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PSORINUM

Séance Du 19 decembre 1912
Présidence du Dr d'Espiney
Le Propagateur de l'homéopathie n°12,
31 decembre 1912, p. 265

 

PSORINUM

Dr Bayle

Psorinum est un médicament qui mérite plus spécialement l'attention des praticiens, car il se rattache à théorie de la psore de Hahnemann. Il ne nous est pas nécessaire de reparler de sa pathogénésie que nous trouvons très bien faite dans The Materia medica of the Nosodes d'Allen, puisque nous l'avons tous lue dans la traduction donnée par le Dr Duprat dans le Propagateur du 31 juillet 1910, p. 159, et qu'elle nous sert de guide dans la pratique.

Après les idées de Hahnemann sur la dynamisation de la matière, c'est sa doctrine de la psore qui arrête beaucoup de débutants en homéopathie. Ce fut du reste ce que j'éprouvai moi-même. Il y a 15 ans, je lisais dans Trousseau la critique de l'homéopathie, son fameux réquisitoire contre elle, et malgré tout le talent de Trousseau pour combattre les idées de Hahnemann je me disais: « C'est Trousseau qui a tort et Hahnemann qui a raison ». Puis je lus l'Organon.

L'infinitésimalité des doses recommandées par Hahnemann me laissa sceptique, mais les progrès de la science moderne me les firent peu à peu accepter. Les travaux de Gustave Lebon surtout, son livre sur l'Evolution de la matière donnaient raison à Hahnemann. Gustave Lebon est un des savants les plus originaux de ce temps et ce n'est qu'après l'avoir lu que l'on peut réellement comprendre le mécanisme de l'efficacité des doses infinitésimales. La psore de Hahnemann me semblait aussi inacceptable, mais il faut considérer cette idée pathologique dans l'extension que lui donnait Hahnemann et l'on arrive à contrôler les relations incessantes qui existent entre les affections de la peau et les maladies des organes internes.

La thérapeutique homéopathique met tout cela en évidence, puisque très souvent l'administration de Sulfur, de Psorinum, etc. à des malades atteints d'asthme, de troubles cardiaques ou pulmonaires, laisse réapparaître après la guérison de ces troubles d'organes internes, une maladie de peau antérieure. Je vous citerai le cas d'un malade guéri de son asthme par un traitement homéopathique, ce malade vit un ancien eczéma réapparaître au niveau de la cuisse, il se rappelait qu'on lui avait autrefois fait passer son eczéma par des applications externes intempestives et que son asthme avait débuté lors de la disparition de son eczéma. Aussi me disait-il : « Et surtout maintenant, ne guérissez pas mon eczéma ».

 

Dr J. Gallavardin

Très souvent un traitement homéopathique bien conduit fait repasser la maladie par les mêmes phases éprouvées antérieurement, la maladie suit comme une évolution régressive, ce qui n'empêche pas de continuer à traiter ses dernières manifestations par des remèdes internes.

Psorinum avait été employé par les premiers médecins homéopathes en 1832, 1833, et les Archives de Stapf contiennent les travaux de Hering sur ce médicament et sa pathogénésie (439 symptômes).

Un des premiers, Hering s'occupa du virus de la Psore, ses expériences faites avec le venin des serpents (Lachesis) avec la salive du chien enragé (Hydrophobin), remède qu'il proposait alors pour traiter la rage, avec le virus vaccin, le conduisirent naturellement à l'emploi d'autres virus, qu'il appela Psorin, Pianin, Syphilin, Phthisin. Hering avait même fait des remarques philologiques sur le nom de ces médicaments et il disait à propos de Psoricum et de Psorinum : la terminaison icus signifie ce qui appartient à la chose, ce qui la concerne, inus signifie la substance (non pas ce qui appartient à cette chose, mais) ce qui vient d'elle, ce qui la constitue.

Psoricum peut donc s'appliquer à un remède qui concerne la psore et l'on pourrait très bien appeler Psoriques les remèdes que nous appelons Antipsoriques, comme Celse le faisait déjà. Psorinum doit uniquement désigner ce qui vient de la psore, ce qu'on a retiré d'elle, ce qui contient sa substance particulière. Psoricum est donc une expression générale qui peut très bien s'appliquer à beaucoup d'autres choses, mais Psorinum doit désigner uniquement et spécialement la substance même dont nous nous servons, que nous donnons, et pas autre chose. Ainsi s'exprimait Hering, ce sont ces dénominations que l'on emploie actuellement pour désigner les virus comme Tetanin, Tuberculin, etc.

 

Dr Collard

Il est étonnant de constater cette régression de symptômes et le retour à la santé chez les malades traités homéopathiquement. Récemment j'ai traité une jeune fille de 18 ans qui avait un acné de la face avec aggravation très marquée huit jours avant les règles. Psorin 200, un globule tous les 10 jours le fit disparaître. Or, je viens d'apprendre que, cette jeune fille réglée à l'âge de 14 ans avait, dans les premiers temps de sa menstruation, des règles douloureuses et que cette dysménorrhée avait disparu lors de l'apparition de l'acné de la face. La guérison de l'acné de la face a fait réapparaître quelques douleurs des règles.

 

Dr Bernay

Pour achever la guérison il faudrait trouver le remède complémentaire de Psorin.

 

Dr D'espiney

On le trouverait probablement dans Sulfur ou Tuberculin. Il faudrait rechercher l'indication de l'un ou de l'autre de ces remèdes chez la malade. On rencontre souvent des cas où il existe un balancement entre l'acné et l'asthme, Sulfur, Tuberculin leur sont applicables.

 

Syphilis, Mercure et Arsenic

Dr Bayle

Le traitement de la syphilis par le mercure est considéré comme spécifique, cependant je voudrais vous signaler comment les médecins qui persistent à méconnaître l'homéopathicité du mercure à la syphilis peuvent nuire à leurs malades. Il arrive de rencontrer des malades ayant des plaques muqueuses dans la bouche et prenant du bichlorure de mercure. Quand ces malades vont consulter un médecin ils reçoivent souvent ce conseil : « Si vous avez encore des plaques muqueuses c'est que vous n'avez pas assez pris de bichlorure de mercure. Continuez le traitement intensif. » A ces malades, il serait préférable de dire : « C'est parce que vous prenez encore du bichlorure de mercure que vous avez des plaques muqueuses, cessez-le, vous guérirez ».

Un cas plus probant est le suivant : Un malade âgé de 40 ans, atteint de syphilis assez bénigne, se traite en prenant 5 à 6 centigrammes de proto-iodure de mercure par jour jusqu'à disparition des accidents ; il revient au même traitement deux ou trois fois lorsqu'il éprouve quelque symptôme suspect. Il reçoit le conseil de cesser l'emploi du traitement mercuriel aussitôt qu'il ne constate plus aucun symptôme spécifique.

Peu satisfait de cette recommandation et persuadé qu'il existe un traitement préventif des accidents ultérieurs, il consulte un médecin spécialiste des maladies vénériennes qui lui applique la méthode de Fournier : traitement intensif pendant 15 jours tous les deux mois. Le malade constate que non seulement il ne peut pas supporter le traitement intensif, mais qu'il ne peut pas même tolérer 5 milligrammes de proto-iodure lorsqu'il ne présente plus de symptômes syphilitiques, alors qu'il supportait aisément 5 à 6 centigrammes lorsqu'il était en puissance d'accidents. La diarrhée est occasionnée par une dose même, inférieure à 5 milligrammes. Un troisième médecin consulté dit que puisqu'il y a intolérance pour le mercure par les voies digestives il faut appliquer le traitement par injections hypodermiques.

A la suite de ce traitement, le malade, qui ne présentait aucun accident syphilitique, commence à souffrir de mictions fréquentes et impérieuses, surtout la nuit, obligation de se lever toutes les heures. On constate une hypertrophie prostatique qui est traitée par le massage. Après une nouvelle série d'injections, réapparition des mêmes symptômes pollakiuriques, avec en plus pus et albumine dans l'urine, douleurs dans les reins. Le médecin et le malade se demandent s'il ne faut pas envisager le diagnostic de tuberculose des reins. On décide de soumettre le cas à un chirurgien, qui propose de pratiquer la séparation de l'urine de chaque rein avant de savoir quel rein devait être enlevé.

J'intervins alors et demandai au malade : « Et après qu'on vous aura enlevé un rein, que se proposera-t-on de faire ? » Je lui conseillai de cesse tout traitement mercuriel et de prendre Nitri acidum 30°. Tout rentre dans l'ordre et le malade éprouve seulement de temps à autre un peu de gêne pour la miction qui se fait lentement et sans force dans le jet. Le malade s'est bien promis de ne plus avoir recours au traitement soi disant préventif.

Tous les symptômes d'intoxication par le mercure que ce malade a éprouvé, pollakiurie, prostatite, se trouvent tout au long dans la pathogénésie hahnemannienne.

 

Dr Bernay

Il peut en être de même quand on donne dans le traitement de la syphilis l'arsenic sous forme d'arsenobenzol ou 606. Je citerai le cas d'un malade atteint de syphilis, on pratiqua la réaction de Wassermann qui donna un résultat positif. On lui fit une piqûre de 606. Après cela le Wassermann fut négatif. Par précaution ou pour prévention on lui fit une autre injection de 606. Le Wassermann devint alors positif. Le médecin traitant proposa de recommencer les injections. C'est alors que le malade, un peu désespéré du résultat du traitement suivi, vint me trouver. Je le traitai par Nux Vomica, Aurum, et actuellement il se trouve bien.

 

Dr J. Gallavardin

Comme pour le mercure, il y a homéopathicité de l'arsenic et de la syphilis et cette année à Nîmes, lors du Congrès annuel pour l'avancement des sciences, notre confrère de Paris, le Dr Conan a fait une communication dans laquelle il démontre que si l'arsenic guérit la syphilis, c'est parce qu'il agit homéopathiquement. Il est donc nécessaire d'appliquer l'arsenic dans le traitement de la syphilis d'après les indications homéopathiques et en suivant les règles posologiques hahnemanniennes.

Quant aux théories d'Ehrlich sur la Therapia sterilisans magna, vous avez lu dans le Propagateur comment le Dr Coste dans son article sur le Métabolisme du Médicament les a adaptées pour servir à l'explication de la guérison homéopathique. Tous ces faits d'amélioration et d'aggravation de la syphilis par le 606 donnent raison au Dr Coste.

A l'Hôpital homéopathique, une malade atteinte de syphilis cérébrale était entrée avec un billet du médecin traitant proposant de lui faire du 606. Cette malade avait de la méningo-encéphalite diffuse, avec perte progressive de la connaissance, délire. Le Dr Noack la traita avec plusieurs remèdes et surtout avec Aurum, il la rétablit complètement et cela à l'étonnement de l'interne et du personnel infirmier qui pensaient que la place d'une telle malade était plutôt dans une maison de santé que dans un hôpital homéopathique.

 

Dr Bernay

J'ai eu récemment l'occasion de revoir cette malade, elle va parfaitement bien et elle ne se rappelle plus l'état grave qu'elle a traversé.

 

Dr Collard

Le 606 donne des aggravations homéopathiques et je pourrais aussi parler d'un syphilitique auquel un médecin avait injecté du 606. Le malade eut de la diarrhée avec sensation de brûlure, ce qui est caractéristique de l'arsenic.

 

Séance du 16 janvier 1913
Sujet à traiter :
Causticum.

 

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