Medusa

large_meduseIl arrive parfois qu’un médicament entre dans notre pratique par la « petite porte ». Contrairement à tous nos classiques appris parfois laborieusement grâce à l’étude de la matière médicale déduite de l’expérimentation chez l’homme sain, il arrive qu’un nouveau médicament déboule dans notre vie suite à une prescription établie à l’aide d’extrapolations et étayée par le fait qu’aucun médicament courant ne semble couvrir le cas entièrement.

Pour bien apprendre la matière médicale, il faut connaître sur le bout des doigts ses classiques et de la sorte vous détectez toujours d’être en présence de quelque chose de particulier lorsque rien ne semble couvrir le cas : d’un côté cela ressemble à tel médicament, de l’autre on évoque celui-ci, ou l’autre mais globalement l’image semble morcelée. Evidemment, ce n’est qu’à partir du moment où un certain nombre de cheveux blancs ont poussé sur votre front que vous serez capable d’établir de tels diagnostics. En attendant, pas de panique, vous soulagerez bien des maux avec NUX, LYCOPODIUM, ARSENICUM, ACONIT et toute la bande de 80 médicaments les plus usités.

Et le jour où vous aurez ainsi mis dans votre escarcelle ce nouveau médicament, vous le comparerez toujours aux classiques plus fréquents et plus connus. Peu à peu en somme vous vous éloignerez de vos bases pour apprendre plus loin…

Le recul de maintenant deux ans sur le cas de Adeline H, née en Mai 1982, me permet d’y voir plus clair sur ce curieux médicament qu’est Medusa. Je sollicite votre indulgence pour le fait que tout ce qui va suivre ne repose que sur une seule et unique observation mais je suis certain du potentiel de ce médicament dans les allergies et je suis certain que nous trouverons d’autres cas. Ce serait très agréable de m’adresser des observations valables. Quand je dis valables, il s’agit d’avoir assez de recul, qu’un seul médicament a été prescrit et que le tout est assorti d’une observation homéopathique complète.

C’est au cours d’un déjeuner qu’en discutant avec cette jeune femme j’apprends qu’elle souffre d’allergies alimentaires, avec des réactions urticariennes massives.

Officiellement on lui a trouvé seulement une allergie pour la mangue, et les éminences soupçonnent qu’elle fasse des allergies croisées. L’histoire me fait d’emblée sursauter tant elle est peu banale :

A l’âge de 19 ans, elle se fait piquer par une méduse sur l’avant-bras droit. Il s’ensuit une paraphlébite avec « empoisonnement du sang » (impossible d’en savoir plus).

A distance de dix ans de l’accident à l’heure où j’écris ces lignes, il lui suffit de frotter la zone pour que la trace de la morsure réapparaisse !

Tous les été recommençaient ses manifestations allergiques et à cette période la fameuse cicatrice réapparaissait en tant que concomitant des troubles (ceci est terminé depuis de la prescription de MEDUSA 200).

Donc chaque été en Juillet, elle était carrément handicapée par le fait qu’après manger elle se mettait à avoir des « boutons » et surtout des plaques d’urticaire tout autour de la bouche et des oreilles. Les éruptions étaient incroyablement prurigineuses et survenaient 2 ou 3 heures après chaque repas !

Malgré une multitude de tests, impossible de savoir quelle était la substance alimentaire incriminée. Vous me direz qu’il n’est pas rare qu’un homéopathe guérisse une pathologie dont on ne connaît pas l’explication tandis qu’habituellement la vieille médecine échoue bien qu’elle fournisse souvent de belles « explications » physiopathologiques. Mais je m’égare en vidant mes propres glandes à venin, revenons à Adeline.

Son état allergique a empiré avec le temps.  Un an après la piqûre de méduse, elle a été piquée par un frelon et a fait un œdème de Quincke avec arrêt cardiaque ! Comme elle est souvent par monts et par vaux, elle avait été piquée de très nombreuses fois par ces mêmes insectes mais n’avait encore jamais fait la moindre réaction.

Ceci m’amène à lui demander si elle a besoin de sport ou de bouger. Il est vrai que le visage a la peau fine et relativement ridée, l’expression du regard acérée, le côté « business-woman » me fait déjà envisager SEPIA ou NUX-VOMICA.

Ah ! Répond elle, « Je crapahute beaucoup, je ne peux pas rester en place ! Quand je ne  voyage pas, je fais du sport. »

« Je passe mon temps sur des via-ferrata » (pour les non-initiés, allez voir ce que font ces malades en cliquant ici) ; « je fais énormément de randonnées et surtout de la plongée en PMT » (palmes, masque et tuba, encore une expression consacrée). Si l’on ajoute à ceci que professionnellement elle est sans arrêt en déplacement, le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle a la bougeotte.

Ici, je commence à tiquer. En effet, le sport et cette agitation convenaient bien pour évoquer SEPIA, mais ce besoin de voyager aussi intensément marqué ne cadrait pas avec SEPIA.

Elle poursuit : « j’ai toujours été attirée par la mer et j’adore nager ! » Cependant elle a appris à nager vers 9 ans seulement car elle avait initialement une peur bleue de l’eau. Avant de savoir nager j’étais toujours dans mes collines de Provence à courir. J’apprends du même coup la différence entre randonnée et trekking : c’est cette dernière activité qu’elle adore car il s’agit de courir ! « Le trek c’est la rando mais en courant ». Quand je pense que je ne sors jamais sans mes porteurs, je me dis que l’humanité est bien contrastée, c’est curieux que cela n’ait jamais gêné la médecine classique de prescrire la même chose à tout le monde…

Alors du coup, je me dis, voyons, c’est peut-être bien TUBERCULINUM, mais le tempérament ne me semble pas vraiment coller.

Une constante apparaît : le besoin d’être dans la nature. Il ne s’agit pas d’un besoin d’être proche des animaux, non elle a besoin de parcourir la nature tout le temps. Et toujours à très forte allure, on retiendra effort violent amél.

Bien entendu, une personne qui a un tel besoin de se dépenser ne peut pas aller bien sur le plan émotionnel. Il est aisé pour un homéopathe de déterminer que les troubles résident majoritairement sur ce plan, ce qui signifie qu’Adeline à part ses manifestations massives d’urticaire ne doit jamais tomber malade… Et c’est exactement cela. Pas la moindre grippe, rien du tout, jamais de fièvre.

Enfant elle faisait d’énormes colères. Elle se tapait la tête contre les murs (TUB). Elle retournait sa colère sur elle, ne frappait personne. Par la suite elle a fait beaucoup de sport de combat.

Elle a eu énormément d’otites qui ont cessé après l’unique paracentèse qu’on lui a fait subir.

Sa mère ne la désirait pas. Elle a été très dure envers elle, froideur et détachement. Seul son père l’a apporté de l’affection. « L’affection dans ma vie ce sont les hommes qui me l’ont donnée ». Sa mère aurait lâché dans la conversation récemment qu’elle aurait été traitée pour schizophrénie ? Tout ceci est dit avec le minimum d’émotion, ce qui me relance sur SEPIA ou NATRUM MURIATICUM.

Elle pleure très facilement surtout en regardant un film, lire un texte ne lui fait pas le même effet. Par contre elle garde très bien son calme devant une situation urgente ou grave.

Adeline aime beaucoup danser, elle est sensible à la musique. En fonction de l’humeur elle a besoin de musique. Par exemple, si elle est triste elle écoute de la musique triste.

Très émotive, elle rougissait énormément à la moindre émotion. Prendre la parole en public : elle rougissait, écarlate, elle bégayait, le cœur palpitait et ses mains tremblaient. Cela va mieux maintenant car elle a dû s’entrainer pour son travail.

A ce niveau là je ne vois plus de médicament capable de couvrir un tel cas. J’évoque bien NAJA de désespoir, mais il est clair que le reste des signes ne concorde pas, bien que nous verrons par la suite qu’il y a des nombreux rêves très violents.

Souvent un doigt dans la bouche, ou du moins le « tic » de rapprocher les doigts de la région buccale.

Voyons un peu mieux le plan émotionnel. « Je suis une grosse nerveuse ». « Je me suis bouffé le tiers de mes dents en grinçant la nuit » ; « je les dévitalise toute seule ».

Ceci évoque FLUORIC ACIDUM qui possède aussi une telle énergie et nu délabrement précoce des dents, mais il n’y a pas de grincement des dents la nuit chez ce médicament. Le seul médicament que je garde donc en réserve dans mon esprit c’est TUBERCULINUM. Ayez l’habitude comme me l’avait enseigné David Little de garder en poche un nosode, toujours « au cas où ». C’est-à-dire si le cas ne semble pas réagir favorablement à la suite d’un médicament qui semble bien indiqué.

Le bruxisme est si marqué que le matin au réveil elle a des crampes dans la mâchoire. Ces phénomènes arrivent surtout en septembre et février mars. En été ca va mieux : « je stresse moins mais j’ai aussi moins de boulot ou je me dépense plus étant plus souvent dehors. »

Elle fait des crises d’angoisses : par exemple si elle arrête de fumer. Le tabac l’améliore, elle a une véritable addiction. Elle lutte depuis des années pour se sevrer et gère avec énormément de précision ses patches à la nicotine.

Quand l’angoisse se manifeste, pendant un mois elle fait des cauchemars atroces, elle se réveille en pleine nuit avec « des grosses crises d’angoisse ». « C’est très agressif, toujours des gens que je connais ». « Je ne cours pas ».

De tels phénomènes nocturnes me ramènent à penser à un venin, CENCHRIS au premier chef, qui est une sorte de SEPIA, mais bien sûr cela ne couvre pas pour autant le reste du tableau. Je demande avec autant de tact que possible plus de détails, car je cherche des histoires de viol qui cadreraient avec cette hypothèse.

Coup de chance, c’est exactement cela (mais cela n’est pas CENCHRIS pour autant !). Elle rêve très souvent de viol, « il y a toujours plusieurs personnes, j’en connais toujours une mais ce n’est pas elle en général qui me maintient et qui me viole ». Ou encore elle rêve d’agressions physiques, on la frappe. En général elle se retrouve toujours humiliée ou rabaissée.

Vu l’accumulation de signes violents de ce type je pense qu’il nous faut décidément un médicament animal, de type venin ou une solanacée, mais BELLADONNA par exemple ne présente pas un tel besoin de sport. Et surgit l’idée de prescrire cette satanée MEDUSE, qui doit logiquement ressembler à SEPIA et à NATRUM MURIATICUM.

Avec ses cauchemars, elle réveille avec l’oreiller trempé de larmes, elle pleure donc dans son sommeil. Elle est alors aussi trempée de sueur et éprouve le besoin de se mettre tout de suite dans un endroit « petit et serré pour me rassurer ». Par exemple elle va se blottir sous un bureau.

C’est une fille archi indépendante qui vit seule et accumule les déceptions sentimentales, mais de toute façon dit-elle « il me faut quelqu’un qui soit lui aussi très indépendant et qui ne m’attende pas ».

Elle ne supporte pas les gens. C’est au point où même pour faire de la plongée, elle y va seule.

Au plan physique, Adeline ne supporte pas le froid. C’est une modalité extrêmement marquée. « Le froid me paralyse complètement, j’ai besoin de tonnes de couvertures. » Ce sont particulièrement les extrémités qui sont gelées, et même au lit, il lui faut beaucoup de temps pour se réchauffer.

Elle prend des bains bouillants. C’est le seul moyen pour elle de parvenir à se réchauffer, autrement elle peut avoir les mains et les pieds froids durant des heures et des heures. S’il n’y a pas de baignoire disponible, elle plonge alors ses extrémités dans de l’eau bouillante ! Elle ajoute que et même à la mer en été c’est avec 2 combis !

Toujours très faim vers 10 ou 11 h du matin : « c’est comme si j’avais un trou dans le ventre (montre l’estomac) »

Elle adore le lait, le préfère chaud avec du miel. Désir de boissons chaudes en général. Désir intense de crustacés, « rien que d’y penser cela me prend aux tripes, il m’en faut ! » Elle aime aussi beaucoup le poisson.

Aucun désir de chocolat. Aversion pour le gout amer (genre endives). Ajoute toujours beaucoup de sel bien qu’elle cuisine sans sel, elle éprouve toujours le besoin de se lever pour aller en chercher et en ajouter.

Pour finir de m’assurer que ce n’est pas SEPIA, j’apprends qu’elle n’a aucun signe sur le plan gynécologique. A toujours été avec un fort désir sexuel, mais en ce moment la libido est tombée du fait du surmenage et probablement après une forte déception qu’elle ne fait qu’évoquer.

Toujours dormi sur le ventre dès bébé (sa mère le raconte tout le temps) avec les mains sous elle.

Constamment besoin de soleil, d’une façon générale très aggravée par le manque de soleil

MEDUSA a énormément amélioré l’ensemble des symptômes, notamment avec une régression des allergies. Elle en a toujours avec elle et reprend une dose à chaque début d’allergie et « ca marche tout de suite ».

Elle a gagné encore plus en énergie à la suite de son médicament, mais elle n’avait pas compris que ce MEDUSA pouvait lui faire beaucoup plus de bien sur le plan chronique que de l’aider à faire passer une crise d’urticaire. Ses angoisses sont allées beaucoup mieux aussi. Du coup je relance MEDUSA en M et vous donnerai la suite de l’effet de ce médicament probablement constitutionnel chez elle.

Vous voyez à quel point nous sommes ici devant un croisement de SEPIA, NATRUM MURIATICUM, CENCHRIS, FLUORIC ACIDUM.

J’emprunte à Franz Vermeulen (Synoptic II, traduit par Jean-Claude RAVALARD et votre serviteur) les précisions suivantes sur la souche utilisée : Méduse, du Grec Medousa, la Gorgone Méduse [au sens propre], est un représentant des méduses vivant à l’état libre et à reproduction sexuée. L’autre groupe de méduses est constitué de polypes formant des colonies arborescentes, nommées Gorgones. La méduse naît d’une constriction horizontale du polype ou de polypes spéciaux de la colonie de polypes. La méduse est la variété libre, alors que le polype en est la variété stationnaire. La méduse varie en taille de quelques millimètres de diamètre aux plus grandes qui peuvent atteindre un mètre. La plupart des membres de la classe Hydrozoaire possèdent une phase polype prédominante et une assez petite période méduse. Cependant, l’Hydrozoaire n’a pas d’organes reproducteurs. Le corps des espèces du genre Hydra ont des cavités qui contiennent un œuf. Si, dans l’eau, une cellule mâle rencontre un œuf, un embryon est formé. L’embryon crée une coquille en sécrétant une substance épaisse. Quand l’embryon sort de sa coquille, il forme des tentacules. Un autre type de reproduction se produit avec la formation de protubérances. Des renflements se forment sur le corps, qui s’étendent en tentacules. Ces protubérances se rompent finalement, s’attachent à un support dans la mer et grandissent  pour former de nouvelles hydres.

Les grandes méduses appartiennent à la classe Scyphozoaire, un groupe dont le stade polype est court et à peine visible. Cette classe est appelée celle des vraies méduses. Ici aussi, les nouvelles méduses sont produites de façon asexuée au stade de polype. Une caractéristique typique des vraies méduses est leur symétrie en quatre plans. Par exemple, il y a quatre sacs stomacaux, quatre orifices buccaux, et toutes sortes d’organes sensoriels qui vont par quatre ou multiples de quatre; il y a aussi quatre organes sexuels.

La méduse paralyse sa proie à l’aide de ses cellules urticantes. Elle utilise des cils situés près des lèvres pour diriger sa proie vers la bouche.

La structure des méduses est identique à celle des polypes cylindriques. Le polype a une longue ouverture à la tête, avec le pied à une extrémité, et la bouche et les tentacules à l’autre. La méduse se développe de la façon suivante: son ouverture céphalique se raccourcit et le pied s’étend horizontalement, ce qui lui donne la forme d’une soucoupe retournée.

La bouche est au milieu de la face concave supérieure et est reliée à l’estomac central. Il y a un nombre variable de tentacules et d’organes sensoriels le long du bord de la ‘soucoupe’. Ces organes sensoriels, en réalité organes d’équilibre, sont en partie destinés à maintenir une distance appropriée entre la méduse et son environnement. Le long de ce même bord, existent un anneau de fibres musculaires et un anneau nerveux. En contractant ses fibres musculaires, la méduse se contracte sur elle-même, repoussant l’eau enfermée dans la partie inférieure de son corps. Ainsi, elle se propulse grâce à des jets d’eau à réaction. Le comportement colonisateur de la méduse est une de ses principales facettes.

L’espèce nommée ‘Méduse’ au sein de cette classe n’est pas clairement identifiée. La méduse décrite ci-dessus est simplement la forme libre et sexuée du groupe des polypes. Il s’ensuit que Méduse n’est pas un nom générique mais le nom d’un stade de développement!

Divers fabricants de remèdes  homéopathiques pensent que le terme méduse désigne Aurelia aurita. Celle-ci appartient aux Scyphozoaires et est une méduse bleue ou rose. L’animal est appelé méduse oreille car ses organes sexuels sont en forme d’oreille. La créature de 5 ou 10 cm de long possède un bouclier plat, plus ou moins transparent, et vit dans les eaux de surfaces des côtes d’Europe de l’ouest.

La description que donne ensuite Vermeulen, cadre assez remarquablement avec la présente observation qui me semble compléter magnifiquement le chapitre. Munis de ces informations, je suis certain que vous allez prescrire MEDUSA avec succès, surtout tenez moi informé !

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