Thuja

Par Edouard Broussalian, le 6 septembre 2003

Edition revue et corrigée du 5 Novembre 2007

Introduction

Qui dit Thuja dit vaccination, c’est pourquoi, avant de parler de la matière médicale proprement dite, nous ferons un rappel historique sur la variole et l’inoculation de la vaccine ainsi qu’une révision des signes de la variole. J’ai cru bon d’insérer dans son intégralité (Voir page 17 Le point sur la variole un grand merci à mon vieil ami Luc Jeannin) un article publié dans Caducée.net où l’on trouvera de nombreuses données sur cette affection redevenue d’actualité à cause des menaces biologiques.

A l’époque où cet article a été écrit, nous découvriions Sankaran en France sous l’impulsion de Jean-Claude Ravalard. Aujourd’hui mon message sur cet enseignement est « prudence ! ». Pourquoi ? Parce que comme toute voie de recherche elle présente en soi un intérêt. Mais malheureusement, je ne suis pas certain que les résultats cliniques soient au rendez-vous et trop de débutants sont attirés par ces démarches aléatoires au lieu d’apprendre correctement leur matière médicale (en Inde on poursuit un cursus de 7 ans à plein temps d’homéopathie avant de prescrire, en Occident on se contente encore de quelques séminaires sur 3 ans…). En d’autres termes, cet enseignement plus ou moins fantaisiste pris en lieu et place d’homéopathie classique risque de détruire un édifice patiemment construit par des enseignants rigoureux. On dévie de la médecine vers la spéculation et cela n’a jamais fonctionné et ne fonctionnera jamais. Cependant, ceci étant posé, je suis persuadé que l’avenir de l’homéopathie repose sur une approche de synthèse, comme je l’ai déjà démontré avec le tableau périodique des éléments. C’est pourquoi je me suis laissé aller à un petit chapitre presque poétique qui établit quelques corrélations entre les formes de la plante et ses propriétés médicinales, avec toutes les réserves que cela entend.

Les patients qui s’automédiquent et même les médecins qui n’ont pas encore vraiment étudié l’homoeopathie usent et abusent de Thuja. Ce médicament doit atteindre les mêmes sommets qu’Arnica, on le donne systématiquement et sans distinction pour deux raisons principales :

–  Les vaccinations

–  Les verrues

Thuja et les vaccins

Quand nos livres homoeopathiques parlent de vaccination, il faut bien se rappeler qu’il s’agit de la maladie de la vache (cow-pox), proche de la variole humaine, que Jenner a eu l’idée d’inoculer chez l’homme afin de protéger de la maladie.

Un mot sur la réalité effrayante de l’époque (Organon note du §46), en souhaitant que nos brillants chercheurs et virologues ne nous mettent pas au point quelque chose d’encore meilleur :

Le fait que la vaccine diminue et adoucit homœopathiquement la variole (§ 45) paraît être la cause bienfaisante et remarquable — depuis la généralisation de la vaccination de Jenner — du déclin du génie épidémique et de l’atténuation de la malignité variolique d’il y a quarante ou cinquante ans. A cette époque, une ville envahie par ce lamentable fléau perdait au moins la moitié et souvent les trois quarts de ses enfants.

Au départ donc, Hahnemann a été un fervent défenseur de la vaccination. Le Fondateur a puisé de nombreux exemples dans les phénomènes survenant après l’inoculation et cela lui a permis d’illustrer la notion d’interaction de deux maladies semblables (pardon pour la longueur de la citation, mais c’est l’opportunité de commencer à discuter de l’Organon) :

45. — Non, deux maladies artificielles ou naturelles différentes par leur genre mais très analogues par leurs manifestations et leurs effets, comme par les souffrances et les symptômes que chacune détermine, s’anéantissent toujours, dès qu’elles se rencontrent dans l’organisme.

Pour une raison qui n’est pas difficile à comprendre, la maladie la plus forte détruit la plus faible. En effet, à cette occasion, l’agent pathogène le plus fort ayant une action similaire, envahit de préférence précisément les parties de l’organisme qui jusqu’alors étaient sous l’emprise de l’agent pathogène plus faible, « l’absorbe » et ce dernier alors s’évanouit et disparaît (a).

En d’autres termes, dès que le malade, par l’intermédiaire de son système nerveux vient à être éprouvé par une nouvelle puissance morbide, semblable à la première mais plus forte, le principe vital, étant donné son unité biologique, ne ressent plus que la puissance semblable qui est plus forte. La puissance morbide, première en date, c’est-à-dire la plus faible — car elle ne tombe jamais sous les sens, mais constitue une affection dynamique (immatérielle) — s’éteint et cesse par conséquent d’exister. Le principe vital ne reste donc touché, seulement d’une façon passagère, que par la puissance morbide nouvelle, semblable, mais plus forte, du médicament ou de la maladie similaire, qui joue ainsi le « rôle curateur ».

(a) De même que sous l’action plus forte des rayons du soleil qui frappent nos nerfs optiques, la perception lumineuse d’une flamme s’efface rapidement.

46. — On pourrait citer beaucoup d’exemples de guérisons, selon les principes homœopathiques, de deux maladies naturelles, l’une par l’autre, présentant des symptômes semblables. Mais, si l’on veut des faits précis et incontestables, il faut s’en tenir au petit nombre de maladies toujours identiques à elles-mêmes, qui naissent d’un agent infectieux aigu (miasme aigu) bien défini, et qui pour cette raison méritent un nom particulier.

Parmi ces affections se présente au premier rang la variole, si redoutable par le nombre et la violence de ses symptômes, qui a fait disparaître et a guéri une foule de maux caractérisés par des symptômes semblables aux siens.

Qu’elles sont nombreuses dans la variole, les ophtalmies graves, allant jusqu’à la cécité! Or, la vaccination a guéri complètement et définitivement une ophtalmie chronique dans un cas cité par Dezoteux et une autre par Leroy.

Combien de fois la variole n’a-t-elle pas occasionné la surdité et la dyspnée? Et bien la variole, arrivée à sa période d’acmé, a guéri ces deux affections chroniques, comme l’a observé J. Fr. Closs.

Une personne aveugle depuis deux ans, à la suite de la suppression d’une teigne, a recouvré la vue après une variole, d’après Klein.

L’orchite, souvent même considérable, constitue une complication de la variole qui est loin d’être rare; et c’est pourquoi la variole a pu — comme Klein l’a observé — guérir par similitude, une volumineuse tuméfaction indurée du testicule gauche, résultant d’un traumatisme. Une grosseur analogue de cet organe fut également guérie par la variole d’après l’observation d’un autre médecin.

La variole s’accompagne parfois d’une sorte de dysenterie particulière; et c’est ce qui explique pourquoi cette affection a guéri, en tant que puissance morbide analogue, un cas de dysenterie, comme le rapporte Fr.Wendt.

Personne n’ignore que lorsque la variole se déclare au cours d’une vaccine, elle détruit sur le champ (homœopathiquement) celle-ci, ne la laisse pas accomplir son évolution, tant à cause de sa plus grande puissance pathogénique que par le degré de ressemblance de ces deux affections. Mais, d’autre part, lorsque la vaccine approche du terme de sa maturité, sa grande similitude avec la variole fait que (homœopathiquement) elle atténue au moins beaucoup et adoucit celle-ci, qui éclate après elle, d’une façon plus bénigne, comme en témoignent Muhry et bien d’autres auteurs.

Dans la lymphe de la vaccine inoculée, outre l’élément antivariolique préservateur, existe la substance propagatrice d’une dermatose généralisée d’une autre nature, des boutons généralement petits et non suppurants, entourés d’une aréole érythémateuse, souvent parsemée de petites macules rouges et arrondies, dermatose assez souvent accompagnée d’un prurit intense.

Chez beaucoup d’enfants cet exanthème sort plusieurs jours avant l’apparition de l’érythème aréolaire vaccinal; mais le plus souvent il se déclare tardivement, et disparaît en quelques jours, laissant sur la peau de petites macules érythémateuses indurées. C’est en raison de leur analogie avec cet agent infectieux secondaire, que la vaccine aussitôt qu’elle a pris, guérit homœopathiquement, complètement et de façon permanente les dermatoses souvent les plus tenaces et les plus persistantes dont souffrent certains enfants, ainsi que l’attestent un grand nombre d’observateurs.

La vaccine, dont le gonflement du bras constitue l’un des symptômes typiques, a guéri, sitôt après avoir éclaté, un bras tuméfié et à moitié paralysé.

La fièvre produite par la vaccine, au moment de l’apparition de l’exanthème, a guéri (homœopathiquement) deux cas de fièvres intermittentes, comme le déclare Hardege le jeune. Cela confirme ce que J.Hunter avait déjà remarqué, à savoir que deux fièvres similaires (maladies semblables) ne peuvent subsister en même temps dans un même organisme.

La rougeole et la coqueluche, dans la fièvre et la toux qui les caractérisent, présentent souvent beaucoup de ressemblance. Aussi Bosquillon constata, dans une épidémie où régnaient ensemble ces deux maladies, que beaucoup d’enfants qui avaient déjà eu la rougeole furent exempts de la coqueluche. Tous en auraient été préservés et pour toujours, aussi bien que réfractaires désormais à la rougeole, si la coqueluche n’était pas une maladie en partie seulement semblable à la rougeole, c’est-à-dire si elle présentait aussi un exanthème analogue à celui de cette dernière maladie. Voilà pourquoi la rougeole ne put garantir de la coqueluche qu’un certain nombre d’enfants, et cela seulement au cours de l’épidémie présente.

Mais, quand la rougeole rencontre une maladie qui lui ressemble dans son symptôme principal, l’exanthème, elle peut, sans contredit, l’anéantir et la guérir homœopathiquement. Une dermatose chronique fut ainsi guérie d’une manière prompte, parfaite et durable (homœopathiquement) par l’éruption de la rougeole comme l’a observé Kortum. Une éruption miliaire qui depuis six ans couvrait la face, le cou et les bras, où elle causait une ardeur insupportable et qui se renouvelait à chaque changement de temps, se réduisit dès l’apparition de la rougeole en une simple intumescence de la peau. La rougeole terminée, l’éruption miliaire se trouva guérie et ne reparut plus.

Nous retiendrons de ces exemples que si la nature guérit parfois à l’aide de deux affections semblables, c’est toujours au prix de réactions héroïques dont le malade a souvent de la peine à sortir vivant. Il fallait que Hahnemann dépasse cet écueil.

C’est probablement l’une des raisons qui l’a poussé à utiliser des substances de plus en plus diluées, sachant en outre qu’un sujet malade sera immensément sensible à la substance capable de « ressembler » à ses maux.

Le passage « dans la lymphe de la vaccine inoculée, outre l’élément antivariolique préservateur, existe la substance propagatrice d’une dermatose généralisée d’une autre nature » indique certainement que Hahnemann commence à comprendre que la vaccination inocule plus de choses qu’il n’en faudrait. Il émettra pour finir de plus en plus de réserves sur le procédé. Hering de son côté commencera à expérimenter les substance pathogènes ou pathologiques dynamisées qui ne présentent plus le risque des substances brutes, découvrant l’usage des nosode, isothérapiques, etc. Voici ce que dit Hahnemann de l’isopathie :

Les initiateurs de la dite isopathie avaient probablement à la mémoire les bienfaits apportés à l’humanité par l’application de la vaccination. Par elle le vacciné était immunisé contre toute contagion future de la petite vérole et pour ainsi dire guéri déjà d’avance de cette maladie, La vaccine, maladie originaire de la vache et la petite vérole humaine, tout en étant semblable sur bien des points, ne sont cependant nullement identiques. Elles diffèrent l’une de l’autre à bien des égards, notamment par l’évolution plus rapide et la bénignité de la vaccine, mais surtout par le fait que celle-ci n’est jamais contagieuse pour l’homme par la simple proximité. La généralisation de l’inoculation de la vaccine a si bien mis fin à toutes les épidémies de cette effroyable et mortelle maladie, que la génération actuelle ne réalise plus les effets de cet horrible et épouvantable fléau du temps passé

D’autres produits provenant de maladies particulières aux animaux pourront aussi nous servir de remèdes pour la guérison d’importantes et très similaires maladies humaines, complétant ainsi heureusement notre stock de remèdes homœopathiques.

Si vous ne voulez pas vous exposer à des complications fâcheuses et des aggravations regrettables, gardez-vous bien de vouloir effectuer à l’aide d’un «psoricum» — produit pathologique humain — la guérison de la maladie qui l’a occasionné, comme par exemple la gale humaine ou ses séquelles, par l’extrait tiré de la vésicule scabieuse de l’homme.

Enfin, Burnett sera l’un des premiers à observer systématiquement les réactions sycotisantes de la vaccination qu’il dénomme vaccinose. Il dégagera l’indication de Thuja dans le traitement de ces troubles.

La ressemblance de Thuja avec les effets de la vaccine est en effet assez étonnante (j’en profite pour souligner l’indication fréquente de Thuja dans la varicelle qui peut d’ailleurs être un diagnostic différentiel de la variole) :

–  éruptions vésiculeuses puis pustuleuses et croûteuses, touchant aussi les muqueuses,

–  éruptions confluentes, enchâssées, sans intervalles de peau saine (Cham, Staph, Verat),

–  cicatrices après l’éruption (Thuja est un grand remède de chéloïdes),

–  processus inflammatoires des muqueuses, séreuses et osseuses, (je suis encore le cas d’une jeune femme sauvée par le Dr. Schmidt avec Thuja d’une encéphalite à la suite de la vaccination),

–  frisson qui secoue et vomissements (deux remèdes : Thuj et Zinc), cuisse secouée par les frissons, etc.

–  tuméfaction du bras, etc.

Il est donc grand temps de mettre un terme à la prescription systématique de Thuja avant ou après n’importe quelle vaccination car il est évident qu’on ne parle plus du tout des mêmes manifestations cliniques. Faute d’une boule de cristal ou tout autre appareillage de ce genre, il n’existe pas à ma connaissance de moyen pour savoir à l’avance si la dynamis sera chroniquement affectée ou non par l’injection, et si la réaction sera de nature sycotique. La connaissance du médicament chronique du patient et le miasme auquel il appartient pourraient guider la prescription si des effets néfastes apparaissaient dans les suites.

La rubrique Généralités, Vaccination suite de, est le reflet de cette situation hétéroclite puisqu’elle contient aussi bien des remèdes

–  aigus comme Apis ou Bell,

–  chroniques comme Ars, Sulph, Merc, Thuj

–  appartenant à différents miasmes : cancérinique pour Ars, psorique pour Sulph, luétique pour Merc, et sycotique en ce qui concerne Thuja.

Lorsqu’à la suite de la campagne de vaccination contre l’hépatite B nous avons vu de nombreux jeunes patients consulter pour des troubles aussi divers que la perte de la vision d’un œil, la paralysie d’un bras, des douleurs chroniques, des dépressions, c’est rarement Thuja qui a été indiqué.

Dans la mesure où les vaccins possèdent une action directe sur le tissu immunitaire (dont on ne connaît en réalité que fort peu de choses…), ces substances injectées directement dans le corps appartiennent à la catégorie de médicaments les plus aptes à laisser dans l’organisme –j’entends par là sur la force vitale- une empreinte indélébile ou du moins durable. L’inoculation d’un vaccin est donc hautement susceptible de greffer un miasme chronique, le plus souvent de nature sycotique dans ses manifestations.

La question vaccinale mérite par conséquent d’être revue avec la plus grande humilité. Prenons la mesure de notre connaissance balbutiante de l’immunité que nous bafouons pourtant régulièrement. Ayons le discernement d’admettre que l’on ne peut jamais savoir précisément ce qui sera injecté au patient malgré les meilleures centrifugeuses et contrairement à ce que la publicité des laboratoires voudrait nous faire croire. N’ayons pas la sottise de croire connaître précisément les effets à terme de chaque vaccin, ni leurs effets cumulatifs et croisés au bout de nombreux rappels. N’entrons pas dans les querelles d’experts pour savoir si les 0,2% de complications officiellement répertoriées justifient le vaccin pour éviter les 0,3% de cas graves de la maladie à prévenir… au prix de peut être 20% ou plus de complications chroniques non reconnues encore dans la littérature. Et surtout espérons que certains membres de notre profession croissent en sagesse pour ne plus se jeter sur tout thérapeutique comme des enfants sur un nouveau jouet.

Les sensations et réactions communes des conifères

Dans ce chapitre, je me suis laissé aller à quelques considérations qui relèvent plus de la poésie que de la médecine, mais c’est dans le but d’inciter nos lecteurs à rêver et à observer. Ce qui forme un homme est sa capacité d’émerveillement, nous devons redécouvrir la beauté de ce qui nous environne.

La sycose se caractériserait par la notion de maladie irrémédiablement fixée, dont on a conscience de ne pouvoir guérir et qui pousse le patient à développer des stratégies visant à cacher son état, et à rechercher une situation de confort, avec des tactiques d’évitement de situations stressantes.

Thuja est typiquement sycotique avec ses idées fixées, son besoin de camoufler systématiquement sa faiblesse, son doute de soi, et même sa propre dévaluation. La notion de cacher son problème vient d’une observation de Kent, publiée sur Planète Homéo dans la section des Cas cliniques. Kent est appelé au chevet d’une patiente souffrant d’une hémorragie utérine chronique qui la laisse pratiquement exsangue. Pour ne retenir ici que ce qui nous intéresse, Kent observe que la patiente est tout à fait charmante avec lui, alors que l’entretien avec l’entourage lui révèle qu’elle est odieuse avec tous ses proches et le convainc qu’elle fait tout son possible pour ne pas révéler son état. Avec le reste du tableau en cohérence, Thuja la guérit complètement et rapidement.

Les principaux remèdes de la famille des conifères que nous utilisons sont Thuja, Sabina, Abies canadensis et nigra, Tax baccata. A cette liste commencent à s’ajouter des substances nouvellement expérimentées comme Sequoia gigantea, Sequoia sempervirens, Pseudotsuga menziesii. N’oublions pas quelques souches peu expérimentées (Cupressus australis, Juniperus communis et virginians), ni les substances dérivées, qui ne sont peut être pas à inclure dans la famille, comme Pix liquida et Terebentina.

Dans la mesure où les pathogénésies les plus développées sont celles de Thuja et de Sabina, il m’a paru logique de les prendre comme point de départ. Thuja nous offre ainsi un riche éventail de sensations et d’illusions. On peut aisément trier celles qui appartiennent au miasme sycotique :

–  Pensées persistantes, etc.

–  Anxiété pour le salut de son âme, pense avoir mal agi (Thuj).

–  Illusion d’étrangers (Thuj), agg en présence d’étrangers (Thuj), sensations de corps étranger (Sabin, Thuj).

Tout au long de mon étude, j’ai été frappé de découvrir une multitude de sensations opposées, dans tous les remèdes de la famille jusqu’à ce que je réalise que Thuja et Sabina figurent dans la rubrique Etats contradictoires et alternants qui doit pouvoir se généraliser sans grand risque à toute la famille. J’étais frappé de découvrir comment le vide et la plénitude étaient sans cesse associés entre eux et connectés aussi aux notions de lourdeur et de légèreté.

Plénitude / Vide. On trouve de nombreux symptômes à tous les niveaux mais surtout dans l’abdomen et l’estomac. Ces signes sont associés à la digestion, et liés aux repas et à la sensation de faim. Gonflement abdominal, ou de l’estomac, météorisme, glougloutements, borborygmes. Tous les signes sont < après manger.

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Lourdeur / légèreté

 

 

– Sensation d’avoir une pierre dans l’estomac (Abies-n) ; Lourdeur de l’estomac (Abies-n) ; Illusion d’être lourd (Thuj)

–  Illusions opposées : Corps plus léger que l’air (Thuj), Amincissement ou amaigrissement (Thuj),

On aperçoit bien ici la forme triangulaire du conifère. Ainsi que les branches dont la « lourdeur/ pesanteur » semble matérialisée.

 

 

 

 

 

 

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L’idée de pesanteur est encore plus nette sur cette image on dirait qu’à mesure de sa progression vers le ciel, les branches sont de plus en plus lourdes et pèsent vers le bas.

 

 

 

 

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La lourdeur de la branche n’est pas un vain mot, on le voit bien ici quand elle s’affaisse sous son propre poids.

 

 

 

 

 

Rétention / Ecoulement.

–  Miction retardée, doit pousser (ou attendre) longtemps avant que l’urine n’arrive (Abies-n, Tax, Thuj), Miction goutte à goutte avec rétention.

–  Ecoulement de mucosités, leucorrhées, écoulements par jets (Thuj, Sabin). Aggravation en cas de suppression des règles.

–  Eructations d’air

A force d’observer l’épicéa de mon jardin, j’ai à vous suggérer quelques idées, qui vont régaler les amateurs de la doctrine des signatures. Il n’y a absolument rien de scientifique dans ce qui suit, qui n’est qu’un petit vagabondage de l’esprit en quête d’explications qui nous dépassent. Ainsi aurez-vous au moins glané quelques procédés mnémotechniques. Allez, après tout, un peu de poésie ne nuit pas !

Ce qui m’est apparu est l’évidence même pour tous les enfants à la Noël: la forme de l’arbre est un triangle isocèle (en réalité quelque chose comme une pyramide dans l’espace) reposant sur sa base. Cette structure pourrait signifier quelque chose d’important pour l’espèce puisque de façon fractale, on la trouve reproduite dans les branches principales bien plus larges à leur base qu’au sommet, et dans autant de sous niveaux de branches que l’on pourra trouver.

Base large au sol, sommet ponctuel aux cieux : tout semble reposer sur ce contraste, cette dichotomie. Plénitude, lourdeur, sensations de pierre, pourraient faire référence à la structure « terrestre » et peu mobile de la base. Légèreté et vide s’appliquent au sommet aérien sans cesse en mouvement. On pourra m’objecter avec raison que les pins maritimes sont dépourvus de cette structure triangulaire, et perdent toutes les branches basses. Ceci donne bien les limites du développement qui précède, à moins que l’expérimentation de ce pin montre un jour des signes en relation avec le sommet de l’arbre…

Chez la plupart des conifères, il y a une telle opposition dans les deux parties de l’arbre qu’on comprend mieux les Illusions d’être Coupé en deux (Thuj), ou que le corps et l’esprit son séparés (Thuj). Le thème de la séparation, de l’isolement, revient dans toute la famille.

 

Lthuja4’idée aérienne contenue dans l’arbre se manifeste ici comme si toute l’énergie du végétal semblait investie pour toucher le ciel.

La sensation d’être éventé (Thuj, Sabin) prend tout son sens : c’est une sensation qui semble appartenir ou provenir du sommet qui bouge avec beaucoup de grâce au gré du vent au point qu’on se demande si les branches ne sont pas animées d’une vie propre. On dirait vraiment que les moindre mouvements de l’air insufflent de la vie aux branches (je rappelle que l’âme provient du mot anima qui veut dire souffle). On pourra se rappeler ainsi les fameuses Sensations de « quelque chose de vivant », ou « qui bouge pour son propre compte dans le corps ».

 

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Les fruits de l’arbre sont très lourds et denses et semblent prêts à se décrocher à chaque instant, ce qui nous rapelle la sensation de chute.

 

 

 

On pourrait pousser encore plus loin l’évocation de cette sensibilité aérienne de la distalité de l’arbre puisqu’on trouve certainement chez tous les membres de la famille une Sensibilité pour la musique (pleurer, tristesse), dont le piano (Sabin) et une Sensibilité pour les odeurs fortes (Sabin). Musique et odeurs sont portées par l’air… Mais bien des remèdes possèdent une telle sensibilité sans pour autant avoir des branches !

Notons aussi le point distal des branches qui ne cesse d’osciller comme s’il était en équilibre instable. C’est aussi le cas du sommet qui semble se comporter comme une individualité propre qui finirait par avoir le tournis tout là haut, d’où les signes de « déconnection », d’état d’ivresse, d’erreurs et d’oublis, ou de confusion (se perdre dans les rues que l’on connaît pourtant bien).

Portons notre regard sur le tronc lui même ou les grosses branches. Tout se passe comme si l’arbre ne cessait pas de construire, développer et épaissir la partie « terrestre » pour pouvoir sustenter la partie aérienne. Chez le Sequoia cette « idée » est particulièrement nette puisque les troncs deviennent creux avec l’âge. Dans l’expérimentation cette « idée » se retrouve probablement à deux niveaux :

a)        Les Conifères affectent particulièrement le tissu osseux, avec des douleurs, des inflammations et même de la nécrose. Cela se conçoit puisque l’os joue le rôle structurel que l’on sait. De plus Thuja affecte spécialement le creux poplité, comme si on pouvait craindre une « défaillance », une flexion inattendue, de cette articulation cruciale des membres inférieurs qui soutiennent à leur tour tout l’organisme.

b)        Tous les Conifères ont un appétit augmenté : Abies-n est perturbé dans le sommeil par la faim, Taxus baccata a très faim 2 heures après manger, etc. Cela nous amène à la notion de se remplir mais de remplir surtout les organes creux (se croit enceinte, manger pour combler le vide, retenir l’urine).

Il nous reste la dernière sensation, peut être la plus connue de Thuja et de tous les conifères. Je veux parler du thème Fragilité/ Cassant/ Friable : il est fragile, il est en verre, le corps est fragile. Pour s’en faire une image, il suffit de regarder l’écorce, toute friable et qui se détache du tronc facilement. Il est logique que le thème de conserver l’intégrité, ne pas se briser en morceaux, etc. apparaisse. Le sentiment de fragilité pourrait aussi provenir de l’inadéquation permanente entre deux extrêmes terre / ciel qui ne parviennent pas à s’équilibrer : tout se passe comme s’il fallait combler de façon incessante la base pour parvenir à rejoindre la partie aérienne qui recule sans cesse.

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Un exemple de l’écorce très fragile, qui se casse spontanément en morceaux. Ce qui est pour le moins troublant quand on songe à la fameuse sensation des conifères.

 

 

 

 

 

 

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L’écorce fragile laisse sourdre de la résine qui prend volontiers l’apparence de croûtes plutôt épaisses.

 

 

 

 

On peut aller encore plus loin dans la description des symptômes puisque cette écorce trop fragile laisse sourdre facilement de la résine qui finit souvent par s’agglutiner en masses. Nous voici aux écoulements, le plus souvent collants, et bien entendu aux Condylomes, Verrues, Excroissances, Tumeurs, Cicatrices chéloïdes, Kystes sébacés et autres Eruptions croûteuses. Les patients Thuja « sulfur-like » comme nous verrons plus loin ont toujours la peau qui transpire, de fortes odeurs corporelles, etc.

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Aux pieds des arbres se forment volontiers des volumineuses tumeurs qui ne sont pas sans rappeler les mécanismes sycotiques à type de verrues.

Il serait tentant de déduire de tout ce qui précède que la sensation de fragilité pourrait apparaître plus spécialement chez les membres de la famille qui présentent cette mince écorce friable. Par contre on devrait s’attendre à voir cette notion plus minime chez les Sequoia qui fabriquent une écorce très épaisse qui leur permet de résister aux feux de forêt en les isolant de l’environnement.

Un mot à propos des mécanismes adaptatifs.

Les mécanismes adaptatifs du type

Sensation => Comportement

sont bien connus depuis longtemps dans la matière médicale. Chez Arsenicum par exemple la peur des voleurs entraîne les rituels de vérification de portes fermées à clés, etc. Mais plus profondément encore c’est la peur du manque et de dépossession qui entraîne la peur des voleurs.

On assiste ainsi à des implications en cascade. Ceci permet de remonter à la sensation la plus primitive, à l’origine des autres. Chez les cancériniques par exemple, c’est de besoin de maîtriser qui semble être la source du comportement. C’est en effet de là que surviennent l’anticipation, et les angoisses qui lui sont liées.

Vers une loi des inverses ?

Je soupçonne que le sentiment de fragilité soit amélioré au profit du développement du sentiment d’isolement et vice versa. Cela nous rappelle un mécanisme à bascule comme dans les venins où phobie et possessivité évoluent inversement l’un par rapport à l’autre. Il m’apparaît probable qu’il existe dans la matière médicale une loi des inverses du type

LOI D'INVERSE DANS LES SYMPTOMES D'UN REMEDE où X et Y sont deux sensations qui caractérisent l’espèce et qui évoluent en fonction de l’inverse de l’autre.

Si nos futures études devaient confirmer cette notion, il serait troublant de penser combien les mathématiques sont véritablement un langage de la nature. Ceci nous amènerait à des développements philosophiques assez passionnants.

Résumé

Pour tenter de résumer tout cela, j’en reviens à notre base de départ : Thuja, remède sycotique bien connu. Il est logique de proposer que son sentiment principal consiste à cacher sa fragilité ou à se prémunir contre tout ce qui pourrait heurter cette fragilité. Dans ces conditions on se rend compte combien Thuja est profondément adapté à la sycose dont il pourrait être une sorte de nosode végétal.

Cette sensation de fragilité qui semble être au centre de la sensation vitale de la famille des conifères pourrait provenir de l’impossibilité de réunir des aspirations aussi opposées que symbolisent la terre et le ciel d’où les nombreux signes alternants et opposés. Cliniquement chez Thuja on retrouve souvent la mésestime de soi camouflée sous une présentation impeccable.

Avec la sensation de fragilité se greffent les notions de séparation, d’isolement qui semblent évoluer réciproquement de façon inverse. Chez les conifères on obtiendrait une relation du style

Fragilité = 1/ Isolement

Chez les conifères, le sentiment de fragilité conduit souvent au comportement de protection envers les autres : « je vais protéger les autres à cause de leur fragilité, et encaisser les coups ». Décompensée, la même sensation conduit à un repli sur soi.

Enfin, face au sentiment de fragilité, apparaissent des mécanismes de compensation comme le remplissage (plénitude, vide), ce qui nous conduit à écrire :

Fragilité -> Remplissage.

Quelques cas cliniques

Cas 1

Le petit Matéo a deux mois quand je le vois en juillet 2002. Ses parents l’amènes pour de fortes régurgitations traitées sans succès.

L’enfant est très pâle, maigre, les yeux cernés. Les rots semblent difficiles. Sur la joue la peau présente des eczématides. Il sursaute facilement, déjà à sa naissance quand il y a eu le flash de l’appareil photo.

Dans ce genre de cas, il nous faut le tableau de sa mère pour pouvoir progresser. J’apprends que celle-ci et sa famille ont été soignées par mon père !

Nathalie, la mère de Matéo, avait des règles douloureuses, elle a toujours pris du Ponstyl. Facilement la larme à l’œil, le BCG n’a jamais « pris » chez elle. Elle a eu le vaccin de très nombreuses fois. Antécédents d’angines répétées à Streptocoques. Elle transpire des pieds et cela sent mauvais.

ÞSon cas fait envisager d’emblée Thuja ou Silicea, ce qui montre tout de suite la grande ressemblance de ces deux médicaments. Il est rare d’évoquer l’un sans l’autre.

Son père Stéphane est kiné et moniteur de ski. Le tableau est typiquement Nat-m, il répondra à toutes les doses de ce médicament.

Matéo lui aussi sent des pieds et transpire de la tête. Comme l’enfant n’avait pas encore été vacciné et qu’il était logique de soupçonner qu’il digère mal le lait, j’ai donc commencé par Silicea, tout en gardant Thuja à l’esprit.

ÞKent aimait à répéter ce conseil : « faites toujours comme Guillaume Tell. Au cas où la première flèche rate la cible, ayez en réserve quelques autres dans votre carquois. »

En un mot, je pense aberrant de prescrire un remède sans penser au moins à deux ou trois autres en rechange. Entraînez vous à cela, même dans les cas « évidents ». Cherchez si un « petit » remède ne pourrait pas non plus couvrir aussi bien le tableau. Le médicament prescrit appartient toujours à une famille de substances qui partagent entre elles des traits communs. Il faut donc connaître les nuances qui les séparent. L’art de l’homoeopathie repose sur les comparaisons : nous comparons sans cesse des remèdes avec le tableau du patient et des remèdes entre eux.

Le résultat sera excellent. Dès la première dose on observe une amélioration digestive, en quelques prises de Sil LM1 tout rentre dans l’ordre. La transpiration aussi régresse. Quand Matéo régurgite, c’est très longtemps après le repas et non plus peu après.

En Janvier 2003, le petit fera une forte réaction au vaccin Pentacoq, pratiqué malgré toutes mes réserves et exhortations. Il est en effet facile de prédire qu’un enfant Silica ou Thuja risque d’être très susceptible à une telle piqûre. Le soir du vaccin, il montera à plus de 40°, à la limite de convulser. La fièvre mettra plusieurs jours à diminuer. Les sueurs de la tête reviennent comme jamais, les pieds sentent mauvais, sa mère ajoute spontanément que c’est une odeur acide. Absence d’éruptions.

Cette fois une nouvelle prise de Silicea LM2 ne produira aucun effet mais Thuja 30, pris sec qui amendera très vite le tableau.

Je ne reverrai pas Matéo avant le 10 Mars. Il commence à faire des bronchites asthmatiformes qui sont traitées tant bien que mal par un confrère classique. Le petit est de bonne humeur, il joue, aime être dans les bras.

ÞDevant un tel tableau c’est bien entendu Pulsatilla que l’on évoque en première intention. Le médicament bien que sycotique et satellite de Silicea ne couvre pas l’étiologie vaccinale probable. La confusion est fréquente entre Pulsatilla et Thuja chez l’enfant.

Pour éliminer par principe l’indication de Pulsatilla, il apparaît que Matéo est capable de rester seul sans problème. Tout comme un enfant Pulsatilla, il dort sur le dos les mains en l’air. Mais Thuja aussi est présent dans cette rubrique !

Thuja LM1 fera merveille, et à ce jour (octobre 2003), il répond toujours très bien à ses prises qui sont de plus ne plus espacées.

THUJAL’intérêt du présent cas est de vous montrer la proximité de Silicea, Pulsatilla et Thuja. Ne versez donc pas dans le piège de la prescription facile de Pulsatilla sans avoir envisagé Thuja !

Cas 2

Bénédicte B, 35 ans, consulte le 27 Juin 2003. Son principal problème réside dans la prise de poids, elle a pris 15 kg en moins de 10 ans. Elle présente ce que j’appelle le look Sulphur : ronde, peau grasse du visage, pommettes rouges.

thuja conifèreNous avons affaire ici au type de Thuja gras qui ressemble à Sulphur. L’autre genre de Thuja ressemble plutôt à Phosphorus par sa minceur, l’extrême sensibilité.

Tachycardie depuis l’été 2000, les crises ont commencé la nuit. Pas de traitement actuellement.

A été opérée en Février d’une crise de cholécystite aigue, elle était très fébrile. Avant l’opération elle avait des selles molles et fréquentes, de la diarrhée, les selles étant comme de la bouse de vache.

thuja conifèreEncore une ressemblance avec Sulph. Les deux ont la diarrhée le matin. Celle de Sulphur oblige le patient à aller aux toilettes de bon matin. La diarrhée de Thuja se déclenche en général après le petit déjeuner.

Bénédicte a eu beaucoup de verrues depuis l’enfance et a encore des verrues plantaires. Elle a été opérée d’un neurinome dans la région lombaire en 90.

A fait un « point de pleurésie » enfant, « pourtant j’avais eu le BCG plusieurs fois ». Pilule à 18 ans.

Le ventre gonfle facilement, « comme une grossesse de 4 mois ». Quand elle est ballonnée, elle ressent une sensation de mouvements dans le ventre, comme quelque chose qui bouge dedans.

thuja conifèreOn pourrait résumer le cas comme une sorte de Sulphur ballonné. Les conifères et en particulier Thuja présentent énormément de gaz, et de distension abdominale. Beaucoup de troubles surviennent lors de la digestion. On se rappellera Abies canadensis, qui est le premier remède à étudier dans les palpitations après manger (2 points de valorisation relative).

Revue en Septembre 2003 après avoir pris Thuja LM1. Après la première dose : super ballonnée, diarrhées +++, nausée, mal de tête du côté gauche avec une sensation de pression comme si on lui encastrait quelque chose dans la tête.

thuja conifèreLes sensations de corps étrangers sont fréquentes chez les conifères. La céphalée comme un clou est un classique de Thuja. La sensation décrite par la patiente s’y apparente sans doute.

« Je suis beaucoup plus ouverte, beaucoup plus zen. Normalement je suis très anxieuse ; maintenant, bien que surbookée, je plane, sereine et efficace.

Elle rapporte aussi qu’elle a noté que sa transpiration sent beaucoup moins fort, il y a même des jours où elle peut se passer de déodorant.

thuja conifèreTout ce qui sort du malade Sulphur sent mauvais, c’est tout aussi vrai du patient Thuja. L’odeur touche surtout le creux axillaire et les pieds.

Enfin, ravie, elle commence à maigrir ! Comme souvent en ce genre de cas, elle a d’abord « désenflé » notamment du visage, avant de perdre du poids.

thuja conifèreLa sycose se caractérise par une infiltration tissulaire. Thuja correspond bien à ce qu’il est convenu d’appeler la rétention d’eau.

Cas 3

Jeanne est née le 28 avril 99. Je la vois le 29 septembre 2003, amenée par ses deux parents. C’est la cousine d’une autre enfant que je suis déjà. L’an passé elle a fait beaucoup d’orgelets et de chalazions, ce qui est peu banal à cet âge. Elle a été soigné tant bien que mal avec les procédés habituels en ophtalmologie mais maintenant elle récidive franchement. A l’examen, on trouve de nombreuses indurations inflammatoires très disgracieuses sur le bord de ses paupières. Devant un tel énoncé, on peut faire plusieurs commentaires.

thuja conifèreTout d’abord il est très important de toujours considérer un signe qui revient à répétition, c’est quelque chose que l’on ne peut jamais négliger et qui représente une tendance profonde de la part de l’organisme. Ainsi la rubrique angine à répétition est-elle de grande valeur. C’est la même chose pour la rubrique Orgelets récidivants, à laquelle il faut ajouter Thuja.

Ensuite on note que des indurations sont apparues à la suite des inflammations, ce qui est un mécanisme présentant une forte valeur générale. Thuja figure dans la rubrique concernée.

On retrouve ici des signes analogues entre Thuja et Staphysagria, ce dernier développant des orgelets à la suite d’une indignation. Les deux remèdes doivent sans cesse être comparés, ce qui n’est pas surprenant dans la mesure où le miasme cancérinique semble découler entièrement du miasme sycotique, en héritant du même coup de ses propriétés.

thuja conifèreBien entendu l’autre médicament que l’on peut évoquer est Silicea, et là encore on mesure la proximité avec Thuja. Les odeurs de transpiration renforcent le rapprochement d’autant que Silicea transpire de la tête en dormant (ou plus caractéristique encore, lors de l’endormissement). Cliniquement j’ai observé que les enfants Thuja transpirent aussi de la tête en dormant. En fait si leur tête transpire la nuit c’est vraisemblablement à cause de la propriété « transpiration des parties découvertes ». En pratique, on observe parfois des enfants qui se mettent à transpirer dès qu’on les déshabille. Ce signe est plus fréquent qu’on ne le croit, il faut simplement penser à le rechercher.

Curieusement on peut avoir aussi chez Thuja une transpiration généralisée sauf de la tête. Si notre modèle de l’arbre présente quelque vérité, cela ne nous surprendra pas que l’extrémité céphalique soit une exception.

C’est une enfant qui se caractérise par un seul adjectif : la finesse. Mince, élégante, les cheveux extrêmement fins, ses gestes sont graciles et bien déliés. Son visage est très régulier, il a quelque chose de presque adulte, moins enfantin qu’on ne le trouve à cet âge. Elle évoque assez irrésistiblement une poupée. Elle est visiblement sensible et timide, le regard anxieux.

thuja conifèrePhosphorus, Silicea et Thuja correspondent le mieux à une telle description. Pulsatilla pourrait être évoqué, mais la plupart du temps ce sont des enfants très pleurnicheurs et plus ronds, avec des taches de rousseur. Si nous sommes devant un cas de Thuja, nous avons affaire au type mince.

thuja conifèreCarcinosin s’envisage, mais il n’y a pas ici l’anxiété au même degré, ni le visage aussi grave et cerné qu’on rencontre souvent chez ce type d’enfants.

Jeanne fait de nombreuses otites l’hiver et elle tousse alors aussi beaucoup. La toux est surtout aggravée la nuit. Elle transpire de la tête en dormant. Petite elle a fait 2 ou 3 infections urinaires. Elle a fait une grosse otite quand sa sœur est née.

thuja conifèreDécidément, Thuja, Silicea et Staphysagria doivent former ce que j’appelle le tiercé gagnant. Reste à décider par lequel commencer le traitement. Nous continuons.

Elle colle à sa mère, ne la lâche jamais.

thuja conifèreEt voilà comment tous les larrons impliqués dans cette histoire entrent en scène puisque avec ce symptôme on trouve dans la rubrique Désire être porté Arsenicum et Staphysagria. Le niveau au – dessus correspond à la rubrique Agripper, où figure Arsenicum. Quoi qu’il en soit on est maintenant en face du groupe de Thuj et de tous ses amis comme on dit dans certains dessins animés.

Pour délimiter un sous groupe éventuel Silicea Thuja j’explore la transpiration. L’enfant a de très fortes odeurs corporelles. Sa mère ajoute «c’est curieux, elle a même une odeur de miel, surtout à la tête ».

Remède unique dans la rubrique : Thuja…

La petite a aussi très peur des chiens. Curieusement elle a certaines habitudes, des petites manies bien fixées. Cela concerne surtout la pudeur : Jeanne ne supporte pas que la porte des toilettes soit ouverte si elle y est. En cas d’irritation de la vulve comme cela arrive assez souvent, seule sa mère a le droit de l’approcher.

La prépondérance doit être donnée au signe rare et bizarre, pour ma part c’était le première fois que j’entendais parler d’une transpiration à l’odeur de miel.

thuja conifèreAttention, je risque encore une fois de me répéter, mais il ne s’agit en aucun cas de prescrire sur une keynote (signe présenté par un remède unique). Bien au contraire, c’est dans un groupe de remèdes corrélés au cas que le choix s’effectue. Le médicament prescrit présente une cohérence maximale avec l’ensemble du tableau.

thuja conifèreVous noterez que je n’ai même pas cherché à savoir s’il existait une histoire de vaccination chez cette petite. Mathématiquement, seul Thuja peut convenir.

La prescription de Thuja surprendra tout le monde : en une ou deux prises l’ensemble des symptômes seront nettoyés. Revue le 6 octobre, les patients racontent avec force détails comme leur fille a complètement changé, réalisant ainsi que la maladie touche bien la totalité de l’être et non pas seulement le bord des paupières.

L’humeur est bien meilleure, elle ne se met plus en colère, son appétit s’est développé, elle désire découvrir de nouvelles saveurs. Au contact avec des enfants malades, alors qu’elle serait immanquablement tombée malade, c’est à peine si elle a eu un écoulement nasal.

Cas 4

Marine a 9 ans en décembre 2002 quand elle est amenée pour des sinusites à répétition. Elle s’exprime très bien : « Quand je commence à être malade, ça fait tout de suite une sinusite ». Son regard est d’une grande acuité.

Elle n’accepte pas l’échec, il faut qu’elle comprenne tout sur le champ. Elle refuse l’aide qu’on peut lui proposer. Elle protège tout le temps sa petite sœur.

thuja conifèreCela ne ressemble pas ici à Carcinosin. Marine n’a pas d’anticipation, elle n’est pas sans cesse en train de craindre que le pire n’arrive à sa sœur. Elle s’interpose en cas de danger ou devant une menace.

thuja conifèreOn peut évoquer aussi Causticum ( décidément nous ne pouvons pas sortir de la famille de Thuja, même éloignée. Voir le graphique des relations plus loin). Cependant chez Causticum apparaît la notion de protection du groupe familial ( ou des amis, ce qui revient au même ), nuance qui semble absente ici. Thuja et Causticum ont peur des chiens, ce qui ne facilite pas notre tâche.

Elle est toute fine, délicate. Ses doigts son longs et fins. Partie en cure avec ses parents, cela a été un véritable enfer, elle était ingérable, faisant colères sur colères. Elle a fait des verrues plantaires. Présentent une complète aversion pour les oignons. Thuja LM 1, avec l’effet habituel d’une dose bien ciblée, je passe !

Portrait minute

Deux types se distinguent :

–  Le sujet mince, tout en finesse et en élégance, qui est le type dominant dans l’enfance. L’allure évoque Phosphorus, Silicea, etc.

–  Le sujet gras, au visage ovale, marqué par une peau grasse, qui se rencontre dès l’adolescence. On les confond alors avec Sulphur, Graphites par exemple. Le tableau est complet s’il existe quelques signes d’hirsutisme et une forte odeur de la transpiration.

Pour gagner de la place, je ne me suis pas lancé dans l’étude des signes communs entre ces remèdes, je vous conseille d’étudier cela avec PcKent. Vous serez rapidement convaincu par exemple qu’il n’y a guère de différence entre Sulphur et Thuja !

Chez l’adulte, l’un des premiers motifs de consultation sont la prise de poids, la transpiration ou les ballonnements. Attention à ne pas partir sur Lycopodium car il existe une aggravation de Thuja très marquée à 17 heures.

thuja conifèreA savoir ! Arsenicum, Staphysagria et Thuja présentent aussi tous une aggravation à 15 heures et 3 heures du matin, ce qui est probablement une caractéristique de tout le groupe.

Le patient arrive volontiers en avance à son rendez-vous (Sil, Carc, Med), ce qui est souvent un bon point de départ pour la consultation. Souvent l’allure est aussi prudente et réservée que le patient peut se révéler être autoritaire.

En général on est frappé d’emblée par la rapidité avec laquelle le patient s’exprime (Nux, Sepia, Venins, etc.). Ce sont des gens qui savent ce qu’ils veulent et qui sont toujours pressés dans leur activité professionnelle, pressés en marchant, pressés dans leurs mouvements (par ailleurs très précis). Ils ont toujours l’impression que le temps passe trop vite.

Très habituellement l’attention est attirée par l’aspect de la peau du visage : acné parfois, transpiration grasse dans laquelle se reflète la lumière toujours. Les cheveux aussi sont gras, se collent entre eux (souvent les femmes les portent court, ce qui peut évoquer Sepia), et le cuir chevelu présente des pellicules blanches.

Les patients Thuja sont volontiers en repli, sur la réserve. Ils n’aiment pas croiser des inconnus, préfèrent rester seuls. Le mélange d’autorité et d’irritabilité auquel je faisais allusion permet de ne pas avoir à hésiter entre Thuja et Natrum muriaticum. Il ‘existe pas d’amélioration par l’effort physique non plus, ce qui élimine assez facilement Sepia aussi même si les deux transpirent des aisselles.

Les erreurs en écrivant, la difficulté d’apprentissage de la lecture, la peine à se retrouver dans les rues que l’on connaît bien doivent alors être recherchés. La difficulté à trouver ses mots en parlant est aussi très caractéristique. Les gens omettent des lettres en écrivant, les enfants peuvent carrément sauter des mots entiers. La confusion est pire le matin au réveil, et parfois on a de la difficulté à se remémorer ce que l’on était en train de faire si l’on est interrompu (Nux-m, Nat-m, Cic).

Le caractère intransigeant se retrouve dans la rubrique < par la consolation mais aussi dans Fanatisme. Quand ils adhèrent à des valeurs, rien ne peut les faire changer, ils peuvent par exemple s’investir à fond et défendre des points de vue religieux. Les patients Thuja refusent d’obéir aux lois en général et sont prêts à combattre jusqu’au bout pour leurs idées. Contrairement à Causticum qui fera le coup de feu aisément, Thuja est prêt à montrer les dents seulement si on l’embête. L’intransigeance se traduit aussi sous la forme d’une méticulosité parfois invraisemblable. Associée à la fixité des idées, on ne peut manquer d’évoquer Silicea, le grand rival de Thuja.

Les patients Thuja sont éminemment sensibles, vexés facilement (Staphysagria), et supportant difficilement la contradiction. L’effet que produit la musique sur eux est étonnant. Cela put aussi bien les faire pleurer que les remplir de joie et leur donner de l’allant. Cette modalité est à rechercher absolument. Comme le patient fait tout son possible pour éviter les situations qui peuvent mettre à jour sa sensibilité c’est souvent la nuit qu’il se révèle. En dormant on a alors ce qui est réprimé par le conscient qui revient à la surface : sursauts, sensation et rêves de tomber, pleurer, etc.

Si les gens connaissent des situations difficiles, il n’est pas rare de voir apparaître des pensées suicidaires. Ce sont alors des impulsions soudaines, comme par exemple se jeter par la fenêtre. Du moins les patients imaginent qu’ils vont le faire. Cette notion d’imagination est importante :

On découvre bien vite que le patient ne cesse de se faire des idées, d’imaginer ceci ou cela. C’est le point essentiel qu’il ne faut pas manquer. Alors que les choses sont bien fixées chez Silicea, Thuja ne cesse d’imaginer des choses. Cela peut durer un moment et acquérir un caractère de fixité, mais ensuite les choses reprennent vers d’autres idées. La perception du corps est perturbée, souvent on a des fixations sur des défauts imaginaires. Il arrive que l’on trouve le fameux symptôme Corps est fragile ou Comme si l’on était en verre et qu’on risque de se casser. Volontiers on a le sentiment d’une présence dans la chambre à coucher quand la lumière est éteinte… et que l’imaginaire part au galop !

Pour terminer avec les signes mentaux, je vous cite Gray qui a bien perçu l’intérieur du patient Thuja :

Ils présentent au monde une image préfabriquée, calculée et établie depuis l’enfance. Durant l’enfance ils ont pu connaître (ou s’imaginer avoir vécu) une situation d’abandon ou d’abus sexuel. Le message que reçoit l’enfant est qu’il ne pourra jamais être assez bon.

Ils se sentent peu attachants, personne ne peut les aimer. Pensent qu’une personne qui les connaîtrait sous leur jour véritable ne pourrait les aimer. Comme ils sont convaincus qu’on ne peut pas les aimer, ils s’obligent à de gros efforts pour parvenir à l’être malgré tout. Ils cherchent à savoir ce qui plaît le plus chez les personnalités le plus en vue, comment elles marchent, s’habillent, ce qu’elles font, etc., pour comprendre ce qui fait leur célébrité. Ils se mettent alors à imiter systématiquement et presque scientifiquement, copiant ainsi ce qui leur paraît marcher dans le monde et une fois à l’âge adulte ils en ont l’image parfaite. Sensation d’être laid de l’intérieur. Mépris de soi (parfaitement camouflé).

Regardez ensuite les ongles. Toute anomalie de la forme des ongles doit faire évoquer Thuja et Graphites. Il est bien rare de ne pas trouver d’anomalie à ce niveau : déformés, cassants, striés, incarnés, etc. Au minimum on a des envies autour des ongles.

Les désirs alimentaires sont bien marqués. Au premier chef : le désir de sel et surtout de chocolat. Autre point à propos des oignons. Certains en raffolent, et peuvent les manger crus (cela se rencontre même chez les enfants). D’autres les ont en horreur et souvent incapables de les digérer.

En explorant les troubles digestifs, on apprend que les ballonnements sont volontiers douloureux. Il faut alors mettre le patient en confiance et rechercher les « sensations bizarres ». Thuja affecte spécialement la fosse iliaque gauche (douleurs digestives ou ovariennes).Très souvent on nous confiera la sensation de « chose qui bouge », « du poing d’un bébé », etc. Curieusement il n’y a pas d’intolérance pour les vêtements serrés, ce qui permet d’ôter le doute éventuel avec Lycopodium entretenu par le maintien parfois un rien hautain.

La transpiration est l’un des points essentiels de confirmation du remède. Le patient peut sentir des pieds ou des aisselles. Il y a de curieuses odeurs : la tête sent le miel, les organes génitaux ont une odeur douceâtre. Il est curieux de transpirer d’endroits inhabituels comme les parties génitales. Où d’un seul côté, ou des parties découvertes. En général la tête ne transpire pas chez les adultes. Comme nous l’avons vu plus haut dans le cas clinique 3, les enfants peuvent transpirer de la tête en dormant.

J’ose à peine parler des verrues tant Thuja est galvaudé dans cette indication. Typiquement ce sont des verrues petites, planes. Bien entendu, Thuja couvre aussi les condylomes et tout excroissance cutanée. Une histoire vaccinale est très évocatrice du remède, mais tout aussi bien qu’une prise de poids à l’adolescence, ou après la prescription d’une pilule.

C’est un très important médicament de kystes et tumeurs de toutes sortes surtout au niveau gynécologique. Il affecte spécialement l’ovaire gauche. Les leucorrhées sont souvent présentes, Thuja est le premier médicament à prescrire sans autre notion devant la survenue d’une leucorrhée jaunâtre sans modalité particulière. C’est le remède de choix dans les suites d’un rapport sexuel quand apparaît ce genre d’écoulement, voire des condylomes bien entendu.

Les douleurs surviennent de façon caractéristique très soudainement par élancements (dans la base des ongles par exemple). La sensation d’un clou dans la céphalée est classique, ou comme des coups de couteau. En général la douleur est très localisée à la façon d’Ignatia ou Kali bichromicum.

Le patient est souvent amélioré par le plein air, mais il est toujours extrêmement sensible au froid humide qui ne manque quasiment jamais de déclencher des troubles (sinusite, diarrhée, coryza, etc.).

Le groupe Thuja

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Décrire les interrelations du groupe Thuja n’est pas une mince affaire, mais il est indispensable de les connaître et de les comprendre si l’on désire travailler artistiquement.

Nous avons déjà étudié le groupe Phos-Ars-Staph et le cycle Phos-Ars-Thuj, ce qui va nous simplifier la tâche et nous permettre de nous concentrer sur le groupe Arsenicum Thuja Silicea Pulsatilla et ses satellites.

Plus éloignés de ce noyau central nous pouvons évoquer Natrum sulfuricum, Fluoric acidum et Carbo vegetabilis.

Une astuce très simple permet d’effectuer un premier tri : Silicea et Thuja forment un « noyau central » caractérisé par les sueurs de la tête. Arsenicum présente aussi des sueurs malodorantes mais pas spécialement de la tête ni des pieds.

Thuja complète volontiers Arsenic et Natrum sulphuricum. En effet il est très courant de voir Arsenicum stopper net une affection aigue qui peut prendre ensuite une allure de sinusite, avec un écoulement catarrhal jaune vert. Il arrive souvent alors que Thuja termine le cas.

Ecoulements jaunes, aggravés par l’humidité : ayons en tête Nat-s, Sil, Thuj et … Pulsatilla bien entendu. On voit maintenant comment tout cela s’articule. Nous allons développer oralement.

Le point sur la variole

Dossier rédigé par Elisabeth Faure, que j’ai emprunté sur le site de mon ami Luc Jeannin : Caducee.net.

Supervision médicale : Pr J. Beytout, Dr O.Baud et Dr Luc Jeannin

Définition

« La variole est une maladie infectieuse éruptive redoutable et immunisante, due à un poxvirus (famille des Poxviridae). » Définition du Dictionnaire de Médecine Flammarion. Ces poxvirus sont des virus de grande taille à multiplication intra-cytoplasmique, stables à la température ambiante et à la congélation, résistants à la dessiccation et à certains agents chimiques, à l’origine d’éruptions pustuleuses (pox en anglais) chez l’homme.

Un peu d’Histoire

– Les premières descriptions connues de la variole remontent au 4ème siècle après Jésus-Christ en Chine et au 10ème siècle en Asie du sud-ouest.

– La maladie fut importée en Occident au début du 16ème siècle. Vers la fin du 18ème siècle en Europe, environ 400 000 personnes mouraient chaque année de la variole. Elle est ainsi devenue au 18 ème et 19 ème siècle la plus redoutée de toutes les maladies, la grande terreur appelée aussi « petite vérole ».

– Le premier procédé de prévention de la variole a été la « variolisation », c’est à dire que l’on inoculait à des sujets sains du pus provenant de lésions d’un malade atteint de variole.

En 1798, le médecin anglais Edward Jenner publie dans An inquiry into the causes and effects of the variolae vaccine les résultats de son expérience du 14 mai 1796 au cours de laquelle il pratiqua la première vaccination « officielle » sur un jeune garçon de 8 ans auquel on inocula la variole à deux reprises sans succès. (la « vaccinifère » – individu porteur de pustules de vaccine ou de variole et dont on prélève le pus pour en préparer le vaccin antivariolique- était une jeune paysanne qui s’était inoculée le cowpox en trayant les vaches). Il a démontré l’existence d’une immunité croisée entre le virus du cowpox et celui de la variole et établi ainsi empiriquement les preuves irréfutables de la prévention de la variole par le cowpox. Edward Jenner avait constaté que les vachers qui contractaient une maladie courante de la vache appelée cowpox résistaient aux épidémies désastreuses de variole. Ce vaccin s’est montré très efficace et a permis l’éradication de la maladie dans le monde entier.

– En 1967, l’Assemblée mondiale de la Santé alloua à l’OMS un budget annuel de 2,4 millions de dollars pour conduire sur 10 ans une campagne visant à éradiquer la maladie. Au cours de la première année du Programme Intensif d’Eradication de la variole, on dénombrait 131 789 cas de variole dans 44 pays dont 31 dans lesquels la maladie sévissait de façon endémique (le Brésil, la plupart des pays d’Afrique sub-saharienne, l’Inde, l’Indonésie, le Népal et le Pakistan). En réalité, le nombre de cas réels oscillait entre 10 et 15 millions annuels pour une population concernée d’environ 1,2 million de personnes.

– La transmission de la maladie fut interrompue en Ethiopie en 1976, et en Somalie le 26 octobre 1977, date du dernier cas de variole naturelle.

Le 29 octobre 1979, l’OMS déclara la variole éradiquée de la surface de la terre (1er jour sans variole). La vaccination fût interrompue le 8 mai 1980.

– La vaccination antivariolique n’est plus pratiquée en France depuis 1979. Les rappels ne le sont plus depuis 1984. On arrêta de produire le vaccin « Dryvax ».

Le 30 juin 1999, l’OMS a fixé un délai pour la destruction totale de tous les stocks de virus estimant que la conservation des souches virales était dangereuse car si des terroristes s’en emparaient, ils pourraient déclencher une véritable pandémie.

– Le virus de la variole est aujourd’hui conservé au centre de contrôle des maladies d’Atlanta (Etats-Unis) et dans un centre de recherche russe, à Novossibirsk. La France n’en dispose plus depuis l’an dernier, mais il n’est pas exclu que certains pays aient conservé la souche.

Virologie

La variole est due à un virus du groupe des poxvirus. Les poxvirus sont très répandus dans le monde animal. Ils font partie du genre orthopoxvirus. Les poxvirus sont des virus à ADN bicaténaire linéaire qui se multiplient dans le cytoplasme.

Trois autres virus de ce genre peuvent aussi infectés l’homme (monkeypox, vaccinia, and cowpox) causant des lésions cutanées mais seul smallpox est facilement transmissible d’homme à homme.

Vaccine

L’inoculation à l’homme de la vaccine ou Cow pox spontané des bovidés l’immunise contre la variole. La vaccination provoque la formation d’une vésicule évoluant vers une pustule qui atteint sa taille maximale 9 jours après l’injection. La cicatrisation laisse place à une scarification circulaire.

Les complications possibles sont :

– dermatologiques (nécroses cutanée, eczéma, urticaire)

neurologiques (encéphalite)

autres (myocardite, péricardite, thrombocytopénie…)

Contamination

La contamination se fait généralement par contact direct rapproché avec les sécrétions nasopharyngées. Elle peut, beaucoup plus rarement, résulter du contact avec les lésions cutanées (y compris les croûtes) car les virus y sont présents sous une forme enveloppée qui limite leur pénétration.

Il a été décrit, de manière exceptionnelle des contaminations indirectes par des objets contaminés par le virus dans l’environnement.

On peut donc envisager une contamination volontaire par un aérosol de virus qui serait inhalé par la population.

Epidémiologie

On distingue deux types de variole :

– la variole majeure, variole typique provoquant chez les personnes non vaccinées un taux de mortalité de 20% ou plus et pouvant entraîner une cécité,

– et la variole mineure, forme de maladie responsable d’un taux de létalité inférieur à 1%.

Evolution de la maladie

1. Contamination

(Voir chapitre précédent)

2. Incubation

Elle est latente (8 à 12 jours).

3. Phase prééruptive

L’invasion (durant 2 à 4 jours) est marquée par un stade infectieux (un grand frisson, une température élevée, des vomissements, un délire, un état général d’emblée très atteint et une éruption éphémère ou rash).

4. Eruption

Après la phase prodromique ou pré éruptive apparaît l’éruption cutanée dans un délai de deux à quatre jours. Elle est caractérisée par l’apparition de macules, puis de papules, enfin de vésicules et de pustules qui touchent les muqueuses (énanthème) de la cavité buccale, des voies respiratoires, voire de la cornée pouvant entraîner ainsi une cécité et la peau (exanthème). Elle se caractérise par une évolution en une seule poussée centrifuge qui peut toucher la paume et la plante des pieds mais qui respecte relativement le thorax, les cuisses et l’abdomen. Ces lésions passent par le stade de macule, de papule, de vésicule et de pustules toujours enchâssées profondément dans le derme. Les pustules évoluent vers une forme croûteuse en deux semaines qui laisse des cicatrices indélébiles après la chute des croûtes. L’évolution est cependant variable pouvant aboutir au décès.

Formes cliniques

Deux formes cliniques posent un problème diagnostique en l’absence de lésions cutanées typiques :

– la forme hémorragique

Elle peut se rencontrer à tous les âges et dans les deux sexes. Elle conduit au décès au 5e-6e jour après le début de l’éruption et s’accompagne d’une période d’incubation plus courte.

– la forme maligne

C’est une forme rare qui est caractérisée par des lésions confluentes qui ne parviennent pas au stade de pustules. Elle se voit chez des sujets immunodéprimés.

Diagnostic

Le diagnostic est essentiellement clinique. Il est fondé sur les caractéristiques de l’éruption et l’épidémiologie.

La confirmation biologique : mise en évidence directe des poxvirus dans le liquide des vésicules ou dans les croûtes par microscopie électronique par coloration ou de ses antigènes par immunoflurescence ou électrosynérèse. Un isolement est possible sur cultures cellulaires. La sérologie n’a aucun intérêt diagnostique (uniquement épidémiologique).

Le diagnostic différentiel : la variole peut être confondue avec une varicelle grave (la coexistence de vésicules d’âges différents et relativement superficielles comparativement à celles de la variole est en faveur d’une varicelle) et avec l’infection à virus monkeypox (si l’anamnèse retrouve un séjour en Afrique et si la clinique retrouve de volumineuses adénopathies, le diagnostic est en faveur d’une infection à monkeypox).

Traitement

– Il n’existe à ce jour pas de traitement curatif contre la variole. Les traitements utilisés sont des traitements symptomatiques qui n’ont pour but que de réduire les complications et/ou infections secondaires comme les hémorragies, la gangrène..

– Des médicaments antiviraux sont parfois utilisés pour prévenir le développement de la variole mais ils sont en général donnés directement après exposition de la personne à la maladie.

– Des antibiotiques peuvent être prescrits si les pustules du rash sont infectées.

Le VIG (Vaccinia immune globuline) est utilisé pour traiter les complications de la vaccination contre la variole. Le VIG peut aussi être prescrit aux personnes exposées à la variole comme moyen prophylactique. Cependant, le VIG a besoin d’être administré avant que les lésions commencent à se développer et il est encore plus efficace quand il est donné au moment même de la vaccination contre la variole.

– Les seules possibilités de lutte contre la variole sont la vaccination préventive et l’isolement des malades.

Vaccination – immunité

Si la variole laisse une immunité définitive, on ne sait pas en revanche, combien de temps les sujets vaccinés par la vaccine (virus dérivés du cowpox de la vache) sont protégés. Théoriquement cette vaccination dite « jennérienne » par un virus animal modifié protège contre la maladie grâce à une immunité croisée pendant une dizaine d’années. La vaccination antivariolique n’est plus obligatoire en France (loi du 30/05/1984) ; le certificat de vaccination internationale n’est plus exigé.

Au delà de la vaccination, l’isolement des cas est essentiel. Avec la variole, quand le malade devient contaminant par ses sécrétions nasopharyngées, il est généralement déjà alité du fait des signes généraux qui ont débuté les jours précédents.

Pour en savoir plus

La variole comme arme biologique

Selon le biophysicien Steven Block (université Stanford de Californie), la variole est la «bête noire de la guerre bactériologique pour tous les pays développés : tout ce qu’il faudrait, explique-t-il, c’est quelques individus infectés. Si quelqu’un disséminait le virus dans le système d’aération d’un vol international, où les gens respirent l’air recyclé, cela infecterait de très nombreux passagers qui, à leur tour, pourraient infecter de nombreuses personnes au sol».

Variole et armes biologiques : de nouvelles recherches sont financées par le gouvernement américain

SAINT LOUIS, USA – 15/03/2000 – Le gouvernement américain relance des recherches sur le vaccin contre la variole pour répondre à d’éventuelles menaces bioterroristes. Le virus de la variole est considéré comme un support de choix pour le développement d’armes biologiques. Pourtant, l’éradication de la variole dans le monde a conduit à un arrêt de la production du vaccin « Dryvax ».

http://www.caducee.net/breves/breve.asp?idp=1&idb=472

Plan Biotox : dossier de presse

Communication de Bernard Kouchner – Arrêté du 22 septembre 2001 portant sur les listes des substances vénéneuses – Arrêté du 22 septembre 2001 relatif à la mise en oeuvre l’importation, l’exportation, la détention, la cession à titre gratuit ou onéreux, l’acquisition et le transport de certains agents responsables de maladies infectieuses, micro-organismes pathogènes et toxines – Procédure relative au signalement à l’autorité sanitaire de certaines maladies (fiche DGS) – Actions de mobilisation des hôpitaux.

Sur le site du ministère de la santé, 5 octobre 2001.

Questions / réponses sur les risques bioterroristes : la variole

Quels risques avec la variole ? Existe-t-il un traitement contre la variole ? Peut-on se faire vacciner contre la variole ? Les personnes autrefois vaccinées contre la variole sont-elles encore immunisées ? L’ancien vaccin contre la variole aurait-il des effets secondaires graves ?

Par l’Institut Pasteur, 12 octobre 2001.

Smallpox as a Biological Weapon : Medical ans Public Health Management (site en anglais)

Recommandations développées par des experts en cas d’utilisation de la variole comme arme biologique.

Méthode de consensus, histoire et potentiel bioterrorisme, épidémiologie, microbiologie, pathogénèse et présentation clinique, diagnostic, thérapie, contrôle de la postexposition à l’infection, épidémiologie à l’hôpital et contrôle de l’infection, administration du vaccin et complications, décontamination, recherche. Document disponible au format pdf. JAMA. 281;2127-2137, June 9, 1999.

http://www.bt.cdc.gov/Agent/Smallpox/SmallpoxConsensus.pdf

Dossiers de fond

Informations générales sur les maladies : Variole

Impact de la vaccination dans le monde – La maladie – Données épidémiologiques – Historique de la vaccination – Evolution des vaccins – Indications de la vaccination.

Par Aventis Pasteur.

La Variole

Aspects cliniques – Observations de Jenner – Rôle des médecins militaires français au XIX ème siècle – Création des instituts vaccinogènes dans les colonies – Mise au point du vaccin sec, recul général de la maladie – Eradication et période actuelle. Sur le site de l’Asnom, Amicale de Santé Navale et d’Outre-Mer. http://www.asnom.org/422.html

Sept maladies maîtrisées par le vaccin

Deux cents ans après la découverte du vaccin par le médecin anglais Edward Jenner, la vaccination peut se flatter d’avoir sauvé des millions de vies dans le monde. Jusqu’à présent, une seule maladie, la variole, a été éradiquée par les vaccins, épargnant quelque cinq millions de vies par an.

Par l’Unicef, 1996.

http://www.unicef.org/french/pon96/hevaccin.htm

Sites en anglais

Smallpox

Qu’est-ce que c’est ? Qui attrape la variole ? Quels sont les symptômes de la variole et combien de temps après exposition apparaissent-ils ? Quel est le traitement ? Comment le prévient-on ?

Par Utah Department of Health – Bureau of epidemiology, août 2001.

Smallpox (AKA : Variola)

Histoire, classification, morphologie, génome, cycle de vie, pathogénèse de l’infection, immunologie, diagnostic, caractéristiques cliniques, épidémiologie…

 

Smallpox

Introduction, histoire, pathologie, traitement, prévention, éradication, références.

 

Smallpox : Clinical and Epidemiologic Features

Clinical and Epidemiologic Characteristics of Smallpox – Smallpox Vaccination.

Emerging Infectious Diseases – Vol. 5, No. 4 July–August.

 

Eradication de la variole

Une première mondiale : l’éradication de la variole

L’éradication de la variole constitue la réussite la plus célèbre de l’OMS, celle qu’on cite le plus fréquemment en exemple…

Lutter contre les maladies et les prévenir – Eradication ou élimination des maladies – Normes et étalons – Salubrité de l’environnement – Développement des ressources humaines autochtones en faveur de la santé – Cadre conceptuel du développement de la santé.

 

L’éradication de la variole : menaces persistantes et développements nouveaux

 » L’éradication globale de la variole, solennellement proclamée par l’OMS en 1980, si elle a permis de sauver des millions de vies humaines, a aussi entraîné l’arrêt progressif des vaccinations et revaccinations antivarioliques dans le monde et, corrélativement, la disparition progressive de l’immunité des populations vis-à-vis de plusieurs orthopoxvirus… ».

Article paru dans Virologie, Vol. 2, N°1, Janvier-Février 1998.

 

Le virus de la variole

Poxvirus

Virus de la variole et de la vaccine : multiplication, antigènes, pouvoir pathogène, vaccination. Autres poxvirus humain, diagnostic biologique.

 

Des experts recommandent la poursuite de recherches sur le virus de la variole

« Dans une résolution adoptée en mai 1999, l’Assemblée mondiale de la Santé a fortement réaffirmé sa décision de détruire les stocks restants de virus variolique mais autorisé le maintien temporaire de ces stocks jusqu’en 2002 au plus tard, sous réserve d’un examen annuel de la situation, afin de permettre le cas échéant la poursuite de travaux de recherche internationaux sur le virus variolique. »

Communiqué de presse de l’OMS / 77, 10 décembre 1999.

Quelques images

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Tax baccata, l’If est très toxique pour les animaux comme les hommes. Il croît jusqu’à 1600 m d’altitude.

 

 

 

 

 

 

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Juniperus communis, le Genévrier est comestible, on prépare ses baies en cuisine dans des plats comme la choucroute, en condiment ou dans de l’eau de vie. Il pousse jusqu’à 2000 m.

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(1812-1888) Born in Prussia, educated in Berlin before going to the United States in 1838 to register in the first and only homeopathic medical college in the world in Pennsylvania, known as the Allentown Academy. The Academy closed soon after his outstanding graduation. Considered by many to be one of the most clinically successful homeopathic physicians in our great legacy, Dr. Lippe's countless publications provide a blueprint for homeopathic practice. He helped launch several of the best homeopathic journals ever to be published, including the Organon, the Hahnemannian Monthly, and the Homeopathic Physician.

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