fasse jour
après un premier, un second, un millième cas. Peu à peu, la
conviction se forge, l'étonnement demeure, et le praticien devient de
plus en plus exigeant, l'action du médicament n'étant jamais assez
rapide à ses yeux. Rien ne va en effet aussi vite que l'action d'une
dynamisation homéopathique, il est vrai que pour agir elle n'a pas
besoin de traverser des vaisseaux sanguins et voir sa concentration s'élever
dans le sang. Combien de fois est-il arrivé de voir en urgence une épistaxis
dont le sang rouge vif est incoagulable se mettre à changer de couleur
et commencer de coaguler dans l'instant où un globule de Phosphorus est
déposé sur la langue du patient ? Combien de fois les terribles
douleurs d'une otite se sont elles estompées presque instantanément
après la prise d'Aconit ? Combien de coliques Colocynthis a-t-il
soulagées en quelques instants ?
Néanmoins, l'homéopathe s'interroge toujours et
ne cesse de s'étonner devant les effets de ses doses, comment cela
fonctionne-t-il ? Peut-il s'agir d'une éventuelle activité
placebo ? C'est le fait d'un scientifique de se poser sans cesse
des questions et de connaître peu de certitudes. Il faut savoir tout
d'abord que c'est une fois de plus Hahnemann qui a le premier utilisé
le placebo pour faire patienter le patient afin de lui permettre de
prendre quelque chose tout en évitant de répéter intempestivement la
prise du médicament. Bien des auteurs classiques ont adopté la maxime
qui dit que "la meilleure seconde prescription c'est placebo",
car rien n'est pire que le renouvellement d'une dose alors que la précédente
agit toujours. Je citerai à nouveau Kent [16]
dans une situation que nous avons rencontrée des milliers de fois :
"Je me souviens par exemple d'un malade vu
pour la première fois il y a environ quinze ans, avec les épaules voûtées
et l'apparence franchement d'un phtisique ; il souffrait alors
d'un catarrhe pulmonaire donnant l'impression clinique d'un pré
tuberculeux. Sulphur, une dose de la 6000ème dynamisation Jenichen lui fut administré d'après ses symptômes. Il
fut violemment aggravé par cette dose unique. Tous ses symptômes ne
firent qu'empirer et il revint me voir m'accusant de l'avoir rendu
malade. Etant au courant de ce genre d'aggravation par le remède
similaire, je décidai de lui administrer Placebo. A la fin de
la semaine suivante, il revint et me dit qu'il allait mieux, beaucoup
mieux, et qu'il ne voulait plus jamais reprendre de ce premier remède,
mais au contraire davantage du deuxième qui l'avait si
remarquablement amélioré. Ainsi, pour lui faire plaisir, je
continuais cette médication pendant quelques six ou sept semaines au
bout desquelles il me spécifia qu'il ne voulait plus de ce dernier médicament,
mais désirait celui qui l'avait tellement soulagé au début. Cette
remarque me suffit pour lui administrer une nouvelle dose de Sulphur 6M.
Deux jours ne s'étaient pas écoulés qu'il
accourut chez moi disant : "Jeune freluquet, vous m'avez
redonné cette médecine qui m'a tant rendu malade lors de votre
premier traitement". Si bien que je renouvelais Placebo.
Pendant 5 à 6 semaines et peut être plus longtemps, tout alla pour
le mieux, puis il revint, me disant : "Décidément, je
crois que vous n'avez rien compris à mon cas, parce que voilà
maintenant mes anciens symptômes qui reparaissent ; vous me
feriez plaisir de bien vouloir reprendre mon observation et de l'étudier
à nouveau". C'est précisément ce que je fis et je lui
administrai pour la troisième fois une nouvelle dose de Sulphur 6M. A sa visite suivante il dit d'emblée : "Eh bien
Docteur, je ne me sens nullement mieux ; mon état est
stationnaire". Vous remarquerez que cette fois il n'éprouva
aucune réaction ni faible ni violente. Je patientais encore quelque
temps, mais aucun soulagement ne se produisit après cette dernière
dose. Et pourtant, tous les symptômes évoqués par ce malade
clamaient littéralement Sulphur. Que faire alors ? Lui
donner Sulphur en substance ? Je ne pouvais pas non plus
changer de remède et lui en donner un qui n'était pas indiqué !
L'expérience des vieux praticiens nous dit : "Allez plus
haut !". Aussi je donnais Sulphur 55M de Fincke.
Je n'attendis pas longtemps pour me faire apostropher à nouveau :
"Misérable, vous m'avez redonné cet affreux premier médicament,
je le sais, je ne veux plus de cette drogue !". Finalement,
après l'avoir apaisé, je lui administrai un peu de Placebo en
l'assurant qu'il se sentirait mieux dans quelques jours. En effet,
pendant six à sept semaines, il éprouva une grande amélioration et
je pus alors lui expliquer que lorsqu'un remède n'agissait plus, il
devenait nécessaire de donner quelque chose pour faire réagir.
Naturellement je ma gardais bien du lui parler du Placebo administré !"
L'observation qui précède est admirable et va
nous permettre de passer en revue les nombreux arguments qui ne font pas
tenir une seconde l'explication de l'homéopathie par un quelconque
effet placebo.
a) Le principe même de l'effet placebo
consiste à faire focaliser le patient sur un seul symptôme
que l'on voudrait voir soulager, or l'homéopathe évoque toujours la totalité des symptômes d'une part pour établir le diagnostic du médicament,
d'autre part pour en évaluer les effets. Jamais encore on a vu
l'effet placebo améliorer l'état de santé et l'ensemble des symptômes
du patient. C'est donc une véritable escroquerie intellectuelle que
d'essayer de faire croire le contraire car si la prescription est
correcte, c'est l'ensemble des symptômes qui régresse, pas seulement
celui qui amène le patient à consulter.
En outre, il arrive de très nombreuses fois que
le malade rapporte l'amélioration de tous ses symptômes et aussi
de ceux dont il n'a pas parlé au médecin. Ainsi une femme venue
me consulter pour des migraines revenait me voir pour me dire :
"Docteur,
c'est vraiment bien, je n'ai pas eu mal à la tête de nouveau, et mon
épaule va bien mieux, mais ce qui est étonnant c'est que mes diarrhées
sont guéries !"
Étonné,
je l'étais aussi, car je ne retrouvai nulle trace de diarrhées dans
mes notes.
"Excusez-moi,
mais je n'ai pas compris que vous aviez des diarrhées ?"
"Oh,
oui, je n'ai même pas pensé à vous en parler parce que ça durait
depuis des années et que personne n'avait jamais rien pu faire."
Ces faits confirment le modèle d'un organisme se
comportant comme un tout unique, et il est impossible d'en rendre
compte par un effet placebo.
b) On décrit les patients ayant recours
à l'homéopathie comme des farfelus, prêts à croire n'importe
quelle sornette, bref comme des sujets idéaux aptes à recevoir la
suggestion du médecin. Est-il besoin de dire combien cette
description injurieuse pour des gens qui traînent leur souffrance
depuis des années est aux antipodes de la réalité ? Les cas
que l'on traite proviennent de la masse sans cesse croissante des
patients déçus de l'ancienne médecine et qui en ont assez de
prendre toujours plus de médicaments qui n'améliorent ni ne
stabilisent leur état. Pour la plupart, ces malades sont tellement
revenus de tout qu'ils viennent consulter très désabusés, sur les
conseils de quelqu'un d'autre qui a obtenu un résultat probant chez
l'homéopathe. Ainsi, la clientèle du médecin homéopathe se
constitue-t-elle grâce au "bouche à oreille" en fonction
des succès qu'il a pu obtenir. La sanction de la clinique est en
effet sans appel : soit on réussit, soit on échoue et on ne
peut guère berner les patients.
Le nombre d'enfants et de tout petits que suivent
les homéopathes est considérable, les parents les amènent souvent
pour des pathologies récidivantes ou chroniques. Il est difficile de
parler d'effet placebo sur des enfants qui ne sont souvent même pas
en âge de comprendre pourquoi on les fait consulter, ni de se douter
que ce qu'ils absorbent est un médicament.
A cet égard il faut avoir vu les effets
brillants et rapides de l'homéopathie vétérinaire pour se faire une
idée du non sens de la notion de placebo chez les ovins, les vaches,
les chevaux ou les poissons d'aquarium. Le médicament homéopathique
fonctionne d'ailleurs aussi bien chez des patients hostiles à l'homéopathie,
chez les personnes inconscientes, ou sur des malades à qui le remède
est administré sans qu'ils le sachent.
Comme nous l'avons vu au chapitre Nécessité
de la prise en compte de l'ensemble des symptômes dès le
début de l'anamnèse du cas, le praticien homéopathe peut orienter
son exploration afin de déterminer très rapidement le remède indiqué
et déduire le reste des symptômes (Cf. Mais
la prescription est aussi un art).
La consultation homéopathique n'est pas un
entretien psychothérapique ; elle n'en a ni la durée ni les
objectifs (la psychanalyse est le type même de la discipline qui
explique le "pourquoi", sans aucunement soulager la
symptomatologie du patient. Elle cherche à donner du sens mais ne
revendique aucune action thérapeutique). La durée de la consultation
correspond au temps qu'il convient décemment d'accorder à des
personnes souffrantes qui ne doivent pas faire l'objet d'un abattage
à la chaîne. La plupart du temps, l'indication du remède apparaît
dans les premières minutes de l'entretien, le reste du temps est
consacré à la confirmation de l'indication, à l'examen clinique, à
l'établissement d'un dossier détaillé (antécédents, etc.). En un
mot, la réalité n'a rien à voir avec un entretien interminable
capable de par sa durée d'induire une suggestion au patient.
En aigu, c'est encore plus frappant. Prenons par
exemple le cas de la petite Mélanie. Cette enfant de 6 ans est amenée
par sa mère qui la porte dans les bras, elle est brûlante de fièvre,
très prostrée. Elle est sous antibiotiques (ampicilline) depuis une
semaine pour une angine scarlatineuse. Son état n'a fait qu'empirer,
la gorge est très tuméfiée, la langue très blanche, l'haleine épouvantable.
C'est tout ce dont l'homéopathe a besoin pour prescrire Arsenicum 200 (soit au total une trentaine de secondes). Dans la demi heure qui
suit la prise de quelques graines sur la langue, Mélanie s'endort
paisiblement. Au réveil, sa fièvre est presque tombée, elle réclame
à manger, la gorge fait bien moins mal. Huit heures plus tard, elle
aura une aggravation des douleurs qui nécessitera de renouveler
quelques graines. Le lendemain subsiste une certaine rougeur de la
gorge, la langue est bien moins chargée. Le surlendemain elle ira
parfaitement bien.
Quand on peut multiplier à l'infini ce genre
d'observations, j'aimerais que ceux qui brandissent le placebo comme
un véritable talisman pour conjurer l'homéopathie qui risquerait
autrement remettre en cause leurs croyances, réfléchissent un peu et
prennent le temps de s'informer avant de parler.
c) Venons-en au médicament homéopathique.
Les facteurs susceptibles de développer l'effet placebo sont les
suivants :
-
Le médicament coûte cher
-
Il a un bel emballage
-
Il est de couleur la plus voyante possible, notamment
rouge
-
Il a le goût le plus désagréable possible
-
Sa prise obéit à un rituel le plus astreignant
possible (dates fixes), si possible par voie parentérale (piqûres,
perfusions).
Complètement à l'opposé de ce qui peut
produire un tel effet, le médicament homéopathique :
-
Ne coûte rien ou presque
-
Se présente dans un emballage anodin, sous forme d'un
simple tube
-
La couleur blanche des granules est parfaitement neutre
-
Son goût sucré (qui le fait passer pour un friandise
auprès des enfants) n'est que celui de l'excipient (lactose)
-
Le patient ne prend qu'une seule fois quelques graines
sur la langue, et ne sait pas à priori quand il renouvellera sa prise
(cela dépend en effet de l'évolution de son état suite à la
stimulation de la première dose).
Nous voyons donc que la forme même
d'administration du médicament homéopathique limite grandement les réactions
de type placebo. Notamment la prise de quelques granules saupoudrées
à la surface de la langue n'encourage pas vraiment le malade à
croire que cela puisse être d'un effet quelconque.
d) Les réactions que l'on observe à la
suite de la prise du médicament homéopathique témoignent aussi de
la réalité clinique de l'activité de l'homéopathie.
-
Très souvent après l'absorption du remède homéopathique
s'observe une aggravation initiale de tous les symptômes ; dans
un effet placebo, portant rappelons-le sur un seul symptôme, celui-ci
s'améliore progressivement au fil du temps pour se réinstaller
inchangé la plupart du temps. Faudrait-il qu'avant d'éprouver un
effet placebo, le patient éprouve d'abord un effet nocebo ?
-
L'aggravation initiale survient chez presque tous les
malades un nombre précis de jours après la prise et dure en moyenne
un certain nombre de jours (on me pardonnera de ne pas communiquer ce
délai de latence ni la durée de l'aggravation pour ne pas risquer
d'influencer nos lecteurs). Comment des patients qui ne se connaissent
pas entre eux pourrait-ils rapporter la même chose ?
-
Souvent la réaction initiale est très désagréable
pour le patient qui éprouve généralement ensuite (comme nous
l'avons vu plus haut dans le cas de Sulfur) de fortes réticences
à reprendre du médicament. Comment évoquer un effet placebo (du
latin je plairais) chez des malades souvent peu pressés
d'avoir à reprendre leur médicament ?
-
Des symptômes nouveaux (que nous appelons pathogénétiques,
c'est à dire liés à la prise du médicament), inconnus du patient
jusqu'alors, surviennent volontiers lors de la phase d'aggravation. Ce
signes, souvent très précisément caractérisés, font toujours
partie des signes déjà connus et référencés dans le répertoire
pour appartenir à la drogue prescrite. Ainsi, un patient qui absorbe Sulfur pourra-t-il éprouver une envie décuplée de manger très sucré, ou
aura les pieds brûlants avec le besoin de les sortir des couvertures ;
tel autre qui a pris Nux vomica sera très irritable, pourra présenter
une céphalée aggravée à l'air frais et soulagée en serrant
fortement la tête entre les mains ; tel autre après une prise
de Phosphorus aura des vertiges aggravés en se levant de la
position assise, ou aura une forte envie de boire du whisky, etc.,
etc. Comment les patients pourraient-ils inventer de tels symptômes
sans les connaître ?
-
Lorsque l'action du médicament commence, les symptômes
du malade disparaissent dans un ordre bien précis définis par la loi
de Hering. Cette loi comporte trois volets : le remède agit du
haut vers le bas, de dedans en dehors, et dans l'ordre inverse
d'apparition des symptômes. Par exemple, un patient qui vient
consulter pour des angines à répétition et un eczéma chronique
rapportera d'abord une amélioration des signes de sa gorge, puis de
ses signes cutanés. Tel autre qui présente une dépression, des
palpitations cardiaques, une tendance à la diarrhée se verra amélioré
d'abord mentalement, puis sur le plan cardiaque, puis au niveau de son
transit. Enfin, prenons le cas d'une angine qui a démarré du côté
droit, pour s'étendre à l'amygdale gauche, et enfin irradier à
l'oreille. Après la prise disparaîtra d'abord la douleur de
l'oreille, puis l'amygdale gauche sera soulagée avant que la droite
n'aille enfin mieux. Dans le cadre d'un effet placebo qui affecte un
symptôme, comment expliquer une telle évolution des symptômes ?
-
En fonction de la loi de Hering, on observe souvent un
cas chronique se développer dans différentes directions sous
l'influence du médicament homéopathique. Il est courant par exemple
de voir des personnes souffrant de dépression depuis des années
commencer à se trouver de mieux en mieux au fil des doses. Cependant,
alors que ces patients n'étaient jamais malades l'hiver, voici qu'ils
se mettent à faire des rhumes, des sinusites ; et de venir s'en
plaindre en disant qu'ils ne comprennent pas ce qui leur arrive. Il
convient alors de rassurer le patient en lui expliquant qu'il s'agit
d'un état transitoire qui finira par partir à mesure de l'action du
médicament. Au bout de quelques mois, la tendance aux infections sur
les muqueuses finit par s'en aller et surviennent alors souvent les
troubles cutanés qu'attendait l'homéopathe. Quelle explication en
donner sinon que le remède agit et possède une façon bien déterminée
de développer son action ?
-
Le remède homéopathique stimule les excrétions
naturelles. La plupart des gens qui absorbent une dose se plaignent de
transpirer plus abondamment et que cette transpiration est bien plus
odorante qu'avant. Comment expliquer cela par un effet placebo ?
-
Avec la fin de la durée d'action de la prise, les symptômes
du malade commencent à revenir. Comme on pouvait s'y attendre,
l'ordre dans lequel ils reviennent est bien prévisible. Ce qui est
intéressant de noter, c'est que les patients rapportent dans leur
immense majorité les mêmes durées d'activité du remède, et que
cette durée augmente avec la puissance de la dynamisation. Ainsi, une
dose de 200 agit n semaines avant que les symptômes ne reviennent,
une M (on a pris l'habitude d'utiliser les chiffres romains, M
signifie 1000) environ le double, une XM un peu plus, etc. Les
patients se sont-ils tous passé le mot ? Ou bien si une action
cesse au bout d'un certain délai précis rapporté par les patients,
peut on douter de son commencement et de son existence ?
-
L'épuisement de la dose constitue un autre aspect intéressant
à bien des égards. Lorsqu'un sujet absorbe une dynamisation,
celle-ci va agir pendant une durée moyenne qui lui est propre. Puis,
avec le retour des symptômes, on renouvellera la dose. Dans le cas de
cette seconde prescription (comme Kent le décrit fort bien ci-dessus
dans le cas de son patient Sulphur), on verra l'amélioration
durer moins longtemps, environ 50% moins longue. Si l'on donne pour
une troisième fois le remède, il n'agit plus du tout ou au plus il
suscite une aggravation non suivie d'une amélioration. Une nouvelle
dynamisation plus haute agira alors de nouveau comme la toute première.
J'aimerais savoir comment on peut expliquer ces observations par un
effet de suggestion ?
-
Enfin, dans les cas chroniques, les patients sont très
surpris de voir revenir des troubles qu'ils avaient présenté dans le
passé. Certains disent même "on repasse le film à
l'envers". Ce déroulement, c'est le cas de le dire, est tout à
fait normal et de bon pronostic. Comment l'expliquer dans le cadre du
placebo ?
Seuls les chirurgiens sont sûrs de leur fait et
indiscutablement certains des effets immédiats de leur action dans
l'organisme. Les médecins en sont réduits à accumuler les
observations afin de tenter d'évaluer leurs médicaments. Si l'effet
placebo existe bel et bien en médecine, nous avons vu qu'il ne peut
toucher qu'un unique symptôme et son mécanisme d'action se conçoit
bien d'après l'axe Psychique, Neuro, Endocrinien, Immunitaire (PNEI)
que nous avons évoqué au chapitre Action
dynamique des médicaments.
Non seulement la médecine classique se trouve fort
embarrassée pour rendre compte de l'existence d'un effet placebo (cela
remettrait en cause bien des conceptions dominantes et obligerait à
voir l'organisme comme un ensemble disposant potentiellement des moyens
de se soigner tout seul), mais pire encore, c'est un véritable scandale
qu'on ne l'étudie pas sérieusement. Il semble une fois encore que l'on
se heurte au paradigme de la chimiothérapie et des immenses intérêts
qui lui sont associés : un "vrai" médicament ne peut
qu'être issu des fûts des laboratoires pharmaceutiques.
Au vu de tout ce qui précède, j'espère que le
lecteur pourra mesurer le gouffre qu'il existe entre l'action d'une dose
dynamisée et un effet placebo. Si l'on voulait malgré tout se faire
l'avocat du diable et plaider opiniâtrement pour le placebo, il
faudrait encore répondre à la question suivante : des deux
praticiens qui est le plus ridicule ? Celui qui administre des médicaments
potentiellement toxiques ou celui qui guérit le même tableau
pathologique avec quelques simples granules ? Celui qui est obligé
de mécher et cautériser un nez qui saigne, celui qui procède à
l'ablation de parties gênantes comme les végétations, les polypes,
les fibromes, celui qui condamne son patient épileptique ou migraineux
à un lourd traitement toute sa vie ? Ou celui qui parvient à guérir
le malade pour un coût dérisoire ?
Comme on le voit, l'argument du placebo est non
seulement usé jusqu'à la corde mais aussi à double tranchant. Il
convient désormais de l'utiliser avec prudence.
La médecine classique a adopté l'outil
statistique pour évaluer l'activité des médicaments. Cependant, il
est très difficile en biologie d'éviter les nombreux biais qui
faussent les résultats des statistiques, il faut savoir que le passage
d'une réalité biologique à un chiffre transcrit sur une feuille de
papier est très délicat. C'est ainsi que chaque année, les médicaments
qui avaient fait pourtant la preuve statistique de leur efficacité sont
jetés aux orties car entre-temps on découvre leurs effets secondaires
funestes ou on réalise tout simplement que la statistique était faussée
(volontairement ou non). Les données chiffrées sont devenues un véritable
passe partout, revêtues d'une aura quasi-magique. Peu de personnes compétentes
sont capables de les critiquer et beaucoup les citent comme des références
absolues, alors qu'une statistique se manipule aisément, ainsi que nous
le rappellent régulièrement les politiques.
La statistique convient bien à l'étude de l'évolution
d'un paramètre unique sous l'action d'un médicament : c'est précisément
l'approche de la médecine classique. Par exemple, on met au point une
substance qui interfère avec l'inflammation et on étudie cliniquement
son impact sur les phénomènes inflammatoires.
Dans les faits, l'outil se révèle inadapté à
l'homéopathie car il n'y a jamais deux inflammations identiques.
Utiliser les statistiques habituelles serait aussi adéquat que peser un
fil électrique pour étudier le courant ou utiliser un filet à
papillon pour attraper de la fumée. Cent malades auront besoin
potentiellement de cent remèdes différents. Ainsi ne peut on faire une
étude du type "Arnica dans l'inflammation" car elle
serait faussée dès le départ. Il conviendrait alors de sélectionner
cent cas d'inflammation dans lesquels Arnica est indiqué et de
donner soit du placebo soit Arnica aux patients de l'étude. La
complexité de l'approche augmente exponentiellement, ainsi que son coût.
Une fois de plus l'argent se révèle être le nerf
de la guerre. Qui peut l'assumer ? De plus, de telles études au
sein d'un service hospitalier ne vont pas sans poser de problèmes. L'un
de mes amis pédiatres avait ainsi réalisé une magnifique étude sur
l'effet d'un médicament homéopathique en réanimation infantile. Tant
que le chef de service souriait, il n'y avait pas de problème. Un beau
jour, à force de rigueur et d'un protocole impeccable, l'action de
l'homéopathie ne pouvait plus être niée. Alors le chef de service
convoqua l'homéopathe et lui dit qu'en raison des pressions qu'il
subissait, il ne pouvait plus continuer l'expérimentation dans son
service.
L'un de mes patients, qui est parmi les hauts
responsables de la Croix Rouge internationale, m'a fait part d'un
dossier qui embarrasse tout le monde dans ses services. Il s'agit d'une
étude réalisée au Rwanda alors que sévissait une épidémie de choléra
pendant les événement terribles que nous avons connus il y a quelques
années. Une équipe d'homéopathes a traité plus de 300 cas sans le
moindre traitement antibiotique et pratiquement sans recours à la réhydratation.
Les faits sont là, incontestables, sans la moindre discussion possible.
Que faire ? Enterrer l'affaire, ce sont les ordres !
De même, les statistiques ne manquent pas dans les
archives des villes américaines des états de l'ouest et du sud lorsque
y sévissait la fièvre jaune et le choléra, voici à peine 80 ans de
cela. L'efficacité du traitement homéopathique y est abondamment démontrée,
mais une fois de plus, tout ceci est passé sous silence. Par contre, on
produit régulièrement dans la presse des études dont la méthodologie
est incompatible avec l'homéopathie et qui "démontrent" son
inefficacité.
Avant de conclure ce chapitre au sujet des
statistiques, voici deux articles parus dans l'homéopathician [respectivement 33,
page 228, et 34 page 229]. Sauf mention contraire, les commentaires qui
suivent proviennent des auteurs des articles respectifs que je me suis
borné à traduire :
Par le Dr. David Ridpath, Sunderland, Grande
Bretagne, 1912.
Voici quelques statistiques qui parlent d'elle mêmes,
recueillies par le Dr Routh sur une période de 12 mois, et qui
comparent les mortalités entre l'hôpital homéopathique et l'hôpital
allopathique de Vienne :
| |
Traitement
homéopathique |
Traitement
allopathique |
| |
Cas |
Décès |
Cas |
Décès |
PNEUMONIE ou
inflammation des poumons |
783 |
45 |
1522 |
373 |
Mortalité |
|
5,7% |
|
24,5% |
|
Traitement
homéopathique |
Traitement
allopathique |
| |
Cas |
Décès |
Cas |
Décès |
PLEURÉSIE ou
inflammation des séreuses pulmonaires |
384 |
12 |
1017 |
134 |
Mortalité |
|
3% |
|
13% |
| |
Traitement
homéopathique |
Traitement
allopathique |
| |
Cas |
Décès |
Cas |
Décès |
PÉRITONITE ou
inflammation des séreuses de l'abdomen |
187 |
8 |
628 |
84 |
Mortalité |
|
4% |
|
13% |
[Note du Dr. Broussalian : le recrutement était
le même entre les hôpitaux homéopathiques et classiques, pour s'en
convaincre il suffit de lire les recueils d'observations qui font état
de multitudes de cas graves et de cas que nous qualifierions aujourd'hui
d'historiques].
La différence entre les mortalités des patients
soignés par l'homéopathie et ceux traités classiquement est très
marquée et montre que la Loi des Semblables peut produit de bien
meilleurs résultats.
L'homéopathie a donné d'excellents résultats
entre les mains de praticiens qui ont employé les deux systèmes de
traitement. Ces praticiens sont à même de comparer un traitement qui
n'est pas dirigé par une "loi" scientifique et celui qui obéit
à des principes stricts.
Le nouveau traitement ouvre l'esprit du médecin et
lui permet d'envisager un immense champ d'application, bien plus grand
que celui jamais proposé par l'ancien traitement [.].
Par le Dr. A. Dewey, condensé d'une contribution
au Congrès homéopathique International de Londres, 1912. Ci-dessous,
le récapitulatif obtenu d'après les publications homéopathiques,
toutes langues confondues, n'incluant que des cas traités uniquement
avec des remèdes homéopathiques dynamisés.
La majorité des cas que j'ai colligés proviennent
d'observations de confrères allemands pour deux raisons :
1.
Les lois en vigueur en Allemagne exigent une attention toute
particulière dans la déclaration des cas.
2.
Tous les médecins homéopathes ont été formés par des
universités classiques et sont donc moins susceptibles de commettre des
erreurs de diagnostic.
| |
Cas |
Décès |
Mortalité |
Traitement homéopathique |
1883-1905
33 médecins |
3.629 |
178 |
4,5% |
Traitement allopathique
avant le sérum |
1883-1894
Berlin,
Strasbourg, Boston
City Hosp, Massachusetts Board of Health |
32.880 |
9.986 |
34% |
Traitement allopathique
avec le sérum |
1894-1909
Boston,
Philadelphie, Detroit, Gde Bretagne, Département de santé de
New York et Massachusetts |
146.302 |
17.625 |
12% |
Ces statistiques pourraient être développées,
[l'auteur s'est contenté de ne citer que des publications des revues
homéopathiques, sans les chiffres des hôpitaux homéopathiques qui
sont tout à fait convergents. D'autre part, la méthodologie employée
est assez primitive. EB.], mais elle suffisent pour indiquer que :
a)
La mortalité dans le traitement allopathique a chuté de 50%
depuis l'introduction de l'antitoxine, qui date de 1895-1896. On peut
nourrir des doutes quant à savoir si cette baisse de mortalité est due
uniquement à l'antitoxine, pour la raison que durant cette période, la
mortalité de toutes les autres maladies infectieuses pour lesquelles il
n'existe pas de sérum a aussi fortement diminué.
Les
mesures d'hygiène ont sans aucun doute contribué de façon non négligeable
à la baisse de la mortalité dans la diphtérie comme dans les autres
affections infectieuses.
Si
l'on considère que l'antitoxine contient du Phénol (carbolic acidum)
ainsi que du cyanure de mercure et d'autres conservateurs similaires
(substances dont les pathogénésies ont toutes en commun de produire
des phénomènes malins, de la prostration, et des membranes
dans la gorge) en quantité équivalente à la troisième dilution décimale,
il n'est pas improbable que le traitement ne possède pas une certaine
homéopathicité avec l'affection, que ce soit à cause de la présence
de ces substances ou de part la similarité même de l'antitoxine.
Enfin,
l'abandon des traitements qui avaient cours avant l'antitoxine peut
rendre compte dans une large mesure de l'amélioration des statistiques.
[On a pu entendre récemment un nouveau sophisme qui tente de minimiser
l'excellence des résultats obtenus par l'homéopathie dans les
affections graves par le fait que les homéopathes empêchaient leurs
patients d'accéder au traitement classique. Les chiffres fournis ici
par Dewey démontrent que cette "explication" ne peut être
soutenue. L'absence de médecine n'a jamais empêché les gens de mourir
en masse depuis la nuit des temps, ou bien cela se saurait ! E.B.].
b)
Les meilleures statistiques de l'antitoxine n'ont jamais égalé
la pire mortalité sous traitement homéopathique. Les médecins homéopathes
du monde entier clament que leur mortalité dans la diphtérie ne dépasse
jamais 10% et la plupart d'entre eux reconnaissent un taux de mortalité
entre 4 et 7% seulement [.].
Si les statistiques de l'antitoxine sont 25%
meilleures que celles de la période où il n'y en avait pas, et que
cela suffise à vouloir la rendre obligatoire légalement, alors les
statistiques homéopathiques, qui sont 30% supérieures à celles
d'avant l'antitoxine et 7,5% meilleures que celle de l'antitoxine elle-même
méritent au minimum qu'on leur prête une attention, voire une
protection légale.
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