Lippe: Allocution inaugurale

Allocution inaugurale des éditeurs britanniques

THE ORGANON, vol1, N°1 ; Janvier 1878

Dr. Thomas SKINNER, Liverpool.

Dr. Edward BERRIDGE, Londres.

 Dr. Adolph Lippe.

Dr. Adolph Lippe.

Dr. Adolph LIPPE, Philadelphie.

Dr. Samuel SWAN, New York.

Le fait qu’il existe déjà 14 journaux de langue anglaise supposément dédiés à l’homéopathie exige une raison pour en allonger le nombre. Notre objet dans cette allocution sera de donner :

1)      Nos raisons pour la publication de la présente revue THE ORGANON

2)      Nos raisons pour choisir le moment présent pour ce faire

3)      Nos objectifs

Pourquoi cette publication

Il ne sera jamais trop tôt pour dire avec assez de force aux étudiants qu’il existe une véritable aussi bien qu’une fausse homéopathie. Le (soi-disant) camp homéopathique est désormais clivé en deux partis ; et bien que la doctrine de chaque diffère très sensiblement de l’autre, un œil non exercé pourrait cependant voir d’apparentes similarités (de nature superficielle) et ce n’est qu’en dirigeant l’attention sur les points de différence radicale que le jeune étudiant, devenu capable d’effectuer une comparaison, pourra décider intelligemment quelle voie choisir.

L’expérience nous enseigne qu’il est de la plus haute importance qu’un jeune cherchant puisse, dès le début de sa carrière, être informé des deux aspects de ce qui est appelé homéopathie, afin de s’épargner par la suite bien des tracas et des déceptions.

Hahnemann a découvert, fondé, et élaboré un système de guérison par les médicaments ; il a donné à ce système le nom d’homéopathie ; dans son Organon, il décrit avec la plus grande minutie toutes les règles qui permettent l’application pratique de ses enseignements tout en mettant au défi la profession médicale de les soumettre à l’essai. Il semblerait donc très simple de définir l’homéopathie ; il serait évident, bien que tous les médecins aient le droit de pratiquer le système de médecine qu’ils estiment le plus, que personne ne puisse s’appeler un homéopathe s’il n’adhère pas fermement à toutes les règles pratiques de Hahnemann, et ne fasse tout son possible pour les appliquer au mieux de ses compétences ; et il semblerait tout aussi cohérent que le nom d’homéopathie ne puisse s’appliquer à un autre système que celui dénommé ainsi par Hahnemann. Malheureusement, ce qui semblait s’imposer comme une évidence aussi élémentairement juste et vraie, n’a pas été suivie et les règles fondamentales de Hahnemann sont bafouées quotidiennement par ceux qui s’appellent faussement ses disciples. Ces même disciples professés parviennent généralement bien dans un premier temps à soulever des nuages de poussière mais se plaignent ensuite de ne plus rien y voir.

Hahnemann ne nous a pas seulement donné différentes règles qui ne s’appliquent qu’à certaines formes de maladies (comme par exemple ses recommandations de donner le médicament dans un cas de fièvre intermittente, après, ou dans certains cas spécifiques, sur la fin de la crise – Organon 236, 237), il nous a légué trois règles principales et fondamentales dont la portée est universelle ; il s’agit de la loi :

1)      Des semblables

2)      Du médicament unique

3)      Du médicament dynamisé.

En premier lieu, Hahnemann enseigne que le médicament à prescrire doit toujours être celui qui a prouvé être capable de produire sur des personnes saines des symptômes aussi ressemblants que possible à ceux individuels du patient ; il entend par « symptômes » toutes les dérives de l’état de santé, caractérisées par leurs conditions d’apparition, d’amélioration, etc.[modalités] et leurs concomitants, en somme tout ce qui peut être perçu comme des faits à l’aide de l’ensemble de nos sens ; il convient de noter que la similitude requise n’est pas seulement une question de quantité (le nombre de symptômes correspondants), mais aussi une question de qualité.

La loi des semblables et ses dérives

Mais il y a eu diverses « dérives » de cette loi de correspondance des symptômes qui approche pourtant la certitude mathématique, toutes sont basées sur le désir de revêtir d’une livrée de théorie allopathique les principes de l’homéopathie ; et toutes sont bien inférieures au système dont elles prétendent être une amélioration.

Premièrement nous avons l’Ecole Pathologique, fréquemment appelée aussi (bien qu’incorrectement) l’Ecole Physiologique[1]. L’un des champions de cette école ─ le Dr. Richard Hughes, professeur de Matière Médicale à la nouvelle London School of Homoeopathy ─ fait cette profession de foi : « J’admets volontiers qu’il existe encore de nombreuses terra incognita dans la maladie, et de nombreux cas que nous ne pouvons traiter autrement que symptomatiquement. Je suis très reconnaissant à la loi des semblables de nous permettre de faire cadrer un médicament à la maladie, même si nous sommes incapables de dire quels phénomènes sont impliqués. Mais je n’en reconnais pas moins l’autre mode [le pathologique] d’application de la loi comme étant le plus satisfaisant et, entre la plupart des mains, le plus couronné de succès ; et je crois qu’une pharmacodynamique scientifique, liée à une pathologie scientifique par le lien de la méthode homéopathique constituera la thérapeutique du futur. » ─ (United States Medical Investigator, Nov 1876, p. 408.) Ainsi, les adhérents de cette dérive de Hahnemann font de la physiopathologie de la maladie et du médicament la base du traitement, la symptomatologie la plus fouillée étant tenue pour complètement secondaire et sans importance. Une symptomatologie à laquelle il faille recourir que si la première approche devait échouer[2]. En d’autres termes, l’Ecole Pathologique préfère sélectionner ses remèdes selon la théorie qui pourra s’avérer résister le mieux concernant la nature de la maladie et l’action du médicament, alors que l’Ecole Homéopathique sélectionne ses remèdes seulement en fonction des faits (symptômes) observés dans chaque cas individuel. Le traitement qui semble à priori avoir le plus de chances de réussite est évident[3].

Une autre dérive peut être appelée l’Ecole d’Anatomie Pathologique. Dans le Monthly Homoeopathic Review de 1869, p. 295, le commentateur de l’essai du Dr. Richard Hugues « Sur les différentes formes de paralysie et leur traitement » déclare que l’auteur « s’efforce de baser sa sélection d’après l’analogie subsistant entre les modifications organiques impliquées dans la paralysie et l’aspect anatomo-pathologique (post-mortem) découvert dans les cas d’empoisonnement. Ceci représente sans nul doute la voie correcte à emprunter. Mais en même temps, nous devons nous rappeler que cela est encore loin d’être possible dans tous les cas. » Il semblerait ici au premier coup d’œil que nous soyons sur un terrain ferme, dans la mesure où nous avons affaire à des faits observables après la mort ; cependant l’examen attentif nous montre que ces espoirs ne sont que des illusions. L’aspect post-mortem ne représente pas la fin de la maladie mais seulement celle du patient et manifeste un état nécessairement incurable. Qui plus est, cette façon de sélectionner le médicament est nécessairement imparfaite et inférieure dans la mesure où notre connaissance de la Pathologie et de l’Anatomie Pathologique n’est ni certaine ni complète (les autorités allopathiques les plus avancées nous en seront témoins), et qu’elle n’a en rien avancé aussi loin, ni été développée avec autant de précision que la symptomatologie.

Supposons deux cas de pneumonie ; l’un des patients se plaint d’une douleur qui lui lance à travers le thorax de droite à gauche, et l’autre présente une douleur similaire de gauche à droite. Cette différence dans la direction devrait (ceteris paribus ─ toutes choses étant égales par ailleurs) indiquer un médicament différent dans chaque cas, le premier demandant petroleum, le second calcarea carbonica[4]. Mais nous demandons alors quelle est l’explication physiopathologique de ces deux symptômes et dans le cas d’une évolution fatale quels seraient les changements post-mortem que l’on trouverait corrélés ? Il est hors de doute qu’une différence existe ; il doit y avoir une raison pour expliquer la différence de direction de la douleur, et il doit y avoir une différence de lésion du tissu pulmonaire pour provoquer cette différence de manifestation des symptômes ; mais quelle est cette différence ? Si les pathologistes ne peuvent répondre à notre question, alors ils doivent admettre que la méthode homéopathique est supérieure à la leur ; et en supposant qu’ils puissent trouver une réponse, demandons leur alors de nous montrer en quoi, même dans ce cas, leur méthode serait plus précise ou plus efficace que celle de Hahnemann ; cela ne leur serait ni simple ni facile[5].

Une autre dérive est l’Organopathie ou Organothérapie. Cette dérive a été introduite dans nos rangs par le Dr. Sharp, qui proclame maintenant que Hahnemann « a fait tellement de bien qu’on n’aime pas le blâmer, et qu’il a fait tellement de mal qu’on ne sait pas comment le féliciter » ! Il est évident que l’auteur de cette dérive considère aussi bien le nom de son système que son enseignement comme étant supérieurs à l’homéopathie. Il nous informe que « les drogues pour être des remèdes, doivent affecter les mêmes organes que la maladie » ; et il dit aussi « si l’on m’objecte qu’il existe de nombreux cas dans lesquels nous ne pouvons pas trouver le siège des symptômes, je réponds que ces cas moins nombreux qu’on ne le croit avant d’avoir essayé ; mais j’admets que jusqu’à ce que nous ayons éclairci tout cela, il n’y a pas de meilleur façon de prescrire que pour les symptômes eux-mêmes. » (Organopathy or Medical Progress, 1867.) Dans cette dérive de l’homéopathie nous trouvons la même erreur fatale : la négligence de la symptomatologie, et les objections que nous avons exprimées à l’encontre des écoles Pathologiques ou d’Anatomie Pathologique s’appliquent ici avec la même force. Tout ceci est très imparfait. La loi de Hahnemann requiert évidemment que le remède agisse sur le même organe que celui qui est affecté chez le patient, quand on parvient à démontrer cela avec certitude ; mais elle requiert bien plus : il faut que l’organe soit affecté de la même façon ; en un mot, il faut que la totalité des symptômes constitue une indication pour la sélection du remède. Par conséquent, la loi de Hahnemann est applicable dans tous les cas alors que l’Organothérapie s’effondre pour deux raisons :

1)      Parce que nous ne pouvons pas souvent diagnostiquer quel est l’organe affecté en premier, comme l’admet le Dr. Sharp lui-même, et

2)      Parce tous les médicaments bien expérimentés agissent sur tous les organes du corps, du moins autant qu’on puisse en être sûr dans la mesure des symptômes produits sur l’organisme vivant, et l’apparence post-mortem dans les cas d’empoisonnement, limitée et donc peu concluante pointe vers la même conclusion[6].

La quatrième et dernière dérive est celle de Schussler, qui avait inventé un nouveau système qui traitait toutes les maladies avec 12 « médicaments tissulaires » dont les indications étaient basées sur une théorie pathologique de son cru. Ce nouveau système, qui avait poussé soudainement comme un champignon est déjà mort de faim. La seule chose intéressante qui en est sorti est une collection de signes cliniques guéris par des dynamisations de ces douze médicaments, et que nous pouvons utiliser, à la façon de Boenninghausen qui utilisait ces signes cliniques dans ses répertoires avec l’approbation de Hahnemann, afin de remplir les manques de notre Matière Médicale[7].

La loi du remède unique et ses dérives

En second lieu, Hahnemann enseigne qu’une fois que le simillimum a été sélectionné, nous devrions prescrire ce remède seul,

-sans le mélanger ni alterner avec tout autre médicament,

-sans avoir recours non plus à des substances appliquées par voie externe

et de le laisser agir sans chercher à interférer jusqu’à épuisement complet de son action curative. Les Anti-Hahnemanniens ont allégué que Hahnemann en divers endroits approuve la notion « d’alternance » ; un examen attentif et une comparaison des passages où il emploie le mot permettront d’établir que « l’alternance » qu’il approuve au chevet du malade était invariablement une alternance ou un changement de médicament d’après l’alternance correspondante ou un changement de symptômes du patient et rien d’autre. Notre Maître dit (Organon 273), « il n’est, dans aucun cas, nécessaire, et de ce fait il est même inadmissible, d’utiliser, chez un malade, plus d’une seule substance médicinale simple à la fois » ; et dans la note [cette note a carrément été supprimée par Hahnemann dans la 6me édition], « Quelques homéopathes ont fait l’expérience, dans les cas où un médicament semblait convenir à une portion des symptômes du patient et un second à une autre portion, d’administrer les deux médicaments simultanément ou presque ; je déconseille fermement de telles expérimentations dangereuses, qui ne sont jamais nécessaires, bien qu’elles puissent parfois sembler tentantes. » Cette loi du remède unique a été observée même par quelques éminents allopathes aussi bien avant qu’après l’époque de Hahnemann, et nous citerons parmi d’autres : Cullen, Elliotson et Simpson. [La prescription du remède unique] permet non seulement une connaissance plus sûre du pouvoir curatif des médicaments, mais c’est aussi l’unique manière de prescrire en accord avec la loi de Similia. Les effets de deux drogues combinées (et l’alternance revient à les mélanger dans l’organisme du patient au lieu de le faire dans une bouteille) ne revient pas à ajouter les effets de l’une et de l’autre, mais crée une entité tierce, différent de chacune, comme on peut s’en rendre compte si l’on compare les effets de la Poudre de Dover[8] avec ses constituants, l’ipéca et l’opium. Par conséquent, à moins que nos médicaments soient expérimentés sur des volontaires sains en combinaison ou en alternance, il n’est pas possible de prescrire homéopathiquement d’une telle manière sur les malades, parce que nous ignorons quelle serait leur action combinée ou alternée sur l’organisme sain.

Cependant, cette loi, en accord complet avec la raison et si largement développée par Hahnemann, est violée par de nombreux partisans allégués. Nous n’avons pas un mot à dire à l’encontre des néophytes dont la connaissance imparfaite de l’homéopathie peut parfois les pousser à retomber dans l’usage d’autres moyens dont ils possèdent une compréhension plus complète, étant entendu qu’ils font toujours de leur mieux et ne négligent aucun effort pour progresser ; mais c’est avec la plus grande force que nous protestons contre la pratique d’homéopathes professés, établis depuis de nombreuses années, certains d’entre eux étant des écrivains ou des enseignants, et qui violent habituellement cette loi de Hahnemann sans même l’avoir jamais testée d’abord ; et nous en connaissons d’autres qui utilisent des sangsues et des vésicatoires Nous avons en ce moment même sous nos yeux les prescriptions suivantes qui émanent d’homéopathes allégués :

Hydrarg. Biniodii gr  , Pot. Iodidi gr. Ij, Fiat pilula et mitte tales xij. i. ter die sumendus ; décoction de sarsaparilla [contenant sarsaparilla, guaiacum, sassafras, mezereum et glycyrrhizine] mélangée à de l’iodure de potassium ; solution de Donovan [consistant d’Arsenic, d’Iode et de Mercure], avec l’application de caustique sur la gorge ; un liniment d’aconit, chloroforme, capsicum et alcool, avec une mixture de chlorate de potasse et d’acide chlorhydrique par voie interne. Et pour couronner le tout, une prescription homéopathique ( ?!) des plus remarquables : tinct. acon. 50 m, tinct. nucis. vom. 40 m, aquae chloroformi, ad. unicias, 6, une cuiller à café non diluée toutes les demi heures pour 8 doses, puis une fois par heure ; avec les pilules suivantes : ─ Hydrarg. Subchlor. gr. 1, extrait bellad. gr.  , pil. coloc. co. gr. 8, ft. pil. ii. h.s.s. Ces prescriptions nauséabondes ne sont pas confinées à un exercice privé ; c’est un fait établi que des pratiques semblables existent pour soulager les malades dans certaines institutions soi-disant homéopathiques. Dans le Monthly Homoeopathic Review, 1875, p. 420, nous trouvons l’article suivant, sans un mot de commentaire défavorable : ─« En Novembre 1874, j’emmenais le patient à M. ──, un chirurgien bien connu dans nos rangs, pour qu’il bénéficie d’une consultation. Il cautérisa l’urètre au nitrate d’argent. Malheureusement, cette procédure entraîna une cystite aiguë, absolument incontrôlable avec des médications. Une énurésie incessante s’ajouta aux souffrances du patient, qui à partir de ce moment débuta une spirale vers le bas jusqu’à son décès le 21 Avril 1875. » (Les italiques sont de nous.) Dernièrement, dans une conférence sur la Pharyngite Folliculaire donnée récemment dans la nouvelle London School of Homoeopathy, nous trouvons le conférencier en train de dire : « Dans certains cas vous aurez besoin de seconder le traitement interne par des applications locales qui pourront être appliquées soit par badigeon soit avec un atomiseur. La meilleure de ces applications est la teinture pure d’hamamelis, une drogue dont je soulignerai plus loin la grande valeur dans les états variqueux chroniques et comme ayant une affinité particulière pour le système veineux. Vous pouvez utiliser aussi du nitrate d’argent, 20 g à 1 oz, ou tinct. ferri perchlor, ou de l’alun, en solutions de 5 à 10 g jusqu’à 1 oz. Vous comprendrez cependant que je ne vous conseille pas l’usage de ces stimulants locaux hormis dans les cas rebelles qui résistent au traitement interne. » (Monthly Homoeopathic Review, 1877, pp. 541-2)[9].

Avec toute l’expression de notre compassion pour les difficultés du conférencier, qui occupait voici quelques années de cela, une position élevée dans les rangs allopathiques (et nous savons comme il est difficile de se défaire de vieilles habitudes), nous devons protester fermement contre un tel enseignement dans une école où des étudiants et des praticiens allopathes sont invités à apprendre les principes de l’homéopathie. Un tel enseignement diverge entièrement de celui de Hahnemann ; il est non nécessaire puisque déjà connu de chaque allopathe ; et il est pernicieux dans la mesure où il tend à faire croire qu’il y a des cas où l’allopathie pourrait guérir après que l’homéopathie ait échoué ; ainsi les étudiants peuvent naturellement conclure d’eux-mêmes que dans les cas rebelles ou graves, si leur première application de la loi des Semblables échoue, ils feraient mieux de revenir tout de suite à l’allopathie sans chercher plus loin dans la Matière Médicale le médicament réellement homéopathique.

La loi du  médicament dynamisé et ses dérives

En troisième lieu, Hahnemann nous enseigne la loi de dynamisation des médicaments. Il déclare (Organon 269) : « Par un procédé qui lui est propre et qu’on n’avait jamais expérimenté jusqu’alors[10], la médecine homéopathique dégage et libère, pour son usage spécial, les vertus médicinales immatérielles inhérentes aux substances brutes, et cela jusqu’à un point qui paraissait autrefois inimaginable. Par ce moyen unique, les substances brutes acquièrent toutes, au plus haut degré, des propriétés pharmacodynamiques et pharmacothérapiques puissamment actives et même incroyablement pénétrantes. Cela est encore vrai pour des substances qui à l’état brut n’exerçaient pas la moindre action médicinale sur le corps humain. »

Il ajoute dans sa préface au Tome V des Maladies Chroniques « Les dynamisations homéopathiques constituent un véritable éveil des propriétés dormantes des substances naturelles à l’état brut, qui deviennent alors capables d’agir d’une façon presque « spirituelle »[11] sur notre vie, c’est-à-dire sur nos fibres perceptrices (sensitives) ou excitables (motrices). Ces développements de propriétés (dynamisations) dans les substances médicinales brutes, qui étaient inconnues avant moi, ne sont pas accomplis comme je l’avais d’abord enseigné, par la trituration de substances sèches dans un mortier, mais par la succussion de substances liquides, ce qui n’est rien d’autre qu’une forme de trituration. Par conséquent, on ne peut pas appliquer le terme de ‘dilutions’ à ces préparations, bien que pour dynamiser plus haut ces préparations ─ c’est-à-dire, afin d’éveiller et de développer encore plus les propriétés médicinales qu’elles contiennent encore latentes ─ il faille d’abord les atténuer de nouveau afin de permettre à la trituration ou à la succussion de pénétrer plus profondément dans la nature essentielle de la substance médicinale, afin de libérer ainsi au grand jour la partie la plus subtile de la puissance médicinale présente toujours plus profond, ce qui était impossible de réaliser par un grand nombre de triturations ou de succussions de substances dans un état concentré. »

Il répète (Organon 246, note, 5eme édition) : « Parce qu’en homéopathie c’est un principe qu’aucune expérience au monde ne saurait réfuter que la meilleure dose du médicament bien choisi est toujours la plus petite partie d’une des hautes dilutions (30), tant pour les maladies chroniques que pour les affections aiguës. Cette vérité, inappréciable propriété de l’homéopathie pure, l’éloignera des fausses doctrines médicales par un abîme à perte de vue, tant que l’allopathie et la secte éclectique moderne qui combine les procédés de l’allopathie avec ceux de l’homéopathie, continueront à ronger la vie des malades comme des chancres, et à la compromettre par des doses élevées de médicaments. »

Et à nouveau (Organon 287, note, 5eme édition) : « Plus on porte loin la dilution, en ayant soin de lui imprimer chaque fois deux secousses, plus l’action médicinale que la préparation exerce sur la force vitale en l’état du sujet parait acquérir de rapidité et devenir pénétrante. Sa force ne diminue que très peu par là, même lorsqu’on pousse la dilution très loin, et qu’au lieu de s’arrêter, comme d’ordinaire, à X, qui est presque toujours suffisant, on va jusqu’à 60, 150, 300, et au-delà. »

Il va plus loin (Organon 276, note, 5eme édition) : « Les éloges que quelques homéopathes peu nombreux ont donnés, dans ces derniers temps, aux fortes doses, tiennent, d’une part, à ce qu’ils avaient choisi les premières dilutions du médicament, à peu près comme je le faisais moi-même, il y a vingt ans, quand je n’avais pas encore été éclairé par l’expérience ; d’un autre côté, à ce que les médicaments choisis par eux n’étaient point parfaitement homéopathiques. »

Pour terminer, il dit (Organon 276, 5eme édition) : « Un médicament, même homéopathique, devient toujours nuisible quand on le donne à trop haute dose, et nuit d’autant plus que la dose est plus forte. Mais l’élévation de la dose elle-même porte d’autant plus préjudice au malade, que le remède est plus homéopathique, que sa puissance dynamique a été plus développée, et une forte dose d’un médicament semblable fera plus de mal qu’une dose égale d’une substance médicinale allopathique, c’est-à-dire sans rapport aucun de convenance avec la maladie. »

De ce qui précède, nous pouvons déduire la loi suivante : plus l’homéopathicité du médicament est grande, plus haute devrait être la dynamisation, et sa dose la plus réduite possible. »[12]

Cette troisième loi de Hahnemann a rencontré autant d’opposants que les deux autres. Alors que certains déclarent que les basses dynamisations agissent le mieux dans leur pratique (et nous ne pouvons pas les blâmer de prescrire les dynamisations qui leur apportent le plus de succès, bien que nous pensions que la solution à cette difficulté est donnée par Hahnemann lui-même dans l’un des passages que nous avons cités plus haut), d’autres repoussent complètement l’utilisation des hautes dynamisations, en les taxant de « non-entités.» Nous réfutons complètement cette dernière position, en admettant cependant, avec Hahnemann, qu’à moins de trouver un simillimum, les plus hautes dynamisations ne produiront que peu d’effet, et c’est pourquoi tout le spectre des dynamisations devrait être ouvert à l’usage de l’homéopathe. Nous pensons en outre qu’il y a très peu, voire aucune, pathologie dans laquelle un médicament ne puissent être trouvé suffisamment semblable pour guérir dans une haute dynamisation qui agira plus rapidement pour produire une guérison permanente.

Nous venons donc de revoir les principales règles de l’Homéopathie de Hahnemann, et comment ses partisans déclarés sont divisés en deux camps, les Hahnemanniens et les Anti-Hahnemanniens. La question que l’on soulève est la suivante : est-ce que les Hahnemanniens sont loyalement et suffisamment représentés dans les journaux censés défendre les principes homéopathiques ? Bien que nous reconnaissions volontiers les services rendus à notre cause par nombre de ces journaux, nous ne pouvons manquer de relever que certains d’entre eux sont ouvertement hostiles à l’Ecole Hahnemannienne, et qu’en plus il n’en existe aucun dédié uniquement à enseigner et illustrer la méthode Hahnemannienne de la façon dont nous pensons qu’elle doit être continuellement enseignée et illustrée si nous voulons progresser. C’est ce manque que nous espérons combler, et c’est notre raison pour publier THE ORGANON.

Pourquoi maintenant ?

Le moment présent nous semble le plus adapté pour une telle entreprise. Une vérité passe généralement par trois étapes :

-elle est tout d’abord accueillie par quelques hommes sincères. Comme elle est impopulaire et rencontre de l’opposition, personne n’y adhère qui ne soit vraiment sincère.

-puis vient le moment de la popularité. Nombre de demi-adhérents se manifestent, soit par intérêt soit parce que déçus par l’ancien système, ils pensent réussir mieux avec le nouveau. La vérité ne manque pas de se retrouver dénaturée ou pervertie jusqu’à ce qu’enfin ─ car magna est veritas et praevalebit

-une tempête se lève pour souffler les nuages qui obscurcissaient le ciel afin que la vérité brille de nouveau d’un éclat surpassant celui d’avant son éclipse temporaire.

Tel a été le cas de l’homéopathie des deux côtés de l’atlantique. Jusqu’en 1867, les Hahnemanniens ont défendu leur cause avec succès et l’ont fait progresser. A cette époque nos principes étaient maintenus, d’abord dans The Homoeopathic Times, puis dans le Monthly Homeopathic Review, par les Drs. David Wilson, Fenton Cameron, Hewitt, etc. Aux U.S.A, nous étions bien représentés d’abord par The American Homoeopathic Review, puis par The Hahnemannian Monthly ; a ceci s’ajoutait la reconnaissance du Philadelphia College dirigée par une équipe d’enseignants Hahnemanniens.

Puis survint la seconde période, celle de l’éclipse. Ici les journaux furent fermés autant que possible aux Hahnemanniens, dont l’enseignement était déformé et les articles exclus ou mutilés en cas de publication, tandis que les dirigeants de l’école Pathologique se voyaient octroyer toutes les opportunités de promulguer leurs propres vues. Aux Etats-Unis, une malheureuse dispute survint entre deux grands Hahnemanniens, basée en réalité sur la question de savoir si nous devions abandonner notre attitude intransigeante envers les Anti-Hahnemanniens dans l’espoir de les convertir. Ceci divisa nos rangs et même causa une scission au Philadelphia College ; ensuite un autre Hahnemannien de renom suivit la même voie erronée et après avoir annoncé le principe de la liberté d’opinion pour les médecins homéopathes (c’est-à-dire que quels que soient les principes qu’ils défendent, ils pouvaient toujours au moins en garder le nom), il finit par énoncer un faux principe retentissant, à savoir que l’Organon devrait être considéré « comme une lecture fréquente et un guide de référence, entre les mains, non pas peut-être des étudiants mais des praticiens sérieux et éduqués. » Etant donné que l’homéopathie avait développé des racines plus profondes aux U.S.A que chez nous, elle ne souffrit pas comme ici, et bien qu’elle soit recouverte de nuages elle était encore soutenue par quelques Hahnemanniens, parmi lesquels, outre nos coéditeurs américains, nous devons mentionner le Dr. Rollin R. Gregg de Buffalo dont le Homoeopathic Quarterly était l’un des meilleurs périodiques jamais publiés. Si l’état de santé de l’auteur n’avait pas causé sa cessation, nous n’aurions certainement pas dû avoir à lancer THE ORGANON.

La troisième période, celle de la ressuscitation, commença en 1876. Ici, à la fin de l’année précédente, un médecin allopathe, qui avait été jusque là l’un des opposant les plus déterminés de l’homéopathie, annonça sa conversion à l’enseignement pratique de Hahnemann dans ses moindres détails ; en soi un évènement suffisamment rare dans ce pays conservateur de sorte que l’évènement donna un véritable élan. Le congrès Homéopathique Mondial se tenait à Philadelphie en 1876. On y découvrit non seulement pour un fort engagement envers les principes hahnemanniens, mais aussi la réconciliation si longtemps attendue des deux hahnemanniens dont nous parlions plus haut, et qui se mirent à travailler en harmonie comme auparavant ; et nous sommes persuadés que si notre autre collègue devait toujours être vivant, il aurait lui aussi constaté l’erreur fatale du compromis dans laquelle il était tombé et qu’il aurait consacré ses splendides talents pour la seule cause de Hahnemann.

Comme les Hahnemanniens se trouvèrent renforcés et consolidés tandis que les Anti-Hahnemanniens étaient affaiblis par la perte de deux noms illustres dont ils dépendaient tant, quelques uns de ces derniers révélèrent leurs véritables buts et convictions :

–          ici, plusieurs pseudo-homéopathes cherchèrent à regagner le corps de la profession médicale et ses (soi-disant) privilèges, mais furent rejetés avec mépris ;

–          à la création de la London School of Homoeopathy, certains des hommes les plus anciens et plus influents parmi les rangs des pseudo-homéopathes fournirent les plus grands efforts pour éliminer le nom « d’homéopathie ».

–          aux Etats-Unis, une séries de résolutions furent adoptées aux réunions de l’Homoeopathic Medical Society of Northern New York, le 10 Juillet 1877, et au Albany County Homoeopathic Medical Society, le 17 Juillet 1877, dans lesquelles, parmi d’autres absurdités nous trouvons : « L’utilisation de médicament en doses non mesurables est non-homéopathique » ou « Les pathogénésies des hautes dynamisations sont inutiles et discréditent l’homéopathie. »

Ces faits montrent clairement ce que les Anti-Hahnemanniens feraient de l’Homéopathie si on les laissait faire et que le temps est venu de s’y opposer fermement.

Nos objectifs

Il nous est parfaitement clair que dans la mesure où un amalgame entre les Homéopathes et les Allopathes ne semble pas possible, une séparation dans les rangs des Homéopathes (ou prétendus tels) doit avoir lieu tôt ou tard entre les Hahnemanniens et les Anti-Hahnemanniens. Nous avons ici un « Annuaire Homéopathique » pour nous distinguer des Allopathes ; mais quand nous trouvons dans cet annuaire les noms de médecins qui prescrivent des sangsues, des vésicatoires et d’autre mixtures allopathiques comme celles que nous avons citées plus haut, côte à côte de ceux qui adhèrent à toutes les règles pratiques de Hahnemann, l’utilité d’un tel index n’est pas très apparente ; et en réalité nous connaissons des allopathes qui sont bien plus proches de nos principes que certains de ces hommes.

En tant que mesure préparatoire et afin de tester notre force aux U.S.A, le Dr. Lippe a diffusé une « Déclaration des Principes Homéopathiques », qui a été signée bien plus extensivement que nous aurions pu l’espérer. Il nous reste maintenant à instruire les hésitants pour les ramener de notre côté. Nous savons, d’après ce qu’on nous a rapporté, que beaucoup dans les rangs des Anti-Hahnemanniens sont maintenus dans l’ignorance de nos principes, trompés par leurs enseignants qui leur ont distribué des pierres plutôt que du pain. Un grand nombre d’entre eux, mécontents de leurs résultats actuels seraient prêts à adopter une autre façon de pratiquer pour peu qu’on la leur enseigne. Nous n’avons aucune sympathie envers les stupides ou les paresseux incorrigibles, qui se font malhonnêtement passer pour homéopathes en vue des gains que cela peut leur apporter et qui recourent aux moyens allopathique pour se tirer d’embarras. Il va de soi que nous désirons apporter toute notre assistance à ceux qui reconnaissent leur erreur et sont désireux d’apprendre.

C’est pourquoi nous « brandissons l’étendard du prophète » pour rallier tous ceux qui croient en notre standard, et repousser le flot d’envahisseurs Anti-Hahnemanniens qui nous assaille. Pour cela nous comptons sur notre « carré » d’éditeurs et sur le rassemblement de la foule de vrais soldats et de recrues qui s’arment pour le combat. Bien que nous pensions qu’il soit de notre devoir de défendre ce que nous croyons être la vérité et de combattre l’erreur, qu’il soit bien clair que nous nous opposons à des principes et jamais à des individus. THE ORGANON n’accueillera aucune personnalité colérique, en somme il n’y aura aucune « atrocité » perpétrée, et nous montrerons par l’illustration ce que peut faire l’homéopathie plutôt que :

« Prouver que notre doctrine est orthodoxe

Par des coups et commotions Apostoliques »[13]

En premier lieu, nous nous tiendrons strictement aux enseignements pratiques de Hahnemann, tels qu’il les a élaborés sur une période de 50 années. Nous montrerons que son Organon, n’est ni caduc, ni une lecture « non pas d’étudiant mais seulement de praticien sérieux et éduqué » mais bien le tout premier livre que le débutant doit avoir en main. Nous déclarons que jamais l’étudiant ne pourra devenir « un praticien sérieux et éduqué » tant qu’il n’aura pas complètement maîtrisé ce merveilleux ouvrage qui représente la fondation de tout notre enseignement, un parfait sine qua non ; et nous allons prouver qu’il n’y a pas un seul aphorisme enseigné par Hahnemann qui ne soit fondé.

Nous resterons fidèles à nos couleurs tant que nous porterons le nom honorable d’homéopathes et que nous construirons toujours plus haut sur les fondations posées par Hahnemann, en ajoutant de nouveaux symptômes et des nouveaux médicaments à la Matière Médicale, en découvrant de nouvelles caractéristiques, en développant toujours plus la science de la dynamisation, et même en découvrant de nouvelles lois (si tel était le cas) que nous ajouterons en harmonie avec celles que notre Maître nous a léguées. Mais nous ne pouvons nous faire appeler ainsi, sous peine de tromper le public, en persistant à ignorer les règles posées par Hahnemann, ou en leur substituant d’autres méthodes diamétralement opposées ; méthodes d’ailleurs déjà rejetées par Hahnemann au terme d’essais consciencieux.

Les questions épineuses de la dynamisation, de la dose, et de la sélection du médicament seront explorées à fond, et nous nous attacherons à montrer que la dose et la dynamisation sont des questions secondaires par rapport à la manière de sélectionner le Simillimum ; et que c’est bien ce dernier point qui représente le fons et origo de toutes nos différences. La sélection précise du Simillimum d’après les règles de Hahnemann, suivie par la prescription du médicament unique et de la plus petite dose possible du médicament dynamisé représente en pratique le traitement le meilleur et le plus simple.

Un série d’articles sera aussi préparée sur les dynamisations, où nous décrirons tout ce que nous savons des modes de préparations de hautes dynamisations que nous employons, sans négliger les meilleures et nouvelles façons de dynamiser, préparer et conserver les médicaments, de sorte que chaque médecin sache comment préparer sa propre diluthèque (comme Hahnemann l’a fait de son vivant, en nous encourageant à en faire de même).

Nous accorderons beaucoup de place à la Matière Médicale, car notre capacité à soigner les malades dépend de son étude sérieuse, de son application précise, et de son accroissement permanent. Dans ce but, les pathogénésies avec des hautes ou des basses dynamisations seront toutes les bienvenues pourvu qu’elles aient été exécutées selon les règles de l’art. Sous l’intitulé « Signes Pathogénétiques », seront publiées des collections complètes de provings et d’empoisonnements disponibles depuis toutes les sources allopathiques en anglais.

Les cas cliniques seront nombreux, non seulement pour montrer ce dont l’homéopathie est capable, et pour confirmer les symptômes pathogénétiques de notre Matière Médicale, mais tout spécialement pour illustrer la méthode de sélection du médicament et pourquoi, à partir de deux ou plusieurs similia, nous n’en retenons qu’un seul comme simillimum. Dans de nombreux cas, comme il ne nous sera pas possible de couvrir la totalité des symptômes, nous nous trouverons obligés de sélectionner nos médicaments en fonction des signes les plus caractéristiques (voir Organon §153), ces symptômes représentent souvent notre point de départ, même si la totalité peut être couverte. Il est évident qu’il y a de nombreuses manières de parvenir au simillimum :

–          dans un cas, ce sera le caractère spécifique d’un symptôme qui représentera le point le plus important,

–          la localisation, dans un autre cas,

–          la direction dans un troisième,

–          le caractère général dans un quatrième,

–          les conditions [modalités. EB] ou les causes dans un cinquième

–          les concomitants ou la séquence de symptômes dans un sixième,

Par conséquent, chaque cas pourra apporter un éclairage et présenter des points d’intérêt particuliers. Nous demandons à nos confrères de bien garder ceci à l’esprit afin de nous présenter des contributions cliniques les plus utiles possibles.

Bien que nous ne puissions être tenus responsables des opinions de nos contributeurs, nous ferons tout pour maintenir les pages de THE ORGANON hors de tout éclectisme ; nous admettrons tous les cas intéressants quelle que soit la dynamisation employée, bien que nous préférions ceux guéris avec des hautes pour la simple raison que le public y croit moins et que l’on en a d’autant plus besoin. Nous n’admettrons sous aucune circonstance des cas

–          où deux médicaments ou plus auront été employés à la fois ou alternés sans qu’une alternance ou un changement des symptômes ne l’ait exigé

–          où des médicaments auront été prescrits d’après une autre loi que celle du similia similibus curentur, excepté en tant qu’antidotes chimiques, purgatif ou vomitif dans les cas d’empoisonnements (voir Organon 67, note[14]).

THE ORGANON n’es pas seulement destiné à la profession médicale, mais aussi à tous ceux qui désirent réellement comprendre l’homéopathie. Nous savons que certains parmi les Anti-Hahnemanniens détestent cette idée et n’aiment pas que le public en sache trop, tout en s’opposant à des discussions sur la vraie ou fausse homéopathie dans la presse quotidienne. C’est pour une bonne raison qu’ils laisseront les autres les montrer du doigt. Nous au contraire, n’avons rien à cacher ni aucun motif d’avoir honte, notre pratique est en accord avec nos principes. Nous espérons qu’un jour le public intelligent comprendra le génie de l’homéopathie et qu’il pourra détecter immédiatement le médecin qui ne suivra pas l’Organon, qu’il s’appelle homéopathe ou pas.

C’est avec une pleine confiance dans la justice et le triomphe final de notre cause sacrée que nous lançons maintenant notre barque sur les eaux troubles et que nous lançons un appel à tous les vrais émules de Hahnemann pour nous soutenir dans cette tâche ardue.


[1] Stricto sensu, la physiologie est la science ou la théorie des fonctions et des changements dans l’organisme sain. La pathologie, étant la même science mais appliquée à l’organisme malade, que ce soit sous l’influence de drogues ou dans d’autres circonstances [aujourd’hui on ne parle plus que de physiopathologie. EB]. D’où l’action pathologique des drogues qui est la théorie que l’on peut former sur leur mode d’action dans l’organisme, à bien distinguer de l’action pathogénétique qui est un recueil de faits que l’on observe concernant leur action (symptômes) en dehors de toute théorie.

[2] Dans le Monthly Homoeopathic Review de Mars 1867, on trouve un éditorial intitulé « Hahnemanniens et Médecins pratiquant l’Homéopathie », dans lequel on trouve le même enseignement : « Il y a cependant de nombreux cas où le diagnostic est difficile et simplement conjectural ; et nous concédons que dans ces cas, nous devons continuer d’avoir recours au ‘traitement par les symptômes’ jusqu’à ce que notre connaissance pathologique soit plus complète. » Le fait que cet enseignement ne soit pas en accord avec celui de Hahnemann est suggéré par le titre même de l’article.

[3] Les opposants de l’Homéopathie ont fréquemment soutenu que bien que Hahnemann ait rejeté les notions pathologiques vagues et incertaines de l’ancienne école de son époque, il n’en a pas moins inventé une pathologie nouvelle et améliorée des maladies chroniques, en basant dessus un traitement spécial ; cela leur permet d’alléguer qu’ils peuvent se permettre de baser leur traitement sur la « pathologie nouvelle et améliorée » de l’époque actuelle. Ils ne s’arrêtent pas un instant sur le fait que la pathologie d’aujourd’hui n’est pas plus certaine que celle d’il y a 50 ans et nous récusons leurs déclarations concernant Hahnemann. Sa doctrine sur la nature des maladies chroniques n’est en rien une simple théorie pathologique, elle repose sur un fait clairement établi, accrédité par les allopathes les plus connus, à savoir : que des manifestations externes d’une maladie ne représentent pas un phénomène local mais bien constitutionnel, des troubles internes pouvant résulter de leur suppression. Son enseignement sur le traitement des maladies chroniques est basé sur le fait de cette séquence de symptômes et se ramène simplement à ceci : dans le traitement des maladies chroniques, afin d’éradiquer un état constitutionnel, nous devons tôt ou tard employer les médicaments qui sont homéopathiques non seulement aux symptômes présents mais aussi à ceux du passé ; en d’autres termes on doit se baser sur l’ensemble des symptômes qui sont indiqués par l’état constitutionnel entier du patient. Ici encore, la totalité des symptômes, recueillie avec la plus grande précision représente l’unique indication dans le choix du remède.

[4] Nos amis mettent le doigt sur une erreur dans le Répertorie de Kent, qui n’a encore pas été corrigée ! Ajoutez Calc. à Thorax Douleur Piquante lancinante Côté gauche Extension Droite, à.

[5] Dans le Hahnemannian Monthly, vol xi, p 259, on rapporte que le Dr. Lilienthal a déclaré lors d’une réunion de l’Hahnemann Academy of Medicine : « La maladie de Parkinson, par exemple, ne présente pas de symptômes céphaliques ; le cerveau est parfaitement clair. Je sélectionnerais d’abord les médicaments n’ayant pas de signes céphaliques. » Si tel est le résultat de l’enseignement de l’Ecole Pathologique, alors c’est vraiment déplorable, car elle en vient à faire oublier à notre savant ami que tout médicament bien expérimenté dans la Matière Médicale présente des signes céphaliques !

[6] Nous avons vu récemment un tract où cette dérive était emballée dans un langage populaire. L’auteur informait le public que Belladonna guérit les inflammations de l’œil parce qu’il a une action marquée sur cet organe ; mais que Ipeca n’en est pas capable parce qu’il n’a aucune action nette sur les yeux. Néanmoins, nous trouvons dans l’Encyclopédie de Allen, le symptôme 65, où Ipeca a produit l’un des plus sévères symptômes oculaires que l’on ait jamais enregistrés. Nous sommes bien certains que ce prétendu enseignant de l’homéopathie ne risque pas de ressentir un tel symptôme à moins qu’il ne fasse un jour un proving pour le bien-être de l’humanité souffrante.

[7] Certains soi-disant homéopathes, dont la pratique n’a rien à voir avec les principes édictés dans l’Organon, ont poussé un cri à l’idée d’utiliser des symptômes cliniques, en alléguant tout d’abord que leur usage serait contraire à la loi homéopathique et que deuxièmement les erreurs de l’allopathie se sont développées parce qu’on basait la pratique sur des observations cliniques [sur les malades]. Le fait que Hahnemann plaçait le répertoire de Boenninghausen au-dessus de tous les autres est une preuve de son approbation de l’usage avec précaution de symptômes cliniques bien établis pour compléter la Matière Médicale ; mais baser un système sur l’expérience clinique avec de larges doses qui peuvent agir homéopathiquement, allopathiquement, énatiopathiquement, chimiquement, ou d’autre manière, comme le font les allopathes, est une tout autre affaire que de sélectionner d’abord les symptômes guéris par des doses si petites qu’aucune autre action qu’homéopathique puisse être envisageable, puis utiliser ces signes uniquement pour suppléer les déficiences de nos pathogénésies, qui deviennent chaque année plus complètes.

[8] Médicament traditionnel contre les refroidissements et la fièvre, nommé d’après le Dr. Thomas Dover, médecin du dix-huitième siècle qui l’a préparé la première fois. La poudre était une vieille préparation de poudre d’ipécacuanha, d’opium et de sulfate de potasse.

[9] Deux de ceux qui emploient de telles mesures allopathiques figurent au Conseil de la London School of Homoeopathy. Le Conseil détient le pouvoir de nommer des conférenciers, et nous voyons maintenant quels genres de traitements y sont enseignés. Est-ce que les promoteurs de cette Ecole (qui pourrait devenir d’une valeur incalculable) se demandent pourquoi les Hahnemanniens de renom on refusé de s’y joindre jusqu’à ce que ces affaires soient modifiées ? Dans la conférence d’introduction du Dr. Richard Hugues donné dans l’école citée, le 2 Oct. 1877, nous lisons, p.8 : « Nous ne pouvons vraiment pas nous concilier de tels opposants en promettant de devenir des disciples aveugles de Hahnemann. » « Nous pouvons quelquefois avoir à modifier son système dans certains détails. » Permettez-nous de demander si le traitement allopathique qui consiste à badigeonner la gorge avec de l’alun, du perchlorure de fer ou au nitrate d’argent représente une « modification de détail », où s’il ne s’agit pas d’une violation directe des règles de l’homéopathie. Cette phrase nous rappelle l’histoire du général qui venant de subir une défaite cuisante se retirait précipitamment pour des « raisons stratégiques. »

[10] Hahnemann commet une erreur historique au sujet de la découverte de la dynamisation, qui était connue des alchimistes.

[11] Hahnemann a ici de la peine avec le vocabulaire de son époque. On connaissait à peine les propriétés de l’électricité, et on était encore loin de l’électromagnétisme. Le mot «spirituel » est à comprendre dans le sens de « non-matériel ». La stupidité n’ayant pas de bornes, certaines personnes malveillantes ont détourné l’utilisation de ce terme par Hahnemann, pour tenter de le discréditer en tant que gourou illuminé ! EB

[12] Le fait que Hahnemann utilisait principalement la 30c lorsqu’il écrivait l’Organon en 1833, n’est en aucun cas une preuve qu’il ne faille pas employer de plus hautes dynamisations ; il déclare dans une lettre à Korsakoff, écrite vers cette époque qu’il recommande d’adhérer à la 30c pour un besoin d’uniformité, mais dans les années suivantes il prescrivit lui-même de plus hautes dynamisations. [A cette époque le développement de l’homéopathie était tel que Hahnemann avait en effet jugé nécessaire de cadrer les dynamisations sur l’échelle de la 30c. C’est dans l’Organon suivant qu’il s’affranchit de ces contraintes. EB]

[13] Référence à Samuel Butler, qui tourne ici en dérision la « force de frappe » apostolique.

[14] Il convient de signaler ici encore divers antidotes contre les empoisonnements subits: les alcalins contre l’absorption d’acides minéraux, le foie de soufre contre les poisons métalliques, le café, le camphre (et l’ipécacuanha) contre les empoisonnements par les opiacés, etc…

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4 réponses à “Lippe: Allocution inaugurale” Subscribe

  1. Julien 24/04/2011 at 00:19 #

    Bonjour Edouard,

    Je suis partant pour vous donner un coup de main dans la traduction de texte (anglais > français). Le tout bien sûr dans la mesure de mes capacités et surtout du temps que je peux raisonnablement y consacrer. Ce dernier point risque d’être la plus grosse contrainte pour moi mais si vous n’êtes pas (trop) pressé je peux créer un peu de temps pour ça. N’hésitez pas à prendre contact avec moi via email si intéressé.

    Bonne soirée,

    Julien Beguin

  2. Jacques Perick 24/04/2011 at 09:08 #

    Que voilà un beau texte et étonnamment d' »actualité »
    Un grand merci du travail de scannage et traduction
    Il est en effet grand temps de remettre en « place » ces règles de l’homéopathie
    Pratiquant depuis plus de 20 ans cet « art » difficile et exigent , on se trouve parfois bien seul et avec ses doutes . Toutes ces « dérives » actuelles sont parfois tentantes mais ne peuvent en effet jamais faire oublier ces bases solides et indispensables de l’homéopathie que nous a donné S.Hahnemann dans l’organon et l’art de guérir . J’apprécie au plus haut point lorqu’il dit « Bien que nous pensions qu’il soit de notre devoir de défendre ce que nous croyons être la vérité et de combattre l’erreur, qu’il soit bien clair que nous nous opposons à des principes et jamais à des individus » . En effet , le respect de l’autre dans sa recherche et sa vérité est toujours indispensable et nécessaire . Mais , c’est en aussi remettre l’église au milieu du vilage qui est une autre nécessité .
    Encore un grand merci et bonnes fêtes de Pâques à toutes et tous
    J.Perick – Liège ( C.L.H. )

  3. Véronique 24/04/2011 at 17:55 #

    Belle entreprise que vous réalisez en traduisant ces écrits. Merci de nous les faire partager. Il me faut relire plusieurs fois ce texte pour bien tout en comprendre…

  4. Diane 10/08/2011 at 15:33 #

    Merci M. Broussalian
    Quelle richesse!!! Merci pour ta générosité, ta passion à nous transmettre et nous aider à assimiler et pratiquer dans une rigueur homéopathique indispensable pour aider le client à synthoniser et vivre la santé.
    Merci à tous ceux qui ont contribuer à mettre en place la lecture de ce texte en français.

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