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LE GENIE EPIDEMIQUE,
Par le
Dr. DUPRAT |
Par le Docteur DUPRAT
SOCIÉTÉ RHODANIENNE D'homéopathir
Séance du 29 mai 1927
à Genève
Le Propagateur de l'homéopathie n°8, 15 octobre 1927, p. 264 |
Notre précepte
thérapeutique le plus précieux est l'individualisation, c'est-à-dire la
reconnaissance de la personnalité de chaque malade dans le groupe des
victimes de la même affection. C'est à trouver cette forme individuelle,
cette originalité de réaction que s'attache notre examen clinique, dans
le but suprême de la perception du remède très semblable, Et, en effet,
dans l'immense majorité des cas pathologiques, ce visage personnel du
malade nous parait avec ses traits exceptionnels, derrière la voilette
banale de l'affection pathologique diagnostiquée.
Néanmoins, il est des
événements morbides, où semble, sinon s'effacer, du moins s'atténuer
considérablement cette indépendance de l'individu malade à l'égard de la
cause pathologique. Ces événements sont les épidémies et celles-ci
résultent dans la règle, de la propagation très multipliée d'une cause
infectieuse et dont l'étendue va du plus simple groupement citadin à la
région, au pays, au continent, à la planète entière ; dans ce dernier
cas, c'est la pandémie dans toute son effrayante splendeur, et telle que
nous l'avons subie au déclin de la guerre de la part de la grippe dite
espagnole.
Donc une épidémie - et je parle ici des atteintes générales
d'une certaine importance virulente - égalise les traits individuels des
malades ; c'est l'unification démocratique, ou mieux encore, la
distribution à la lois la plus égalitaire et la plus destructrice, le
communisme, le bolchevisme pathologique. Dans ces conjonctures, nous
retrouverons d'un malade à l'autre, sous l'effort vraiment oppressif,
tyrannique de la maladie, les mêmes manifestations ; du moins les
variations seront négligeables, insignifiantes.
Cependant, même alors,
le fait de l'individualisation subsiste, mais il passe de l'individu
malade à la maladie généralisée ; et je ne veux pas ainsi exprimer cette
notion banale que telle maladie infectieuse a son individualité propre
quant à telle autre, mais signifier que la même infection prend un
visage différent, une notion particulière selon l'espace et le temps.
C'est là ce que les médecins ont surtout exprimé dès les temps les plus
anciens, en parlant de Génie épidémique.
Le Génie épidémique comprend
donc les caractères particuliers à telle infection épidémique,
caractères qui la distinguent d'une autre manifestation épidémique de la
même affection ; c'est l'individualité d'une épidémie. Ce terme, si
nettement défini soit-il, garde toujours un certain mystère
impressionnant, même à l'heure actuelle où la Science dresse son orgueil
au sommet de tant de triomphes et se rit de toutes les soi-disant
énigmes qui ont suscité sa passion de connaître.
Elle dit avoir défini
la cause de ces maladies infectieuses, la raison de ces épidémies, le
procédé et la nature de ces contagions extensives ; et ce que garde d'un
peu occulte cette vieille expression de Génie épidémique est dépouillé
par son positivisme qu'adoucit cependant une aimable indulgence envers
d'illustres ancêtres. Il est de fait que bien avant la notion de
l'infection, du microbe, les médecins, mis en présence de la contagion
épidémique, se gardaient mal de l'assimilation de la cause morbide à un
mauvais génie, à un être de la coulisse, puissant et meurtrier, et le
choix du terme « Génie épidémique » révèle quelque croyance de cet
ordre. « Donnant une direction fatale à la marche de la maladie
collective, dit le docteur Colin, ce génie était considéré comme une
cause occulte insaisissable, de nature supérieure et inabordable à
l'homme.
Dans son ouvrage Maladies éteintes et maladies nouvelles,
Anglade écrit cette phrase impressionnante, en parlant, il est vrai, des
grandes épidémies fatales : « Comme les anges exterminateurs des livres
saints, elles s'abattent, quand l'heure a sonné, sur les réunions
d'hommes et couchent dans la tombe les générations entières. » Ainsi les
pestes de l'Antiquité étaient-elles attribuées au courroux des dieux. On
rapporte que celle de l'an 165 avant J.-C. avait été déclanchée par la
dispersion d'un souffle pestilentiel échappé d'un coffre d'or qui avait
été forcé par un soldat romain dans le temple de Séleucie.
De nos jours,
en présence d'épidémies exceptionnelles, telle que la grippe de 1918,
des esprits théologiques, tout en respectant les données de la médecine
étiologique, d'ailleurs hésitante, ne craignent pas de voir dans de tels
fléaux le doigt sévère de Dieu punissant l'humanité corrompue et avide
de matière, pour réveiller en elle, et de quel dur réveil, la pensée
spiritualiste, le désir religieux. Au nombre des grandes causes
morbides, l'illustre Paracelse cite l'entité de Dieu, et il écrit ces
lignes :
« Au sujet de cette dernière (l'entité de Dieu), il faut
remarquer que Dieu a mis en nous une peine, un exemple et une conscience
dans les maladies, afin que, par celles-ci, nous comprenions que toutes
choses qui nous appartiennent ne sont rien, et qu'en nulle science nous
n'avons de fondement solide, ni ne connaissons de vérité. Et toute
maladie est un purgatoire. C'est pourquoi aucun médecin ne peut guérir
si Dieu ne fait grâce de ce purgatoire. Le médecin doit donc être celui
qui opère et travaille conformément à la prédestination de ce
purgatoire.»
Qui pourrait en effet certifier que les évènements humains
les plus concrets n'ont pas un envers surnaturel, et que les plus
effrayants de nos cataclysmes ne répondent pas à une direction, à une
leçon providentielle? Mais là n'est pas notre propre souci, à nous
médecins, et l'utilité de nos études, de notre travail, est infiniment
plus modeste, strictement limitée au plan naturel; ne quittons donc pas
celui-ci et n'en négligeons aucun facteur, si grand, si éloigné, si
inconnu soit-il. D'ailleurs ce n'est pas des grandes épidémies
exceptionnelles que nous discutons aujourd'hui, et qui, en effet,
défient en une certaine mesure les commentaires du médecin, mais des
épidémies plus banales, plus courantes, telles que nous les observons
tous les ans.
La maladie étant
un complexe résultant de causes extérieures et de causes internes, de la
collaboration des facteurs ambiants et du terrain qui les reçoit, nous
avons à chercher dans les éléments de cette combinaison les raisons du
Génie épidémique, celui-ci s'imposant, soit qualitativement, par la
force, la violence de ses manifestations, soit qualitativement par le
relief spécial de telle de ses manifestations ou les combinaisons
nouvelles de ces dernières.
Dans les causes
extérieures à l'organisme, nous devons retenir, à côté de la cause
directe, habituellement parasitaire, l'influence des éléments naturels
au sein desquels vit cet organisme et à l'égard desquels il est en état
continuel de réaction. Comme dit si censément Hippocrate, dans son
Traité des Épidémies, celles ci étant un phénomène de généralisation,
d'universalité, on doit rechercher les déterminants externes dans les
causes les plus générales, et ce prince des médecins, appréhendant le
maximum de vérité qui lui était permis à son époque, attribuait ces
maladies épidémiques aux conditions atmosphériques, climatiques,
aquatiques, dont le rôle est en effet indéniable, puissant.
Les micro-organismes (N.DL.R. par EB 2007)
Grâce à
notre grand Pasteur, nous mettons au premier rang étiologique, du moins
au premier rang de l'espace, selon la contiguïté, les micro-organismes.
Les plus habitués de ces derniers à créer une épidémie sont précisément
les plus spécifiques, les plus individualisés dans leur expression
pathologique, mais néanmoins nous savons combien leur virulence peut
être différente d'un moment ou d'un endroit à un autre moment ou à un
autre endroit. Ces variations de virulence acceptent plusieurs
explications. Elles sont en tous cas un fait et aboutissent à des états
épidémiques différents, tout au moins dans le genre quantitatif.
Parmi
ces explications, quant à la différence des virulences, je veux
cependant retenir les vues intéressantes que notre distingué confrère et
membre de notre groupe, le docteur Roy, de Dijon, expose dans son
ouvrage si intéressant et neuf sur le cancer. Il nous rend attentifs,
par exemple, aux différences de taille d'un même microbe, variations qui
peuvent même aboutir à de véritables changements morphologiques. L'état
de virulence le plus accentué correspondrait à la taille la plus réduite
et réciproquement. Ainsi les organismes les plus virulents seraient ces
microbes invisibles appelés «virus filtrants» et précisément mis en
question dans les états épidémiques les plus meurtriers, tels que la
grippe de 1918.
La bonne nutrition du microbe et donc son activité
maxima réduiraient sa taille et simplifieraient sa morphologie et
réciproquement. Outre ces différences d'action dues aux variabilités de
virulence des micro organismes, nous savons combien l'association
microbienne, contractée entre un microbe spécifique et un microbe
d'action plus banale, modifie l'action du premier, soit pour l'aggraver,
soit pour lui donner une expression symptomatologique un peu différente.
Les diphtéries les plus graves sont celles ou le Loeffler se double du
streptocoque; les symptômes d'adénopathie, de fièvre etc.., pourront
devenir dominants dans le cas de cette association, alors qu'ils sont
souvent très modérés dans la diphtérie pure.
Bien avant l'ère
microbienne, l'idée d'infection, de foyer d'infection et de transmission
de ce foyer avait hanté l'esprit des médecins, et ceux ci avaient parlé,
dans ce sens, de miasmes. Par ce mot, qui vous le savez, signifie
souillure (en grec, miasma), ils entendaient des exhalaisons morbifiques,
provenant du sol, appelées aussi effluves, ou bien des émanations de
matières animales mortes, en putréfaction. Boussingault, à la suite de
l'analyse de l'air contigu aux marais et de l'atmosphère des grandes
villes, concluait que ces produits miasmatiques, très probablement
importants dans la genèse des infections étaient représentés par des
matières organiques plus ou moins décomposées.
Cette idée est très
ancienne, puisque nous la trouvons pour la première fois dans
Hippocrate, avec le terme de miasme (traduction Littré, volume VI, page
99). Elle fut surtout reprise et souvent envisagée par les médecins,
depuis le commencement du XIXe siècle. Entre autres, nous nous devons de
rappeler ici les remarques de Hahnemann qui, dans son Organon,
attribuait les maladies épidémiques aiguës à des miasmes aigus, et les
maladies chroniques à des miasmes chroniques. Il reconnaissait
d'ailleurs une spécificité à ces miasmes, puisqu'il distinguait les
miasmes de la variole, de la rougeole, de la coqueluche, etc... Ainsi se
révélait en lui un pressentiment particulièrement précis de la
conception microbienne.
D'ailleurs ces fameux miasmes prenaient
volontiers, devant l'esprit des médecins, figure de mystérieux êtres
vivants. « Les anciens médecins, écrit Bordeu, avaient tellement senti à
quel point les miasmes approchent de l'être vivant qu'ils en avaient
fait des animaux qui viennent par essaim s'emparer des corps. » La
prévision nette des microbes les a donc précédés de bien des années ;
ainsi l'intuition appelle souvent !a découverte scientifique et annonce,
parfois très à l'avance, la constatation concrète de la vérité.
Mais ce
qui nous intéresse ici, et ce que nous devons retenir de ces miasmes,
c'est leur première et plus large définition, c'est-à-dire ces
exhalaisons de marais, de terres bouleversées, de putréfaction, qui se
répandent dans les airs et se propagent au loin. Y a t-il dans ces
miasmes une possibilité morbigène ? Il est très vraisemblable de
l'admettre et ce qui vient rajeunir cette notion et lui redonner une
valeur pratique, - nouvelle preuve que la vérité vient d'un long
enfantement du labeur humain séculaire -, c'est la connaissance
ultramoderne des phénomènes anaphylactiques et anaphylactoïdes. Nous
savons que ces derniers ont trait à l'influence sur l'organisme de
certains corps albuminoïdes, des protéines, influence qui peut aller
jusqu'aux accidents les plus graves et se diversifier en de nombreux
syndromes de la pathologie journalière.
Ces miasmes, ces souillures
organiques répandus dans l'atmosphère et pénétrant par les voies
respiratoires et digestives peuvent donc, indépendamment des
micro-organismes qu'ils contiennent, agir pathologiquement sur un grand
nombre d'individus, sous forme épidémique. Ce qui est aussi intéressant,
c'est que par les phénomènes de choc, d'intensité variable, qu'ils sont
aptes à déterminer, ils peuvent favoriser et additionner les états
microbiens proprement dits et donner, grâce à cette addition
pathogénique, une forme spéciale aux infections épidémiques.
Ainsi,
n'a-t-on pas dit, à propos de l'extrême virulence et des manifestations
déroutantes de la grippe de 1918, que la guerre, avec ses
bouleversements de terrain, les putréfactions des déchets alimentaires
des armées, et aussi des nombreux cadavres sans sépulture ou à sépulture
sommaire, avait créé de dangereux foyers d'infections. Les miasmes
nouveaux venus de ces sources exceptionnelles ont-ils joué un rôle dans
l'épidémie en question, du moins dans un certain rayon, pour favoriser
un Génie épidémique, particulièrement, virulent?
Quoique née d'une
conception ancienne, cette hypothèse n'est point une hérésie en face de
la science la plus moderne, Nous connaissons d'ailleurs positivement
l'importance des miasmes de l'eau. Une eau souillée de matières
organiques peut être, même sans influence microbienne, la cause
fréquente de cas gastro-intestinaux qui se groupent en petites épidémies
; si elle contient en plus du bacille d'Eberth, celui-ci y acquerra une
vitalité et une virulence capables de créer des fièvres typhoïdes à
forme particulièrement toxique.
Conditions atmosphériques
D'une action moins
directe que microbes et miasmes, mais assurant plus ou moins leur
influence, les conditions climatériques et atmosphériques concourent
notablement à la production du Génie épidémique. Hippocrate a mis ces
circonstances sous une belle lumière dans son traité, toujours si
pertinent, "des Lieux, des Airs et des Eaux", et il n'est pas désuet de
la part d'un médecin du XX siècle de rappeler les observations de ce
très lointain ancêtre.
Vous savez
qu'Hippocrate, conformément à la réalité des faits, distinguait 4
constitutions atmosphériques, types d'ailleurs des saisons régulières :
la constitution chaude et humide, type du printemps; chaude et sèche,
type de l'été ; froide et humide, type de l'automne; froide et sèche,
type de l'hiver. C'est l'observation du bon sens populaire quant à la
vie universelle, lorsqu'il s'exprime en cette réflexion bien connue: «Il
faut que les saisons se fassent. » Mais si ces constitutions pèchent
dans leur distribution saisonnière, soit par excès, soit par défaut ou
par inversion, non seulement elles favoriseront les états pathologiques
collectifs, mais encore elles imprimeront aux épidémies une allure
particulière.
Supposons un hiver particulièrement humide, après une
humidité anormale de l'été, les manifestations catarrhales, rhumatoïdes,
les éruptions suintantes et atones de la peau donneront un cachet
particulier aux grippes régnantes.
Un été extrêmement chaud et sec sera
suivi, à l'automne, de phénomènes inflammatoires, pléthoriques, à fièvre
élevée, à caractère violent. Par exemple, une dysenterie automnale,
après un tel été, se fera remarquer par l'acuité de l'irritation
intestinale, du ténesme, par le caractère sanglant des selles,
particulièrement concentrées et petites, par l'état fébrile et très
agité du malade.
D'ailleurs, ces anomalies des constitutions annuelles
et saisonnières agissent aussi et peut-être surtout d'une manière
indirecte, par les modifications parallèles de l'aliment, comme l'a si
magistralement démontré le docteur Carton.
Aux périodes chaudes et
sèches est due une concentration irritante du fruit, du légume, du grain
et de la chair animale, d'où excitation organique, accidents
pléthoriques et inflammatoires.
Aux périodes froides et humides,
appartiennent les aliments appauvris, dilués, peu vitalisés et
minéralisés, et dont les tendances organiques prédisposent, à
l'asthénie, à l'anémie, aux états trop hydratés, avec leurs conséquences
catarrhales, cutanées, rhumatismales, subaiguës.
Les conditions
alimentaires des groupements humains possèdent ainsi une valeur
étiologique primordiale dans la prédisposition morbide générale à
l'épidémie ; et c'est pour cela aussi que, du fait de la généralisation
des fautes alimentaires, nous voyons des épidémies éclater
particulièrement dans les écoles, les casernes, les rassemblements
d'armées.
Soit la carence alimentaire, soit l'excès, soit le manque
d'harmonie qualitative et hiérarchique de l'alimentation, jettent un
rôle d'appel morbide et de fixation de formes cliniques. Ainsi, je me
rappelle qu'au début de la guerre, tandis que je me trouvais sur les
bords de l'Yser, dans un groupe d'artillerie, notre alimentation était à
peu près exclusivement carnée et une eau exécrable nous disposait à un
usage excessif du vin. J'ai remarqué alors dans ma formation des
troubles intestinaux qui, sous l'influence du froid et d'excès
quantitatif alimentaire, avec menus mixtes, se seraient sans doute
limités à une diarrhée banale; là, ce fut une petite épidémie
d'entérite, à forme dysentérique, avec douleurs vives, selles sanglantes
et très réduites, expression clinique conforme à l'erreur diététique
imposée.
Ai-je besoin de
signaler cet autre grand facteur si apte à favoriser le développement
épidémique et à qualifier le tableau morbide, le facteur moral quand il
est généralisé par un évènement universel. Et rien n'est plus
vraisemblable que son intervention dans les épidémies, comme dans tous
les faits de la pathologie humaine, grâce à l'action d'un psychisme
troublé sur le système -nerveux, animateur et régulateur de toute notre
physiologie normale. Cet élément psychique, déclanché par l'épreuve de
la guerre; n'a pas été sans influencer le Génie, épidémique de la grippe
de 1918.
Influences astrales
Il me reste à vous
signaler la dernière parmi les causes externes à l'organisme de Génie
épidémique; c'est la plus lointaine mais la plus grande dans l'ordre de
l'étendue, et je compte que vous ne serez pas effarouchés en m'entendant
parler ici de causes astrales, et d'autant moins que l'histoire d'une
telle influence a reçu l'accueil poli de l'oreille, moins pudique qu'on
ne le pense, de l'Académie de Médecine.
Dernièrement, le docteur Faure,
de La Malou, intéressait cette grave assemblée en lui prouvant
l'influence des tâches solaires passant au méridien, sur les morts
subites et sur leur recrudescence pendant des périodes de deux ou trois
jours consécutifs. Déjà, en 1922, ce même médecin, avec la collaboration
du docteur Sardou, de Nice, et de Monsieur Vallot,. astronome, avait
exposé au même auguste aréopage, l'influence des passages des taches
solaires au méridien sur les accidents aigus survenant au cours des
maladies chroniques, chez des malades éloignés les uns des autres et
sans relations.
Au terme d'une observation prolongée, pendant une
période de 267 jours, sur 237 malades, et en ne retenant que les
exacerbations graves, les auteurs aboutissaient à la conclusion
suivante:
« Le passage des taches solaires au méridien central coïncide
habituellement (88 %) avec la recrudescence des symptômes des maladies
chroniques et même avec l'apparition d'accidents graves ou
exceptionnels, au cours de ces maladies. La même recrudescence ou une
apparition d'accidents analogues peuvent se produire au dehors du
passage des taches, mais alors la coïncidence est plus rare (33 pour
100) et les accidents moins graves. Si donc le passage des taches
solaire n'est pas la seule cause de la recrudescence inexpliquée des cas
pathologiques, il parait du moins être la principale »
Au point de vue
médical, Carton avait déjà signalé, avec preuves à l'appui, l'action des
taches solaires, manifestation de suractivité de notre grande étoile,
sur les constitutions saisonnières dont nous avons parlé tout à l'heure,
et secondairement sur la substance alimentaire et sur les organismes
humains. Sous de tels auspices, on peut donc, sans risquer de passer
pour un illuminé, parler d'astrologie. D'ailleurs, nous, homéopathes,
nous connaissons déjà, grâce à notre matière médicale, ce facteur
astral.
Je vous rappelle les convulsions de Calcarea carbonica à la
pleine lune, celles de Silicea à la nouvelle lune, les névralgies de
Spigelia, de Natrum muriaticum, parallèles à la course solaire,
l'influence meilleure de lodium, de Spongia dans le goitre, quand ils
sont employés à la lune décroissante.
Un de nos grands ancêtres,
Paracelse, comprenait dans le groupe de ses 5 grandes causes morbigènes,
l'entité astrale, sans se placer d'ailleurs au vrai point de vue des
astrologues. Un célèbre médecin anglais du XVIIIeme siècle, Culpeper, ne
concevait pas une pratique efficace de la médecine si elle n'était
guidée par l'astrologie; il écrivait cette réflexion d'un humour tout
britannique : « Un médecin sans astrologie est un pudding sans beurre »
Je me permettrai à mon tour, et toujours à propos de la grippe de 1918,
de vous signaler l'influence astrale, que j'ai retrouvée dans les
éphémérides de cette année. A l'automne se réalisa la menace, qui
planait depuis plusieurs semaines, de l'opposition de Saturne et
d'Uranus. Cet aspect éminemment maléfique (on appelle aspect la distance
angulaire des corps, célestes dans le Zodiaque) devint exact dans la
journée même du 1° octobre, Uranus étant au 24,14 du Verseau, et Saturne
atteignant ce même degré dans le lion ; le Verseau et le Lion sont deux
signes opposés de la ceinture zodiacale. Vous savez que Saturne est
considéré comme l'influence la plus maléfique du système solaire, la
plus fatale, la plus morbifique, et qu'Uranus, dans le domaine des
évènements, est un agent de maléfices et qu'en outre, tandis que
l'influence de Saturne tend à se développer lentement, en profondeur,
Uranus est, au contraire, brusque, explosif dans ses effets et leur
donne un caractère d'étrangeté, de mystère.
Cette opposition éminemment
dangereuse offrait donc tous les caractères du Génie épidémique de la
maladie destructive, violente, déroutante que la planète eut à subir.
Son importance était encore augmentée par la rareté de cette opposition
qui ne peut se réaliser plus d'une fois en 29 ans, et cette rareté était
encore accrue par un fait qui aggravait l'influence fatale de cette
opposition maléfique. Celle-ci devint, exacte le jour même où la lune
passait en conjonction de Saturne, et donc en opposition d'Uranus, et
vous savez que, élément le plus mobile du ciel terrestre, la lune est
considérée comme l'intermédiaire de choix des influences astrales à
l'égard de notre planète, de même qu'elle est le réfléchisseur de la
lumière solaire. Cette double opposition et cette conjonction,
évènement, rare, de triple signification maléfique, selon toutes les
règles majeures de l'astrologie, se produisirent au moment où la grippe
commença à manifester sa plus grande virulence et à multiplier ses
destructions. Je pourrais encore vous faire remarquer que Saturne se
trouvait dans un signe contradictoire à sa nature, le Lion, signe de feu
(de même qu'Uranus dans le Verseau) ce qui indiquait des manifestations
inflammatoires intenses, confirmées par la violence et la soudaineté
venant de l'opposant Uranus. Tout ceci pour vous suggérer l'hypothèse
fort légitime que le rôle de l'influence astrale dans la production de
l'épidémie et de son Génie n'est peut-être pas simplement un jeu
imaginatif des fervents de l'occultisme.
Le terrain
Après cette
échappée vers les espaces stellaires, il me reste à me localiser dans la
plus étroite limite du corps humain pour y chercher les dernières causes
du Génie épidémique, la cause terrain. Nous savons particulièrement
bien, en homéopathie, combien celui-ci est apte à modifier la maladie
qu'il reçoit des mêmes sources que son voisin, et si les variations de
cet individu organique sont aussi nombreuses même que l'humanité dans le
temps et dans l'espace, nous connaissons, bien heureusement pour
faciliter noire pratique, d'utiles classifications qui groupent les
individus en catégories. Je vous cite d'abord les quatre tempéraments
classiques, connus d'Hippocrate, et que l'observation indépendante de
Sigaud a retrouvés et précisés : le tempérament sanguin, respiratoire de
Sigaud; le lymphatique, digestif de Sigaud ; le bilieux, moteur de
Sigaud ; le nerveux, cérébral de Sigaud. Notre école recourt aussi à la
classification de Grauvogl, comprenant les trois constitutions
hydrogénoïde, oxygénoïde et nitrogénoïde. Les données de
l'endocrinologie elle-même nous fait connaître des types humains,
correspondant à l'insuffisance ou à l'hyperfonction des glandes internes
et spécialement décrites par l'italien Pende. De même nous pouvons
recourir aux travaux très utiles des physiognomonistes et tenir compte
notamment des types astraux: saturniens, solaires, jupitériens,
lunaires, etc... Ceux-ci, par leurs associations, correspondent
d'ailleurs à des combinaisons des sus dits tempéraments et présentent le
fait médicalement intéressant de prédispositions particulières,
d'organes sélectifs. Mais j'ai l'air d'oublier la réflexion faite dès le
seuil de cette modeste communication, à savoir que le Génie épidémique
contredit l'individualisation analytique du malade, qu'il est une
individualisation de la maladie extrinsèque, une synthèse qui noie dans
le phénomène collectif le phénomène individuel Mais la plupart des
épidémies ne sont pas des grippes espagnoles, des choléras, des pestes ;
elles procèdent d'habitude plus discrètement, n'atteignant qu'un groupe
restreint; elles ont leurs élus, si l'on peut employer ce terme céleste
à propos d'un épisode d'enfer ou, tout au moins, de purgatoire. Leurs
victimes se recrutent de préférence dans une des catégories sus
énoncées, qui s'y trouvent prédisposées du fait de telle constitution
annuelle, de tel fait astral, de tel élément psychique, de telle
condition nouvelle de l'hygiène alimentaire. Envisageons une épidémie de
typhoïdes, éclatant dans des conditions de surmenages nerveux et de
souffrances morales, au cours d'une guerre, par exemple, nous pourrons
nous attendre logiquement à ce que la maladie sévisse de préférence chez
les tempéraments nerveux, cérébraux, avec des formes particulièrement
orientées vers les manifestations délirantes et ataxoadynamiques. D'où
l'intervention dans la formation du Génie épidémique du type humain
individualisé dans une certaine mesure large, par exemple, selon la
classification des 4 tempéraments.
Je me résume, tout
en m'excusant de ne l'avoir pas fait plus tôt et sans cesse. Le Génie
épidémique, parfois évocateur, dans les grands cataclysmes pandémiques,
d'une puissance surnaturelle, est dans la règle, aux yeux de la courte
science humaine, une résultante de causes nombreuses, à participation
variable, venant, d'une part, du milieu extérieur à l'organisme :
microbes, miasmes, influences climatériques, sidérales, sociale,
morales, failles alimentaires d'autre part, du milieu intérieur de
l'organisme dont la réceptivité et la sensibilité créent de larges
réactions individuelles. La classification de Paracelse (admirable leçon
souvent donnée à l'orgueil des savants modernes) comprend toutes ces
causes dans les 5 entités qu'elle énumère : l'entité de Dieu (influence
surnaturelle) ; l'entité spirituelle (causes morales et psychologiques)
; l'entité astrale (causes solaires et planétaires) ; l'entité du poison
(comprenant tous les facteurs pathogènes de l'ambiance propre à
l'organisme humain, climat, aliments, microbes, miasmes) ; l'entité
naturelle (qui réside dans ce que Paracelse appelle le firmament du
corps humain, où nous pressentons d'une façon précise les fonctions des
glandes internes et les types endocrinologiques, très récemment
étudiés). Somme toute, le Génie épidémique est la personnalité même de
la maladie: il réalise un cas particulier de l'immense variété des êtres
vivants qui, dans leur riche synthèse, peuvent être semblables mais
jamais totalement identiques, sauf dans leurs éléments physiques et
chimiques, dégagés par l'analyse, mais alors il n'est plus question d'un
tout vivant. Pratiquement, la perception du Génie épidémique est pour
nous, homéopathes, une invitation à accomplir du coté maladie ce que
nous nous efforçons de parfaire tous les jours du coté malade.
DISCUSSION
La fin de ce très
remarquable travail du Dr DuPRAT est saluée d'applaudissements unanimes.
Notre PRÉSIDENT, avec sa bonhomie habituelle et sa bonne grâce toute de
finesse spirituelle, remercie vivement l'auteur de cette si intéressante
étude dont la publication ne pourra que jeter un lustre sur notre
groupe. Après lui, certains de nos confrères font les observations
suivantes :
Dr Arnulphy.
Je n'ai aucune
expérience de ces choses, mais je citerai tout de même cela : Au cours
de mon long séjour aux Etats-Unis, j'ai eu l'occasion d'assister à la
réunion du Parlement des Religions, à Chicago. A cet effet, il était
venu du fond des Indes des représentants indous ; il y en avait un qui
parlait l'anglais parfaitement et qui, au cours d'une dissertation
remarquable, a fait justement des remarques comme celles du Dr DUPRAT.
Il eut presque l'audace de dire :
« Messieurs, vous
verrez qu'un jour, au lieu de chercher dans vos bouquins les causes des
épidémies, vous regarderez dans le ciel ; par l'habitude que nous avons,
nous sommes arrivés à la constatation que ce sont des agents spirituels,
tournés quelquefois au tragique, qui influencent sur la nature humaine,
animale et végétale. Les épidémies sont dues à des décharges de certains
êtres dont la présence nous échappe, mais qui peut-être peuvent
s'appeler le démon. «
Ces gens-là, à force de regarder en dedans d'eux-mêmes,
sont capables d'apercevoir les phénomènes cosmiques.
Dr Barry.
Je voudrais dire
au Dr DUPRAT que de très bons esprits s'occupent de ces choses regardées
sous cet angle, et même les acceptent. Toutes les fois qu'un médecin
parle astrologie, son premier geste est de chercher des bâtons pour
s'appuyer: à un congrès de métaphysique un travail fut lu sur la
classification des sept planètes. Cette classification fut appuyée par
un article d'un théologien catholique. Vous pourrez demander cette
communication du Père Peyol à notre confrère Allendy, de Paris.
Dr Rebard.
J'ai entendu une
conférence de l'abbé Moreux qui nous a fait une courbe nous montrant,
d'après les tâches solaires, qu'à telle époque nous aurions de grandes
guerres, de grands cataclysmes, de violentes épidémies. Il a même étudié
l'influence des tâches solaires sur le divorce à Paris !
Dr Pierre Schmidt.
J'ajouterai que
Kent indique un des facteurs importants favorisant les épidémies: la
peur. Dans un endroit où les gens ont peur, les épidémies se répandent
beaucoup plus vite. Pour la communication du Dr DUPRAT nous la
présenterons au congrès de Londres au nom de la Société Rhodanienne.
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