La cohérence ou le chemin le plus court vers le simillimum

Par Edouard Brousssalian

Introduction : les signes caractéristiques

A de nombreuses occasions nous avons pu voir que le remède indiqué apparaît dans les premières minutes de l’entretien, pour peu que l’on sache mettre le patient en confiance, puis que l’on exploite les symptômes caractéristiques. Ainsi, les longs interrogatoires au cours desquels risquent entre autres de se faire des transferts « sauvages », me semblent être tout sauf de l’homéopathie.

Dans une lettre adressée à Margaret Tyler, en date du 27 Août 1912, Kent écrit « Les méthodes que vous employez sont difficiles et ardues, et diffèrent totalement des miennes. Vous faites un énorme travail, bien plus considérable que le mien. L’étudiant et le médecin doivent travailler à bien mettre en évidence les signes généraux, les signes communs et les signes locaux dans leurs moindres détails pour s’économiser du travail. Quand je travaillais en clinique, je prescrivais pour 25 à 40 patients en une heure et demie et je n’ai jamais négligé personne [plusieurs assistants préparaient les cas afin que Kent n’ait plus qu’à réfléchir sur l’indication du remède]. Un médecin doit connaître les signes généraux, communs et locaux de sorte qu’il puisse les utiliser rapidement quand il a une large clientèle. Quand vous parcourez une liste de symptômes, découvrez d’abord trois, quatre, ou cinq ou six, ou autant qu’il en existe, de symptômes étranges, rares et particuliers. Travaillez ces symptômes d’abord [souligné dans le texte]. Ce sont les symptômes généraux ayant le plus de valeur, étant étranges, rares et particuliers, ils s’appliquent au patient lui-même. Quand vous êtes parvenue à une liste de trois, quatre, ou six remèdes qui possèdent ces premiers signes généraux, il ne vous reste plus qu’à trouver lequel ressemble le plus au reste des symptômes communs et locaux. Vos cartes perforées ne permettent pas de suivre cette méthode autant que je puisse en juger. Pour individualiser des remèdes vous devez posséder le répertoire le plus complet qu’on puisse trouver. »

Sans aller jusqu’à voir 40 personnes à l’heure, on peut tout de même déterminer très vite le remède indiqué si l’on comprend que tout notre travail repose sur l’individualisation à partir des symptômes caractéristiques qui doivent former à leur tour une image cohérente d’un remède.

Puisque notre stratégie consiste à trouver des symptômes caractéristiques, posons-nous la question :

 

Qu’est-ce qui rend un signe caractéristique ?

Le terme caractéristique s’applique au malade. Grâce à ce symptôme particulier, nous allons pouvoir déterminer une propriété rare du patient.

Pour guérir, la loi des semblables enseigne que le remède doit couvrir la totalité des symptômes qu’ils soient caractéristiques ou communs. Au paragraphe 5, Hahnemann enseigne qu’il faut tenir compte de la constitution physique du malade, de son caractère moral et intellectuel, de ses occupations, de son genre de vie, de ses habitudes, de sa situation sociale, de ses relations de famille, de son âge, de sa vie sexuelle, etc.

Hahnemann insiste ainsi sur les trois points essentiels qui forment l’anamnèse complète du cas:

  • L’individu, avec ses prédispositions, et sa constitution,
  • L’étiologie (causalités, etc.),
  • La symptomatologie (le mode réactionnel).

Tous ces faits sont importants dans l’anamnèse, mais ce serait une perte de temps de commencer par vérifier que le remède à prescrire figure parmi des listes interminables communes à de nombreux remèdes. La tactique du symptôme caractéristique consiste à vérifier avant toute chose que le remède possède le signe rare. C’est la seule façon efficace de prescrire : trouver les signes incontournables.

Il y a diverses façons pour un symptôme d’être caractéristique du malade.

Il peut être général en soi :

C’est à dire avoir une portée qui touche tout l’organisme. Une règle d’or : plus on s’approche des organes, plus on s’éloigne du malade. C’est ainsi que vous verrez le praticien chevronné perdre peu de temps à disséquer les symptômes locaux. Bien au contraire, il va très vite mettre en évidence deux ou trois symptômes généraux qui permettront d’emblée de restreindre le champ de recherche à une vingtaine de remèdes (ou moins).

Les signes généraux sont tous les signes et circonstances qui s’appliquent au malade en tant que totalité.

On distingue les signes généraux mentaux et les généraux physiques. J’abrège une discussion que tout le monde connaît déjà.

Je dois ajouter toutefois que les rubriques que je visite le plus sont celles listées dans les Modalités Générales du Plan Synoptique des Généralités. Elle définissent les réactions générales de l’organisme et fournissent des signes irréfutables car facilement objectivables. Pour prescrire efficacement il faut s’appuyer sur du tangible. Cela ne diminue en rien la valeur des signes mentaux, mais attention à leur interprétation souvent sujette à caution.

Tout au long des sections du répertoire on trouve d’autres signes généraux qui sont repérables dans le Plan Synoptique. Il faut les connaître aussi pour pouvoir les rechercher.

Ces signes généraux sont bien entendu ceux qui possèdent déjà une forte Valorisation absolue dans PcKent, de sorte que le logiciel cherche avant tout à trouver un médicament capable de couvrir les signes les plus importants.

 

Il peut être rare et étrange :

L’étrangeté se déduit des normes de l’espèce, en fonction aussi du sexe et de l’âge. Par exemple, un enfant qui aime le lait ne nous fera pas consulter la rubrique désir de lait, ou tout au moins on pourra écarter de la répertorisation ce symptôme banal s’il ne cadre pas de façon cohérente avec un remède. Par contre, l’envie de lait chez un adulte est rare, cela en fait un symptôme difficile à négliger.

En soi

Comme les gens qui tournent la tête du mauvais côté quand on leur parle ; la Matière Médicale fourmille ainsi de signes rares et étranges. Souvent c’est dans le domaine des sensations particulières, notamment les sensations « comme si » qu’on en trouve le plus. Je me souviens du cas d’un patient qui consultait pour des migraines qui duraient depuis 20 ans. L’énoncé des signes locaux n’apportait rien d’intéressant, cependant le patient finit par dire: « c’est comme si on me griffait le cerveau ». Une petite recherche dans PcKent me fournit la rubrique « Chats qui déchiquettent le cerveau », un ajout provenant de Hering, avec pour seul remède Arsenicum. Il ne restait plus qu’à s’assurer de la cohérence d’Arsenicum avec le reste du cas, ce qui est l’affaire d’une vingtaine de secondes.

Tout en respectant bien l’énoncé de la sensation par le malade, il convient de savoir exploiter artistiquement le symptôme en fonction de la matière médicale. Ainsi un confrère reprochait à Kent d’avoir utilisé Naja (avec un brillant succès d’ailleurs) chez une patiente souffrant de troubles cardiaques et de douleurs qu’elle disait être  » stitching  » alors que la pathogénésie du remède ne donne que des douleurs  » shooting « . Kent se fait alors un plaisir d’expliquer que cela revient du pareil au même car les deux termes conviennent à une douleur vive qui s’élance soudainement, même si  » stitching  » est censé représenter une douleur soudaine et piquante comme une aiguille transperçante et que  » shooting  » signifie un élancement douloureux fulgurant.

Modalisé :

Le symptôme peut être au départ général, commun ou local mais devenir étrange, rare et particulier, valorisé en vertu de la croix de Hering.

La plupart du temps c’est un symptôme commun, voire local, qui devient étrange. Là dessus, Hering a tout dit, cela se résume par sa fameuse croix :

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A travers l’une des éventualités de la croix de Hering, un signe commun va pouvoir devenir caractéristique : rien que par la modalité (mieux encore si elle est inusitée), une localisation (ou aussi la latéralité, le haut, le bas du corps) rare, une irradiation particulière d’une douleur, une alternance, une périodicité, ou une sensation bizarre.

Exemples : Une céphalée sans autre précision vaut zéro, si elle survient périodiquement toutes les semaines, elle devient plus caractéristique. Si elle alterne avec une douleur dentaire, ou si elle irradie au menton elle devient un signe caractéristique rare.

Une nausée tout court ne vous permet pas de choisir un remède. Si elle survient après manger, c’est toujours commun, mais c’est mieux, car modalisé. Si elle apparaît après avoir mangé des fruits elle devient caractéristique. Si elle survient pendant les caresses amoureuses, c’est carrément bizarre et étrange, vous n’avez carrément pas le droit de négliger les remèdes de cette rubrique.

Les cas tirés de la pratique de Kent le montrent amplement : les modalités valent de l’or. Le diagnostic différentiel dans PcKent prend tout son sens à travers les modalités. Donc recherchez les modalités, elles sont faciles à trouver en général.

 

Il peut être étiologique :

Dans le §5, Hahnemann parle de la cause occasionnelle la plus vraisemblable dont il faut tenir compte dans les maladies aiguës. Il en sera de même dans les maladies chroniques, mais dans ce cas il faudra être très prudent dans l’emploi des causalités car on peut toujours les interpréter. Je me rappelle ainsi le cas de quelqu’un qui était tombé malade depuis le décès de son mari. Elle avait consulté plusieurs homéopathes et je crois qu’elle avait dû absorber sans résultat tous les remèdes de la rubrique Suite de chagrin. En la questionnant bien sur les circonstances, elle m’apprit que les gendarmes l’avaient appelée le soir pour la prévenir: « j’étais au téléphone et j’ai eu l’impression que le sol s’ouvrait sous moi ». S’il y avait un signe étiologique à considérer, la rubrique Suite de mauvaise nouvelle me semblait la plus appropriée. Dans cette petite liste de remèdes figure Lyssin qui sautait au yeux si l’on considérait les impulsions qu’elle avait à se suicider avec des instruments tranchants. Ce remède lui fit le plus grand bien. En pratique aussi, attention à ne pas incriminer systématiquement les vaccinations. On les fait souvent vers le 3ème mois, âge vers lequel les anticorps maternels commencent aussi à disparaître, ce qui permet l’apparition des premiers troubles ORL.

D’un autre côté, l’étude approfondie de L’Organon et des Maladies Chroniques montre qu’il faut leur prêter une attention toute particulière. Il est très important de rechercher les signes « jamais bien depuis » (never well since comme disent les américains). Les patients sont fort bien placés pour savoir ce qui leur est arrivé, il faut savoir leur faire confiance quand ils disent qu’ils ne se sont jamais remis de la rougeole, d’un accident de voiture, de la prescription de tel médicament. Souvent ces facteurs étiologiques entraînent la création d’une nouvelle strate, qui se superpose aux précédentes (personnels ou hérités des parents). Nous en discuterons plus bas dans Les 4 dimensions de la cohérence.

 

Il peut être connu d’un seul ou au plus de 3 médicaments

C’est ce que l’on appelle une key-note. On comprend dans le cas d’une key-note comportant un seul remède, que cela peut être un raccourci fabuleux pour dénicher le bon remède, tout comme un piège qui vous pointera dans une mauvaise direction. Du fait que la matière médicale est loin d’être exhaustive, toutes les rubriques du répertoire doivent être considérées comme incomplètes. Ce serait donc folie de considérer une key-note comme une indication formelle. D’où la notion de cohérence. Le remède prescrit doit être cohérent avec le reste de la symptomatologie.

 

Il a une valorisation relative :

Pour ceux qui n’ont pas encore l’usage de PcKent, la notion de valorisation relative provient de la comparaison d’une rubrique fille avec le contenu de la rubrique mère. On se rend compte ainsi que certains remèdes figurent dans certaines sous-rubriques alors qu’ils sont absents de la rubrique de sens général. Cela entraîne donc une valorisation relative du remède pour le symptôme particulier qu’il peut présenter. On note de un à trois points la valorisation relative. Par exemple un remède au troisième degré dans une sous-rubrique et absent de la rubrique générale possédera une vrel (permettons-nous un néologisme !) de 3-0 = 3 points.

En formalisant ainsi la valorisation relative, on se rend compte que beaucoup de signes réputés caractéristiques chez les anciens auteurs sont justement ceux qui possèdent une forte vrel. La prochaine édition (imminente) du Répertoire inclura les vrels, je vous cite quelques exemples tirés de la section Yeux :

Voici la rubrique Douleur des yeux suite de contusion :

contusion, coup, suite de : blow, from : arn., SYMPH.

Les deux remèdes Arnica et Symphytum sont en gras, ce qui signifie que chacun est au troisième degré (autrement dit le symptôme est pathogénétique et a été maintes fois confirmé cliniquement). Mais, Symphytum apparaît en capitales, ce qui signifie une vrel de 3 points (Symph. est absent de la rubrique douleur des yeux en général). Cela valorise donc énormément Symph. dans ce traumatisme particulier alors que Arn. Convient à toutes sortes de traumatismes en général.

Prenons encore les rubriques douleur tiraillante vers l’arrière et la nuance  » comme une ficelle  » :

arrière, vers l’ : backward, the eyeball : agar., Aster., Aur-m., bov., Bry.3 », carb-s., cham., Crot-t., Cupr., graph., hep., lach., Mez., Nicc-s.3 », Olnd.3 », PAR., petr.3 », Phos.3 », Plb., Puls., Rhod., sep., sil., Stry., sulph., zinc.

ficelle tirant l’oeil en arrière vers l’occiput ou le cerveau, comme une : string, as with a, to back of head or into the brain : Crot-t., hep., lach., PAR., sil.

Le fameux Paris quadrifolia apparaît dans toute sa splendeur (bien qu’il soit talonné par Croton qui possède une vrel de deux points). C’est dire comme cette sensation lui est caractéristique puisque lors de l’expérimentation il n’a pas présenté d’autre sensation que celles dans lesquelles il apparaît avec trois points de vrel.

Bien que la valorisation relative caractérise un remède pour un symptôme donné, elle n’en demeure pas moins un moyen très fiable pour :

  1. Orienter dans la recherche du remède du patient. Ainsi dans une rubrique caractéristique du cas, il convient de chercher en priorité une cohérence avec l’un des remèdes possédant une forte vrel.
  2. Reconnaître et apprendre les signes caractéristiques des remèdes, qui constituent le  » squelette  » de sa pathogénésie. De la sorte, on constitue le portrait minimum d’un remède avec ses signes les plus caractéristiques. Lorsque l’analyse du cas vous aura révélé des signes caractéristiques qui conduisent à un remède donné, il conviendra de faire une synthèse en recherchant d’autres signes caractéristiques du candidat pour s’assurer de sa cohérence.

 

Comment exploiter les signes caractéristiques ?

Une fois que l’on est sûr de posséder un ou plusieurs signes définis comme caractéristiques grâce à l’arsenal de valorisation que nous venons de passer en revue, que faire ensuite ?

Eh bien, il faut être sûr qu’il soit clairement marqué. Les signes que le patient donne spontanément ont une immense valeur. Pour peu que l’on sache les mettre à l’aise les gens vous livrent souvent des perles. Par exemple plus d’une fois on se demande si un patient sort ou non les pieds de son lit dans le cadre d’une prescription de Sulfur. Eh bien ne ratez pas le cas où l’on vous dira « ah docteur, c’est terrible j’ai toujours les jambes qui brûlent, il faut que je les sorte du lit ». L’entourage aussi permet de connaître l’intensité réelle du symptôme, n’hésitez pas à poser des questions au conjoint, c’est souvent l’occasion d’une confrontation qui peut produire le signe qui vous manque pour établir une prescription. Apprenez aussi à observer l’expression du malade dans sa réponse. S’il cherche le sens de votre question pourtant clairement exprimée (enfin j’espère) c’est que le symptôme n’est pas marqué. Si vous demandez « comment aimez-vous les choses sucrée ? » et que le patient vous dise « eh bien, heu, bien, oui, j’aime bien un dessert » la réponse est négative. Si à la même question le malade bondit ou son visage s’anime : bingo ! vous avez l’intensité voulue. Sans négliger les signes mentaux, recherchez et basez-vous aussi sur des signes caractéristiques objectifs, ils sont assez irréfutables.

Une fois convaincu de la véracité du symptôme caractéristique, il faut se dire qu’un tel signe ne peut pas être omis et par conséquent on postule que le remède à prescrire se trouve dans la rubrique correspondante (tout en gardant bien à l’esprit que les rubriques sont potentiellement incomplètes), ou dans l’intersection des rubriques s’il y en a plusieurs.

C’est ici qu’intervient le facteur de cohérence. Toujours dans la même lettre, Kent nous dit: « Prenez les symptômes frappants rares et particuliers, puis voyez s’il n’y a pas de signes généraux dans le cas qui s’opposent ou contredisent l’indication du remède. Si vous voyez des key-notes d’Arsenicum, vérifiez ensuite si le patient est frileux, sensible à l’air, craintif, agité, faible, pâle, doit avoir le tableau accroché bien droit au mur, alors Arsenicum guérira »

On s’assure de la cohérence:

chez le malade

  1. en recherchant un ou plusieurs symptômes caractéristiques du remède a priori indiqué. Par exemple, si vous avez Pulsatilla en vue, demandez si la patiente a eu ses premières règles tard, si elle dort sur le côté avec les jambes repliées, si elle a froid en se couchant puis qu’ensuite ayant trop chaud, elle sort les pieds du lit, si elle a des problèmes veineux, si elle ne supporte pas le gras, ni la foule, si elle a besoin de plein air.
  2. en s’assurant que le remède possède bien le « profil » de l’évolution de la maladie. Par exemple une affection aiguë d’installation progressive ne répondra jamais à Belladona même si les symptômes semblent convenir. De même intervient la notion de miasme chronique. Par exemple devant un malade atteint de troubles phobiques, avec une tendance au poids, des affections chroniques des muqueuses, et/ou des signes articulaires, il vous faudra un homéo-sycotique.

chez les parents ou les enfants du patient

En recherchant des signes d’un remède voisin de celui que vous avez en vue. Dans ce cas il faut savoir que le remède d’une fille ressemble à celui du père, celui d’un garçon se rapproche de celui de la mère. Exemples : vous suspectez Pulsatilla chez une jeune fille. Il y a de grandes chances que son père relève de Sulfur, ou de Lycopodium. Si vous apprenez, sans même avoir besoin de le voir, que le père est carnassier, qu’il ajoute de la moutarde dans ses plats, qu’il a toujours trop chaud, cela vous confirmera l’indication de Pulsatilla chez sa fille.
Voici les principales interconnections que vous risquez de rencontrer. Le tableau qui suit n’est bien sûr qu’indicatif et mérite certainement d’être complété. En le lisant vous verrez qu’il n’y a rien de bien compliqué et vous comprendrez l’importance des relations médicamenteuses, qu’il faut connaître par coeur.

 

Parent Enfant de sexe opposé (probabilité décroissante)
Sulfur (Nux) Pulsatilla, Lycopodium, Sulfur, Silicea, Calcarea carbonica, Lachesis
Calcarea carbonica Lycopodium, Calcarea carbonica, Sulfur, Baryta carbonica, Silicea, Calcarea phosphorica (conjoint phosphorique), Sanicula
Lycopodium Pulsatilla, Lycopodium, Sulfur, Calcarea carbonica, Lachesis, Tuberculinum
Pulsatilla Lycopodium, Sulfur, Calcarea, Silicea
Silicea Sulfur, Lycopodium, Pulsatilla, Calcarea carbonica
Phosphorus Natrum muriaticum, Phosphorus, Tuberculinum, Arsenicum, Carcinosin, Calcarea phosphorica, Pulsatilla, Thuja
Natrum muriaticum Phosphorus, Sepia, Natrum muriaticum, Tuberculinum, Carcinosin
Sepia Natrum muriaticum, Lycopodium, Phosphorus, Pulsatilla, Tuberculinum, Carcinosin, Sepia

Ainsi la cohérence des symptômes nous fait entrer dans une dimension prédictive complètement inconnue de la vieille médecine, à la plus grande surprise des malades qu’il faut rassurer le plus souvent (une fois j’ai une patiente qui s’est signée devant moi en me disant d’un air effrayé « on m’avait bien prévenue que vous aviez des pouvoirs », j’ai eu de la peine à la convaincre que je n’avais pas pactisé avec le Malin.).

Si la recherche de la cohérence vous fait dénicher deux ou trois signes caractéristiques du remède à tester, n’hésitez plus, donnez le ! Mathématiquement il ne peut pas y en avoir un autre indiqué. Au besoin, gardez en réserve un ou deux remèdes dont vous pourrez avoir besoin par la suite et qui sont souvent des complémentaires de votre prescription.

Attention, tout l’art consiste à ne pas induire la réponse du patient. Si vous cherchez des signes d’Arsenicum ne dites pas « n’est-ce pas que vous êtes quelqu’un de méticuleux ? », question à laquelle aucun malade n’osera répondre non. Mais plutôt « comment supportez-vous le désordre ? ».

 

Les 4 dimensions de la cohérence

Nous venons de voir comment les signes et symptômes caractéristiques nous guident vers le remède indiqué. Celui-ci, pour guérir, doit être cohérent avec tous les aspects de la maladie. On connaît les dimensions spatiales (localisations), étiologiques, et symptomatiques. Il faut ajouter une dimension chronologique, comme nous l’apprend la loi de Hering. « Les derniers symptômes qui ont été ajoutés à une maladie chronique qui évolue pour son compte (sans avoir été aggravée par un drogage intempestif) sont toujours les premiers pour mener au traitement anti-psorique ; mais les troubles les plus anciens ainsi que ceux qui ont été les plus constants et inchangés, parmi lesquels on compte les affections locales constantes, sont les derniers à céder au traitement ».

Si vous employez des hautes dynamisations, le phénomène (peut être le terme est-il préférable à celui de loi) de Hering est une manifestation habituelle dans vos cas chroniques. Ce phénomène, des patients disent « on passe le film à l’envers », indique l’existence de « couches » ou « miasmes » superposées dans l’organisme au fil du temps.

L’évolution et l’étude des couches chroniques est un facteur fondamental dans le traitement. Je vous incite fortement à lire les paragraphes 31 à 46 de l’Organon, où Hahnemann explique comment en fonction de susceptibilités variées les malades peuvent acquérir des affections souvent de caractère dissemblable entre elles. Il étudie tous les cas de figure possibles d’interactions et de combinaisons entre maladies dissemblables. Cela s’applique à l’aigu, mais aussi et surtout au chronique. L’existence de miasmes nous mène à souligner l’importance des signes étiologiques : un facteur causal externe pourra greffer sa propre couche sur toutes celles déjà accumulées.

Prenons le cas d’un enfant qui a toujours le nez encombré de sécrétions purulentes, des végétations, qui dort à quatre pattes, présente des taches brunes à la peau, fait des gastro-entérites à répétition. Nous admettrons que son état nécessite Medorrhinum qui reflète probablement une sycose héritée des parents. Maintenant, une vaccination tombe à un moment où sa susceptibilité personnelle est exacerbée : des troubles s’ensuivent il fait de la fièvre, la supporte visiblement mal, en reste « patraque », sa courbe de croissance (certainement déjà pas fameuse) s’infléchit dès lors. En grandissant il présente des troubles obsessionnels, une odeur particulière de la transpiration, un fort désir de sel, des verrues. L’indication de Thuja est à la portée de tout le monde. Supposons maintenant qu’il ait pris un traitement allergisant, du genre pénicilline, et que sa susceptibilité particulière à ce moment là lui permette de réagir sur le plan dynamique : un nouveau miasme se greffe (attention : il serait faux de croire que chaque traitement pris dans l’histoire d’un malade puisse à tous les coups greffer un miasme). Il fait de l’urticaire, des troubles cutanés chroniques, peut être ses désirs alimentaires changent pour le sucré, il éprouve moins ses phobies mais reste très méticuleux pour des riens. L’indication de Sulfur est nette.

Vous voyez comme le remède doit aussi être cohérent avec chaque couche que le traitement va attaquer. Si le cas est simple, les couches sont seulement superposées, il suffit de prendre en compte les signes les plus récents ; c’est à dire qu’après Sulfur, l’indication de Thuja apparaîtra, puis peut-être celle de Medorrhinum.

Plus les malades ont pris de traitements, plus tout cela peut se compliquer. Des symptômes appartenant à différentes couches peuvent se mêler. Dès lors vous n’obtiendrez pas d’image cohérente si vous additionnez à la fois tous les symptômes présents. Ce qui nous sauve dans ce cas est d’apprendre quel est le facteur causal le plus récent et la pathologie qu’il a pu entraîner. C’est le groupe de symptômes appartenant à cette couche qu’il faut considérer comme un tout et traiter d’abord.

David Little (little@maui.net, merci Internet !), que je tiens pour l’un des homéopathes les plus éminents, est très catégorique et dit que tout changement dans l’état mental ou physique doit être considéré avec autant de valeur qu’une rubrique de type « jamais bien depuis », qu’il faut y porter une attention toute particulière dans l’histoire du cas, car cela signe certainement l’apparition d’une nouvelle couche. C’est une idée très intéressante dans la mesure où les facteurs causaux initiaux ne sont pas toujours apparents (voir Temps et progression).

Parmi les facteurs étiologiques les plus fréquents, je vous cite en catalogue à la Prévert : maladies familiales, traumatismes à la naissance (ou même de la mère pendant la gestation), vaccinations, maladies infantiles, maladies graves, drogues (de la vieille médecine ou toxiques), traumatismes physiques ou psychologiques (chagrins, frayeurs, déceptions, etc.).

 

Conclusion

A travers la cohérence des symptômes, nous avons vu comme la Doctrine, le Répertoire et la Matière Médicale marchent la main dans la main. Pour pouvoir appliquer la cohérence, il faut comprendre sur quels points de l’Organon elle repose. Notamment, j’ai « réhabilité » les signes étiologiques dont je demandais toujours la plus grande prudence dans leur emploi, car on ne peut les comprendre et bien les exploiter que dans l’optique des miasmes et de la susceptibilité individuelle (§31-46).

Puis il faut savoir exploiter le Répertoire pour trouver les bonnes rubriques (ceux qui ont PcKent apprécient régulièrement que le logiciel connaisse déjà la valeur absolue des symptômes, et l’index général qui permet de trouver des nuances de sens inattendues).

Enfin, vous devez connaître ce que Candegabe appelle le syndrome minimum d’un remède pour pouvoir en rechercher des signes confirmateurs. Il faut étudier la matière médicale, et regarder chaque remède comme un malade afin de garder en mémoire quels sont les signes caractéristiques. A cet égard, le Synoptic Materia Medica de Vermeulen est parfait, je le recommande chaudement. Dans cet apprentissage, la valorisation relative fournit un outil précieux : à force de regarder les rubriques du répertoire, vous assimilerez les rubriques caractéristiques d’un remède.

A tout ceci j’ajouterai une notion statistique : votre expérience allant croissant, vous arriverez peu à peu à vous faire une idée des signes les plus fréquemment rencontrés dans un cas de tel ou tel remède. Bien entendu vous aurez à cœur de rechercher ces signes fréquents pour confirmer la cohérence du remède.

Notre travail demande de la finesse, sans cesse il faut passer de l’analyse des symptômes à la synthèse en tentant d’établir une vue cohérente. Dès qu’un remède devient cohérent grâce à la mise en évidence de deux ou trois signes caractéristiques, donnez le. Ne perdez pas votre temps à détailler des symptômes locaux sans importance, visez la tête !

 

Appendice

Cette discussion nous a amenés à envisager de nombreux points : signes caractéristiques, miasmes, étiologie, signes locaux ou généraux, et j’en passe. J’ai pensé qu’il pourrait être utile de mettre tout cela dans le cadre cohérent de la recherche des symptômes chez le malade.

Vous connaissez certainement un article de Bonninghausen (paru en anglais dans ses Lesser Writings) intitulé « Une contribution au jugement concernant la valeur caractéristique des symptômes ». Bonninghausen y expose son plan pour la prise du cas, conçu de façon à inclure toutes les facettes jugées importantes par Hahnemann. Kent a beaucoup combattu le plan initial de Bonninghausen car il jugeait avec raison que cette approche est centrée sur l’affection à traiter et fait considérer comme concomitants des signes très importants dans la hiérarchie.

Si l’on a bien en tête l’idée du patient d’abord, ce plan devient alors intéressant dans ce sens qu’il permet une vue synthétique sur tous les points à évoquer. David Little m’a fait parvenir sa propre version du plan de Bonninghausen, qui est bien supérieure à l’original et dont je me suis inspiré à mon tour… La voici.

Constitution et tempérament

A quoi ressemble le malade ?

Description physique, teint, couleur de peau, constitution, âge, sexe, etc. La constitution physique est importante puisque c’est par là qu’on aborde l’individu et qu’elle dépend à la fois d’états acquis ou hérités des parents. Il y a de nombreux remèdes associés à certaines caractéristiques physiques comme Calcarea carbonica chez les sujets de type leuco-phlegmatique pâles, lents, frileux, avec une tendance au surpoids, qui transpirent ou bien comme Phosphorus chez les individus plus nerveux de tempérament sanguin, au thorax étroit, les yeux clairs, à la tendance tuberculeuse.

L’homéopathie est basée sur l’action physiopathologique d’une drogue capable de perturber le fonctionnement de l’organisme et d’entraîner des symptômes. Bien que jamais Pulsatilla n’ait rendu les femmes blondes, ni coloré les yeux en bleus, il n’en est pas moins vrai que les femmes ayant ce morphotype font évoquer le remède car c’est cliniquement souvent vrai et que lors des expérimentations, c’est ce type de sujet qui s’est montré le plus sensible. Seuls les symptômes permettent d’établir la prescription, la description physique peut mettre sur la piste, mais il faut faire attention de ne pas être rigide et bien comprendre que des sujets bruns répondront parfaitement à Pulsatilla si les symptômes agréent.

Kent disait que l’homéopathe expérimenté reconnaît certains remèdes à leur « look ». Notons que cette notion transcende de beaucoup les systèmes de tempéraments tels que celui d’Hippocrate qui comprend quatre grands types et douze mixtes. L’homéopathie est allée au-delà de ces notions classiques en individualisant les traits associés aux remèdes homéopathiques à travers les pathogénésies et les confirmations cliniques.

Son tempérament ou disposition

Quel est le profil psychologique ? Comment a-t-il changé au fil des années ? Si c’est le cas, qu’est-ce qui a causé ce changement et quand ? Quels sont les rapports avec la situation actuelle ? Quels signes mentaux sont rares, étranges et particuliers de l’individu, lesquels sont plus banals ?

Quel est son tempérament habituel ? Dans quels domaines les pensées cadrent-elles avec la réalité, dans quels autres l’entendement ou la perception est-elle modifiée (illusions, etc.) ? Désirs et aversions. Ces illusions ou perceptions erronées ainsi que les désirs et aversions constituent le centre de gravité autour duquel gravitent les autres satellites émotionnels.

Les réactions sont elles appropriées à une situation donnée ou non ? Comment est la sexualité ? Comment affecte elle l’état mental ou physique ?

Le genre de vie

Le genre de travail, les occupations, la situation sociale. Comment cette situation affecte le malade. Existe-t-il là des facteurs excitants ou entretenant la maladie ? Si oui, cela peut être un obstacle à la guérison.

Etiologie

Les causes en rapport avec la maladie, sont elles uniques ou multiples, héritées ou acquises, organiques ou psychologiques. Voici les facteurs que Hahnemann a détaillés dans l’Organon :

Affections aiguës

Facteurs étiologiques : causes excitantes.

  1. Sporadique, météorologique.
  2. Epidémique, miasme aigu.
  3. Individuel, exacerbation de miasme chronique.

Affections chroniques

Facteurs étiologiques : iatrogènes, entretenants, causes fondamentales.

1.Maladies iatrogènes.

  1. Traitements médicaux.
  2. Vaccinations.
  3. Toxiques, poisons, etc.

2.Maladies liées au  » stress « , induites par la persistance de la cause.

3.Miasme chronique.

  1. Non vénérien : psore, pseudo-psore, cancer.
  2. Vénérien : sycose, syphilis, sida.
  3. Acquis ou hérité.

Affections traumatiques

Traumas psychiques ou physiques

Localisation

Régions de l’organisme : psychisme, tête, dos, etc.

Système : nerveux, digestif, glandulaire.

Extensions.

Sensations

Type de douleur : brûlante, crampe, pressurante, etc.

Sensation  » comme si « .

Sensations générales qui affectent l’être entier.

Modifications

Les effets thermiques : chaleur, froid, air, y compris l’humidité, etc.

Les effets de la position, mouvement, pression, d’être allongé, assis, de marcher, d’être debout, etc.

Les modalités générales (voir le Plan synoptique du répertoire).

Concomitants

C’est à cause de cet article, que Kent a (fort justement d’ailleurs) poursuivi Bonninghausen de ses foudres. Par exemple, prenons le cas d’un malade présentant une douleur du genou, chez lequel se développe aussi une phobie des endroits élevés. Si la plainte du malade est sa douleur du genou, le signe mental n’apparaît que comme un concomitant. Par contre, si l’on veut bien hiérarchiser les signes, il est clair que la phobie a une bien plus haute importance que le genou car caractérisant le patient ; c’est donc avant tout la phobie qu’il faut considérer, et non pas la partie malade.

Si on ne prend pas garde, la méthode de Bonninghausen conduit à s’occuper moins du malade que de ses parties, on regarderait d’abord les remèdes de douleur du genou, pour ne retenir parmi ceux-ci celui qui a la phobie des hauteurs. Or, j’ai souvent eu l’occasion de le dire, les expérimentations n’ont que très rarement été poussées jusqu’au stade lésionnel, donc les rubriques locales sont souvent très incomplètes. C’est pourquoi je vous demande de bien replacer ce chapitre dans le contexte du patient.

  1. Symptômes généraux et modalités générales qui affectent tout le malade.
  2. Signes rares, étranges ou particuliers qui ne sont pas en rapport direct avec la région affectée.
  3. Symptômes qui n’ont rien à voir avec l’affection et qui apparaissent en même temps ou en alternance.
  4. Groupes (ou séries comme disait Demangeat) de symptômes en rapport avec l’affection principale.

Temps et progression

Quand les troubles sont-ils apparus ? Quels sont les signes apparus les premiers ? Ainsi la localisation initiale d’un eczéma est-elle souvent importante dans le choix du remède.

Il convient d’établir une progression selon laquelle les facteurs étiologiques ainsi que les signes et symptômes qu’ils ont provoqués s’ordonnent en fonction du temps. C’est ce que les américains appellent la  » time-line « .

  1. Période des 24 heures, périodicité, etc.
  2. Comment les symptômes s’installent ou partent ? Lentement ou soudainement, etc. (voir le Chapitre Douleur dans les Généralités).
  3. Causes acquises en fonction du temps. Quels troubles proviennent de l’héritage paternel et maternel.
  4. Se faire une idée des strates de miasmes chroniques accumulées selon les différents tableaux ayant évolué avec le temps.

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3 réponses à “La cohérence” Subscribe

  1. Lise1 26/10/2017 at 22:05 #

    super intéressant, merci

  2. Terrasienna 27/10/2017 at 18:11 #

    Magnifique article, très précieux. Merci Clo.

    Est-ce que la différence de méthode entre Bonninghausen et Kent ne viendrait pas d’une grande différence de niveau de santé? Lorsque l’atteinte émotionnelle et mentale n’existe pas, les signes physiques sont peut être les seuls sur lesquels on peut s’appuyer.

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