Cher docteur pourriez-vous s’il vous plaît nous communiquer quelques éléments de réponse expliquant les modes d’action (ou les hypothèses) de l’homéopathie quand il n’y a plus rien? Et même quand il y a très peu. Ou nous renvoyer à quelques articles ou liens sur internet (en français si possible), où les effets et résultats constatés de l’homéopathie sont reçus comme valables, acceptés comme tels puis étudiés de manière scientifique?
Une des lois de Kepler

Une des lois de Kepler

Bonjour!

Ah, vous ouvrez une boîte de Pandore. Je passe rapidement sur la première partie de votre lettre pour tenter de répondre au mode d’action.
Nous sommes déjà plus que suspects en soignant avec « rien », alors la suite va encore plus étonner. Au point où on en est, ce n’est plus bien grave de nous faire quelques copains de plus…

Peut être avez vous vu la Guerre des Etoiles? Pour moi à 15 ans, en sortant de la salle de cinéma c’était LE choc! Là où je veux en venir c’est que deux thèmes intéressants sont développés dans le film.

-La force, qui maintient en état de cohésion l’ensemble de l’Univers
-Les Jedaï, qui ressentent cette force et l’utilisent dans un pur idéal chevaleresque.
Hé bien je dois dire qu’on s’y retrouve un peu si nous parlons d’homéopathes et de force vitale.
Voici ce que dit le Fondateur:

9.Dans l’état de santé, l’énergie vitale (souveraine) immatérielle — Dynamis (*) — animant la partie matérielle du corps humain (organisme), règne de façon absolue.

Entre toutes les parties de l’organisme vivant, elle maintient dans leurs activités fonctionnelles et réactionnelles une harmonie qui force l’admiration. L’esprit doué de raison qui habite cet organisme peut ainsi librement se servir de cet instrument vivant et sain, pour atteindre au but élevé de son existence.

Je n’ai pas l’intention de développer les conséquences philosophiques d’une telle affirmation autrement qu’en signalant que la dernière phrase « pour atteindre au but élevé de son existence » est tirée directement du rituel du Rite Maçonnique Écossais Rectifié. C’est à la fois un clin d’oeil à une institution qui à l’époque garde toute sa noblesse et qui l’a certainement aidée toute sa vie, notamment pour lui permettre de s’installer à Paris. Et c’est aussi une manière pour Hahnemann de poser un idéal et de définir l’un des buts élevés de ce que devrait être la médecine elle-même. Demandez à un médecin actuel quel est le but de sa pratique, vous serez surpris des non-réponses

Il faut noter d’ailleurs que c’est ici la seule formule philosophique et péremptoire que l’on trouve dans l’Organon: elle frappe même dans la façon presque brutale de son énoncé. Il s’agit là véritablement d’un credo, Hahnemann posant ici un principe, non démontrable à son époque. On peut l’interpréter comme un postulat dérivé de l’observation clinique d’une vie dédiée à chercher des lois qui régissent l’application des médicaments et les principes de guérison.

De nos jours, les médecins sont formés à l’école du dicton qui dit que lorsque le sage désigne la lune, l’imbécile regarde le doigt. En d’autres termes, tous se hâtent au chevet de la partie malade, sans jamais prendre le recul qui permettrait de constater tout simplement que l’ensemble de l’organisme présente des symptômes.

Dès lors, n’importe quel esprit doué de raison, je veux dire notamment non pollué par les dogmes qu’on lui inculque, ne peut que constater qu’il doit exister une cause à la fois générale et en amont des organes pour expliquer que ceux ci-i, mal régulés tombent malades à leur tour et l’expriment par la production de symptômes.

Cette cause fondamentale ne peut être ni mécanique, ni chimique. En fait les molécules elles-mêmes devraient être correctement secrétées dans un organisme en santé. Ce ne peut être qu’un déséquilibre en amont de la chimie qui permet de comprendre que des modifications chimiques surviennent, entrainant à leur tour des modifications cellulaires, et finalement anatomiques.

Par ce simple raisonnement nous en venons à définir indirectement qu’une force non matérielle est à l’origine des maladies. Notez comme nous sommes sans cesse conduits à penser au travers d’un faisceau d’arguments, et toujours indirectement. Les symptômes sont l’unique manifestation tangible d’un dérèglement dont nous ne pouvons percevoir la nature intime directement mais qui se caractérise par l’ensemble des manifestations qu’il est capable de créer.

Pour élargir ce point, la façon dont l’Univers entier semble avoir été réglé avec la plus haute précision pour permettre l’apparition de l’intelligence et plus encore la façon dont les êtres vivants se comportent donne une impression de projet, de finalité, dont il est difficile de se dégager.

En tant que savant et non médecin, l’avis de Trinh Xuan Thuan me semble être des plus intéressants. Ce dernier écrit en effet [39, Trinh Xuan Thuan, Le chaos et l’harmonie, Folio Essais.] :

« Si la compréhension du caractère holistique de la matière inanimée, de sa capacité à s’organiser dans un système ouvert et en non-équilibre en est encore à ses balbutiements, la matière vivante pose un problème autrement formidable. Cette énigme est la suivante : comment un ensemble de molécules qui, a priori, ne ressentent que l’action de leurs proches voisines, sait s’organiser pour former un organisme vivant cohérent sur des distances beaucoup plus grandes que les distances entre molécules ? Le problème est à son comble quand il s’agit de l’être vivant. […]
Comment un embryon peut-il se développer, à partir d’une seule cellule fertilisée, en un être vivant d’une complexité fantastique, dont chaque partie sera douée d’une fonction spécifique ? […]
On ne peut s’empêcher d’évoquer un « grand plan » guidant le comportement des cellules individuelles vers une destinée finale durant le développement de l’embryon. »

A ce stade de la discussion, on ne peut plus omettre de citer Jacques Monod qui décrit ainsi sa fameuse « contradiction épistémologique », d’autant plus difficile à admettre pour lui qu’il a toujours été un partisan acharné du réductionnisme et du hasard.

« L’une des propriétés fondamentales qui caractérisent tous les êtres vivants sans exception [est] celle d’être des objets doués d’un projet qu’à la fois ils représentent dans leur structure et accomplissent dans leurs performances […] Il est indispensable de reconnaître [cette propriété] comme essentielle à la définition même des êtres vivants. Nous dirons que ceux-ci se distinguent de toutes les autres structures, de tous les autres systèmes présents dans l’Univers par cette propriété que nous appellerons la téléonomie […] L’objectivité cependant nous oblige à reconnaître le caractère téléonomique des êtres vivants, à admettre que dans leurs structures et performances, ils réalisent un projet. Il y a donc là, au moins en apparence, une contradiction épistémologique profonde.
Le problème central de la biologie, c’est cette contradiction elle même, qu’il s’agit de résoudre si elle n’est qu’apparente, ou de prouver radicalement insoluble si en vérité il en est bien ainsi »

A partir d’une seule cellule initiale se forme un tout cohérent, qui continue de croître harmonieusement, et demeure en bonne santé. L’hypothèse la plus commode pour nous homéopathes est la force vitale. Nous pouvons difficilement imaginer autrement comment nos médicaments  dynamisés agiraient dans l’organisme

10. — Sans force vitale l’organisme matériel est incapable de sentir, d’agir et de maintenir sa propre conservation (a). C’est uniquement à l’essence immatérielle (principe de vie — énergie vitale), l’animant en état de santé et de maladie qu’il doit ses sensations et l’accomplissement de ses fonctions vitales.

(a) Sans énergie vitale le corps meurt et dès lors, livré exclusivement au pouvoir du monde physique extérieur, il se décompose et se résout en ses éléments chimiques.

Hahnemann enfonce le clou et déclare que l’homéostasie de l’organisme repose sur la manifestation de la force vitale. Au bout de presque un quart de siècle d’observations répétées sur les malades mais surtout sur les médecins, je peux affirmer qu’il existe deux catégories de ces derniers. Ceux qui adhèrent ici à ce que le Fondateur exprime, non pas bien entendu par une acte de foi, mais en ayant fait leur le raisonnement que je viens de développer, car c’est la seule et unique manière de donner une explication aux phénomènes que nous observons.

Ici encore vous voyez que la démarche homéopathique est enfin l’application de la science, un principe inductif, qui vise à élaborer une théorie à la suite de l’observation des phénomènes. La médecine classique se contente de gaver les patients d’une drogue à la mode et de dresser les statistiques de son action. L’homéopathie donne le minimum nécessaire, l’allopathie le maximum supportable. La première est insultée et humiliée dans sa recherche de la vérité et repose sur des principes éternels, l’autre est basée sur la recherche du profit, fricote avec les hautes sphères et se présente comme le pinacle de la science et du savoir alors qu’elle ne fait rien d’autre que de changer constamment de mode. Regardez ce que deviennent nos confères: désabusés avec les années, ils changent de métier ou ils se lancent dans la politique. Comparez avec un homéopathe qui a mûri dans les principes de l’Organon, chaque jour sa joie et son émerveillement renouvelés lui confirment qu’il est sur la bonne voie.

Vous trouvez sans doute que je suis excessif ? Hé bien je n’en peux plus de voir ma société dans un état de décomposition avancé à cause des pollutions et des suppressions insoutenables de la médecine classique, qui n’est décidément rien d’autre que le laquais des multinationales pétrolières comme dirait Georges Marchais.

11. — Quand l’homme tombe malade, cette énergie vitale immatérielle (principe de vie), active par elle-même et partout présente dans son corps, est, dès le début de la maladie, la seule qui ressente l’influence dynamique (a) de l’agent morbide hostile à la vie.

Seul le principe vital, après avoir été ainsi désaccordé, peut procurer à l’organisme les sensations désagréables qu’il éprouve et le pousser aux actions insolites que nous appelons maladies. Car, étant invisible par elle-même et reconnaissable seulement par ses effets dans l’organisme, cette entité énergétique n’exprime et ne peut révéler sondéréglement que par des manifestations pathologiques dans les sensations et fonctions, c’est-à-dire par des symptômes morbides (manifestations qui seules sont accessibles aux sens de l’observateur et du médecin).

Voici l’un des aphorismes qui me frappe le plus dans l’Organon. J’admets que lorsque je lis l’Organon je suis souvent bouleversé par la profondeur des vues de Hahnemann, mais le 11 est tout simplement la pierre angulaire.

Quand donc les médecins finiront ils par comprendre que seul un désaccordement de l’énergie vitale est à l’origine des sensations désagréables que le patient éprouve? Si le médecin qui se dit homéopathe n’a pas clairement admis ce qui est énoncé ici, il est condamné à patauger dans la fange semi-allopathique. Il donnera un jour un ou plusieurs médicaments « homéopathiques », les associera de je ne sais quels suppléments alimentaires ou n’importe quel truc censé aider tel ou tel symptôme. C’est toujours beaucoup de tristesse pour moi de voir pratiquer ainsi des gens souvent valables mais qui semblent se priver eux-mêmes des joies que procure une guérison qui ne peut s’obtenir qu’en mettant en oeuvre l’ensemble des théorèmes hahnemanniens.

Hahnemann n’est pas arrivé aux notions qu’il expose ici d’un seul coup. Elles sont bien au contraire le fruit d’une longue maturation. Ce sont surtout les années 1809 à 1813 qui ont été décisives pour l’évolution de l’homœopathie. Cette période témoigne d’un changement radical dans la pensée de Hahnemann qu’on peut lire dans l’article « Exposition de la doctrine médicale homœopathique » :

« …par conséquent il est évident que les maladies excitées par la dynamique et l’influence spéciale des agents morbides nuisibles peuvent être décrites seulement comme des altérations énergétiques de la force vitale de l’organisme […]
Ainsi, de même que la condition de l’organisme et son état sain dépendent uniquement de l’état de la vie qui l’anime ; il semblerait aussi que l’état altéré, que nous pouvons appeler malade, consiste seulement en une condition modifiée originellement au niveau de ses sensibilités et fonctions vitales ; sans tenir compte des principes chimiques ou mécaniques ; en un mot, cela consiste en une condition énergétique modifiée, un état d’être changé ; entraînant, suivant chaque cas individuel des changement des propriétés matérielles et des composants des parties du corps, ce qui est une conséquence directe de la condition morbide et modifiée de l’entité humaine dans son intégralité. »

A une époque où la Faculté pensait encore que la maladie était le produit d’une substance imaginaire nommée materia peccans, où les médecins en étaient à prescrire des saignées et autres purgatifs, et à administrer les médicaments en quantités considérables, l’avance de la pensée de Hahnemann donne tout simplement le vertige.

Le long conflit entre le vitalisme et le mécanisme a été étudié par Joseph Fruton dans « Molecules and life ».

« Ces difficultés … qui semblaient insurmontables .. ont encouragé ceux qui ont poursuivi dans la voie de Bichat et de Haldane et ont admis que les organismes vivants obéissaient à des lois particulières, différentes de celles de la chimie et de la physique… »

L’inadéquation des premières explications mécanistes grossières à rendre compte de la vie avait conduit au vitalisme de Stahl au début du XVIIIème siècle. Notamment l’incapacité des savants de l’époque à fournir une explication sur des phénomènes tels que la régénération d’un polype avait encouragé dans leurs vues les anti-mécanistes de la fin du XVIIIème siècle comme le philosophe Kant.

Finalement les découvertes de la biologie moléculaire prouvèrent définitivement que l’organisation physique et les propriétés des systèmes vivants font partie intégrante de l’univers physique, ce qui n’empêcha pas Einstein de s’écrier que les lois de la physique ne s’appliquent pas à la biologie. Si plus personne ne doute aujourd’hui que les êtres vivants soient composés des même briques que le reste du cosmos, notre notion du vivant pêche cependant par une explication quasi exclusivement chimique alors que nous sommes probablement placés devant une intrication de phénomènes physico-chimiques capables de générer des dimensions supplémentaires de complexité.

Karl Popper nous dote d’outils épistémologiques pour surmonter cette apparente contradiction. Ses niveaux ou mondes d’organisation supérieurs intriqués peuvent très bien nous amener à découvrir et concevoir la force vitale sans pour autant violer les acquis actuels de la physique. Résumer la vie à un simple ensemble de réactions chimiques ne peut que révulser le clinicien habitué à observer le phénomène du vivant déréglé. On pourrait ajouter malicieusement que s’il en était autrement nous aurions pu la recréer nous mêmes depuis la fameuse expérience de Miller en 1956 ; or il n’en est rien, et à ce jour on se heurte au problème classique de la poule et de l’œuf : les protéines (l’ARN) sont elle apparues d’abord ou plutôt le stockage de l’information (l’ADN) ?

Quoi qu’il en soit, l’idée centrale que nous pouvons retenir du vitalisme (déjà en pleine résurgence à l’époque de Hahnemann), est qu’il existe une « force de vie » qui différentie le vivant du non vivant. C’est cette force ni visible ni mesurable, mais jugée par ses effets, qui maintient l’organisme en santé, qui l’unit, le contrôle et coordonne les fonctions des différents organes. La maladie n’est pas une affection des organes, mais uniquement une perturbation de la force vitale. Tant qu’elle contrôle parfaitement l’organisme, celle-ci maintient le tout en bonne santé. Cette notion vitaliste s’oppose de plein fouet au concept toujours très populaire qui voit les organes comme des entités individuelles et quasi indépendantes. La notion mécaniste dominante a conduit les médecins à essayer de produire des changements au niveau de ces organes où même quelquefois à les enlever…

Le vitalisme resurgira probablement à mesure que se développera notre connaissance des phénomènes électromagnétiques associés à la vie. Sankaran, bien suspect à mes yeux, écrit cependant avec raison :

« La pensée médicale met bien du temps à changer et ce n’est que depuis peu de temps que l’on parle d’une approche holistique de l’homme et de sa santé. Peu à peu on commence à réaliser que l’homme dans son intégralité tombe malade car tous les organes et tous les systèmes sont inextricablement reliés les uns aux autres. Ce n’est que très progressivement que l’on découvre aussi que l’organisme possède les ressources de se soigner lui-même. La philosophie médicale commence à penser que le simple traitement des symptômes aide temporairement et que c’est le pouvoir récupérateur du corps dans sa totalité qui doit être rehaussé. Mais elle n’a aucune idée de comment cela peut être fait. »

C’est pour un homéopathe compétent une expérience de tous les jours de constater que l’administration du médicament adapté au cas entraîne la régression non seulement des troubles pour lesquels le patient vient consulter, mais aussi tous ceux dont il n’a pas fait mention ! Comment expliquer cela autrement que par l’action centrale des substances dynamisées ? Devant ces faits de constatation courante, l’hypothèse de la force vitale a le mérite de rendre compte des phénomènes observés, mais ne reste rien d’autre qu’une hypothèse, un simple outil conceptuel en attente d’une confirmation directe. Depuis que la relativité générale nous a appris que la « force » d’attraction universelle se ramenait à une courbure de l’espace en raison de la présence de matière, il convient d’observer la prudence et de dire que tout se passe comme si cette force existait et maintienne l’harmonie de l’organisme.

Hahnemann distingue deux stades dans la maladie :

1.Un dérangement initial de la force vitale

2.Ce premier dérèglement engendrant une activité modifiée des autres organes du corps.

Quel changement dans sa pensée depuis 1796 quand il écrit que Viola tricolor produit des maladies de peau, que Conium altère les glandes, bref que les médicaments agissent localement. Au bout d’années d’expériences, il expose clairement que les médicaments ne peuvent agir localement mais qu’ils agissent depuis le centre vers la périphérie.

Nous avons évoqué plus haut les raisons les plus vraisemblables qui ont pu pousser Hahnemann à aller dans cette voie du vitalisme. Ce changement coïncide avec la découverte que les remèdes agissent au-delà d’un point où ils ne peuvent plus avoir de propriété toxique ni physiologique. Cliniquement, Hahnemann est bien obligé d’observer que non seulement les remèdes agissent, mais qu’après chaque seuil de dilution et dynamisation (c’est à dire de fortes succussions) cette action devient encore plus puissante.

Hahnemann s’exclame : ce qu’on observe doit au moins être possible ! Comment le médicament agit-il, à quel niveau ?

Sa formation de chimiste ne devait laisser aucun doute à Hahnemann : si les substances dynamisées agissent, leur action ne peut être chimique. Le seul autre niveau possible, à part le niveau matériel et moléculaire, ne pouvait être que celui de l’énergie. Par conséquent, les remèdes dilués et secoués doivent libérer une énergie ou une force.

Arrivé à ce constat, on ne peut concevoir une force autrement qu’en interaction réciproque avec une autre. Par conséquent il doit y avoir une force dans le corps sur laquelle ces dynamisations doivent agir, cette force ne pouvant être que la force vitale. Comme nous l’avons vu plus haut au chapitre La totalité des symptômes, puisque les médicaments sont capables de dérégler la force vitale d’engendrer ainsi une affection artificielle, la maladie elle même s’entend comme une altération de cette force.

Hahnemann, qui avait regardé la maladie comme un effet matériel, la considère maintenant comme une altération de la force vitale. Dès lors, il ne se référera plus jamais aux médicaments comme ayant des effets sur des organes locaux. Kent précise très bien la pensée de Hahnemann, quand il écrit :

« Le plan nutritif relève exclusivement de l’extérieur, il appartient aux tissus, c’est là que se poursuit l’assimilation. Les drogues brutes, les remèdes en substance, n’agissent que sur le plan tissulaire, sur celui des résultats pathologiques ; ils ne peuvent affecter que les effets, les conséquences de la maladie. Et l’état de déséquilibre qui y règne concerne les effets terminaux, concerne donc le plan le plus extérieur de toute maladie. Naturellement, si tout ce qui représente l’extériorité physique est troublé, l’économie entière en souffre, le corps cesse d’être alors le bon instrument réactif des forces intérieures. Mais une véritable maladie, possédant ses phases prodromiques de progrès et de déclin, ou d’allure continue, ne peut s’implanter dans notre organisme que par une cause dynamique seulement. D’où il suit nécessairement, et je ne saurais assez le répéter, que l’homme ne peut être guéri que par des médicaments atténués et dynamisés jusqu’à ce qu’ils soient similaires en nature et en qualité à la cause morbide. La cause pathogène et le médicament pathogénésique, c’est à dire celui-expérimenté sur l’individu sain, doivent être similaires quant à leur nature, car des causes dissemblables ne peuvent produire des effets semblables. On arrive à trouver des causes similaires en étudiant des effets qui sont similaires. »

Vers 1813, Hahnemann était arrivé à la conclusion que l’action curative des remèdes ne repose pas sur leurs effets locaux mais plutôt sur leurs effets énergétiques, c’est à dire sur la force vitale. Il écrit que la perturbation originelle commence parmi les organes de plan supérieur, en d’autres termes : que la force vitale agit initialement à travers certains systèmes d’organes.

Il est en effet logique de concevoir qu’un remède dérange la force vitale et produise ainsi un dérèglement fonctionnel de ces systèmes, et que c’est seulement par cet effet qu’un remède dynamisé produise des action localisées au niveau des différents organes. Quels sont ces systèmes d’organes qui ont un pouvoir de contrôle sur le corps et dont le dérangement  entraînerait un effet général sur l’organisme dans sa totalité.  En d’autres mots, quels sont les systèmes d’organes qui lorsque ils sont perturbé peuvent produire un effet généralisé ?

A la lueur de nos connaissances médicales actuelles nous pouvons identifier quatre systèmes d’organes :

1.Le mental, l’altération de celui-ci peut produire des effets profonds sur le cœur, les poumons et presque sur toutes les parties du corps. Par exemple, quand nous sommes effrayés, il y a des palpitations, un essoufflement, de la transpiration, des tremblements, de fréquentes envies d’uriner, etc.

2.Le système nerveux autonome, dont le bouleversement produit des différents types de sensations, de douleurs, de sensibilité, etc…, au niveau des différents organes et parties du corps.

3.Le système endocrinien : nous savons qu’un dérangement du système endocrinien peut produire des changements au niveau des différentes parties du corps. Par exemple, l’hormone de croissance peut produire des altérations osseuses ; les hormones féminines et masculines produisent des changements comme la puberté, la ménopause, etc. La cortisone peut aussi produire différents changements dans le système.

4.Le système immunitaire. Le dérangement de cette fonction peut aussi bien provoquer des allergies et des désordres auto-immuns que des tendances à de infections répétées au niveau des différentes parties du corps.

Nous voyons ici se définir un axe primitif dont les éléments sont reliés entre eux de façon extrêmement complexe de sorte que des changement dans le psychisme puissent être traduits par des symptômes spécifiques dans les sous systèmes. Cette notion d’axe est intéressante pour matérialiser quelque peu l’impact de la force vitale déréglée. La perturbation d’un remède homœopathique agit de façon dynamique, non matérielle, directement sur la force vitale et dans tout l’organisme via cet axe. Les symptômes observés sur cet axe élémentaire seront par conséquent les premiers observés, avant l’apparition de signes locaux.

Suivant la sensibilité, les tendances innées ou acquises de chaque personne, l’altération de cet axe central pourra créer des troubles au niveau de chaque système d’organe. Le système organique dans le quel elle créera le plus de problème ne dépend pas seulement de la nature de l’altération ; il variera selon la sensibilité ou la faiblesse d’un organe selon les individus et une détermination d’ordre génétique (et héréditaire).

J’espère que vous me pardonnerez d’avoir été un peu long, mais pourtant j’ai eu l’impression d’abréger. J’ajoute pour finir que nous avons à notre disposition de nombreux testings cliniques qui permettent de mettre en évidence très facilement des modifications réflexes de l’organisme rien qu’à l’approche d’une dose dynamisée, ce qui prouve aisément l’action à distance du produit. Je développerai ceci une autre fois, à la fois par manque de temps, mais dans le dessein de laisser nos lecteurs adhérer par le raisonnement à ce qui vient d’être dit. C’est la façon de s’approprier une vérité, quand la logique,  le raisonnement, l’observation personnelle se mélangent et que se dégage enfin une conviction supérieure. C’est ce que Saint Jean exprime dans son fameux « heureux ceux qui ont cru sans avoir vu« .

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4 réponses à “La force vitale” Subscribe

  1. sagne 24/10/2010 at 22:13 #

    Bonsoir,
    je vous remercie pour votre réponse rapide (quelle réactivité!) qui est un véritable article en soi.
    Je l’ai lue trois fois :
    – une première fois, le soir, les yeux écarquillés en me demandant si c’était à cause de la fatigue (à bien essayer de tout comprendre) ou si c’était à cause de ce que je lisais.
    – une deuxième fois, quelques jours après et là c’était limpide.
    – une troisième à l’instant pour relire à haute voix Hanhemann et Kent (waoh, ça me fait le même effet que celui d’écouter du Pink Floyd après un après midi de musique affligeante à la radio).

    Donc la force vitale…
    Puisse t-elle, le plus longtemps possible encore, préserver la santé de nos concitoyens, malgré la détérioration de notre environnement, notre stress, nos traumatismes (physiques et émotionnels) et les médicaments que nous ingérons.

    Avez-vous remarqué qu’à Annecy il y a pas moins de 27 psychiatres en activité dans les pages jaunes. Serait-ce un bon indicateur du reflet de la mauvaise santé d’une population? Personnellement je n’ai rien contre eux, ils sont très utiles dans de nombreuses situations. Je vous dis cela parce que je me demande si les médicaments dits psycho-actifs (prescrits notamment par eux, les généralistes allopathes et les neurologues) ne sont pas délétères et traumatisants pour la force vitale, à force de constater quotidiennement les incroyables symptômes qui apparaissent très souvent sans loi ni raison chez leurs malades, symptômes bizarres, non étiquetés, bâtards, sans cesse changeants. Tous les systèmes se mettent à tour de rôle à se dérégler, par exemple quand les médicaments prescrits sont des antidépresseurs chez les dépressifs, des tranquillisants chez les anxieux ou encore des hypnotiques chez les insomniaques, ou des cocktails. Je n’ai pas d’expérience concernant les autres pathologies qui relèvent de la psychiatrie (schizophrénie, Troubles M-D,…) et ne peu dire s’il en est de même. D’un autre côté il me semble avoir lu ou entendu quelque part que la personne véritablement malade mentalement est moins malade physiquement parlant, comparativement au patient « sain d’esprit ». Si c’est exact j’en conclus donc que ces médicaments non seulement n’ont aucune action sur la cause des maladies mais encore perturbe le système d’aiguillage qui permettrait de remettre la force vitale sur les bons rails.

    Que la force soit avec vous

    X. Sagne
    ostéopathe

    P.S. au fait Docteur, Jedaï ça s’écrit Jedi. Parole de fan!

    P.P.S. : vite,s’il vous plaît, le cours sur les testings homéopathiques

  2. Edouard Broussalian 26/10/2010 at 20:44 #

    Bonsoir
    J’ai bien apprécié votre mot, je n’en mérite pas tant! Du coup vous me renvoyez de nouvelles questions, vous êtes infernal !
    Promis, l’article sur les testings va arriver, je vous finis un autre article sur le simillimum en attendant.
    La profusion de maladies mentales ne fait que commencer. En effet à mesure que la médecine classique refoule les manifestations physiques, c’est le plan mental et émotionnel qui est atteint. Dans un premier temps c’est au niveau émotionnel que les troubles se fixent: irritabilité, dépression, anxiété, phobies, suicides. Puis craque le plan mental plus profond: troubles de la mémoire, confusion, délire.
    Lisez l’excellent article de George Vithoulkas sur la question.
    Au rythme où vont les choses nous allons avoir de plus en plus d’enfants autistes, c’est déjà la cas aux USA. Mais heureusement, ils ne font plus d’otites!

    PS: trop attaché à la langue de Molière, j’écris encore phonétiquement Jedaï, puisque c’est en anglais que le « i » se prononce « aille » :-)

    PS2: si je fais un cours sur les testings, je vous défends de vous ruer dessus pour prescrire n’importe quoi hein?

  3. Eric Fondeur 30/10/2010 at 13:34 #

    Bonjour Edouard, je rebondi sur cette phrase « La force, qui maintient en état de cohésion l’ensemble de l’Univers », issue du film de la Guerre des Etoiles et que tu utilises pour introduire la notion de force vitale.

    Un film intitulé « La poésie des fractales »* montrent comment la géométrie fractale a permis de faire les effets spéciaux de « star wars ». Le film a été récemment diffusé sur Arte. Un peu avant la mort le 14 octobre dernier du mathématicien Benoit Mandelbrot qui a découvert les fractales. J’ai été séduit par ce film, en particulier par son aboutissement à la 46° minute : »Pourquoi les arbres et les forêts sont fractales » impressionnant de voir ainsi le rapport (mesurable par des lois mathématiques fractales), entre l’arborescence des branches d’un arbre et la façon dont les arbres sont implantés dans une forêt. Je me suis pris à rêver si la structure de l’arbre pouvait influencer celle de la foret ou l’inverse? Et ensuite d’extrapoler au rapport entre l’individu et un groupe humain. Je pense à Gandhi qui voulant modifier le comportement humain autour de lui, jeûnait pour se changer intérieurement.

    Ma question est la suivante la théorie des fractales a-t-elle été utilisée pour expliquer un des modes d’action de l’homéopathie. Existe-t-il quelque chose de sérieux là dessus?

    *http://www.notrefumier.fr/la-poesie-des-fractales/1348

    • Edouard Broussalian 30/10/2010 at 18:52 #

      Bonsoir Eric,
      Tu sais que mes premières amours sont la physique quantique et que j’ai particulièrement travaillé aussi la théorie du chaos. Le mécanisme de vie est un processus chaotique par essence même d’ailleurs.
      Je saisis tout l’intérêt de ta remarque mais hélas je ne dispose pas de données sur ce point. Peut être un de nos lecteurs?
      Amitiés

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