La Solution Médicinale Homéopathique (2)

Chapitre 2 : La Solution Médicinale

La limite des doses sèches

Hahenmann peint par son épouse Mélanie.

Hahnemann peint par son épouse Mélanie.

Hahnemann continue ses expérimentations sur la posologie homéopathique et la gestion des cas. Dans l’édition des Maladies Chroniques de 1837, se trouve un article intitulé  » L’aspect technique en homéopathie « . Cet article de grande valeur est un complément à ce que le vieux Docteur avait introduit dans la 5ème édition de l’Organon (1833). Hahnemann a toujours publié des études complémentaires entre les nouvelles éditions de l’Organon et les Maladies Chroniques. Il est souhaitable de les lire ensemble afin d’avoir une vision complète du développement de l’homéopathie.

Ces nouvelles méthodes de posologie rendront le système des centésimales proches de la perfection mais ouvriront aussi la porte à de nouvelles expérimentations sur les proportions de dilutions et de succussions à appliquer aux remèdes. Dans son article de 1837, Hahnemann évalue son expérience de la méthode de posologie en fonction de ses observations depuis 1820 et partage les résultats de ses dernières recherches sur la méthode homéopathique.

Le Hofrath dit:

 » Depuis mes dernières communications publiques sur notre Art de Guérir, j’ai acquis de l’expérience pour trouver la meilleure façon possible d’administrer les doses de médicaments aux patients et je vais vous communiquer ce que j’ai trouvé dans ce sens. Un petite granule sèche d’une des plus hautes dynamisations sous la langue ou la respiration modérée d’un récipient ouvert contenant une granule ou plus, se trouve être la dose la plus petite et la plus faible ayant la plus brève durée d’action. « 

Eu égard à la grande diversité d’âges, de prédispositions, de sensibilités, de constitutions physiques, de tempéraments mentaux, de réserves en force vitale, l’homéopathe a besoin d’une méthode de dosage souple pour ajuster le remède à la sensibilité individuelle du patient. C’est ce que la solution médicamenteuse permet. (Voir Les Maladies Chroniques).

 » Néanmoins, l’incroyable diversité de sensibilités des patients, de leur âge, de leur développement physique et spirituel, de leur pouvoir vital et spécialement de la nature de leurs maladies nécessitent une grande variété de traitements ainsi que des modes pour les administrer. « 

Les doses de médicament

Les solutions aqueuses constituent la meilleure forme pour les dynamisations parce qu’elles peuvent être ajustées de différentes façons de sorte que l’homéopathe puisse choisir ce qui est le mieux adapté à la sensibilité de la constitution ou du tempérament de chacun.

Les remèdes en solution sont très dynamiques et plus souples d’emploi que les doses sèches statiques. Dans cette ouvre magistrale, Hahnemann nous apprend pourquoi la répétition intempestive des doses sèches peut provoquer des complications et pourquoi les homéopathes sont en désaccord entre eux pour les questions de posologie.

 » Avant toute chose, il est important de remarquer que le principe vital ne peut bien supporter la même dose inchangée deux fois de suite, quelques fois plus, selon les patients. Le bon effet de la dose est alors neutralisé ou de nouveaux symptômes propres aux remèdes qui n’ont jamais été présents dans la maladie apparaissent et gênent la cure. De cette façon, un remède homéopathique, même bien sélectionné, produit des effets pathogénétiques et n’atteindra que partiellement son but ou ne l’atteindra pas du tout. De là proviennent les multiples contradictions des médecins homéopathes quant à la répétition des doses. « 

L’harmonie de la force vitale est perturbée par la répétition prématurée de la dose sèche statique. Pendant plusieurs années, Hahnemann a observé ces inconvénients et a recherché une meilleure alternative. A présent, il découvre que les solutions aqueuses s’imposent comme étant la meilleure solution à ses problèmes. Ceci représente le fruit de 30 années d’expérience. Dans la 6ème édition de l’Organon, Hahnemann ajoute que, même avec le remède bien indiqué, il est imprudent de répéter une deuxième ou troisième fois une dose sèche. La production de rechutes, d’aggravations et accessoirement de nouveaux symptômes sont le fait d’une répétition prématurée de la dose sèche. C’est la raison pour laquelle les homéopathes attachés à la 4ème édition de l’Organon sont si stricts au sujet de leur dosage. La solution aqueuse de médicament offre un moyen flexible qui peut s’ajuster de sorte que la force vitale ne subisse jamais une même stimulation deux fois de suite. Ceci permet une répétition artistique du remède pour accélérer la cure. (Voir les Maladies Chroniques).

 » Mais, en prenant un seul et même remède répétitivement (ce qui est indispensable pour une cure des maladie chroniques importantes), si la dose dans chaque cas est variée et modifiée quelque peu dans son degré de dynamisation, alors la force vitale du patient pourra recevoir calmement, et même volontiers, le même médicament, à intervalles rapprochés si nécessaire, de très nombreuses fois en succession, avec les meilleurs résultats, le bien être du patient augmentant à chaque prise. Ce léger changement dans le degré de dynamisation est obtenu si l’on secoue fort 5 ou 6 fois la bouteille qui contient la solution de une ou plusieurs granules « .

Beaucoup d’homéopathes considèrent la dose unique comme étant la seule forme pure d’homéopathie Classique car ils ne sont familiarisés qu’avec la méthode du « attendre et voir  » de la 4ème édition de l’Organon. Mais, dès 1833 le fondateur de l’homéopathie utilisait le remède en solution qu’il pouvait répéter autant que nécessaire. L’homéopathie est communément pratiquée sur la base de la technique d’Hahnemann non encore évoluée, publiée entre 1828 et 1829 bien que ses méthodes plus évoluée aient été présentée en 1833 dans la 5ème édition de l’Organon et dans les Maladies Chroniques de 1837. Ceci constitue pourtant l’héritage des homoeopathes d’aujourd’hui car la 4ème édition de l’Organon est le fondement de la 5ème et de la 6ème édition.

L’utilisation des solutions médicamenteuses

Hahnemann a souvent communiqué ses nouvelles techniques en privé à quelques uns de ses étudiants qu’il respectait le plus avant de les offrir au public. Un an avant la publication de 1837 des Maladies Chroniques, Hahnemann écrit une lettre à Constantin Hering dans laquelle il donne tous les instructions détaillées des dernières techniques d’utilisation des solutions médicamenteuses. En 1836, il donne le conseil suivant à son ami de longue date:

 » J’ai apporté quelques améliorations dans la technique de notre art et tu vas être le premier à les connaître… Comme mes médicaments sont très puissants, je dissous rarement plus d’une granule dans 7, 15, 20, 30 cuillères à soupe d’eau, comme les patients n’ont pas d’eau distillée (qui de toute façons s’altère et fermente après plusieurs jours) j’utilise de l’eau de source ou de rivière mélangée à 1-15ème ou 1-20ème d’esprit de vin ou bien je mets 3 ou 4 petits morceaux de charbon de bois dur dans la solution. Ce mélange (dont un patient souffrant d’une maladie chronique prend 1, 2 ou 3 cuillères à café chaque jour ou un jour sur deux) doit être secoué 5 ou 6 fois avant chaque prise, pour changer chaque fois le degré de dynamisation. « 

C’est le premier document que nous possédions où Hahnemann donne tous les détails sur les solutions médicamenteuses. Il suggère que la solution soit conservée avec 1-15ème ou 1-20ème d’esprit de vin. Quand il manque d’alcool, Hahnemann utilise 3 ou 4 petits morceaux de charbon de bois.

Plus tard dans sa carrière, on l’a vu mettre 1 cuillère à café d’alcool dans 120 ml d’eau pour la conserver. Nous avons trouvé que dans des environnements favorisant la détérioration de la solution, on peut utiliser du brandy jusqu’à un tiers du volume. Dans sa lettre à Hering, Hahnemann mentionne la quantité appropriée de solution qui devra être donnée au patient et précise 1, 2 ou 3 cuillères à café en fonction de la sensibilité de la constitution.

L’année suivante, en 1837, Hahnemann expose au public le fruit de ses expérimentations avec la nouvelle méthode de posologie. Dans cet article, il donne des conseils au sujet de la répétition des remèdes dans les cas de maladies chroniques ou aiguës. (Voir Les Maladies Chroniques).

 » L’expérience m’a montré sans nul doute, ainsi qu’à la plupart de ceux qui m’ont suivi, qu’il s’avère plus utile dans les maladies quelle que soit leur ampleur (sans excepter les plus aiguës, les semi-aiguës, aussi pénibles soient elles) de donner au patient le puissant remède homéopathique en granules uniquement en solution médicamenteuse elle même fractionnée. Ainsi, on donne une cuiller à soupe de médicament dissout dans 7 à 20 cuillerées à soupe d’eau, sans aucun additif, toute les heures ou toutes les demi heures dans les maladies aiguës et ou suraiguës. Pour les personnes faibles ou les enfants: une partie de la cuillerée à soupe (une ou deux cuillère à café ou à thé pleines). Dans les maladies chroniques, j’ai trouvé qu’il était préférable de donner une dose (c’est à dire une cuillère à soupe pleine) de la solution du remède indiqué au minimum tous les 2 jours mais plus habituellement tous les jours « .

Les premières expérimentations de Hahnemann avec les solutions aqueuses furent réalisées avec lors de la Première Union des Expérimentateurs de 1813. Il utilisa l’eau comme l’une de ses techniques pour contrôler la puissance des remèdes durant l’expérimentation. La nouvelle dose fractionnée est secouée juste avant chaque prise afin de monter la dynamisation. En remplaçant la dose unique par la nouvelle dose fragmentée, il devient possible d’utiliser une granule plusieurs fois ! Cette contradiction apparente se résout par le fait que la solution est faite avec une seule granule dissoute dans plusieurs portions de liquide utilisées de façon répétée.

Le vieux médecin appela sa nouvelle technique la dose fractionnée et non pas multi dose car la solution tout entière est faite à partir d’une seule dose, c’est à dire une petite granule. Hahnemann réalisa assez tôt que les granules sèches avaient un effet cumulatif qui produisait des aggravations et des symptômes propres au remède. Bien que les solutions aqueuses puissent être utilisées en série, la taille des doses demeure extrêmement petite. Cet aspect des plus subtils de la dose minimale ouvrait une porte sur de nouvelles possibilités de dosage.

Fabrication de la solution médicinale

La préparation du remède en solution avec des dynamisations centésimales peut se résumer en 7 étapes.

1. Hahnemann suggérait que la solution médicamenteuse puisse varier de 120 ml (7 à 8 cuillerées à soupe) à 600 ml (40 cuillerées à soupe) d’eau mélangée à du brandy. Généralement, les solutions médicamenteuses sont faites dans 120 à 200 ml bien que dans de rares cas, j’ai utilisé 250 ml. Placer une petite granule de la taille d’une graine de pavot dans une bouteille de 250 ml, 2 granules pour les constitutions les moins sensibles. J’utilise de grandes bouteilles parce que j’aime utiliser des quantités d’eau variables (100 à 250 ml). Pour dynamiser la solution, Hahnemann suggérait de laisser le flacon au 1/3 vide pour garder suffisamment d’air pour la succussion. Une grande quantité de solution médicamenteuse est nécessaire seulement pour les patients hypersensibles, car plus la quantité d’eau est grande, plus elle agit doucement.

2. Une quantité suffisante de Brandy ou d’alcool pur doit être ajoutée à la solution en guise de conservateur. Si la solution doit être utilisée longtemps, ajoutez 30 ou 50 % de brandy à l’eau utilisée pour la solution. Une moindre quantité d’eau de vie fera l’affaire. Pour ceux qui ne supportent pas l’alcool, d’autres alternatives peuvent être utilisées : la glycérine végétale ou le charbon peuvent convenir aussi.

3. La bouteille de remède doit être secouée juste avant l’administration du remède afin d’activer le remède et d’augmenter progressivement la dynamisation. Le nombre de secousses affecte énormément l’action du remède sur la force vitale. Pour les hypersensibles 1, 2 ou 3 secousses sont habituellement suffisantes, pour ceux qui ont une sensibilité moyenne plus normale, utiliser 4, 5, 6 ou 7 secousses, ceux qui ont plutôt une faible sensibilité ont besoin de 8, 9, 10, ou davantage de secousses. Il est préférable de commencer avec un nombre inférieur de secousses puis de l’augmenter si c’est nécessaire. Ceci est une des méthodes de base pour ajuster la dose.

4. De cette bouteille, 1, 2 ou 3 cuillerées à café sont données au patient selon sa sensibilité. On donne ½ cuillerée à café aux enfants, ¼ ou moins aux bébés en fonction de leur âge. La plupart des adultes commencent à se sentir mieux avec 1 cuillerée à café. La quantité peut être augmentée graduellement si une réaction plus étendue est souhaitée. Une constitution de faible sensibilité peut nécessiter 2 ou 3 cuillerées à café avant de réagir suffisamment au remède. C’est une autre façon d’ajuster les doses.

5. Si vous traitez une personne hypersensible ou très atteinte, quelqu’un qui a plusieurs pathologies, diverses allergies, un état général grave, etc., prenez un verre propre de 250 ml. et ajoutez y 120 ou 180 ml d’eau. Secouez la bouteille contenant le remède un nombre approprié de secousses, prenez en une cuillerée à café et mettez la dans le verre de dilution. De ce verre, donner au patient une cuillerée à café et jeter le reste. Un patient vraiment hypersensible peut nécessiter un remède dilué 1, 2 ou 3 fois à travers autant de verres de dilution. Dans ce cas une cuillerée à café ou moins devrait être prise du premier verre et mise dans un second ou troisième verre. Ces individus sont normalement presque impossibles à soigner en homéopathie, mais le fait d’ajuster les doses de cette manière leur apporte le plus grand soulagement.

6. Donner au patient une dose test, attendre et voir un temps raisonnable pour observer comment le remède réagit. La période de temps dépendra de ce que vous avez l’intention de traiter comme type de maladie. Les cas aigus et les maladies chroniques ont chacun une nature qui leur est particulière. S’il y a une réponse prompte avec un effet fulgurant, laisser la dose agir sans interférer. Si, par contre, l’effet est lent et modéré, la dose peut être répétée à intervalles appropriés pour accélérer la cure.

7. Si le remède produit seulement une aggravation, le mieux est d’attendre et voir l’amélioration attendue. Si le remède doit être répété, il faudra diminuer sa puissance. Ce qui signifie que l’on peut utiliser une dynamisation inférieure, moins de secousses, une dose plus petite, une dilution dans un ou plusieurs verres de dilution, ou donner une seule dose ou encore répéter le remède à des intervalles plus espacés. L’homéopathe peut utiliser une ou plus de ces techniques selon le besoin. Ce sont autant d’exemples pour ajuster la dose à la baisse.

Fin du chapitre 2

Lien vers le chapitre 1 : les méthodes avancées de Samuel Hahnemann

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