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LA REVUE DU PRATICIEN - MÉDECINE GÉNÉRALE - TOME 12 - N' 412 DU 2 MARS 1998

Par le Dr. Rémy Beau

Homéo-placebo-thérapie

C'est sans aucun doute avec les meilleures intentions du monde que les conseillers nationaux de l'Ordre viennent d'ouvrir cette boite de Pandore médicale qu'est, depuis deux siècles, l'homéopathie. Et on voit mal quand et comment ils pourront la refermer.

Résumons : soucieuse d'apporter un peu de cohérence dans un domaine qui en est singulièrement privé, l'institution ordinale vient de faire savoir qu'elle souhaitait que l'homéopathie soit enseignée dans les facultés de médecine, qu'elle sorte du ghetto dans lequel elle se situerait et, last but not least, qu'elle fasse l'objet d'une évaluation scientifique. En somme le docteur Samuel Hahnemann en chaire et les hautes dilutions sous les feux croisés du microscope et de la raison pure.

Que l'on comprenne bien. Il ne s'agit pas ici de combattre l'homéopathie. Moins encore de fournir des arguments qui pourraient aider à faire de cette approche une pratique martyre. Tout, ou presque, a été dit et écrit sur ce sujet et sur l'impossibilité consubstantielle d'en établir l'efficacité sur la base de ce qui, via l'évaluation statistique et les essais contrôlés fait la force de la thérapeutique moderne. Le conseil national de l'Ordre n'a pas tort quand il souligne l'incohérence d'un système qui tolère - quand il ne la soutient pas financièrement - une pratique médicale qui croit et prospère en marge des amphithéâtres et de la pharmacopée moderne.

« Il n'est pas contestable que l'exercice de l'homéopathie est actuellement admise par les pouvoirs publics » fait ainsi valoir l'Ordre qui parle du « remboursement des actes de médecins homéopathes » et du « remboursement des médicaments homéopathiques réglementés depuis 1948 et inscrits à la pharmacopée française depuis 1965 ». « Ces médicaments sont aujourd'hui sous l'égide d'une commission d'étude destinée à leur enregistrement et siégeant, de manière officielle, à l'Agence du médicament », ajoute-t-on encore. Mais pourquoi faudrait-il ajouter à la confusion ambiante, laisser croire aux futurs médecins que l'homéopathie est, dans l'armoire de la thérapeutique, à classer entre la chirurgie orthopédique et la radiologie interventionnelle, au même rang que la prescription d'antibiotiques ou d'hypolipémiants ?

Après Claude Bernard la fonction de la mitochondrie, le trajet de l'artère mammaire interne et la sémiologie de l'accident vasculaire cérébral il leur faudrait donc, demain, apprendre « le trépied conceptuel de Hahnemann », fait de « l'administration, à des doses très faibles ou infinitésimales, de substances susceptibles de provoquer, à des concentrations différentes chez l'homme en bonne santé, des manifestations semblables aux symptômes présentés par le malade » ? Et comment justifier que l'on veuille officialiser une pratique tout en voulant organiser l'évaluation de son hypothétique efficacité. Osons dire que l'urgence n'est pas là mais bien dans l'organisation d'un véritable enseignement, d'une véritable maîtrise, de la placebo-thérapie.

Suite aux déclarations des conseillers nationaux de l'Ordre, nous voyons apparaître depuis quelques temps toutes sortes de publications plus ou moins réactionnaires mais avec toutes un point commun : une argumentation lamentable signée par des auteurs qui connaissent visiblement aussi bien l'homéopathie que moi-même la culture des huîtres. Le dernier article en date est celui de la revue du praticien intitulé « Homéo-placébo-thérapie ».

En tout premier lieu, Monsieur, je voudrais préciser une fois de plus que vous vous adressez à des confrères, et dans cette optique, vous inciter à plus de modération et de respect dans vos propos. Relisez donc le code de déontologie, ce ne sera pas du luxe. Les médecins qui ont le courage d'étudier de longues années et de pratiquer l'homéopathie n'ont que faire de vos sarcasmes et ne sauraient tolérer le ton ironique de votre article. Vous parlez «d'un peu de cohérence dans un domaine qui en est singulièrement privé». C'est vraiment le monde à l'envers ! L'homéopathie est âgée de plus de deux siècles et que son principe de base, le principe de similitude, fut énoncé par Hippocrate lui-même. Peut-être ce nom vous dit-il quelque chose ? La doctrine homéopathique est fiable et très cohérente car elle est basée sur un principe naturel, par essence immuable. Les propriétés des médicaments sont également invariables et font l'objet de la plus grande expérience longitudinale connue dans le domaine de la médecine, car observées et finement décrites par plusieurs générations de médecins successives. Quid de la cohérence du système actuel dont les valeurs sont remises en cause tous les deux ou trois ans sous le prétexte du nécessaire progrès médical ? Je précise au passage qu'il n'est pas question pour un médecin homéopathe de s'opposer en tout point à la vieille médecine. Nous la considérons plutôt comme une technique complémentaire quand nous ne pouvons plus rien faire nous-mêmes. Il n'est évidemment pas question de traiter les cancers ou toutes autres affections endocrinologiques défectives par homéopathie, pas plus que les fractures ou certaines maladies auto-immunes.

Concernant la force de la thérapeutique moderne, je peux en apprécier toute la portée chaque semaine dans mon cabinet, particulièrement chez les enfants en infectiologie O.R.L., où nous en sommes actuellement à injecter des antibiotiques en intramusculaire à des bébés qui présentent des otites résistantes à tout l'arsenal habituel. Sachez, Monsieur, qu'un homéopathe sérieux est capable d'éviter l'antibiotique dans plus de 95% de ce genre de cas. Nous serons de toute façon de plus en plus sollicités pour le faire car au train où vont les choses, pour traiter une simple angine il vous faudra bientôt hospitaliser vos petits malades ! Je pense répondre à votre question : «Mais pourquoi faudrait-il ajouter à la confusion ambiante, laisser croire aux futurs médecins que l'homéopathie est, dans l'armoire de la thérapeutique, à classer entre la chirurgie orthopédique et la radiologie interventionnelle, au même rang que la prescription d'antibiotiques ou d'hypolipémiants ? » Vraiment ces arguments sont d'une niaiserie invraisemblable.

Puisque vous parlez de Claude Bernard, sachez que le père de l'expérimentation en médecine n'est autre que le Dr S. Hahnemann, qui, le premier, a suggéré et mis au point l'expérimentation de substances médicamenteuses chez l'homme sain. Il en a défini toutes les modalités à l'heure où vos ancêtres faisaient des saignées à tout va pour soigner toutes sortes de maladie. Il est le grand précurseur sans lequel nous n'aurions peut-être jamais pu avoir le plaisir de connaître C. Bernard ! La suite de l'article nous montre, s'il en était encore besoin, votre ignorance en homéopathie quand vous pensez citer le «trépied conceptuel de Hahnemann». Un peu de rigueur vous ferait du bien. Le Dr S. Hahnemann lui, n'en manquait pas. C'était un homme intransigeant et autoritaire, qui exigeait beaucoup de sa personne. Médecin de réputation internationale, d'érudition encyclopédique, polyglotte, maniant le grec et le latin à la perfection, toujours premier dans les différentes écoles qu'il a fréquenté et impressionnant ses maîtres, sacrifiant une vie de travail acharné pour l'homéopathie, j'ai surtout de la peine à voir comme sa mémoire peut être salie aujourd'hui ! 

Vous n'appréciez pas l'homéopathie ? (sans même l'avoir étudiée ni expérimentée ! ! !). Sachez que l'homéopathie se passera volontiers de vos services !

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