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Les différents concepts de maladies
Par le Dr. Edouard Broussalian
Pour l'ancienne École
Prenons par exemple un malade se plaignant
d'une rhinite, avec le nez bouché. La physiologie nous apprend
que l'obstruction provient en fait d'une congestion de la
muqueuse nasale. L'étude histologique montre que les petites
artérioles de la muqueuse possèdent dans leur paroi des fibres
musculaires dont la contraction règle le débit sanguin.
Dès lors, nous tenons un moyen de soulager la congestion qui gêne
notre malade : il suffit de donner localement une substance
pouvant provoquer une contraction des muscles de la paroi des
vaisseaux sanguins dilatés, et le tour est joué. Dans un cas
d'asthme, c'est le contraire: on donnera une drogue susceptible
de détendre les muscles des parois bronchiques, et le malade
respire mieux ! En somme, le traitement classique consiste à
administrer au malade une drogue qui va ensuite interagir avec
d'autres éléments chimiques ou biochimiques du corps humain,
et soulager tel ou tel symptôme. Mais, au bout d'un certain
nombre de crises d'asthme, le patient finit par réaliser qu'il
est toujours malade, et que son médicament ne fait qu'empêcher la crise sans guérir la cause qui la génère.
En médecine homéopathique
Nous serons conduits ici à formuler certaines
hypothèses, qui, bien que non étayées sur le plan
scientifique, sont en tout cas bien commodes pour
tenter d'expliquer les phénomènes observés. Toutes ces hypothèses demeureront tant que les physiciens ne nous auront pas éclairés
sur la nature du médicament homéopathique.
Le sujet en bonne santé
Hahnemann, malgré sa répulsion pour toute théorie
en médecine, admet (Organon §9) que "dans l'état de santé,
l'énergie vitale immatérielle - dynamis - animant la partie
matérielle du corps humain, règne de façon absolue". (§11)
"Seul le principe vital, après avoir été désaccordé,
peut procurer à l'organisme les sensations désagréables qu'il
éprouve et le pousser aux actions insolites que nous appelons maladies.
Car, étant invisible par elle-même et reconnaissable seulement
par ses effets dans l'organisme, cette entité énergétique
n'exprime et ne peut révéler son dérèglement que par des
manifestations pathologiques dans les sensations et fonctions,
c'est à dire par des symptômes morbides (manifestations qui seules sont accessibles aux sens de
l'observateur et du médecin)".
Tout se passe comme si l'organisme était maintenu dans un état
de bon fonctionnement par une "force non matérielle",
au sens physique du terme, qui gouverne les organes jusqu'à
la moindre cellule dans un fonctionnement harmonieux.
Chez le malade
Lorsque la force dynamique est déréglée,
cela provoque en périphérie des changements matériels
perceptibles qui peuvent n'être au début que des symptômes
ressentis par le patient, puis des modifications chimiques
dosables en laboratoire, ou encore des signes objectifs notables
à l'examen clinique.
Hahnemann ajoute (§7) "c'est donc l'ensemble des symptômes,
dont l'image extérieure est l'expression de l'essence de la
maladie, c'est à dire de l'énergie vitale désaccordée,
c'est cette intégralité des symptômes qui doit être la
principale ou la seule voie par laquelle la maladie nous permet
de trouver le remède nécessaire, la seule qui puisse en déterminer
le choix le mieux approprié".
L'universalité des symptômes est le reflet du
dérèglement interne soit naturel, soit à la suite de la prise
d'une drogue. L'avantage de ce raisonnement indirect est que nous n'avons pas besoin de connaître la nature de ce dérèglement, qui nous échappe de toute façon. La Loi
de Similitude montre alors que deux dérèglements qui
se ressemblent dans leurs manifestations se détruisent
mutuellement (Note
1).
Pourquoi donnez
vous un seul médicament à la fois ?
En médecine classique, on donne autant de médicaments
qu'il y a de symptômes à soulager: le médicament pour la
tension, les yeux, la bouche, le nez, etc.
A l'opposé de cette vision analytique, l'homéopathie
procède d'une approche synthétique qui correspond à
la réalité. Rappelez-vous que la notion de maladie n'est
qu'une pure invention médicale. On regroupe sous un seul nom
commode les signes qui établissent une affection. Par exemple
une migraineuse nous dirait très bien les signes de céphalée,
de troubles visuels et de vomissements qui définissent sa
migraine. Fort bien ! Maintenant, si vous prenez du recul, vous
constatez par exemple que notre patiente est ballonnée,
qu'elle digère très mal, qu'elle ne supporte rien de serré
à la taille. L'hiver elle fait une à deux angines par mois,
elle a des problèmes pour concevoir un enfant (on lui a expliqué
que son ovaire ne fonctionne pas). Comment ne pas comprendre que tous ces signes sont autant de reflets d'un seul et
unique dérèglement qui touche la totalité de l'organisme ? Il ne faut pas traiter les organes, mais le patient !
La prescription d'un homéopathe se résume donc à un
seul remède: celui qui est similaire aux symptômes du
malade et qui permet au patient de recouvrer le fonctionnement
de ses organes. C'est tellement vrai qu'il arrive fréquemment
que des patients après leur traitement rapportent que des symptômes
dont ils n'avaient pas fait mention ont aussi
disparu. Guérissez le malade, disait Hahnemann et vous pourrez
guérir n'importe laquelle de ses parties.
Que penser des préparations
homéopathiques spécifiques contre telle ou telle affection ?
Le plus grand mal ! De telles potions contre
la toux, contre la fièvre, etc., ne sont qu'un simulacre d'homéopathie,
et vont à l'encontre du principe fondamental
d'individualisation de la prescription. C'est faire de l'homéopathie
avec des principes allopathiques (Voir La conception des
maladies) Ces gouttes contiennent un mélange d'une dizaine de
médicaments susceptibles de convenir dans l'affection à
traiter.. Le raisonnement par l'absurde nous montre que le
plus simple serait de mélanger dans un seul flacon tous les remèdes connus pour obtenir le médicament universel...
Ajoutons enfin qu'il est tout à fait anormal que le médicament
homéopathique puisse être délivrée sans ordonnance. Cela
donne libre cours à une automédication à tout crin, et
autorise toutes sortes de pratiques peu recommandables...
Y a-t-il une place
pour les traitements locaux ?
Pour les raisons que j'ai exposées plus
haut, un véritable traitement homéopathique ne doit pas
comprendre de traitement local, sauf bien sûr dans les
traumatismes, ou les soins d'hygiène, etc.
Prenons un malade présentant des verrues, à qui on donne un
remède d'après l'universalité des symptômes (Note
2). Seuls les symptômes nous permettent de déterminer
le remède et de savoir s'il agit : lorsque les verrues
disparaissent, nous savons que le désordre dynamique qui était
à leur origine a bien été détruit. Dans le cas contraire, il
faudra certainement chercher un autre médicament.
Si on traite aussi localement les verrues, comment savoir si le
malade a été correctement soigné ?
Et l'allopathie
dans vos prescriptions ?
Les maladies aiguës
Toute affection aiguë, peut être à priori
du ressort de l'homéopathie, pourvu que le malade présente
suffisamment de symptômes clairs pour guider le choix du remède.
La réponse au traitement se fait alors dans les heures, parfois
les minutes qui suivent l'administration du médicament. Ainsi,
une grippe, une angine, une bronchite ne doivent pas évoluer au
delà de 24 à 48 heures.
Dans une maladie infectieuse, si le traitement s'avère
inefficace au bout d'un délai raisonnable de 24 heures, il faut
alors admettre qu'on s'est trompé de remède, et se résoudre,
si l'état du malade l'exige, à prescrire une antibiothérapie
ou tout autre traitement classique.
Le traitement classique sert donc de "roue de secours"
pour pallier nos échecs.
Les maladies chroniques
Souvent les malades présentant des affections
chroniques consultent un homéopathe après avoir absorbé
maintes drogues qui ont troublé le tableau initial de la
maladie, certains symptômes ayant disparu, d'autres s'étant déclarés.
L'homéopathe est souvent amené à changer de remède à
mesure que les symptômes évoluent. L'amélioration du malade
permet le sevrage progressif du drogage habituel.
Dans de nombreux cas, l'homéopathie permet d'espérer une guérison
ou au moins une stabilisation de la maladie. Hélas, certains
malades nous arrivent parfois tellement "multi-drogués"
qu'il n'y a plus de possibilité de les soigner.
Souvent, le traitement classique ne joue ici qu'un rôle
perturbateur, le médecin homéopathe n'étant appelé qu'à
renouveler d'anciennes ordonnances, en arrêtant peu à peu, si
la chose est encore possible, les médications habituelles.
Comme toujours, tout n'est pas tout blanc, tout n'est pas tout
noir. La science a permis de découvrir des molécules grâce
auxquelles on sauve des vies dans des cas où l'homéopathie
n'aurait rien pu faire. C'est le cas par exemple de maladies génétiques,
ou endocriniennes dans lesquelles il n'y a plus l'organe
pour fabriquer la substance qui fait défaut à l'organisme. Répétons
le : être homéopathe c'est avoir compris que seuls les
semblables permettent d'espérer une guérison et qu'il faut
chercher autant qu'on le peut le remède indiqué.
Pourquoi prendre le
risque de se tromper de remède dans une maladie aiguë ?
Dans une affection aiguë, l'homéopathie va
souvent plus vite que le traitement classique, coûte un prix dérisoire,
est toujours bien tolérée. Pourquoi s'en priver ? De plus,
trouver un remède aigu aide énormément ensuite dans la
recherche d'un médicament chronique.
Il est de la responsabilité du praticien de proposer à son
malade ce qu'il juge être le meilleur traitement. De trop
nombreuses prescriptions allopathiques ne sont établies que
pour se "couvrir" vis à vis du malade.
Y a-t-il des échecs
de l'homéopathie ?
L'homéopathie repose sur des lois
infaillibles qui permettent le choix du remède. C'est donc l'homéopathe
qui doit endosser l'entière responsabilité de l'échec du
traitement, car il n'a pas pu, ou su, trouver les symptômes
conduisant au bon remède. Ne dites donc jamais "l'homéopathie
ne marche pas" ou "je ne suis pas sensible à l'homéopathie",
mais plutôt "mon médecin s'est trompé de remède".
Les cas les plus difficiles sont ceux où il y a peu de symptômes.
Dans ce genre de cas il arrive qu'il faille plusieurs
consultations jusqu'à obtenir le symptôme caractéristique
qui désigne le bon remède.
Quels sont les cas
où l'homéopathie est dépassée ?
Ce sont tous les cas où les symptômes du
malade n'existent plus, et où tous les symptômes se réduisent
à ceux de l'affection à traiter.
L'exemple typique est celui d'une tumeur cancéreuse étendue :
on trouve des brûlures, un amaigrissement, etc., mais le malade
n'a souvent plus aucun symptôme personnel. On peut toujours
prescrire un remède sur les symptômes de la maladie, mais on
ne fera alors tout au plus que soulager, sans guérir. Tous ces
cas sont bien sûr l'indication idéale de l'allopathie dans
un domaine où cette méthode excelle: celui de la palliation.
Les suppressions de
symptômes par le traitement classique peuvent-elles porter à
conséquence ?
La réponse est oui: des troubles peuvent
survenir par suite de suppression d'éruption, suppression de
diarrhée, suppression de rhume des foins.
L'exemple le plus classique est bien sûr celui de l'enfant
qu'on amène pour asthme apparu dans les suites de la "guérison"
d'un eczéma grâce à diverses pommades (Note
3) (cortisone, etc.). Avec le médicament homéopathique
l'asthme guérit, l'eczéma revient pour disparaître définitivement
à son tour.
Notes:
Note
1 La maladie naturelle est guérie par la maladie
artificielle du médicament qui lui ressemble.
Note
2 Le médecin homéopathe ne soigne pas les
verrues mais le malade déréglé dont la peau héberge des
verrues.
Note
3 En toute justice, les divers traitements locaux
ne font qu'accélérer la tendance naturelle (centripète) de
la maladie chronique à se diriger vers l'intérieur de
l'organisme. Le traitement homéopathique induit quant à lui
un influx centrifuge.
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