Nux vomica, le portrait minute

Cours ENH, du 19 Décembre 1998, par E. Broussalian. Actualisé Octobre 2007.

Avertissement

Je disais à notre premier cours -en paraphrasant Farrington- que si je devais partir sur une île déserte, j’emporterais Nux et Pulsatilla. Avec ce couple de remèdes vous tenez de quoi soigner une très vaste étendue de maux. Ici je dois déplorer la catastrophe que constitue l’orientation « moderne » de l’homéopathie plus ou moins pervertie par des « nouveaux enseignants » qui inventent toutes sortes de systèmes plus ou moins spéculatifs de prescriptions. Même si on ne peut nier l’intérêt intellectuel de démarches de recherche, la catastrophe provient de ce que de très nombreux débutants sont séduits d’emblée par ces approches très fallacieuses pour qui ne possède pas assez d’expérience clinique (conseil du Ed: moins de 20 ans de pratique : ne touchez à rien d’autre qu’à l’apprentissage classique de la matière médicale). Résultat: au lieu de voir l’indication d’un simple Pulsatilla ou Nux vomica, le patient est trimballé durant des semaines et des mois à coup de prescriptions plus ou moins délirantes de médicaments presque inconnus à la nomenclature. Ceci est aussi ridicule que désastreux car on ne trompe pas les patients qui se détournent du prescripteur en croyant de bonne foi avoir été traités par un « homéopathe ».

Dans un monde régi par la dualité, nous devons donc affronter deux types majeurs de déviations de l’homéopathie. Celle que je viens de dénoncer, sorte d’ultra progressisme de la doctrine hahnemannienne, qu’on pourrait qualifier d’extrême droite. L’autre déviation est très connue du public français, celle progressite de gauche pourrais-je dire, qui cherche à s’acoquiner avec l’establishement en vue d’une reconnaissance « scientifique ». Dans cette déstructuration de l’homéopathie, les prescripteurs ont souvent été formés très superficiellement et sont demeurés dans le paradigme de l’ancienne médecine, en cherchant à prescrire de façon allopathique avec autant de médicaments qu’on cherche à réduire de symptômes.

Introduction

Mais revenons à nos moutons, c’est à dire une présentation rapide et efficace de Nux vomica qui semble en tout point être l’antipode de Pulsatilla.

Le contraste et si grand entre ces deux médicaments que cela en facilite l’étude. Bien qu’opposés sur bien des points, ce sont pourtant des remèdes qui se complètent l’un l’autre car il ne faut jamais oublier que l’un et l’autre sont deux satellites de Sulfur.

Nous prendrons aussi l’habitude de placer les remèdes que nous étudierons les uns par rapport aux autres car en clinique nous passons notre temps à comparer les indications possibles. Le schéma suivant, que nous compléterons peu à peu, nous rappelle ces notions :

schema

Avec Nux Vomica nous allons donc découvrir un remède immense. Ce n’est que peu à peu que l’on parvient à comprendre l’envergure de son champ d’action, aussi nous aurons l’occasion de revenir sur le sujet tout au long du cycle de quatre ans. Je le repète: tant qu’on manque des indications de Nux vomica, il est parfaitement ridicule de se lancer dans des systèmes fantaisistes qui ne peuvent que décevoir les prescripteurs et les patients.

J’ai choisi cette approche par « touches successives » pour les polychrestes afin que vous en reteniez le squelette puis que vous en appreniez les différentes sphères d’action. A mon sens, la matière médicale doit s’apprendre par « contagion » à partir de quelques éléments centraux, « vitaux » comme Nux Vomica, Pulsatilla, Lycopodium et les remèdes présentés sur le graphe ci-dessus. Une fois qu’on connaît, non, je veux dire, qu’on maîtrise à fond ces remèdes, on se trouve un jour devant un cas qui semble évoquer Nux Vomica mais tel signe ou telle caractéristique qu’on s’attendrait à avoir est absent. Alors, il faut envisager un autre médicament, et c’est ainsi qu’on découvre un autre portrait de la matière médicale.

Ce que l’on doit retenir avant toute chose c’est que Nux Vomica répond souvent à un état d’intoxication et / ou de surmenage de l’organisme, c’est dire la fréquence de sa prescription dans notre société.

Bien des fois devant un cas où les symptômes ne sont pas clairs mais où domine l’irritabilité et une notion de droguage il faudra prescrire Nux avant toute chose (Kent). Ce remède végétal sera ainsi capable d’améliorer beaucoup des symptômes du cas, sans toutefois présenter la profondeur d’action de Sulfur. Une fois les choses « décantées » on verra souvent apparaître clairement l’indication d’un remède qui le complétera. C’est une stratégie que le Dr. Schmidt a largement développée et que j’ai suivie depuis 20 ans avec beaucoup de résultats. En effet, ce n’est qu’avec les cheveux blancs qu’on commence à goûter pleinement aux subtilités de l’homéopathie et à la notion de strates miasmatiques. Ce n’est qu’avec beaucoup de maîtrise de la matière médicale qu’on perçoit d’un coup d’oeil quels symptômes relèvent de l’expression d’une couche profonde, et lesquels appartiennent à la couche superficielle active. J’ai vu des centaines de cas d’hommes qui aiment le bon vin, les bons plats, les choses relevées, toutes les sucreries, qui ont toujours trop chaud en général et se découvrent de leurs draps la nuit et dont ces signes font immanquablement penser à Sulfur. Mais en y regardant de plus près, à côté de ces signes anciens, on les verra depuis plusieurs mois devenir irritables, impatients pour des broutilles, pénibles avec leur entourage, préoccupés par leur travail, présenter une poussée d’hémorroïdes, ne plus supoprter les courants d’air. Il faut voir ici le Nux Vomica qui s’exprime sur un fond Sulfur.

Dans tous ces cas, la réaction du malade permet de déduire un pronostic sur la conduite à tenir. Par exemple un patient prend Nux Vomica XM et se trouve soulagé pendant presque deux mois avant que l’irritabilité et les troubles digestifs (entre autres) ne commencent à revenir. Cette longue durée d’action du remède indique que Nux Vomica présente une forte homœopathicité, qu’il restera indiqué assez longtemps et que l’on pourra obtenir encore des résultats jusqu’en LM. Par contre chez un patient qui n’est soulagé que deux semaines par la même dose, on pourra prédire à coup sûr l’échec d’une seconde prise. Néanmoins, une nouvelle étude du cas montrera certainement un changement du tableau que Nux Vomica aura rendu clair, et on pourra prescrire un remède plus approprié comme Sulfur.

Dans le cours de cette maturation du cas il faut savoir guetter le ou les symptômes qui vont s’accentuer et devenir ainsi les traits saillants du médicament complémentaire. Ainsi, comme nous l’avons vu ci-dessus, on donnera volontiers Nux Vomica à un malade énervé et surmené qui se gave de café (après lui avoir aussi demandé au minimum de réduire la consommation de café). On notera certainement des signes évocateurs: ce patient supporte déjà mal la chaleur du lit et que volontiers il sort un pied du lit la nuit. A cause de ce symptôme d’ailleurs, un débutant non averti donnerait Sulfur, ce qui est une grosse erreur. Après avoir donné Nux Vomica, ce signe peut très bien régresser, et dans ce cas Nux Vomica agira très longtemps ; ou bien comme je le disais plus haut, ce signe peut s’amplifier au point de devenir gênant. Alors on est de plus en plus sûr que Nux Vomica n’agira plus et que Sulfur est maintenant indiqué.

Avec Nux Vomica nous commencerons aussi à apercevoir un autre continent : celui formé par le trio Sepia / Natrum muriaticum/ Carcinosin. Très souvent en effet vous trouverez Nux Vomica utile avant de prescrire Sepia. Lorsque nous étudierons Sepia vous réaliserez que ce remède peut être considéré comme une sorte de super Nux Vomica, un Nux Vomica chronique en somme. L’expérience m’a appris que bien des fois sur un cas chronique où Sepia semble indiqué, donner ce remède d’emblée ne produit rien sinon des aggravations. Alors que si l’on a mesuré l’irritabilité, le comportement pressé, le caractère tatillon que couvre aussi bien Nux Vomica et qu’on le donne, le cas évoluera vers une amélioration rapide que Sepia consolidera ensuite.

Nos anciens décrivaient le couple Natrum muriaticum / Sepia. La ressemblance entre ces deux remèdes est telle que je pense que dans certains cas l’un peut très bien fonctionner à la place de l’autre. Dans bien des cas, il est impossible de les départager. Mais l’introduction de Carcinosin par Pierre Schmidt a bouleversé la donne. En effet, il existe une corrélation très étroite entre Carcinosin et Sepia d’une part et Carcinosin et Natrum muriaticum d’autre part. Pour ne pas diluer notre portrait minute, je ne développerai pas ici ces points fondamentaux pour vous demander de retenir qu’en réalité on peut parler d’un trio Natrum muriaticum – Sepia – Carcinosin.

La prescription minute

Le succès de la prescription minute m’a décidé à l’utiliser d’une façon générale pour la présentation de tous les grands polychrestes. C’est je crois une bonne façon de vous faire bénéficier de notre expérience clinique et de retenir l’indispensable. Une fois que vous aurez assimilé le tableau minimal que je vous brosse, nous reviendrons compléter peu à peu le remède. Mon but est de susciter en vous l’envie d’étudier le remède, il existe pour cela de bonnes matière médicales et seul le travail personnel compte ensuite.

En Chronique.

Ce sont le plus souvent des hommes car Nux Vomica s’adapte à cette nature impulsive et irritable qui est typiquement masculine. Jeunes, ils sont très souvent minces, aux mouvements nerveux et vifs, ils vous regardent avec acuité (un peu le regard d’aigle comme Bonaparte).

Tout au long de ces années d’enseignement, les enregistrement vidéos et les éminaires avec les patients vous ont bien montré l’importance de ces signes non verbaux. Observez, et laissez vous gagner par l’énergie que dégage le patient, c’est ce qui est le plus important, faites marcher ensuite votre intellect.

Le regard exprime souvent de l’autorité, et une grande vivacité, les traits assez maigres achèvent d’en faire ressortir le caractère et très souvent au fil de l’entretien vous verrez leur front se plisser de façon très caractéristique. Plus âgés ils peuvent avoir pris du poids et avoir la faciès volontiers congestionné, les mouvements ne sont plus aussi vifs, mais on retrouve toujours l’impulsivité, les contractions musculaires du visage. Ils parlent et font tout très vite (même les rapports sexuels, l’éjaculation précoce étant un motif de consultation assez fréquent…), la précipitation est de mise, cela se remarque tout de suite (certains patients plus contrôlés montrent moins de signe d’impatience).

Ils sont pressés en mangeant et cette faculté de rester « sec », à ne pas prendre de poids est d’autant plus surprenante qu’ils mangent de bon appétit. Mieux, ce sont très souvent de bons vivants qui aiment le bon vin, et la bonne chère. Demandez leur s’ils aiment la viande, ils vous répondent que c’est leur régal. Vous les surprendrez alors en prédisant qu’ils mettent volontiers de la moutarde ou du poivre dessus. Ce genre de question fait souvent rire la conjointe qui se bat depuis des années contre ces mauvaises habitudes (vous remarquerez très souvent d’ailleurs les couples Nux Vomica / Pulsatilla).

Le côté amateur de petits plats nous découvre une facette gastronomique de Nux Vomica qui aime énormément aussi les plats en sauce, et n’hésite pas à manger le gras (à la limite c’est ce que préfèrent certains malades), vous voyez comme cela se situe aussi aux antipodes de Pulsatilla.

Le poivre, la moutarde, le vin nous amènent aux stimulants dont les malades Nux Vomica font grand usage. Il faut ajouter à cette liste le café et le thé. Ce sont des surmenés chez qui on constate souvent des consommations effarantes, plusieurs dizaines de tasses par jour.

Cet état d’intoxication conduit à une hypersensibilité invraisemblable, le système nerveux entre autres étant sollicité jusqu’à l’extrême (c’est un immense remède névralgique et de spasmes musculaires). Le malade est affreusement irritable, il s’énerve pour le moindre rien : contrariété, bruit, lumière, etc. Comme ils sont très tatillons, du genre à prévoir le déroulement de tout à la virgule près, la moindre anicroche les mettra hors d’eux. Ils ont volontiers des manies de « vieux garçons » et « pètent les plombs à la moindre occasion ». De nombreux patrons hospitaliers ont besoin de Nux Vomica. Je me suoviens pour ma part du Pr. C., de renommée mondiale dans sa spécialité. Il était tout simplement odieux, houspillait tout le monde, traitant durement tout son personnel. Son bureau était méticuleusement rangé, toute chose ayant sa place, il hurlait si les objets étaient dérangés. Il arrivait souvent qu’au bloc opératoire, en tenue stérile, il jette des boites d’instruments sur le sol dans sa rage de ne pas avoir trouvé ce qu’il y cherchait. En arrivant le matin il prenait ses cafés, qui étaient déjà les cinq ou sixièmes depuis son lever. Seul le café lui permettait de tenir ses journées menées tambour battant.

On notera que cet individu qui peut sembler insupportable peut néanmoins présenter quelques signes attachants. Fondamentalement sensibles et compatissants, les Nux Vomica n’ont plus le temps de s’écouter, d’où les colères et l’impatience ; mais si vous les remettez en place en leur montrant que vous ne vous laissez pas marcher dessus, ils se montrent tout à fait affectueux. Une telle personne est bien évidemment autoritaire, commande, ordonne, décide, et veut que tout se plie à sa volonté (d’où le côté très jaloux et possessif). Le malade Nux Vomica a un fort désir sexuel qui est en quelque sorte le prolongement de son énergie. Malgré les apparences de roc que donnent ces malades, il faut noter que ce sont aussi de grands anxieux, disposés à se faire beaucoup d’inquiétude pour le moindre souci de santé.

La digestion du sujet Nux Vomica ne se fait jamais dans de bonnes conditions, il y a toujours des gaz et des ballonnements. Ils sont < après les repas, surtout après le déjeuner qui leur provoque une grosse somnolence. Très caractéristique, l’< par les vêtements serrés : le malade Nux Vomica aura besoin de se desserrer la ceinture ou tout simplement n’en portera pas, tellement sa sensibilité est grande. D’ailleurs quelque part l’impossibilité de supporter d’être serré renvoie certainement au fait que le patient Nux Vomica n’admet aucune contrainte. Comme il y a une stase de tout le système porte, il est exceptionnel de ne pas rencontrer d’hémorroïdes chez le sujet Nux Vomica, au minimum il y a toujours une notion de prurit anal.

Si Nux Vomica peut s’assoupir après le repas de midi, il est rare qu’il passe une nuit entière sans insomnie. L’heure typique est 3 h du matin, où il est complètement en éveil, le cerveau empli de pensées, de projets, de plans pour son travail. Le plus souvent ce sont les multitudes de petits détails contrariants qui le tiennent éveillé, pas les grandes lignes. Le sujet Nux Vomica est tellement à son travail qu’il en rêve la nuit, ou il rêve à des choses contrariantes qui le font se réveiller de mauvaise humeur, l’agressivité du jour se retrouve ainsi la nuit avec des rêves de disputes, de bagarres, etc.

La frilosité du patient Nux Vomica est très grande, ce sont des gens qui on souvent besoin de se couvrir la tête, qui ne supportent pas le moindre courant d’air. Mais il y a des sujets à la limite de Sulfur qui peuvent très bien avoir plutôt chaud, et même plus ou moins se découvrir dans leur lit, donc faites attention à ce petit piège. Leur susceptibilité aux courants d’air les rend très sujets aux rhumes et autres sinusites.

En Aigu

On retrouve le tableau d’hypersensibilité, d’irritabilité, de grande susceptibilité au froid. Lors des accouchements, le femme qui a besoin de Nux Vomica fait du faux travail, présente des douleurs insupportables, ne supporte pas les courants d’air et a très mal dans le dos. Mais il y a un signe caractéristique c’est que les contractions donnent envie d’aller à la selle. Ceci est vrai pour toutes les douleurs abdominales de Nux Vomica qui s’accompagnent de ces crampes du rectum (ce seul signe suffit à le donner lors d’une crise de colique néphrétique par exemple).

Nux Vomica est un immense remède du rhume, de la grippe, des rhinites, etc. : le nez est très bouché la nuit, et empêche le malade de dormir, il tousse, avec une sensation de brûlure des voies aériennes, l’inflammation des muqueuses entraîne aussi une aphonie. La toux est très douloureuse, cela fait très mal dans le thorax. Il y a des douleurs osseuses dans la grippe, avec le besoin d’entasser des couvertures et pourtant le malade supporte mal la chaleur dans la pièce. Rien que le courant d’air sous les couvertures fait frissonner le malade.

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Une réponse à “Nux vomica : le portrait minute – Edouard Broussalian” Subscribe

  1. Argentum 22/02/2015 at 18:41 #

    Nux v (au même titre qu’Arn ou Eup) pourrait tout à fait figurer parmi les grands remèdes pour soulager, soigner et enrayer la propagation de cet épisode grippal en ce début d’année 2015 ;

    Merci Edouard !

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