PAR LE Dr LEON VANNIER (article numérisé par le Dr. Alain Delaunay; Tremblay)

Solanum Dulcamara

Solanum Dulcamara

CARACTÉRISTIQUES. — Action sur la peau, les glandes , et les muqueuses dont il augmente considérablement la sécrétion. Mauvais effets résultant du froid humide ou du séjour dans des locaux humides.

MODALITÉS. — AGGRAVATION : par l’air froid et humide, le temps froid et humide, par le refroidissement brus- que du corps quand il est en sueur ; le soir et la nuit ; par le repos ; par la suppression des règles à la lune décroissante ; à l’automne.

AMÉLIORATION : par le temps sec, par la chaleur extrême, par le mouvement.

LATÉRALITÉ : gauche.

La Matière Médicale est, dit-on, un amas touffus, et souvent diffus, de symptômes bien difficiles à retenir. L’Homœopathie ? Affaire de mémoire, répéte-t-on sans cesse, sans vouloir chercher à comprendre la doctrine et la technique de la seule thérapeutique de valeur qui existe, thérapeutique dont l’unité doctrinale repose sur la Loi d’Analogie, thérapeutique dont l’utilisation pratique permet, grâce à la multipliplicité de ses agents, de s’adapter immédiatement au polymorphisme varié du tempérament humain.

La détermination du bon remède n’appartient pas à celui qui « sait » par coeur les pathogénésies ; elle est le résultat d’une suite logique de raisonnements, que seul celui qui « connaît » les rapports étroits qui unissent l’univers à l’homme, peut établir exactement.

Considérez les travaux de GRAUVOGL et ses études sur la constitution biochimique de l’homme — constitution est à mon sens un terme impropre car il désigne un ensemble immuable, qui ne peut varier, alors que les constitutions biochimiques, décrites par GRAUVOGL, sont susceptibles d’être non seulement modifiées, mais même transformées par un traitement homoeopathique bien conduit. — Quoi qu’il en soit, GRAUVOGL a décrit trois constitutions biochimiques que nous appellerons avec plus d’exactitude des Etats, pour qu’aucune confusion ne puisse s’établir dans votre esprit avec nos « Constitutions » : Etats oxygénoïde, hydrogénoïde, carbonitrogène.

L’état hydrogénoïde constitue une sensibilisation particulière de l’organisme qui se traduit par une accumulation d’eau dans les tissus, soit que l’organisme absorbe trop d’eau, soit qu’il retienne celle qu’il devrait normalement éliminer. L’état hydrogénoïde est très fréquent, aucun traitement ne peut lui être opposé si ce n’est le traitement homoeopathique dont le choix est déterminé par les signes présentés par le malade qui permettent de distinguer entre les remèdes dits hydrogénoïdes : Natrum sulfuricum, Thuya, Causticum, Nux moshata, Rhus tox, Arsenicum album, Calceara carbonica, Aranea diaderna et Dulcamara.

Considérez l’étude pathogénétique de Dulcamara, tous les symptômes sont « provoqués ou aggravés par le froid humide ». Le sujet justiciable de ce remède a des poussées de gonflements glandulaires quand le temps change ou quand il pleut, et il vous est facile d’établir qu’il a commencé à souffrir après un séjour prolongé dans une habitation froide et humide ou dans un climat marécageux et humide. Les individus employés dans les laiteries ou dans les fabriques de glace, les ouvriers que leur travail oblige à vivre dans des caves humides et froides, fromagers, champignonnistes, etc., présentent fréquemment les symptômes de Dulcamara : rhumatismes, irritation vésicale, troubles intestinaux, respiratoires ou cutanés.

MENTALITE.

Dulcamara ne présente pas de signes mentaux particuliers. Agité, irritable, le malade présente quelquefois un état de « confusion mentale » : il emploie souvent des termes impropres et ne peut trouver le mot juste pour déterminer ce qu’il veut exprimer. Souvent « anxieux » la nuit, il se réveille dans un cauchemar comme si on l’appelait et croit voir un fantôme près de lui s’échapper.

DOULEURS.

Les douleurs de Dulcamara sont toujours « provoquées ou aggravées par l’exposition au froid humide et par l’humidité ». Le temps pluvieux, les changements brusques de température dans l’été, l’apparition des premières fraîcheurs à l’automne sont autant de causes qui font apparaître chez le malade non seulement les douleurs, mais les troubles fonctionnels justiciables de Dulcamara.

Analogues dans leur production à celles de Bryonia (jours froids succédant aux jours chauds), les douleurs de Dulcamara sont semblables dans leur manifestation à celles de Rhus tox. Elles sont toujours améliorées par la chaleur mais surtout par le mouvement. Rhus tox, et Dulcamara ne peuvent être séparés dans votre esprit quand vous êtes en présence d’un état rhumatismal, mais si Dulcamara convient aux cas aigus, Rhus tox, est plutôt le remède qui s’adapte aux cas chroniques quand la formation réactionnelle du tissu fibreux produit la raideur ankylosante, et quand l’altération du système nerveux engendre un état demi-paralytique.

TETE.

Les douleurs de tête sont « rhumatismales » ; elles apparaissent dans un temps froid et humide, ou en passant brusquement d’un endroit ensoleillé et chaud dans un local humide et froid. « Raideur de la nuque avec sensation de brisure. » Torticolis. Quelquefois la céphalée accompagne un rhume survenu dans les mêmes conditions. « Céphalée pesante, congestive, avec éternuements el nez bouché. » Aussitôt que l’écoulement apparaît, la douleur diminue.

« Névralgies faciales provoquées par la moindre exposition au froid humide. » Douleurs déchirantes au niveau des os malaires avec irradiation douloureuse s’étendant aux oreilles, aux orbites et dans les mâchoires. Les névralgies peuvent survenir aussi « après la disparition brusque de dartres de la face ».

« Vertige le matin, en se levant, avec tremblements et faiblesse » (Bryonia, Lycopodium), s’accompagnant de troubles de la vision.

YEUX.

Pupilles alternativement dilatées et contractées, les yeux sont sensibles à la lumière, ils sont facilement enflammés. Le malade a l’habitude de dire : « Je prends froid aux yeux », .et en effet par les temps humides et froids, une sécrétion apparaît, épaisse, jaunâtre, irritante, des granulations s’observent à l’intérieur des paupières. Souvent, à l’automne, le malade présente un écoulement abondant aqueux, toujours pire en plein air. Véritable rhume des foins retardé qui est provoqué par l’apparition des premières fraîcheurs.

Toutes les inflammations de l’oreille qui surviennent à répétition et toujours après exposition au froid humide sont justiciables de Dulcamara. « Douleurs aiguës toute la nuit, empêchant le sommeil » et disparaissant brusquement le matin. Elancement dans le conduit auditif externe et dans la parotide qui est enflée et sensible. Bourdonnements d’oreille, le malade entend indistinctement et, quand il .ouvre la bouche, il perçoit des « craquements » dus à l’inflammation de l’articulation temporo-maxillaire.

Toutes les articulations sont touchées dans Dulcamara Elles sont chaudes, enflées, sensibles, comme dans tout rhumatisme, mais elles apparaissent brusquement, soit « au cours d’un changement de temps » au moment d’une baisse soudaine de la température s’accompagnant de pluie ; soit « après la suppression brutale d’une transpiration abondante ». Les douleurs sont aiguës et s’accompagnent d’une sensation de brisure, elles sont améliorées par le mouvement, quand le malade change de place dans son lit et l’obligent à se retourner et à s’asseoir souvent. Dulcamara et Rhus tox présentent ainsi les mêmes caractéristiques. Souvent ces douleurs alternent avec de la diarrhée : « Rhumatisme pire par le froid humide et alternant avec de la diarrhée » est une caractéristique de Dulcamara. Cependant vous trouvez dans Abrotanum : rhumatisme apparaissant dès que la diarrhée cesse » mais les souffrances du sujet d’Abrotanum ne sont pas aggravées ou provoquées par le temps froid et humide, elles s’accompagnent toujours d’un amaigrissement considérable, d’un état tuberculinique, intestinal et surtout péritonéal. L’apparition du rhumatisme s’explique aisément par la disparition de la diarrhée quotidienne, crise d’élimination toxinique presque salutaire. Raisonnez la Matière Médicale, vous la comprendrez mieux, et vous connaîtrez alors les ressources considérables de notre Thérapeutique.

Deux signes sont encore à retenir : « Lumbago après un refroidissement ». Raideur et sensation de courbature dans le cou, les épaules et le, dos, douleur comme si le malade était resté longtemps baissé. « Douleurs dans les tibias », douleurs périostées s’accompagnant souvent d’ulcérations profondes, avec nécrose et carie, ulcérations très sensibles, saignantes, bourgeonnantes et d’allure phagédénique.

APPAREIL DIGESTIF.

Dulcamara produit l’augmentation de sécrétion des glandes de toutes les muqueuses. L’hypersalivation et la diarrhée doivent être immédiatement notées.

Le sujet de Dulcamara a constamment besoin d’avaler ou de cracher, et il « racle » continuellement sa gorge, surtout quand il a pris froid. La salive est tenace, savonneuse, et d’odeur putride ; des petites ulcérations existent sur la partie interne de la lèvre inférieure et sur la partie antérieure du voile du palais. Dulcamara est un des meilleurs remèdes de la stomatite mercurielle quand l’aggravation par le temps humide peut être notée.

La bouche est sèche, la soif intense. « Soif inextinguible pour des boissons froides » ; l’appétit nul, « aversion complète pour les aliments » ; Aigreurs, éructations et nausées. L’état nauséeux se manifeste surtout au moment ou le malade a besoin d’aller à la selle. « Nausées et vomissements avec la selle. »

Mais la caractéristique principale de Dulcamara est la « diarrhée » qui est toujours précédée par des « douleurs périombilicales », par des « borborygmes » et des grondements intestinaux. Elle apparaît brusquement soit « après la suppression brusque d’une éruption », soif « après avoir pris froid » pendant un temps humide ou brumeux.

Diarrhée automnale provoquée par les premières fraîcheurs, diarrhée qui s’observe, soit à la fin de l’été, soit à la montagne où, les nuits froides et le brouillard succèdent brusquement aux jours chauds et ensoleillés. Diarrhée « jaune », « aqueuse » avec douleurs déchirantes et coupantes avant la selle, « après avoir pris froid ». « Le malade est soulagé aussitôt après- l’évacuation ; seule une « sensation de faiblesse générale » persiste. Les selles ne sont pas toujours jaunes ; elles sont « changeantes » comme celles de Pulsatilla ; fréquentes et d’odeur sûre, elles sont tantôt écumeuses, tantôt glaireuses, quelquefois sanguinolentes ; elles peuvent être verdâtres, et elles contiennent souvent des aliments indigérés. Dulcamara est le meilleur remède de la diarrhée récidivante a frigore.

APPAREIL RESPIRATOIRE.

Le sujet de Dulcamara « prend froid facilement » et il se plaint de souffrir d’un coryza dès que le temps est humide. L’obstruction nasale est complète, et le malade ne peut res- pirer par le nez surtout la nuit. « Nez bouché par temps pluvieux » est caractéristique de Dulcamara. Le malade n’a qu’une idée, tenir son nez au chaud car le moindre air froid le bouche aussitôt. L’obstruction nasale fait place ensuite à -un écoulement abondant, tantôt aqueux, tantôt muqueux et épais et s’accompagnant de croûtes sanguinolentes. Le « rhume des foins » dont certains malades souffrent surtout « à la fin du mois d’août » est souvent guéri par Dulcamara.

Toux « sèche et enrouée », spasmodique, avec violents paroxysmes provoqués par un chatouillement du larynx, et suivie d’une expectoration de mucus après de longs et labo- rieux efforts. La toux apparaît souvent brusquement après un passage rapide du chaud au froid humide, après être entré dans une cave par exemple ; elle est aggravée par la respiration profonde ou étant couché, elle est améliorée au grand air, et souvent elle s’accompagne de beaucoup de mucosités qui, ne pouvant être expectorées, produisent des râles muqueux abondants dans la poitrine. Pendant la toux, le malade souffre d’une « douleur constrictive à l’épigatre » et il ne peut tousser qu’à la condition d’appuyer fortement la main sur la région douloureuse. Enfin Dulcamara est employé dans les cas d’asthme avec dyspnée et toux grasse qui apparaissent brusquement par le temps froid el humide, quand Natrum sulfuricum, le remède principal de l’état hydrogénoïde, ne suffit pas pour guérir.

APPAREIL URINAIRE.

Le froid humide ne provoque pas seulement l’apparition chez le sujet de Dulcamara de troubles digestifs et respiratoires, il manifeste son action par des phénomènes urinaires. Dès que le malade de Dulcamara prend froid, il a la colique, ou des mictions fréquentes. « Fréquence des mictions » après avoir pris froid, particulièrement chez les personnes âgées dont la vessie est irritable ou chez les enfants en état de croissance, « quand ils ont barboté les pieds nus dans l’eau froide ». L’urine est laiteuse avec sédiment épais, les mictions sont fréquentes et douloureuses. La fréquence des mictions s’exagère quelquefois au point de devenir une véritable « incontinence d’urine ». D’autres fois le froid humide provoque une inflammation rénale. « Mal de Bright après avoir pris froid ».

APPAREIL GÉNITAL.

Les règles sont « retardées », courtes et peu abondantes. Avant les règles, la peau présente une « éruption d’urticaire » étendue à tout le corps sans fièvre. « Suppression des règles par froid et humidité » Eruption herpétique sur les lèvres et les organes génitaux avant les règles. Les seins sont gros, durs, sensibles et douloureux.

La peau de Dulcamara est « sèche », délicate, « sensible au froid » et sujette aux « éruptions par le froid humide ». Les éruptions sont de deux ordres : tantôt « urticaire véritable généralisée sans fièvre » pire avant les règles, ou au début de l’hiver avec démangeaisons aggravées par le froid et le grattage, améliorées par la chaleur ; tantôt « dartres eczémateuses », « humides », avec démangeaisons présentant les modalités précitées. Remarque importante : les éruptions de Dulcamara sont toujours « humides ». Croûtes épaisses de coloration brunâtre, jaunâtre, sur le cuir chevelu (« croûte de lait »), sur la face, le front, les tempes, avec bords rougeâtres, saignant quand on les gratte avec ou sans démangeaison. Eczéma et impétigo des enfants. Herpès circiné.

Enfin la peau présente des « verrues », larges, grosses, « lisses », siégeant sur le visage, sur la face dorsale des mains et des doigts.

Notez en terminant que les glandes sont toujours atteintes dans Dulcamara, les ganglions du cou, des aisselles, de l’aine sont souvent « augmentés de volume », mais rarement douloureux. C’est brusquement en l’espace d’une nuit que le malade présente une poussée ganglionnaire généralisée, et toujours provoquée par l’apparition soudaine d’un temps pluvieux et froid.

Dulcamara appartient au groupe important des remèdes hyrogénoïdes. Très voisin de Rhus tox dont les symptômes douloureux présentent les mêmes caractéristiques de Baryta carbonica dont les inflammations glandulaires sont analogues, il s’apparente avec Natrum sulfuricum ce « rempart, de l’humidité », comme le désigne MUNROE, par sa tendance asthmatique et diarrhéique et avec Thuya par ses manifestations cutanées.

Dr Léon VANNIER.

QUELQUES CARACTERISTIQUES

Zingiber  : diarrhée après avoir bu de l’eau polluée.

Alumina : urines involontaires après la selle, ou bien encore urines passant seulement pendant une selle.

Aloe  : sensation de faiblesse et d’insécurité du sphincter anal. Sensation d’insécurité du rectum, comme si la selle allait âtre émise en même temps qu’un gaz.

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