LE GÉNIE ÉPIDÉMIQUE
SA NATURE - SA THÉRAPEUTIQUE
Par le Docteur Pierre SCHMIDT |
SOCIÉTÉ RHODANIENNE D'homéopathie
Séance du 29 mai 1927
à Genève
Le Propagateur de l'homéopathie n°8, 15 octobre 1927, p. 292 |
Cette revue
générale très complète et qui «épuise la question», ainsi que le dira
très justement une fois sa lecture terminée, le Dr BAYLE à son auteur,
le Dr Pierre SCHMIDT, est malheureusement beaucoup trop longue pour être
publiée intégralement. C'est une étude complète de la question
épidémiologique dont voici seulement un résumé, car ce travail comporte
une place trop étendue pour pouvoir être comprise dans le cadre de notre
Revue. (Ceux de nos lecteurs que cette question intéresse peuvent
s'adresser directement à son auteur, le Dr Pierre SCHMIDT, 10, rue
Saint-Victor, à Genève (Suisse).)
Nous nous sommes
donc bornés à écrire les titres des chapitres et leurs subdivisions qui
ont servi de plan à l'auteur, nous contentant de citer en entier les
principaux passages, intéressant le plus directement nos idées
hahnemanniennes.
I - Introduction.
Il - Historique.
III - Définition
et notions générales
Causes fournissant
l'infection: causes prédisposantes;
- saisonnières &
climatériques, taches solaires, influences cosmiques & astrologiques;
- géographiques;
- hygiéniques, sociales, alimentaires;
- sociales et familiales ; sexe ;
- externes: traumatisme, froid, chaleur, etc
- chimiques et médicamenteux.
IV - Les agents
infectieux :
Historique ;
Les microbes, leurs classifications ;
Les toxines ;
Auto-infection ;
Classification des microbes et des infections ;
Origine et répartition des agents infectieux.
V - Nature, caractères et évolution des épidémies.
Il convient de
citer ici les opinions de quelques auteurs que le Dr SCHMIDT rapporte et
dont la lecture est pleine d'intérêt pour nous :
Rademaker
La notion générale
de «Constitutio épidémica morborum» est divisée par Rademaker en deux
catégories :
1° Le morbus
stationarius
2° Le morbus
intercurrens :
C'est ce dernier
cas qui est connu surtout sous le nom d'épidémie. Le fait que ces
conditions morbides et manifestations affectent à certaines saisons un
certain groupe de personnes et qu'elles sont toutes guéries par un ou
plusieurs remèdes, dénote leur cause commune.
Rademaker se
basant sur ses expériences et sur ses observations, avait trouvé une
explication des maladies épidémiques qui, d'après lui, étaient dues à
des modifications du milieu sanguin :
1° par manque de
salpêtre
2° par manque de
fer ;
3° par manque de
cuivre.
Il obtînt par une
médication appropriée basée sur cette opinion des résultats étonnants.
V. Grauvogl
Dans le même ordre
d'idées V. Grauvogl établit ses trois types constitutionnels bien connus
: épidémies attaquant soit une première fois :
La constitution
lymphatique (hydrogénoïde) ;
Une autre fois la
lythaemique (carbonitrogène) ;
Une autre fois
enfin la dyscrasique (oxygénoïde) ;
Et le remède
épidémique de l'une de ces 3 classes devra être déterminé en tenant
compte
De la
susceptibilité, du terrain individuel,
De la disposition
momentanée,
De l'ambiance et
des conditions environnantes.
Par un temps
humide et froid, un certain groupe d'individus tomberont malades, alors
que ceux sensibles au temps froid seulement ou aux orages ne seront pas
touchés. Il attache donc grande importance aux influences
météorologiques aussi bien pour expliquer l'envahissement épidémique que
pour trouver des indications médicamenteuses appropriées.
Carton
D'après Carton,
les épidémies ne sont pas des infections au sens clinique du mot, mais
simplement des manifestations morbides revêtant le masque infectieux, se
produisant chez des sujets soumis aux mêmes motifs de fléchissement de
résistance organique.
Quand les
épidémies frappent une collectivité, l'action microbienne ou saisonnière
n'est que complémentaire dans leurs motifs d'apparition. Ce qui est
efficient, c'est la préparation à la réceptivité infectieuse établie de
longue date par des erreurs d'alimentation et d'hygiène, commises par
l'ensemble de la collectivité.
S'il s'agit d'un
milieu familial, voici comment l'état de prédisposition infectieuse
s'effectue :
A la suite des
jours de fêtes, par exemple, pendant lesquels les menus furent plus
copieux et plus toxiques ou bien parce que le régime habituel fut conçu
en dépit de toute logique, ces fautes mirent les membres de la famille
dans un état d'infériorité presque identique, et comme elles se
produisirent sur un terrain de même origine, elles occasionnèrent des
dégâts similaires.
De même quand les
habitants d'une région sont soumis par suite de circonstances
volontaires Ou involontaires, d'habitudes mauvaises ou d'influences
climatériques ou saisonnières, à des modifications fâcheuses dans leur
genre de vie et surtout d'alimentation, ils se trouvent dans un état
d'intoxication puis de réceptivité collective qui engendre des crises de
nettoyage collectives, c'est-à-dire des maladies généralisées.
Féré
Féré (dans
Sensation et Mouvement, page 133) a constaté que les épidémies ne
touchent que les individus prédisposés. C'est un fait connu que
certaines personnes sont susceptibles à une chose, et d'autres à
d'autres. Si une épidémie se répand sur un pays, il n'y en a que
quelques individus qui tombent malades ; pourquoi les uns sont-ils
contaminés et les autres protégés ?
On doit tenir
compte ici des idiosyncrasies et de la susceptibilité individuelle.
Beaucoup de médecins perdent leur temps à théoriser sur des choses qui
rendent leurs patients malades.
L'homme malade,
nous dit Kent, tombera malade dans n'importe quelle circonstance, alors
qu'un homme bien portant pourrait vivre dans un lazaret
Toutefois d'après de Granier
Un homme sain
tombe malade en vertu de la réceptivité morbide, un homme
sain tombe malade par l'administration d'un médicament du fait de la réceptivité médicamenteuse ; sans cela pas d'expérimentation
possible, un homme malade guérit avec un remède, grâce à la réceptivité remèdiale, sans elle pas de cure possible.
C'est ainsi,
ajoute Carton, que se réalise un mode de sélection naturelle qui
supprime de la race ses éléments dégénérés dont la persistance
entraverait sa progression.
Cette possibilité
de transformation des saprophytes anodins en germes très agressifs sous
l'influence de déchéances vitale de l'être humain explique la naissance
ou le réveil des grandes comme des petites épidémies.
« Quand une série
de cas de rougeole ou de fièvre typhoïde éclate dans un groupement, il
arrive bien souvent qu'on cherche partout la source infectieuse
virulente sans la découvrir. Pour expliquer alors une contagion
inexistante, on se rabat sur la théorie des porteurs de germes et on
néglige l'étude de la partie la plus importante du problème : les motifs
collectifs de vie antiphysiologique, surtout alimentaire, qui ont
provoqué la réceptivité morbide collective, c'est -à -dire l'état
morbide initial dont l'infection n'est que le masque.»
VI - Diagnostic :
Comment diagnostiquer une épidémie ?
Hippocrate, en
observateur modèle estime : «qu'il faut en étudiant le caractère des
épidémies, remarquer si elles commencent par des vomissements ; si les
malades gardent les médecines, et si elles purgent promptement ; Si les
personnes très blanches de la peau, se trouvent plus généralement
attaquées, observer quel est l'état des lèvres, et dans quelle saison
l'épidémie s'est manifestée ».
« Indépendamment
de l'intellect, le corps concourt aussi à faire connaître les maladies,
par le moyen de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du tact et du goût. On
emploie aussi le raisonnement. »
A notre époque, le
diagnostic d'une épidémie est uniquement basé sur les recherches de
laboratoire. Sitôt qu'une épidémie sévit dans une contrée tous les
produits possibles de l'organisme sont examinés : sang, urine, matière,
crachats, etc., au point de vue microscopique et bactériologique.
Les résultats de
ces travaux quelquefois fort longs et difficultueux aboutissent à des
règles générales que l'on tire d'une façon beaucoup plus logique le plus
souvent de l'examen clinique du malade. Le «bon sens» voilà ce qui
manque à tant de médecins livresques ou savants ! L'observation
rigoureuse enseignée avec tant de perfection par Hippocrate comme nous
venons de le voir conduit à des mesures certainement beaucoup plus
précieuses, comme résultat que celles qui résulteront du laboratoire :
que les bacilles soient courts ou longs, qu'il s'agisse de microbes, de
toxines ou de Virus filtrants, cela n'a pas une importance primordiale.
Toutefois, nous nous en voudrions de négliger ces examens qui permettent
néanmoins de préciser certaines règles prophylactiques et même
thérapeutiques.
Arriver à la connaissance du caractère particulier ou de la nature
individuelle de chaque épidémie
Un autre genre de
diagnostic, enfin, dont Hahnemann a également le premier fait sentir la
nécessité, et qui résulte de ce qu'il dit de « l'identité de l'essence
de chaque maladie avec l'ensemble de ses phénomènes », c'est celui qu'il
propose pour arriver à la connaissance du caractère particulier ou de la
nature individuelle de chaque épidémie.
« Rien, dit Jahr,
n'a jusqu'ici causé plus de cassements de tête aux savants de l'ancienne
école, rien n'est parvenu à échapper plus complètement à toutes leurs
recherches diagnostiques, et rien n'a jamais plus défié toutes leurs
méthodes que la distinction de la véritable essence particulière de
chaque épidémie. »
Car ce qui fait le
caractère distinctif des maladies épidémiques et de presque toutes les
fièvres c'est précisément cette influence générale qui attaque non pas
tel ou tel organe exclusivement, mais plus ou moins tout l'organisme, et
en vertu de laquelle elles ne prennent jamais pour siège exclusif et
constant un organe particulier, lors même que leur activité resterait
bornée à un petit nombre d'organes. Néanmoins, toutes ces maladies, sans
exception, ont un cercle d'organes qu'elles affectent de préférence
comme par exemple le typhus attaque essentiellement le cerveau, les
intestins et même les poumons, la grippe, les membranes muqueuses et
quelquefois même le foie, on parle de grippe cérébrale, de grippe
intestinale, de grippe broncho-pulmonaire etc., mais il est rare que
chez le même malade tous ces organes se trouvent affectés à la fois, ou
seulement l'un à la suite de l'autre.
« Le plus souvent,
lorsque plusieurs sujets sont atteints d'une même épidémie, on voit dans
chacun d'eux un organe différent atteint de préférence, en sorte qu'on
aurait de la peine à trouver un malade qui présentât sur lui seul toute
la maladie, avec tous les phénomènes et toutes les lésions qui en
caractérisent l'essence particulière. »
Ces maladies
épidémiques et générales se comportent donc absolument comme se
comporteraient les effets d'un médicament ou d'une substance toxique,
laquelle substance ne développe pas non plus sur chaque individu tous
les effets qui lui sont essentiels. Aussi pour connaître tous les effets
essentiels qui caractérisent l'action d'un médicament eu d'un poison,
c'est -à -dire pour connaître sa véritable essence, il faut réunir le
plus grand nombre possible de cas d'empoisonnement sur les individus les
plus divers. Alors on verra toujours que le caractère essentiel du
poison consiste précisément : à ne pas borner son action à un seul
organe mais à imprimer au contraire à l'organisme une tendance
pathologique générale qui n'a son véritable siège dans aucun organe
particulier, mais nécessairement dans l'organisme tout entier.
Or, comme il est
impossible de reconnaître le caractère particulier de cette tendance
sans en connaître tous les effets essentiels, et que cette tendance est
nettement distinguée et définie dès qu'on est parvenu à réunir dans une
seule description toutes les lésions sensorielles, fonctionnelles et
organiques qui lui sont propres ou qui caractérise son essence
particulière, il s'ensuit que ni le diagnostic essentiel, ni le diagnostic différentiel d'aucune de ces maladies générales
épidémiques ou autres, ne saurait être considéré comme achever tant que
l'ensemble de toutes ces lésions n'est pas exactement déterminé.
Mais il s'ensuit
aussi, avec la même rigueur, que ces lésions déterminées, le problème du
diagnostic doit être regardé comme résolu et les exigences de la science
satisfaites. Or, c'est là la méthode que Hahnemann enseigne pour arriver
à connaître la nature essentielle et le caractère particulier de chaque
épidémie, ce n'est pas dans telles ou telles lésions isolées, mais
seulement dans l'ensemble de toutes les lésions qu'il nous apprend
à chercher de l'essence de la maladie ; nous en verrons plus
loin l'application pratique.
Au point de
vue homéopathique strict, l'étude du diagnostic n'a pas comme but
l'établissement d'une prescription.
Si vous pensez,
dit Kent, qu'un enfant souffre de rougeole, l'idée de rougeole peut
s'échapper de votre esprit, mais ce qui doit rester gravé dans votre
mémoire, c'est le caractère particulier de cette maladie chez cet
individu spécial, vous aurez de la peine au début de vos applications
homéopathiques à comprendre cela si vous avez eu l'habitude d'étudier
vos cas uniquement dans un but de diagnostic, mais souvenez-vous que la
dénomination nosologique n'est pas à la base d'une prescription utile.
Plus vous réfléchissez au symptôme diagnostic, plus vous embrumer votre
esprit dans l'espoir fallacieux de trouver le remède curateur.
Vous pouvez aller
chez un malade et étudier une heure pour individualiser un cas et
décider s'il s'agit de scarlatine ou de rougeole (il y a quelquefois des
cas très confus au début) et alors vous direz : c'est une rougeole, et
vous donnerez Pulsatilla, ou alors, c'est une scarlatine, je dois donc
donner Belladone !... Vous verrez rapidement qu'un tel état de choses
trouble l'esprit et le fausse. Toutefois, si vous vous trouvez dans une
épidémie où il est nécessaire, afin d'édicter des mesures propres à
éviter la contagion pour l'entourage, de savoir par exemple s'il s'agit
d'un cas de choléra ou non ; alors il est nécessaire d'établir
l'étiquette diagnostique des infections épidémiques, (si la chose est
possible), après votre prescription.
La famille et les
voisins ont le droit de connaître les mesures protectrices : isolation,
quarantaine, mesures d'hygiène, etc....
D'après Kent, il y
a deux sortes d'études à faire : l'une consiste à classifier la maladie
pour savoir à quel cadre nosologique elle appartient, l'autre à établir
le remède approprié et dont le patient a grand besoin.
« Mais je préfère
toujours m'occuper du patient d'abord et du remède dont il a besoin et
cela n'a que très peu à faire avec la classification. Après que le
remède a été décidé et trouvé, remède qui couvre clairement la totalité
des symptômes, et après que le patient a reçu la dose requise, la
question suivante qui doit être examinée est de savoir ce qu'il y a à
faire pour protéger l'entourage de l'affection, si elle est contagieuse.
»
« Le diagnostic
est quelque chose que le médecin ne peut et ne doit pas ignorer. Que
dirait-on un médecin qui parlerait d'une fièvre scarlatine quand il
s'agit d'une rougeole et vice versa ? Ses connaissances médicales
doivent être suffisantes pour établir toujours un bon diagnostic, mais
toujours seulement après s'être occupé du malade. C'est alors lui qui
doit décider si l'enfant doit être isolé, aller à l'école, etc... »
En résumé,
le diagnostic d'une épidémie consiste à faire :
1° Le diagnostique
et thérapeutique ou médicamenteux, c'est-à-dire à prendre l'ensemble des
symptômes de plusieurs cas touchés et de chercher le groupe de remèdes
qui leur correspondent ;
2° Le diagnostic
nosologique pour pouvoir prendre immédiatement les mesures d'hygiène
convenable.
VII - Thérapeutique :
La thérapeutique
est dirigée contre les maladies infectieuses peut-être étiologique,
pathogénique ou physiologique.
Étiologique,
elle se propose d'agir sur le microbe envahisseur, supposé être la cause
du mal, de le détruire ou tout au moins d'arrêter son évolution. Elle
pourra être étiologique directe (allopathie) ou étiologique indirect
(Homéopathie, Isopathie).
Pathogénique,
elle s'efforce de neutraliser les procédés par lesquels l'agent
morbifique trouble l'organisme (allopathie).
Physiologique,
elle s'inspire des réactions de l'organisme pour favoriser la lutte
qu'il doit soutenir. (Naturisme, homéopathie).
Médication
étiologique
La médication
étiologique semble au premier abord la plus rationnelle.
Aussi, dans la
méthode traditionnelle, a-t-on cherché des substances capables de tuer
les microbes sans nuire à l'organisme. Ainsi naquit la méthode
antiseptique. Peu à peu elle perdit de son importance et céda le pas à
l'asepsie.
Eberth fait
remarquer que les parasites ne peuvent être détruits que par les corps
ayant avec eux certaines affinités, c'est-à-dire par des substances qui
sont capables de fixer et que, pour cette raison, on désigne sous le nom
de «substance parasitotropes » mais toutes les substances
sont «organotropes», c'est-à-dire qu'elles ont des
affinités pour les cellules de l'organisme. Il faut découvrir des
médicaments réunissant en de certaines proportions les deux affinités.
C'est d'après ces principes qu'Ehrlich est arrivé à proposer plusieurs
composés arsenicaux, le tripantoth, le 606 ou salvarsan et 914 ou
néosalvarsan dont nous ne voulons ici ni discuter la valeur ni les
résultats proches ou éloignés.
Il paraît évident
que la suppression de la cause doit avoir pour conséquence la
disparition de tous les accidents consécutifs. C'est l'application du
vieil adage déjà cité : sublata causa, tollitur effectus. Cependant il
n'en est pas toujours ainsi. Dans un certain nombre de cas où
l'organisme a été imprégné de substances toxiques, on aura beau détruire
les microbes, les accidents n'en continueront pas moins.
« Le docteur
Dejust prétend, dit le docteur Duprat (l'homéopathie et sa critique,
1924) que les médecins homéopathes estiment que « nous ne savons rien de
l'étiologie des maladies ». Opinion excessive et erronée si elle
concerne les médecins homéopathes contemporains. Certes, autant de
Hahnemann, cette ignorance de la cause morbide externe, pour ce qui
regarde notamment les maladies infectieuses, était le fait de tout le
corps médical, et sur celui-ci Hahnemann témoigna sans doute d'une
certaine avance puisqu'il parlait de miasmes et entendait
par ce mot qualifier une cause extérieure infectante : clair
pressentiment de l'agent microbien. Bien plus, il tenta de préciser
l'étiologie des maladies chroniques, en créant, à côté des affections
syphilitiques, les deux groupes des maladies psoriques (virus galeux) et
des maladies sycotiques (virus gonorrhéique). Quelles que soient les
parts de vérité et d'erreur de ses conceptions, il y eut là un effort de
découverte étiologique qui dépassait les conclusions de la pathologie de
son temps. »
« Cependant il est
vrai que, si les médecins homéopathes admettent la réalité de
l'étiologie microbienne des maladies infectieuses, il ne la considère
pas comme absolue et totale. Ils pensent et disent avec raison que, dans
le plus grand nombre des cas, à moins d'une virulence particulièrement
violente, le microbe n'agit pas sans le consentement de
l'organisme et que ce consentement est déjà une défaillance du
terrain. »
« Nous,
homéopathes, dans notre acte thérapeutique, nous ne nous occupons pas de
lutter directement contre la cause infectieuse, c'est-à-dire de tâcher
de détruire le microbe dans le corps du malade. Abstention pleine de
sagesse ! Dans les maladies infectieuses, faire de l'antisepsie interne
avec des doses faibles de la substance microbicide est à un leurre, et
si l'on emploie des doses suffisantes, celle-ci devient aussi offensive
pour le malade que pour le microbe. Ainsi, cette médecine antiseptique à
haute dose se réalise sous la forme ultramoderne de l'injection
intraveineuse, médication incendiaire qui, faisant franchir au poison
antiseptique des lignes de défense périphérique, l'introduit d'emblée au
coeur de la citadelle et ne compte plus ses méfaits. »
Cette
thérapeutique étiologique directe, admissible seulement dans son emploi
externe mais prudent, sur une plaie par exemple, fut le rêve stérile et
décevant qui accompagna les excès de la période d'engouement
microbiologique que je signalais tout à l'heure. Le médicament
homéopathique cependant agit intensément sur la cause morbide, mais par
un procédé détourné, que j'ai appelé thérapeutique étiologique
indirecte. Rationnelle, sûre et toujours respectueuse de
l'organisme malade, elle incite et soutient celui-ci, dans l'exercice de
sa faculté naturelle de défense, faculté dont la mise en action
déclenche tout un mécanisme d'une harmonieuse complexité et d'une
puissante énergie. La cause morbide est elle-même (Isopathie), où
l'analogue de cette cause (Homéopathie) l'une et l'autre atténuées, sont
précisément le meilleur stimulant de cette propriété de défense
naturelle, appelée depuis les temps les plus anciens « Natura médicatrix
».
La médication pathogénique
Elle est donc
essentiellement une médication antitoxique. Elle peut être spécifique ou
non spécifique. Dans le premier cas, elle fournit un antidote contre le
poison d'un microbe déterminé (allopathie), dans le second elle indique
des procédés généraux pour diminuer l'accumulation des substances
toxiques (l'homéopathie, naturisme).
La médication physiologique
Elle prend ses
inspirations dans l'observation des troubles présentés par le malade.
Elle se propose tantôt de les exagérer (médication naturiste,
homéopathie), tantôt de les réfréner et de les combattre (médication
allopathique, anti-naturiste) ; ces deux modes de médication ont été et
sont fréquemment utilisés dans le traitement des manifestations
inflammatoires par la médecine officielle.
La bactériothérapie
C'est une méthode
de thérapeutique physiologique qui se propose de combattre l'infection
par l'infection, c'est-à-dire d'introduire dans un organisme malade des
agents vivants, virulents ou atténués, où des toxines microbiennes,
c'est une méthode directe homéopathique ou plus exactement Isopathique.
On peut diviser
les méthodes de bactériothérapies en deux groupes, suivant qu'on utilise
les cultures et les produits de l'agent causal de la maladie (homo
bactériothérapie) ou qu'on emploie les cultures et les produits d'une
bactérie différente (hétéro bactériothérapie).
La première
tentative d'homo-bactériothérapie d'après Roger, est celle de Koch, qui
prétendit guérir la tuberculose par des injections de tuberculine,
c'est-à-dire d'une macération de bacille tuberculeux... Et pourtant
quelle inconcevable méconnaissance des vérités médicales historiques
puisque 200 ans avant Koch un médecin anglais Robert Fludd écrivait : «
ce Sputum rejectum a pulmonica, post debitam praeparationem curat
phtisis ! ». C'est faire un acte de justice historique que de
reconnaître aux homéopathes la priorité de l'emploi de cette méthode.
Les meilleurs
résultats sont obtenus en se servant du microbe prélevé sur le malade
que l'on veut traiter (auto-bactériothérapie, auto vaccin). (Méthode
employée par l'homéopathe docteur Boger de Chicago et feu le Dr L.
Cardoso président de l'institut homéopathique du Brésil).
Dans tous les cas,
l'injection de ces produits microbiens a pour effet de provoquer des
réactions organiques et de contribuer à la formation d'anticorps
défensif, d'où le nom d'antigénothérapie données parfois à la méthode.
Nous n'insisterons
pas sur les nombreuses applications de la sérothérapie.
Malheureusement elle n'est pas dépourvue d'inconvénient. L'injection des
sérums étrangers peut provoquer des accidents, les plus souvent le
légers et transitoires, parfois sérieux et même graves. Une première
injection crée un état d'anaphylaxie qui explique les
manifestations morbides si fréquentes après une injection nouvelle.
Besredka a étudié
les moyens de rompre l'État anaphylactique. Il y est parvenu par
plusieurs procédés ; en soumettant les animaux à l'action des
narcotiques, alcool ou éther ; en faisant faire avant l'injection
thérapeutique une injection préalable d'une dose minime de sérum. Ce
dernier procédé, fréquemment employée en médecine moderne, a donné
jusqu'à présent de très bons résultats.
Exposé des méthodes homoeothérapeutiques de différents auteurs
Rademaker avait trouvé qu'un certain nombre de remèdes guérissaient toujours les
mêmes affections épidémiques.
Il se demande
comme Paracelse si l'efficacité du remède n'est pas indiquée dans une
épidémie donnée d'après l'état du ciel. Pourquoi un remède qui dans une
épidémie donnée guérit parfaitement bien, six mois plus tard ne fait
rien dans un ensemble symptomatique identique, alors qu'un tout autre
remède a tout à coup la possibilité de guérir parfaitement ?
Kissel, le
disciple de Rademaker parle d'une épidémie en 1848 donnant des symptômes
essentiellement hépatiques, qui au printemps fut guéri par Nux vomica.
Puis l'épidémie disparue pour reparaître à la fin de l'été vers août
septembre. À ce moment-là Nux ne fit rien et l'épidémie fut guérie par
Carduus marianus. En septembre ce fut Crocus le remède, puis ensuite ce
remède ne fit plus rien et ce fut Chelidonium qui devint la panacée.
Il est assez
curieux que les homéopathes qui choisissent leurs remèdes en se basant
sur la loi des semblables, donc d'après une méthode tout à fait
différente de celle de Rademaker, tombe très fréquemment sur les mêmes
remèdes épidémiques que ceux de son école.
Les écoles de
Rademaker et d'Hahnemann se complètent l'une de l'autre : ne jamais
traiter les formes anatomopathologiques, les résultats de maladie.
Chacun de ses auteurs s'oppose à prendre ces éléments comme base de
leurs prescriptions.
Chacun d'eux
maintient que l'essence propre de la maladie, c'est-à-dire la cause
vraiment originelle produisant une action réciproque entre les causes
morbides et l'organisme, n'est pas perceptible ; et ils considèrent tous
deux la cause des maladies comme précédant les résultats pathologiques.
Si nous ne pouvons
enlever à Rademaker et ses disciples le mérite d'avoir attiré
l'attention sur l'emploi des remèdes épidémiques, l'honneur néanmoins de
la découverte de remèdes basés sur une matière médicale physiologique,
remède pour lutter contre les maladies et contre les épidémies, revient
à Hahnemann et ses disciples.
Docteur
Stauffer : il est très facile pour les
homéopathes de trouver le remède approprié temporairement épidémique ;
pour cela il suffit de s'en tenir à nos pathogénésies et à notre loi :
similia similibus curantur.
Il faut d'abord
chercher l'image épidémique collective. Et ce n'est qu'un très grand
nombre de personnes affectées au même moment par une épidémie qui
peuvent fournir les matériaux voulus pour l'obtention de cette « image
épidémique collective ».
La méthode
homéopathique a le grand avantage d'avoir un moyen de trouver d'après la
loi des semblables, le remède épidémique, cela sur un terrain
expérimental.
Pour établir le
remède épidémique, l'examen d'un seul malade atteint ne suffit pas, il
est nécessaire de voir plusieurs malades atteints de la
même affection, et alors le ou les remèdes épidémiques peuvent être
déterminés.
Le remède
homéopathique ainsi trouvé agi comme remède constitutionnel ou
fonctionnel.
Le Docteur
Stauffer cite une épidémie de grippe de l'été 1904, se présentant avec
des troubles cardiaques avec tendance aux hémorragies dans différents
organes, diarrhées, rhumatismes et fièvres nocturnes, or c'était au
cours d'une période très pluvieuse et Ferrum guérit rapidement tous les
malades atteints.
On aurait pu
trouver le même remède en se basant sur les théories de Grauvogl, car le
groupe Ferrum est précisément indiqué par le temps pluvieux chargé
d'ozone dont souffrent surtout les constitutions hydrogénoïdes et
oxygénoïdes, alors que le manque d'ozone touche les constitutions
carbonitrogènes et conduit à choisir le remède dans le groupe du cuivre.
Pour bien
reconnaître les constitutions épidémiques, les observations
météorologiques sont indispensables.
Les remèdes
que Von Grauvogl recommande dans les constitutions hydrogénoïdes sont :
Alumina, Ammonium
carbonicum, Antimonium, Apis, Aranea diadema, Arnica, Arsenicum, Borax,
Bromium, Calcarea, Chlorum, Conium, Iodium, Ipeca, Magnesia carbonica,
Magnesia phosphorica, Natrum aceticum, Natrum carbonicum, Natrum
muriaticum, Natrum nitricum, Natrum sulphuricum, Nitric acidum, Nux
vomica, Pulsatilla, Silicea, Spigelia, Thuja.
Constitutions Carbo nitrogènes :
Argentum, Aurum,
Bovista, Camphora, Chamomilla, Cuprum, Digitalis, Dulcamara, Hepar,
Hyosciamus, Lobelia, Lycopodium, Mercurius, Nux vomica, Opium, Ozone,
Phosphorus, Platina, Plumbum, Rhus toxicodendron, Sulphur, Sulphuric
acidum, Terebenthina.
Constitutions oxygénoïdes
Aconitum,
Arsenicum, Benzoic acidum, China, Chininum sulphuricum, Chromum,
Citricum acidum, Ferrum, Graphites, Hydrocyanic acidum, Kalium
bichromicum, Kalium iodatum, Kreosotum, Laurocerasus, Nitric acidum,
Petroleum.
« Il y a de sortes
de temps pluvieux : l'un est caractérisé par la présence de grandes
quantités d'ozone. À la suite de cet état atmosphérique, le sommet des
montagnes et les forêts sont découverts et toute la nature environnante
paraît rapprochée. Le médecin praticien qui sait observer et interpréter
la nature voit là une indication du groupe Ferrum. Au contraire dans
l'autre cas après la pluie les montagnes se couvrent de nuages, c'est un
signe certain que ce n'est pas le fer, mais la série Cuprum et ses
analogues qui agira. L'électricité des nuages est toujours
électropositive alors que l'ozone est toujours électronégatif. »
L'administration
du remède épidémique exact agit comme prophylactique, coupe les
affections au début, guérit celles plus avancées et évite les troubles
chroniques et les séquelles.
L'obtention du bon
remède en cas d'épidémie demande une longue expérience, car il faut
toujours comparer la totalité des symptômes de l'épidémie avec la
pathogénésie homéopathique pour trouver la correspondance exacte.
Le chemin qui
conduit à cette connaissance est long et difficile et pourtant il doit
être suivi par tous les homéopathes.
« La méthode
biologique de Schüssler avec ses 12 remèdes organiques de simplifier le
problème de la recherche. On peut aussi trouver le remède en étudiant le
cas au point de vue fonctionnel et nutritif ou d'après le remède
s'adaptant spécifiquement à certains organes. On peut aussi se baser sur
les nosodes, mais là encore il faut avoir de l'expérience pour le
dosage. »
Tout praticien
doit connaître la question de la constitution dans les affections
chroniques comme dans les aiguës s'il veut obtenir une guérison durable
de ses malades.
Il faut d'abord
envisager la constitution du malade, la base de la maladie d'après sa
disposition morbide individuelle. On s'occupe ensuite des causes
morbides surtout dans les cas aigus en recherchant les symptômes
subjectifs et les symptômes objectifs, sans négliger le caractère et le
tempérament.
Il est
indispensable de faire un examen physique très complet des malades.
Enfin des
recherches chimiques et microscopiques des sécrétions et les excrétions
peuvent être utiles : ainsi que des examens physiques : pression du
sang, ponction exploratrice, examen du sang, radioscopie, etc....
On obtiendra ainsi
une image complète et vraie de la maladie physique. Tout art
thérapeutique ne peut reposer que sur une connaissance complète est
juste.
Le choix entre les
remèdes constitutionnels actifs n'est pas si difficile, car leur nombre
dans une série d'états constitutionnels donnés n'est pas très grand.
On trouvera vite
aussi le remède fonctionnel des organes ainsi que les remèdes de
nutrition. Pour le dosage, l'expérience seule peut guider, soit la
sienne propre, si elle est suffisante, soit celle de vieux praticien.
Fréquemment quand
nous ne pourrons établir aucun diagnostic scientifique et même que peu
de symptômes objectifs existent, nous serons capables de donner un
remède homéopathique qui agira quelquefois de façon étonnante et donnera
un résultat saisissant, souvent même meilleur que quand un diagnostic
positif exact aura été posé ! Quoique paradoxal au premier abord, ce
fait a été souvent observé. Les homéopathes célèbres ont de tout temps,
en se basant sur la Matière Médicale pure, établi des diagnostics
médicamenteux, et ont eu des guérisons remarquables et retentissantes.
Bonninghausen, dans les aphorismes
Hippocrate page 169, dit : « Dans l'année humide de 1860, presque tous
les cas de maladie aiguë ou chronique bénéficiaient de Lachesis et Apis.
Comment trouver le remède épidémique : par la loi des semblables
appliquées non à un patient, mais à plusieurs, car en ne prenant
qu'un malade nous n'aurons qu'une partie des symptômes et non la
totalité ».
Il parle d'une
épidémie de coqueluche guérit par Gelsemium d'une façon étonnante. Ce
n'était pas la toux qui l'avait décidé dans son choix, mais les autres
symptômes en général.
L'importance du
génie épidémique n'a pas échappé à la sagacité de son observation. Cela
est prouvé par Regidi qui rapporte les faits suivants dans le 72e volume
de l'A. H. Z.
Lors d'une visite
qu'il fit à Hahnemann à Coethen, en mars 1831, le maître nous fit cette
observation :
« Vous aurez à
traiter un certain nombre de cas de fièvre intermittente dans les
vallées du Rhin. Observez si là-bas Natrum muriaticum ne correspond pas
à la constitution épidémique, et faites le moi savoir. Nous devons
considérer le génie épidémique qui n'est en général qu'une efflorescence
de l'un des trois miasmes chroniques ».
Et Regidi trouva
qu'il avait raison ; pourtant dans un cas les paroxysmes revinrent
malgré l'administration de Natrum muriaticum qui avait pourtant produit
un soulagement. Hahnemann consulté, conseilla Carbo vegetabilis 30 parce
que ce remède avait parfaitement correspondu à la constitution
épidémique de l'année précédente, et la rechute du malade dans ce cas
pouvait être considérée simplement comme une suite de l'épidémie
antérieure. Ce remède guérit immédiatement.
Dans un autre cas,
le paroxysme intermittent avait lieu tous les huit jours et duraient
depuis deux ans et demi avec gonflement de la rate et du foie et oedème
des extrémités. Hahnemann recommanda Cantharis 30, car deux ans et demi
auparavant ce remède avait été précisément remarquablement efficace dans
une épidémie régnante dans cette région et aussi parce que Cantharis a
ce caractère de paroxysmes hebdomadaires.
Le Dr Stüler, de Berlin, colligea de semblables observations sur l'effet de Sepia et
de Spigelia comme remèdes épidémiques, et tout cela fut fait 10 ans
avant que les « connaissances thérapeutiques » de Rademaker ne fussent
publiées.
Hahnemann
(Organon, paragraphe 81),
« Les maladies épidémiques, dit-il, qui probablement se propage par un
miasme spécifique dans chaque épidémie, reçoivent des noms de l'école
médicale régnante, comme si elles étaient des maladies stables, déjà
connues, et se répétant toujours sous la même force. C'est ainsi qu'on
parle d'une fièvre des hôpitaux, d'une fièvre des prisons, d'une fièvre
des camps, d'une fièvre putride, d'une fièvre bilieuse, d'une fièvre
nerveuse, d'une fièvre muqueuse, quoique chaque épidémie de ses fièvres
erratiques se montre sous la forme d'une maladie nouvelle, n'ayant
encore jamais existé, et variant beaucoup, tant dans son cours que dans
ses symptômes les plus marquants et dans toute la manière dont elle se
comporte. Chacune d'elles diffère à tel point de toutes les épidémies
antérieures, qui n'en portent pas moins le même nom, qu'il faudrait
vouloir heurter de front les principes de la logique pour imposer à des
maladies si diverses un des noms qui ont été introduits dans la
pathologie, et régler ensuite sa conduite médicale d'après le nom dont
on aurait ainsi abusé. Sydenham est le seul qui ait compris cette
vérité. (Opp. Cap.2, de Morb. Epid., p. 43), car il existe sur ce point
qu'on ne doit jamais croire à l'identité d'une maladie épidémique avec
une autre qui s'est déjà manifestée et la traiter en conséquence de ce
rapprochement, parce que les épidémies qui ont éclaté en des temps
divers, ont toutes été différentes les unes des autres :
« Animum
admiratione percellit, quam discolor et sui plane dissimilis morborum
epidemicorum. .ut aera lupinis. »
« Il est clair,
d'après tout cela, que ces inutiles noms de maladie, dont on abuse tant,
ne doit avoir aucune influence sur le plan du traitement adopté par un
vrai médecin, qui sait qu'il ne doit pas juger et traiter des maladies
d'après la ressemblance nominale d'un symptôme isolé, mais d'après
l'ensemble de tous les signes de l'État individuel de chaque malade,
donc son devoir est de rechercher scrupuleusement les maux, et non de
les présumer à la faveur d'hypothèse gratuite.
« Cependant, si
l'on croit avoir quelquefois besoin de maladie pour se rendre
intelligible en peu de mots au vulgaire, quand on parle d'un malade en
particulier, qu'au moins on ne se serve que de mots collectifs. Il faut
dire par exemple, le malade à une espèce de chorée, une espèce
d'hydropisie, une espèce de fièvre nerveuse, une espèce de fièvre
intermittente. Mais on ne doit jamais dire : il a la chorée,
l'hydropisie, la fièvre nerveuse, etc..., parce qu'il n'existe
certainement pas de maladie permanente et toujours semblable à elle-même
qui mérite ces dénominations. » Organon, paragraphe 100.
« Pour ce qui
concerne la recherche de l'ensemble des symptômes des maladies
épidémiques et sporadiques, il est fort indifférent que quelque chose de
semblable ait déjà existé ou non dans le monde sous tel ou tel nom. La
nouveauté ou le caractère de spécialité d'une affection de ce genre
n'apporte aucune différence, ni dans la manière de l'étudier, ni dans
celle de la traiter.
« En effet, on
doit toujours regarder l'image pure de chaque maladie qui domine
actuellement comme une chose nouvelle et inconnue, et l'étudier à fond,
elle-même, si l'on veut être véritablement médecin, c'est-à-dire ne jamais mettre l'hypothèse à la place de l'observation, et ne
jamais regarder un cas donné de maladie comme connue, soit en totalité,
soit même seulement en partie, qu'après en avoir approfondi avec soin
toutes les manifestations. Cette conduite est d'autant plus nécessaire
ici que toute épidémie régnante est, sous beaucoup de rapports, un
phénomène d'espèce particulière, qui, lorsqu'on l'examine avec
attention, se trouve différer beaucoup des autres épidémies anciennes
auquel on avait à tort imposé le même nom. Il faut cependant excepter
les épidémies qui proviennent d'un miasme toujours semblable à lui-même,
comme la variole, la rougeole, etc... ». Organon, paragraphe 101.
« Il peut arriver
que le médecin qui traite pour la première fois un homme atteint de
maladie épidémique ne trouve pas sur le champ l'image parfaite de
l'affection, attendu qu'on arrive à bien connaître la totalité des
symptômes et signes de ces maladies collectives qu'après en avoir
observé plusieurs cas. Cependant un médecin exercé pourra souvent, dès
le premier ou le second malade, s'approcher tellement du véritable état
des choses, qu'il en conçoive une image caractéristique, et que déjà
même il ait les moyens de déterminer le remède homéopathique auquel on
doit recourir pour combattre l'épidémie. » Organon paragraphe 102
Si l'on a besoin
de mettre par écrit les symptômes observés dans plusieurs cas de cette
espèce, le tableau qu'on a tracé de la maladie va toujours en se
perfectionnant. Il ne devient ni plus étendu, ni plus verbeux, mais plus
graphique, plus caractéristique, et il embrasse davantage les
particularités des maladies collectives. D'un côté les symptômes
généraux, (par exemple, défaut d'appétit, perte de sommeil, etc...)
acquièrent un plus haut degré de précision ; de l'autre les symptômes
saillants, spéciaux, rares dans l'épidémie même, et propres d'ailleurs à
un petit nombre d'affections seulement se dessinent et forment le
caractère de la maladie. Les personnes atteintes de l'épidémie ont
toutes, il est vrai, une maladie provenant de la même source, et par
conséquent semblable, mais l'étendue tout entière d'une affection de ce
genre et la totalité des symptômes, dont la connaissance
est nécessaire pour se former une image complète de l'état morbide, et
choisir d'après cela le remède homéopathique le plus en harmonie avec
cet ensemble d'accidents, ne peuvent être observées chez un seul malade
; il faut, pour arriver jusqu'à elles, les tirer par abstraction du
tableau des souffrances de plusieurs malades, doués d'une
constitution différente.
Puis,
d'après le Dr Kent, pour la recherche de
la totalité des symptômes dans une épidémie, il est absolument
indifférent de savoir si des cas similaires ont déjà existé auparavant,
car il faut éviter avant tout d'avoir des préjugés et des idées
préconçues en abordant un nouveau malade.
Examiner le
patient avec un esprit libre de tout préjugé.
Ne voyez que son
cas devant vos yeux.
Ne permettez pas à
votre esprit d'être distrait de quoi que ce soit qui ne soit pas ce
malade que vous considérez.
Ne pensez à aucun
remède en l'examinant jusqu'à ce que vous ayez transcrit ces symptômes
sur le papier, alors seulement, après avoir inscrit les symptômes du cas
vous pourrez en réfléchissant penser au remède qui couvre le cas, et
alors seulement vous pourrez réexaminer votre malade en ayant dans
l'esprit des trois ou quatre remèdes que ces symptômes vous auront
suggérés.
C'est vraiment
l'occasion unique d'appliquer un remède après avoir examiné
soigneusement son patient. Recueillez alors tous les symptômes utiles,
et commencez votre analyse en les comparant aux symptômes de
pathogénésies.
L'analyse de la
maladie se fait dans le but de réunir ce qui est rare, particulier,
typique dans le cas considéré, car les choses particulières et les
caractéristiques trouvent leurs correspondants dans les remèdes.
Toutes les
maladies ont des symptômes spéciaux qui les caractérisent d'une façon
manifeste et leur permet ainsi d'être comparées aux mêmes symptômes
étranges et curieux qui caractérisent les remèdes.
La possibilité et
de voir ce qui est étrange, remarquable dans cette implication
symptomatologique, n'est pas donné à chacun, et exige une connaissance
étendue des maladies, et une connaissance de la matière médicale
approfondie, il ne s'agit pas tant ici de posséder à fond son anatomie
pathologique, mais d'avoir la connaissance des symptômes ou du langage
par lequel la maladie s'exprime par eux.
« En effet, on
doit toujours regarder l'image pure de chaque maladie qui domine
actuellement comme une chose nouvelle et inconnue, et l'étudier à fond
elle-même, si l'on veut être véritablement médecin».
L'habileté du
médecin à percevoir ce qui constitue le miasme dépend de nombreux
facteurs : s'il est gourd dans sa perception il mélangera des symptômes
qui n'ont rien à faire ensemble.
Hahnemann semble
avoir possédé une perception vraiment remarquable, car il arrivait d'un
coup d'oeil à trouver les symptômes caractéristiques d'un cas, et il
était habile parce qu'il était un étudiant très consciencieux et
persévérant de la matière médicale, et parce qu'il expérimentait cette
matière médicale tous les jours. Il avait examiné très soigneusement
chaque remède ; il les voyait, il les sentait, il les réalisait.
« Ne jamais mettre
l'hypothèse à la place de l'observation, et ne jamais regarder un cas
donné de maladie comme déjà connu ! »
Nous comprenons
ici pourquoi il n'y a aucune espèce d'importance pour un médecin d'avoir
déjà vu telle maladie ou non. Le véritable homéopathe doit connaître
l'art de recueillir les signes et les symptômes et une maladie
différente n'est qu'un changement de combinaison de ces symptômes, un
changement dans leur forme et leur représentation. Il y a un certain
ordre, un certain arrangement dans chaque maladie qui se présente, et
c'est précisément la tâche du médecin de découvrir cet ordre, ainsi le
véritable médecin homéopathe ne sera jamais pris au dépourvu. (Kent.
Lectures of homoeopathy philosophy, chapitre XXVI).
Nous pensons
intéressant de citer aussi l'opinion et les conseils de quelques
homéopathes ayant eu une grande pratique des épidémies.
Docteur
Granier :
« Sous le rapport
de la diagnosie et de la thérapeutique, notre école à les mêmes devoirs
à remplir envers les épidémies. C'est-à-dire que, comme toujours, la
connaissance de la maladie doit être basée sur l'ensemble des symptômes
actuels, et que la pharmacolexie doit aussi être basée sur les
caractéristiques de l'affection qui s'offre aux médecins. En un mot
toute maladie épidémique doit être soumise, comme toutes les maladies,
aux dogmes de l'individualisation des cas morbides. Ce n'est pas telle
ou telle altération organique, telle ou telle lésion isolée qui doit
seule commander la manoeuvre thérapeutique : c'est toujours
l'ensemble des symptômes. Le remède une fois trouvé, il est
possible qu'ils conviennent à la généralité des cas, il est possible
même qu'il s'adapte à certaines maladies compliquées ou aggravées par
l'élément épidémique actuel ; il est encore possible que le remède qui a
convenu à l'épidémie de l'année dernière, conviennent aussi à l'épidémie
de cette année, mais il est aussi possible que tout cela n'arrive pas,
que le remède de l'année dernière soit complètement inefficace cette
année, et que pendant le temps de l'épidémie actuelle le remède qui
guérit la plupart des individus soit nul pour tel ou tel malade en vertu
de tel ou tel disposition particulière, telle ou telle complication,
etc...
« Voilà pourquoi
en définitive, toute épidémie doit toujours être soumise au dogme
invariable de l'individualisation ».
Docteur
Bonninghausen :
« On fera bien,
pour toutes les maladies épidémiques, de former un tableau général de la
maladie, en rassemblant tous les symptômes qui apparaissent chez les
diverses personnes atteintes de la maladie régnante ».
Dr Marchant
:
« Or, quand il
s'agit de l'organisme humain où se passent des actes si mystérieux, il
faut se résigner à ne pas tout savoir.
« Toutefois, nous
n'ignorons pas que dès qu'une cause nocive a touché à la force vitale,
il s'y détermine instantanément des phénomènes si prompts et si imprévus
que les désaccords se mettent aussitôt dans les activités
fonctionnelles, et ce désaccords après une sorte d'incubation, ne tarde
pas à se manifester à nouveau par l'apparition successive des symptômes
d'une maladie quelconque. Nous n'y pouvons plus rien, le mal est fait,
il n'y a plu à le prévenir. Tâchons de le guérir, et, à cet effet,
trouvons, si cela se peut, une voie rationnelle.
« Or, comme il est
un fait acquis pour tous que la cause première des grandes et petites
épidémies est inconnue dans sa nature et dans sa réalité, quoique
irrécusable dans ses effets, il faut renoncer à la faire servir à leur
traitement ; en d'autres termes, nous devons reconnaître qu'il n'existe
aucun moyen de lier utilement les symptômes à la cause dont ils
dépendent, et dont on puisse faire une source d'indication, il y a à
chercher ailleurs cette vraie source de leur thérapeutique. L'histoire
est là pour démontrer qu'il y a, en effet, autre chose à faire.
« Ceux qui ont lu
les épidémistes et médité sur leur livre, savent seuls quelques temps
précieux on a perdu à cet égard en recherche vaine, en discussions
stériles sur la nature et l'essentialité des maladies populaires. On
ignore pas qu'au sujet de la peste de Marseille, il s'éleva des
discussions qui n'eurent pas de fin. »
Et de nos jours
que d'écrit n'a-t-on pas fait sur la fièvre jaune, sur le choléra morbus
et sur la grippe et sur l'encéphalite et toujours en vue de déterminer
le « quid divinum » cette raison intime et mystérieuse de leur causalité
et de leur existence même ! Pendant qu'on s'évertue à trouver une
indication thérapeutique dans l'inconnu et dans les hypothèses
étiologiques sur lesquels on bâtissait un traitement toujours infécond,
le mal poursuivait ses ravages et décimait les populations, en dépit et
aussi à cause des médications hasardées et empiriques qu'on mettait en
usage, et malgré toutes les mesures de salubrité publique que l'on
prenait. Il est évident, encore une fois, que dans l'ignorance absolue
où l'on était de la véritable cause des épidémies, il n'y avait pas et
il ne pouvait y avoir à songer à asseoir la base d'indication
rationnelle d'une thérapeutique efficace.
Les symptômes des
maladies à marche rapide, dans leur tumultueuse explosion, doivent
fournir seuls cette indication sûre d'un traitement efficace.
Or, l'état aigu,
on le sait, est le caractère propre et constant des affections
épidémiques, on s'explique naturellement la vivacité, l'incohérence et
la turbulence de leurs symptômes, on peut se faire l'idée de la
promptitude de leur transmission d'individu à un individu si elles sont
essentiellement contagieuses, et de leur transmission à travers l'espace
si elles dépendent d'une cause miasmatique. Dans ce pêle-mêle, ou
prendre la cause ? À quoi servirait-elle ? Les symptômes seuls doivent
être pris en considération sur l'heure, il n'y a que l'application de la
loi de similitude qui soit en situation. Avant d'aller plus loin, disons
ici que le miasme, pris abstractivement, est multiple et distinct dans
ses effets pathogénétiques. Il détermine spécifiquement la rougeole, la
scarlatine, la militaire, la variole, la suette militaire, le choléra
morbus, la peste, la fièvre jaune, etc... Mais quelles sont les
conditions particulières étiologiques qui déterminent la caractéristique
de chaque épidémie ? Qui le sait ?
Dr Jahr :
Par sa théorie sur
le diagnostic des épidémies, l'auteur de l'Organon a montré la voie pour
résoudre les problèmes diagnostiques que la science avait dû laisser
irrésolu depuis l'existence de la médecine.
Toutes les
maladies épidémiques contagieuses et miasmatiques sont des maladies
indépendantes, sui generis, ayant une essence à part. Si il ne peut
jamais y avoir de spécifiques généraux pour chaque cas d'une lésion
organique d'un même nom, il devra y en avoir au contraire de plus ou
moins efficace contre les maladies essentielles. En effet, chaque
médicament qui, par ses propres symptômes essentiels répondra de la
manière la plus exacte aux symptômes essentiels qui constituent le
caractère particulier de ces maladies, se montrera nécessairement plus
propre que tout autre à guérir le plus grand nombre des cas donnés.
Mais ce qui doit
être clair aussi, c'est que ces médicaments plus ou moins spécifiques ne
le sont qu'en vertu même de ce rapport de similitude qui existe entre
leur caractère pathogénétique et celui du miasme ou les symptômes
caractéristiques de la maladie que ce miasme peut engendrer. Celui qui
répondra le plus exactement à tout cet ensemble sera le meilleur
spécifique.
En outre, comme
jamais aucun individu n'est affecté de la totalité des symptômes qu'un
miasme donné peut produire, il en résulte que plusieurs malades offrent
toujours des tableaux de symptômes plus ou moins différents, la
constitution de chacun introduisant dans chaque tableau des symptômes
particuliers. On doit concevoir, par conséquent, que le spécifique le
plus général même, pourra, dans quelques cas, ne pas répondre aux
symptômes indicateurs les plus précis d'un cas donné. Ceci doit même
arriver d'autant plus facilement, que les divers médicaments plus ou
moins spécifiques contre une maladie essentielle sont moins en état de
répondre complètement à tout l'ensemble des symptômes qui en
caractérisent l'essence.
Il s'ensuit que la
première chose que le praticien doit faire dans le traitement de ces
maladies essentielles, c'est de s'enquérir avant tout de tous les
symptômes caractéristiques qui constituent l'essence
particulière de la maladie en elle-même, étudiée sur le plus grand
nombre d'individus possibles et de chercher ensuite les
médicaments répondant le mieux et le plus complètement à la totalité de
ses symptômes.
C'est parmi ces
médicaments que l'on devra chercher de préférence celui qui s'adaptera
le mieux à chaque cas donné.
Toutes les fois
que l'on trouvera les indications d'un de ces cas tels que le médicament
le plus approprié à la maladie en elle-même sera aussi indiqué d'une
manière spéciale, l'effet curatif qu'en produira la plus petite dose,
même dans les cas les plus violents et les plus graves sera toujours des
plus surprenants.
Par là nous voyons
donc que, dans les maladies mêmes où l'on trouvera encore le plus
souvent des spécifiques généraux, il y en aura ni ne pourra jamais y en
avoir qui soient absolus, et que l'individualisation de chaque cas reste
toujours une condition sine qua non de la réussite.
Séquelles post-épidémiques
Comme transition à
ce que nous venons de citer, nous croyons bien faire de placer ici ce
passage d'Hahnemann tirés de ses maladies chroniques. Il est utile
d'appeler l'attention sur un phénomène remarquable, à savoir : que « les
grandes maladies épidémiques, la variole, la rougeole, le pourpre, la
fièvre scarlatine, la coqueluche, la dysenterie et autre espèces de
typhus, lorsqu'elles atteignent leur terme, un principalement sans avoir
été soumises à un traitement homéopathique convenable, laisse
l'organisme dans un tel état d'ébranlement et d'excitation que, chez
beaucoup de ceux qui viennent d'en être débarrasser, la psore,
précédemment latente dans l'intérieur du corps s'éveille tout à coup et
se prononce rapidement en exanthème analogue à l'éruption psoriques ou
en d'autres affections chroniques, qui, lorsqu'on ne les soumet pas à un
traitement psorique rationnel, ne tardent point, l'organisme étant
encore épuisé, à acquérir un haut degré d'intensité. En pareil cas,
quand le malade succombe, ce qui arrive souvent, le médecin allopathe
ordinaire dit qu'il est mort des suites de la coqueluche, des suites de
la rougeole, etc... Mais ses suites ne sont autres choses que la psore
développée sous forme d'innombrables maladies chroniques, dont jusqu'à
ce jour la cause fondamentale a été ignorée, et qui par conséquent, sont
demeurées incurables ».
Ce serait sortir
du cadre de cette étude que de vouloir développer tout au long la notion
des séquelles épidémiques qui, depuis quelques années, sont devenus
redoutables. (Parkinsonisme, etc...).
En terminant nous
citerons seulement les sages conseils d'Hahnemann au sujet du traitement
de ces manifestations morbides et qui empêchaient les épidémies de
guérir rapidement et entravaient leur courte évolution.
« Chaque épidémie
spéciale à son caractère propre, commun à tous les individus qu'elle
attaque, et qui, lorsqu'on l'a reconnu d'après l'ensemble des symptômes
communs à tous les malades, indique le remède homéopathique ou
spécifique convenable aussi dans la totalité des cas. En effet ce remède
guérit presque généralement les malades qui, avant l'épidémie, jouissait
d'une santé supportable, c'est-à-dire n'était point atteint d'une
affection chronique due au développement de la psore. » (Organon, paragraphe 241)
« Lorsqu'on a
reconnu qu'un remède est homéopathique ou spécifique dans une épidémie
régnante de fièvre intermittente, qu'on rencontre cependant un malade
qui ne guérit pas d'une manière complète, et que ce n'est pas
l'influence d'une contrée marécageuse qui s'oppose à la guérison,
l'obstacle vient constamment alors d'un miasme psorique occulte, et l'on
doit par conséquent mettre les médicaments psoriques en usage jusqu'à ce
que la santé soit parfaitement rétablie. » (Organon, paragraphe 240)
« Mais si, dans
une épidémie de fièvre intermittente, on a laissé passer les premières
accès sans les guérir, ou si les malades ont été affaiblis par de faux
traitements allopathiques, alors la psore qui malheureusement existe
chez un si grand nombre d'individus, quoiqu'à l'état de sommeil, se
développe, revêt ici le type intermittent, et joue en apparence le rôle
de fièvre intermittente épidémique, de sorte que le médicament qui
aurait été salutaire dans les premiers paroxysmes, qui rarement
appartient à la classe des antipsoriques, cesse de convenir, et ne peut
plus être d'aucun secours. Dès lors, on n'a plus sous les yeux qu'une
fièvre intermittente psorique, dont on triomphe ordinairement avec une
très petite dose de soufre ou de fois de soufre donné à une dynamisation
élevée qu'on est rarement obligé de répéter. » (Organon paragraphe 242)
VIII Hygiène et prophylaxie
Le remède qui
guérit le mal est celui qui doit le prévenir.
Les maladies
infectieuses étant essentiellement des maladies contagieuses, on conçoit
que par des mesures sanitaires et des règlements administratifs, on
puisse en diminuer la fréquence et en restreindre le nombre.
C'est dans ce but
qu'on a édicté des règlements pour empêcher l'importation des épidémies
étrangères, qu'on a imposé des quarantaines aux personnes venant des
pays contaminés, qu'on a organisé des services de désinfection, qu'on a
prescrit le transport des contagieux dans des voitures spéciales, qu'on
a décrété la déclaration obligatoire de certaines maladies, qu'on a créé
des hôpitaux d'isolement.
Ces mesures sont
encore insuffisantes. Il est inadmissible qu'un contagieux ait le droit
de se soustraire à l'isolement si bon lui semble, et qu'il puisse sans
encourir aucune responsabilité répandre les germes du mal dont il est
atteint. Si certaines maladies, telles que la variole, sévissent autour
des hôpitaux, c'est parce que les malades quittent les services avant la
guérison et vont tranquillement et impunément porter les germes de la
maladie dans les boutiques et chez les marchands de vins du voisinage.
On appelle
« prophylaxie » d'après Granier, la partie des sciences médicales qui a
pour objet d'étouffer certaines maladies dans leur « possible ».
Il ne faut pas
confondre, comme le font plusieurs auteurs, la prophylaxie avec
l'hygiène : celle-ci emploie des moyens et celle-là des remèdes.
La prophylaxie est
encore plus noble que la thérapeutique, car le véritable progrès en
médecine ne consiste pas à guérir, mais à prévenir les maladies, à les
étouffer dans leurs virtualités.
Guérir, fut la
médecine du passé
Prophylactiser
doit être la médecine de l'avenir. Cette nouvelle science est basée sur
la plus haute philosophie ; c'est pourquoi elle appelle toute
l'attention du médecin, dont la mission doit consister avant tout, à
étouffer les germes du mal.
Quel doit être le point d'appui du levier prophylactique ?
La plupart des
praticiens de notre école ont cru le trouver dans la psore. La psore
n'est malheureusement qu'une hypothèse, or, ce n'est pas sur une
hypothèse que l'on doit baser une idée d'un ordre aussi élevé. Pour
trouver le véritable point d'appui de ce levier, il faut se servir d'un
dogme immuable de notre école, ce dogme est aussi sûr que la résultante
de plusieurs forces, ce dogme et la synthèse construite après l'analyse
des milliers de phénomènes ; ce dogme, c'est l'expérimentation
pure. Cette science toute nouvelle et toute de notre école, nous
révèle en effet tous les possibles, toutes les virtualités morbides. Étant donné une maladie, ou réelle ou
virtuelle, une fois qu'elle est connue ou qu'elle a été déjà connue, il
sera bien souvent aussi facile de la prévenir que de la guérir,
c'est-à-dire si facile de la neutraliser dans sa virtualité que dans son
actualité.
Ici, il n'y a qu'à
chercher pour trouver. La prophylaxie est donc toute de notre école. Il
est évident que c'est toujours par la voix des semblables que doit
s'opérer la neutralisation des virtualités morbides. Tel est le point de
vue subjectif. Le point de vue objectif n'est pas moins important. La
pratique de la prophylaxie doit être débarrassée de toute idée
préconçue, de toute vaine hypothèse. La psore, la syphilis, la sycose,
n'ont rien à faire dans cette question, du moins comme théorie absolue.
La pratique de la
prophylaxie doit donc le reconnaître comme base fixe, le dogue immuable
de l'individualisation. Ce dogme, toujours dans le possible, de
l'intellect humain, ne doit souffrir aucune exception.
Les maladies qui
forment le domaine de la prophylaxie sont les maladies héréditaires,
épidémiques et contagieuses. C'est au Dr Gastier qu'appartient
l'heureuse idée de prophylactiser les enfants dès leurs premières années
; c'est à l'idée autrefois du Dr Hartmann, c'est celle aujourd'hui du
professeur Calmette qui préconise une prophylaxie antituberculeuse per
os chez les nouveau-nés !
Pour avoir du bon
vin, il faut soigner la souche. Le Dr Gastier a eu là une idée
éminemment philosophique qu'ont développée des Dr Lathoud est d'Espiney
est, dans leur travail sur la prophylaxie des épidémies.
Règles pratiques pour le traitement et la prophylaxie homéopathique
épidémiologique
Le rôle que le
médecin homéopathe doit jouer ici est considérable car cette méthode lui
permet d'agir lors du développement des épidémies, beaucoup plus vite et
plus efficacement que les méthodes ordinaires.
Grâce à sa
thérapeutique étiologique indirecte non seulement il pourra arrêter
l'évolution des cas envisagés ou diminuer considérablement la gravité
des maladies déclarées, mais encore éviter les séquelles et même agir
prophylactiquement pour permettre à l'organisme de résister aux
épidémies à venir.
En effet il nous
faut d'emblée considérer de période :
a) période
épidémique.
b) période post
épidémique
Dans le premier
cas quelle sera la prophylaxie la plus utile pour ceux qui sont en
contact avec les malades, soit dans la même région, dans la même ville
dans la même habitation ?
Les précautions
essentielles seront :
Suivre un régime
simple de vie et d'alimentation.
Éviter les
fatigues, l'éveil, les excès, l'air confiné, les assemblées aux réunions
publiques.
Évitez surtout un
facteur primordial de tout envahissement épidémique : la peur,
le microbe de la peur comme on l'a souvent dénommé ; c'est un des
facteurs prédisposant le plus typique et dont on ne saurait assez
souligner l'importance.
Enfin, éviter tout
contact direct avec les malades ou à défaut, prendre des soins de
propreté immédiatement après les avoir touchés.
Au point de vue
thérapeutique il faut envisager de possibilité :
I.- Le génie
épidémique est faible, c'est-à-dire que
les cas sont bénins, de courte durée, ne présentant aucune gravité.
Un petit nombre
seulement d'individus sont touchés (comme dans les grippes saisonnières
durant deux ou trois jours).
Dans ce cas, le
terrain, le climat, les conditions régionales, locales et même
individuelles influent d'une façon manifeste sur le génie épidémique.
L'épidémie pâlit en quelque sorte devant les caractéristiques
individuelles qui elles, trahissent malgré tout le remède à choisir.
C'est ainsi que
Sepia était le remède grippal au Wurtemberg et guérissait presque tous
les maux. À Genève, c'était Bryonia qui remportait la palme pour une
même série grippale, alors qu'à Lausanne, toujours à la même époque
s'était Rhus radicans et à Washington Kalium bichromicum !
II.- Le
génie épidémique est fort, c'est-à-dire
qu'il présente une allure d'emblée maligne, les convalescences sont
longues à établir ; la majorité des cas sont graves, les mortalités
rapides. Un très grand nombre d'individus sont touchés, une région, un
pays tout entier (telle la pandémie de grippe de 1918) durant quelques
semaines voire même plus longtemps.
Dans ce cas, au
contraire, la violence manifeste du génie épidémique, son acuité, sa
brusquerie, son apparition tumultueuse, je dirais même sauvage,
révolutionnaire ne permettent plus aux variations climatériques locales
de se manifester. Elles semblent comme subjuguées momentanément,
éteintes, anéanties. Les symptômes qui priment et qui deviennent
caractéristiques sont ceux de ce génie malfaisant :
Le Génie
d'abord, l'individu ensuite.
C'est pourquoi la
tâche du médecin homéopathe consiste après avoir vu quelques cas, une
dizaine au moins, à se retirer dans son cabinet pour étudier une heure,
deux heures, 10 heures ou davantage s'il le faut, le groupe des remèdes
épidémiques qui va sauver une population. Aucune sollicitation de la
part de malades le réclamant ne doit alors l'atteindre et le déranger
pendant ce travail essentiel est presque sacré, et malgré son désir
d'aider l'île doit lui-même comprendre que sa première tâche est
d'étudier calmement dans la solitude de son cabinet, les remèdes de
curateurs, puisque du résultat de cette étude dépend la vie de centaines
et de milliers d'individus.
Le médecin réunit
donc au moins une dizaine de cas des premières personnes affectées par
l'épidémie envahissante ; il choisira s'il est possible des individus
présentant des atteintes des localisations les plus diverses possibles,
car chaque malade représente vis-à-vis du génie épidémique comme un
organe touché. Et de même qu'en cherchant le remède du malade, nous
examinons la totalité des symptômes de tous ses organes, de même dans
une épidémie marquée nous devons établir la totalité des symptômes
produits sur des organismes différents, puisque chacun est affecté
essentiellement au « locus minoris resistentiae ».
Ce n'est
donc pas l'individualisation du malade qu'il faut chercher en premier
lieu, mais l'individualisation du génie épidémique lui-même.
Après avoir
transcrit sur le papier tous les symptômes obtenus chez ces dix malades,
dont l'un aura présenté une localisation plutôt pulmonaire, un autre
plutôt digestif, un troisième une localisation cérébrale, etc..., il
faut chercher au répertoire des remèdes répondant à ces symptômes.
En nous basant sur
les règles hahnemanniennes de considérer surtout les phénomènes rares,
particuliers, frappants et caractéristiques, nous réunirons un groupe de
3,6 ou 12 remèdes répondant à ces indications, et c'est alors que nous
pourrons, au lit du malade, individualiser et chercher parmi ce groupe
médicamenteux, le remède qui correspond le mieux aux malades considérés.
Il n'existe donc
pas de panacée ni de remède unique, routinièrement indiqué dans chaque
épidémie, mais un groupe de remèdes parmi lesquels il faudra choisir le
simillimum pour chaque cas considéré ; ce groupe de remèdes
épidémiques du moment, établi d'après les règles homéopathiques
permettra de juguler rapidement les cas envisagés.
Dès que l'épidémie
tombe en décroissance et qu'elle faiblit, les caractéristiques locales,
régionales, réapparaissent, et nous retombons dans la première catégorie
citée plus haut.
C'est de suite
après l'épidémie et pendant la convalescence qu'apparaissent les
séquelles c'est-à-dire les tares psoriques qui obligeront le médecin a
prescrire le remède constitutionnel puisque c'est alors le moment
favorable pour cette prescription.
Le médecin
hygiéniste et allopathe lutte contre les épidémies par des moyens
généraux, est armé d'un microscope cherche essentiellement le microbe ;
l'homéopathe doublé d'un hygiéniste emploiera les mêmes mesures
générales de protection et d'isolement, mais visera immédiatement à
établir la thérapeutique active basée sur l'immuable loi : similia,
similibus, curentur.
Période post épidémique
Comment éviter et
prévenir en quelque sorte une épidémie : la résolution de ce problème
est une des plus belles conquêtes de l'homéopathie. Elle consiste à
libérer les malades de leurs tares héréditaires directes ou indirectes
et de leurs tares acquises. Pour cela il est d'abord indispensable de
faire un redressement et une réglementation scrupuleuse de l'hygiène, du
programme de la vie journalière, de l'alimentation, de l'usage modéré et
moral des cinq sens. Il importe également bien souvent d'assurer la
direction mentale et morale des malades.
Pour agir sur
leurs tares ancestrales, leur administrer les remèdes constitutionnels
basés sur leurs états actuels et sur leur symptômes héréditaires : voilà
la vraie prophylaxie.
Il est un fait
observé par tous les homéopathes qui s'occupent de traitement
constitutionnel et de traitement chronique, que les malades ou les
individus qui ont été soignés selon les règles de l'homéopathie pure,
pendant un temps suffisant ou échappent aux épidémies, ou n'en souffrent
que d'une part façon superficielle et s'en débarrassent très
promptement. C'est un fait curieux de remarquer lors d'une épidémie
déclarée que le médecin homéopathe est appelé essentiellement par de
nouveaux malades ou des malades qu'il vient d'entreprendre, et que ceux
qu'il a traité pour l'état général pendant quelques mois ne sont pas
sujets aux épidémies régnantes ou n'en subissent que des atteintes
légères. Ce ne sont donc pas seulement les quelques remèdes
homéopathiques administrés qui améliorent la race, empêche le génie
épidémique d'avoir sa prise et de faire des proies faciles ; mais c'est
leur combinaison avec une vie correcte, droite, hygiénique, naturelle et
normale, qui amène le résultat souhaité. Dans ces conditions seulement,
le médicament employé se charge d'agir sur le déficit du passé pour en
annuler la tendance progressive et empêche l'épidémie d'être meurtrière,
si elle est déjà installée ou en arrête le développement dans le cas
contraire. Car nous avons le droit de nous demander : est-ce l'épidémie
qui vient à nous, ou nous qui l'attirons ? Les philosophes de tout temps
pensent comme les médecins spiritualistes que c'est nous qui attirons
les grands fléaux épidémiques par l'inobservation et la violation des
lois naturelles et que notre premier devoir est de nous réformer
nous-mêmes.
En résumé nous dirons qu'en temps d'épidémie les
moyens prophylactiques consistent à observer rigoureusement les lois de
la vie saine combinées aux remèdes épidémiques du moment et en dehors
des périodes épidémiques la prophylaxie consiste à observer ces mêmes
lois, mais à prendre un médicament qui s'adresse à notre passé
héréditaire et aux tendances acquises et n'auront pu être réglementé et
guéri par l'hygiène rationnelle seule.
IX - Conclusions :
La vraie santé est
une chose qui se gagnait et se mérite. Carton
Stauffer
recommande à ceux qui sont novices en homéopathie de travailler avec
zèle la casuistique, dans les publications parues.
C'est par des
études de ce genre que l'on apprend le mieux à connaître la manière dont
on examine le malade en homéopathie à évaluer les différents symptômes
morbides et les principes d'après lesquelles les médicaments et leurs
doses doivent être choisis.
Il est dit que,
dans la règle, on ne publie dans la casuistique que les cas heureux et
favorables, mais ils sont malgré tout très instructif.
Nous ne voulons
pas dissimuler que nous avons aussi beaucoup d'échecs à enregistrer dans
notre thérapeutique homéopathique, mais ceux-ci sont encore souvent plus
riches en enseignements que les cas heureux.
C'est pourquoi la
modestie et la tolérance sont les vertus que tout médecin devrait
posséder.
Rappelons ici ce
que disait le jeune Paracelse au sujet du vieux et célèbre savant
Léonicenus à l'occasion de son départ de l'université de Ferrara : « Il
me recommanda de ne pas devenir aussi orgueilleux que lui ! »
« Les maladies,
dit Carton, sont des moyens de perfectionnement et des agents de
nettoyage pour l'individu en même temps que pour l'espèce.
« La réelle
signification scientifique des maladies et donc la suivante :
« Elles
apparaissent comme des conditions de vie normale, comme les sanctions de
violation des lois naturelles physiques et mentales. Elles sont donc
éducatrices et purificatrices et elles interviennent justement parce
qu'elles sont une des conséquences de la liberté d'action possédée par
chacun de nous.
« En effet, elles
servent à l'éducation de l'homme, au même titre que toutes les
sensations douloureuses, en lui imposant l'éloignement des écarts de
conduite par les sensations de bien-être physique et de réconfort mental
que leur suppression provoque et que leurs états de santé entretien. Au
point de vue individuel, en forçant l'être à rechercher, à découvrir et
à pratiquer des conditions de vie plus saine !
« Sans la sanction
de la maladie, en effet, qui apprend et oblige à vivre plus sainement,
qui délivre l'individu de ces poisons accumulés, jamais l'homme n'aurait
pris contact avec les inconvénients que comporte la désobéissance aux
lois naturelles.
« Jamais par
conséquent, il n'aurait pu découvrir le contenu et le sens de ces lois,
choisir de son plein gré le bien et la vérité, et par suite, mérité son
élévation et son bonheur. Les sages et les religieux ont donc
parfaitement raison de magnifier le rôle, purificateur, éducateurs et
élévateurs de la souffrance, et les médecins philosophes ont également
raison d'ajouter que la vraie santé est une chose qui se gagne et se
mérite.
« Les épidémies se
déclarent en tant qu'échéance et sanctions des désobéissances
collectives aux lois naturelles de vérité, de bonté, d'unité,
d'abnégation, de travail, de sobriété, de discipline de soi-même qui
sont les conditions fondamentales du progrès, de la santé, du bonheur
des races humaines.
« Quand ces
principes fondamentaux sont violés de longue date, se déclare d'abord
une maladie générale collective. C'est cet état de dégénérescence
physique et mentale qui amoindrit la vitalité et la moralité, et qui
abat les forces de résistance d'une nation. Alors elle devient apte à
contracter des maladies cataloguées qui se nomment guerres civiles ou
étrangères, révolution et grandes épidémies.
« Ces fléaux
obligent à suspendre les habitudes malsaines, a retrouvé des notions
plus justes, à appliquer plus strictement les devoirs essentiels (esprit
de vérité, d'unité, de discipline, de charité, et d'altruisme).
« En un mot la
bonne santé individuelle et sociale ne peut s'acquérir que par la
volonté toujours plus forte d'obéir aux lois naturelles et divines,
c'est-à-dire de penser justement et de bien agir en toute chose. »
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