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HYGIENE et PROPHYLAXIE HOMEOPATHIQUE

SOCIÉTÉ RHODANIENNE D'homéopathie
Séance du 29 mai 1927
à Genève
Le Propagateur de l'homéopathie n°8, 15 octobre 1927, p. 276

 

Par les Docteurs J-A. LATHOUD et D'ESPINEY

Si c'est une grande chose que de chercher à guérir les maladies, c'en est une plus grande encore que de chercher à les prévenir.

 

L'hygiène, cette partie de la Médecine qui a pour but de faire connaître les influences diverses qui proviennent des milieux dans lesquels l'homme évolue, et de les modifier dans le sens le plus favorable à un harmonieux développement comme aussi à la conservation de sa santé, est à la base des mesures propres à mettre l'individu à l'abri des maladies. C'est elle qui nous apprend à les éviter par le choix judicieux des aliments, des boissons, des vêtements, par la recherche des circonstances favorables d'air, de climat, de lieux ; par l'usage modéré des choses ; par l'exercice convenable des facultés corporelles et intellectuelles.

 

À ces considérations purement matérielles, doivent s'ajouter des règles non moins importantes d'hygiène morale, sans lesquels les premières ne sont rien, sinon peu de chose Elles paraissent, en effet, très souvent impuissantes si le moral n'est pas dans des conditions de mesures qui sont l'âme de l'hygiène : la véritable et profitable hygiène étant la sagesse qui règle la satisfaction des besoins du corps et l'exercice des facultés de l'âme. Si l'hygiène bien comprise doit connaître les règles à suivre pour le choix des moyens propres à entretenir l'action normale des organes, aux différents âges, dans les différentes constitutions, les différentes conditions de la vie, les différentes professions, etc... -si d'autre part, elle nous éclaire sur les divers moyens propres à nous mettre à l'abri des différents germes microbiens capables de développer sur un organisme propice, les maladies qui désolent l'humanité- il n'en est pas moins vrai que tout est ensemble est dominé par la fameuse devise de l'Antiquité : «  Sustine et abstine. »

 

Mais toutes ces connaissances et les lois qui en découlent, lois dont l'application constitue ce qu'on appelle la prophylaxie, en général - n'ont rien de particulier à l'homéopathie. Il ne paraît pas dans le magnifique développement qu'elles ont acquis aujourd'hui, qu'elles aient été spécialement influencées par les théories philosophiques, pathologiques, physiologiques ou thérapeutiques de Hahnemann. Du moins dans un ensemble judicieusement compris, tel qu'on le trouve dans un certain nombre de bons auteurs, et ne donnant pas aux théories pasteuriennes, dans le rôle de l'hygiène et de la prophylaxie, une importance exclusive qu'elles ne méritent pas. Car si le rôle des microbes est capital dans l'étiologie des maladies, il n'est pas unique : aussi important, plus important peut-être, est celui du terrain ; et, à notre avis, c'est en obéissant aux lois qui permettent a un organisme de fonctionner avec un maximum d'équilibre, avec le jeu complet de ses réactions de défense toujours prêtes à être alertées, que l'on observe la meilleure hygiène.

 

Malheureusement nous n'avons pas de moyens précis pour savoir - si toutes les règles de l'hygiène étant ainsi définies - un organisme humain est infailliblement en mesure de lutter avec ses propres forces, et sans aucun autre secours, contre une cause épidémique ou endémique quelconque ; et, plus particulièrement, s'il n'a pas besoin d'une aide efficace pour lui permettre de dominer celle-ci avant que les défenses naturelles dudit organisme ne défaillent pour une raison quelconque, devant l'attaque de l'invasion microbienne plus forte qu'elles, défaillances qui se manifesteront alors par cet ensemble de symptômes douloureux toujours, graves souvent, mortelles parfois, si elles sont définitives, et qu'on appelle la maladie.

 

Aussi, a-t-on généralement recours, pour compléter l'hygiène, à la prophylaxie médicamenteuse, celle-ci consistant à faire usage de remèdes convenablement choisis pour préserver les hommes d'une maladie.

 

***

 

Or là nous entrons tout à fait dans le domaine de l'homéopathie, les recherches qu'on peut faire dans ce domaine particulier de l'hygiène, les conseils ou les lois qu'on en peut déduire, peuvent être fortement influencés par les doctrines Hahnemanniennes.

 

L'observation nous a enseigné depuis longtemps que beaucoup d'individus sont rebelles à certaines maladies et que, même exposés accidentellement ou habituellement aux fièvres éruptives, à la diphtérie, au choléra, au paludisme, à la tuberculose, que sais je encore !.... ils y échappaient. Leur organisme est suffisamment bien équipé pour réagir victorieusement à l'offensive de l'agent infectieux et pour le détruire, sans qu'extérieurement cette lutte se manifeste par un symptôme morbide appréciable - en un mot sans qu'ils soient malades. C'est cette faculté que possèdent ces individus de résister à la contagion par leurs propres moyens, qu'on appelle l'immunité naturelle, celle-ci étant la puissance habituelle et préservante d'un semblable organisme, de détruire et d'éliminer sans résistance les éléments morbides qui tendent à s'introduire en lui.

 

Nous savons aussi que quand un individu a subi une première atteinte d'une maladie infectieuse, ou qu'il a été vacciné contre cette maladie infectieuse, il y devient le secondairement réfractaire : c'est ce qu'on appelle l'immunité acquise.

 

Or, si la prophylaxie médicamenteuse n'est autre chose que l'art de donner aux organismes vivants l'immunité acquise soit à l'aide de médicaments minéraux ou végétaux soit à l'aide de toxiques préalablement atténués -- nous ferons remarquer que tous les agents prophylactiques sont, dans leur usage, une application directe de la Loi de similitude et cela plus particulièrement pour les vaccins qui sont des substances empruntées soit à la maladie qu'il s'agit de prévenir, soit à une maladie analogue. Ainsi, sciemment ou non, tous les médecins qui font de la prophylaxie médicamenteuse, pratiquent l'homéopathie. Jenner qui s'est servi du virus du cow pox pour prévenir la petite vérole, a été un précurseur d'Hahnemann. C'est en donnant à l'homme une maladie atténuée semblable à celle dont on veut le préserver, véritable maladie médicamenteuse, qu'on l'immunise contre elle. En l'espèce, c'est en donnant à un homme bien portant, une affection bénigne, mais semblable à la petite vérole, qu'on l'immunise contre cette maladie. Et les médicaments minéraux ou végétaux agissent comme les vaccins, d'après la Loi des Semblables : Belladone, prise à doses suffisantes, produits une angine et une éruption semblables à celles qu'on trouve dans la Scarlatine ordinaire : aussi la Belladone est-elle un excellent médicament prophylactique de cette maladie. Veratrum album, Cuprum, et Arsenicum album produisent chez l'homme sain tous les symptômes du choléra contre lequel ils paraissent devoir l'immuniser.

 

Les admirables travaux d'Hahnemann sur les diverses substances médicamenteuses, eu nous faisant connaître les effets purs de chacune d'elles, nous ont mis sur la bonne voie pour rechercher à quelles maladies elles pouvaient être utilement opposées dans un but prophylactique, c'est-à-dire contre quelle maladie déterminée il fallait choisir telle ou telle substance médicamenteuse ayant par le fait même du mécanisme de la Loi des semblables, la propriété de donner à l'organisme humain en santé le pouvoir physiologique de dominer, détruire et éliminer sans fracas, l'agent morbide et ses toxines, causes de celte maladie.

 

Dès qu'il se trouva en face de la première épidémie de choléra que sa profession le mit à même de surmonter, Hahnemann désigna comme prophylactiques, les principaux médicaments qui pouvaient en guérir les sujets atteints, quand ils étaient guérissables. Et les résultats obtenus parurent probants. D'ailleurs des faits nombreux et incontestables sont venus sanctionner cette indication : c'est ainsi que d'autre part, on a constaté maintes fois que des doses dynamisées de Veratrum album, ou d'Arsenic, ou de cuivre, données d'une manière préventive et suivant leurs indications, exemptaient du choléra ceux qui en usaient convenablement. ; et au sujet de ce dernier métal, le Docteur Burq a constaté que les sujets exposés professionnellement aux vapeurs de cuivre, étaient généralement préservés de la terrible épidémie.

 

Hahnemann a trouvé dans la Belladone le préservatif de la scarlatine, toujours guidé par la loi des semblables. C'est parce qu'elle détermine chez les individus en santé un ensemble de symptômes semblables à ceux de la scarlatine ordinaire, que la Belladone guérit cette maladie ; c'est parce qu'elle développe ces symptômes chez un sujet en bonne santé, c'est -à -dire qu'elle développe chez lui une maladie semblable atténuée, que la Belladone peut le préserver de la scarlatine.

 

Dans une brochure publiée en 1871 : « L'Arsenic considéré comme antidote des maladies infectieuses », le docteur Charles d'Espiney posait en règle que « l'Arsenic est le plus puissant de tous les agents médicamenteux qu'on puisse opposer aux maladies d'origine infectieuse. Dans la plupart des cas, il a montré un effet franchement curatif et préservatif. La préparation préconisée était la troisième trituration décimale, à la dose de cinq centigrammes, tous les deux ou trois jours. Bien entendu, les indications doivent être celles de l'arsenic, telles que sous les trouvons dans nos matières médicales. En tous cas, l'un de nous a pu constater dans certaines épidémies de grippes, le pouvoir prophylactique de l'Arsenic, autant que l'on peut être sûr de cela.

 

Il est une classe de remèdes auxquels il nous parait devoir être réservé un très grand rôle Comme agent prophylactique : ce sont les médicaments isopathiques.

 

Au début du siècle dernier, le Dr Weber, médecin hessois, prépara avec le suc sanieux s'écoulant de la rate gangrenée d'un animal mort du charbon, un médicament qu'il appela Anthracinum et qu'il employa avec succès, non seulement remède curatif mais aussi comme médicament préservatif de l'anthrax charbonneux. Apporté d'Allemagne en France par un de mes compatriotes, le médecin lyonnais Rapou, ce remède est aujourd'hui entré avec succès dans notre pratique journalière.

 

Le Douteur Gross, en Allemagne même, prépara avec du sang d'un petit malade atteint de rougeole simple et dilué homéopathiquement deux fois, un remède appelé Morbillinum qui non seulement s'est montré utile depuis, pour abattre rapidement les symptômes de la maladie, mais également comme préservatif en cas d'épidémie, donné dans ce cas à des enfants bien portants qu'il mettait hors d'état d'être infecté

 

A la suite de Luc, vétérinaire à Leipzig, ce même Dr Gross a employé à la fois comme remède curatif et comme préservatif de la morve, un médicament préparé avec les sécrétions nasales, diluées homéopathiquement, d'un cheval morveux : Malléine.

 

Le vaccin jennerien dilué homéopathiquement, donner à l'intérieur, est non seulement un bon remède curatif de la petite vérole, mais aussi un remède utile comme préservatif de cette affection. Le Docteur T J M Collet en cite de très intéressantes observations (Isopathie, méthode Pasteur par voie interne démontrant la certitude et l'unité de la science médicale » par le Dr T J M : Collet, Vigot frères, éditeur Paris1902).

 

Cette question de la prophylaxie médicamenteuse soulève cependant quelques réserves de la part de certains de nos confrères : c'est ainsi que le docteur Balzli, dans « Taschenbuch der Homeopathischen Thérapie », écrit à l'article « Prophylaxie » : « Ce qu'on comprend généralement sous le nom de prophylaxie médicamenteuse n'existe pas en Homéopathie. L'homéopathie traite la maladie une fois qu'elle existe. Pour ce qui concerne les épidémies, elle recherche le « Genius epidemicus », c'est-à-dire le remède épidémique actuel et elle empêche ainsi l'épidémie de se développer en le faisant absorber comme préservatif aux individus exposés à I'épidémie ; pour le reste elle ne fait qu'augmenter les résistances organiques par des remèdes de constitution ». En réalité, cette façon de voir du docteur Balzli ne paraît pas une objection contre l'intérêt des recherches de l'emploi des médicaments homéopathiques dans un but prophylactique, mais bien plutôt une indication pour une méthode nous permettant de découvrir le bon remède prophylactique.

 

D'ailleurs, les travaux récents: sur les vaccins chimiques peuvent nous aider à comprendre non seulement l'action des médicaments homéopathiques comme préservatifs, mais aussi nous montrer quelle utilité ils peuvent avoir comme tels. Mary Laurent a préconisé les Immunicups. Médicaments complexes où un catalyseur se développe par la réaction de l'iode sur le magnésium qui dégage du carbone à l'état naissant ; celui-ci se fixe sur les albumines circulantes qui constituent les toxines et tend à les neutraliser ; il s'agit donc d'obtenir un catalyseur et il est fort probable -- sinon possible - que bien des actions médicamenteuses puissent aboutir à ce processus. Des études de laboratoire précises pourraient être du plus haut intérêt, avec des examens sanguins en série, indiquant par exemple les modifications de l'index opronique de Wright.

 

D'autre part, Bonnier a étudié les centres bulbaires qu'il appelle diaphylactiques et dont l'activité paraît commander les réactions de l'organisme contre les agents infectieux. Il est compréhensible que tel médicament homéopathique, ayant un tropisme spécifique sur certains points du système nerveux, certains groupes de cellules, puissent de ce fait, provoquer une réaction de défense efficace contre telle ou telle maladie dont les symptômes sont peut-être causés par l'excitation d'un centre nerveux correspondant.

 

Nous sommes persuadés que des recherches poussées dans cette voie donneraient les meilleurs résultats et, avec l'appui de la directive donnée par la Loi des Semblables, nous procurerait de sûrs prophylactiques contre toutes les maladies infectieuses.

 

La médecine officielle, d'ailleurs, paraît s'y engager si nous en croyons les récents travaux de Calmette au sujet de la prophylaxie de la tuberculose chez les enfants nés de parents atteints de celte maladie ?

 

***

 

Et cette prophylaxie des maladies héréditaires par des moyens médicamenteux, a depuis longtemps préoccupé bon nombre de médecins homéopathes qui là encore, tout ligure de précurseurs.

 

Pans un article où il étudie un livre publie par le docteur Gastier : «De la Prophylaxie en général », le Docteur Espanet (« De la méthode prophylactique préservatrice, d'après le docteur Gastier », par le docteur Espanet, « la revue médicale homéopathique », août 1853) nous montre que cet auteur étudie non seulement la prophylaxie des maladies épidémiques a l'aide des médicaments employés d'après les indications de la Loi des Semblables, mais aussi, par le même moyen, la prophylaxie des maladies héréditaires. Et c'était la, croyons-nous, quelque chose de tout à fait nouveau, pour cette époque.

 

« Contentons-nous d'enregistrer le dogme universel des maladies héréditaires, écrit le Docteur Espanet, et ne faisons pas à la Providence l'injure de croire qu'Elle nous laissera sans remèdes contre elles. D'après le principe qui est à la hase de l'Art de guérir, d'après la Loi de Similitude, nous avons le moyen d'opposer à la force morbifique, à la cause morbide qui est à l'origine des maladies héréditaires, une force médicamenteuse similaire, et, partant, de la détruire d'une façon quelconque. La cause des maladies héréditaires ne peut-elle être attaquée qu'après qu'elle a donné naissance aux symptômes qui la manifestent à l'extérieur : En d'autres termes, faut-il attendre qu'elle ait produit ses ravages pour renoncer à la combattre ? Qui oserait le soutenir ? Qui l'oserait, surtout s'il considère que l'organisme est d'autant plus difficile à modifier qu'il est plus développé et qu'il a vieilli davantage, en s'identifiant avec le principe causal de l'affection héréditaire ? S'il considéra aussi que le corps de l'enfant est d'autant plus facilement modifié par ce principe et par les forces médicamenteuses, qu'il est plus rapproché de l'instant de sa naissance ? A cette époque de la, vie, l'organisme n'est pas encore habitué à l'impression des forces morbides ou médicamenteuses, ni à l'action des agents extérieurs ; les tissus organiques ne sont pas encore pliés au gré de leurs influences ; le dynamisme vital n'a point encore obtenu, par une série d'actes de résistance, une fixité d'état ni la moindre altération durable dans les fonctions on dans les tissus. »

 

Malheureusement le docteur Gastier donne la Psore d'Hahnemann une place trop exclusive dans l'origine de ces maladies héréditaires. Estimant qu'il est peu de familles jouissant héréditairement d'une immunité contre celle-ci, qui, d'après lui, infecte la plus grande partie des individus, notre confrère voudrait que l'on donne à la plupart des nouveaux-nés ou du moins des jeunes enfants, la série des médicaments suivants qui, d'après lui, les préserveraient de l'éclosion de toutes les maladies survenant comme conséquence de cette unique origine aux manifestations diverses et protéiformes, qu'est la Psore. Il conseille donc une série de 13 médicaments que je transcris dans l'ordre numérique de leur emploi successif : 1) Sulfur, 2) Sepia, 3) Carbo veg., 4) Arsenic alb. 5)Bellad., 6) Lach, 7) Nitri ac 8) Silic. 9) Thuya 10) Lycopod., 11) Graphites. 12) Calcarea ostr., 13)Phosphorus. Il y ajoute deux antidotes : Camphora et Spiritus nitri. Il conseille d'administrer ces treize médicaments les uns après les autres dans l'ordre indiqué, en une seule dose, et à l'intervalle de cinq jours, en laissant s'écouler un temps nécessaire, même plusieurs semaines, après le médicament qui durant les cinq jours suivant son absorption, aurait produit de ses symptômes propres, et surtout quelques phénomènes au niveau de la peau. Les antidotes, Camphora de préférence, se donnent dans les cas où l'action de l'agent prophylactique deviendrait trop vive, et ferait redouter des accidents, ce qui est d'ailleurs fort rare. Le Docteur Espanet, qui approuve dans son ensemble cette manière de voir, propose seulement, dans son article analytique quelques modifications dans la série des remèdes indiqués : c'est ainsi qu'à la place de Sepia, il préfère Mercurius dulcis ou vivus; Belladona ne lui paraît pas un antipsorique, et il le supprime ; il lui paraît préférable de remplacer Lycopodium par Natrum mur. ; enfin, il raye Graphites qu'il juge inutile par suite de ses analogies marquées avec Silicea et Sulphur. D'ailleurs fait-il remarquer justement, cette combinaison de remèdes successifs ne s'adresse pas seulement à l'hérédité psorique, mais aussi à l'hérédité sycotique et à l'hérédité syphilitique.

 

En réalité, nous ne pensons pas utile de donner à un enfant ne montrant aucun soupçon d'une manifestation héréditaire possible d'après ses anamnestiques, un remède dont rien ne paraît justifier l'indication prophylactique. Sans doute, il est bien rare qu'un enfant naisse sans être prédisposé par une hérédité aux conséquences des trois grandes diathèses : syphilis, cancer et tuberculose, dont les qualificatifs, ont ainsi remplacé les dénominations anciennes d' Hahnemann : syphilis, sycose, psore. Et il n'est pas très étonnant que le docteur Gastier ait pu être utile souvent avec la série médicamenteuse qu'il indique, le jeune organisme ainsi traité y trouvant le ou les remèdes nécessaires, au redressement de sa prédisposition héréditaire. Peut-être même a-t-il hérité d'une complication des trois genres ? Dans ce cas, la succession des médicaments du Docteur Gastier, modifiée par le Docteur Espanet peut lui être des plus bienfaisante.

 

Mais tout cela ne paraît pas obéir à l'individualisation des cas, qui est le corollaire si judicieux de la loi des semblables, et du choix judicieux du médicament obtenu d'après elle. En face de l'absence d'indications cliniques nettes chez un enfant prédisposé héréditairement, il nous semble plus ,judicieux de nous guider sur les déviations morbides de sa constitution pouvant nous conduire aux exagérations de certains types de tempéraments médicamenteux et ainsi de lui choisir, avec les meilleures chances de succès, le meilleur remède constitutionnel prophylactique. C'est ainsi que le gros enfant luno flegmatique si caractéristique de Calcarea ostrearum, se trouvera bien de ce médicament pour lutter victorieusement contre les déviations héréditaires constitutionnelles qui pourraient l'empêcher de se développer harmonieusement ; tandis qu'il nous paraît injustifié, voire même inutile, dans la série du docteur Gastier dont nous parlions tout à l'heure, chez un enfant de la constitution de Silicea, ou de Calcarea phosph. ou de Baryta carb.. ou d'Hep. sulf. Calc., pour ne citer que les plus courants.

 

Dans une série d'articles en cours, dans «L'homéopathie française » (voir « L'homéopathie française » de février 1925, avril et mai 1927.), le docteur Vannier nous donne des aperçus qui peuvent inspirer bien des recherches dans cet ordre d'idées, et d'après lesquels nous pouvons nous rendre compte de la grande place qu'ici, comme dans la prophylaxie des maladies épidémiques, les médicaments homéopathiques peuvent tenir.

 

Il y a dont beaucoup à faire dans cette voie de la prophylaxie médicamenteuse homéopathique des maladies héréditaires comme dans celle de la prophylaxie médicamenteuse des maladies épidémiques. Et nous espérons que cet aperçu, tout incomplet qu'il est, suffira cependant pour ramener l'attention des cliniciens et des chercheurs de laboratoire sur les moyens de prévenir les maladies avec l'aide de nos méthodes et contribuera à répandre les principes utiles dans cet ordre d'idées :                                  Principius obsta, sero medicina paratur,

Cum mala per longas invaluere moras.

 

DISCUSSION

Docteur Duprat.

Après avoir félicité les Drs Lathoud et D'Espiney de leur rapport, il croit que ce serait le moment de demander au docteur Arnulphy quelque renseignements sur la méthode de prophylaxie prénatale.

 

Docteur Arnulphy.

Je commencerai par vous dire que je n'ai rien préparé car je ne voulais pas empiéter sur le programme. Je pourrais faire un petit travail très concentré, car il n'est pas nécessaire de beaucoup de pages pour dire des choses bonnes et profondes.

 

Je ne veux en aucune façon ni m'étendre sur un sujet qui me tient au coeur, car il y a tout l'avenir de la race humaine qui se trouve intéressé. Notons d'abord la France : nous sommes une nation qui est en train de mourir. Si la dénatalité continue parmi nous à faire ses ravages, dans vingt ans la France sera tombée à l'état d'une nation de second ordre. II a un moyen prophylactique très simple, grâce au remède prénatal. Il y a à Paris le dispensaire marin de M. Quinton, qui n'est malheureusement plus là depuis deux ans. On continue maintenant, depuis que j'ai attaché le grelot, car M. Quinton n'avait jamais pensé à cela, à appliquer le plasma marin aux femmes enceintes.

 

Je reçus une lettre d'une mère qui avait fait ce traitement, à qui j'avais donné des instructions, et qui avait eu des enfants malingres, chétifs au cours de ses trois grossesses précédentes.

 

« Ne pouvez-vous rien trouver dans l'homéopathie pour avoir un bel enfant? - Madame c'est la chose la plus facile du monde; vous n'avez qu'à faire des injections d'eau de mer pendant votre grossesse. - Mais c'est si difficile pour moi car je dois toujours rester étendue- Vous n'aurez qu'à faire vos injections, et vous aurez une garde-malade qui vous les fera, vous arriverez au terme de votre grossesse avec un enfant merveilleux. »

 

Elle a pu travailler pendant tout le temps de sa grossesse et elle eut un accouchement admirable. Cette dame vit dans le septième ciel, son enfant est intelligent, sage comme une image, et lui donne toutes les satisfactions.

 

Au dispensaire prénatal, à Paris, on continue à faire ces piqûres ; le docteur Jarricot, de Lyon, fait également le traitement prénatal.

 

Je n'ai pas réussi à former un dispensaire à Nice, car il faut beaucoup d'argent et je n'en ai pas, mais cela viendra: j'ai toute la vie devant moi !

 

Trois centres importants : Paris, Lyon, Méditerranée !

 

Le fait est absolument indéniable: une femme, même dans les basses classes de la société, pourrie des tares les plus invétérées, si cette femme venait à être engrossée et à porter son fruit jusqu'au bout, l'enfant qui sort de là est comme une fleur qui sort du fumier et n'a aucun des 32 stigmates, aucune de ses tares n'existe, même dans ces conditions désastreuses.

 

Pour l'année prochaine, nous organiserons un Congrès et j'aurai un travail spécial pour la circonstance, et je pourrai vous montrer des clichés par projections oxydriques très intéressantes.

 

Je remercie le vieil ami, le Dr Duprat, pour le travail qu'il nous a présenté, car ce n'est pas facile d'entreprendre un travail de cette envergure et présenté dans un style aussi distingué. Le sujet qu'il a abordé est vraiment d'une importance très grande. Je connais à Nice le docteur Faure, qui s'occupe beaucoup de l'influence des taches solaires ; je l'avais invité à venir.

 

Voilà tout ce que, j'avais à dire.

 

Docteur Pierre Schmidt.

Revenant au rapport des Drs LATHOUD et D'ESPINEY, il fait remarquer qu'Anthracinum signalé par eux comme trouvé par le docteur Weber, a été employé pour la première fois par le docteur Dufresne, de Genève, et il croit que c'est à lui qu'il faut en attribuer l'emploi.

 

Docteur Bayle.

L'opuscule du docteur Gruber attribue également la paternité d'Anthracinum au docteur Dufresne.

 

Docteur Pierre Schmidt.

Au sujet de Maléine, je ferai remarquer que sa terminologie américaine est Glanderinum (de glandus: morve).

 

D'autre part, Hartmann indique comme prophylaxie des nouveaux-nés, de leur donner soit Sulphur, soit Lycopodium, soit Calcarea.

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