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2. Une médecine gouvernée par des principes

La démarche scientifique consiste à observer des phénomènes afin d'en déduire les lois qui les régissent. Ceci reste vrai dans toutes les branches de la recherche sauf dans la médecine où la révolution reste à faire.

Actuellement, il n'y a aucune tentative de synthèse dans la recherche médicale, ni le moindre recul qui permette de se faire une idée sur l'évolution des affections d'un même sujet au fil des ans afin de comprendre le phénomène pathologique d'un sujet malade. En revanche, chaque spécialiste s'occupe de l'organe ou du système qui le concerne et perd de vue le fait essentiel que les parties qu'il étudie appartiennent à un patient censé les maintenir en état de marche.

L'expérimentation se résume à des tâtonnements au hasard dans les laboratoires de recherche où l'on essaye d'isoler la partie active d'une molécule pour la modifier en espérant élaborer des variantes plus actives. L'adoption d'un traitement se fait après des réunions de consensus entre les sommités concernées qui décident pour l'occasion d'adopter pendant un an un protocole dont les résultats seront évalués grâce à l'outil statistique.

 

La prescription devient un exercice mathématique

A l'opposé de cette démarche aveugle, le principe de similitude, déduit de l'observation, enseigne qu'une drogue sera indiquée chez un malade à condition qu'elle puisse provoquer expérimentalement un tableau qui ressemble à celui à traiter. A ce jour on attend encore une réfutation du principe de similitude, que deux siècles d'observations n'ont cessé de confirmer, de très nombreuses validations provenant d'ailleurs directement de la médecine classique. On pourra relire en préambule de l'Organon les deux ou trois cents faits que Hahnemann extrait de la littérature officielle de son époque.

Les exemples sont légion, je cite au hasard l'aspirine qui possède des propriétés antalgiques, anti-inflammatoires et antipyrétiques et dont le tableau toxique est celui d'une fièvre intense, avec des processus inflammatoires très algiques. Le fluor qui prévient les caries dentaires à doses très faibles, mais qui en provoque s'il est trop dosé. Les corticoïdes locaux qui soulagent les dermatoses, mais qui occasionnent de l'eczéma et d'autres lésions cutanées. Etc., etc.

Avec l'homéopathie, la médecine redevient à la fois une science et un art ; la prescription devient rationnelle et quasi mathématique, ce qui dérange certains milieux industriels. Il n'est plus question de marketing ni de publicité pour vanter telle drogue plutôt qu'une autre : seule la plus ressemblante avec le cas pourra le traiter.

Née de l'observation, l'homéopathie n'a que faire des hypothèses, elle rassemble des faits. Une drogue perturbe le fonctionnement d'un organisme d'une certaine manière selon la sensibilité propre de l'expérimentateur. La nature intime du dérèglement qu'elle provoque ne nous est pas connue, cependant le dérèglement peut être caractérisé indirectement par l'ensemble de ses manifestations.

De même chez le malade existe un dérèglement qui retentit sous la forme de signes et de symptômes. La nature de ce dérèglement nous échappe, personne n'ayant pu expliquer à ce jour pourquoi nous tombons malades, cependant la présence de ce dérèglement se caractérise elle aussi par l'universalité des symptômes chez le patient.

L'élégance de l'homéopathie (j'utilise l'adjectif élégant au sens où on l'emploie en mathématiques pour qualifier un axiome ou un théorème) n'a pas son pareil : une substance capable de provoquer un dérèglement en détruit un semblable chez le malade.

L'approche de la médecine classique est fondamentalement différente : elle s'évertue à découvrir la substance idéale qui irait traiter l'endroit malade sans provoquer d'autres symptômes (que l'on appelle effets indésirables ou secondaires). Cette quête est évidemment utopique, car il est une règle absolument générale et incontournable que toute substance active provoque des effets dans l'ensemble de l'organisme. Dès lors, toute prescription est gouvernée par le principe des semblables.

Tout puriste se pose dès lors la question légitime du pourquoi. Deux acteurs sont en présence :

- Le médecin clinicien dont l'attitude est très pragmatique : face à la souffrance des malades, son travail consiste à les soigner et si possible à les guérir. Ce dont il a besoin, c'est d'une méthode décrivant des règles précises pour y parvenir.

- Le scientifique, dont le rôle est tout autre. Son responsabilité consiste à expliquer ce que le clinicien observe, à en expliquer le comment et le pourquoi.

Actuellement, la clinique possède une grande longueur d'avance sur l'explication scientifique des phénomènes, il reste beaucoup à faire mais fort heureusement pour les malades, l'homéopathie guérit avant d'expliquer, quand bien d'autres disciplines passent leur temps à faire l'inverse.

J'aimerais cependant souligner la relativité de la question du pourquoi, car la science se contente surtout du comment ou bien transforme les questions en d'autres. Le principe de similitude, la loi de gravitation, l'électromagnétisme, les forces nucléaires fortes et faibles appartenant à ce que l'on appelle des théories de jauge [1]. Ainsi, en physique, les lois de Newton, formulées voici trois siècles, permettent de décrire avec quelle intensité deux corps célestes s'attirent : c'est la loi de l'attraction universelle. Mais actuellement, personne n'explique pourquoi ces corps s'attirent (même si la relativité générale ramène le problème à une courbure de l'espace temps, personne ne peut dire pourquoi la matière en déforme les géodésiques). En homéopathie, bien qu'actuellement personne n'explique clairement pourquoi le remède guérit, la loi de similitude de Hahnemann, formulée voici deux siècles, permet de déterminer le remède curateur.

 

Mais la prescription est aussi un art

Concrètement, le travail du médecin homéopathe se décompose en trois grandes phases :

 PRINCIPES HOMEOPATHIE 
La première phase d'analyse consiste à recueillir les d'éléments susceptibles de caractériser le cas. Son importance est cruciale puisque tout le calcul qui sera fait ensuite dépend de la collecte des données. Sa durée est variable : les cas aigus vont souvent très vite, en général un homéopathe confirmé aura besoin de 5 à 10 minutes, parfois les signes sont tellement évidents que l'indication du remède peut être posée en quelques instants. Les cas chroniques demandent évidemment plus d'attention, surtout s'ils sont anciens et compliqués par divers traitements ; en général une demi heure est souvent suffisante (soit un entretien d'une vingtaine de minutes suivi d'un examen clinique d'une dizaine de minutes).

Au bout du compte, le médecin aura retenu environ 3 à 6 symptômes que l'on ne peut négliger et qui caractérisent le cas. Se pose ensuite la question : quels sont les médicaments de la matière médicale qui peuvent les présenter ?

C'est ici qu'intervient la seconde phase : la synthèse répertoriale. Devant la complexité et l'étendue croissante de la matière médicale déjà du vivant de Hahnemann, l'utilisation de répertoires de matière médicale est vite devenue indispensable pour rechercher le médicament le plus similaire à un cas donné. Leur mise en oeuvre est souvent fastidieuse et l'ordinateur peut jouer ici un rôle essentiel non seulement en épargnant au médecin un travail de routine mais aussi en effectuant certaines recherches complexes.

Bien que Hahnemann lui-même ait commencé la rédaction de répertoires de matière médicale vers la fin de sa vie, le premier ouvrage répertorial fiable en date fut celui de Bonninghausen. Né en Hollande en 1785, il fait des études de droit. Grâce à une parfaite connaissance du Français, il est remarqué par Louis-Napoléon, roi de Hollande, qui le fait conseiller d'état à 22 ans ! Par la suite, il se consacre à l'agriculture et à la botanique; il est nommé Commissaire Général au Plan des provinces de Rhénanie et Westphalie.

En 1824, il publie un ouvrage de botanique très apprécié des plus grands botanistes européens, qui lui font l'honneur de donner son nom à une plante : la "bonninghausenie".

En 1828, il est atteint de phtisie purulente, déclaré perdu, et guéri par l'homéopathie (Pulsatilla en l'occurrence). Il décide alors de consacrer le reste de ses jours à ce nouveau principe et apprend la médecine, correspond avec les plus grands homéopathes de l'époque et devient l'ami de Hahnemann. En raison de ses travaux, il est nommé à 58 ans docteur en médecine par le roi de Prusse, sans avoir à passer d'examen. Son génie, induit par sa formation de base, Droit et Botanique, l'amène tout naturellement à réaliser son "Manuel de thérapeutique pour servir au lit des malades et à l'étude de la Matière Médicale Pure". Etabli sur les conseils de Hahnemann, ce livre rassemble pour chaque symptôme tous les médicaments susceptibles de le produire chez l'homme sain. Étant donné un symptôme chez le malade, l'ouvrage permet dès lors de repérer tous les médicaments concernés, connus dans la matière médicale pour avoir provoqué le même symptôme.

De nos jours, le répertoire de Bonninghausen a été supplanté par celui de Kent, dont la première édition date de 1897 et la seconde de 1912. Après la mort de Kent, cet énorme ouvrage de près de 2000 pages a connu six éditions américaines successives. Aujourd'hui les praticiens de langue française utilisent la traduction de l'auteur du présent article augmentée de 40.000 références d'auteurs modernes [15].

L'étude répertoriale fait apparaître les quelques remèdes qui couvrent le cas. Reste maintenant à progresser afin de déterminer le meilleur choix.

C'est ici qu'entre en jeu la matière médicale différentielle. Cette étape essentielle consiste à déduire en fonction des différentes hypothèses possibles le remède qui présente la meilleure homéopathicité (autrement dit, le plus haut niveau de ressemblance avec le cas). Le médecin doit comparer à nouveau les matières médicales des remèdes corrélés avec le cas pour chercher à infirmer ou confirmer tel remède plutôt que tel autre. Dans tous les cas, il devra étoffer l'anamnèse, c'est à dire poser de nouvelles questions, examiner certains détails qui lui avaient échappé, etc.

Prenons un exemple où les symptômes du cas conduisent à hésiter entre Pulsatilla et Nux vomica. En étudiant la matière médicale de ces remèdes apparaissent de grandes divergences. Pulsatilla convient à des personnes de tempérament doux, calme, sensible, facilement émues aux larmes. Ces patients aiment le plein air et réclament d'ouvrir les fenêtres. Sur le plan digestif, ils n'aiment pas la viande, et ont une horreur du gras. Nux vomica au contraire convient à des gens nerveux, irritables, souvent durs pour les autres. Les patients Nux n'aiment pas avoir de l'air, et craignent les courants d'air. Ce sont des bons vivants, ils aiment faire bombance, la viande, le gras. Avec de telles dichotomies il ne reste plus au praticien qu'à s'informer auprès du patient pour établir rapidement le distinguo.

Quoi qu'il en soit, la démarche homéopathique demeure un exercice difficile, demandant au praticien de travailler en permanence sa compréhension du répertoire, de la matière médicale et de l'Organon. C'est l'une des pierres d'achoppement de la méthode, car elle demande à débusquer des étudiants sachant travailler aussi bien avec le cerveau gauche qu'avec leur cerveau droit, autrement dit des scientifiques capables d'accumuler des connaissances mais possédant aussi une fibre artistique permettant d'extrapoler et de ressentir. Ainsi, il est vrai que la détermination du médicament repose sur des lois scientifiques, mais fait aussi appel à un domaine où s'exerce la création artistique.

La phase de recueil des symptômes est éminemment cruciale car une grande part de l'Art médical consiste à parvenir à mettre son patient en confiance, savoir écouter, comprendre, observer, estimer. Voici ce qu'écrit Hahnemann à ce sujet [10 , §3] :

Si le médecin perçoit clairement ce qu'il faut guérir dans les maladies, c'est-à-dire dans chaque cas morbide individuel,

- lorsqu'il connaît d'une façon évidente les propriétés curatives des médicaments, ce que chaque médicament est capable de guérir,

- si d'après des principes clairement définis il sait appliquer ce qu'il y a de curatif dans les médicaments à ce qu'il a reconnu d'indubitablement morbide chez le malade de telle façon que la guérison doive s'ensuivre, c'est-à-dire :

a) s'il sait appliquer convenablement à chaque cas particulier le remède le mieux approprié selon son mode d'action,

b) préparer celui-ci exactement selon la façon requise,

c) estimer la quantité (dose) et la qualité (dynamisation),

d) juger du moment opportun où cette dose demande à être répétée,

- s'il connaît enfin, dans chaque cas, les obstacles à la guérison : manque d'hygiène, indispositions, corps étrangers, calculs, malformations, traumatismes, etc., et sait les écarter pour que le rétablissement soit permanent,

alors il sait agir d'une manière judicieuse, conforme au but qu'il se propose d'atteindre, alors seulement il est un médecin digne de ce nom, un maître de l'Art de guérir.

De même, la connaissance des tableaux pathologiques de la matière médicale ne doit être ni statique, ni figée dans l'esprit du praticien de sorte qu'il soit capable d'extrapoler au patient selon les besoins de chaque cas. Enfin, l'utilisation du répertoire doit se faire de façon artistique, et non pas mécanique en additionnant des listes de remèdes.

Cette approche, en adéquation avec la réalité complexe des êtres pensants que nous soignons, est en complet contraste avec la tendance actuelle de la médecine.

En effet, la thérapeutique officielle tend de plus en plus à former des techniciens de santé, la médecine se résume de plus en plus à la maîtrise d'une technologie souvent fort complexe et coûteuse au détriment de la dimension humaine. A l'heure où l'on envisage de fabriquer des médicaments en apesanteur dans des stations orbitales, il semble incongru que l'on puisse obtenir le moindre résultat avec des médicaments que l'on peut fort bien préparer artisanalement et qui de plus sont censés ne rien contenir... C'est un paradigme de plus que heurte l'homéopathie.

Une anecdote illustrera mon propos. Hubble (un des plus grand astronomes de ce siècle, le télescope spatial porte son nom) fait visiter à Albert Einstein et Madame l'observatoire du mont Wilson. Ils découvrent avec émerveillement tous les appareillages raffinés et les grands instruments d'optique. Alors Madame Einstein demande :

"Mais pour finir, à quoi vous sert tout cela ?

A explorer et comprendre l'Univers ! Répond Hubble.

Hé bien ça alors, c'est étonnant car voyez vous, mon mari fait la même chose sur le dos d'une vieille enveloppe !".

Il convient de rendre à César ce qui lui appartient, aucun médecin homéopathe ne remet en cause le progrès scientifique ni technologique, qui a ouvert des perspectives immenses dans le domaine de la chirurgie ou du traitement d'affections nécessitant une palliation (diabète, maladie d'Addison, etc.). Cependant, la fuite en avant éperdue dans la technologie semble être la seule réponse du système classique à son manque conceptuel sur la maladie. Les deux systèmes thérapeutiques sont complémentaires, mais l'homéopathie doit se développer pour devenir le traitement de première intention.

 

Prise en compte de l'ensemble des symptômes

L'expérimentation des drogues chez l'homme sain nous enseigne que sous leur influence c'est l'ensemble de l'organisme qui se trouve perturbé. L'observation des malades nous apprend aussi que le patient forme un tout dont les organes sont indissociables.

Considérons cette patiente qui consulte pour des maux de tête. Au terme d'un bilan soigneux, on pourra déterminer qu'elle est migraineuse. On lui prescrira quelque chose en fonction. Jamais elle ne sera débarrassée de ses maux de tête, mais, en nous plaçant d'un point de vue heureux qui est loin d'être le cas de la majorité, tant qu'elle absorbera régulièrement son traitement, elle pourra espérer un mieux. Cependant, l'hiver arrive, comme ses rhumatismes la font souffrir de nouveau, elle retourne consulter, et on ajoute à son traitement quelque anti-inflammatoire qui pourra éventuellement la soulager. Malgré tout, son état général ne s'est pas amélioré d'année en année : elle prend froid au moindre courant d'air et tout l'hiver elle traîne d'une cure d'antibiotiques à une autre du fait de sa sinusite chronique. Finalement le printemps arrive, alors il faudra qu'elle aille consulter pour son rhume des foins.

Nous touchons là aux limites du traitement classique qui est basé sur un double paradigme :

1. Réductionniste, et

2. Physiopathologique.

En prenant un tout petit peu de recul, chacun aura compris que les traitements administrés ne font que pallier des symptômes qui eux mêmes ne représentent que l'expression parcellaire d'un tout qui est déréglé.

Le paradigme réductionniste dont a hérité la médecine classique, repose sur l'idée qu'il suffit de décortiquer de plus en plus chaque rouage pour finir par répondre à toutes les questions. C'est ainsi que l'on a distingué les organes, les parties des organes, les cellules, les organites intracellulaires, les substances chimiques synthétisées par les cellules, etc. A chaque question à laquelle on répond, se posent cent nouvelles. A chaque fois que l'on progresse, l'horizon diminue de plus en plus puisque l'on étudie un fragment toujours plus petit (c'est ce que l'on nomme l'entonnoir réductionniste [1]).

En médecine, on tente de déterminer ainsi ce que l'on appelle le mécanisme physiopathologique d'une affection. Dans le cas de notre migraineuse, c'est une dilatation des vaisseaux sanguins qui provoque la douleur. Il suffira de contrecarrer cette dilatation à l'aide d'une substance qui force le vaisseau à se contracter (d'autres approches physiopathologiques sont aussi possibles comme par exemple la prescription de bêta bloquants et souvent le traitement adopté dépend du choix arbitraire du praticien).

Avec un oeil critique, on finit par comprendre que cette attitude n'apporte rien de durable ni de satisfaisant. En premier lieu, personne ne répond à la question "pourquoi les vaisseaux de cette patiente se dilatent-ils", ensuite, du moment que d'autres patients ne présentent pas ces symptômes c'est qu'il doit exister un mécanisme de régulation qui est ici mis en défaut. Substituer à un mécanisme naturel défaillant une drogue et son cortège d'effets généraux dans tout l'organisme ne semble pas être une solution à terme. L'étude du fonctionnement physiologique de l'organisme est passionnante en tant qu'étude scientifique car toute connaissance est bonne à prendre, mais elle aboutit à une impasse dès lors qu'il s'agit de soigner les malades. La médecine classique se conçoit idéalement dans tous les cas qui nécessitent une palliation, mais par définition, elle ne peut en aucun cas procurer de guérison (le terme guérir étant d'ailleurs banni du vocabulaire médical et réservé aux "charlatans") car elle oppose une vision fragmentaire et utopique à un phénomène dont la nature touche la totalité du patient.

Nous voyons donc que les principes homéopathiques sont parfaitement adaptés

1. à la réalité clinique du patient qui forme un tout

2. à la nature de l'action de toute substance médicinale qui perturbe la totalité de l'organisme.

Le principe de similitude aide à trouver une substance qui ressemble dans ses manifestations à tous les symptômes du patient. Lorsque la ressemblance est suffisante (nous appelons cela l'homéopathicité), l'ensemble des symptômes régresse et finit par disparaître, ce qui est complètement impensable avec l'ancienne thérapeutique. Ce principe de la globalité du patient est en avance de plusieurs siècles sur le paradigme dominant actuel.

Qui plus est, le propre de toute science est de permettre de prédire les phénomènes dans la mesure où l'on connaît les lois qui les régissent. La mécanique céleste a connu son couronnement lorsque le retour de la comète de Halley a été prévu avec exactitude, et lorsque les anomalies de l'orbite d'Uranus permirent à Le Verrier de calculer la position de Neptune. La prédiction de la valeur de la perturbation du périhélie de Mercure (dont la mécanique classique ne pouvait rendre compte autrement que par la présence d'une planète pourtant introuvable) par la relativité a été regardée comme une preuve éclatante de la validité de la théorie.

De la même façon, un médecin homéopathe étonne souvent ses patients en étant capable de déterminer l'existence de bien des symptômes uniquement d'après les quelques premiers signes qui lui sont donnés. Prenons le cas de cette jeune fille de 20 ans qui consulte pour de l'eczéma des mains. Elle a un regard doux et timide, d'ailleurs elle rougit assez facilement. Ces seuls signes doivent faire évoquer Pulsatilla. Dans ce cas, on peut par exemple s'informer sur la date des premières règles (80% de chances qu'elles soient arrivées très en retard, 20% au contraire très tôt). On apprend alors que son gynécologue lui a prescrit un traitement hormonal car à 18 ans ses règles n'arrivaient toujours pas. Il est alors simple d'explorer un peu les goûts alimentaires et de prévoir qu'elle n'aime pas la viande (mais ceci est peu significatif, beaucoup de femmes ne sont guère carnassières), et surtout qu'elle a horreur du gras. A l'évocation de cette pensée, elle fait une grimace de dégoût. A partir de là, il est mathématique de prédire qu'aucun autre remède ne peut être prescrit que Pulsatilla. Il est facile de s'assurer que la patiente est d'un naturel très frileux mais qu'elle ne supporte pas la chaleur ; elle aime aller au plein air mais tout en étant bien couverte ; le soir en se couchant, elle a très froid, il lui faut des chaussettes, mais plus tard elle doit sortir les pieds du lit ; d'ailleurs il est très probable que dans un passé récent elle dormait encore sur le ventre, mais maintenant elle dort sur le côté, avec les genoux fléchis ; etc.

La vérification quotidienne de ce genre de faits implique que :

o       L'organisme forme un tout indivisible

o       Un seul médicament homéopathique doit être prescrit à la fois, celui qui correspond à ce tout déréglé

o       L'indication du médicament peut être posée très rapidement

La prise en compte de l'ensemble des symptômes est une nécessité qui correspond à l'unité de l'organisme. Avec le progrès de nos connaissances en embryologie, nous commençons seulement à avoir une petite idée du niveau d'intégration et d'interdépendance entre toutes les cellules et tous les organes d'un être vivant. Ce n'est que très récemment que l'on a réalisé que toutes les lignées cellulaires contribuent à la formation de tous les organes [21, 20, 32] ainsi que le très grand nombre de types cellulaires présents dans l'organisme [28, 14]. De plus, on commence seulement à entrevoir la grande redondance du codage des gènes.

Ces découvertes ont deux implications directes. L'une en biologie : il devient très difficile d'expliquer l'évolution des espèces par la seule sélection naturelle basée une mutation d'un gène au hasard ; sujet passionnant s'il en est [4, 2]. L'autre en médecine : il n'est plus possible de considérer ni de traiter un organe comme s'il flottait dans le néant, déconnecté du reste de l'organisme.

Chaque symptôme présent sur un organe ne peut plus dès lors être regardé comme autre chose que l'expression localisée d'un dérèglement général, comme l'enseigne Hahnemann [10, 11].

 

Susceptibilité individuelle

Finalement, l'application du principe de similitude démontre qu'une personne dont le tableau symptomatique peut être mimé par une drogue donnée présente une sensibilité extraordinaire vis à vis de celle-ci et une réactivité quasi nulle devant toute autre substance qui ne présente pas d'homéopathicité avec son état.

D'une façon plus générale encore, l'homéopathie explore systématiquement le phénomène d'idiosyncrasie, c'est à dire la susceptibilité innée que présente une personne vis à vis d'une substance (ou face à une situation donnée si l'on élargit un peu la définition). Ainsi, sur un échantillon de cent personnes de même âge, poids et taille, vêtues identiquement, exposées au vent du Nord pendant deux heures, nous observerons tout un spectre de réactions toutes très différentes. Celles en très bonne santé ne seront pas affectées, tout comme d'ailleurs certaines autres personnes déjà atteintes d'une autre affection très active (ce fait paradoxal découle aussi du principe des semblables, où plutôt de la situation qui se crée dans l'organisme lorsque deux affections dissemblables sont en lice). Certains vont développer des symptômes en quelques heures. D'autres seront malades progressivement au bout de plusieurs jours. Là on assistera à une otite, ici une diarrhée, là un mal de tête, etc. Cette notion de susceptibilité individuelle échappe complètement à la médecine classique. On évite ainsi de poser une question recouvrant pourtant un phénomène essentiel : pourquoi tel malade supporte-t-il très bien tel traitement alors que le même traitement chez un autre provoque une explosion de phénomènes indésirables ?

Cette susceptibilité individuelle est l'une des marques du fonctionnement de nature chaotique qui régit la vie ; et sans chaos, il n'y aurait pas de susceptibilité individuelle. Le vivant échappe à toute compression algorithmique, et plus encore, les phénomènes que l'on croyait définis par leur invariance et leur nature linéaire comme les mécanismes de l'homéostasie se révèlent être des mécanismes régis par le chaos [8, 25].

Le tout complexe que forme l'organisme se maintient entre les bornes d'un équilibre autour desquelles il oscille sans cesse de façon chaotique, un peu à la façon d'un manche à balai que l'on tient en équilibre posé sur un doigt.

D'un point de vue mathématique, le chaos se définit par l'apparition de phénomènes stochastiques au sein d'une mécanique déterministe [7]. D'un point de vue médical, nous dirons que le chaos propre à chaque malade peut se définir par l'ensemble des facteurs auxquels il est sensible. Ces divers facteurs provoquent des réactions disproportionnées chez le sujet sensible alors que les mêmes laissent un autre sujet indifférent. La recherche de ces susceptibilités constitue le travail majeur du médecin homéopathe en vue de déterminer la substance la plus appropriée au cas.

Le chaos est capable d'engendrer la complexité, mais la théorie de la complexité enseigne aujourd'hui que des phénomènes complexes finissent toujours par obéir dans leur globalité à des lois simples [30]. Ainsi, bien avant que les mathématiques ne commencent à lui donner raison, Hahnemann avait distingué les règles simples permettant d'appréhender le fonctionnement de l'être humain comme un tout.

Loin du désert conceptuel de la médecine classique, nous voyons comment, jusque dans le moindre détail, l'homéopathie s'avère être l'outil adapté à la nature même du phénomène vivant et de ses dérèglements que nous appelons maladies.

 
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