Eventualité huit

Eventualité 8

L’affection de départ est un peu améliorée, mais de nouveaux symptômes très marqués complètent le tableau médicamenteux.
Observation-08
Niveaux : B et C

Diagnostic : la dose fait « lever le lièvre » dans un tableau qui n’est pas clair.

Cette observation ressemble à première vue à la précédente mais ici nous avons affaire à l’apparition claire, marquée, de nouveaux symptômes qui vont permettre de préciser l’image médicamenteuse.

Cette fois, au lieu de voir le cas nous glisser entre les doigts, suite à l’action perturbatrice du médicament prescrit, nous voyons un médicament qui n’est pas exactement le simillimum, faire réagir l’organisme. Littéralement, le remède fait sortir le lièvre : le véritable médicament homéopathique se fait jour. Votre première prescription était couvrait bien des signes communs et peut-être quelques caractéristiques mais son homéopathicité n’était pas suffisante. Dans ce cas, l’organisme réagit en vous servant encore plus de symptômes pour vous aider !

Hahnemann décrit clairement la situation dans les §180 et 181 :

180.— Dans ces cas de symptomatologie insuffisante, le remède, sélectionné aussi bien que possible, mais imparfaitement homéopathique, n’étant que partiellement analogue à l’ensemble de la maladie, provoquera au cours de son action des maux accessoires.

….

Ce remède imparfait ajoutera à l’état du malade plusieurs symptômes accidentels appartenant à sa propre symptomatologie. Mais ceux-ci relèvent également de la maladie elle-même, bien que le patient ne les ait éprouvés que rarement ou même jusqu’alors pas encore ressentis.

Même si le nouveau groupe de symptômes est apparu à la suite de la sollicitation du médicament imparfait, il est produit par un organisme qui avait la capacité de le faire, le malade en avait la prédisposition. Vous complétez ainsi l’image de la maladie, ou sur ce seul élément le miasme vous apparaît enfin clairement.

181.— Il serait faux de penser que les maux accessoires et les symptômes nouveaux ainsi produits doivent être mis sur le seul compte du remède qui vient d’être administré. Ils tirent leur origine de là indiscutablement (a), mais ils n’en sont pas moins des symptômes que cette maladie était apte, par elle-même, à faire apparaître particulièrement dans cet organisme, et le remède employé — en sa qualité de provocateur de symptômes semblables — les a seulement mis à jour, les a en quelque sorte dévoilés.

Vithoulkas nous donne un joli exemple que je vous retranscris tel quel[1] :

Prenons l’exemple d’un patient qui souffre de céphalées modérées et de gastrite. Il a des douleurs brûlantes et désire boire de l’eau froide qu’il vomit ensuite, tout aliment quel qu’il soit est également vomi immédiatement après son absorption. Ces symptômes sont similaires à ceux de Phosphorus, mais lors de la consultation, nous ne trouvons ailleurs aucune confirmation de ce remède dans d’autres régions de l’organisme, nous ne notons pas non plus de symptômes nous orientant vers un autre remède. Nous supposons qu’il s’agit d’un cas défectif et nous prescrivons Phosphorus en nous fondant uniquement sur une ou deux keynotes. Après la prise du médicament, le trouble gastrique s’améliore, mais surgit une aggravation des céphalées dont les modalités se sont modifiées. Le patient se plaint maintenant d’une constipation, qui n’existait pas auparavant et il est plus sensible au froid. Il souligne aussi une anxiété au sujet de sa santé avec agitation et une anxiété qui monte de l’estomac. Il a moins soif maintenant mais il désire boire de petites gorgées d’eau. Il est maintenant évident que le patient présente une symptomatologie qui évoque Arsenicum album. Un praticien qui n’a pas une bonne connaissance de la théorie et de la Matière Médicale peut penser qu’après Phosphorus il y a eu une suppression car le patient présente des symptômes émotionnels qu’il n’avait pas auparavant. Cependant, après avoir prescrit Arsenicum album nous observerons une amélioration générale et locale, ce qui nous montre bien que le remède a une action plus profonde que Phosphorus. Phosphorus a fait apparaître des symptômes qui indiquent clairement Arsenicum album qui donne maintenant de très bons résultats. Si on avait pu reconnaître Arsenicum album dès le début, nous n’aurions peut-être pas eu besoin de Phosphorus.

Vous mesurez maintenant toute l’importance qu’il y a à comprendre les relations médicamenteuses et les familles de médicaments. Quand on donne Phosphorus, on doit s’attendre à ce que le cas évolue vers Arsenicum, Thuja ou Staphysagria.

Nous verrons plus loin les §172-175 où Hahnemann traite des maladies défectives pour comprendre la stratégie de prescription dans ces cas de bas niveau de santé où seules quelques facettes du médicament sont visibles. Il faut prescrire dans ce cas uniquement d’après les seules caractéristiques de la partie visible, qui se manifeste à nous au moment où l’on voit le malade. La difficulté ici est de trouver le « point d’entrée », le meilleur médicament pour ouvrir le cas et faire remonter le niveau d’énergie du patient. Ainsi l’organisme peut présenter une image de plus en plus claire. A chaque étape, on choisira un médicament d’après les signes résiduels auxquels on ajoutera les nouveaux symptômes apparus. A postériori dans ce genre de cas, tout le monde sera capable de « voir » le grand polychreste qui finit par se faire jour et on se demandera comment un prescripteur renommé n’a pas été capable de le voir du premier coup. Tout l’art a consisté à trouver la bonne série de médicaments pour arriver jusque là…

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