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La démarche scientifique consiste à observer des
phénomènes afin d'en déduire les lois qui les régissent. Ceci reste
vrai dans toutes les branches de la recherche sauf dans la médecine où la révolution reste à faire.
Actuellement, il n'y a aucune tentative de synthèse
dans la recherche médicale, ni le moindre recul qui permette de se
faire une idée sur l'évolution des affections d'un même sujet au fil
des ans afin de comprendre le phénomène pathologique d'un sujet
malade. En revanche, chaque spécialiste s'occupe de l'organe ou du système
qui le concerne et perd de vue le fait essentiel que les parties qu'il
étudie appartiennent à un patient censé
les maintenir en état de marche.
L'expérimentation se résume à des tâtonnements
au hasard dans les laboratoires de recherche où l'on essaye d'isoler la
partie active d'une molécule pour la modifier en espérant élaborer
des variantes plus actives. L'adoption d'un traitement se fait après
des réunions de consensus entre les sommités concernées qui décident
pour l'occasion d'adopter pendant un an un protocole dont les résultats
seront évalués grâce à l'outil statistique.
A l'opposé de cette démarche aveugle, le principe
de similitude, déduit de l'observation, enseigne qu'une drogue sera
indiquée chez un malade à condition qu'elle puisse provoquer expérimentalement
un tableau qui ressemble à celui à traiter. A ce jour on attend encore
une réfutation du principe de similitude, que deux siècles
d'observations n'ont cessé de confirmer, de très nombreuses
validations provenant d'ailleurs directement de la médecine classique.
On pourra relire en préambule de l'Organon les deux ou trois cents
faits que Hahnemann extrait de la littérature officielle de son époque.
Les exemples sont légion, je cite au hasard
l'aspirine qui possède des propriétés antalgiques,
anti-inflammatoires et antipyrétiques et dont le tableau toxique est
celui d'une fièvre intense, avec des processus inflammatoires très
algiques. Le fluor qui prévient les caries dentaires à doses très
faibles, mais qui en provoque s'il est trop dosé. Les corticoïdes
locaux qui soulagent les dermatoses, mais qui occasionnent de l'eczéma
et d'autres lésions cutanées. Etc., etc.
Avec l'homéopathie, la médecine redevient à la
fois une science et un art ; la prescription devient rationnelle et
quasi mathématique, ce qui dérange certains milieux industriels. Il
n'est plus question de marketing ni de publicité pour vanter telle
drogue plutôt qu'une autre : seule la plus ressemblante avec le
cas pourra le traiter.
Née de l'observation, l'homéopathie n'a que faire
des hypothèses, elle rassemble des faits. Une drogue perturbe le
fonctionnement d'un organisme d'une certaine manière selon la
sensibilité propre de l'expérimentateur. La nature intime du dérèglement
qu'elle provoque ne nous est pas connue, cependant le dérèglement peut
être caractérisé indirectement par l'ensemble de ses manifestations.
De même chez le malade existe un dérèglement qui
retentit sous la forme de signes et de symptômes. La nature de ce dérèglement
nous échappe, personne n'ayant pu expliquer à ce jour pourquoi nous
tombons malades, cependant la présence de ce dérèglement se caractérise
elle aussi par l'universalité des symptômes chez le patient.
L'élégance de l'homéopathie (j'utilise
l'adjectif élégant au sens où on l'emploie en mathématiques pour
qualifier un axiome ou un théorème) n'a pas son pareil : une
substance capable de provoquer un dérèglement en détruit un semblable
chez le malade.
L'approche de la médecine classique est
fondamentalement différente : elle s'évertue à découvrir la
substance idéale qui irait traiter l'endroit malade sans provoquer
d'autres symptômes (que l'on appelle effets indésirables ou
secondaires). Cette quête est évidemment utopique, car il
est une règle absolument générale et incontournable que toute
substance active provoque des effets dans l'ensemble de l'organisme.
Dès lors, toute prescription est gouvernée par le principe des
semblables.
Tout puriste se pose dès lors la question
légitime du pourquoi. Deux acteurs sont en présence :
- Le médecin
clinicien dont l'attitude est très pragmatique : face à la
souffrance des malades, son travail consiste à les soigner et si
possible à les guérir. Ce dont il a besoin, c'est d'une méthode décrivant
des règles précises pour y parvenir.
- Le scientifique,
dont le rôle est tout autre. Son responsabilité consiste à expliquer
ce que le clinicien observe, à en expliquer le comment et le pourquoi.
Actuellement, la clinique possède une grande
longueur d'avance sur l'explication scientifique des phénomènes, il
reste beaucoup à faire mais fort heureusement pour les malades, l'homéopathie
guérit avant d'expliquer, quand bien d'autres disciplines passent leur
temps à faire l'inverse.
J'aimerais cependant souligner la relativité de la
question du pourquoi, car la science se contente surtout du comment ou bien transforme les questions en d'autres. Le principe de similitude,
la loi de gravitation, l'électromagnétisme, les forces nucléaires
fortes et faibles appartenant à ce que l'on appelle des théories de
jauge [1].
Ainsi, en physique, les lois de Newton, formulées voici trois siècles,
permettent de décrire avec quelle intensité deux corps célestes
s'attirent : c'est la loi de l'attraction universelle. Mais
actuellement, personne n'explique pourquoi ces corps s'attirent (même si la relativité générale ramène le
problème à une courbure de l'espace temps, personne ne peut dire
pourquoi la matière en déforme les géodésiques). En homéopathie,
bien qu'actuellement personne n'explique clairement pourquoi le remède guérit, la loi de similitude de Hahnemann, formulée voici
deux siècles, permet de déterminer le remède curateur.
Concrètement, le travail du médecin homéopathe
se décompose en trois grandes phases :
La première phase d'analyse consiste à recueillir les d'éléments
susceptibles de caractériser le cas. Son importance est cruciale
puisque tout le calcul qui sera fait ensuite dépend de la collecte des
données. Sa durée est variable : les cas aigus vont souvent très
vite, en général un homéopathe confirmé aura besoin de 5 à 10
minutes, parfois les signes sont tellement évidents que l'indication du
remède peut être posée en quelques instants. Les cas chroniques
demandent évidemment plus d'attention, surtout s'ils sont anciens et
compliqués par divers traitements ; en général une demi heure
est souvent suffisante (soit un entretien d'une vingtaine de minutes
suivi d'un examen clinique d'une dizaine de minutes).
Au bout du compte, le médecin aura retenu environ
3 à 6 symptômes que l'on ne peut négliger et qui caractérisent le
cas. Se pose ensuite la question : quels sont les médicaments de
la matière médicale qui peuvent les présenter ?
C'est ici qu'intervient la seconde phase :
la synthèse répertoriale. Devant
la complexité et l'étendue croissante de la matière médicale déjà
du vivant de Hahnemann, l'utilisation de répertoires de matière médicale
est vite devenue indispensable pour rechercher le médicament le plus
similaire à un cas donné. Leur mise en oeuvre est souvent fastidieuse
et l'ordinateur peut jouer ici un rôle essentiel non seulement en épargnant
au médecin un travail de routine mais aussi en effectuant certaines
recherches complexes.
Bien
que Hahnemann lui-même ait commencé la rédaction de répertoires de
matière médicale vers la fin de sa vie, le premier ouvrage répertorial
fiable en date fut celui de Bonninghausen.
Né en Hollande en 1785, il fait des études de droit. Grâce à une
parfaite connaissance du Français, il est remarqué par Louis-Napoléon,
roi de Hollande, qui le fait conseiller d'état à 22 ans ! Par la
suite, il se consacre à l'agriculture et à la botanique; il est nommé
Commissaire Général au Plan des provinces de Rhénanie et Westphalie.
En 1824, il publie un ouvrage de botanique très apprécié des plus
grands botanistes européens, qui lui font l'honneur de donner son nom
à une plante : la "bonninghausenie".
En 1828, il est atteint de phtisie purulente, déclaré perdu, et guéri
par l'homéopathie (Pulsatilla en l'occurrence). Il décide alors de
consacrer le reste de ses jours à ce nouveau principe et apprend la médecine,
correspond avec les plus grands homéopathes de l'époque et devient
l'ami de Hahnemann. En raison de ses travaux, il est nommé à 58 ans
docteur en médecine par le roi de Prusse, sans avoir à passer
d'examen. Son génie, induit par sa formation de base, Droit et
Botanique, l'amène tout naturellement à réaliser son "Manuel de
thérapeutique pour servir au lit des malades et à l'étude de la Matière
Médicale Pure". Etabli sur les conseils de Hahnemann, ce livre
rassemble pour chaque symptôme tous les médicaments susceptibles de le
produire chez l'homme sain. Étant donné un symptôme chez le malade,
l'ouvrage permet dès lors de repérer tous les médicaments concernés,
connus dans la matière médicale pour avoir provoqué le même symptôme.
De nos jours, le répertoire de Bonninghausen a été
supplanté par celui de Kent, dont la première édition date de 1897 et
la seconde de 1912. Après la mort de Kent, cet énorme ouvrage de près
de 2000 pages a connu six éditions américaines successives.
Aujourd'hui les praticiens de langue française utilisent la traduction
de l'auteur du présent article augmentée de 40.000 références
d'auteurs modernes [15].
L'étude répertoriale fait apparaître les
quelques remèdes qui couvrent le cas. Reste maintenant à progresser
afin de déterminer le meilleur choix.
C'est ici qu'entre en jeu la matière médicale
différentielle. Cette étape essentielle consiste à déduire en
fonction des différentes hypothèses possibles le remède qui présente
la meilleure homéopathicité (autrement dit, le plus haut niveau de
ressemblance avec le cas). Le médecin doit comparer à nouveau les matières
médicales des remèdes corrélés avec le cas pour chercher à infirmer
ou confirmer tel remède plutôt que tel autre. Dans tous les cas, il
devra étoffer l'anamnèse, c'est à dire poser de nouvelles questions,
examiner certains détails qui lui avaient échappé, etc.
Prenons un exemple où les symptômes du cas
conduisent à hésiter entre Pulsatilla et Nux vomica. En étudiant la
matière médicale de ces remèdes apparaissent de grandes divergences.
Pulsatilla convient à des personnes de tempérament doux, calme,
sensible, facilement émues aux larmes. Ces patients aiment le plein air
et réclament d'ouvrir les fenêtres. Sur le plan digestif, ils n'aiment
pas la viande, et ont une horreur du gras. Nux vomica au contraire
convient à des gens nerveux, irritables, souvent durs pour les autres.
Les patients Nux n'aiment pas avoir de l'air, et craignent les courants
d'air. Ce sont des bons vivants, ils aiment faire bombance, la viande,
le gras. Avec de telles dichotomies il ne reste plus au praticien qu'à
s'informer auprès du patient pour établir rapidement le distinguo.
Quoi qu'il en soit, la démarche homéopathique
demeure un exercice difficile, demandant au praticien de travailler en
permanence sa compréhension du répertoire, de la matière médicale et
de l'Organon. C'est l'une des pierres d'achoppement de la méthode, car
elle demande à débusquer des étudiants sachant travailler aussi bien
avec le cerveau gauche qu'avec leur cerveau droit, autrement dit des
scientifiques capables d'accumuler des connaissances mais possédant
aussi une fibre artistique permettant d'extrapoler et de ressentir.
Ainsi, il est vrai que la détermination du médicament repose sur des
lois scientifiques, mais fait aussi appel à un domaine où s'exerce la
création artistique.
La phase de recueil des symptômes est éminemment
cruciale car une grande part de l'Art médical consiste à parvenir à
mettre son patient en confiance, savoir écouter, comprendre, observer,
estimer. Voici ce qu'écrit Hahnemann à ce sujet [10
, §3] :
Si le médecin perçoit clairement ce qu'il faut
guérir dans les maladies, c'est-à-dire dans chaque cas morbide
individuel,
- lorsqu'il connaît
d'une façon évidente les propriétés curatives des médicaments, ce
que chaque médicament est capable de guérir,
- si d'après des
principes clairement définis il sait appliquer ce qu'il y a de curatif
dans les médicaments à ce qu'il a reconnu d'indubitablement morbide
chez le malade de telle façon que la guérison doive s'ensuivre, c'est-à-dire :
a) s'il sait appliquer
convenablement à chaque cas particulier le remède le mieux approprié
selon son mode d'action,
b) préparer celui-ci
exactement selon la façon requise,
c) estimer la quantité
(dose) et la qualité (dynamisation),
d) juger du moment
opportun où cette dose demande à être répétée,
- s'il connaît
enfin, dans chaque cas, les obstacles à la guérison : manque
d'hygiène, indispositions, corps étrangers, calculs, malformations,
traumatismes, etc., et sait les écarter pour que le rétablissement
soit permanent,
alors il sait agir d'une manière judicieuse,
conforme au but qu'il se propose d'atteindre, alors seulement il est
un médecin digne de ce nom, un maître de l'Art de guérir.
De même, la connaissance des tableaux
pathologiques de la matière médicale ne doit être ni statique, ni figée
dans l'esprit du praticien de sorte qu'il soit capable d'extrapoler au
patient selon les besoins de chaque cas. Enfin, l'utilisation du répertoire
doit se faire de façon artistique, et non pas mécanique en
additionnant des listes de remèdes.
Cette approche, en adéquation avec la réalité
complexe des êtres pensants que nous soignons, est en complet contraste
avec la tendance actuelle de la médecine.
En effet, la thérapeutique officielle tend de plus
en plus à former des techniciens de santé, la médecine se résume de
plus en plus à la maîtrise d'une technologie souvent fort complexe et
coûteuse au détriment de la dimension humaine. A l'heure où l'on
envisage de fabriquer des médicaments en apesanteur dans des stations
orbitales, il semble incongru que l'on puisse obtenir le moindre résultat
avec des médicaments que l'on peut fort bien préparer artisanalement
et qui de plus sont censés ne rien contenir... C'est un paradigme de
plus que heurte l'homéopathie.
Une anecdote illustrera mon propos. Hubble (un des
plus grand astronomes de ce siècle, le télescope spatial porte son
nom) fait visiter à Albert Einstein et Madame l'observatoire du mont
Wilson. Ils découvrent avec émerveillement tous les appareillages
raffinés et les grands instruments d'optique. Alors Madame Einstein
demande :
"Mais
pour finir, à quoi vous sert tout cela ?
A
explorer et comprendre l'Univers ! Répond Hubble.
Hé
bien ça alors, c'est étonnant car voyez vous, mon mari fait la même
chose sur le dos d'une vieille enveloppe !".
Il convient de rendre à César ce qui lui
appartient, aucun médecin homéopathe ne remet en cause le progrès
scientifique ni technologique, qui a ouvert des perspectives immenses
dans le domaine de la chirurgie ou du traitement d'affections nécessitant
une palliation (diabète, maladie d'Addison, etc.). Cependant, la fuite
en avant éperdue dans la technologie semble être la seule réponse du
système classique à son manque conceptuel sur la maladie. Les deux
systèmes thérapeutiques sont complémentaires, mais l'homéopathie
doit se développer pour devenir le traitement de première intention.
L'expérimentation des drogues chez l'homme sain
nous enseigne que sous leur influence c'est l'ensemble de l'organisme
qui se trouve perturbé. L'observation des malades nous apprend aussi
que le patient forme un tout dont
les organes sont indissociables.
Considérons cette patiente qui consulte pour des
maux de tête. Au terme d'un bilan soigneux, on pourra déterminer
qu'elle est migraineuse. On lui prescrira quelque chose en fonction.
Jamais elle ne sera débarrassée de ses maux de tête, mais, en nous
plaçant d'un point de vue heureux qui est loin d'être le cas de la
majorité, tant qu'elle absorbera régulièrement son traitement, elle
pourra espérer un mieux. Cependant, l'hiver arrive, comme ses
rhumatismes la font souffrir de nouveau, elle retourne consulter, et on
ajoute à son traitement quelque anti-inflammatoire qui pourra éventuellement
la soulager. Malgré tout, son état général ne s'est pas amélioré
d'année en année : elle prend froid au moindre courant d'air et
tout l'hiver elle traîne d'une cure d'antibiotiques à une autre du
fait de sa sinusite chronique. Finalement le printemps arrive, alors il
faudra qu'elle aille consulter pour son rhume des foins.
Nous touchons là aux limites du traitement
classique qui est basé sur un double paradigme :
1. Réductionniste, et
2. Physiopathologique.
En prenant un tout petit peu de recul, chacun aura
compris que les traitements administrés ne font que pallier des symptômes
qui eux mêmes ne représentent que l'expression
parcellaire d'un tout qui est déréglé.
Le paradigme réductionniste dont a hérité la médecine
classique, repose sur l'idée qu'il suffit de décortiquer de plus en
plus chaque rouage pour finir par répondre à toutes les questions.
C'est ainsi que l'on a distingué les organes, les parties des organes,
les cellules, les organites intracellulaires, les substances chimiques
synthétisées par les cellules, etc. A chaque question à laquelle on répond,
se posent cent nouvelles. A chaque fois que l'on progresse, l'horizon
diminue de plus en plus puisque l'on étudie un fragment toujours plus
petit (c'est ce que l'on nomme l'entonnoir réductionniste [1]).
En médecine, on tente de déterminer ainsi ce que
l'on appelle le mécanisme physiopathologique d'une affection. Dans le
cas de notre migraineuse, c'est une dilatation des vaisseaux sanguins
qui provoque la douleur. Il suffira de contrecarrer cette dilatation à
l'aide d'une substance qui force le vaisseau à se contracter (d'autres
approches physiopathologiques sont aussi possibles comme par exemple la
prescription de bêta bloquants et souvent le traitement adopté dépend
du choix arbitraire du praticien).
Avec un oeil critique, on finit par comprendre que
cette attitude n'apporte rien de durable ni de satisfaisant. En premier
lieu, personne ne répond à la question "pourquoi les vaisseaux de
cette patiente se dilatent-ils", ensuite, du moment que d'autres
patients ne présentent pas ces symptômes c'est qu'il doit exister un mécanisme
de régulation qui est ici mis en défaut. Substituer à un mécanisme
naturel défaillant une drogue et son cortège d'effets généraux dans
tout l'organisme ne semble pas être une solution à terme. L'étude du
fonctionnement physiologique de l'organisme est passionnante en tant qu'étude
scientifique car toute connaissance est bonne à prendre, mais elle
aboutit à une impasse dès lors qu'il s'agit de soigner les malades. La
médecine classique se conçoit idéalement dans tous les cas qui nécessitent
une palliation, mais par définition, elle ne peut en aucun cas procurer
de guérison (le terme guérir étant d'ailleurs banni du vocabulaire médical
et réservé aux "charlatans") car elle oppose une vision
fragmentaire et utopique à un phénomène dont la nature touche la
totalité du patient.
Nous voyons donc que les principes homéopathiques
sont parfaitement adaptés
1. à la réalité
clinique du patient qui forme un tout
2. à la nature de
l'action de toute substance médicinale qui perturbe la totalité de
l'organisme.
Le principe de similitude aide à trouver une
substance qui ressemble dans ses manifestations à tous les symptômes
du patient. Lorsque la ressemblance est suffisante (nous appelons cela
l'homéopathicité), l'ensemble des symptômes régresse et finit par
disparaître, ce qui est complètement impensable avec l'ancienne thérapeutique.
Ce principe de la globalité du patient est en avance de plusieurs siècles
sur le paradigme dominant actuel.
Qui plus est, le propre de toute science est de
permettre de prédire les phénomènes dans la mesure où l'on
connaît les lois qui les régissent. La mécanique céleste a connu son
couronnement lorsque le retour de la comète de Halley a été prévu
avec exactitude, et lorsque les anomalies de l'orbite d'Uranus permirent
à Le Verrier de calculer la position de Neptune. La prédiction de la
valeur de la perturbation du périhélie de Mercure (dont la mécanique
classique ne pouvait rendre compte autrement que par la présence d'une
planète pourtant introuvable) par la relativité a été regardée
comme une preuve éclatante de la validité de la théorie.
De la même façon, un médecin homéopathe étonne
souvent ses patients en étant capable de déterminer l'existence de
bien des symptômes uniquement d'après les quelques premiers signes qui
lui sont donnés. Prenons le cas de cette jeune fille de 20 ans qui
consulte pour de l'eczéma des mains. Elle a un regard doux et timide,
d'ailleurs elle rougit assez facilement. Ces seuls signes doivent faire
évoquer Pulsatilla. Dans ce cas, on peut par exemple s'informer
sur la date des premières règles (80% de chances qu'elles soient arrivées
très en retard, 20% au contraire très tôt). On apprend alors que son
gynécologue lui a prescrit un traitement hormonal car à 18 ans ses règles
n'arrivaient toujours pas. Il est alors simple d'explorer un peu les goûts
alimentaires et de prévoir qu'elle n'aime pas la viande (mais ceci est
peu significatif, beaucoup de femmes ne sont guère carnassières), et
surtout qu'elle a horreur du gras. A l'évocation de cette pensée, elle
fait une grimace de dégoût. A partir de là, il est mathématique de
prédire qu'aucun autre remède ne peut être prescrit que Pulsatilla.
Il est facile de s'assurer que la patiente est d'un naturel très
frileux mais qu'elle ne supporte pas la chaleur ; elle aime aller
au plein air mais tout en étant bien couverte ; le soir en se
couchant, elle a très froid, il lui faut des chaussettes, mais plus
tard elle doit sortir les pieds du lit ; d'ailleurs il est très
probable que dans un passé récent elle dormait encore sur le ventre,
mais maintenant elle dort sur le côté, avec les genoux fléchis ;
etc.
La vérification quotidienne de ce genre de faits
implique que :
o
L'organisme forme un tout indivisible
o
Un seul médicament homéopathique doit être prescrit à
la fois, celui qui correspond à ce tout déréglé
o
L'indication du médicament peut être posée très
rapidement
La prise en compte de l'ensemble des symptômes est
une nécessité qui correspond à l'unité de l'organisme. Avec le progrès
de nos connaissances en embryologie, nous commençons seulement à avoir
une petite idée du niveau d'intégration et d'interdépendance entre
toutes les cellules et tous les organes d'un être vivant. Ce n'est que
très récemment que l'on a réalisé que toutes les lignées cellulaires contribuent à la formation de tous les organes [21, 20,
32]
ainsi que le très grand nombre de types cellulaires présents dans
l'organisme [28,
14]. De
plus, on commence seulement à entrevoir la grande redondance du codage
des gènes.
Ces découvertes ont deux implications directes.
L'une en biologie : il devient très difficile d'expliquer l'évolution
des espèces par la seule sélection naturelle basée une mutation d'un
gène au hasard ; sujet passionnant s'il en est [4,
2].
L'autre en médecine : il n'est plus possible de considérer ni de
traiter un organe comme s'il flottait dans le néant, déconnecté du
reste de l'organisme.
Chaque symptôme présent sur un organe ne peut
plus dès lors être regardé comme autre chose que l'expression localisée
d'un dérèglement général, comme l'enseigne Hahnemann [10,
11].
Finalement, l'application du principe de similitude
démontre qu'une personne dont le tableau symptomatique peut être mimé
par une drogue donnée présente une sensibilité extraordinaire vis à
vis de celle-ci et une réactivité quasi nulle devant toute autre
substance qui ne présente pas d'homéopathicité avec son état.
D'une façon plus générale encore, l'homéopathie
explore systématiquement le phénomène d'idiosyncrasie, c'est à dire
la susceptibilité innée que présente une personne vis à vis d'une
substance (ou face à une situation donnée si l'on élargit un peu la définition).
Ainsi, sur un échantillon de cent personnes de même âge, poids et
taille, vêtues identiquement, exposées au vent du Nord pendant deux
heures, nous observerons tout un spectre de réactions toutes très différentes.
Celles en très bonne santé ne seront pas affectées, tout comme
d'ailleurs certaines autres personnes déjà atteintes d'une autre
affection très active (ce fait paradoxal découle aussi du principe des
semblables, où plutôt de la situation qui se crée dans l'organisme
lorsque deux affections dissemblables sont en lice). Certains vont développer
des symptômes en quelques heures. D'autres seront malades
progressivement au bout de plusieurs jours. Là on assistera à une
otite, ici une diarrhée, là un mal de tête, etc. Cette notion de
susceptibilité individuelle échappe complètement à la médecine
classique. On évite ainsi de poser une question recouvrant pourtant un
phénomène essentiel : pourquoi tel malade supporte-t-il très
bien tel traitement alors que le même traitement chez un autre provoque
une explosion de phénomènes indésirables ?
Cette susceptibilité
individuelle est l'une des marques du fonctionnement de
nature chaotique qui régit la vie ; et sans chaos, il n'y aurait pas de
susceptibilité individuelle. Le vivant échappe à toute compression
algorithmique, et plus encore, les phénomènes que l'on croyait définis
par leur invariance et leur nature linéaire comme les mécanismes de
l'homéostasie se révèlent être des mécanismes régis par le chaos [8,
25].
Le tout complexe que forme l'organisme se maintient
entre les bornes d'un équilibre autour desquelles il oscille sans cesse
de façon chaotique, un peu à la façon d'un manche à balai que l'on
tient en équilibre posé sur un doigt.
D'un point de vue mathématique, le chaos se définit
par l'apparition de phénomènes stochastiques au sein d'une mécanique
déterministe [7]. D'un point de vue médical, nous dirons que le chaos
propre à chaque malade peut se définir par l'ensemble des facteurs
auxquels il est sensible. Ces divers facteurs provoquent des réactions
disproportionnées chez le sujet sensible alors que les mêmes laissent
un autre sujet indifférent. La recherche de ces susceptibilités
constitue le travail majeur du médecin homéopathe en vue de déterminer
la substance la plus appropriée au cas.
Le chaos est capable d'engendrer la complexité,
mais la théorie de la complexité enseigne aujourd'hui que des phénomènes
complexes finissent toujours par obéir dans leur globalité à des lois
simples [30].
Ainsi, bien avant que les mathématiques ne commencent à lui donner
raison, Hahnemann avait distingué les règles simples permettant d'appréhender
le fonctionnement de l'être humain comme un tout.
Loin du désert conceptuel de la médecine
classique, nous voyons comment, jusque dans le moindre détail, l'homéopathie
s'avère être l'outil adapté à la nature même du phénomène vivant
et de ses dérèglements que nous appelons maladies.
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