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L'INDIGESTION |
Docteur J. A. LATHOUD, de Lyon.
Le Propagateur de l'homéopathie n°1, mai 1925, p. 6 |
Nous voulons
parler ici de l'indigestion ordinaire survenant en plein état de santé
habituel et non du vomissement pouvant être le symptôme d'affections
multiples et dont, certaines peu vent être très graves, en tout cas
demandant toujours l'avis du médecin.
Au contraire, dans
l'indigestion ordinaire, nous voyons apparaître quelques heures après le
repas, chez un individu ordinairement bien portant, un état de malaise
particulier, de pesanteur au creux de l'estomac, s'accompagnant de
frivolité et de lourdeur de tête, de bâillements et parfois de
battements de cour angoissants. Après quelques éructations, souvent
putrides et rappelant le goût ou l'odeur des aliments qui ont provoqué
l'indigestion, surviennent des nausées ; la peau se couvre de sueur
froide, l'état de malaise général, d'angoisse augmente et finalement
arrivent des vomissements qui soulagent le malade.
Parfois les
vomissements ne libèrent pas le malade et d'abondantes selles
diarrhéiques, fétides surviennent ; assez souvent le patient se
débarrasse par les deux voix opposées cependant que l'anxiété, le
sentiment de défaillance, la sueur froide, atteignent leur plus haut
point.
En général,
l'évacuation terminée, tout rentre dans l'ordre. Dans certains cas ou
chez certains sujets plus sensibles, pendant quelques jours, la langue
peut rester chargée et il y a de l'inappétence et de la sensibilité
épigastrique.
Au début de
l'indigestion, lorsqu'on commence à se sentir l'estomac embarrassé,
lorsqu'on a cette sensation de gène épigastrique qu'on traduit en disant
que le repas ne passe pas, « qu'il pèse sur l'estomac », on peut enrayer
le malaise et faciliter la bonne marche de la digestion gastrique en
prenant, suivant les mets qui s'imposent, les médicaments suivants :
Si on a mangé des
aliments trop gras ou trop de pâtisseries faites avec une pâte trop
grasse, quelques globules de Pulsatilla 6 au besoin
répétées au bout d'une heure, feront le plus grand bien. Si
l'indigestion est produite par les choux, c'est Bryone 6
qu'il faut prendre ; si c'est par l'oignon : Thuya 12 ; si
ce sont les huîtres, 10 globules de Lycopodium 30 ; si
c'est une trop grande quantité de fraises absorbées qui détermine le
malaise : Oxalic. acidum 6 : si c'est d'une manière
générale les fruits qu'il faut incriminer : Cinchona 3 ;
si ce sont des plats doux, des sucreries : Argent. nit. 12
; une indigestion par les farineux demande au début Carbo
vegetabilis 6. Si c'est le lait qui n'est pas supporté on
donnera Æthusa cynapium 6 chez le nourrisson, et plus
spécialement Magnesia carbonica. 6, chez l'adulte. Pour
les abus d'alcool, de vin, etc., une dose de Nux vomica 12
rendra service. Quand l'eau, surtout l'eau froide, glacée, est mal
digérée, Arsenic album 12 est le remède ou Carbo
vegetabilis.
Il faut faire ici
une place à part à Ipeca qui peut rendre service non
seulement au début d'une indigestion produite par des aliments gras,
mais d'une manière générale dans le cours d'une indigestion quand le
symptôme « nausées » domine la scène. Voici le tableau des nausées et de
l'état que produit et guérit Ipeca : Nausées, nausées violentes et
persistantes ; envies et efforts de vomissements que rien ne soulage :
« Ipeca, écrit Nash, est le premier de tous les remèdes pour les nausées
; nausées persistantes et telles que le sujet n'est pas soulagé par les
vomissements s'il survient ». Avec cela il y a une sensation de malaise
indéfinissable, une sorte d'angoisse, au creux de l'estomac et --
symptôme dont nous avons déjà montré l'importance diagnostique plus haut
; avec tout cela, la langue est généralement propre. Donc lorsqu'on se
trouve en face d'un sujet souffrant, par suite d'un écart de régime, de
nausées violentes, comme celles décrites plus haut et que la langue est
nette, donnons Ipeca 3, 5 à 6 glob. toutes les 1/2 heure jusqu'à
disparition du symptôme. Cet état de la langue est très caractéristique
et important car s'il indique d'une part le remède, d'autre part il nous
permet de distinguer Ipeca d'avec Antimonium crudum.
Comme Ipeca, en
effet, Antimonium crudum détermine et guérit de violentes
nausées avec vomissements et les deux remèdes sont utiles dans
l'indigestion. "Nausées, angoisse, détresse, arec sensation pénible
d'avoir l'estomac lourd, rempli, surchargé ; efforts prolongés, nausées,
vomissements » (Kent). Mais, contrairement à Ipeca, la langue est
excessivement blanche, très chargée, recouverte d'un épais enduit blanc.
Nul autre, dans la nature médicale ne présente ce symptôme d'une manière
aussi violente, aussi caractéristique. Et toutes les fois où un trouble
gastrique s'accompagne de celte langue particulièrement chargée, une
dose répétée d'Antimonium crud. 6, répétée 2 à 3 fois à une heure ou
deux d'intervalle chaque fois, si besoin est, soulagera le patient.
Qu'on nous
permette de faire une remarque. L'ipéca et l'Antimoine présentent un
intérêt un peu particulier mais qui n'est pas sans devoir être noté ;
c'est celui de permettre une expérience aux sceptiques de l'homéopathie
: qu'ils prennent une dose pondérable de l'un ou l'autre remède : 0.30
gr. de poudre d'ipéca, par exemple, qu'ils notent soigneusement les
symptômes qu'ils éprouvent; puis quelques jours après qu'ils fassent un
dîner copieux, et qu'ils satisfassent leur gourmandise jusqu'à
l'indigestion (on peut faire cela pour chercher à confondre les
hallucinés que nous sommes, pauvres homéopathes !). Ils remarqueront
alors combien les symptômes ressentis : angoisse, nausées, etc., avec
une langue paradoxalement nette malgré ce piteux état gastrique -- ce
qui ne sera pas si Antimonium crudum est le remède, - combien ces
symptômes, disons-nous, ressembleront à ceux qu'a déterminés
précédemment l'ipéca ; le soulagement qu'ils ressentiront vite en
prenant quelques globules d'ipéca à la 3° ou à la 5° dil. leur montrera
alors à la fois la vérité de la loi des semblables - et à la fois
l'utilité de ces petits globules où il y a en vérité autre chose que...
du rêve !
Un autre
médicament qui peut nous être d'une grande utilité ici est Veratrum album : il est indiqué dans les indigestions violentes
aux nausées et vomissements abondants, aggravés par les boissons (le
malade a très soif surtout pour de l'eau froide qu'il vomit dès qu'elle
est avalée) et le moindre mouvement, en même temps qu'il y a une
diarrhée de selles aqueuses, copieuses évacués avec force, et suivies
d'une grande prostration : ce dernier symptôme est très caractéristique
en même temps qu'une sueur froide au visage qui est livide, aux traits
tirés, sueur froide surtout abondante sur le front. Quelques doses de 5
globules de Veratrum Album 6 remettront tout en ordre.
(à. suivre).
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