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Prescription homéopathique selon "l'essence"

 

Par Will Taylor, message du 6/04/99 publié dans la Liste homéopathique anglaise.

Graham écrit:

"Prescrire selon l'essence est un autre sous-ensemble de l'homéopathie qui, stricto sensu, ne peut pas être considérée comme étant de l'homéopathie Classique pure ou Hahnemannienne car le remède n'est pas choisi sur des symptômes mis en évidence lors des proving ou répertorisés par l'homéopathe."

Je suis certain qu'il y en a qui prétendent 'prescrire selon l'essence', mais pour moi, il ne s'agit de rien d'autre que 'd'improvisation'. Vithoulkas avait une toute autre intention lorsqu'il parla de ce concept d'essence.

Roger Morrison, (lors d'un séminaire en 1989 aux Pays-Bas) a décrit ainsi ce concept d'essence de Vithoulkas:

"Il n'y a rien de mystique en ce qui concerne l'essence. Il s'agit simplement d'une compréhension très approfondie du caractère fondamental d'un remède particulier. Le parfum de ce remède comporte de nombreux facteurs: .étiologie. évolution. organes atteints. physionomie."

La phrase clé est une "compréhension très approfondie".

Notre connaissance actuelle d'un remède est fondé sur les symptômes expérimentaux d'une part et d'autre part sur les symptômes vérifiés cliniquement (dans la littérature et notre propre expérience clinique).

Nous pouvons reconnaître la bonne ressemblance de la:

totalité des symptômes caractéristiques du cas

et de la

pathogénésie du simillimum

de nombreuses manières différentes. Toutes sont des méthodes pour faciliter la reconnaissance parfaite d'un remède. L'essentiel de la pratique classique est qu'il y a un simillimum dont la pathogénésie recouvre la totalité des symptômes caractéristiques de la dysharmonie du patient (ou au moins est assez proche pour ouvrir le cas, aph. 162). Nous devons le découvrir. Aussi comment y parvenir ? Quelle est la méthode nous permettant ce travail de reconnaissance et de recoupement ?

Nous devons compter d'une part sur les signes et symptômes particuliers ou caractéristiques du patient (les seules choses que nous pouvons connaître de la maladie) et d'autre part sur les symptômes particuliers ou caractéristiques dans la pathogénésie de nos remèdes. Que seront ces éléments particuliers ou caractéristiques ?

Prenons un exemple pour aider. Disons que je suis très ami avec (l'actrice) Meg Ryan (arrêtez, je dois stopper pour souffler un peu.). Je la reconnaîtrais partout. Aussi je suis en cela comme Georges Vithoulkas (il décide d'écrire une Matière Médicale, et après 8 ou 9 ans, il n'est pas encore parvenu à la lettre B, il connaît ces remèdes si bien qu'il peut écrire plus sur Gaultheria que je ne peux le faire sur Calc-c.). En tous cas, je veux que vous repériez Meg dans la foule. Maintenant, je peux vous dire de répertoriser, et je vous donne quelques traits - soit, grandeur, couleur des cheveux, des yeux, etc. jusqu'à peut-être dix éléments distinctifs. Vous irez sans doute dans cette foule et de cette manière, trouverez vingt personnes qui correspondront suffisamment aux éléments donnés, et alors vous pouvez leur demander à chacun leur nom. Ou je peux vous donner quelques "Keynotes" pour vous aider à trouver et peut-être rendre plus rapide votre recherche.

C'est ce à quoi nous parvenons habituellement par l'analyse du cas. Notre répertorisation nous rapproche, nous amène à un nombre raisonnable de remèdes à considérer et alors, nous complétons notre analyse en lisant la MM en parallèle à notre cas.

Ou je pourrais dire, "tiens, vous devez seulement la bien connaître, et vous la repérerez immédiatement". Car je regarderai cette foule et éliminerai instantanément tous les autres. "Par Essence".

C'est la prescription selon l'essence. Ce n'est pas quelque chose de vraiment particulier - c'est simplement de faire attention aux subtilités les plus importantes et aux nuances des caractéristiques et associations de traits, et je ne suis pas tout à fait sûr de vous les décrire. J'ai une "compréhension approfondie" de la personne, aussi je peux la repérer facilement, c'est comme une seconde nature. Je dis seulement "bien, si vous la connaissez assez bien, vous pouvez la repérer immédiatement dans une foule." Je me sers encore de la couleur de ses yeux, de sa taille, etc., pour le faire avec une attention modérée aux subtilités que vous n'auriez pu relever. La couleur exacte de ses yeux, la manière exacte dont elle sourit (soupir.).

Donc la prescription en fonction de l'essence nécessite la connaissance des subtilités et nuances des traits particuliers et caractéristiques d'un remède de manière si précise que vous pouvez la repérer dans une foule. Ce savoir est acquis par une étude comparative très soigneuse de la MM et une expérience clinique extrêmement méticuleuse. C'est ce dont James Tyler Kent parlait, quand il écrivait que, si on utilisait le répertoire assidûment, en recopiant les remèdes dans chaque rubrique lors de l'étude de chaque cas clinique, on pouvait devenir un bon prescripteur "spontané" dans une bonne trentaine d'années. Cela devrait me prendre au moins 40 ans (J ).

Maintenant, je n'enseignerais pas la "prescription selon l'essence" à des étudiants en homéopathie. J'ai fait allusion à cette possibilité comme d'un outil pour des prescripteurs de très grande expérience et ai proposé l'avis de Kent, ci-dessus, qui nous pousse à un apprentissage considérable pour l'analyse de l'observation et son suivi.

Ici est donc le problème avec cette méthode. Vous cherchez dans une foule Meg Ryan sans cette connaissance intime, en l'ayant vue peut-être juste dans un seul film, dan le but de faire une reconnaissance par essence, et vous revenez tout à fait sûr de vous avec Mélanie Griffith. De manière similaire, vous croyez voir un cas par "essence" de Lycopodium (sans avoir les 30 d'expérience passées à écrire tous les remèdes dans toutes les rubriques choisies lors d'innombrables cas de Lycopodium et de myriades d'autres cas qui paraissaient similaires mais qui n'étaient pas Lycopodium), et vous raterez Abies Nigra comme simillimum.

Un autre problème. "L'essence" n'est pas un ensemble fixe de traits, mais est de nature dynamique. Parfois Meg est une alcoolique guérie, parfois elle est une mathématicienne étourdie, parfois elle est Sally rencontrant Harry, ou chantant "Angels from Montgomery" en lesbienne (mon dieu, quelle scène!); et in "Joe contre le Volcan" elle est impossible à prévoir changeant comme toutes les femmes de couleur de cheveux. Vous devez être capable de la reconnaître dans tous ces rôles. Je le peux. Et Vithoulkas peut probablement reconnaître Lycopodium sous une grande partie de ces apparences variées, et le distinguer d'un certain nombre de petits remèdes d'apparence voisine. Je ne le peux pas.

C'est là le problème avec la prescription selon "l'essence". Cela suppose une connaissance très approfondie de la matière médicale. Si vous essayez d'aller au "pifomètre" avec une connaissance moins 'fouillée', vous finirez par donner un des grands polychrestes, ou un remède quel qu'il soit dont vous venez d'apprendre "l'essence" lors d'un séminaire, car c'est celui là que vous connaissez. Lorsque vous avez un marteau, tous vos problèmes ce sont vos ongles. Vous avez un superbe cas d'Abies nigra, et vous donnez Lycopodium. J'en étais là.

Roger Morrison laissait supposer (lors du même séminaire) que Vithoulkas trouvait le remède fondé sur "l'essence" dans 20% de ses cas, avec un pourcentage de guérison de 70-80% (pas dans ses meilleurs cas). C'est fantastique. Je suis étonné quand j'entends un débutant ou un praticien ayant une expérience moyenne dire "je suis un prescripteur selon l'essence" - laissant supposer que c'est sa technique habituelle. Si Vithoulkas ne peut compter sur sa "connaissance approfondie" de la Matière Médicale que dans 20% de ses cas, je ne comprends pas comment quelqu'un ayant moins d'expérience que la sienne (c'est notre cas à tous), pourrait prétendre qu'il peut utiliser cette méthode de façon habituelle.

Lorsque je pense que je vois un cas par "essence", je considère que je dois rechercher très attentivement les autres remèdes que j'aurais pu ne pas envisager. Par exemple, si je vois un cas représentant pour moi l'essence de Phosphorus (c'est ici un exemple simpliste), je me demande ce qui m'a amené à cette prescription. Si l'élément particulier du cas est "l'anxiété et la peur induite", je creuse dans les répertoires et MM pour voir quels sont les autres remèdes qui ont aussi cet élément et quels sont les traits particuliers permettant de faire la distinction entre eux - en quoi ce symptôme convient dans ses subtilités et ses nuances, et dans quelle autre sphère, il pourra y avoir des éléments distinctifs entre les remèdes. Je le fais bien sûr pour le cas, mais aussi pour préparer les cas que je serai amené à voir dans le futur.

Les Concordances de Boenninghausen - bien que non prévues dans ce but - constituent une ressource très salutaire; dans le cas vu plus haut, je rechercherai les remèdes correspondant avec Phosphorus dans la sphère mentale.

UN remède avec une essence bien définie qui pourrait ne pas être trouvé par répertorisation (bien que cela puisse être le reflet de mes compétences bien sûr), est Staphysagria. L'essence de Staphysagria est que ce sont des gens très doux, ayant tendance à s'effacer, à se faire reproche de leurs ennuis à eux-mêmes plutôt qu'aux autres, ils ont souvent une histoire de suppression ou d'abus, ont des accès de colère après lesquels ils culpabilisent, ont tendance à lancer des objets à leurs agresseurs (mais généralement les ratent), etc.

De nombreux remèdes correspondent avec une grande partie de ces caractéristiques générales - par exemple, Nat-c., Mag-c., viennent rapidement à l'esprit; ceux-ci étant très proches des symptômes "généraux" de la sycose. Si vous donnez une prescription "au pif" de Staphysagria à tous ceux qui conviennent à la description ci-dessus, en pensant que vous prescrivez sur "l'essence du remède", les statistiques vous attribueront quelques petits succès, mais aussi beaucoup de cas que vous aurez manqué.

Là où cela pourrait devenir une prescription "selon l'essence" très valable, serait le cas où vous auriez vraiment compris les subtilités et les nuances de la colère et du symptôme chez ce patient de lancer des objets et si vous aviez une connaissance similaire approfondie de ces symptômes dans la pathogénésie de Staphysagria (à partir des expérimentations et de votre expérience clinique). Maintenant, contrairement à l'affirmation que "le remède n'est pas choisi sur les symptômes qui se sont manifestés dans les provings ou répertorisés par l'homéopathe", c'est votre connaissance minutieuse, approfondie de ces symptômes dans la pathogénésie du remède, dans ses nuances les plus fines, qui vous permet cette prescription "par essence".

Le choix du remède était fondé sur le fait que le patient correspondait bien avec le "noyau" du remède.

Le terme "noyau" nécessite ici quelques explications.

Un malentendu fréquent de la prescription "selon l'essence" est l'idée que cela est fondé principalement ou totalement sur un tableau "psychologique" ou mental. Cela peut être la conséquence de l'introduction de ce concept aux étudiants Nord-américains lors de la conférence d'Esalen en 1980 par Vithoulkas, et la réceptivité excessive de certains de ces étudiants à "la psychopathologie".

Une partie de "l'essence" d'Abies Nigra est la sensation d'avoir un ouf dur logé au cardia de l'estomac; une partie de "l'essence" de Staphysagria est l'aggravation par une blessure nette ou par une intervention chirurgicale, la tendance aux orgelets à répétition, et la douleur à la fin de la miction; une partie de "l'essence" de Colocynthis est la colique, améliorée à la pression et en se pliant en deux; une partie de "l'essence" de Lycopodium consiste en une affection de la vésicule biliaire et de la vessie, l'aversion aux boissons et aux aliments froids, l'évolution fréquente des symptômes de droite à gauche; etc.

Et "l'essence" d'un remède est pluridimensionnelle. J'entends trop souvent des homéopathes décrire "l'essence" d'un remède en des termes trop simplistes, unidimensionnels. Lycopodium est "lâche"; mais lâches également sont Gelsemium, Baryta carb., Cinchona (tous à leurs manières); même Abies Nigra (non, ce n'est pas dans la rubrique; c'est un "petit remède", très mal représenté dans le Répertoire); et "la lâcheté" peut ne pas être un trait facile à observer dans un cas de Lycopodium. Meg Ryan est "une petite femme blonde, maligne !avec un grand sourire", mais Mélanie Griffith l'est également, etc.; Meg Ryan a des cheveux bruns puis un peu plus tard des cheveux rouges dans la première moitié de "Joe contre le Volcan". Nous devons éviter de trop simplifier.

Jahr nous a dit il y a 132 ans, ". nous avons du progresser autant que nous le pouvions, et, par une étude assidue et minutieuse des remèdes avec les pathogénésies desquels nous nous étions familiarisé alors, nous sommes arrivés à connaître les symptômes caractéristiques de chaque remède et ses indications particulières, afin de profiter de ceux-ci à des fins thérapeutiques. ce n'était pas un mince travail, que nous n'aurions jamais pu mener à bien, si la Matière Médicale de ce temps avait contenu le grand nombre de remèdes qui sont proposés aujourd'hui [1867] à l' homéopathe débutant. à cette époque, une étude aussi minutieuse de notre Matière Médicale n'est malheureusement plus possible à l'étudiant en homéopathie. Submergé par la quantité de remèdes et d'observations cliniques, il ne sait pas trop vers où se tourner pour trouver un rayon de lumière dans ce chaos éparpillé devant lui."

Cela vous paraît familier? Nous devons avoir beaucoup d'instruments pour nous aider à mettre en ordre cette compréhension de la MM et nous prêter secours dans ce travail complexe qu'est la reconnaissance du tableau clinique en mettant en parallèle le simillimum au cas clinique. Se rendre compte de "l'essence" de nos remèdes est un aboutissement pour les praticiens très expérimentés. Si nous le considérons comme un but obtenu par notre étude assidue de la Matière médicale (étude de la MM, étude répertoriale et grande expérience clinique), nous sommes sur la bonne voie. Si nous le considérons comme un raccourci à ce processus, nous faisons fausse route.

Will Taylor, MD

Homoeopathy Website

http://www.simillibus.com

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