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L'HOMEOPATHIE ET LA MORT

Par le Dr. Rémy Beau.

Ernestine était une jeune patiente âgée de...97 ans! Son état physiologique était correct et le seul traitement médical était de nature homéopathique, prodigué par ses enfants chez qui elle vivait. Bien sur, les fonctions supérieures n'étaient pas toujours au mieux; n'avait t'elle pas mordu son infirmière ? Moi-même dans les derniers temps me faisais souvent appeler " petit jésus " ! Mais nous avons tous nos petites faiblesses n'est ce pas ?

Ce mois d'Août 96, je fus appelé au chevet de ma " doyenne " car elle avait fait une mauvaise bronchite pendant mon absence. L'état de mon Ernestine n'était pas brillant; obnubilation, râles trachéo-bronchiques perceptibles à l'entrée de la chambre, pouls rapide, tension artérielle imprenable, sueurs froides... Bref, un état pré-agonique. Après avoir fait part de mon inquiétude légitime à la famille, je prescrivais Carbo veg. Le lendemain matin, malgré la persistance de l'encombrement bronchique, l'état général de ma malade s'améliorait progressivement. A la suite d'Antimonium tart. et d'une faible dilution de Digitalis, Ernestine se remettait peu à peu. Ce matin là, elle demandait même à aller au fauteuil et réclamait son petit café habituel. A midi, je recevais un coup de fil de la famille car Ernestine n'était plus de ce monde.

 

Après une journée agitée, ballotté entre les consultations habituelles et les formalités administratives de rigueur, la paix est revenue et je me suis dit : Ernestine est morte guérie. Cette réflexion m'a fait penser à un texte que j'avais lu quelques temps auparavant, d'un médecin homéopathe, le Dr Louis BERCHER, contemporain du Dr Léon VANNIER, et qui s'intitulait : " Pourquoi nous n'empêcherons pas les gens de mourir. ".

 

Voici donc un homme qui avait fait une maladie mortelle, dont il était venu à bout grâce à l'homéopathie, et qui était mort après sa maladie. Il était mort guéri. Pourquoi était-il mort ? Parce qu'il n'avait plus la force de continuer à vivre ! Vous direz peut-être : " Parce qu'il a dû faire une brusque poussée d'azote sanguin ". Mais, c'est dire la même chose que moi, car ne plus avoir brusquement la force d'éliminer son azote c'est ne plus avoir la force de continuer à vivre.

 

... Et j'ai compris alors pourquoi la médecine n'empêcherait pas les gens de mourir. Elle peut les rétablir s'ils sont malades, mais le dynamisme vital, quand il vient à leur manquer, il est absolument hors de son pouvoir de le leur donner. Un être humain est semblable à la pierre que lance un enfant. La pierre quitte la main avec une certaine force vive, décrit une certaine parabole et vient atterrir. Nous venons au monde avec une certaine énergie que nous tirons du sein de notre mère ou Dieu sait d'où. Cette énergie nous fait décrire une certaine parabole qui est la vie mais cette courbe n'est pas infinie et fatalement, au moins depuis Adam, un jour vient où elle rejoint le sol. L'être humain décrit sa trajectoire, comme un projectile. Sa trajectoire peut être interrompue brusquement, comme celle de la pierre qui rencontre un mur, c'est la mort accidentelle. Si la trajectoire s'accomplit toute entière, si le projectile atterrit après pleine dépense de la force vive initiale, c'est la mort naturelle.

 

Tout le long de sa trajectoire, le projectile humain peut présenter des déséquilibres, qui sont les états morbides. C'est le rôle du médecin homéopathe de " rétablir " l'équilibre, de remettre le sujet dans son ordre. Mais il ne nous est pas donné de modifier l'ordre qui s'impose à chaque point de la courbe. On ne rétablira pas l'adulte dans un ordre d'enfant ou le vieillard dans un ordre d'adulte. Nous rétablissons l'enfant dans sa nature d'enfant, le vieillard dans sa nature de vieillard, le mourant dans sa nature de mourant. Nous ne prolongeons pas la vie. Nous ne pouvons que permettre à l'homme de vivre sa vie ; c'est-à-dire d'user toute l'énergie qui lui a été remise et de parcourir en équilibre les diverses phases de sa trajectoire, dont la mort n'est pas la moins importante. Nous ne pouvons pas empêcher les gens de mourir : nous ne pouvons que leur permettre de mourir en bonne santé... Cette expression n'étonne qu'à cause d'habitudes de pensée peu philosophiques. La mort est un stade naturel, comme la puberté. Comme le sevrage, comme la puberté et, plus encore peut-être, elle est le passage à un ordre d'idées tout à fait différent. Elle ne nous effare guère que parce que nous n'en connaissons que la première moitié. Si nous en connaissions les deux moitiés, ce passage nous paraîtrait aussi naturel que la puberté et nous comprendrions qu'il n'implique pas plus l'idée de maladie que les divers stades " critiques " de la vie. Des malades enthousiastes disent souvent que l'homéopathie fait des " miracles ". Quelle erreur ! L'homéopathe guérit des gens que d'autres médecins ont abandonnés. Mais ce n'est pas cela un miracle. Et l'homéopathe est de tous les médecins celui qui a le plus conscience de ne pas pouvoir faire des miracles. Il est le plus éloigné de toute croyance à la magie. Il guérit par la nature (par la Vis Medicatrix Naturae) et selon la nature, rétablissant l'enfant dans sa nature infantile et le vieillard dans sa nature sénile. Il est le plus humble de tous les médecins.

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