Kalium bromatum – Edouard Broussalian

Je voudrais vous entretenir de ce remède assez particulier qui s’adapte à bien des situations fréquemment rencontrées chez l’enfant et dans la dépression de l’adulte. Plus on étudie Kalium bromatum, plus on se rend compte de son immense champ d’action, de telle sorte que j’ai préféré comme d’habitude être didactique afin de vous présenter les situations les plus courantes dans lesquelles vous avez toutes les chances de le rencontrer.

Généralités

Le  » bromure « , comme on dit familièrement, est employé en quantités chimiques en tant que sédatif. Traditionnellement, il inhibe aussi les pulsions sexuelles de sorte qu’il était paraît-il employé dans les boissons des garnisons. J’ai encore le souvenir de l’un de mes compagnons d’armée à Libourne qui avait fait une sortie terrible à notre colonel en l’accusant d’avoir mis du bromure dans ses aliments, seule explication à ses yeux de la diminution de ses performances sexuelles pendant notre séjour là-bas.
Notre pauvre colonel avait dû faire passer une circulaire garantissant aux jeunes aspirants que nous étions l’absence de tout drogage dans les aliments !

Plus sérieusement, nous verrons que le bromure administré sur un plan dynamique provoque au contraire une excitation sexuelle ; tout au long de notre étude nous allons d’ailleurs constater que le même remède produit des symptômes opposés.

Selon moi un point d’appel majeur du remède est le suivant : les déprimés qui gardent une libido normale (voire exagérée). Cette dépression s’accompagne d’un sentiment intense d’abandon qui fait de Pulsatilla le principal remède avec lequel on confond Kali-br.

Le médicament affecte grandement la sphère mentale, et le tissu nerveux avec un impact tant sur le plan mnésique que des perceptions (nombreuses hallucinations), et du moral (dépression intense). Il est connu en toxicologie pour la somnolence diurne qu’il provoque ainsi que la désorientation temporo-spatiale, l’irritabilité et les hallucinations. Il convient homéopathiquement à des formes de dépression associées à des phénomènes d’illusions ou de ferveur religieuse.

Toujours au sujet de l’atteinte neurologique, Kali-br est un grand remède d’épilepsie.  » Il produit des accès épileptoïdes et agit très bien dans l’épilepsie, surtout si cette épilepsie est associée à des excès sexuels, ou quand les crises se produisent pendant ou après les règles; ou bien à la nouvelle lune  » Dr. Schmidt. J’ai vu un cas de ce type chez un enfant chez qui Rana bufo avait échoué, et qui présentait l’association épilepsie + excitation sexuelle.

Le bromure de potassium est aussi connu pour provoquer des atteintes acnéiformes ; la pathogénésie confirme cette indication tout en la développant vers d’autres pathologies cutanées : urticaire, psoriasis, ecthyma.

Enfin, il perturbe à doses massives le tube digestif en provoquant une anorexie et une forte constipation. Nous verrons que sur le plan homéopathique c’est un très grand remède de diarrhées et de syndrome cholériforme. Ce sont les concomitants produits par l’excitation nerveuse qui fournissent très souvent l’indication du remède : tendance aux spasmes, excitation sexuelle, agitation ; nous allons étudier cela dans le détail.

Pour le moment je vous conseille de retenir quelques mots clés qui forment le squelette du remède :

  • Dépression + abandon
  • Illusions, imaginations ; ferveur religieuse
  • Excitation sexuelle
  • Acné, éruptions croûteuses
  • Diarrhée

Un remède de dépression

Le plus souvent chez l’adulte, le motif de consultation est la dépression, qu’elle soit chronique ou de survenue récente.

Avec le sentiment d’abandon

Le patient, souvent du sexe féminin, se présente le plus souvent en larmes, profondément déprimé, souffrant terriblement d’un sentiment d’abandon.

  • L’erreur classique est alors de confondre Kali-br avec Pulsatilla, en tout cas c’est ce que j’ai fait pendant des années. La ressemblance est renforcée par la tendance dans les deux médicaments à pleurer sans raison ou bien involontairement. Dans Pulsatilla il existe une ouverture vers l’autre, une compassion, qui est absente de Kali-br lequel a volontiers tendance à gémir sur son sort. Les nombreuses modalités contradictoires de Puls ainsi que ses désirs et aversion alimentaires font la différence. Méfiez vous d’une dépressive qui ressemble à Pulsatilla mais n’a pas d’aversion pour le gras, c’est peut être un Kali-br qui se cache ! Les deux remèdes s’opposent aussi par leur impact sur les membres. Les deux présentent du tremblement : Kali-br provoquant du tremblement (par anticipation, quand on attend quelque chose de lui) alors que Puls présente des tremblements causés par l’anxiété. Cependant Kali-br affecte les membres supérieurs, avec de l’agitation de la main, du prurit du membre supérieur < au lit alors que Puls affecte les membres inférieurs volontiers provoquant une agitation du pied, du prurit du membre lui aussi < à la chaleur du lit.

Dans Kali-br on trouve une très forte anticipation. Cette anxiété est centrée sur la peur de se trouver abandonné. Nous verrons plus loin que c’est fréquemment rencontré chez l’enfant.

Avec les troubles amnésiques

En y regardant de plus près on constatera que la dépression s’accompagne de nombreux troubles de la mémoire. La perte de la mémoire est certes un signe classique dans la dépression mais, Kali-br est certainement l’un de nos remèdes les mieux adaptés dans la circonstance.

Concentration, difficile (1). Confusion (1). Confusion, identité, quant à son (1), réveil, au (1). Lenteur de compréhension, difficulté à penser ou à comprendre (3), comprend les questions qu’après répétition, ne (1). Mémoire, faiblesse de la (2), dates, pour les (1), mots, pour les (2), noms propres, pour les (1). Oublier, oublieux (2), matin, réveil, au (2,2/3), mots, en parlant (2), nom, son propre (1), réveil, au (1). Pensées, vagabondes, changent continuellement (1). Répondre, décousue, de façon (1), lentement (2), répète d’abord la question (1). Torpeur (1).

Il est très rare que ces troubles de la mémoire n’apparaissent pas lors de l’entretien, le patient ou son entourage ne manqueront pas d’en témoigner. Il faut aussi penser à chercher de nombreux troubles qui affectent la parole ou l’écriture :

Erreurs, écrivant, en (2), omet des, lettres (1), omet des, mots (1), omet des, syllabes (1), répète des mots (1), mots inapproprié, utilise des (2), opposés, par ex chaud pour froid, etc. (2), mots, inverse les (1), place mal les (1), parlant, en (1).

Les signes que je cite ci-dessus sont capitaux, n’envisagez pas de prescrire chez l’adulte sans l’une au moins de ces manifestations. Le plus frappant est la dyslexie, la tendance à utiliser des mots opposés comme froid pour chaud. Dans le cadre d’une prescription chronique, c’est un bon signe d’appel du remède. La rubrique est toutefois incomplète et de nombreux autres remèdes devraient sans doute la compléter.

Avec les illusions

Les illusions caractérisent la dépression de Kali bromatum. Le patient ne cesse de s’imaginer des choses qui l’effraient. Par exemple la nuit chez les femmes enceintes on a le sentiment d’avoir commis des choses affreuses, un crime du genre assassiner leur enfant ou leur mari (Hering) ou bien la tendance à ressasser sans cesse que leur enfant est mort ou va mourir.

La patiente se persuade qu’elle ne vaut rien, interprète tout ce qui se produit dans la vie courante comme autant de choses qui méritent de lui arriver tellement elle est médiocre,  » c’est ce que je mérite ; c’est bien fait pour moi « . C’est le fameux signe  » persuadé d’être l’objet d’une vengeance divine « . On trouve alors très volontiers des signes de ferveur, d’exaltation religieuse, le besoin de prier sans arrêt.

La patiente ne cesse d’imaginer ainsi des situations qui alimentent sa dépression ; plus ces pensées sont présentes plus surviennent les crises de larmes incontrôlables. On entend volontiers des expressions du genre  » je me fais des films « ,  » je nourris ma peur « .

Je pense qu’il faudrait explorer les indications de Kali-br dans l’anorexie mentale (Plat.). Le tableau mental correspond bien à l’affection. D’autre part on trouve dans Hering :  » femmes hystériques qui vomissent leur repas après chaque repas, spécialement si elle ont été sujettes à de fortes émotions « . C’est une voie de recherche que je livre à vos réflexions.

La libido conservée

C’est l’un des signes concomitants dans toute pathologie appelant le remède. Comme vous le voyez, les deux sexes sont concernés.

GENITAUX MASCULINS: Désir sexuel, augmenté (1), diminué (1), excessif (2), violent (2). Emissions séminales (2). Erections, douloureuses (2), gênantes, nuit (2,2), prolongées (2), violentes (2).

GENITAUX FEMININS: Désir, augmenté (2), règles, pendant (1), violent (2). Douleur, ovaires, continence, suite de (1), sexuel, pendant le désir (2/1). Stérilité, désir sexuel excessif, suite de (2,2).

Le contraire existe dans la matière médicale (ce n’est pas nouveau de constater qu’un remède produise deux manifestations opposées), mais à présent je n’ai jamais encore évoqué Kali-br dans l’absence de désir ou l’aversion pour les rapports.

A noter les manifestations ovariennes liées au désir sexuel ou sa continence.

  • Ici, Kali-br peut faire penser à Conium à cause des troubles en rapport avec la continence, la tendance commune aux indurations, tumeurs, et kystes. Conium aussi étant très dépressif. Conium a des côté autoritaires qui le fait passer souvent pour un cas de Lachesis (à la ménopause très souvent), Kali bromatum n’est pas autoritaire quant à lui. Conium réalise un état de repli sur soi progressif. Les malades Conium en arrivent souvent à contrôler leurs émotions, ils sont capables d’envisager froidement leur cancer généralisé. Cet état est bien évidemment complètement opposé à Kali bromatum qui n’arrête pas de se faire des idées au sujet de son état, au point d’avoir peur de la folie. N’oubliez pas que Conium présente toutes sortes de vertiges qui sont bien plus rares chez Kali-br. Cela dit, les choses sont assez compliquées si l’on considère le plan sexuel. Conium a bel et bien du désir sexuel et se trouve dans l’obligation de le refouler (on pourra d’ailleurs penser qu’il cherche peut être à le refouler d’autant plus qu’il est intense). Dans certains cas on arrive au point où la suppression est  » parfaite  » : plus le moindre désir. Les troubles surviennent à cause de l’effort de suppression du désir. Si l’on n’a pas à l’esprit ce qui précède, on ne peut pas comprendre pourquoi Con. est présent dans la rubrique Désir sexuel déclenché facilement. Dans Kali bromatum, l’excitation sexuelle est intense au point de provoquer des troubles. Ces troubles sont < pendant le désir d’où aussi le symptôme < suite de continence, tant que le désir n’est pas assouvi. Après une période sthénique, tout remède connaît une phase asthénique où les symptômes de non réaction apparaissent. C’est pourquoi on trouve aussi Kali-br dans Désir sexuel absent.

L’agitation, les spasmes

Elle accompagne fréquemment beaucoup de troubles. Il peuts’agir d’une agitation généralisée qui n’a en soi rien de caractéristique. Mais surtout cette agitation concerne les mains et les membres supérieurs :

PSYCHISME: Gestes, mains, des, mouvements involontaires (1,1), tord les mains, se (1,1).

MEMBRES: Agitation (3). Agitation, mbres sup, main (3,3).

Voici quelques tableaux que Hering décrit magnifiquement :

Asthme spasmodique des enfants, forte dyspnée, visage livide ; toux sèche, nerveuse ; agite les bras en tous sens ; contraction spasmodique des muscles qui mettent l’enfant en état d’opistothonos.

Bronchite capillaire des enfants (bronchiolite) avec une dyspnée intense, les bras jetés en tous sens ; contraction spasmodique des muscles, opisthotonos.

L’agitation ci-dessus se conçoit à cause de la dyspnée et de l’angoisse que cela génère, aussi l’agitation des mains est-elle plus caractéristique du remède en tant que signe mental. Vous trouverez dans tous les manuels l’agitation des mains (qui possède trois points de valorisation relative, mais cela aucun auteur du passé ne l’avait encore formalisé).

HERING VALORISATION 3 Les mains et les doigts sont en mouvement constant ; s’occupe à secouer les doigts.

HERING BARRE DOUBLEBARRE HERING Les mains sont constamment agitées ; toutes sortes d’illusions effrayantes ; parcourt sa chambre en gémissant sur son sort ; d’un pas mal assuré ; plein de peurs.

L’anesthésie, les parésies

C’est un autre concomitant rencontré dans les troubles qui appellent Kali-br. Voici ce que nous livre le répertoire.

TETE: Engourdissement, sensation d’ (1), cerveau (1).

YEUX: Insensibilité (1).

BOUCHE: Engourdissement (2).

GORGE: Anesthésie (2). Engourdissement (2).

VESSIE: Miction, conscience d’uriner, sans
(1).

URETHRE: Engourdissement (1).

GENITAUX FEMININS: Insensibilité du vagin (1).

LARYNX: Anesthésie, larynx (1/1). Insensibilité du larynx (2/1).

MEMBRES: Engourdissement, mbres inf (2,2).

PEAU: Anesthésie (2).

GENERALITES: Engourdissement externe (1), corps, de tout le (3,2). Fourmillement, externe (1). Paralysie, post diphtérique (1).

Je ne commente pas les symptômes ci-dessus pour me focaliser sur deux d’entre eux qui ont une valeur particulière.

Le premier concerne les phénomènes parétiques volontiers rencontrés dans le remède. Sans observer de nos jour de paralysie il faut savoir observer les petits signes tels que le ptôsis, ou une sensation de lourdeur des paupières. Ceci se rencontre volontiers en aigu ce qui peut faire évoquer Gelsemium ou Causticum ou Sepia.

  • Trop de signes séparent Kalium bromatum de Sepia et de Gelsemium, cependant Causticum est un grand remède du larynx avec lequel la confusion est possible. Causticum frappe le tissu nerveux en provoquant des paralysies indolores, l’aphonie n’est pas accompagnée de douleur, elle survient ou est très < le matin, après une exposition au froid ou un surmenage de la voix, avec des mucosités dans le larynx. L’inflammation produite par Kali-br entraîne une toux qui est très vite sifflante, à composante laryngée. Il n’y a pas comme dans Caust d’enrouement, mais plutôt une toux sèche, rauque, sans modalité nette comme celle de Caust, qui est notamment > en buvant froid, qui s’accompagne aussi de fuites urinaires. Enfin, s’il peut exister de l’enrouement chez Kali-br, c’est une enrouement douloureux, comme celui de Phosphorus.

Le second concerne cette absence de sensation en urinant, le malade ne sent pas l’urine s’écouler dans l’urèthre. Ce signe évoque principalement Causticum, qui rivalise décidément avec Kali-br, mais aussi Argentum nitricum, qui est empli de phobies là où Kali-br est empli d’illusions et de dépression. Il faut penser à rechercher ce signe chez les patients car il est rare de l’entendre spontanément. On sera surpris de trouver des réponses affirmatives chez un nombre non négligeable de cas.

Historiquement il faut noter que Kent a créé un chapitre Sensation dans la section Urètre, regroupant sous ce chapitre diverses sensations disparates. Mon père, le Dr. Georges Broussalian avait déjà remarqué ce début de classement des symptômes que Kent a manifesté. C’est de là que j’ai développé à mon tour la notion de plan synoptique qui nous est si utile pour la valorisation absolue des symptômes.

Les pathologies cutanées

Le granulome annulaire

C’est une affection assez rare qui se développe sur les doigts, avec la survenue à la face dorsale, d’une sorte de bourgeonnement circulaire, comme des verrues. On en ignore l’étiologie et la scarification est le seul traitement proposé actuellement. Outre que ce genre d’incision s’avère assez barbare, il faut noter que ce faisant on a un risque de disséminer les lésions.

Après avoir soigné quelques malades avec Kali-br indiqué sur le plan général, j’ai eu la surprise de constater la régression rapide de ces lésions. Aujourd’hui, je puis vous garantir que Kali-br s’avère être le spécifique du granulome annulaire, cette seule lésion suffit à indiquer le remède. On trouve Kali bromatum cité dans la matière médicale et le répertoire dans la rubrique Tubercules ombiliqués, c’est probablement ni plus ni moins qu’une autre façon de dire granulome annulaire.

L’acné

Le Dr. Schmidt écrit :  » au point de vue cutané, le bromure de potassium provoque les symptômes typiques de l’acné, et une grande variété d’éruptions. C’est du reste un des remèdes les plus fidèles et les plus réputés dans l’acné, souvent à la 30e donnée tous les jours pendant 2 ou 3 semaines. C’est le remède du follicule sébacé et de tous ses
troubles.  »

Je partage de plus en plus cette opinion, devant de nombreux cas d’acné isolée, sans ou avec peu de signes généraux, il faut évoquer Kali-br. Pour ma part je ne prendrais pas le risque de répéter une 30CH de la sorte, une prise liquide quotidienne de LM2 ou LM3 fait merveille.
J’expérimente en ce moment aussi suis-je loin de pouvoir conclure. Dans ce genre de cas défectifs on fait feu de tous bois, rappelez vous que la constitution de Kali bromatum est de type  » lymphatique  » comme dit Hering.

Pour ma part je retiens que ce ne sont pas les patients sthéniques ou pléthoriques du genre Sulfur qui sont des sujets à répondre au remède, mais bien des sujets pâlichons, amaigris.

Le psoriasis

Comme nous l’avons vu au sujet de l’acné, Kali-br est un remède trop peu souvent évoqué dans ce genre d’affection bien qu’il produise des résultats très intéressants.

Un jour j’ai repris le cas d’une patiente atteinte de psoriasis depuis des années et que je ne parvenais absolument pas à soulager. Après l’échec de nombreux polychrestes, je finis par me demander ce que je pouvais bien retenir de son cas. Nerveuse, mince, elle sursautait facilement, ce qui m’avait fait penser à Phosphorus. Sensible, elle avait besoin
d’affection, ce qui me faisait penser aussi à Pulsatilla.

Cette fois je pensais à explorer un peu plus les troubles du sommeil pour apprendre qu’elle grinçait des dents. Cette évocation lui fit dire qu’enfant elle faisait beaucoup de somnambulisme. Cela me suffit à prescrire Kali-br, à l’époque en dose sèche de 200. Le résultat fut spectaculaire comme c’est souvent le cas avec le remède bien ciblé, avec régression des plaques selon la loi de Hering, etc. Une seule prise de 200 agit plusieurs mois avant de commencer à s’épuiser. La M fit à nouveau disparaître les lésions (je passe évidemment sur le résultat du remède sur le plan général). Début 1999, notre patiente se porte comme un charme et attend son premier bébé.

Un autre cas, celui de Mme C. Pierrette, que je revois aujourd’hui. Elle a été longtemps sous Sepia avant que n’apparaisse l’indication de Natrum muriaticum. Sur le plan général le remède réussissait bien, les lésions de psoriasis étaient bien améliorées aussi. La patient avait des douleurs du larynx en chantant qui ne répondaient pas à Nat-m. Sa déprime finalement revint au premier plan, avec une sensation d’ennui profond. S’ajoutaient à ce tableau auquel Nat-m répondait imparfaitement, des cauchemars très effrayants, et un peu d’asthme, surtout au réveil. Kali-br LM2, 5 secousses, 2 gouttes par jour a fait merveille. Plus la moindre lésion en quelques jours, plus de cauchemars, la dépression n’est plus qu’un souvenir.

Les tumeurs

Les éruptions ont déjà une nette tendance à être épaisses, très croûteuses. Cette tendance vers l’induration est une autre marque du remède.

Aussi est-il est impossible de parler de Kali bromatum sans évoquer les processus tumoraux.

VISAGE: Tuméfaction, sous maxillaires, glandes, droite (1,1).

RECTUM: Polypes (1).

GENITAUX FEMININS: Induration, utérus (2,2). Tuméfaction, ovaires (2,2), gauche (1). Tumeurs, ovaires, kystes (2,2), utérus, fibrome (1,1).

MEMBRES: Indurations, éruptions, après (1/1).

PEAU: Lipomes (2).

GENERALITES: Tumeurs, fibromes (2), kystes (2), lipomes (2).

Je ne parlerai que des fibromes, car c’est l’occasion de confondre Kali-br et Phos.

  • Phosphorus en effet est un des plus grands remèdes de métrorragies suite de fibromes. La tendance hémorragique est profondément dans sa nature. C’est une remède qui convient aux gens d’aspect maigre, très nerveux, sensibles, sursautant facilement. Tous les symptômes que je viens de citer s’adaptent en fait tout aussi bien à Kali bromatum. Il importe donc de rechercher la compassion. Celle-ci est absente de Kali bromatum ainsi que les phénomènes de clairvoyance volontiers rencontrés dans Phosphorus. Tous les sens sont exagérés dans Phos alors que Kali-br est empli de phénomènes de parésie ou d’anesthésie. Phos sera hypersensible là où Kali-br sera engourdi. Le premier a une hyperosmie, l’autre une anosmie. Phos a des douleurs de l’urèthre en urinant, alors que Kali-br ne sent pas l’urine s’écouler. La toux laryngée est indolore dans Kali-br alors que le larynx de Phos est extrêmement sensible dans les mêmes circonstances.

Chez l’enfant

Le grand point d’appel : les terreurs nocturnes.

La terreur nocturne est un trouble du sommeil de la même nature que les rythmies, le somnambulisme. La terreur survient une seule fois par nuit, au cours du premier sommeil (une à trois heures après l’endormissement). Elle s’accompagne de troubles neurovégétatifs divers : mydriase, sueurs, hypothermie, troubles digestifs et souvent d’hallucinations.
Ce qui différencie bien du cauchemar, c’est l’absence de souvenir de la crise, la survenue unique par nuit ; dans la terreur l’enfant a les yeux grands ouverts comme dans une crise hallucinatoire, on ne parvient pas à l’éveiller. Le Dr. Beau constate que les premières crises de terreurs nocturnes commencent souvent à l’âge où les enfant perdent leurs premières dents.

Rien de tel qu’un petit cas clinique pour planter le décor. Le cas du petit Martin R., né en 1987 est typique :

Je le vois pour la première fois le 26 Avril 1995 pour des troubles du comportement. Ses parents se sont séparés. Il en est bien entendu très affecté. Il grignote ses affaires, frappe les autres enfants, etc.

Comme antécédents, on retiendra un impétigo vers l’âge de cinq ans, qui s’est développé sur de larges surfaces en moins de 48 heures, avec des croûtes très épaisses et des ulcérations profondes (ecthyma), ayant nécessité l’hospitalisation. Il transpire de la tête, peut être un peu plus en dormant. Il a de nombreux ganglions dans le cou.

Surtout, ce qui frappe le plus, c’est son côté « chien battu », c’est sa mère qui parle, lui ne dit rien hormis se tripoter les mains et pousser de gros soupirs.

Les symptômes me semblant peu clairs, j’adopte la stratégie la plus prudente qui consiste à donner d’abord un remède végétal qui souvent améliorera la situation tout en laissant les symptômes « décanter » afin de voir ensuite un remède mieux visé. Prescription : Ign. M.

Revu le 27 Novembre 1995 : il va bien mieux, il s’est amélioré dès le troisième jour suivant la prise. Puis la dose a été répétée vers le début Juin. Une prise de Ign XM au mois de Juillet.

Pour résumer, le comportement s’est bien amélioré mais persiste un sentiment d’abandon très marqué : l’enfant ne quitte pas sa mère, exprime clairement qu’il a peur qu’elle le laisse, etc.

Le second point important : des réveils la nuit en hurlant de terreur. Enfin, il se tripote constamment la « zézette ».

Nous avons le  » tiercé gagnant  » du Kali bromatum enfant, le groupe de symptômes le plus souvent rencontré :

  1. Terreurs nocturnes
  2. Abandon
  3. Excitation sexuelle (je pense que l’on peut sans grand risque d’erreur ajouter Kali-br. à la rubrique Masturbation).

On remarquera que Kalium bromatum présente plein de signes d’agitation surtout des mains, et que c’est un important remède de peau (psoriasis) mais surtout d’impétigo dans sa forme ulcéro nécrosante, ce qui couvre du même coup les antécédents de notre petit Martin.

Prescription : Kali-br 200 le 27 11 95. Résultat étonnant : il est changé en tout, etc. Retour de quelques symptômes fin janvier 96 : Kali-br 200. Mars 96 : Kali-br M pour retour de quelques cauchemars. Il va bien aux dernières nouvelles.

Notez en passant que lorsqu’une simple 200 dont la durée d’action moyenne est d’environ 3 semaines marche aussi bien pendant presque deux mois, c’est un critère de très bon pronostic qui atteste qu’on tient un remède bien ciblé.

Le symptôme terreur nocturne se trouve dans le répertoire à Peur, nuit, enfants (Pour être vraiment à l’abri des mauvaises surprises que réserve une rubrique incomplète, pensez à regarder aussi dans la section Sommeil, Réveil, frayeur, suite de).

Notez combien ce symptôme de terreur nocturne est extrêmement valorisé pour Kalium bromatum : non seulement il est au troisième degré, ce qui signifie que ce symptôme a été fréquemment rencontré lors des expérimentations puis fréquemment guéri cliniquement ; mais aussi les utilisateurs de PcKent ou de la troisième édition du répertoire constateront une énorme valorisation relative de trois points. Cette propriété est partagée par Tub et Bor. Avec deux points de valeur relative on trouve ensuite Chlol, Kali-p, Cina et Sanic.

 

  •  Borax est un remède classique des terreurs nocturnes, l’enfant s’agrippe à ceux qui sont proches, sans reconnaître personne tout comme Stramonium. Ce besoin de s’accrocher relève de la peur intense dans Stram, qui est > dans les bras, alors que le besoin de s’agripper et les sursauts se retrouvent dans toute la pathogénésie de Borax. Ce sont des enfant très peureux, sensibles au moindre bruit, qui sursautent très facilement. Le bruit les rend très anxieux. Le bébé écarte les bras, très effrayé d’un coup, quand on le pose dans le berceau, ce qui le distingue de Calc ou Calc-p qui ont peur quand on les soulève soudainement, et de Cham qui demande a être bercé et agité dans les bras. Les peurs de Borax sont limitées au bruit et à certains mouvements alors que celle de Kali-br est plus diffuse, accompagnée souvent d’illusions (fantômes, thèmes de poursuite, entend des voix qui l’appellent, etc.). Les sursauts sont très violents dans Bor, et réveillent le patient, alors que Kali-br peut sursauter dans son sommeil sans que cela ne le réveille.

 

  • Stramonium possède les terreurs nocturnes au point qu’il en devient le remède de première intention un peu comme on donne Arnica dans les contusions. Stram possède surtout une peur intense de l’obscurité que ne présente pas Kali-br. Il a un fort désir de lumière et de compagnie. Suites de peur : contes ou films qui impressionnent beaucoup l’enfant, avec terreurs la nuit. Très peu de douleur, enfants très  » durs « . Tendance aux spasmes, contractions, tics, bégaiement. On rencontre volontiers la violence (enfants frappeurs, même si éventuellement la violence peut manquer au tableau), la jalousie chez Stramonium, ce qui le démarque facilement de Kali-br.

 

  • Chloralum, est un candidat qui ne se conçoit pas sans éruptions, tout au moins, je n’ai jamais eu à le donner en dehors d’un contexte d’affection cutanée. Le sirop de chloral a été largement utilisé en médecine classique comme somnifère. Le grand point d’appel de Chloralum est l’insomnie telle qu’on en voit dans les surmenages. Le sommeil est alors très léger, avec parfois des hallucinations. A ma connaissance c’est le seul remède qui ne cherche pas à fuir ses hallucinations et qui les combat activement. Classiquement le malade jette sa bouillotte sur l’illusion qui lui fait peur au pied de son lit ; l’enfant quant à lui saisit les peluches et les jette contre ce qui l’effraie (volontiers durant la dentition). J’ai eu l’occasion de le donner chez des enfants souffrant d’eczéma sans autrecaractéristique qu’une < nocturne du prurit, au point de les empêcher de dormir. Il s’installe alors très vite un état de fatigue intense à la suite de manque de sommeil, le sommeil devient semi-éveillé et des crises hallucinatoires surviennent (souvent l’éruption est de type urticarien, en larges plaques sur les membres, avec un prurit invraisemblable).
  • Kalium phosphoricum est un remède tellement proche chimiquement de Kali-br qu’il faut avoir en tête sa grande modalité : l’effort mental. Boericke dit que c’est l’un des plus grand remèdes nerveux. C’est un remède du grand enfant qui est épuisé par le travail scolaire. Les crises de terreur surviennent d’ailleurs le plus souvent en fin de trimestre, lorsque l’enfant devient épuisé, irritable, devient somnambule, gémit en dormant.

 

  • Cina est un remède intimement associé aux verminoses bien que parfois l’irritabilité extrême et les colères en soient dissociées. Je ne résiste pas à la tentation de vous exposer le cas du petit Billy, amené à l’âge de deux ans pour des terreurs nocturnes (j’ai exposé ce cas dans le papier sur les enfants agités). Le tableau est effrayant: il ne reconnaît personne. Il griffe son père qui essaie de la prendre dans les bras, d’ailleurs ils y a des grandes traces de griffure sur le visage de celui-ci. Vous voyez ici que Tub, Bor, Stram cherchent à fuir l’hallucination, Chloralum jette des choses dessus, alors que Cina garde son tempérament coléreux et cherche à mordre, griffer, frapper. Le tableau s’est très < voici trois ou quatre jours. En regardant mon agenda, je fais constater que c’était la pleine lune. Ses parents répondent à cela, qu’ils s’en sont déjà rendus compte mais n’osaient pas me le dire, d’ailleurs ils se disent eux-mêmes très sensibles à la pleine lune car c’est une période où ils se chamaillent. S’agit-il d’une coïncidence, j’avoue que beaucoup d’observations finissent par me mettre un doute. Billy a fait quelques otites l’hiver 1997-98. C’est un enfant très agité, il ne tient pas en place, se tortille comme un ver. Depuis sa naissance, il n’a jamais fait une nuit complète, il grince des dents la nuit, ca fait un bruit affreux. Il lui arrive de transpirer en dormant, une fois il a complètement trempé les draps. Il est toujours énervé, avec des paroxysmes, il se met alors à frapper les autres, hurler, griffer. Quand il a ses crises d’énervement, il se frotte furieusement le nez. Les selles sont pleins de petites particules blanches, sa mère d’origine australienne dit « like unpopped corn ». Cina 200 balayera le cas. Vous trouverez dans toutes les matières médicales la description de l’irritabilité, > par le bercement, l’enfant devient raide et donne des coups de pieds si on le prend dans les bras. Cet état nerveux rappelle Chamomilla mais ici s’ajoutent des signes vermineux caractéristiques (d’ailleurs Cina marchera aussi bien même si l’on ne peut apporter la preuve de l’infestation, pourvu que les symptômes agréent) : cris, sursauts, pendant le sommeil, grincement des dents en dormant, se frotte le nez sans cesse, sautes d’humeur et d’appétit, toux spasmodique nocturne sine materia. Notez que même si Kali-br grince aussi des dents en dormant, le reste du tableau permet de séparer facilement les deux remèdes. L’enfant est toujours de mauvaise humeur, ne supporte pas qu’on le touche, ni qu’on le regarde, avec les yeux cernés.
  • Sanicula est l’un de mes remèdes favoris. Sa composition chimique complexe en fait un remède de prescription difficile au point que je lui ai consacré un article. Pour ne pas revenir dessus, je ne rappellerai que les grands points. Sanic ressemble à Calc et à Sil. Ne pensez jamais à l’un ou l’autre de ces deux polychrestes sans avoir une arrière pensée pour Sanicula. Les signes courants sont la transpiration du cuir chevelu pendant le sommeil, l’instabilité dans les occupations (l’enfant ne peut se fixer plus de quelques minutes sur la même chose), l’extrême irritabilité. Sur le plan alimentaire on dispose de signes faciles à relever : désir de sel, de choses fumées, jambon, saucisson, etc.

 

  • Cela nous conduit tout naturellement à parler de Calcarea carbonica, mais tant de signes séparent ce remède de Kali-br que la discussion devient inutile.
  • Reste à évoquer Arsenicum album. Cet immense remède est adapté aux enfants qui souffrent de cette peur particulière, qui peut les obséder : la mort. D’ailleurs le décès d’un être proche est volontiers un point d’entrée dans le remède. La peur de l’obscurité d’Ars n’existe pas chez Kali-br, de plus Ars possède un comportement bien typique avec le besoin de ranger les objets à leur place et le besoin de compagnie. Les terreurs nocturnes sont tellement marquées dans le remède que vous les retrouverez même chez l’adulte, avec des histoires de somnambulisme, de sursauts pendant le sommeil, etc. Le bruxisme confirme l’importante activité cérébrale pendant le sommeil. Il est fréquent de le rencontrer associé à la terreur nocturne.

L’excitation sexuelle

Cette excitation est la marque du remède, le prolongement de son action sur le tissu nerveux. Dans l’un ou l’autre sexe on rencontre fréquemment des phénomènes de masturbation très prononcés. Chez le petit garçon il n’est pas rare de rencontrer des érections à tout moment. La caractéristique étant que ces érections sont très prolongées, les parents racontent que l’enfant vaque à ses occupations, joue pendant longtemps tout en restant dans cet état qui confine au priapisme.

Les troubles du comportement

Kalium bromatum est très proche de Tuberculinum pour l’agitation incessante chez les enfants.

Je vous cite le cas du petit Anthony R., né le 16 02 92, qui est tout à fait typique.

Je l’avais vu voici un an pour un énorme amas de verrues des mains dont j’ai conservé la photo. Son côté extrêmement agité m’avait fait donner Rhus-t qui avait balayé les verrues en une ou deux prises.

Seulement voilà, il demeurait très agité, au point que sa mère excédée ne décide de consulter un pédopsychiatre qui détermine une peur d’être abandonné mais malgré cela l’enfant continue de sauter dans tous les coins. Les institutrices n’en peuvent plus non plus, bref on l’amène en désespoir de cause, vu que l’homoeopathie a pu soigner les verrues…

Pour compléter le tableau mental : Terreurs nocturnes. N’arrive jamais à jouer seul, Fait du mal à son petit frère quand on le gronde, Instable: n’arrive pas à rester écouter une histoire

Il faut toujours qu’il fasse quelque chose, comme si ses mains étaient animées d’une volonté propre. Il demande toujours à sa mère : « Et moi, est-ce que tu m’aimes ? ». Très angoissé. Toujours fatigué.

En opposition complète avec les parents : il répond « non » à toutes les questions comme le dit sa mère.

Se touche toujours les parties.

Je répertorise les signes suivants : Peur, la nuit chez les enfants ; Abandon ; Répondre « non » à toutes les questions. Voici le résultat qui apparaît à l’écran.

REPERTORISATION PCKENT

Le symptôme  » répondre non à tout  » appartient souvent à Tub., mais pas à Stram. Dans l’autre sens on voit que Stram couvre le symptôme d’abandon, mais pas Tub. Bref, seul Kali-br couvre le cas. Et donnera un excellent résultat !

 

  • Tuberculinum demeure donc un diagnostic différentiel important de Kali bromatum pour les troubles du comportement ou les terreurs nocturnes. Tuberculinum est certainement le plus grand remède d’agitation chronique de l’enfant. Souvent l’enfant menace, refuse d’entrer dans le cabinet, hurle, menace et se débat au point qu’on se verrait bien le traîner par les cheveux. Il partage une multitude de signes avec Lyc dont l’irritabilité le matin au réveil. Cependant les goût alimentaires vont vers le salé (sel, saucisson, viande). L’enfant Tuberculinum rentre sa tête dans l’oreiller et se balance le soir dans son lit, à quatre pattes. Parfois il cogne même la tête contre le mur, dans des crises de rage. Il est boudeur, refuse la contradiction, tire la langue et crache sans raison, vrai casse pied pour ses copains. Il fait beaucoup de problèmes O.R.L., de rhino-pharyngites, d’angines et d’otites. Il transpire du cuir chevelu en dormant, et peut se réveiller en proie à des terreurs nocturnes. Son BCG est négatif. Les tableaux sont donc faciles à différencier d’autant que Tub est un remède de gens très maigres et qui ont un très fort appétit alors que Kali-br s’adapte en général à des personnalités de type opposé.

La coqueluche

Encore une indication de notre Kali bromatum méconnue de nos jours : la coqueluche. Ce remède est d’autant plus précieux qu’il s’adapte aux cas qui sont dépourvus de signes généraux, avec peu de signes caractéristiques.

Dès que l’enfant menace de convulser, il faut absolument penser au remède. C’est parfois le seul signe d’appel sur ce genre de coqueluche ou de toux coqueluchoïde. En général il est sage de donner devant un cas débutant sans autre symptôme une prise de Carbo vegetabilis, souvent cela permet de traiter la moitié des cas.

Malheureusement celui qui appelle Kali-br ne sera pas affecté par Carbo. Le patient va avoir une toux de plus en plus sèche et suffocante au point qu’il ne parvient pas à reprendre son souffle et qu’apparaissent des signes convulsifs ; la quinte peut donner aussi des vomissements. L’aggravation nocturne ou en position allongée ne vous apportera rien de significatif pour confirmer le remède. Ce qui est le plus frappant c’est l’absence de tout autre signe, pas de rougeurs, pas de modalités liées à la température ou aux boissons. Ce paysage symptomatique désert associé à l’irritation cérébrale donne l’indication de Kali-br.

La toux, les signes laryngés

Kali bromatum est un remède de laryngite, comme son parent Bromium. Kali-br ne possède pas la virulence qui fait prescrire Bromium, Spongia ou Hepar mais convient à certaines formes aiguës néanmoins. Devant toute laryngite qui a cédé en aigu à Spongia, vous devez systématiquement étudier Kali-br dans les suites, soit pour compléter l’action du remède aigu, soit parce que l’épisode aigu Spongia révèle un état chronique Kali-br.

Voici la description que l’on trouve dans Hering, une fois de plus il est difficile de donner mieux en restant plus concis :

BARRE 3 EME DEGRE HERING Croup
spasmodique ; dans les stades précoces lorsque l’enfant se porte encore bien dans la journée ; il est agité la nuit, le visage tout rouge, les yeux injectés ; au bout de plusieurs heures il dort en respirant facilement et de façon naturelle mais il se réveille bientôt en pleine crise ; hyperesthésie des nerfs du larynx suivie dans un stade plus tardif d’une réaction naturelle [anesthésie] ; perte de la sensibilité du larynx ; exsudation d’une substance ferme, blanchâtre depuis la trachée et les bronches ; voix enrouée, voix rauque et douloureuse [à ajouter dans le répertoire] ; toussotement avec confusion et bradypsychie ; se réveille soudainement d’un sommeil profond avec une sensation de suffocation, une toux sèche claironnante de sonorité particulière et une respiration accélérée.

Il existe un signe pathognomonique qui fait donner volontiers Kali-br en aigu : « Enfants faibles et nerveux réveillés par un toux sèche spasmodique qui les amène à hurler de terreur » (seul et unique remède, premier degré).

Voici comment vous rencontrerez ce signe : il arrive bien trois ou quatre cas par hiver où la mère d’un enfant vous appelle en disant : « il allait bien aujourd’hui, et il s’est réveillé complètement perdu, il avait très peur et ne savait pas où il était en se réveillant, et s’est mis à tousser très rauque ». En d’autres termes lors d’une laryngite : l’enfant semble aller bien pendant la journée mais la nuit se retrouve tout agité, le visage rouge et transpirant, avec les classiques signes du sommeil.

 

  • Aconit présente des signes très proches avec la peur et l’aggravation nocturne. Dans Aconit les troubles sont très soudains, chez un enfant de type solide et vigoureux, constitution qui est l’opposée de celle des enfants Kali-br. La laryngite de Kali-br ne s’installe pas avec autant de soudaineté et de violence qu’Aconit. Différence subtile, dans Aconit la peur est engendrée par la violence et les phénomènes algiques alors que dans Kali-br c’est un état de peur sans rapport avec l’affection, mais à cause d’un état nerveux particulier. Gardez à l’esprit que Acon est un remède hyperalgique, le tableau est dominé par la douleur, ca hurle, ça crie tant on a mal, le larynx est très endolori, la toux est très douloureuse. Dans Kali-br vous aurez la surprise de constater l’absence de douleur malgré une toux de sonorité aboyante digne d’un vrai chien. La différence n’est parfois pas facile à faire et parfois seul l’échec d’Acon (qui doit agir en quelques minutes) fait penser ensuite à Kali-br.

Comme je le disais, il arrive parfois qu’un remède aigu ouvre la voie du médicament plus indiqué  » en profondeur « .

C’est le cas de la petite Anne, née le 26 07 91 que je ne parviens pas à calmer depuis plusieurs fois que je la revois. Lycopodium a semblé faire du bien, puis Cina, mais finalement rien n’a donné de résultats durables.

Je la vois donc pour une laryngite aiguë en Février 96, appelant typiquement Spongia. La 200 règle la question en quelques heures. L’idée me vient donc de regarder quels sont les remèdes connus pour bien suivre Spongia. Le Répertoire vous indiquera : Brom., Bry., Carb-v., Con., Hep., Kali-br., Nux-v., Phos., Puls.

Je me demande donc si l’un de ces remèdes ne pourrait pas compléter Spong sur le plan chronique. Or il en est un parmi cette liste qui nous ferait l’affaire, je veux parler de Kali-br qui est agité, etc. Je savait qu’elle ne dormait pas bien la nuit, mais fait-elle des cauchemars ? Réponse affirmative de la maman : elle  » hurle souvent de peur « .

Affaire conclue : Kali-br 200. Le remède fonctionnera très bien, y compris pour la verminose chronique qui m’avait fait donner Cina sans succès. Elle était pâle, les yeux cernés, et maintenant elle a pris des couleurs et se porte très bien.

Les troubles digestifs : crampes et diarrhées

Coliques des nouveau-nés sujets aux aphtes, les douleurs reviennent périodiquement, surtout vers 17 heures (Hering).
Cette indication est tout simplement royale. Les enfants présentant ce genre de coliques ont souvent eu du Lycopodium sans résultat, pensez à Kali-br.

Souvent les selles sont de couleur verdâtre, aqueuses. Pendant la selle on peut voir l’abdomen devenir dur, avec de fortes douleurs et des contractions des muscles abdominaux.

Dans Hering on trouve la description d’irritation réflexe du cerveau avec les yeux révulsés, les pupilles dilatées, etc. Ce n’est plus le type de cas que l’on rencontre sous nos latitudes.

En été on peut voir des cas de diarrhée qui surviennent brutalement, avec une forte prostration, les mains et les pied froids, la tête chaude, les pupilles dilatées. Si surviennent là dessus quelques signes d’excitation nerveuse, Kali bromatum est le remède indiqué.

  • Vous voyez ici comme le remède se distingue des classiques comme Cuprum qui présente des crampes musculaires liées à la déshydratation, et non pas à une irritation neurologique.

Quelques symptômes choisis

Je n’aime pas les inventaires à le Prévert, mais je vous livre une petite sélection de rubriques afin de vous aider à les retrouver dans le répertoire. Il va de soi que mon choix est partiel, partial même en fonction de ma propre expérience.

Dans le registre important des illusions :

PSYCHISME: Illusions, abandonné, délaissé (2), accusée, pense qu’elle est, vol, de (1,1/1), crime, comme s’il avait commis un (1), dieu, vengeance de, il est l’objet d’une (3/1), images, fantômes, voit des, nuit (2), images, fantômes, voit des (1), effrayantes (2), imagination, illusions de son (2), mélancoliques (2), persécuté, il est (1), poursuivi, pense être (2), vengeance divine, il est l’objet d’une (3/1). Peur, arrive, que qq ch n’ (2), empoisonné, d’être (2), épreuves, de subir de dures (1), folie, de la (2), seul, d’être (1).

Quelques autres signes psychiques dignes d’intérêt :

PSYCHISME: Agitation, journée (1). Aphasie (2). Confusion, identité, quant à son (1). Elocution, lente (2). Imaginations, vivaces, très frappantes, perçues comme réelles (1). Occupation, amél (2). Oublier, matin, réveil, au (2,2). Peur, nuit, enfants, chez les (3,3), angles, de certaines maisons, de passer devant (2 ; Arg-n.). Répondre, lentement (2).

Les signes de la tête sont importants. Souvenez vous que dès que le système nerveux commence à être impliqué, on doit envisager Kali-br.

TÊTE: Chaleur, diarrhée, pendant (1). Douleur, alternant avec, asthme (1,1), occiput, secouant la tête, agg en (2). Engourdissement, cerveau, matin (1). Inflammation, méninges (2) [ » Kali-br. est utile dans ces mauvais cas de diarrhée infantile avec une diarrhée très liquide associée avec des symptômes méningés  » – Borland].

VISION: Obscurcissement, alcoolisées, après des boissons (1).

OREILLES: Bruits, grondement, rythmique (2).

GORGE: Engourdissement (2).

ESTOMAC: Nausée, allongeant, côté, gauche, agg (1,1). Vomissements, surexcitation, après (1/3).

ABDOMEN: Douleur, crampe, colique, épreintes, nouveaux nés, chez les, aphtes, avec (2,2), nouveaux nés, chez les, périodique, 17 h (2,2). Sortir, sensation comme si le contenu de l’abdomen allait (2), selle, pendant (1/1).

LARYNX: Insensibilité du larynx (2/1).

TOUX: Effrayés par la toux, enfants faibles et nerveux réveillés par une toux sèche spasmodique qui les amène à hurler de terreur (1/1). Grossesse, pendant (1).

MEMBRES: Agitation, mbres sup, main (3,3). Chorée, frayeur, suite de (2,2). Douleur, membres inférieurs, sciatique, soudainement, vient et disparaît (3). Eruptions, indurations après éruptions (1/1). Mouvements, doigts, constants (1,1/3).

SOMMEIL: Insomnie, chagrin, suite de (2).

GENERALITES: Nuit, minuit, après, 2 h (1,1). Convulsions, colère, après (2), onanisme, après (1), règles, avant (2), pendant (2), toux, pendant, coqueluche, dans la (3,3). Engourdissement externe, corps, de tout le (3,2). Parkinson, maladie de (2). Tremblement, faire quelque chose, quand il doit (3/1).

J’ajoute encore quelque points d’appel qui méritent d’être connus:

Poursuivi, persécuté, insulté, accusé de vol, etc.

Images, images la nuit, effrayantes ; visions horribles, entend des voix.

Aphtes chez les enfants

Peur la nuit chez les enfants.

Somnambulisme.

Sursauter, en dormant, suite de frayeur.

Bouffées de chaleur au visage pendant la ménopause.

Acné+++.

Grincer des dents en dormant. Dentition difficile.

Excitation sexuelle, désir excessif, érections, nymphomanie, etc.

Remède de croup (laryngite diphtérique ou non d’ailleurs), de croup membraneux (Spong., Brom., etc.).

Convulsions pendant la coqueluche.

Asthme, asthme infantile, alternant avec céphalée.

L’air expiré est très chaud.

Enfants faibles et nerveux réveillés par un toux sèche spasmodique qui les amène à hurler de terreur (seul et unique, premier degré).

Agitation de la main. Fait aussi plein de gestes : tripote les draps, joue avec les draps, se tord les mains, ainsi que des mouvements involontaires de la main. Tremble quand il doit faire quelque chose.

Insomnie chez les enfants ; à la ménopause ; pendant la grossesse.

Organes cibles :

  • Psychisme (dépression)
  • Nerfs (convulsions, excitation sexuelle)
  • Larynx
  • Peau

Retenez les concomitants qui doivent faire penser à Kali-br :

  • Convulsions, spasmes
  • Excitation sexuelle
  • Agitation (des bras, des mains)
  • Insensibilité, anesthésie

Conclusion

Voici un remède de plus auquel il faudra penser lorsque devant un cas il vous semble qu’un polychreste ne s’adapte pas aussi bien qu’il y paraît au premier coup d’oil.

Kali bromatum mérite d’être exploré et je pense que notre équipe de PH parviendra à devenir suffisamment vaste un jour pour envisager une nouvelle pathogénésie.

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(1812-1888) Born in Prussia, educated in Berlin before going to the United States in 1838 to register in the first and only homeopathic medical college in the world in Pennsylvania, known as the Allentown Academy. The Academy closed soon after his outstanding graduation. Considered by many to be one of the most clinically successful homeopathic physicians in our great legacy, Dr. Lippe's countless publications provide a blueprint for homeopathic practice. He helped launch several of the best homeopathic journals ever to be published, including the Organon, the Hahnemannian Monthly, and the Homeopathic Physician.

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