Déclaration des Principes Homéopathiques.

Par Dr. Ad. LIPPE; Traduction Dr. Ravalard et Broussalian

Devant l’ineptie des dérives, et pour tout dire, la décadence que connaît actuellement l’homéopathie, on serait tenté de baisser les bras. Heureusement la mémoire de nos grands prédécesseurs nous insuffle l’énergie pour continuer la lutte. Les propos de Lippe n’ont toujours pas pris une seule ride.

Et comme toujours, nous avons affaire à de nombreux praticiens qui se croient autorisés à suivre n’importe quelle pratique, la plupart de nos lecteurs auront constaté par eux-mêmes l’étendu de l’Ego de la plupart de ces messieurs. L’immense majorité des « homéopathes » n’a même pas lu une seule ligne de l’Organon! Tous cependant ont un point commun : tout faire pour guérir les patients n’est pas leur véritable but dans la vie (Organon §1).

Beaucoup prescrivent des granules homéopathiques avec un cynisme épouvantable, en guise de « super placebo » comme ils disent, sans s’être jamais donné la peine d’étudier quoi que ce soit à l’homéopathie. Leur seul objet ici consiste à se démarquer du voisin, afin d’attirer une frange de la population, toujours plus nombreuse, qui en a par dessus la tête des excès allopathiques.

A côté de ces imposteurs, vous trouverez bien des gens de bonne volonté qui ont été abusés par un enseignement partial, à base de recettes, qui leur a été présenté comme de l’homéopathie. Bien évidemment les résultats ne sont quasiment jamais au rendez-vous, et à la clé, c’est l’abandon d’une « technique » inutile.

Enfin, sans doute les pires à mes yeux, sont ceux qui confondent médecine et développement individuel, qui sont à la recherche de « réponses » sur la vie, l’univers, etc. Eux-aussi trahissent l’idéal défini par Hahnemann au premier paragraphe de l’Organon, quand celui-ci nous enjoint d’avoir l’humilité d’accepter simplement les faits et de ne faire aucune théorie. Non, pour ces gens là, il doit y avoir une logique aux choses, ils sont à la recherche de l’équation ultime, de la nature de la vie, de l’essence de la maladie. Juste le contraire du chemin proposé par Hahnemann.

Et nous assistons, hélas impuissants, au développement risible de toutes sortes de systèmes, qui font sourire n’importe qui ayant étudié un tant soit peu sérieusement le sujet. L’un de ces systèmes vise à expliquer les propriétés des médicaments d’après le tableau périodique des éléments. Pour que la théorie tienne, on est obligé de bricoler l’arrangement même dudit tableau, mais cela ne fait rien, encore quelques épicycles et cela doit marcher! L’autre vise à nous faire connaître la « sensation vitale » du patient. Là où du premier coup d’oeil un médecin homéopathe bien formé poserait le diagnostic d’un médicament très simple et qui agira brillamment, on va cuisiner pendant des heures un malheureux patient pour lui faire sortir la « sensation » censée se retrouver dans tout son être.

Tout ceci est très grave car tandis que la médecine chimique va de plus en plus mal, quelle alternative crédible pourrons nous proposer? Nous découvrons ici comment Adolph Lippe s’est mis à dos bon nombre de « prescripteurs d’homéopathie »

Aux MEDECINS HOMEOPATHES :

lippe-color-recadre-277x300Sachant que la certitude en Médecine repose sur l’instauration de principes fondamentaux, fondés sur des lois naturelles, qui guident le Thérapeute dans ses Prescriptions; sachant également que SAMUEL HAHNEMANN a révélé au monde ces principes, et leur application pour la guérison des maladies dans son livre intitulé l’Organon of the Healing Art; sachant que l’Art de Guérir Homéopathique reposant sur ces principes et ces règles pour son application, a été défini de façon si différente par divers auteurs  ; et sachant que dans l’Encyclopedia Britannica, l’American Encyclopedia et l’Universal Cyclopedia de Johnson, on retrouve des définitions de l’Homéopathie aussi différentes et contradictoires que celles que nous voyons enseigner dans nos écoles et prôner dans nos journaux ; sachant enfin que nos Sociétés Médicales, nos Ecoles et Journaux ont refusé de donner une définition satisfaisante de l’Homéopathie, et comme le chaos qui résulte de cette situation de confusion est préjudiciable au progrès et au développement de nos Ecoles, Nous, les soussignés, estimons qu’il est temps et qu’il est notre devoir d’apposer nos noms à une Déclaration et une définition des Principes qui ont servi de guide et continueront de nous guider dans la pratique de l’Homéopathie.

Points Essentiels de la Doctrine Homéopathique.

La guérison du malade est rapide, douce et permanente par les remèdes qui sont eux-mêmes capables de produire chez une personne en bonne santé des symptômes morbides semblables à ceux que présente le malade.

Les changements et les états pathologiques des tissus et organes sont les conséquences d’un trouble dynamique, et non la cause de la maladie.

Le choix du remède se fonde uniquement sur la totalité des symptômes, subjectifs et objectifs.

La seule manière d’établir l’aptitude de remèdes à déclencher des maladies consiste à les expérimenter sur des sujets sains.

Afin de garantir les meilleurs résultats en pratique, il ne faut administrer qu’un seul remède, et n’en administrer que la dose minimale pour amener la guérison.

Et tout traitement local dans les cas non chirurgicaux est non seulement inutile, mais risque de modifier la localisation de la maladie, et de déclencher de dangereuses complications, sans jamais obtenir de guérisons permanentes.

Observations:

La Déclaration des Principes en Homéopathie, est maintenant rendue publique. Elle est accompagnée des noms des Médecins de notre Ecole qui y ont souscrit, considérant qu’il est grand temps de le faire et qu’il est de leur devoir de définir les principes guidant la pratique de l’Homéopathie.

Les préambules de cette Déclaration des Principes sont considérés comme un sujet suffisamment sérieux pour être adressés aux Médecins Homéopathes. Ceux qui ont adhéré à ce discours ont en retour apposé leurs noms sous les points essentiels de la Doctrine Homéopathique. Tous ces points essentiels sont en totale harmonie avec les enseignements du fondateur de notre Ecole. Depuis que ce texte a été envoyé aux Médecins Homéopathes, les dérives par rapport aux enseignements de HAHNEMANN se sont rapidement multipliées.

Certains ont même proposé de se joindre à l’Ecole Allopathique, arguant que l’Ecole Homéopathique aurait abandonné ce qu’ils désignent comme les « enseignements extravagants » de HAHNEMANN. Si ces affirmations faites publiquement étaient effectivement véridiques, il n’y aurait alors plus de différence entre la pratique de cette Homéopathie déformée, caricaturée et la pratique Eclectique moderne.

Il est impossible de se taire face à un rejet public des points essentiels de nos doctrines. L’urgence et notre devoir en tant que disciples intègres de HAHNEMANN et Médecins Homéopathes consciencieux nous imposent de définir clairement notre position. Les partisans d’un rattachement donnent non seulement une image fausse de l’Ecole à laquelle ils prétendent appartenir, mais affirment en outre parler au nom de tous les membres de cette Ecole en justifiant leur discours par une perversion des faits et de l’histoire.

Tout est parti d’une réticence des Sociétés, des Journaux et des Collèges Homéopathiques à définir de façon claire les Points Essentiels de la Doctrine Homéopathique. On a prétendu qu’une « Liberté Absolue » d’Opinion Médicale et d’Action des Médecins Homéopathes entraînerait la pureté de pratique souhaitée par HAHNEMANN et ses disciples. Plus tard, on en vint à réclamer une pratique en « Totale Liberté » pour tous les membres de notre Ecole. Aussi grotesques que furent ces affirmations et propositions, elles ont trouvé quelques adhérents. Si nous insistons sur « quelques », c’est parce que nous voulons maintenant montrer que les efforts désespérés de ce petit groupe appelé initialement « Libre » puis « Absolue Liberté » pour travestir l’Homéopathie en Eclectisme, ont totalement échoué. A cet effet, et afin de le fixer dans l’histoire, nous rendons maintenant publics les tout derniers évènements :—

SOCIETE  MEDICALE HOMEOPATHIQUE DU COMTE d’ALBANY.

A l’assemblée régulière annuelle de l’Albany County Homoeopathic Medical Society, au soir du 8 de ce mois (8 Janvier 1878), les résolutions suivantes adoptées à la réunion mensuelle précédente étaient abrogées à l’unanimité.

Il avait été résolu :

. Que les seules indications permettant le choix du remède sont l’état pathologique et la totalité des symptômes, primaires et secondaires.

2°. Que l’unique méthode appropriée d’établir les capacités des remèdes à induire la maladie, consiste à les expérimenter chez le sujet en bonne santé. Les effets médicamenteux ainsi obtenus sont les seuls de valeur en tant que résultat de l’action toxicologique des substances expérimentées.

3°. Que les médicaments devraient être principalement administrés seuls, afin de garantir les meilleurs résultats possibles, et à des doses qui, tout en étant suffisantes pour guérir, ne soient pas diluées au point de devenir indosables.

4°. Que l’application locale des remèdes dans de nombreuses maladies non  chirurgicales est souvent admissible, et lorsqu’elle est utilisée correctement, en association avec le traitement interne approprié, elle est souvent essentielle à une guérison complète, et ne risque pas nécessairement d’être abusive ou suivi de complications dangereuses.

6°. Que la théorie des dynamisations des remèdes promulguée par HAHNEMANN dans l’Organon est, pour cette société, inexacte en théorie, et devrait être abandonnée par la profession des homéopathes.

Deux médecins seulement ont voté en faveur des résolutions ci-dessus, par conséquent tous les médecins présents ont ressenti qu’une grande injustice avait été faite à la cause de l’Homéopathie lors de la publication de leur adoption.

Il apparaît qu’une série de résolutions a été votée le 8 Décembre 1877, lors d’une séance mensuelle de l’Albany County Homoeopathic Medical Society, prétendant condamner la Déclaration des Principes Homéopathiques publiée plus haut. Ces résolutions avaient été publiées dans un quotidien d’Albany, et l’intention des deux médecins ayant réuni le quorum était d’impressionner la communauté en lui faisant croire que les résolutions contenaient une véritable explication des Doctrines Homéopathiques.

Lors de la réunion suivante de la même Société, à savoir son Congrès Annuel, juste un mois plus tard, ces mesures despotiques attribuées à une insignifiante minorité lui furent reprochées vigoureusement par un vote unanime. Les résolutions ont maintenant été abrogées à l’unanimité, après avoir été votées et publiées dans un quotidien. L’injustice faite à la cause de l’Homéopathie par la publication de ces résolutions a été reconnue formellement par le vote unanime de la Société, et les auteurs de cet acte injuste ont été réprimandés.

Voici un exemple parmi de nombreux autres où un ou deux hommes prétendent parler au nom de toute l’Ecole. A chaque fois, ils ont été démentis comme il se doit. Avant longtemps, les deux grands orateurs qui ont imposé leurs opinions personnelles devant le dernier Congrès des Médecins Homéopathes, et qui ont prétendu parler pour toute l’Ecole Homéopathique, se retrouveront dans une minorité pitoyable.

La Déclaration des Principes Homéopathiques est désormais sous les yeux de la profession, et celui qui trouve à redire à ces principes, en tout ou partie, est invité à en discuter publiquement. Leur adoption universelle dépend de leurs qualités intrinsèques. S’ils sont vrais, ils résisteront à la discussion, et plus vite ils seront validés, plus vite il deviendra évident que sans leur adoption universelle, nous exposons l’Ecole à une déformation progressive et à une multiplication de déviations. La pérennité et le développement permanent de l’Art de Guérir Homéopathique dépend de l’adoption de principes et de l’abandon d’opinions toujours changeantes. Nous devons être dirigés par des principes infaillibles, et non par les opinions d’hommes faillibles.

ADOLPH LIPPE.

Philadelphie, le 4 Février 1878.

Philadelphie, le 8 Février 1878.

La susdite Déclaration de Principes n’est pas vue d’un bon œil par tous les gentlemen qui se considèrent Homéopathes. Les enseignants mêmes de l’Ecole Homéopathique de New York tentent par tous les moyens de soulever la question de savoir s’il est décent de rendre publique une Déclaration des Principes régissant l’Homéopathie.

Il est juste et naturel, je dirais même souhaitable, qu’une franche discussion ait lieu entre les membres de l’Ecole Homéopathique convaincus que nos thérapeutiques devraient être régies par les enseignements du fondateur de notre Ecole tout en restant en harmonie avec ce préceptes et ceux de la même Ecole qui pensent le contraire.

Cette discussion sera salutaire, et tendra à harmoniser les membres de notre Ecole. Depuis de longues années, beaucoup pensent qu’il y a une divergence de vues dans notre Ecole sur la question de la posologie ; que nous sommes divisé en deux groupes bien distincts : les Hauts et les Bas Dilutionnistes. C’est un faux problème. La solution à cette question dépend totalement de l’adhésion ou du refus des principes fondamentaux de notre Ecole.

Ceux qui prescrivent habituellement des dynamisations hautes, très hautes et même au-delà se sont exprimés librement à de nombreuses reprises. Tous pensent qu’il est préférable de laisser ouverte la question de la posologie. C’est un fait historiquement établi que ceux qui suivent strictement HAHNEMANN se sont trouvés amenés et même contraints par l’expérience à n’employer que les dynamisations les plus hautes que l’on puisse obtenir ; tandis que ceux qui ne suivent pas rigoureusement HAHNEMANN ont progressivement recours à des doses de plus en plus pondérales, à des alternances, à des palliatifs, et à tout ce que leur avis personnel leur dicte sur le moment comme étant la meilleure conduite.

Au bout du compte, ces messieurs ont réclamé le droit de rejeter tous les remèdes qui ne soient pas prescrits à doses pondérales, et refusent de suivre HAHNEMANN. Ils tombent d’une erreur dans d’autres, errent d’une hypothèse vers d’autres nouvelles hypothèses, une innovation étant à sont tour suivie par d’autres innovations, et maintenant, nous les découvrons opposés à une Déclaration des Principes.

Nous publions ce jour en tant que fait historique le document ci-joint, et nous permettrons quelques commentaires : ‑

SOCIETE MEDICALE HOMEOPATHIQUE DU COMTE DE NEW YORK.

A ALFRED K. HILLS, M.D., Président, etc.

NOUS, soussignés, vous demandons par le présent document, en accord avec la Constitution, de réunir une Assemblée extraordinaire de la Société Médicale Homéopathique du Comté de New York. Signés,

John C. Minor,          S. Lilienthal,    Wm. Tod Helmuth,    L. Hallock,

Jno. McE. Wetmore, E. Guernsey,  B. F. Joslin,                 W. I. Baner,

Ed. P. Fowler,          J. W. Dowling, P. E. Arcularius,        S. Bradford.

Geo. E. Belcher,

Sur recommandation des membres précités, les Préambules et Résolutions qui suivent seront présentés à la considération de la Société, : ‑

Attendu que Certains confrères ont tenté peu judicieusement de restreindre et d’engager nos Sociétés et la Profession en général à adopter des points de vue extrêmes de thérapeutique, pour lesquelles la plus grande liberté d’opinion et d’action devrait toujours prévaloir ; et,

Attendu que Nous désapprouvons une telle action qui n’est favorable ni à une harmonie professionnelle, ni au progrès de la science médicale ; par conséquent,

Résolution : avec les autres associations existantes, qui ont pour objet les études et tout autres travaux qui peuvent contribuer à la promotion de la science médicale, nous déclarons, bien que croyant fermement au principe de guérison Homéopathique, cette conviction ne nous interdit pas de reconnaitre ni d’utiliser tout fait ou résultats d’expérience, ou principes émis.

Résolution : Que nous reconnaissons, et exercerons sans réserve, le droit inviolable de faire usage et application pratique de tous faits thérapeutiques, et expériences ; ou principes, dans la mesure où selon notre jugement personnel, ils tendent à favoriser le bien-être des malades.

Conformément à ce qui est écrit plus haut, et en vertu de l’autorité que me confère la Constitution, Je, par le présent document, demande aux membres de cette Société de se réunir à l’Hôpital Ophtalmologique, 23° Rue et Troisième Avenue, le vendredi 8 Février, 1878, au soir, à 20h,  pour l’étude de ce problème particulier devant se situer légalement avant le congrès.

Sur décision du Président,

Atteste,

ARTHUR T. HILLS, M.D.,

111, West 40th Street, 6 Février, 1878.   Secrétaire.

Le Premier Préambule déclare que certains confrères ont essayé par leur action imprudente de restreindre et d’engager nos Sociétés et la Profession dans son ensemble à adopter des opinions extrêmes sur la question de la thérapeutique, sujet pour lequel la plus grande liberté devrait toujours régner.

Le grief, semble-t-il, est le suivant : —Il y a eu une action peu judicieuse commise par quelques membres qui croyaient qu’ils avaient le droit d’exprimer leurs opinions, et qui ont pris la liberté d’exprimer leurs opinions sur les principes fondamentaux régissant la thérapeutique homéopathique. Un tel acte était-il “malavisé” ? S’attendait-on à ce que des Médecins restent les bras croisés tandis qu’ils voient et entendent l’Homéopathie déformée, déformée de différentes manières dans les meilleures Encyclopédies et dans les imprimés destinés au public ; non seulement dans les quotidiens, mais aussi dans les journaux qui prétendent être les défenseurs de l’Homéopathie ; déformée de façon diverse par les enseignants et les orateurs publics ? Déformée de toutes les manières par les minorités de Sociétés qui ont publié leur interprétation frauduleuse dans des quotidiens ?

De quelle prétention s’agit-il lorsqu’on nous dit que la plus grande liberté d’opinion et d’action devrait toujours régner en thérapeutique ? L’Homéopathie enseigne-t-elle une telle liberté ? Et si cela était, combien de temps l’Ecole pourrait-elle durer avec cette liberté d’action sans limite en thérapeutique ? Il est grand temps que de telles âneries cessent. Une liberté si grande tant en opinion qu’en action thérapeutique n’existe que dans l’Ecole Eclectique, et l’Homéopathie n’est pas, c’est certain, l’Eclectisme.

Le Second Préambule déclare que nous (les signataires) désapprouvons une telle action qui n’incite pas à l’harmonie professionnelle, ni ne contribue au progrès de la Science Médicale.

L’esprit logique devrait d’abord chercher à créer une Science Médicale et ensuite découvrir l’art d’appliquer pratiquement cette science en Thérapeutique. La Science Médicale ne peut progresser que par la découverte, après une observation de la nature, des Lois infaillibles qui la gouvernent ; est-il possible qu’il y ait une quelconque liberté d’opinion et d’action dans cette voie ?

Il n’y a que deux choix possibles, accepter ou rejeter la science médicale fondée sur des Lois naturelles, accepter ou rejeter les enseignements d’HAHNEMANN ; et tout professionnel qui accepte ces enseignements aura à accepter également les recommandations formelles données par le fondateur de l’Ecole quant à l’application de ces principes dans l’Art de Guérir. L’acceptance de ces principes inamovibles constitue le seul moyen fiable de créer une harmonie professionnelle ; guidés par ces principes, nous serons en harmonie ; tout homme suivant ses propres idées sans être guidé par des principes sera nécessairement amené à une confusion permanente et non à l’harmonie.

La première résolution constitue un monument de logique. « avec les autres associations existantes, qui ont pour objet les études et tout autres travaux qui peuvent contribuer à la promotion de la science médicale, nous déclarons, bien que croyant fermement au principe de guérison Homéopathique, cette conviction ne nous interdit pas de reconnaitre ni d’utiliser tout fait ou résultats d’expérience, ou principes émis. »

Nous découvrons ici des hommes qui proclament adhérer fermement au principe Homéopathique de guérison, mais avec une très étrange réserve mentale, qui prétendent aussi avoir la liberté de reconnaitre d’autres principes, sans parler des faits ou des résultats de l’expérience.

Une personne qui croit avec conviction aux principes Homéopathiques ne peut sous aucun prétexte, ou sous couvert d’aucun sophisme, embrasser d’autre principes qui ne soient pas en totale harmonie avec ceux aux quels il prétend croire avec conviction. Le progrès d’une science médicale est absolument impossible sans l’adoption de principes infaillibles, et une croyance en une chose tout en croyant à une autre n’est pas favorable à la promotion d’une science quelconque.

La seconde résolution, « Que nous reconnaissons, et exercerons sans réserve, le droit inviolable de faire usage et application pratique de tous faits thérapeutiques, et expériences ; ou principes, dans la mesure où selon notre jugement personnel, ils tendent à favoriser le bien-être des malades. »

Nous affirmons, premièrement, que ceux qui voient en une « Déclaration des Principes » le meilleur moyen de faire progresser les intérêts de notre Ecole, comme coupables d’une « malencontreuse action »; et nous affirmons en outre notre droit inviolable de prétendre croire avec conviction aux principes Homéopathiques de guérison, et de pratiquer « l’Eclectisme. » Telle est cette dernière résolution, et personne ayant un esprit logique ne pourra en faire quoi que ce soit. Ceci revient à déclarer au grand jour que désormais l’Homéopathie doit être travestie en Eclectisme. Une telle déclaration survivra-t-elle à cette annonce ? Une déclaration si illogique sera-t-elle un facteur d’harmonie dans la profession ? Fera-t-elle progresser la science médicale ? C’est si absurde que rien de grave ne peut en advenir. Quels sont les faits thérapeutiques ? Que sont les expériences ? Qu’entend-on par « quelques principes ? »

Des faits thérapeutiques, pour être tant soit peu utiles, doivent être fondés sur des principes régissant la science médicale ; ils doivent en être la confirmation. Prendre en compte des faits thérapeutiques, et fonder sur eux les principes fondamentaux régissant la science médicale, revient à pervertir la logique.

Illustrons cette proposition. La prescription de morphine ou d’opium fait cesser la douleur – ceci est un fait thérapeutique indéniable. Quel faux raisonnement doit-on suivre pour admettre que l’opium ou la morphine ont guéri cette douleur ? Le praticien qui observe la nature ne sait-il pas que la douleur ainsi apaisée ou assourdie n’est jamais guérie ? Il sait que l’état du malade est bien pire aussitôt que l’action antalgique cesse ou se trouve épuisée ; et ces messieurs prétendent-ils être totalement libres et avoir un droit inviolable de faire une utilisation pratique de tels faits thérapeutiques ?

Encore un autre exemple de fait thérapeutique. Dans la diphtérie, le gargarisme avec de l’alcool détruira les bactéries, tout au moins on prétend que c’est un fait thérapeutique. Est-ce que cet argument resterait valable, si en acceptant ce fait thérapeutique, nous détruisions les bactéries dans un cas de Diphtérie (ceci s’applique bien entendu à toute autre pathologie infectieuse) ? En tant qu’observateurs de la nature, nous avons appris que les bactéries ne sont rien d’autre que le résultat d’une maladie, et non pas la maladie elle-même, et tout homme qui réfléchit un tant soit peu sait bien que la destruction d’une conséquence d’une maladie ne signifie la guérison de cette dernière ; et tout observateur de la nature a appris que la destruction d’une production locale d’une maladie par des applications locales est invariablement suivie de très graves conséquences ; que la destruction des bactéries dans la diphtérie est souvent suivie de paralysie ou de troubles rénaux ; et donc si nous prenons en considération toutes ces connaissances, devons-nous encore utiliser ce fait thérapeutique ? Si nous le faisons, nous ne pouvons certainement pas le faire en suivant les lois qui régissent les thérapeutiques de l’art de guérir homéopathique. En outre, l’utilisation pratique de tels faits thérapeutiques ne fait pas progresser le bien-être des malades.

Les expériences dans le domaine de l’art de guérir doivent soit confirmer soit contredire ces lois que l’on considère régir la science médicale. Maintenant, si l’expérience a montré que l’opium apaise la douleur, et si l’alcool détruit les bactéries, le véritable soignant n’a-t-il pas le doit inviolable de poser la question simple, « La douleur a-t-elle été guérie par l’opium, et la destruction des bactéries par l’alcool a-t-elle suivie d’une restauration de la santé ? » Si on répond par la négative à ces questions, comme l’a déjà fait tout soignant un tant soit peu observateur, devra-t-il toujours utiliser cette « expérience ? » Quelle est le sens de l’affirmation selon laquelle l’Homéopathe s’arroge le droit inviolable d’être gouverné par n’importe quel principe ? Cette simple affirmation sous-entend que l’Homéopathie n’est régie par aucun principe. S’il en était ainsi, alors tout ce que HAHNEMANN a découvert, enseigné et pratiqué, serait une « illusion.« Au contraire, tous les Homéopathes qui ont exercé leur droit inviolable d’accepter les enseignements du Maître vivent par l’expérience que l’application pratique des principes réglementant notre science a prouvé à maintes reprises leur exactitude. Mieux encore, ceux qui ont consciencieusement suivi les préceptes et les recommandations de HAHNEMANN, attestent du fait qu’ils les ont non seulement trouvés justes, mais que souvent, dans de nombreux cas de maladie, les résultats sont très étonnants ; et que souvent ils ont été récompensés par des résultats impossible à obtenir en l’état des connaissances de la pathologie ou du traitement classique.

Encore une fois, si la science médicale avait véritablement progressé en acceptant les principes de guérison de l’Homéopathie, tout en acceptant aussi tous les faits thérapeutiques, expériences et principes, en mélangeant erreur et vérité, et en dénaturant ainsi l’Homéopathie en Eclectisme ; alors ces messieurs qui déclarent que c’est leur droit inviolable de faire évoluer ainsi la science médicale, seront obligés de prouver leur progression en illustrant de façon pratique leur modus operandi. C’est à eux que revient d’apporter la preuve ; de simples phrases creuses, sous le prétexte de liberté de l’opinion et de l’action médicale, ne représentent « rien. » Si l’Eclectisme est supérieur à l’Homéopathie ; nous exigeons une nouvelle fois encore comme preuves les illustrations si souvent refusées ;tant que ce moment ne sera pas arrivé, nous nous accrocherons avec énergie aux principes régissant l’art thérapeutique homéopathique, tels que nous les a révélé notre immortel SAMUEL HAHNEMANN.

Philadelphie, 11 Fevrier 1878.

Le préambule et les résolutions furent adoptés par la Société avec un seul vote divergent (Dr. S. Swan). Immédiatement après que les défenseurs du mouvement se soient affirmés officiellement comme des Eclectiques à part entière, la protestation jointe était déposée. Les résolutions seront sans aucun doute abrogées au prochain congrès de la Société. (Hom. Med. Soc. of the Co. of New York.)

PROTESTATION.

Nous soussignés, Médecins Homéopathes et Membres de la Société de Médecine Homéopathique du Comté de New York, malencontreusement absents, présentons ici notre protestation contre la résolution adoptée au Congrès Extraordinaire tenu le 8 Février 1878, la dite résolution ayant été adoptée avec un seul vote divergent.

Les termes de la résolution n’étant pas en accord avec l’enseignement de Hahnemann, celle-ci est inacceptable pour de véritables homéopathes, et tant que cette résolution perdurera, elle ne fera honneur qu’à une Société Eclectique.

Nous avons toute raison de croire que la loi de guérison, telle que nous l’a exposée HAHNEMANN, est vraie, et nous souscrivons à tous les principes de cette loi. En tant qu’Homéopathes, nous protestons contre la résolution adoptée au Congrès susmentionné de la Société Médicale Homéopathique du Comté de New York le 8 Février 1878. Signé,

CONSTANTINE LIPPE, M.D.,        50, West 12th Street.

E. CARLETON, Jun                           58, West 9th Street.

S. BARUCH,                                        98, Second Avenue.

THOS. WILDES,                                35, West 23rd Street.

C. BROWN,                                         28, East 22nd. Street.

I. OSTROM,                                        29, East 32nd Street.

JOSEPH FINCH,                                143, West 44th Street.

SAMUEL SWAN,                                13, West 38th Street.

EDWARD BAYARD, M.D.,              8, West 40th Street.

CHAS. E. BLUMENTHAL, M.D.     54, West 45th Street.

A. M. PIERSONS,                               24, East 127th Street.

R. H. BEDELL,                                   Tremont, N.Y.

[Si un autre de nos Collègues désire se joindre à la Légion d’Honneur, nous serons enchantés d’entendre parler d’eux. —-EDS.]

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