Première raison d’être homéopathe

Dr James Compton Burnett

burnett2On ne se lasse pas de relire Burnett! J’ai beaucoup d’admiration pour ce médecin anglais qui a publié une foule de petits livres comme celui-ci. C’est toujours frappant de noter avec quelle honnêteté, celui-ci nous parle de ses échecs, des ses tâtonnements, en nous confirmant ainsi que c’est en se trompant qu’on apprend et que l’on progresse. Son approche clinique est parfois peu orthodoxe, mais le moins qu’on puisse dire c’est qu’il avait de très beaux résultats.
Burnett reste pour nous un exemple aussi bien sur le plan professionnel que moral. Nous publierons ici les 9 premières raisons. EB

Il est en vérité plus rapide et plus aisé de procéder de l’ignorance à la connaissance, qu’à partir de l’erreur. Ceux qui sont dans l’erreur doivent d’abord désapprendre avant de pouvoir apprendre quoi que ce soit dans un but utile: et la première partie de cette double tâche, n’est pas, à plusieurs point de vue, la moins difficile; c’est la raison pour laquelle elle est rarement entreprise. BOLINGBROKE

Il y a quelques années, lors d’un après-midi sombre et morne, j’étais plongé à l’Hôpital B., dans l’établissement de certificats de décès que je devais signer, quand brusquement je me sentis de nouveau envahi par quelque chose qui semblait s’emparer de moi pour au moins la cinquantième fois cet après-midi là. Je ne pouvais me rendre compte de ce que cela était exactement. Mais cela provenait essentiellement du mécontentement, de la dissatisfaction, pour ne pas dire du dégoût, éprouvé à la revue de ces cas qui me passaient sous les yeux et dont les résultats cliniques n’aboutissaient tous qu’à la mort! J’avais toujours été un étudiant en médecine très enthousiaste au début de mes études, mais un Professeur, profondément sceptique, démolissait régulièrement toute ma foi dans les remèdes; et les trop grandes responsabilités assumées pour mon âge et mon expérience, ajoutées aux soucis de la pratique hospitalière écrasante, furent autant de facteurs qui étouffèrent la plus grande partie de l’enthousiasme que j’avais éprouvé au début pour la médecine. Après avoir repassé dans mon esprit mes différents stages en médecine et en chirurgie, je m’enfonçai dans mon fauteuil et comme en rêve me trouvai dans les prés verts, en train de dénicher des oiseaux et de pêcher au fil de l’eau, comme aux premiers jours de ma jeunesse. Juste à cet instant, regardant par la fenêtre, je vis un chariot transportant un cadavre et j’ouvris la fenêtre en m’adressant au vieux garçon d’anatomie que je connaissais bien et sur un ton vif lui demandais: « Tim, voyons, qui donc est ce mort?» « Le petit Georges, Docteur ».

Ce petit Georges était un enfant abandonné, qui n’appartenait à personne. Nous l’avions soigné depuis longtemps et nous l’aimions bien. C’était pour nous comme un chien fidèle. Tout le monde aimait Georgie dans la salle et il n’en était pas un, même parmi les plus égoïstes, qui n’était prêt à la première occasion à lui rendre service. Aussi, aucun malade ne fut plus sincèrement regretté que lui dans cette salle.

Je dois vous exposer comment cela est arrivé: un beau jour, ayant besoin d’un lit pour un cas aigu, je donnai l’ordre de transférer le lit du petit Georges qui se trouvait dans un coin bien abrité et chaud de la salle, pour le mettre en face, vers une grande fenêtre au nord. Hélas! c’est là qu’il attrapa froid, contracta une pleurésie et la réponse du garçon d’anatomie que vous venez d’entendre était le résultat de cette malheureuse décision.

Évidemment, je me reprochais en moi-même: « Si seulement j’avais pu arrêter tout au début cette fièvre, qui s’était déclarée à la suite de ce refroidissement dû à la fenêtre trop proche, le petit Georgie alors serait encore parmi nous. Pourtant trois bons médecins, à côté de mes soins, avaient traité Georgie, tous en parfait accord et tous des cliniciens avertis. Malgré leurs talents, la pleurésie s’installa avec la fièvre, l’épanchement se produisit dans la plèvre et le pauvre Georgie mourut.

Le vieux Tim était un homme que la vie avait bien endurci et je ne l’avais jamais vu manifester aucune émotion ni sentiment d’aucune manière, et jamais regretter la mort de qui que ce fut. Mais, véritablement, ce jour, j’étais bouleversé en le voyant, alors que son attention était pourtant occupée à laver des bouteilles et que je lui parlais de Georgie, essuyer des larmes au coin des yeux au souvenir de cet enfant: Mais, quoi qu’on dise, le pauvre Georgie n’était plus et cependant, j’étais persuadé qu’il aurait pu éviter de mourir si l’on avait trouvé la médication appropriée, et ce sentiment de conscience insatisfaite me tourmentait; j’aurais voulu disparaître sous terre.

Or, un soir, un ami médecin de l’Hôpital Royal vint m’inviter à dîner, et au cours de notre conversation, je lui parlais de mes désillusions et de mon désenchantement vis-à-vis de la médecine, ainsi que de ma détermination encore hésitante de partir pour l’Amérique, pour y faire de l’agriculture, car enfin là, je serais incapable de vivre une vie normale, naturelle et complète, sans désappointement. C’est alors qu’il me parla de l’homéopathie, en cherchant à me persuader de l’étudier, d’abord pour en critiquer la valeur, ou, si je la trouvais apparemment réussie, d’en faire un essai loyal à l’Hôpital.

Après avoir passé par bien des doutes et bien des craintes, je dois l’avouer comme si je commettais une faute ou même un crime, je me procurai presque en cachette les deux livres de «Pharmacodynamie» et de «Thérapeutique» de Richard Hughes, recommandés par cet ami, comme une excellente introduction à l’homéopathie.

Je dévorai ces deux ouvrages à peine en deux semaines et en toute sincérité en vins à conclure, qu’ou bien l’homéopathie est vraiment une très grande chose, ou bien que ce Docteur Hughes n’était qu’un grand fumiste – non, le mot est trop grossier. Peut-être n’aimerez-vous pas ce terme… et pourtant moi, je trouve qu’il est bien choisi et pourrait lui aller comme un gant. Sur la vie de mon prochain, un sujet aussi important à mes yeux, il n’y a pas de moyen terme. Ces ouvrages homéopathiques représentaient ou bien la vérité d’en haut, claire et parfaite, ou bien le plus noir et scandaleux mensonge.

Je me sentis très perplexe et embarrassé… il me semblait impossible qu’un homme ayant écrit de tels livres soit un imbécile, car un insensé ou un crétin ne peut pas être capable d’écrire de telles choses. Sa façon de présenter le sujet semble partir vraiment d’une âme noble et d’un esprit compétent et non d’un imposteur et cela éleva ma pensée au-dessus du découragement dans lequel j’étais embourbé; mais vient alors: N’ai-je pas souvent essayé de vanter des remèdes spécifiques et de nombreux traitements qui tous n’avaient réussi qu’à me désappointer profondément? Ainsi mon vieux scepticisme m’envahit à nouveau : « Pourquoi, disais-je, de telles choses peuvent-elles exister? Cela me paraît vraiment impossible ». J’ai été élevé dans les meilleures écoles et instruit par des hommes de valeur tout au cours de mes études et j’ai toujours entendu dire que l’homéopathie n’était qu’une thérapeutique de nihilisme. Comment pourrai-je jamais pratiquer de cette façon, ce serait une honte, mon honnêteté s’y refusait, je ne pourrai jamais être un homéopathe. Mais le doute ne cessait de me poursuivre… et si pourtant c’était vrai! Que faire? Eh bien, je vais cependant essayer d’appliquer cette méthode au lit du malade; je vais prouver que ce n’est qu’une thérapeutique mensongère et honteuse et alors je l’exposerai ouvertement à mes collègues, enchantés d’avoir réussi à démontrer par mes résultats cliniques la négation flagrante de cette thérapeutique nihiliste.

Je me sentais troublé, agité et profondément insatisfait en pensant à la mort de Georgie et par dégoût me mis à regarder ce que les homéopathes auraient conseillé en pareil cas. J’appris qu’ils prétendaient couper une simple fièvre ou un refroidissement avec de l’Aconit… quelle plaisanterie! Malgré mes doutes, je ne pouvais me réfréner de penser que si cela pouvait être vrai, Aconit aurait pu sauver le petit Georges, s’il avait été donné à temps et tout au début de sa maladie.

En fait, les refroidissements, les rhumes, les frissons fébriles sont monnaie commune et de plus j’avais justement accepté la salle d’entrée des enfants, qui presque tous arrivaient avec de la fièvre, des refroidissements, des rhumes et diverses inflammations, où ils étaient observés jusqu’au moment de prendre la décision de les placer dans une autre salle, si leur affection progressait et présentait des pneumonies, des pleurésies, des rhumatismes, des gastrites ou des affections éruptives de l’enfance, selon les cas.

Or, je possédais un petit flacon de teinture d’Aconit de Flemming dans mon armoire d’urgence. Je pris une grande bouteille d’eau dans laquelle je versai quelques gouttes seulement de cette teinture et la donnai à l’infirmière de la salle d’enfants, en lui donnant l’instruction d’administrer ce remède à tous les malades ayant des lits situés du côté droit de la salle, sitôt leur arrivée. Tous les lits du côté opposé n’auraient pas droit à cette solution d’Aconit, mais seraient traités par la méthode orthodoxe habituelle.

A ma prochaine visite, quel ne fut pas mon étonnement de trouver presque tous les jeunes enfants du côté d’Aconit sans fièvre et qui jouaient dans leur lit. L’un cependant, atteint de rougeole, dut être transporté dans la salle des contagieux. Cela me permit de conclure que l’Aconit ne guérissait pas la rougeole (Hahnemann dans sa Matière Médicale pure en 1834, à l’article Aconit, nous dit: «Dans la rougeole, la pourpre miliaire, dans les fièvres inflammatoires, avec pleurésie… etc., l’efficacité de cette plante tient presque du miracle ». Donc Monsieur Burnett n’en était évidemment à ce moment là qu’à son petit biberon…). Tous les autres enfants, par contre, séjournèrent deux ou trois jours seulement, et purent ensuite rentrer chez eux guéris.

Par contre, tous ceux qui étaient du côté de la paroi opposée, traités par la médecine orthodoxe, étaient dans le même état où ils avaient été amenés, sinon pire, et durent être envoyés dans d’autres salles, avec des bronchites, des états inflammatoires divers, ou d’autres maladies infectieuses, etc. Ainsi, les choses continuèrent à se passer de cette façon-là, jour après jour. Tous ceux qui prenaient Aconit présentaient en général une convalescence de 24 ou 48 heures, sauf dans certains cas plus rares où des frissons qui apparaissaient bénins, étaient cependant annonciateurs d’un état prodromal d’une maladie spécifique telle que la rougeole, la scarlatine ou une fièvre rhumatismale. Ceux de cette catégorie étaient à peine influencés par l’Aconit. Mais la quantité de cas de petits refroidissements courants chez les enfants étaient guéris très rapidement avec cette potion d’Aconit, quoique beaucoup de ceux qui nous étaient amenés, étaient le plus souvent en pleine transpiration (En effet, contrairement à ce qu’on lit dans de nombreuses publications homéopathique, qui sont toutes des copies de copies, et disent que l’Aconit n’est indiqué qu’avec des peaux sèches et que son indication disparaît dès que la sueur apparaît, Hahnemann indique nettement: «Sueurs avec frisson fébrile », « sueurs d’odeur aigre par tout le corps », « sueurs accablantes », etc., pour Aconit.).

Je n’avais rien dit à l’infirmière concernant le contenu de cette bouteille, mais très vite, elle la baptisa «la bouteille à fièvre du Docteur Burnett». En tout cas, pour le moment, j’étais abasourdi de ces résultats et cela me poussa à occuper toutes mes nuits à l’étude intensive de l’homéopathie, car je n’avais pas une minute de libre pendant la journée. Or, un jour, il me fut impossible de faire ma tournée à travers les salles. En fait, j’avais dû même m’absenter deux jours, depuis le samedi au mardi et à mon retour en entrant dans la salle des enfants, ce mardi, tôt le matin, l’infirmière chef qui paraissait relativement calme, m’informa avec une attitude contenue et une réserve non dissimulée, qu’elle pensait que tous les petits malades devraient être, pensait-elle, renvoyés chez eux.

« Vraiment, dis-je, que voulez-vous dire par là? » « Ma foi, Docteur, comme vous n’êtes pas venu dimanche, ni lundi, j’ai pris sur moi de donner votre fameuse « bouteille de fièvre » à tous les enfants, car je n’avais pas le coeur de vous voir continuer votre expérimentation cruelle plus longtemps. Vous êtes comme les jeunes docteurs qui sont ici, vous essayez de faire des expériences. Je ne sais pas pourquoi l’autre côté de la salle n’aurait pas le droit aussi à ce merveilleux remède ». Je répondis simplement: « Bien, bien, ma soeur, à l’avenir je vous permets de donner la potion à tous les malades qui viendront! » Ceci fut fait jusqu’à ce que je quittai l’Hôpital et le résultat de cette médication par l’Aconit pour les frissons, les refroidissements, les fébricules, les petits malaises fébriles des enfants fut extraordinaire, tous présentant une défervescence rapide de la fièvre et des symptômes de refroidissements avec une très prompte convalescence.

Mais quand il y avait des cas gastriques, j’observai qu’Aconit était alors sans résultat, à moins qu’ils ne soient accompagnés de vomissements et c’est pourquoi dans de pareils cas, j’administrais un émétique doux qui provoquait la défervescence très rapide de la température. Quoique encore dans mes débuts dans l’homéopathie, un émétique doux me paraissait être le traitement le plus favorable lorsque l’estomac est chargé et ne peut se libérer par un vomissement naturel. Mais je fais ces considérations entre parenthèses, car je ne prétends nullement posséder déjà la Matière Médicale homéopathique et ses applications.

J’apporte ces préliminaires et ces circonstances incidentes et concomitantes seulement pour vous placer sur le même terrain où je me trouvais alors. Elles ne sont pas essentielles, elles conduisent simplement à cette conclusion pertinente : Aconit dans les refroidissements, les petits accès de fièvre, le début des inflammations est véritablement ma première raison pour être un homéopathe. Avez-vous une aussi bonne raison pour être un officiel?

Lien vers la seconde partie : les 50 raisons d’être homéopathe du Docteur Burnett -partie 2-

Lien vers le forum Planète-Homéo et d’autres articles du Docteur Burnett.

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