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DYNAMISME, VITALISME ET HOMEOPATHIE |
Docteur Bayle, d'Annonay.
Le Propagateur de l'homéopathie n°5, novembre 1925, p. 109 |
Pour la plupart de
nos contemporains, l'homéopathie est une méthode de traitement des
maladies par des doses infinitésimales d'une drogue, quelque chose comme
une pratique masquée et dissimulée de suggestion, à l'usage d'une
catégorie de malades plus ou moins maniaques ; pour un très grand nombre
l'homéopathie est une médecine qui a pour but de traiter le mal par le
mal, médecine dont il faut se garer comme de la peste puisqu'on a déjà
bien assez de sa maladie sans y ajouter. Un petit nombre d'initiés
seulement savent que l'homéopathie consiste à traiter les troubles
morbides par l'administration, à très petites doses, de substances
susceptibles de déterminer, à doses pondérables, chez l'homme sain, des
troubles semblables ou analogues à ceux que présente le malade. Mais il
importe, en outre, pour bien comprendre la méthode homéopathique, de ne
pas perdre de vue qu'elle implique l'admission du dynamisme vital. La
vie n'est pas le résultat de la matière organisme ; la vie organise
la matière.
Ce principe de
Hahnemann, dit Léon Simon clans ses commentaires de l'Organon, est la
clef de toute la méthode. Il domine la physiologie, la pathologie, la
pharmaco-dynamique et la thérapeutique homéopathique. Dans tous les
écrits sortis de sa plume, Hahnemann y revient sans cesse, soit qu'il le
prenne comme principe de déduction, soit qu'il lui rapporte tous les
autres faits. S'agit-il de définir la vie physiologiquement considérée,
il dit : L'organisme matériel supposé sans force vitale ne peut ni
agir, ni sentir, ni rien faire pour sa propre conservation. S'agit-il de préciser le point initial de toute maladie, il dit encore : Il n'y a que la force vitale désaccordée qui produise les maladies.
Veut-il faire connaître le mode d'action des substances médicamenteuses,
il se refuse à ne voir en elles que des matières mortes. Pour lui, leur véritable essence est dynamique; c'est une force pure que le
frottement, exercé à la, manière homéopathique, peut exalter jusqu'à
l'infini. S'agit-il, enfin, d'indiquer comment les médicaments
rétablissent l'harmonie de la vie, il ne se contente pas de formuler par
le précepte similia similibus curantur, le rapport du médicament à la
maladie ; il pose comme un fait que l'action est toute dynamique.
Il n'y a donc pas,
dans la méthode hahnemannienne, de principe plus élevé et plus général
que le dynamisme: c'est de lui que tout part, c'est à lui
que tout revient.
Comment Hahnemann
l'a t-il entendu ? Pour comprendre sa pensée, il faut peser les termes
de l'énoncé. Enlevez à l'organisme matériel la force vitale, il ne peut
plus ni sentir, ni agir, ni rien faire pour sa propre conservation.
Hahnemann ne dit pas que l'homme privé de sa force vitale ne pourrait ni
penser, ni vouloir, ce qui est le propre de l'intelligence, le caractère
distinctif de l'âme; il dit encore moins que l'organisme matériel
cesserait d'obéir aux lois physiques et aux affinités chimiques, mais
seulement qu'il serait dépourvu de sensibilité et d'action, et qu'il ne
pourrait rien pour sa propre conservation. Il se sépare ainsi du
matérialisme physiologique dans ce qu'il a de moins acceptable, du
panthéisme physiologique vers lequel Griesselich semblait incliner et de
l'animisme médical représenté dans l'histoire de la médecine sous des
formes diverses et en des temps différents. Il semble plutôt se
rapprocher de Barthez et de l'école de Montpellier qui, eux aussi,
voulaient, comme Hahnemann, établir une distinction profonde entre
l'âme, la force vitale et cet agrégat d'éléments divers auquel on a
donné le nom de corps. Hahnemann met un tel scrupule dans son énoncé
que, pour éviter toute équivoque, il ne rapporte point la force vitale à
l'homme, mais seulement à cette partie de l'homme, sujet de ses études,
et qu'il nomme l'organisme matériel. Il laisse ainsi, en dehors du
cercle qu'il s'était tracé, tout ce qui est étranger au but qu'il se
propose, et n'ambitionne rien de plus que de pénétrer la cause profonde,
mais toujours expérimentale, des phénomènes physiologiques et
thérapeutiques dont l'homme est le sujet.
A l'appui du
dynamisme vital hahnemannien et pour réduire l'importance excessive
accordée aux lésions anatomopathologiques dans le concept moderne de
maladies, citons les pages suivantes de Pierre Bonnier :
Le médecin oublie
constamment, en présence d'une perte de l'équilibre fonctionnel ou d'un
trouble de l'intégrité organique, que l'homme ne vit à chaque instant
que par la vigilance et par l'activité des centres nerveux chargés
précisément du maintien et de l'adaptation incessante de cette intégrité
et de cet équilibre. Le médecin n'est pas entraîné, dans l'étude de
chaque signe clinique, à remonter de la manifestation périphérique,
extérieure, à l'origine centrale. Il se borne trop à voir le trouble en
lui-même, à soigner le mal là où il le constate, où il affleure. Grasset
proteste avec raison contre cette si courte vue.
La classification
des maladies, dans les manuels comme dans l'esprit du praticien, se fait
encore par organes, selon l'aspect anatomique, superficiel, de la
question : maladies du foie, de l'intestin, du rein, du cerveau, de la
peau, du sang. Ou bien, on classe suivant l'agent microbien, au lieu de
voir la réaction organique.
Or, le système
nerveux est la charpente physiologique du corps comme le squelette
en est la charpente anatomique.
L'idée que nos
organes sont, dans la santé comme dans la maladie, le reflet de la santé
et de la maladie de leurs centres nerveux, cette idée, n'ayant jamais
figuré dans la liste des questions d'examens et de concours, semble
n'avoir jamais non plus trouvé place dans les cerveaux encombrés des
jeunes médecins. Quand on pense au système nerveux. c'est que la cause
du trouble observé ne peut plus être cherché ailleurs que dans ce
terrain obscur et vague où réside la force des choses physiologiques et
pathologiques, auquel on ne nous a pas habitués à penser, et dont nous
pouvons très bien n'avoir aucune idée pendant toute notre carrière de
praticiens.
Sans doute, si un
malade a de l'albumine dans son urine; nous ne pensons pas que c'est son
urine qui est malade, ni même, probablement, sa vessie : nous remontons
jusqu'au rein, et nous en restons là, parce que nos livres nous ont
appris que l'albuminurie indiquait une maladie du rein - Pourquoi ce
rein laisse-t-il passer de l'albumine ? Parce qu'il est malade. Ce rein
a un vice albuminurique comme l'opium a une vertu dormitive. Si vous
émettez l'opinion que ce rein a perdu peut-être son intégrité organique
et certainement son équilibre fonctionnel par la défaillance de ses
centres nerveux, que c'est par eux qu'il se porte bien, et que, comme il
ne se porte pas du tout par lui-même, c'est forcément par eux aussi
qu'il se porte mal, on vous regarde de travers. Les plus savants, les
plus récents travaux sur les néphrites laissent totalement de côté le
système nerveux.
Si c'est du sucre
que contient l'urine, on remonte du rein au sang, et du sang au foie, et
l'on raisonne pour lui comme pour le rein, c'est-à-dire aussi mal. Or il
est tout de même difficile, ne fut-ce qu'en souvenir de Claude Bernard,
de ne pas songer un moment aux centres nerveux, au bulbe. Mais si c'est
au pancréas que l'on s'arrête, on trouve là des choses si intéressantes
et si nouvelles, que pour longtemps on n'éprouvera pas le besoin de
songer aux centres nerveux. Et il en sera ainsi de toutes les maladies,
sauf de celles qui sont propres à l'organe nerveux lui-même.
Sans doute, le
médecin reconnaît volontiers que le système nerveux joue un certain rôle
dans le fonctionnement et dans la vie des organes, il le sait, mais il
n'y pense pas.
El c'est alors
absolument comme s'il ne le savait pas.
Comme ce rôle des
centres nerveux est naturellement d'autant plus mal connu qu'il est
souvent méconnu, et comme la neurologie est encore la moins scientifique
des sciences médicales, on croit pouvoir, dans la pratique, raisonner
comme si les organes vivaient, fonctionnaient, souffraient et se
défendaient par eux-mêmes. On dit : « Ce foie se défend bien, cette peau
se défend mal ». Cela simplifie tant les choses, et, la médecine semble
parfois devenue si claire, quand on a délibérément laissé de côté tout
ce qui ne cadre pas avec l'idée qu'on s'est faite !
Si nous voulons
que notre thérapeutique soit plus bienfaisante que la thérapeutique
allopathique, pensons toujours au rôle des centres nerveux, mais plus
encore au dynamisme vital hahnemannien.
Ne passons pas un
jour sans relire et méditer ces deux paragraphes de l'Organon :
12. - Il n'y a que la force vitale désaccordée
qui produise les maladies. Les phénomènes morbides accessibles à nos
sens expriment donc en même temps tout le changement interne,
c'est-à-dire la totalité du désaccord de la puissance intérieure. En un
mot, ils mettent, la maladie en évidence. Par conséquent, la guérison
c'est-à-dire la cessation de toute manifestation maladive, la
disparition de tous les changements appréciables qui sont incompatibles
avec l'état normal de la vie, a pour condition et suppose nécessairement
que la force vitale soit rétablie dans son intégrité et l'organisme
entier ramené à la santé.
13. - Il suit de là que la maladie,
inabordable aux procédés mécaniques de la chirurgie, n'est point, comme
les allo-pathistes la dépeignent, une chose distincte du tout vivant, de
l'organisme et de la force vitale qui l'anime, cachée dans l'intérieur
du corps et toujours matérielle, quelque degré de subtilité qu'on
veuille bien d'ailleurs lui attribuer. Une pareille idée ne pouvait
naitre que dans des têtes imbues des doctrines du matérialisme. C'est
elle qui, depuis des millions d'années, a poussé la médecine dans toutes
les fausses routes qu'elle a parcourues et où elle s'est écartée de sa
véritable destination.
Docteur BAYLE,
d'Annonay.
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