Vous ne pouvez pas afficher d'applet java sur votre navigateur IMAGE DE HAHNEMANN
GRAND TITRE DE LA PAGE
     
     
     
     
  PROFESSIONNELS HOMEOPATHIE  
   
   

LE GÉNIE ÉPIDÉMIQUE
SA NATURE - SA THÉRAPEUTIQUE
Par le Docteur Pierre SCHMIDT

SOCIÉTÉ RHODANIENNE D'homéopathie
Séance du 29 mai 1927
à Genève
Le Propagateur de l'homéopathie n°8, 15 octobre 1927, p. 292

 

Cette revue générale très complète et qui «épuise la question», ainsi que le dira très justement une fois sa lecture terminée, le Dr BAYLE à son auteur, le Dr Pierre SCHMIDT, est malheureusement beaucoup trop longue pour être publiée intégralement. C'est une étude complète de la question épidémiologique dont voici seulement un résumé, car ce travail comporte une place trop étendue pour pouvoir être comprise dans le cadre de notre Revue. (Ceux de nos lecteurs que cette question intéresse peuvent s'adresser directement à son auteur, le Dr Pierre SCHMIDT, 10, rue Saint-Victor, à Genève (Suisse).)

Nous nous sommes donc bornés à écrire les titres des chapitres et leurs subdivisions qui ont servi de plan à l'auteur, nous contentant de citer en entier les principaux passages, intéressant le plus directement nos idées hahnemanniennes.

 

I - Introduction.

Il - Historique.

III - Définition et notions générales

Causes fournissant l'infection: causes prédisposantes;

- saisonnières & climatériques, taches solaires, influences cosmiques & astrologiques;
- géographiques;
- hygiéniques, sociales, alimentaires;
- sociales et familiales ; sexe ;
- externes: traumatisme, froid, chaleur, etc
- chimiques et médicamenteux.

 

IV - Les agents infectieux :

Historique ;
Les microbes, leurs classifications ;
Les toxines ;
Auto-infection ;
Classification des microbes et des infections ;
Origine et répartition des agents infectieux. 

 

V - Nature, caractères et évolution des épidémies.

 

Il convient de citer ici les opinions de quelques auteurs que le Dr SCHMIDT rapporte et dont la lecture est pleine d'intérêt pour nous :

 

Rademaker

La notion générale de «Constitutio épidémica morborum» est divisée par Rademaker en deux catégories :

1° Le morbus stationarius

2° Le morbus intercurrens :

C'est ce dernier cas qui est connu surtout sous le nom d'épidémie. Le fait que ces conditions morbides et manifestations affectent à certaines saisons un certain groupe de personnes et qu'elles sont toutes guéries par un ou plusieurs remèdes, dénote leur cause commune.

Rademaker se basant sur ses expériences et sur ses observations, avait trouvé une explication des maladies épidémiques qui, d'après lui, étaient dues à des modifications du milieu sanguin :

1° par manque de salpêtre

2° par manque de fer ;

3° par manque de cuivre.

Il obtînt par une médication appropriée basée sur cette opinion des résultats étonnants.

 

V. Grauvogl

Dans le même ordre d'idées V. Grauvogl établit ses trois types constitutionnels bien connus : épidémies attaquant soit une première fois :

La constitution lymphatique (hydrogénoïde) ;

Une autre fois la lythaemique (carbonitrogène) ;

Une autre fois enfin la dyscrasique (oxygénoïde) ;

Et le remède épidémique de l'une de ces 3 classes devra être déterminé en tenant compte

De la susceptibilité, du terrain individuel,

De la disposition momentanée,

De l'ambiance et des conditions environnantes.

Par un temps humide et froid, un certain groupe d'individus tomberont malades, alors que ceux sensibles au temps froid seulement ou aux orages ne seront pas touchés. Il attache donc grande importance aux influences météorologiques aussi bien pour expliquer l'envahissement épidémique que pour trouver des indications médicamenteuses appropriées.

 

Carton

D'après Carton, les épidémies ne sont pas des infections au sens clinique du mot, mais simplement des manifestations morbides revêtant le masque infectieux, se produisant chez des sujets soumis aux mêmes motifs de fléchissement de résistance organique.

Quand les épidémies frappent une collectivité, l'action microbienne ou saisonnière n'est que complémentaire dans leurs motifs d'apparition. Ce qui est efficient, c'est la préparation à la réceptivité infectieuse établie de longue date par des erreurs d'alimentation et d'hygiène, commises par l'ensemble de la collectivité.

S'il s'agit d'un milieu familial, voici comment l'état de prédisposition infectieuse s'effectue :

A la suite des jours de fêtes, par exemple, pendant lesquels les menus furent plus copieux et plus toxiques ou bien parce que le régime habituel fut conçu en dépit de toute logique, ces fautes mirent les membres de la famille dans un état d'infériorité presque identique, et comme elles se produisirent sur un terrain de même origine, elles occasionnèrent des dégâts similaires.

De même quand les habitants d'une région sont soumis par suite de circonstances volontaires Ou involontaires, d'habitudes mauvaises ou d'influences climatériques ou saisonnières, à des modifications fâcheuses dans leur genre de vie et surtout d'alimentation, ils se trouvent dans un état d'intoxication puis de réceptivité collective qui engendre des crises de nettoyage collectives, c'est-à-dire des maladies généralisées.

 

Féré

Féré (dans Sensation et Mouvement, page 133) a constaté que les épidémies ne touchent que les individus prédisposés. C'est un fait connu que certaines personnes sont susceptibles à une chose, et d'autres à d'autres. Si une épidémie se répand sur un pays, il n'y en a que quelques individus qui tombent malades ; pourquoi les uns sont-ils contaminés et les autres protégés ?

 

On doit tenir compte ici des idiosyncrasies et de la susceptibilité individuelle. Beaucoup de médecins perdent leur temps à théoriser sur des choses qui rendent leurs patients malades.

L'homme malade, nous dit Kent, tombera malade dans n'importe quelle circonstance, alors qu'un homme bien portant pourrait vivre dans un lazaret

 

Toutefois d'après de Granier

Un homme sain tombe malade en vertu de la réceptivité morbide, un homme sain tombe malade par l'administration d'un médicament du fait de la réceptivité médicamenteuse ; sans cela pas d'expérimentation possible, un homme malade guérit avec un remède, grâce à la réceptivité remèdiale, sans elle pas de cure possible.

 

C'est ainsi, ajoute Carton, que se réalise un mode de sélection naturelle qui supprime de la race ses éléments dégénérés dont la persistance entraverait sa progression.

Cette possibilité de transformation des saprophytes anodins en germes très agressifs sous l'influence de déchéances vitale de l'être humain explique la naissance ou le réveil des grandes comme des petites épidémies.

« Quand une série de cas de rougeole ou de fièvre typhoïde éclate dans un groupement, il arrive bien souvent qu'on cherche partout la source infectieuse virulente sans la découvrir. Pour expliquer alors une contagion inexistante, on se rabat sur la théorie des porteurs de germes et on néglige l'étude de la partie la plus importante du problème : les motifs collectifs de vie antiphysiologique, surtout alimentaire, qui ont provoqué la réceptivité morbide collective, c'est -à -dire l'état morbide initial dont l'infection n'est que le masque.»

 

VI - Diagnostic :

Comment diagnostiquer une épidémie ?

Hippocrate, en observateur modèle estime : «qu'il faut en étudiant le caractère des épidémies, remarquer si elles commencent par des vomissements ; si les malades gardent les médecines, et si elles purgent promptement ; Si les personnes très blanches de la peau, se trouvent plus généralement attaquées, observer quel est l'état des lèvres, et dans quelle saison l'épidémie s'est manifestée ».

« Indépendamment de l'intellect, le corps concourt aussi à faire connaître les maladies, par le moyen de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du tact et du goût. On emploie aussi le raisonnement. »

A notre époque, le diagnostic d'une épidémie est uniquement basé sur les recherches de laboratoire. Sitôt qu'une épidémie sévit dans une contrée tous les produits possibles de l'organisme sont examinés : sang, urine, matière, crachats, etc., au point de vue microscopique et bactériologique.

Les résultats de ces travaux quelquefois fort longs et difficultueux aboutissent à des règles générales que l'on tire d'une façon beaucoup plus logique le plus souvent de l'examen clinique du malade. Le «bon sens» voilà ce qui manque à tant de médecins livresques ou savants ! L'observation rigoureuse enseignée avec tant de perfection par Hippocrate comme nous venons de le voir conduit à des mesures certainement beaucoup plus précieuses, comme résultat que celles qui résulteront du laboratoire : que les bacilles soient courts ou longs, qu'il s'agisse de microbes, de toxines ou de Virus filtrants, cela n'a pas une importance primordiale. Toutefois, nous nous en voudrions de négliger ces examens qui permettent néanmoins de préciser certaines règles prophylactiques et même thérapeutiques.

 

Arriver à la connaissance du caractère particulier ou de la nature individuelle de chaque épidémie

Un autre genre de diagnostic, enfin, dont Hahnemann a également le premier fait sentir la nécessité, et qui résulte de ce qu'il dit de « l'identité de l'essence de chaque maladie avec l'ensemble de ses phénomènes », c'est celui qu'il propose pour arriver à la connaissance du caractère particulier ou de la nature individuelle de chaque épidémie.

« Rien, dit Jahr, n'a jusqu'ici causé plus de cassements de tête aux savants de l'ancienne école, rien n'est parvenu à échapper plus complètement à toutes leurs recherches diagnostiques, et rien n'a jamais plus défié toutes leurs méthodes que la distinction de la véritable essence particulière de chaque épidémie. »

Car ce qui fait le caractère distinctif des maladies épidémiques et de presque toutes les fièvres c'est précisément cette influence générale qui attaque non pas tel ou tel organe exclusivement, mais plus ou moins tout l'organisme, et en vertu de laquelle elles ne prennent jamais pour siège exclusif et constant un organe particulier, lors même que leur activité resterait bornée à un petit nombre d'organes. Néanmoins, toutes ces maladies, sans exception, ont un cercle d'organes qu'elles affectent de préférence comme par exemple le typhus attaque essentiellement le cerveau, les intestins et même les poumons, la grippe, les membranes muqueuses et quelquefois même le foie, on parle de grippe cérébrale, de grippe intestinale, de grippe broncho-pulmonaire etc., mais il est rare que chez le même malade tous ces organes se trouvent affectés à la fois, ou seulement l'un à la suite de l'autre.

 

« Le plus souvent, lorsque plusieurs sujets sont atteints d'une même épidémie, on voit dans chacun d'eux un organe différent atteint de préférence, en sorte qu'on aurait de la peine à trouver un malade qui présentât sur lui seul toute la maladie, avec tous les phénomènes et toutes les lésions qui en caractérisent l'essence particulière. »

 

Ces maladies épidémiques et générales se comportent donc absolument comme se comporteraient les effets d'un médicament ou d'une substance toxique, laquelle substance ne développe pas non plus sur chaque individu tous les effets qui lui sont essentiels. Aussi pour connaître tous les effets essentiels qui caractérisent l'action d'un médicament eu d'un poison, c'est -à -dire pour connaître sa véritable essence, il faut réunir le plus grand nombre possible de cas d'empoisonnement sur les individus les plus divers. Alors on verra toujours que le caractère essentiel du poison consiste précisément : à ne pas borner son action à un seul organe mais à imprimer au contraire à l'organisme une tendance pathologique générale qui n'a son véritable siège dans aucun organe particulier, mais nécessairement dans l'organisme tout entier.

Or, comme il est impossible de reconnaître le caractère particulier de cette tendance sans en connaître tous les effets essentiels, et que cette tendance est nettement distinguée et définie dès qu'on est parvenu à réunir dans une seule description toutes les lésions sensorielles, fonctionnelles et organiques qui lui sont propres ou qui caractérise son essence particulière, il s'ensuit que ni le diagnostic essentiel, ni le diagnostic différentiel d'aucune de ces maladies générales épidémiques ou autres, ne saurait être considéré comme achever tant que l'ensemble de toutes ces lésions n'est pas exactement déterminé.

Mais il s'ensuit aussi, avec la même rigueur, que ces lésions déterminées, le problème du diagnostic doit être regardé comme résolu et les exigences de la science satisfaites. Or, c'est là la méthode que Hahnemann enseigne pour arriver à connaître la nature essentielle et le caractère particulier de chaque épidémie, ce n'est pas dans telles ou telles lésions isolées, mais seulement dans l'ensemble de toutes les lésions qu'il nous apprend à chercher de l'essence de la maladie ; nous en verrons plus loin l'application pratique.

 

Au point de vue homéopathique strict, l'étude du diagnostic n'a pas comme but l'établissement d'une prescription.

 

Si vous pensez, dit Kent, qu'un enfant souffre de rougeole, l'idée de rougeole peut s'échapper de votre esprit, mais ce qui doit rester gravé dans votre mémoire, c'est le caractère particulier de cette maladie chez cet individu spécial, vous aurez de la peine au début de vos applications homéopathiques à comprendre cela si vous avez eu l'habitude d'étudier vos cas uniquement dans un but de diagnostic, mais souvenez-vous que la dénomination nosologique n'est pas à la base d'une prescription utile. Plus vous réfléchissez au symptôme diagnostic, plus vous embrumer votre esprit dans l'espoir fallacieux de trouver le remède curateur.

Vous pouvez aller chez un malade et étudier une heure pour individualiser un cas et décider s'il s'agit de scarlatine ou de rougeole (il y a quelquefois des cas très confus au début) et alors vous direz : c'est une rougeole, et vous donnerez Pulsatilla, ou alors, c'est une scarlatine, je dois donc donner Belladone !... Vous verrez rapidement qu'un tel état de choses trouble l'esprit et le fausse. Toutefois, si vous vous trouvez dans une épidémie où il est nécessaire, afin d'édicter des mesures propres à éviter la contagion pour l'entourage, de savoir par exemple s'il s'agit d'un cas de choléra ou non ; alors il est nécessaire d'établir l'étiquette diagnostique des infections épidémiques, (si la chose est possible), après votre prescription.

La famille et les voisins ont le droit de connaître les mesures protectrices : isolation, quarantaine, mesures d'hygiène, etc....

D'après Kent, il y a deux sortes d'études à faire : l'une consiste à classifier la maladie pour savoir à quel cadre nosologique elle appartient, l'autre à établir le remède approprié et dont le patient a grand besoin.

« Mais je préfère toujours m'occuper du patient d'abord et du remède dont il a besoin et cela n'a que très peu à faire avec la classification. Après que le remède a été décidé et trouvé, remède qui couvre clairement la totalité des symptômes, et après que le patient a reçu la dose requise, la question suivante qui doit être examinée est de savoir ce qu'il y a à faire pour protéger l'entourage de l'affection, si elle est contagieuse. »

« Le diagnostic est quelque chose que le médecin ne peut et ne doit pas ignorer. Que dirait-on un médecin qui parlerait d'une fièvre scarlatine quand il s'agit d'une rougeole et vice versa ? Ses connaissances médicales doivent être suffisantes pour établir toujours un bon diagnostic, mais toujours seulement après s'être occupé du malade. C'est alors lui qui doit décider si l'enfant doit être isolé, aller à l'école, etc... »

 

En résumé, le diagnostic d'une épidémie consiste à faire :

1° Le diagnostique et thérapeutique ou médicamenteux, c'est-à-dire à prendre l'ensemble des symptômes de plusieurs cas touchés et de chercher le groupe de remèdes qui leur correspondent ;

2° Le diagnostic nosologique pour pouvoir prendre immédiatement les mesures d'hygiène convenable.

 

VII - Thérapeutique :

La thérapeutique est dirigée contre les maladies infectieuses peut-être étiologique, pathogénique ou physiologique.

Étiologique, elle se propose d'agir sur le microbe envahisseur, supposé être la cause du mal, de le détruire ou tout au moins d'arrêter son évolution. Elle pourra être étiologique directe (allopathie) ou étiologique indirect (Homéopathie, Isopathie).

Pathogénique, elle s'efforce de neutraliser les procédés par lesquels l'agent morbifique trouble l'organisme (allopathie).

Physiologique, elle s'inspire des réactions de l'organisme pour favoriser la lutte qu'il doit soutenir. (Naturisme, homéopathie).

Médication étiologique

La médication étiologique semble au premier abord la plus rationnelle.

Aussi, dans la méthode traditionnelle, a-t-on cherché des substances capables de tuer les microbes sans nuire à l'organisme. Ainsi naquit la méthode antiseptique. Peu à peu elle perdit de son importance et céda le pas à l'asepsie.

Eberth fait remarquer que les parasites ne peuvent être détruits que par les corps ayant avec eux certaines affinités, c'est-à-dire par des substances qui sont capables de fixer et que, pour cette raison, on désigne sous le nom de «substance parasitotropes » mais toutes les substances sont «organotropes», c'est-à-dire qu'elles ont des affinités pour les cellules de l'organisme. Il faut découvrir des médicaments réunissant en de certaines proportions les deux affinités. C'est d'après ces principes qu'Ehrlich est arrivé à proposer plusieurs composés arsenicaux, le tripantoth, le 606 ou salvarsan et 914 ou néosalvarsan dont nous ne voulons ici ni discuter la valeur ni les résultats proches ou éloignés.

Il paraît évident que la suppression de la cause doit avoir pour conséquence la disparition de tous les accidents consécutifs. C'est l'application du vieil adage déjà cité : sublata causa, tollitur effectus. Cependant il n'en est pas toujours ainsi. Dans un certain nombre de cas où l'organisme a été imprégné de substances toxiques, on aura beau détruire les microbes, les accidents n'en continueront pas moins.

« Le docteur Dejust prétend, dit le docteur Duprat (l'homéopathie et sa critique, 1924) que les médecins homéopathes estiment que « nous ne savons rien de l'étiologie des maladies ». Opinion excessive et erronée si elle concerne les médecins homéopathes contemporains. Certes, autant de Hahnemann, cette ignorance de la cause morbide externe, pour ce qui regarde notamment les maladies infectieuses, était le fait de tout le corps médical, et sur celui-ci Hahnemann témoigna sans doute d'une certaine avance puisqu'il parlait de miasmes et entendait par ce mot qualifier une cause extérieure infectante : clair pressentiment de l'agent microbien. Bien plus, il tenta de préciser l'étiologie des maladies chroniques, en créant, à côté des affections syphilitiques, les deux groupes des maladies psoriques (virus galeux) et des maladies sycotiques (virus gonorrhéique). Quelles que soient les parts de vérité et d'erreur de ses conceptions, il y eut là un effort de découverte étiologique qui dépassait les conclusions de la pathologie de son temps. »

« Cependant il est vrai que, si les médecins homéopathes admettent la réalité de l'étiologie microbienne des maladies infectieuses, il ne la considère pas comme absolue et totale. Ils pensent et disent avec raison que, dans le plus grand nombre des cas, à moins d'une virulence particulièrement violente, le microbe n'agit pas sans le consentement de l'organisme et que ce consentement est déjà une défaillance du terrain. »

« Nous, homéopathes, dans notre acte thérapeutique, nous ne nous occupons pas de lutter directement contre la cause infectieuse, c'est-à-dire de tâcher de détruire le microbe dans le corps du malade. Abstention pleine de sagesse ! Dans les maladies infectieuses, faire de l'antisepsie interne avec des doses faibles de la substance microbicide est à un leurre, et si l'on emploie des doses suffisantes, celle-ci devient aussi offensive pour le malade que pour le microbe. Ainsi, cette médecine antiseptique à haute dose se réalise sous la forme ultramoderne de l'injection intraveineuse, médication incendiaire qui, faisant franchir au poison antiseptique des lignes de défense périphérique, l'introduit d'emblée au coeur de la citadelle et ne compte plus ses méfaits. »

Cette thérapeutique étiologique directe, admissible seulement dans son emploi externe mais prudent, sur une plaie par exemple, fut le rêve stérile et décevant qui accompagna les excès de la période d'engouement microbiologique que je signalais tout à l'heure. Le médicament homéopathique cependant agit intensément sur la cause morbide, mais par un procédé détourné, que j'ai appelé thérapeutique étiologique indirecte. Rationnelle, sûre et toujours respectueuse de l'organisme malade, elle incite et soutient celui-ci, dans l'exercice de sa faculté naturelle de défense, faculté dont la mise en action déclenche tout un mécanisme d'une harmonieuse complexité et d'une puissante énergie. La cause morbide est elle-même (Isopathie), où l'analogue de cette cause (Homéopathie) l'une et l'autre atténuées, sont précisément le meilleur stimulant de cette propriété de défense naturelle, appelée depuis les temps les plus anciens « Natura médicatrix ».

La médication pathogénique

Elle est donc essentiellement une médication antitoxique. Elle peut être spécifique ou non spécifique. Dans le premier cas, elle fournit un antidote contre le poison d'un microbe déterminé (allopathie), dans le second elle indique des procédés généraux pour diminuer l'accumulation des substances toxiques (l'homéopathie, naturisme).

La médication physiologique

Elle prend ses inspirations dans l'observation des troubles présentés par le malade. Elle se propose tantôt de les exagérer (médication naturiste, homéopathie), tantôt de les réfréner et de les combattre (médication allopathique, anti-naturiste) ; ces deux modes de médication ont été et sont fréquemment utilisés dans le traitement des manifestations inflammatoires par la médecine officielle.

La bactériothérapie

C'est une méthode de thérapeutique physiologique qui se propose de combattre l'infection par l'infection, c'est-à-dire d'introduire dans un organisme malade des agents vivants, virulents ou atténués, où des toxines microbiennes, c'est une méthode directe homéopathique ou plus exactement Isopathique.

On peut diviser les méthodes de bactériothérapies en deux groupes, suivant qu'on utilise les cultures et les produits de l'agent causal de la maladie (homo bactériothérapie) ou qu'on emploie les cultures et les produits d'une bactérie différente (hétéro bactériothérapie).

La première tentative d'homo-bactériothérapie d'après Roger, est celle de Koch, qui prétendit guérir la tuberculose par des injections de tuberculine, c'est-à-dire d'une macération de bacille tuberculeux... Et pourtant quelle inconcevable méconnaissance des vérités médicales historiques puisque 200 ans avant Koch un médecin anglais Robert Fludd écrivait : « ce Sputum rejectum a pulmonica, post debitam praeparationem curat phtisis ! ». C'est faire un acte de justice historique que de reconnaître aux homéopathes la priorité de l'emploi de cette méthode.

Les meilleurs résultats sont obtenus en se servant du microbe prélevé sur le malade que l'on veut traiter (auto-bactériothérapie, auto vaccin). (Méthode employée par l'homéopathe docteur Boger de Chicago et feu le Dr L. Cardoso président de l'institut homéopathique du Brésil).

Dans tous les cas, l'injection de ces produits microbiens a pour effet de provoquer des réactions organiques et de contribuer à la formation d'anticorps défensif, d'où le nom d'antigénothérapie données parfois à la méthode.

Nous n'insisterons pas sur les nombreuses applications de la sérothérapie. Malheureusement elle n'est pas dépourvue d'inconvénient. L'injection des sérums étrangers peut provoquer des accidents, les plus souvent le légers et transitoires, parfois sérieux et même graves. Une première injection crée un état d'anaphylaxie qui explique les manifestations morbides si fréquentes après une injection nouvelle.

Besredka a étudié les moyens de rompre l'État anaphylactique. Il y est parvenu par plusieurs procédés ; en soumettant les animaux à l'action des narcotiques, alcool ou éther ; en faisant faire avant l'injection thérapeutique une injection préalable d'une dose minime de sérum. Ce dernier procédé, fréquemment employée en médecine moderne, a donné jusqu'à présent de très bons résultats.

 

Exposé des méthodes homoeothérapeutiques de différents auteurs

Rademaker avait trouvé qu'un certain nombre de remèdes guérissaient toujours les mêmes affections épidémiques.

Il se demande comme Paracelse si l'efficacité du remède n'est pas indiquée dans une épidémie donnée d'après l'état du ciel. Pourquoi un remède qui dans une épidémie donnée guérit parfaitement bien, six mois plus tard ne fait rien dans un ensemble symptomatique identique, alors qu'un tout autre remède a tout à coup la possibilité de guérir parfaitement ?

Kissel, le disciple de Rademaker parle d'une épidémie en 1848 donnant des symptômes essentiellement hépatiques, qui au printemps fut guéri par Nux vomica. Puis l'épidémie disparue pour reparaître à la fin de l'été vers août septembre. À ce moment-là Nux ne fit rien et l'épidémie fut guérie par Carduus marianus. En septembre ce fut Crocus le remède, puis ensuite ce remède ne fit plus rien et ce fut Chelidonium qui devint la panacée.

Il est assez curieux que les homéopathes qui choisissent leurs remèdes en se basant sur la loi des semblables, donc d'après une méthode tout à fait différente de celle de Rademaker, tombe très fréquemment sur les mêmes remèdes épidémiques que ceux de son école.

Les écoles de Rademaker et d'Hahnemann se complètent l'une de l'autre : ne jamais traiter les formes anatomopathologiques, les résultats de maladie. Chacun de ses auteurs s'oppose à prendre ces éléments comme base de leurs prescriptions.

Chacun d'eux maintient que l'essence propre de la maladie, c'est-à-dire la cause vraiment originelle produisant une action réciproque entre les causes morbides et l'organisme, n'est pas perceptible ; et ils considèrent tous deux la cause des maladies comme précédant les résultats pathologiques.

Si nous ne pouvons enlever à Rademaker et ses disciples le mérite d'avoir attiré l'attention sur l'emploi des remèdes épidémiques, l'honneur néanmoins de la découverte de remèdes basés sur une matière médicale physiologique, remède pour lutter contre les maladies et contre les épidémies, revient à Hahnemann et ses disciples.

Docteur Stauffer : il est très facile pour les homéopathes de trouver le remède approprié temporairement épidémique ; pour cela il suffit de s'en tenir à nos pathogénésies et à notre loi : similia similibus curantur.

Il faut d'abord chercher l'image épidémique collective. Et ce n'est qu'un très grand nombre de personnes affectées au même moment par une épidémie qui peuvent fournir les matériaux voulus pour l'obtention de cette « image épidémique collective ».

La méthode homéopathique a le grand avantage d'avoir un moyen de trouver d'après la loi des semblables, le remède épidémique, cela sur un terrain expérimental.

Pour établir le remède épidémique, l'examen d'un seul malade atteint ne suffit pas, il est nécessaire de voir plusieurs malades atteints de la même affection, et alors le ou les remèdes épidémiques peuvent être déterminés.

Le remède homéopathique ainsi trouvé agi comme remède constitutionnel ou fonctionnel.

Le Docteur Stauffer cite une épidémie de grippe de l'été 1904, se présentant avec des troubles cardiaques avec tendance aux hémorragies dans différents organes, diarrhées, rhumatismes et fièvres nocturnes, or c'était au cours d'une période très pluvieuse et Ferrum guérit rapidement tous les malades atteints.

On aurait pu trouver le même remède en se basant sur les théories de Grauvogl, car le groupe Ferrum est précisément indiqué par le temps pluvieux chargé d'ozone dont souffrent surtout les constitutions hydrogénoïdes et oxygénoïdes, alors que le manque d'ozone touche les constitutions carbonitrogènes et conduit à choisir le remède dans le groupe du cuivre.

Pour bien reconnaître les constitutions épidémiques, les observations météorologiques sont indispensables.

 

Les remèdes que Von Grauvogl recommande dans les constitutions hydrogénoïdes sont :

Alumina, Ammonium carbonicum, Antimonium, Apis, Aranea diadema, Arnica, Arsenicum, Borax, Bromium, Calcarea, Chlorum, Conium, Iodium, Ipeca, Magnesia carbonica, Magnesia phosphorica, Natrum aceticum, Natrum carbonicum, Natrum muriaticum, Natrum nitricum, Natrum sulphuricum, Nitric acidum, Nux vomica, Pulsatilla, Silicea, Spigelia, Thuja.

 

Constitutions Carbo nitrogènes :

Argentum, Aurum, Bovista, Camphora, Chamomilla, Cuprum, Digitalis, Dulcamara, Hepar, Hyosciamus, Lobelia, Lycopodium, Mercurius, Nux vomica, Opium, Ozone, Phosphorus, Platina, Plumbum, Rhus toxicodendron, Sulphur, Sulphuric acidum, Terebenthina.

 

Constitutions oxygénoïdes

Aconitum, Arsenicum, Benzoic acidum, China, Chininum sulphuricum, Chromum, Citricum acidum, Ferrum, Graphites, Hydrocyanic acidum, Kalium bichromicum, Kalium iodatum, Kreosotum, Laurocerasus, Nitric acidum, Petroleum.

 

« Il y a de sortes de temps pluvieux : l'un est caractérisé par la présence de grandes quantités d'ozone. À la suite de cet état atmosphérique, le sommet des montagnes et les forêts sont découverts et toute la nature environnante paraît rapprochée. Le médecin praticien qui sait observer et interpréter la nature voit là une indication du groupe Ferrum. Au contraire dans l'autre cas après la pluie les montagnes se couvrent de nuages, c'est un signe certain que ce n'est pas le fer, mais la série Cuprum et ses analogues qui agira. L'électricité des nuages est toujours électropositive alors que l'ozone est toujours électronégatif. »

L'administration du remède épidémique exact agit comme prophylactique, coupe les affections au début, guérit celles plus avancées et évite les troubles chroniques et les séquelles.

L'obtention du bon remède en cas d'épidémie demande une longue expérience, car il faut toujours comparer la totalité des symptômes de l'épidémie avec la pathogénésie homéopathique pour trouver la correspondance exacte.

Le chemin qui conduit à cette connaissance est long et difficile et pourtant il doit être suivi par tous les homéopathes.

« La méthode biologique de Schüssler avec ses 12 remèdes organiques de simplifier le problème de la recherche. On peut aussi trouver le remède en étudiant le cas au point de vue fonctionnel et nutritif ou d'après le remède s'adaptant spécifiquement à certains organes. On peut aussi se baser sur les nosodes, mais là encore il faut avoir de l'expérience pour le dosage. »

Tout praticien doit connaître la question de la constitution dans les affections chroniques comme dans les aiguës s'il veut obtenir une guérison durable de ses malades.

Il faut d'abord envisager la constitution du malade, la base de la maladie d'après sa disposition morbide individuelle. On s'occupe ensuite des causes morbides surtout dans les cas aigus en recherchant les symptômes subjectifs et les symptômes objectifs, sans négliger le caractère et le tempérament.

Il est indispensable de faire un examen physique très complet des malades.

Enfin des recherches chimiques et microscopiques des sécrétions et les excrétions peuvent être utiles : ainsi que des examens physiques : pression du sang, ponction exploratrice, examen du sang, radioscopie, etc....

On obtiendra ainsi une image complète et vraie de la maladie physique. Tout art thérapeutique ne peut reposer que sur une connaissance complète est juste.

Le choix entre les remèdes constitutionnels actifs n'est pas si difficile, car leur nombre dans une série d'états constitutionnels donnés n'est pas très grand.

On trouvera vite aussi le remède fonctionnel des organes ainsi que les remèdes de nutrition. Pour le dosage, l'expérience seule peut guider, soit la sienne propre, si elle est suffisante, soit celle de vieux praticien.

Fréquemment quand nous ne pourrons établir aucun diagnostic scientifique et même que peu de symptômes objectifs existent, nous serons capables de donner un remède homéopathique qui agira quelquefois de façon étonnante et donnera un résultat saisissant, souvent même meilleur que quand un diagnostic positif exact aura été posé ! Quoique paradoxal au premier abord, ce fait a été souvent observé. Les homéopathes célèbres ont de tout temps, en se basant sur la Matière Médicale pure, établi des diagnostics médicamenteux, et ont eu des guérisons remarquables et retentissantes.

 

Bonninghausen, dans les aphorismes Hippocrate page 169, dit : « Dans l'année humide de 1860, presque tous les cas de maladie aiguë ou chronique bénéficiaient de Lachesis et Apis. Comment trouver le remède épidémique : par la loi des semblables appliquées non à un patient, mais à plusieurs, car en ne prenant qu'un malade nous n'aurons qu'une partie des symptômes et non la totalité ».

Il parle d'une épidémie de coqueluche guérit par Gelsemium d'une façon étonnante. Ce n'était pas la toux qui l'avait décidé dans son choix, mais les autres symptômes en général.

L'importance du génie épidémique n'a pas échappé à la sagacité de son observation. Cela est prouvé par Regidi qui rapporte les faits suivants dans le 72e volume de l'A. H. Z.

Lors d'une visite qu'il fit à Hahnemann à Coethen, en mars 1831, le maître nous fit cette observation :

« Vous aurez à traiter un certain nombre de cas de fièvre intermittente dans les vallées du Rhin. Observez si là-bas Natrum muriaticum ne correspond pas à la constitution épidémique, et faites le moi savoir. Nous devons considérer le génie épidémique qui n'est en général qu'une efflorescence de l'un des trois miasmes chroniques ».

Et Regidi trouva qu'il avait raison ; pourtant dans un cas les paroxysmes revinrent malgré l'administration de Natrum muriaticum qui avait pourtant produit un soulagement. Hahnemann consulté, conseilla Carbo vegetabilis 30 parce que ce remède avait parfaitement correspondu à la constitution épidémique de l'année précédente, et la rechute du malade dans ce cas pouvait être considérée simplement comme une suite de l'épidémie antérieure. Ce remède guérit immédiatement.

Dans un autre cas, le paroxysme intermittent avait lieu tous les huit jours et duraient depuis deux ans et demi avec gonflement de la rate et du foie et oedème des extrémités. Hahnemann recommanda Cantharis 30, car deux ans et demi auparavant ce remède avait été précisément remarquablement efficace dans une épidémie régnante dans cette région et aussi parce que Cantharis a ce caractère de paroxysmes hebdomadaires.

Le Dr Stüler, de Berlin, colligea de semblables observations sur l'effet de Sepia et de Spigelia comme remèdes épidémiques, et tout cela fut fait 10 ans avant que les « connaissances thérapeutiques » de Rademaker ne fussent publiées.

 

Hahnemann (Organon, paragraphe 81),

« Les maladies épidémiques, dit-il, qui probablement se propage par un miasme spécifique dans chaque épidémie, reçoivent des noms de l'école médicale régnante, comme si elles étaient des maladies stables, déjà connues, et se répétant toujours sous la même force. C'est ainsi qu'on parle d'une fièvre des hôpitaux, d'une fièvre des prisons, d'une fièvre des camps, d'une fièvre putride, d'une fièvre bilieuse, d'une fièvre nerveuse, d'une fièvre muqueuse, quoique chaque épidémie de ses fièvres erratiques se montre sous la forme d'une maladie nouvelle, n'ayant encore jamais existé, et variant beaucoup, tant dans son cours que dans ses symptômes les plus marquants et dans toute la manière dont elle se comporte. Chacune d'elles diffère à tel point de toutes les épidémies antérieures, qui n'en portent pas moins le même nom, qu'il faudrait vouloir heurter de front les principes de la logique pour imposer à des maladies si diverses un des noms qui ont été introduits dans la pathologie, et régler ensuite sa conduite médicale d'après le nom dont on aurait ainsi abusé. Sydenham est le seul qui ait compris cette vérité. (Opp. Cap.2, de Morb. Epid., p. 43), car il existe sur ce point qu'on ne doit jamais croire à l'identité d'une maladie épidémique avec une autre qui s'est déjà manifestée et la traiter en conséquence de ce rapprochement, parce que les épidémies qui ont éclaté en des temps divers, ont toutes été différentes les unes des autres :

 

« Animum admiratione percellit, quam discolor et sui plane dissimilis morborum epidemicorum. .ut aera lupinis. »

 

« Il est clair, d'après tout cela, que ces inutiles noms de maladie, dont on abuse tant, ne doit avoir aucune influence sur le plan du traitement adopté par un vrai médecin, qui sait qu'il ne doit pas juger et traiter des maladies d'après la ressemblance nominale d'un symptôme isolé, mais d'après l'ensemble de tous les signes de l'État individuel de chaque malade, donc son devoir est de rechercher scrupuleusement les maux, et non de les présumer à la faveur d'hypothèse gratuite.

« Cependant, si l'on croit avoir quelquefois besoin de maladie pour se rendre intelligible en peu de mots au vulgaire, quand on parle d'un malade en particulier, qu'au moins on ne se serve que de mots collectifs. Il faut dire par exemple, le malade à une espèce de chorée, une espèce d'hydropisie, une espèce de fièvre nerveuse, une espèce de fièvre intermittente. Mais on ne doit jamais dire : il a la chorée, l'hydropisie, la fièvre nerveuse, etc..., parce qu'il n'existe certainement pas de maladie permanente et toujours semblable à elle-même qui mérite ces dénominations. » Organon, paragraphe 100.

 

« Pour ce qui concerne la recherche de l'ensemble des symptômes des maladies épidémiques et sporadiques, il est fort indifférent que quelque chose de semblable ait déjà existé ou non dans le monde sous tel ou tel nom. La nouveauté ou le caractère de spécialité d'une affection de ce genre n'apporte aucune différence, ni dans la manière de l'étudier, ni dans celle de la traiter.

« En effet, on doit toujours regarder l'image pure de chaque maladie qui domine actuellement comme une chose nouvelle et inconnue, et l'étudier à fond, elle-même, si l'on veut être véritablement médecin, c'est-à-dire ne jamais mettre l'hypothèse à la place de l'observation, et ne jamais regarder un cas donné de maladie comme connue, soit en totalité, soit même seulement en partie, qu'après en avoir approfondi avec soin toutes les manifestations. Cette conduite est d'autant plus nécessaire ici que toute épidémie régnante est, sous beaucoup de rapports, un phénomène d'espèce particulière, qui, lorsqu'on l'examine avec attention, se trouve différer beaucoup des autres épidémies anciennes auquel on avait à tort imposé le même nom. Il faut cependant excepter les épidémies qui proviennent d'un miasme toujours semblable à lui-même, comme la variole, la rougeole, etc... ». Organon, paragraphe 101.

 

« Il peut arriver que le médecin qui traite pour la première fois un homme atteint de maladie épidémique ne trouve pas sur le champ l'image parfaite de l'affection, attendu qu'on arrive à bien connaître la totalité des symptômes et signes de ces maladies collectives qu'après en avoir observé plusieurs cas. Cependant un médecin exercé pourra souvent, dès le premier ou le second malade, s'approcher tellement du véritable état des choses, qu'il en conçoive une image caractéristique, et que déjà même il ait les moyens de déterminer le remède homéopathique auquel on doit recourir pour combattre l'épidémie. » Organon paragraphe 102

 

Si l'on a besoin de mettre par écrit les symptômes observés dans plusieurs cas de cette espèce, le tableau qu'on a tracé de la maladie va toujours en se perfectionnant. Il ne devient ni plus étendu, ni plus verbeux, mais plus graphique, plus caractéristique, et il embrasse davantage les particularités des maladies collectives. D'un côté les symptômes généraux, (par exemple, défaut d'appétit, perte de sommeil, etc...) acquièrent un plus haut degré de précision ; de l'autre les symptômes saillants, spéciaux, rares dans l'épidémie même, et propres d'ailleurs à un petit nombre d'affections seulement se dessinent et forment le caractère de la maladie. Les personnes atteintes de l'épidémie ont toutes, il est vrai, une maladie provenant de la même source, et par conséquent semblable, mais l'étendue tout entière d'une affection de ce genre et la totalité des symptômes, dont la connaissance est nécessaire pour se former une image complète de l'état morbide, et choisir d'après cela le remède homéopathique le plus en harmonie avec cet ensemble d'accidents, ne peuvent être observées chez un seul malade ; il faut, pour arriver jusqu'à elles, les tirer par abstraction du tableau des souffrances de plusieurs malades, doués d'une constitution différente.

 

Puis, d'après le Dr Kent, pour la recherche de la totalité des symptômes dans une épidémie, il est absolument indifférent de savoir si des cas similaires ont déjà existé auparavant, car il faut éviter avant tout d'avoir des préjugés et des idées préconçues en abordant un nouveau malade.

Examiner le patient avec un esprit libre de tout préjugé.

Ne voyez que son cas devant vos yeux.

Ne permettez pas à votre esprit d'être distrait de quoi que ce soit qui ne soit pas ce malade que vous considérez.

Ne pensez à aucun remède en l'examinant jusqu'à ce que vous ayez transcrit ces symptômes sur le papier, alors seulement, après avoir inscrit les symptômes du cas vous pourrez en réfléchissant penser au remède qui couvre le cas, et alors seulement vous pourrez réexaminer votre malade en ayant dans l'esprit des trois ou quatre remèdes que ces symptômes vous auront suggérés.

C'est vraiment l'occasion unique d'appliquer un remède après avoir examiné soigneusement son patient. Recueillez alors tous les symptômes utiles, et commencez votre analyse en les comparant aux symptômes de pathogénésies.

L'analyse de la maladie se fait dans le but de réunir ce qui est rare, particulier, typique dans le cas considéré, car les choses particulières et les caractéristiques trouvent leurs correspondants dans les remèdes.

Toutes les maladies ont des symptômes spéciaux qui les caractérisent d'une façon manifeste et leur permet ainsi d'être comparées aux mêmes symptômes étranges et curieux qui caractérisent les remèdes.

La possibilité et de voir ce qui est étrange, remarquable dans cette implication symptomatologique, n'est pas donné à chacun, et exige une connaissance étendue des maladies, et une connaissance de la matière médicale approfondie, il ne s'agit pas tant ici de posséder à fond son anatomie pathologique, mais d'avoir la connaissance des symptômes ou du langage par lequel la maladie s'exprime par eux.

« En effet, on doit toujours regarder l'image pure de chaque maladie qui domine actuellement comme une chose nouvelle et inconnue, et l'étudier à fond elle-même, si l'on veut être véritablement médecin».

L'habileté du médecin à percevoir ce qui constitue le miasme dépend de nombreux facteurs : s'il est gourd dans sa perception il mélangera des symptômes qui n'ont rien à faire ensemble.

Hahnemann semble avoir possédé une perception vraiment remarquable, car il arrivait d'un coup d'oeil à trouver les symptômes caractéristiques d'un cas, et il était habile parce qu'il était un étudiant très consciencieux et persévérant de la matière médicale, et parce qu'il expérimentait cette matière médicale tous les jours. Il avait examiné très soigneusement chaque remède ; il les voyait, il les sentait, il les réalisait.

« Ne jamais mettre l'hypothèse à la place de l'observation, et ne jamais regarder un cas donné de maladie comme déjà connu ! »

Nous comprenons ici pourquoi il n'y a aucune espèce d'importance pour un médecin d'avoir déjà vu telle maladie ou non. Le véritable homéopathe doit connaître l'art de recueillir les signes et les symptômes et une maladie différente n'est qu'un changement de combinaison de ces symptômes, un changement dans leur forme et leur représentation. Il y a un certain ordre, un certain arrangement dans chaque maladie qui se présente, et c'est précisément la tâche du médecin de découvrir cet ordre, ainsi le véritable médecin homéopathe ne sera jamais pris au dépourvu. (Kent. Lectures of homoeopathy philosophy, chapitre XXVI).

Nous pensons intéressant de citer aussi l'opinion et les conseils de quelques homéopathes ayant eu une grande pratique des épidémies.

Docteur Granier :

« Sous le rapport de la diagnosie et de la thérapeutique, notre école à les mêmes devoirs à remplir envers les épidémies. C'est-à-dire que, comme toujours, la connaissance de la maladie doit être basée sur l'ensemble des symptômes actuels, et que la pharmacolexie doit aussi être basée sur les caractéristiques de l'affection qui s'offre aux médecins. En un mot toute maladie épidémique doit être soumise, comme toutes les maladies, aux dogmes de l'individualisation des cas morbides. Ce n'est pas telle ou telle altération organique, telle ou telle lésion isolée qui doit seule commander la manoeuvre thérapeutique : c'est toujours l'ensemble des symptômes. Le remède une fois trouvé, il est possible qu'ils conviennent à la généralité des cas, il est possible même qu'il s'adapte à certaines maladies compliquées ou aggravées par l'élément épidémique actuel ; il est encore possible que le remède qui a convenu à l'épidémie de l'année dernière, conviennent aussi à l'épidémie de cette année, mais il est aussi possible que tout cela n'arrive pas, que le remède de l'année dernière soit complètement inefficace cette année, et que pendant le temps de l'épidémie actuelle le remède qui guérit la plupart des individus soit nul pour tel ou tel malade en vertu de tel ou tel disposition particulière, telle ou telle complication, etc...

« Voilà pourquoi en définitive, toute épidémie doit toujours être soumise au dogme invariable de l'individualisation ».

Docteur Bonninghausen :

« On fera bien, pour toutes les maladies épidémiques, de former un tableau général de la maladie, en rassemblant tous les symptômes qui apparaissent chez les diverses personnes atteintes de la maladie régnante ».

Dr Marchant :

« Or, quand il s'agit de l'organisme humain où se passent des actes si mystérieux, il faut se résigner à ne pas tout savoir.

« Toutefois, nous n'ignorons pas que dès qu'une cause nocive a touché à la force vitale, il s'y détermine instantanément des phénomènes si prompts et si imprévus que les désaccords se mettent aussitôt dans les activités fonctionnelles, et ce désaccords après une sorte d'incubation, ne tarde pas à se manifester à nouveau par l'apparition successive des symptômes d'une maladie quelconque. Nous n'y pouvons plus rien, le mal est fait, il n'y a plu à le prévenir. Tâchons de le guérir, et, à cet effet, trouvons, si cela se peut, une voie rationnelle.

« Or, comme il est un fait acquis pour tous que la cause première des grandes et petites épidémies est inconnue dans sa nature et dans sa réalité, quoique irrécusable dans ses effets, il faut renoncer à la faire servir à leur traitement ; en d'autres termes, nous devons reconnaître qu'il n'existe aucun moyen de lier utilement les symptômes à la cause dont ils dépendent, et dont on puisse faire une source d'indication, il y a à chercher ailleurs cette vraie source de leur thérapeutique. L'histoire est là pour démontrer qu'il y a, en effet, autre chose à faire.

« Ceux qui ont lu les épidémistes et médité sur leur livre, savent seuls quelques temps précieux on a perdu à cet égard en recherche vaine, en discussions stériles sur la nature et l'essentialité des maladies populaires. On ignore pas qu'au sujet de la peste de Marseille, il s'éleva des discussions qui n'eurent pas de fin. »

Et de nos jours que d'écrit n'a-t-on pas fait sur la fièvre jaune, sur le choléra morbus et sur la grippe et sur l'encéphalite et toujours en vue de déterminer le « quid divinum » cette raison intime et mystérieuse de leur causalité et de leur existence même ! Pendant qu'on s'évertue à trouver une indication thérapeutique dans l'inconnu et dans les hypothèses étiologiques sur lesquels on bâtissait un traitement toujours infécond, le mal poursuivait ses ravages et décimait les populations, en dépit et aussi à cause des médications hasardées et empiriques qu'on mettait en usage, et malgré toutes les mesures de salubrité publique que l'on prenait. Il est évident, encore une fois, que dans l'ignorance absolue où l'on était de la véritable cause des épidémies, il n'y avait pas et il ne pouvait y avoir à songer à asseoir la base d'indication rationnelle d'une thérapeutique efficace.

Les symptômes des maladies à marche rapide, dans leur tumultueuse explosion, doivent fournir seuls cette indication sûre d'un traitement efficace.

Or, l'état aigu, on le sait, est le caractère propre et constant des affections épidémiques, on s'explique naturellement la vivacité, l'incohérence et la turbulence de leurs symptômes, on peut se faire l'idée de la promptitude de leur transmission d'individu à un individu si elles sont essentiellement contagieuses, et de leur transmission à travers l'espace si elles dépendent d'une cause miasmatique. Dans ce pêle-mêle, ou prendre la cause ? À quoi servirait-elle ? Les symptômes seuls doivent être pris en considération sur l'heure, il n'y a que l'application de la loi de similitude qui soit en situation. Avant d'aller plus loin, disons ici que le miasme, pris abstractivement, est multiple et distinct dans ses effets pathogénétiques. Il détermine spécifiquement la rougeole, la scarlatine, la militaire, la variole, la suette militaire, le choléra morbus, la peste, la fièvre jaune, etc... Mais quelles sont les conditions particulières étiologiques qui déterminent la caractéristique de chaque épidémie ? Qui le sait ?

 

Dr Jahr :

Par sa théorie sur le diagnostic des épidémies, l'auteur de l'Organon a montré la voie pour résoudre les problèmes diagnostiques que la science avait dû laisser irrésolu depuis l'existence de la médecine.

Toutes les maladies épidémiques contagieuses et miasmatiques sont des maladies indépendantes, sui generis, ayant une essence à part. Si il ne peut jamais y avoir de spécifiques généraux pour chaque cas d'une lésion organique d'un même nom, il devra y en avoir au contraire de plus ou moins efficace contre les maladies essentielles. En effet, chaque médicament qui, par ses propres symptômes essentiels répondra de la manière la plus exacte aux symptômes essentiels qui constituent le caractère particulier de ces maladies, se montrera nécessairement plus propre que tout autre à guérir le plus grand nombre des cas donnés.

Mais ce qui doit être clair aussi, c'est que ces médicaments plus ou moins spécifiques ne le sont qu'en vertu même de ce rapport de similitude qui existe entre leur caractère pathogénétique et celui du miasme ou les symptômes caractéristiques de la maladie que ce miasme peut engendrer. Celui qui répondra le plus exactement à tout cet ensemble sera le meilleur spécifique.

En outre, comme jamais aucun individu n'est affecté de la totalité des symptômes qu'un miasme donné peut produire, il en résulte que plusieurs malades offrent toujours des tableaux de symptômes plus ou moins différents, la constitution de chacun introduisant dans chaque tableau des symptômes particuliers. On doit concevoir, par conséquent, que le spécifique le plus général même, pourra, dans quelques cas, ne pas répondre aux symptômes indicateurs les plus précis d'un cas donné. Ceci doit même arriver d'autant plus facilement, que les divers médicaments plus ou moins spécifiques contre une maladie essentielle sont moins en état de répondre complètement à tout l'ensemble des symptômes qui en caractérisent l'essence.

Il s'ensuit que la première chose que le praticien doit faire dans le traitement de ces maladies essentielles, c'est de s'enquérir avant tout de tous les symptômes caractéristiques qui constituent l'essence particulière de la maladie en elle-même, étudiée sur le plus grand nombre d'individus possibles et de chercher ensuite les médicaments répondant le mieux et le plus complètement à la totalité de ses symptômes.

C'est parmi ces médicaments que l'on devra chercher de préférence celui qui s'adaptera le mieux à chaque cas donné.

Toutes les fois que l'on trouvera les indications d'un de ces cas tels que le médicament le plus approprié à la maladie en elle-même sera aussi indiqué d'une manière spéciale, l'effet curatif qu'en produira la plus petite dose, même dans les cas les plus violents et les plus graves sera toujours des plus surprenants.

Par là nous voyons donc que, dans les maladies mêmes où l'on trouvera encore le plus souvent des spécifiques généraux, il y en aura ni ne pourra jamais y en avoir qui soient absolus, et que l'individualisation de chaque cas reste toujours une condition sine qua non de la réussite.

 

Séquelles post-épidémiques

Comme transition à ce que nous venons de citer, nous croyons bien faire de placer ici ce passage d'Hahnemann tirés de ses maladies chroniques. Il est utile d'appeler l'attention sur un phénomène remarquable, à savoir : que « les grandes maladies épidémiques, la variole, la rougeole, le pourpre, la fièvre scarlatine, la coqueluche, la dysenterie et autre espèces de typhus, lorsqu'elles atteignent leur terme, un principalement sans avoir été soumises à un traitement homéopathique convenable, laisse l'organisme dans un tel état d'ébranlement et d'excitation que, chez beaucoup de ceux qui viennent d'en être débarrasser, la psore, précédemment latente dans l'intérieur du corps s'éveille tout à coup et se prononce rapidement en exanthème analogue à l'éruption psoriques ou en d'autres affections chroniques, qui, lorsqu'on ne les soumet pas à un traitement psorique rationnel, ne tardent point, l'organisme étant encore épuisé, à acquérir un haut degré d'intensité. En pareil cas, quand le malade succombe, ce qui arrive souvent, le médecin allopathe ordinaire dit qu'il est mort des suites de la coqueluche, des suites de la rougeole, etc... Mais ses suites ne sont autres choses que la psore développée sous forme d'innombrables maladies chroniques, dont jusqu'à ce jour la cause fondamentale a été ignorée, et qui par conséquent, sont demeurées incurables ».

Ce serait sortir du cadre de cette étude que de vouloir développer tout au long la notion des séquelles épidémiques qui, depuis quelques années, sont devenus redoutables. (Parkinsonisme, etc...).

En terminant nous citerons seulement les sages conseils d'Hahnemann au sujet du traitement de ces manifestations morbides et qui empêchaient les épidémies de guérir rapidement et entravaient leur courte évolution.

« Chaque épidémie spéciale à son caractère propre, commun à tous les individus qu'elle attaque, et qui, lorsqu'on l'a reconnu d'après l'ensemble des symptômes communs à tous les malades, indique le remède homéopathique ou spécifique convenable aussi dans la totalité des cas. En effet ce remède guérit presque généralement les malades qui, avant l'épidémie, jouissait d'une santé supportable, c'est-à-dire n'était point atteint d'une affection chronique due au développement de la psore. » (Organon, paragraphe 241)

« Lorsqu'on a reconnu qu'un remède est homéopathique ou spécifique dans une épidémie régnante de fièvre intermittente, qu'on rencontre cependant un malade qui ne guérit pas d'une manière complète, et que ce n'est pas l'influence d'une contrée marécageuse qui s'oppose à la guérison, l'obstacle vient constamment alors d'un miasme psorique occulte, et l'on doit par conséquent mettre les médicaments psoriques en usage jusqu'à ce que la santé soit parfaitement rétablie. » (Organon, paragraphe 240)

« Mais si, dans une épidémie de fièvre intermittente, on a laissé passer les premières accès sans les guérir, ou si les malades ont été affaiblis par de faux traitements allopathiques, alors la psore qui malheureusement existe chez un si grand nombre d'individus, quoiqu'à l'état de sommeil, se développe, revêt ici le type intermittent, et joue en apparence le rôle de fièvre intermittente épidémique, de sorte que le médicament qui aurait été salutaire dans les premiers paroxysmes, qui rarement appartient à la classe des antipsoriques, cesse de convenir, et ne peut plus être d'aucun secours. Dès lors, on n'a plus sous les yeux qu'une fièvre intermittente psorique, dont on triomphe ordinairement avec une très petite dose de soufre ou de fois de soufre donné à une dynamisation élevée qu'on est rarement obligé de répéter. » (Organon paragraphe 242)

 

VIII Hygiène et prophylaxie

Le remède qui guérit le mal est celui qui doit le prévenir.

 

Les maladies infectieuses étant essentiellement des maladies contagieuses, on conçoit que par des mesures sanitaires et des règlements administratifs, on puisse en diminuer la fréquence et en restreindre le nombre.

C'est dans ce but qu'on a édicté des règlements pour empêcher l'importation des épidémies étrangères, qu'on a imposé des quarantaines aux personnes venant des pays contaminés, qu'on a organisé des services de désinfection, qu'on a prescrit le transport des contagieux dans des voitures spéciales, qu'on a décrété la déclaration obligatoire de certaines maladies, qu'on a créé des hôpitaux d'isolement.

Ces mesures sont encore insuffisantes. Il est inadmissible qu'un contagieux ait le droit de se soustraire à l'isolement si bon lui semble, et qu'il puisse sans encourir aucune responsabilité répandre les germes du mal dont il est atteint. Si certaines maladies, telles que la variole, sévissent autour des hôpitaux, c'est parce que les malades quittent les services avant la guérison et vont tranquillement et impunément porter les germes de la maladie dans les boutiques et chez les marchands de vins du voisinage.

On appelle « prophylaxie » d'après Granier, la partie des sciences médicales qui a pour objet d'étouffer certaines maladies dans leur « possible ».

Il ne faut pas confondre, comme le font plusieurs auteurs, la prophylaxie avec l'hygiène : celle-ci emploie des moyens et celle-là des remèdes.

La prophylaxie est encore plus noble que la thérapeutique, car le véritable progrès en médecine ne consiste pas à guérir, mais à prévenir les maladies, à les étouffer dans leurs virtualités.

Guérir, fut la médecine du passé

Prophylactiser doit être la médecine de l'avenir. Cette nouvelle science est basée sur la plus haute philosophie ; c'est pourquoi elle appelle toute l'attention du médecin, dont la mission doit consister avant tout, à étouffer les germes du mal.

Quel doit être le point d'appui du levier prophylactique ?

La plupart des praticiens de notre école ont cru le trouver dans la psore. La psore n'est malheureusement qu'une hypothèse, or, ce n'est pas sur une hypothèse que l'on doit baser une idée d'un ordre aussi élevé. Pour trouver le véritable point d'appui de ce levier, il faut se servir d'un dogme immuable de notre école, ce dogme est aussi sûr que la résultante de plusieurs forces, ce dogme et la synthèse construite après l'analyse des milliers de phénomènes ; ce dogme, c'est l'expérimentation pure. Cette science toute nouvelle et toute de notre école, nous révèle en effet tous les possibles, toutes les virtualités morbides. Étant donné une maladie, ou réelle ou virtuelle, une fois qu'elle est connue ou qu'elle a été déjà connue, il sera bien souvent aussi facile de la prévenir que de la guérir, c'est-à-dire si facile de la neutraliser dans sa virtualité que dans son actualité.

Ici, il n'y a qu'à chercher pour trouver. La prophylaxie est donc toute de notre école. Il est évident que c'est toujours par la voix des semblables que doit s'opérer la neutralisation des virtualités morbides. Tel est le point de vue subjectif. Le point de vue objectif n'est pas moins important. La pratique de la prophylaxie doit être débarrassée de toute idée préconçue, de toute vaine hypothèse. La psore, la syphilis, la sycose, n'ont rien à faire dans cette question, du moins comme théorie absolue.

La pratique de la prophylaxie doit donc le reconnaître comme base fixe, le dogue immuable de l'individualisation. Ce dogme, toujours dans le possible, de l'intellect humain, ne doit souffrir aucune exception.

Les maladies qui forment le domaine de la prophylaxie sont les maladies héréditaires, épidémiques et contagieuses. C'est au Dr Gastier qu'appartient l'heureuse idée de prophylactiser les enfants dès leurs premières années ; c'est à l'idée autrefois du Dr Hartmann, c'est celle aujourd'hui du professeur Calmette qui préconise une prophylaxie antituberculeuse per os chez les nouveau-nés !

Pour avoir du bon vin, il faut soigner la souche. Le Dr Gastier a eu là une idée éminemment philosophique qu'ont développée des Dr Lathoud est d'Espiney est, dans leur travail sur la prophylaxie des épidémies.

 

Règles pratiques pour le traitement et la prophylaxie homéopathique épidémiologique

Le rôle que le médecin homéopathe doit jouer ici est considérable car cette méthode lui permet d'agir lors du développement des épidémies, beaucoup plus vite et plus efficacement que les méthodes ordinaires.

Grâce à sa thérapeutique étiologique indirecte non seulement il pourra arrêter l'évolution des cas envisagés ou diminuer considérablement la gravité des maladies déclarées, mais encore éviter les séquelles et même agir prophylactiquement pour permettre à l'organisme de résister aux épidémies à venir.

En effet il nous faut d'emblée considérer de période :

a) période épidémique.

b) période post épidémique

Dans le premier cas quelle sera la prophylaxie la plus utile pour ceux qui sont en contact avec les malades, soit dans la même région, dans la même ville dans la même habitation ?

Les précautions essentielles seront :

Suivre un régime simple de vie et d'alimentation.

Éviter les fatigues, l'éveil, les excès, l'air confiné, les assemblées aux réunions publiques.

Évitez surtout un facteur primordial de tout envahissement épidémique : la peur, le microbe de la peur comme on l'a souvent dénommé ; c'est un des facteurs prédisposant le plus typique et dont on ne saurait assez souligner l'importance.

Enfin, éviter tout contact direct avec les malades ou à défaut, prendre des soins de propreté immédiatement après les avoir touchés.

Au point de vue thérapeutique il faut envisager de possibilité :

I.- Le génie épidémique est faible, c'est-à-dire que les cas sont bénins, de courte durée, ne présentant aucune gravité.

Un petit nombre seulement d'individus sont touchés (comme dans les grippes saisonnières durant deux ou trois jours).

Dans ce cas, le terrain, le climat, les conditions régionales, locales et même individuelles influent d'une façon manifeste sur le génie épidémique. L'épidémie pâlit en quelque sorte devant les caractéristiques individuelles qui elles, trahissent malgré tout le remède à choisir.

C'est ainsi que Sepia était le remède grippal au Wurtemberg et guérissait presque tous les maux. À Genève, c'était Bryonia qui remportait la palme pour une même série grippale, alors qu'à Lausanne, toujours à la même époque s'était Rhus radicans et à Washington Kalium bichromicum !

 

II.- Le génie épidémique est fort, c'est-à-dire qu'il présente une allure d'emblée maligne, les convalescences sont longues à établir ; la majorité des cas sont graves, les mortalités rapides. Un très grand nombre d'individus sont touchés, une région, un pays tout entier (telle la pandémie de grippe de 1918) durant quelques semaines voire même plus longtemps.

Dans ce cas, au contraire, la violence manifeste du génie épidémique, son acuité, sa brusquerie, son apparition tumultueuse, je dirais même sauvage, révolutionnaire ne permettent plus aux variations climatériques locales de se manifester. Elles semblent comme subjuguées momentanément, éteintes, anéanties. Les symptômes qui priment et qui deviennent caractéristiques sont ceux de ce génie malfaisant :

Le Génie d'abord, l'individu ensuite.

C'est pourquoi la tâche du médecin homéopathe consiste après avoir vu quelques cas, une dizaine au moins, à se retirer dans son cabinet pour étudier une heure, deux heures, 10 heures ou davantage s'il le faut, le groupe des remèdes épidémiques qui va sauver une population. Aucune sollicitation de la part de malades le réclamant ne doit alors l'atteindre et le déranger pendant ce travail essentiel est presque sacré, et malgré son désir d'aider l'île doit lui-même comprendre que sa première tâche est d'étudier calmement dans la solitude de son cabinet, les remèdes de curateurs, puisque du résultat de cette étude dépend la vie de centaines et de milliers d'individus.

Le médecin réunit donc au moins une dizaine de cas des premières personnes affectées par l'épidémie envahissante ; il choisira s'il est possible des individus présentant des atteintes des localisations les plus diverses possibles, car chaque malade représente vis-à-vis du génie épidémique comme un organe touché. Et de même qu'en cherchant le remède du malade, nous examinons la totalité des symptômes de tous ses organes, de même dans une épidémie marquée nous devons établir la totalité des symptômes produits sur des organismes différents, puisque chacun est affecté essentiellement au « locus minoris resistentiae ».

 

Ce n'est donc pas l'individualisation du malade qu'il faut chercher en premier lieu, mais l'individualisation du génie épidémique lui-même.

 

Après avoir transcrit sur le papier tous les symptômes obtenus chez ces dix malades, dont l'un aura présenté une localisation plutôt pulmonaire, un autre plutôt digestif, un troisième une localisation cérébrale, etc..., il faut chercher au répertoire des remèdes répondant à ces symptômes.

En nous basant sur les règles hahnemanniennes de considérer surtout les phénomènes rares, particuliers, frappants et caractéristiques, nous réunirons un groupe de 3,6 ou 12 remèdes répondant à ces indications, et c'est alors que nous pourrons, au lit du malade, individualiser et chercher parmi ce groupe médicamenteux, le remède qui correspond le mieux aux malades considérés.

Il n'existe donc pas de panacée ni de remède unique, routinièrement indiqué dans chaque épidémie, mais un groupe de remèdes parmi lesquels il faudra choisir le simillimum pour chaque cas considéré ; ce groupe de remèdes épidémiques du moment, établi d'après les règles homéopathiques permettra de juguler rapidement les cas envisagés.

Dès que l'épidémie tombe en décroissance et qu'elle faiblit, les caractéristiques locales, régionales, réapparaissent, et nous retombons dans la première catégorie citée plus haut.

C'est de suite après l'épidémie et pendant la convalescence qu'apparaissent les séquelles c'est-à-dire les tares psoriques qui obligeront le médecin a prescrire le remède constitutionnel puisque c'est alors le moment favorable pour cette prescription.

Le médecin hygiéniste et allopathe lutte contre les épidémies par des moyens généraux, est armé d'un microscope cherche essentiellement le microbe ; l'homéopathe doublé d'un hygiéniste emploiera les mêmes mesures générales de protection et d'isolement, mais visera immédiatement à établir la thérapeutique active basée sur l'immuable loi : similia, similibus, curentur.

 

Période post épidémique

Comment éviter et prévenir en quelque sorte une épidémie : la résolution de ce problème est une des plus belles conquêtes de l'homéopathie. Elle consiste à libérer les malades de leurs tares héréditaires directes ou indirectes et de leurs tares acquises. Pour cela il est d'abord indispensable de faire un redressement et une réglementation scrupuleuse de l'hygiène, du programme de la vie journalière, de l'alimentation, de l'usage modéré et moral des cinq sens. Il importe également bien souvent d'assurer la direction mentale et morale des malades.

Pour agir sur leurs tares ancestrales, leur administrer les remèdes constitutionnels basés sur leurs états actuels et sur leur symptômes héréditaires : voilà la vraie prophylaxie.

Il est un fait observé par tous les homéopathes qui s'occupent de traitement constitutionnel et de traitement chronique, que les malades ou les individus qui ont été soignés selon les règles de l'homéopathie pure, pendant un temps suffisant ou échappent aux épidémies, ou n'en souffrent que d'une part façon superficielle et s'en débarrassent très promptement. C'est un fait curieux de remarquer lors d'une épidémie déclarée que le médecin homéopathe est appelé essentiellement par de nouveaux malades ou des malades qu'il vient d'entreprendre, et que ceux qu'il a traité pour l'état général pendant quelques mois ne sont pas sujets aux épidémies régnantes ou n'en subissent que des atteintes légères. Ce ne sont donc pas seulement les quelques remèdes homéopathiques administrés qui améliorent la race, empêche le génie épidémique d'avoir sa prise et de faire des proies faciles ; mais c'est leur combinaison avec une vie correcte, droite, hygiénique, naturelle et normale, qui amène le résultat souhaité. Dans ces conditions seulement, le médicament employé se charge d'agir sur le déficit du passé pour en annuler la tendance progressive et empêche l'épidémie d'être meurtrière, si elle est déjà installée ou en arrête le développement dans le cas contraire. Car nous avons le droit de nous demander : est-ce l'épidémie qui vient à nous, ou nous qui l'attirons ? Les philosophes de tout temps pensent comme les médecins spiritualistes que c'est nous qui attirons les grands fléaux épidémiques par l'inobservation et la violation des lois naturelles et que notre premier devoir est de nous réformer nous-mêmes.

 

En résumé nous dirons qu'en temps d'épidémie les moyens prophylactiques consistent à observer rigoureusement les lois de la vie saine combinées aux remèdes épidémiques du moment et en dehors des périodes épidémiques la prophylaxie consiste à observer ces mêmes lois, mais à prendre un médicament qui s'adresse à notre passé héréditaire et aux tendances acquises et n'auront pu être réglementé et guéri par l'hygiène rationnelle seule.

 

IX - Conclusions :

La vraie santé est une chose qui se gagnait et se mérite. Carton

Stauffer recommande à ceux qui sont novices en homéopathie de travailler avec zèle la casuistique, dans les publications parues.

C'est par des études de ce genre que l'on apprend le mieux à connaître la manière dont on examine le malade en homéopathie à évaluer les différents symptômes morbides et les principes d'après lesquelles les médicaments et leurs doses doivent être choisis.

Il est dit que, dans la règle, on ne publie dans la casuistique que les cas heureux et favorables, mais ils sont malgré tout très instructif.

Nous ne voulons pas dissimuler que nous avons aussi beaucoup d'échecs à enregistrer dans notre thérapeutique homéopathique, mais ceux-ci sont encore souvent plus riches en enseignements que les cas heureux.

C'est pourquoi la modestie et la tolérance sont les vertus que tout médecin devrait posséder.

Rappelons ici ce que disait le jeune Paracelse au sujet du vieux et célèbre savant Léonicenus à l'occasion de son départ de l'université de Ferrara : « Il me recommanda de ne pas devenir aussi orgueilleux que lui ! »

« Les maladies, dit Carton, sont des moyens de perfectionnement et des agents de nettoyage pour l'individu en même temps que pour l'espèce.

« La réelle signification scientifique des maladies et donc la suivante :

« Elles apparaissent comme des conditions de vie normale, comme les sanctions de violation des lois naturelles physiques et mentales. Elles sont donc éducatrices et purificatrices et elles interviennent justement parce qu'elles sont une des conséquences de la liberté d'action possédée par chacun de nous.

« En effet, elles servent à l'éducation de l'homme, au même titre que toutes les sensations douloureuses, en lui imposant l'éloignement des écarts de conduite par les sensations de bien-être physique et de réconfort mental que leur suppression provoque et que leurs états de santé entretien. Au point de vue individuel, en forçant l'être à rechercher, à découvrir et à pratiquer des conditions de vie plus saine !

« Sans la sanction de la maladie, en effet, qui apprend et oblige à vivre plus sainement, qui délivre l'individu de ces poisons accumulés, jamais l'homme n'aurait pris contact avec les inconvénients que comporte la désobéissance aux lois naturelles.

« Jamais par conséquent, il n'aurait pu découvrir le contenu et le sens de ces lois, choisir de son plein gré le bien et la vérité, et par suite, mérité son élévation et son bonheur. Les sages et les religieux ont donc parfaitement raison de magnifier le rôle, purificateur, éducateurs et élévateurs de la souffrance, et les médecins philosophes ont également raison d'ajouter que la vraie santé est une chose qui se gagne et se mérite.

« Les épidémies se déclarent en tant qu'échéance et sanctions des désobéissances collectives aux lois naturelles de vérité, de bonté, d'unité, d'abnégation, de travail, de sobriété, de discipline de soi-même qui sont les conditions fondamentales du progrès, de la santé, du bonheur des races humaines.

« Quand ces principes fondamentaux sont violés de longue date, se déclare d'abord une maladie générale collective. C'est cet état de dégénérescence physique et mentale qui amoindrit la vitalité et la moralité, et qui abat les forces de résistance d'une nation. Alors elle devient apte à contracter des maladies cataloguées qui se nomment guerres civiles ou étrangères, révolution et grandes épidémies.

« Ces fléaux obligent à suspendre les habitudes malsaines, a retrouvé des notions plus justes, à appliquer plus strictement les devoirs essentiels (esprit de vérité, d'unité, de discipline, de charité, et d'altruisme).

« En un mot la bonne santé individuelle et sociale ne peut s'acquérir que par la volonté toujours plus forte d'obéir aux lois naturelles et divines, c'est-à-dire de penser justement et de bien agir en toute chose. »

GLOBE DE L'HOMEOPATHIE
BOUTON POUR TOUS BOUTON PROS BOUTON BLOGS BOUTON INTERNATIONAL BOUTON CLASSIQUES
 
HOMEOPATHIE COPYLEFT