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LA PREMIERE GUERISON HOMEOPATHIQUE |
Dr Henry DUPRAT de Genève
Le Propagateur de l'homéopathie
n°3, 31 mars 1914, p. 52
n°4, 30 avril 1914, p. 73 |
Au nombre des succès thérapeutiques obtenus par tout
médecin homéopathe attentif et consciencieux, aucun ne lui est précieux
et ne reste clair et lumineux dans son souvenir comme sa première cure.
Cette intensité d'impression est surtout réservée à l'homéopathe devenu
tel au cours de sa carrière, ce qui est le cas habituel en Europe où il
n'existe pour ainsi dire pas d'enseignement organisé de l'homéopathie et
où l'étudiant en médecine arrive à son doctorat en n'apprenant rien de
cette doctrine ni de son génial fondateur. Et cependant l'histoire de la
médecine dans les chaires officielles ne néglige aucun de ces
innovateurs de médiocre envergure qui, sur des données purement
spéculatives, fondèrent des méthodes thérapeutiques éphémères, souvent
contradictoires, abandonnées et plusieurs fois condamnées pour leurs
méfaits. Mais la découverte de Hahnemann souffre d'un ostracisme
déconcertant, et cependant sa méthode est fondée sur l'observation et
l'expérimentation précise, répond aux conditions de toute construction
vraiment scientifique, animée de la vérité vivante du fait, et, reste
toujours plus inébranlable après un siècle de lutte et d'épreuves, parmi
les débris de tous les systèmes officiels que l'École a successivement
enseignés.
Le jeune médecin, au sortir de la Faculté, se met néanmoins
courageusement au travail professionnel avec souvent un enthousiasme que
ne justifie certes en rien ce qu'il a pu voir dans la pratique
thérapeutique des cliniques d'hôpital. Hélas! l'enthousiasme ne dure
point, la désillusion ne tarde pas à venir serrer son cour, et trop
fréquemment le scepticisme s'installe de bonne heure dans sa conscience
médicale. Si sa foi à la médecine résiste, il se met alors à chercher de
tout côté la lumière, le point d'appui qui lui manquent; il néglige la
thérapeutique médicamenteuse proprement dite, pour s'adonner plus
spécialement aux pratiques auxiliaires, à l'hydrothérapie,
l'électrothérapie, le massage, etc... Dans ces méthodes vraiment
secourables il ne peut trouver que des ressources partielles et
limitées, jamais une méthode thérapeutique générale, universelle. Il
fait parfois une étape regrettable dans la dosimétrie qui lui promet
monts et merveilles mais ne tarde pas à se révéler comme la
thérapeutique la plus intoxicante qui soit au monde... Sa fidélité à
chercher la vérité médicale touche trop rarement à sa récompense et
grâce au conseil occasionnel d'un praticien ou d'un client de
l'Homéopathie le voici mis en face de la grande loi des semblables.
Il commence alors à étudier la théorie de la thérapeutique de Hahnemann,
le rationalisme de la doctrine le séduit, sa confiance déjà acquise aux
méthodes pastoriennes facilite sa compréhension, son horizon
professionnel s'agrandit et s'éclaire d'un espoir nouveau, il se hâte
d'apprendre la matière médicale homéopathique et arrive avec impatience
à l'heure particulièrement solennelle de son premier essai sur le
malade. En vérité, cette heure lui apporte une émotion complexe! émotion
dans le choix difficile du remède, émotion de l'emploi d'une dose
infinitésimale, si différente de celles qui lui furent jusqu'ici
familières, émotion de l'aggravation possible du malade, émotion de la
crainte d'un échec, de l'attente du résultat. Et quand celui-ci se
produit avec la fidélité promise par nos maîtres, souvent éclatant,
toujours nouveau pour un allopathe, c'est alors la joie profonde,
intense, la beauté rêvée de toute une carrière qui resplendit sur le
chemin du médecin au seuil de sa conversion.
Je ne pourrai jamais oublier moi-même ces débuts en
Hahnemann après trois années de pratique officielle désillusionnante et
après plusieurs mois d'une résistance ironique aux conseils d'un vieil
ami de l'homéopathie qui m'invitait à m'informer de la méthode.
J'éprouve encore l'émotion inexprimable de mes deux premiers résultats.
Tout d'abord un cas de coqueluche après huit jours de maladie confirmée,
l'enfant, un petit garçon de 7 ans, était arrivé à avoir ses 40 quintes
par 24 heures. Pour la première fois de ma vie, j'indiquai une
alternance de remèdes homéopathiques à la 6e dilution: Drosera,
Ipeca, Corallium rubrum... Le lendemain, tout vibrant de
curiosité, j'allai revoir le petit malade et j'eus la joie d'apprendre
que dans les dernières 24 heures les quintes s'étaient réduites à
quatre; en quelques jours la coqueluche était complètement guérie.
Deuxième cas: chez une femme de 50 ans environ un état de
dyspepsie chronique qui la tourmentait depuis plusieurs années et
rendait son alimentation très difficile. J'avais déjà usé ma courte
science, mon temps et la patience de la malade à prescrire régimes,
pepsine, acides, alcalins, absorbants, antiseptiques digestifs,
carminatifs, infusions et décoctions, le tout avec des résultats infimes
et momentanés. Une 30° dilution de Nux vomica, indiqué par
les symptômes, fit plus pour ma pauvre patiente que plusieurs années
d'allopathie avec la collaboration successive de plusieurs médecins.
Elle fut autant stupéfiée que ravie d'un résultat sur lequel elle ne
comptait plus dans sa résignation et son habitude de souffrir.
Le Docteur Herr, de Darnetal (Seine-Inférieure), nouveau
venu à l'homéopathie, après quelques années de pratique allopathique, me
transmet une de ses premières confirmations thérapeutiques dans les
lignes ci-dessous. Malgré la simplicité pathologique du cas traité, la
supériorité de la prescription homéopathique sur la prescription
allopathique est si nette, si claire, que l'observation de notre nouveau
confrère, intéressera nos lecteurs et renouvellera dans l'esprit de nous
tous le doux souvenir de nos premières cures hahnemanniennes.
Le Docteur Herr, de Darnetal
Je crois qu'il y a toujours au fond du coeur de tout
homéopathe un petit coin où se grave pour toujours sa première guérison.
Pour ma part je crois que je n'oublierai jamais mes deux premières
cures, et si vous pensez que la narration de ma première application de
la doctrine d'Hahnemann puisse intéresser votre journal, la voici.
Ma cuisinière, âgée de 22 ans, avait pour je ne sais quelle
raison pris une purgation d'huile de ricin. Huit jours après elle me dit
qu'elle continuait à avoir de la diarrhée, qui survenait régulièrement
de minuit à trois heures du matin. Immédiatement je reconnus
l'aggravation caractéristique d'Arsenicum alb. et cependant je résistai
au désir de donner le remède, et me contentai de donner de l'Elixir
parégorique. La diarrhée disparut à mon grand regret et je me résignai à
attendre une nouvelle occasion. Trois jours après l'absorption de
l'élixir parégorique la diarrhée reparut de minuit à trois heures du
matin, à ma grande satisfaction et j'administrai à nouveau de l'élixir
parégorique avec le même succès que la première fois; je veux dire que
la diarrhée disparut puis reparut et résista de la même façon à
l'élixir, pour la troisième fois. L'expérience me parut avoir assez duré
et je me décidai à donner le remède homéopathique, représenté par une
goutte de liqueur de Fowler prise avant le repas de midi.
C'est avec une grosse inquiétude que le lendemain
j'interrogeai la malade. Elle avait dormi toute la nuit, et la diarrhée
disparut pour toujours.
Cette observation ne présente pas un très gros intérêt pour
tout autre que moi, mais elle peut réveiller chez chacun un souvenir
identique agréable.
Voilà comment j'obtins ma première guérison homéopathique.
Dr L. PICHET, de Paris.
On est toujours heureux de dire avec notre bon La Fontaine
J'étais là, telle
chose m'advint.
C'est pour cela que les récits des Docteurs Duprat et Herr
m'ont, engagé à les imiter et à donner la narration de ma première cure
homéopathique. A ce titre elle peut intéresser les lecteurs du
Propagateur de l'homéopathie.
C'est en 1911 que j'ai eu le bonheur d'apprendre ce
qu'était l'homéopathie, dont je ne savais auparavant rien que le nom ou
presque. J'étais alors médecin militaire en activité, actuellement je
suis en non-activité par retrait d'emploi depuis un an, pour avoir
refusé par écrit de m'engager devant deux témoins ou par lettre à ne
plus faire d'homéopathie dans l'armée, même dans les maladies mortelles,
quand les ressources de la thérapeutique officielle sont dépassées.
Ce fut mon cheval «de bataille» qui, ayant eu l'amabilité
de me jeter sur une souche où je pensais laisser la vie, fut la cause
indirecte de ma conversion à la doctrine hahnemannienne. Pendant mon
congé de convalescence, j'eus l'occasion de voir à Lyon le vaillant
pionnier de l'homéopathie qu'est le Dr Jules Gallavardin. J'étais allé
chez lui pour causer physiognomonie et j'en sortis accablé de brochures
homéopathiques, bien décidé à me rendre compte par moi-même.
On se rappelle la sécheresse de 1911. Dans mon régiment,
elle amena, comme partout d'ailleurs, abondante éclosion de diarrhée,
dysenterie, cholérine et typhoïde et je ne fus pas épargné. Je
contractai une fâcheuse colique avec un plaisir évident: j'allais
pouvoir expérimenter in anima vili. Je n'avais d'ailleurs aucun remède
homéopathique; j'eus vite fait d'en improviser un grâce aux immenses
ressources des infirmeries régimentaires en sulfate de magnésie, je pus
sans peine confectionner un litre de solution du dit sel à 1 pour 1.000,
que je me mis à absorber consciencieusement par cuiller à soupe à chaque
tranchée, et, à mon étonnement, les dites tranchées étaient jugulées de
suite et vite l'indisposition fut loin. J'essayai sur d'autres le même
traitement avec des résultats évidemment meilleurs que les classiques 30
grammes de sulfate de magnésie de mon médecin chef, qui, s'ils ne
faisaient pas toujours du bien, faisaient au moins quelquefois du mal.
Du sulfate de magnésie, je passais à d'autres purgatifs et
je m'attirai cette réflexion d'un confrère de la ville: «Je ne sais pas
à quoi pense Pichet ces temps-ci: il doit être malade. Il avait une
diarrhée à soigner et il a prescrit de la rhubarbe!» Il ne savait pas
d'ailleurs que cette stupéfiante rhubarbe avait eu l'audace insolente
d'arrêter la dite diarrhée, alors que son élixir parégorique compliqué
de bismuth et d'autres ingrédients encore lui avait laissé suivre
librement son cours.
Depuis, j'ai traité homéopathiquement avec succès, les
gonorrhées militaires, puis j'ai fait des vaccins suivant la méthode du
Père Collet, puis... on m'a mis à la porte et maintenant je contribue de
mon mieux à répandre parmi la population parisienne les méthodes
subversives du grand Hahnemann.
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