La valeur des symptômes de Thuja
et leur classement hiérarchique |
Le Propagateur de l'homéopathie
n°4, avril 1927, p. 92 |
Par le Dr. Roger Schmidt
Les signes et les
symptômes de la maladie sont les seules manifestations perceptibles de
l'économie vitale pervertie ; ils sont également les seuls points de
comparaison entre le malade et les médicaments.
Il ne faut pas
oublier que la Médecine homéopathique est une méthode toute différente,
voire même opposée à la Thérapeutique Allopathique. En effet, ce qui est
directement utile au médecin pour la prescription véritablement
homéopathique du remède, ce n'est pas la connaissance des résultats
pathologiques, ni des modifications anatomiques de la maladie, ni même
de la composition physico-chimique du médicament, mais bien la science
des symptômes et la connaissance de l'action dynamique et physiologique
du médicament sur l'être humain.
Le § 153 de
l'Organon que tout homéopathe devrait savoir par coeur nous dit :
Quand on cherche un
remède homéopathique spécifique, c'est-à-dire quand on compare
l'ensemble des signes de la maladie naturelle avec les séries de
symptômes des médicaments bien connus, il faut surtout et presque
exclusivement s'attacher aux symptômes frappants, singuliers,
extraordinaires, et caractéristiques, car c'est à ceux-là
principalement que doivent répondre les symptômes semblables dans la
série de ceux qui naissent du médicament que l'on cherche, pour que ce
dernier soit le remède à l'aide duquel il convient le mieux
d'entreprendre la guérison. Au contraire, les symptômes communs et
vagues, comme le manque d'appétit le mal de tète, la langueur, le
sommeil agité, le malaise, etc., méritent peu d'attention, parce que
presque toutes les maladies et presque tous les médicaments produisent
quelque chose d'analogue.
Ce § 153 nous
montre donc clairement que les symptômes n'ont pas tous la même valeur
et qu'il faut s'efforcer de reconnaître certains symptômes spéciaux plus
importants que les autres, aussi bien du remède que du malade.
J. T. Kent, dans
son merveilleux livre sur la Philosophie homéopathique, nous donne de
précieux renseignements et d'amples détails sur la valeur des symptômes.
Deux facteurs sont à considérer dans un symptôme :
1. - Sa Nature,
qui peut être :
A) générale,
B) commune,
C) locale ou particulière, spéciale.
2. - Son Degré.
1. Nature des symptômes :
Le symptôme est général
Quand il
représente le malade dans son ensemble, tandis que tout ce qui se
rapporte à un organe ou à une partie du corps est un symptôme local.
Si le malade dit :
« J'ai soif », ce n'est pas spécialement la bouche, l'estomac ou telle
autre partie de son corps qui a soif, c'est « je » le malade lui-même,
tout entier.
Les symptômes
généraux comprennent hiérarchiquement :
a) Les
symptômes mentaux. - Quand un malade déclare qu'il est dégoûté de la
vie et qu'il cherche à mourir, cette perversion est le véritable centre
de son état pathologique général, physique et psychique. Il existe donc
une valeur différente entre ces deux symptômes généraux énoncés : le
désir de mourir et la soif.
b) Les
symptômes du sommeil et des rêves.
c) Les réactions physiques vis-à-vis des circonstances ambiantes : chaleur,
froid, temps, saisons, humidité, sécheresse, fièvre, frisson,
transpiration, position, mouvement.
d) Les envies
et les dégoûts alimentaires ou sexuels s'ils sont bien marqués.
e) La menstruation chez la femme, phénomène cyclique se rapportant
directement à sa constitution.
B. Les symptômes Communs
sont ceux que l'on
rencontre toujours dans des circonstances données : l'éruption
scarlatineuse est un symptôme commun à toutes les scarlatines. Donc les
symptômes pathognomoniques d'une maladie sont toujours des
symptômes communs puisqu'ils permettent de donner à la maladie sa
dénomination impersonnelle. L'absence d'un des symptômes
cardinaux d'une maladie - une rougeole sans rash, par exemple -
constitue par contre une caractéristique importante dans l'individualisation du malade.
C. Les symptômes particuliers, locaux, se définissent d'eux-mêmes.
2. Nous avons brièvement parlé des différentes « natures » des
symptômes, examinons-en le Degré :
On trouve dans
Boenninghausen et C. Héring, 4 différents degrés, dans Kent, 3.
1. Sera du Premier
degré un symptôme qui se rencontre chez la presque totalité des
expérimentateurs et qui a été constamment vérifié par la clinique.
2. Un symptôme peu
fréquemment rapporté dans l'expérimentation sur l'homme sain, et
occasionnellement vérifié sur le malade, sera du Deuxième degré.
3. Lorsque, de
temps en temps, un expérimentateur rapporte un symptôme nettement
éprouvé, caractéristique, mais non confirmé par d'autres ni vérifié
cliniquement, on classera ce symptôme dans le troisième degré.
NDT Dr Luc Lavarenne :
Dans cet article la définition des degrés est inverse de l'usage courant
que nous faisons. En effet nos dénommons troisième degré ce que Roger
Schmidt désigne comme premier et respectivement. Cependant les
définitions sont les mêmes et sont très importantes à comprendre
lorsqu'on utilise un répertoire.
Appliquons ces différentes données à la Pathogénésie
de Thuja.
Nous ne parlerons
pas de tous les symptômes de Thuja qui seront abondamment décrits - et
bien mieux que nous ne pourrions le faire - par d'autres Confrères, nous
n'en retiendrons que quelques-uns intéressants à connaître dans les
causes, les symptômes mentaux et généraux.
A Les Causes d'un état morbide,
- quand on peut
les connaître d'une façon sûre, sont toujours d'une importance capitale.
Or, nous savons
par des expériences nombreuses et répétées, les propriétés étranges,
remarquables, caractéristiques de Thuja comme remède SYCOTIQUE. Thuja
est le roi des Sycotiques. Il correspond aux effets, aux conséquences de
la SUPPRESSION :
de l'écoulement blennorrhagique, et aussi
de diverses excroissances cutanées muqueuses. Le fait de
ces suppressions peut provoquer les troubles les plus variés, tels
l'asthme, certaines névralgies rebelles, des symptômes d'hystérie, etc.
Thuja correspond
aux suites :
de vaccinations,
d'un empoisonnement animal, morsure de serpents, etc.
Parmi les autres
causes moins importantes, nous avons les effets du Thé et du Café, de la
Bière, du Sucre, du Tabac, des Viandes grasses, des Oignons ; les excès
sexuels ; les coups de soleil ; le temps humide et froid.
B. - Il ressort des études pathogénétiques de Thuja,
Que les phénomènes
les plus marqués, les plus nombreux, se produisent à l'extérieur sur la
Peau, les Muqueuses, les Glandes, etc. Ceci provient du fait que ce
médicament a été expérimenté à très basses dilutions. Or, les basses
dilutions se sont toujours montrées peu favorables au développement des
touches fines des symptômes mentaux. C'est ce qui explique la pauvreté
de Thuja en symptômes mentaux par rapport aux autres polychrestes, bien
qu'il en présente cependant de très intéressants.
Le symptôme que
nous choisissons comme le plus profond est :
1. DEGOUT DE LA VIE, tristesse, dépression intense.
Il est
hiérarchiquement le plus important parce que correspondant à une
perversion d'un des instincts les plus profonds de l'homme : la joie, la
Volonté de Vivre.
2. Puis viennent l'IRRITABILITÉ, et la JALOUSIE,
qui souvent
échapperont au médecin, parce que le malade, représenté par Thuja,
arrive à contenir son humeur hargneuse et querelleuse en présence
d'étrangers, la réservant à ses proches. Nous avons commencé par
l'irritabilité et non la jalousie qui est cependant un symptôme plus «
intérieur », plus rare. C'est là que le DEGRÉ entre en ligne de compte.
Thuja sort au premier degré pour l'irritabilité, et seulement au second
pour la jalousie.
3. Thuja cherche la solitude.
Etant seule, elle
a l'impression d'une présence, que quelqu'un la suit ou l'accompagne.
Elle pense que son âme est séparée du corps. Elle se sent si délicate,
si fragile, qu'elle dit être en verre et craindre de se casser si
on l'approche.
Des idées fixes la
hantent. Elle s'imagine être enceinte, elle sent des mouvements dans son ventre, comme un animal dans ses intestins. Ce
symptôme est d'autant plus caractéristique qu'on ne peut le rattacher à
aucune modification anatomique ou fonctionnelle, et qu'un examen soigné
ne révèle ni flatulence, ni météorisme, ni grossesse. Elle cherche ses
mots et parle très lentement, oublie des syllabes et des mots en parlant
ou en écrivant (aphasie).
Ces différents
symptômes qui ont trait à l'Intelligence, sont très typiques de Thuja,
mais cependant moins profonds, hiérarchiquement que ceux cités plus
haut. L'Intellect est moins proche de la Personnalité véritable,
essentielle, de l'individu, que la Volonté. C'est pourquoi nous les
plaçons dans la seconde catégorie.
4 Viennent les symptômes du sommeil.
Thuja en présente
de très importants. On retrouve cette dépression mentale intense sous
forme de REVES angoissants, de cauchemars horribles, surtout si le
malade dort couché sur le côté gauche.
Rêves de morts,
de cadavres. Rêve qu'il tombe.
Insomnies. Elle
voit des apparitions dès qu'elle ferme les yeux.
Abordons
maintenant les autres symptômes généraux, hiérarchiquement moins
importants que ceux signalés jusqu'ici. Ceci parce qu'on s'éloigne de
plus en plus du centre, de la personnalité.
C'est en examinant
de près les symptômes locaux de Thuja que l'on a pu tirer des
caractéristiques générales, telles que :
5. Latéralité GAUCHE, ou bien, à gauche en haut, à droite en bas.
L'aggravation
horaire : à 3 heures du matin et 15 heures.
Les frissons
présenteront précisément ces modalités horaires de 3 heures du matin et
du soir, ou bien à gauche seulement.
Frissons
immédiatement suivis de sueurs, sans passer par l'étape chaleur, commençant par les cuisses.
La localisation
des transpirations est aussi à retenir : Transpirations abondantes,
surtout nocturnes, de « tout le corps, sauf de la tête », ou des
«parties découvertes », seulement. Transpirations fétides,
huileuses, unilatérales.
Comme
caractéristique des douleurs de Thuja, nous avons : Douleurs
localisées sur un point, comme si on enfonçait un clou ou un ongle.
Douleurs mordantes, comme si on arrachait le muscle de l'os.
6. Les envies ou
aversions sexuels ou alimentaires, de même que les menstruations ne
présentent rien de vraiment spécial.
Nous ne dirons
rien des symptômes locaux de Thuja, si ce n'est qu'au point de vue de la
valeur de ces symptômes, il faut prendre en considération en premier
lieu :
les écoulements ;
ulcérations, végétations, (particulièrement nombreux et frappants dans
Thuja), puis ensuite
les modalités de
symptômes locaux en opposition aux généraux.
Tel est l'ordre
logique des symptômes mentaux et généraux de Thuja. Nous n'avons cité
que les symptômes du Premier degré, ceux qui sont indispensables pour
caractériser l'Individualité de Thuja.
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