Natrum carbonicum – Edouard Broussalian

Natrum carbonicum

Par Edouard Brousssalian (janvier 98)

Jadis présent dans toutes les armoires à pharmacie, le bicarbonate de soude est désormais relégué aux oubliettes de la médecine classique. Malheureusement son emploi homéopathique est lui aussi passablement oublié alors que c’est un grand polychreste.

La plupart du temps on confond Natrum carbonicum avec d’autres médicaments d’emploi plus fréquent, comme Pulsatilla, Sepia ou Phosphorus. C’est pourquoi je vais tenter de vous donner l’essentiel de la prescription de Nat-c en rapport avec ses principaux concurrents en vous plaçant à chaque fois devant une situation clinique concrète.

Généralités

Dans l’une de ses conférences, Kent raconte comment il observe lors d’un repas au restaurant l’un de ses amis qu’il ne parvenait pas à soigner. Nos deux protagonistes étant assis à une table près de la porte battante qui donne sur la cuisine, Kent remarque que son ami sursaute à chaque fois qu’un serveur passe et que la porte claque. Enfin, arrivés à la fin du repas, il propose à son ami un peu de lait dans son café ; ce dernier refuse avec énergie lui expliquant que le lait lui reste toujours sur l’estomac. Il n’en faut pas plus pour avoir l’indication de Natrum carbonicum : sursauter facilement + < lait = Nat-c (en première intention).

L’action du médicament est en effet très marquée sur

  • La digestion
  • Les nerfs

Ce à quoi on peut ajouter :

  • Les articulations ; spécialement les chevilles.

Les modalités caractérisent facilement Nat-c :

  • < Lait
  • < Chaleur (du soleil, le temps chaud, une lampe qui émet autant de chaleur que de lumière, etc.)
  • < Effort mental (qui entraîne lourdeur de la tête, confusion, céphalée, vertige, hémorroïdes, palpitations, mais surtout de la faiblesse).

Avec ce premier squelette, nous voici paré à entamer l’étude de Natrum carbonicum que j’appelle volontiers le Pulsatilla des Natrum (d’une façon générale tous les Natrum sont hypersensibles et renfermés, dans Nat-c prédominent le désintéressement et la douceur – F. Vermeulen).

Le tableau mental

Le signe prééminent dans Nat-c est la douceur, la gentillesse. Ceci ne s’exprime pas sur un mode expansif comme dans d’autres médicaments mais au contraire avec beaucoup de réserve et de dignité. Avec ces trois mots clés, on a l’essentiel du remède.

Pour aller plus loin, il faut noter que la réserve naturelle de Nat-c tend à les faire se tenir toujours à l’arrière plan. Ce sont des gens généreux mais discrets, désintéressés (c’est pourquoi on rencontre rarement ce remède chez ceux qui transportent des sacs de riz devant les caméras de télévision). La note au dessus se rencontre parfois avec le cas de la mère de famille qui travaille sans compter pour ses enfants, avec une tendance au sacrifice personnel.

Ce qui est frappant dans la gentillesse de Nat-c c’est que les patients n’attendent rien en retour, ils ont une grande compassion qui provient de leur extrême sensibilité, et prennent soin des autres sans rien dire, sans se mettre en avant.

Cette retenue omniprésente provoque un symptôme classique : le fait d’être joyeux (de vouloir afficher un visage souriant) alors qu’ils sont tristes. Le répertoire fournit le symptôme Joie alternant avec tristesse qui est très souvent rencontré (Sep).

Leur hypersensibilité les rend très susceptibles aux ambiances, et atmosphères. Les sujets Nat-c peuvent  » ne pas sentir  » quelqu’un qu’ils connaissent à peine, ou bien vibrer sur une musique qui les fera pleurer, ou bien être très sensibles aux changements de temps, à l’approche de l’orage, etc. Du coup cette trop grande sensibilité les pousse à l’isolement, avec une aversion à croiser les gens. Ceci rappelle un peu Cicuta, mais il n’y a pas dans Nat-c la notion de déception du genre humain ni les chocs, secousses et autres contractions musculaires. L’état mental de Cicuta se caractérise par les absences alors que Nat-c affecte la mémoire et la concentration.

Les troubles de la mémoire, de la concentration sont légion. Il existe une véritable prostration intellectuelle, une < de très nombreux symptômes après un effort intellectuel. Comme Nat-c est toujours faible, ses troubles comme la lenteur de compréhension sont > en mangeant. Mais ensuite resurgissent les troubles digestifs qui provoquent irritabilité ou tristesse après manger.

Modalités générales

Les sujets Natrum carbonicum sont hypersensibles :

  • Au bruit (tendance à sursauter +++), à la musique
  • A l’effort mental (confusion, mal de tête, etc.).
  • A l’orage
  • A la chaleur du soleil, qui provoque une faiblesse extrême. La faiblesse se retrouve partout dans le remède d’une façon générale.
  • Au froid qui < les muqueuses (catarrhes), la digestion, les articulations.
  • Au lait (diarrhée, flatulences), aux écarts de régime. Il faut penser à Nat-c autant que Calc-p ou Sil quand le bébé ne tolère pas le lait maternel.
  • Aux courants d’air.

Pour rester didactique je ne citerai que deux circonstances qui améliorent le patient :

  • Le frottement ou la pression
  • En mangeant

 Désirs et aversions alimentaires

La grande aversion (et aggravation) à retenir est celle qui concerne le lait. Il arrive de rencontrer aussi l’aversion pour le gras,
mais en règle générale il y a un fort désir de gras, ce qui répétons le démarque bien Nat-c de Puls.

L’envie de boire de la bière est très intéressante, d’autant plus caractéristique que le médicament ne présente pas de désir autre
d’alcool. Comme Nat-c figure au second degré dans cette rubrique Désir de bière, cela lui confère une valorisation relative de deux points.

Le patient Nat-c est souvent un bon vivant, qui aime ce qu’il est convenu d’appeler en France  » la bonne bouffe « . Fréquemment de
telles personnes adorent aller au restaurant pour manger des plats succulents (Désir de mets fins). Il appartiennent aussi à cette catégorie de personnes qui ne peuvent pas manger sans avoir de pain.

Il n’est pas rare de voir un sujet Nat-c se bourrer de sucreries, qui d’ailleurs vont l’aggraver (comme dans Arg-n). Il n’est pas rare de trouver dans la matière médicale qu’un remède désire un aliment qui l’aggrave. Par exemple dans Natrum carbonicum on trouve volontiers le désir de boissons froides. C’est souvent l’intense asthénie produite par la chaleur de l’été qui pousse le patient à avaler un grand verre d’eau glacée. Alors les choses tournent mal, l’irruption de l’eau froide dans le système est mal tolérée, entraînant des maux de ventre très douloureux, de la diarrhée. Pour vous aguerrir au répertoire, tâchez de trouver les rubriques concernées ! Vous découvrirez ainsi que Nat-c rivalise dans cette indication avec Bryonia et Kalium carbonicum.

Les points d’impact du remède

La digestion. Le système digestif est tellement perturbé que l’estomac est volontiers sensible au toucher. Sensation de vide, de creux, de faim à l’estomac à 5 h; le patient doit quitter le lit pour manger quelques biscuits. Cette sensation est aussi ressentie vers 10 – 11 h et 22 – 23 h (avant de s’endormir). « Glouton, grignote tout le temps » (Phatak). Cette sensation de creux matinale rapproche beaucoup Natrum carbonicum de Sepia. Nous en reparlerons plus loin avec plus de détails, retenons toutefois que le creux de Nat-c est > par le repas, mais immédiatement après tout l’état du patient est < de nouveau à cause des troubles digestifs.

Les nerfs. Sensibilité extrême, sursauts, etc. Nat-c est avec Borax et Kali-c l’un des remèdes de la matière médicale qui sursaute le plus.

Les articulations : les talons sont souvent affectés (ulcères) mais surtout les chevilles avec des entorses récidivantes.

Les muqueuses : sinusites, cystites (où il rivalise avec Cantharis, Sepia, et Sarsaparilla. Le signe extrêmement caractéristique de Nat-c (valeur relative 3 points) est la douleur de l’urèthre en fin de miction).

Le nez. En quelques instants vous pouvez faire le diagnostic du remède en observant le visage du malade. Natrum carbonicum est le grand remède de toutes les inflammations à la surface du nez (l’indication est de Farrington et j’ai eu la chance de la confirmer maintes fois). Autre détail intéressant à noter : desquamation de la peau du nez (souvent le bout).

Les confusions courantes

Avec Pulsatilla

Comme nous l’avons vu en préambule la confusion la plus courante se fait avec Pulsatilla. Soient en effet les signes suivants :

 PSYCHISME: Abandon, sentiment d’ (1). Anticipation, suite d’ (2). Anxiété, soir (1). Compassion (2). Consciencieux pour des broutilles (2).

 

A première vue, tout le monde dirait  » c’est évident, c’est un cas de Pulsatilla « . Hélas non, Nat-c couvre parfaitement lui aussi tous ces symptômes.

Les sujets Nat-c sont en effet extrêmement doux, gentils, affectueux. C’est dans la relation avec les gens que le remède diffère de Pulsatilla. En effet, Nat-c présente volontiers une aversion innée pour certaines personnes, cela tient à une forme de son extrême sensibilité, notamment à certaines ambiances. Nat-c possède aussi l’aversion pour son mari (Sep), ou les membres de sa famille (Calc, Merc, Sep). Le comportement en public diffère notablement : ici domine le côté renfermé Natrum avec l’aversion pour la compagnie, parfois jusqu’à ses amis les plus proches. Nat-c
est souvent amélioré étant seul.

La grande sensibilité de Pulsatilla et de Natrum carbonicum les rend aptes à pleurer. C’est souvent sans raison ou de façon incontrôlable dans Pulsatilla, alors que c’est moins marqué dans Nat-c qui est capable de pleurer à cause de la musique, spécialement celle du piano.

Devant un cas qui semble appeler Pulsatilla mais où le malade ne répugne pas devant le gras, tous vos voyants doivent s’allumer au rouge. Dans ces circonstances il faut écarter Pulsatilla et évoquer trois remèdes : Phosphorus, Carcinosin et Natrum carbonicum. Nat-c est < par les fruits, les farineux, alors que Puls est sensible aux graisses, aux
aliments riches, à la viande de porc, etc.

Pulsatilla abonde de troubles veineux qui déterminent souvent une > par le mouvement lent et des ecchymoses facilement. Pulsatilla possède aussi une > en plein air très marquée au point que les patients désirent ouvrir les fenêtres. Natrum carbonicum n’est pas si sensible à l’influence du plein air, il a volontiers une aversion pour le plein air, une sensibilité aux courants d’air, etc. La chaleur du soleil va < l’état veineux de Pulsatilla, et produire chez Natrum carbonicum un effondrement, une asthénie intense. La façon de réagir de Nat-c tient en effet de la faiblesse, tant sur le plan physique que mental avec de la confusion, de l’incapacité à se souvenir ou se concentrer.

 

Avec Phosphorus

 

Comme nous venons de le voir, Natrum carbonicum est un grand sensible, quoi de plus naturel de le confondre avec cet autre sensible qu’est Phosphorus ?

 

PSYCHISME: Abandon, sentiment d’ (1). Anticipation, suite d’ (2). Détaché, famille, de sa (2). Illusions, mort, gens décédés, voit des (1,1), voleurs, voit des (1,1). Peur, orage, de l’ (2). Sensibilité, musique, à la (3). Sursauter, facilement (3), sommeil, endormant, en s’ (2).

 

(Légende : le premier chiffre indique le degré du remède dans la rubrique du répertoire, le second sa valorisation relative).

Les signes ci-dessus feraient bondir sur Phosphorus (ou Nat-m), et je puis vous dire que j’ai raté de nombreux cas avant que je ne découvre Nat-c. Tout comme Phos, le bicarbonate provoque une forte sensibilité aux changements atmosphériques, une peur des voleurs, une tendances aux  » décharges électriques  » et autres sursauts. Pour corser les choses, nos deux remèdes présentent aussi de la compassion à un très haut niveau. Parfois certains sujets Phosphorus sont autoritaires et mégalomanes, ce qui les différentie aisément de Natrum carbonicum qui a toujours le sentiment d’avoir mal fait, de ne rien faire correctement.

Les vertiges se rencontrent fréquemment dans Phosphorus, au point qu’il est certainement douteux de le prescrire en l’absence de ce genre de manifestations. Ceci n’est certes pas aussi marqué dans Nat-c.

La différence entre les médicaments va se faire aisément au plan des désirs alimentaires. Nat-c aime le pain et les sucreries alors que Phos a tout le contraire. Dans Nat-c domine très souvent la symptomatologie liée au lait, alors que ce n’est pas si net dans Phos. Enfin, Phos est caractérisé par ses envies de boissons froides, de sel, de choses relevées qui ne se trouvent pas dans Nat-c.

 

Avec Natrum muriaticum

 

La parenté chimique de nos deux sels explique certainement les ressemblances. Le tableau suivant nous montre que la confusion est aisée :

 

PSYCHISME: Colère, affections après colère, contrariété, etc., chagrin rentré, avec (1). Compagnie, aversion pour la (2). Compassion (2). Peur, voleurs, des (1). Sensibilité, musique, à la (3). Sursauter, sommeil, pendant (1).

 

La tendance réservée des Natrum les rend éligibles dans toutes situations de chagrin refoulé. Si on ajoute à cela que nos deux Natrum sont extrêmement sensibles au soleil, la différence peut sembler malaisée. Fort heureusement, pour les séparer il suffit de noter que Nat-m ressasse les choses désagréables qui lui sont arrivées, et c’est même sa problématique principale, alors que Nat-c ne présente pas cette tendance.

Le désir ou l’aversion pour le sel se trouve souvent chez Nat-m, et pas dans Nat-c. C’est cependant un grand signe général qui permet de faire pencher la balance : les sujets Nat-m sont presque toujours > par l’effort physique, modalité que ne présente pas Nat-c.

 

Avec Sepia

 

Nous avons vu jusqu’à maintenant la face tendre et sensible de Natrum carbonicum. A présent on peut explorer une facette plus sthénique, irritable :

 

PSYCHISME: Aversion, mari, pour son (2). Colère, contradiction, suite de (1). Compagnie, aversion pour la (2). Compassion (2). Consciencieux pour des broutilles (2). Détaché, famille, de sa (2). Irritabilité, coït, après (2). Travail, manie du, règles, avant (1).

 

TETE: Douleur, front, yeux, au-dessus des, extension, occiput (1).

 

VISAGE: Coloration, brune, taches (2,2). Crevasses, lèvres, inférieure, milieu, au (1). Eruptions, bouche, autour (3).

 

ESTOMAC: Aversion, lait (3). Nausée, manger, après, amél (2,2).

 

GENITAUX FEMININS: Leucorrhée, règles, avant (1).

 

J’ai poussé la comparaison de Natrum carbonicum avec Sepia en ajoutant des symptômes partagés par les deux médicaments dans d’autres sections que le psychisme.

Sur le plan mental, vous voyez comme la confusion est facile à faire. La céphalée de Sepia est plus classique depuis l’occiput jusqu’aux yeux, mais se voit aussi dans l’autre sens.

Trop de fois on cite Sepia comme le seul remède pouvant avoir des taches brunes du visage, des crevasses de la lèvre inférieure, et des éruptions autour de la bouche. Ce tableau appartient tout autant à Phos, Calc et Nat-c.

Un cas de Sepia est difficile à envisager sans l’aversion pour le lait. Ici Sepia se démarque de Nat-c par ses désirs de choses fortes comme le vinaigre et les cornichons. La fameuse nausée > après manger qui fait prescrire Sepia à tout va est partagée par Nat-c et 22 autres médicaments. On peut encore poursuivre la comparaison avec Sepia sur de nombreux points communs gynécologiques comme les pertes blanches.

La différence avec Sepia s’établit grâce au désir d’exercice violent qui caractérise ces patients, leur côté toujours pressé, leur impatience irritable que Nat-c ne possède pas. Sepia a peur d’être seul, alors que Nat-c a peur dans la foule. Sepia danse avec la musique, ce qui l’améliore. Nat-c est sensible à la musique qui le fait pleurer mais ne présente pas l’agitation, l’envie de danser de Sepia (Tarent). Les sujets Sepia ont très souvent des histoires d’angines à répétition, ne serait ce que dans le passé, ce qui n’est pas le cas de Nat-c. Sepia ressemble fort à Nux, qu’il complète, avec le désir de café intense. Nat-c quant à lui éprouve de l’aversion pour le café.

Natrum carbonicum présente de la faiblesse et une sensation de creux en ayant faim et se trouve > après manger le temps que la digestion commence et réclame son tribut. Sepia au contraire n’est fatigué qu’après manger.

N’est il pas navrant de trouver encore dans la littérature des confrères qui affichent sans pudeur leur connaissances simplistes de la matière médicale et expriment leurs doutes quant à l’intérêt d’un répertoire ?

Cas cliniques

Sinusites chroniques

Stéphanie J. consulte en 94 à l’âge de 26 ans pour ses sinusites chroniques. A cette époque voici mon observation que je vous livre telle quelle en style télégraphique :

Glaires dans la gorge qui la gênent tous les soirs

Rhumes et sinusites, très souvent à cause moindre courant d’air

Acné

Mains glacées

Transpiration froide des mains

Bcg négatif

Aversion gras

Très timide

Peur de l’orage

Très fatiguée se couche tôt

Une seule copine, pleure si elle en est séparée

Lors de l’entretient, il m’avait été difficile d’estimer à quel point Stéphanie présentait ou non une crainte de l’orage. Dans le doute j’ai alors préféré lui donner Pulsatilla que Phosphorus sachant qu’il est dans ce cas préférable de commencer par une remède végétal.

De fait, Puls 200 produit une belle amélioration, les crises de sinusites ne se produisent plus de même que les rhumes, mais demeurent l’acné, son asthénie, l’écoulement postérieur. Sachant que ce genre d’écoulement est difficile à traiter en phase sèche (la prescription en phase liquide apporte un tout autre pronostic), je m’entête avec Pulsatilla, donné cette fois en M.

Ce qui devait arriver se produit : seule la première prise de Pulsatilla donne des résultats et la seconde échoue lamentablement, les sinusites commençant à revenir comme auparavant. Ce genre de cas de figure se produit couramment avec tout médicament présentant une similitude imparfaite envers le cas.

Je reprends l’anamnèse pour confirmer qu’effectivement c’est une jeune fille très sensible, très entière, n’ayant qu’une seule amie sur laquelle elle investit beaucoup. Elle a beaucoup de compassion pour tous ceux autour d’elle qui peuvent avoir des problèmes. Je note  » elle aide les autres spontanément, mais ne se met jamais en avant « . Cette fois, sa mère à qui j’ai demandé de venir, témoigne que sa fille est très inquiète quand il y a de l’orage. Dans les cas qui posent problème, je n’hésite pas à demander à l’entourage de venir apporter son témoignage. Souvent cela donne des éclaircissements, ou à tout le moins la confrontation permet de soulever des points qui passent inaperçus autrement. Hahnemann écrivait qu’il y a trois catégories de symptômes : les sensations que seul le patient peut décrire, les signes objectifs que le médecin peut découvrir, et enfin les signes que l’entourage du malade a observés.

Cette fois le cas prend tournure. J’explore sa sensibilité au soleil pour apprendre qu’elle ne peut y rester longtemps, cela lui donne toujours un coup de soleil sur le nez qui pèle chaque été quoi qu’elle fasse. Pour couronner le tout, sa mère répond à sa place à une question que je lui avais pourtant posée auparavant :  » au fait, Stéphanie ne savait plus, mais elle a fait plusieurs entorses à la même cheville étant enfant « .

Natrum carbonicum devient plus qu’évident. La première prise de quelques graines en M donnera un résultat qualifié de miraculeux par la patiente et sa famille. Le remède sera  » monté  » jusqu’en XM. A ce jour Stéphanie continue d’aller bien, et le soleil ne lui pose plus de problème.

 

Eruptions des commissures labiales

 

Je vois en juin 98 Mme Agnès H. Elle avait toujours été soignée depuis l’enfance par l’homéopathie et consultait à titre  » préventif  » pour sa grossesse, le terme étant début 99.

Voici un extrait de mon observation : toujours les jambes lourdes ; bleus très vite ; ecchymoses qui restent ++

Ongles pleins de taches blanches ; pas de lunule

Ballonnée ++ ; tout de suite après manger

<<< gras

Verrue entre index et majeur d

Première règles à la fin de ses 14 ans

Toujours soif ++

Ne pleure pas facilement

Lèvres gercées été comme hiver

Frileuse +++ ; < depuis grossesse

Plus jeune elle avait toujours trop chaud, redoutait énormément la chaleur, le soleil

Malade en voiture

Très méticuleuse

Manque de confiance en elle

Lenteur de la cicatrisation

Antécédents : angines ++++ ; cystites enfant

Transpire ++ des pieds ; odeur ++ l’été

Très souvent des diarrhées

Elle reçoit donc Sil LM10 à raison de quelques gouttes une fois tous les 2 à 3 jours (que les habitués des quinquagentamillésimales me pardonnent cette façon de faire, depuis ma façon de prescrire s’est bien améliorée). Suite à son traitement, je note en Septembre : ne pouvait même plus manger une rondelle de saucisson ; maintenant ravie, elle peut en manger autant qu’elle veut.

Arrive à se passer du Daflon

Verrue partie

>> transpiration des pieds

Frilosité >> ; mais peut être à cause de la grossesse ?

N’a plus de diarrhées

N’a plus de ballonnements

Beaucoup moins de fatigue

Nous continuons donc Sil en montant d’un cran en LM11.

En Décembre, notre patiente présente des sueurs nocturnes,

Une langue très rouge surtout sur les bords

Prurit +++ sans éruptions ; n’importe où

De plus en plus envie de sucré

Bien embarrassé devant Silicea qui ne parvient visiblement plus à faire avancer le cas, je prescris Sulfur 200 en me doutant bien que le tableau ne cadre que moyennement. Faute de mieux dans ce genre de situation, la prise d’un antipsorique majeur peut amener le cas à se développer.

Les symptômes se sont bien développés mais malheureusement ma patiente a eu de nombreux empêchements qui ne lui ont pas permis de revenir avant février 99, un mois après son accouchement. L’accouchement s’est bien déroulé en quelques heures (primipare, primigeste). Mais la situation cutanée s’est empirée pour devenir assez catastrophique, avec un eczéma très important des commissures labiales. J’ouvre donc le répertoire à la rubrique Eruptions Commissures labiales et parcours les remèdes de la rubrique. Pour de nombreuses raisons, j’élimine dans un premier temps les Calc, Merc, Graph, Nit-ac qui ne  » collent  » absolument pas avec le reste de la patiente. C’est pourtant vrai qu’elle a un côté très réservé, trop réservée, pourtant il manque trop de signes pour faire un Natrum muriaticum. Mais dans la petite liste figure Nat-c, juste avant Nat-m.

Vous avez déjà eu des entorses ?  » Oh oui, il y a quelques années je n’ai pas arrêté d’en faire aux deux chevilles « .

J’oriente donc en douceur notre entretien dans la direction de Nat-c pour tenter d’en apprendre plus :

Ne supporte absolument pas la chaleur du soleil ; le soleil même hivernal lui donne mal à la tête

Ma hantise c’était quand on partait en vacances au bord de la mer : je restais dans la caravane à être malade ; je ne respire plus ; la chaleur me rend malade, j’étouffe

Look Puls potelée [je note souvent l’aspect physique de mes patients]

Supporte très mal le bruit ; mon mari me connaît bien ; maintenant il sait qu’au moindre regard il doit baisser le volume de la télé

Je suis très sensible aux ambiances, il y a des gens que d’emblée je ne peux pas supporter

Je ne pourrais pas non plus travailler dans un endroit sombre ou mal décoré

Ne veut jamais montrer que cela ne va pas ; elle essaie toujours d’être gaie

Toujours fait beaucoup de bénévolat

Avant la grossesse elle ne pouvait absolument pas boire une goutte de lait ; cela me restait sur l’estomac, j’avais mal au cour, mais jamais jusqu’à vomir. Elle mange des céréales sans mettre de lait avec.

Pendant la grossesse elle a eu une très forte envie de lait ; cela disparaît maintenant

C’était d’autant plus irritant de découvrir l’indication du remède si tard que la rougeur de la langue aurait dû me mener sur la bonne piste quelque mois auparavant. Au lieu de donner Sulfur en me laissant obnubiler par le prurit sans éruption et le désir de sucreries (que Nat-c possède tout autant), j’aurais dû explorer cette bizarre coloration de la langue.

Nat-c 200 répondra à toutes nos attentes en balayant l’éruption en quelques jours. Une petite récidive fera renouveler une semaine après. Notre patiente se déclare en grande forme et surtout ne présente plus pour l’instant de sensibilité au soleil pour la première fois de sa vie.

Relations médicamenteuses

Nous avons esquissé dans l’exposé les rapports qu’entretient Nat-c avec Puls, Phos, Nat-m et Sep.

Dans nos deux cas cliniques nous avons vu aussi les liens entre Nat-c, Puls et Sulph. Ces cas sont loin d’être modèles car il faut savoir que Nat-c est volontiers suivi par : Calc, Nux-v, Puls, Sep, Sulph. C’est dire que devant tous ces cas où vous doutez de l’indication de Calcarea, Pulsatilla, Nux vomica, Sepia ou Sulfur, ou bien quand ces médicaments ont  » marché  » partiellement on ferait bien d’envisager Natrum carbonicum.

Afin de vous permettre d’établir de fructueuses comparaisons qui vous donneront envie d’en savoir plus sur tout ce que j’ai passé sous silence, j’ai traduit ce passage du Concordant Materia Medica de Frans Vermeulen :

 

Comparer avec: Acon., Calc. et Glon. [céphalée suite d’exposition au soleil]; Agar., Lil-t. and Murx. [bearing-down comme si tout allait sortir]; Agar. and Naja [ulcère du frein de la langue]; All-c., Am-c. and Am-m. [abrasion des talons]; Ambr., Ars., Calc. et Colch. [froideur glacée de l’estomac]; Apis et Ars. [chaleur brûlante de l’estomac]; Ant-c. [faiblesse à cause de la chaleur d’été]; Bry. [toux dans une pièce chauffée]; Calc. [froideur dans l’abdomen; < en plein air; mains gercées]; Carb-an. and Nat-m. [plis de flexion du pied]; Caust., Sul-ac. and Sulph. [chute facilement]; Cina [curer le nez; qui > chez Nat-c. alors que ce n’est pas le cas dans Cina]; Glon. and Lach. [céphalée suite d’exposition au soleil ou la lumière du gaz]; Ind., Sulph. and Zinc. [faiblesse et sensation de vide à l’estomac à 11 h.]; Kali-c. [crevasses du visage]; Lach. [< changements de température]; Led. [entorses des chevilles à répétition]; Lyc. [> en se découvrant; ulcère du talon, Lyc. Vers le cou de pied; latéralité croisée en haut à droite et bas à gauche]; Nat-m. [hypocondrie; celle de Nat-c. étant rythmée par l’indigestion, celle de Nat-m. avec le degré de constipation; tête et visage > en se découvrant; leucorrhée]; Nat-s. [Nat-s. convient mieux dans les vomissements mousseux, avec une langue pâle, sale et livide]; Nux-v. [hypocondrie; efforts pour vomir le matin; Nux-v. étant indiqué lors de la grossesse ou après avoir trop bu; catarrhe, écoulement abondant le jour, obstruction la nuit]; Petr., Phos., Rhod. and Sil. [< orage]; Pic-ac. [priapisme sur le matin, émissions sans désir sexuel]; Sabin. [< music]; Sep. [indifférent à sa famille; humeur mélancolique et appréhensive; < musique; mal au dos < assis; bearing-down; douleur qui traverse depuis la pointe de l’omoplate; Sep. présente plus de sensation de creux à l’estomac, ce creux ne se  » remplissant  » pas avant la fin du souper; Nat-c. a le creux < de 10 à 11 h., > en mangeant, ce qui entraîne de la distension; éruptions sur le dos des mains, Sep. présente des ulcères autour des articulations des mains]; Sil. [intolérance pour les courants d’air; toux suite de courants d’air]; 7Alum.; Carb-v.; Mag-m.; Merc. 1Nat-bic. [dans les vomissements de la grossesse avec acétonurie]; Nat-cac. [haleine fétide; dermatite sèche de la peau de l’abdomen; tumeurs malignes].

Vient bien après:Sep. [bearing-down].

Suivi par: Calc.; Nux-v.; Puls.; Sep.; Sulph.

Complémentaire: Sep.; sels de Kalium.

Antidoté par: Camph.; Nit-s-d.; Ars. Antidote de: Chin.

Conclusions

Un de mes professeurs à la fac, un de ceux qui m’ont profondément impressionné, disait qu’il faut apprendre et oublier la médecine sept fois de suite avant de commencer à la connaître. C’est aussi vrai de la matière médicale. On apprend un remède, on croit le connaître, on le prescrit, on l’oublie. On découvre d’autres remèdes qui ressemblent beaucoup à celui qu’on a appris, on se mélange les pinceaux, on ne sait plus comment prescrire. Alors on donne un médicament par routine comme Sepia quand la nausée est > après manger, et comme l’échec ne manque pas d’arriver on donne un autre et un autre remède jusqu’à brouiller le cas et on finit par s’en remettre au Primpéran.

Pour progresser, il faut commencer en n’étudiant que les polychrestes. Il y a une sorte de snobisme qu’il faut combattre qui consiste à prescrire des médicaments invraisemblables alors qu’un simple Pulsatilla ferait l’affaire.

En étudiant la matière médicale il faut bien dégager et retenir ce qu’un médicament possède en propre, ce qui n’appartient qu’à lui. Alors les comparaisons entre les médicaments se font naturellement. Et on apprend plus vite de nouveaux remèdes en les comparant avec ceux que l’on connaît déjà bien. Même si deux remèdes partagent des symptômes, leurs divergences apparaissent dès que le tableau du patient se dessine à l’esprit. Trop souvent des confrères s’acharnent et perdent leur temps sur des signes très locaux alors qu’en prenant un peu de recul le patient apparaît et avec lui le remède indiqué.

Le tableau de Natrum carbonicum que j’ai brossé présente de nombreuses lacunes, mais ce qui est en propre de la personnalité du remède est présent. Muni de ce portrait robot, vous le reconnaîtrez facilement. Il ne tient plus qu’à vous d’étoffer vos connaissances en étudiant la matière médicale et le répertoire.

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