NOS PRINCIPES HOMEOPATHIQUES |
Dr DEL MAS de Hugo Minnesota
(États-Unis d'Amérique)
Le Propagateur de l'homéopathie n°8,
31 aout 1913, p. 169 |
Les principes de notre école et ceux de l'école officielle
n'ont rien de commun, sinon aux yeux du thérapeute composite qu'enfante
une Faculté hybride, et qui, quoique apercevant la lumière du Similia, n'a ni le courage, ni la force de l'envisager
pleinement.
L'homme, même en médecine, s'en tiendra plutôt aux préjugés
qu'à la raison: il n'est pas naturellement fait pour atteindre à la
gloire par le sacrifice d'idées chères, quoique erronées.
Que diriez-vous donc, si l'Académie de Médecine daignait
descendre sur le terrain de l'expérimentation pour vérifier ou réfuter
la loi fondamentale de l'ouvre gigantesque de Hahnemann? Est-ce que le
chien, le chat, le lapin, le cobaye et la grenouille ne lui feraient
point des reproches mérités? Sous le front bas, l'idée n'est jamais
haute, même à l'Académie.
Que penser du soi-disant homéopathe qui étale son ignorance
ou sa sottise aux assemblées médicales ou dans les feuilles
bienveillantes qui acceptent ses élucubrations? Suivez-le de près.
Lisez-le, écoutez-le. Comparez-le au Maître qui fonda l'école à laquelle
il prétend appartenir, et dont la main sûre traça les lignes fermes de l'Organon. Il n'est qu'un travestisseur de l'idée
hahnemannienne. Son front n'oserait abriter l'idée de la force vitale,
ni la conception du dynamisme. La maladie, pour lui, est un agent
matériel ou pondérable qu'il pourra déloger par des doses massives, des
douches antiseptiques ou des moyens coercitifs. Sa thérapeutique est une
exhibition de muscles qu'anime la stupidité. Et, il alterne, il purge,
il électrise, il masse, il oint, il baigne, il frictionne, il réveille
la sangsue, il chauffe la ventouse, il fait briller le bistouri, il
recommande les eaux, il impose la mer. A cela, il ajoute fidèlement la
poly pharmacie la plus traditionnelle, ou bien le voyez-vous, dans un
cas où un maître de l'art aurait employé un seul médicament, se servir
d'une douzaine de remèdes qui vont au malade comme des guêtres à un
lapin.
Le sens de l'Hahnemannisme est refusé à qui n'est pas assez
humble pour suivre les préceptes de Hahnemann. Les maîtres passés et
présents dans notre école se sont toujours inspirés aux sources
Hahnemanniennes. Ils n'ont jamais songé à critiquer ou à perfectionner
les révélations de Hahnemann. C'est en se tenant près du fondateur que
les élèves ont passé maîtres à leur tour. Avez-vous jamais lu les
observations de Hering, de Adolphe Lippe, de Henry C. Allen, de
Farrington, de Dunham, de Nash, et celles de Kent et de sa pléiade de
disciples? Y avez-vous trouvé l'aveuglement de la poly pharmacie, de
l'adjuvant, de l'alternance et du dosage massif? Y voyez-vous le cerveau
ou le muscle en action? Vous y rencontrez une ligne pure, un style
impeccable, un coloris merveilleux, et leurs oeuvres dureront comme
celles du Maître, car, nées de la vérité, elles rentrent dans l'ordre
éternel.
Pourquoi lisons-nous au § 274 de l'Organon qu'il est inutile d'avoir recours à la multiplicité de
moyens, lorsque la simplicité peut conduire au but?
Au § 272 que dans le traitement d'une maladie, une seule simple substance
médicinale devrait être employée à la fois? Réellement, avons-nous des
maladies ou des malades à soigner?
Sauf celui qui est atteint d'amblyopie ou de diplopie, nul
ne trouvera matière à dispute du § 187 au § 205.
Est-ce que les §§ 245, 246 ne
pourraient rassurer les plus agités d'entre nous? Et les §279 §280, n'enseigneraient rien au matérialiste homéopathe? N'y
a-t-il pas un grain de bon sens dans les § 164, 165, 209, 258?
Ainsi que nous l'avons énoncé plus haut, les fidèles
disciples n'oseraient ajouter un iota à ce livre sublime et bienfaisant
qu'est pour le thérapeute l'Organon de l'Art de quérir.
Et, si le manteau du Maître est tombé sur leurs épaules, ils n'ont
acquis cette gloire qu'en marchant sur les traces de celui qui se
couronna roi dans le champ du Similia.
C'est grâce à sa fidélité aux principes de l'Hahnemannisme
que Hering est si grand aux yeux de l'homéopathe sincère. A lui nous
devons la loi de la direction de la guérison, ainsi formulée: «Les
symptômes disparaissent de haut en bas, de dedans en dehors, et dans
l'ordre inverse de leur apparition.»
Guidé par cette loi, le thérapeute est à même de savoir
s'il guérit ou s'il tue son malade, car, toute autre voie d'effacement
que prendraient les symptômes, après l'administration du médicament,
indiquerait une issue fatale et demanderait un antidote.
Au cours d'un traitement, les symptômes mentaux ou moraux
doivent s'améliorer ou disparaître les premiers; viennent ensuite ceux
qui se rapportent aux organes internes, et enfin ceux qui tiennent à
l'extérieur et aux extrémités.
Un dérangement mental ou interne survenant après avoir
donné un médicament pour hémorroïdes, coryza, eczéma, leucorrhée,
rhumatisme articulaire ou névralgie prouverait que le cas est incurable,
plus souvent que le choix du remède est mauvais.
Les symptômes se retirant dans l'ordre inverse de leur
arrivée sur la scène donnent espoir au médecin traitant un cas
chronique. Il verra son malade refaire, étape par étape, mais en sens
inverse, le chemin épineux et pénible qui le conduisit à la souffrance
pour retourner finalement à la santé.
C'est dans ces moments d'angoisse pour le malade descendant
le Calvaire pour retrouver les palmes et les cris de joie d'une
Jérusalem enthousiasmée qu'un médecin a besoin de confiance en la loi de
Hering. Sa constance est alors un gage de salut pour son client.
A la lumière de cette même loi, que confirme l'expérience
de maints et maints homéopathes sincères, nous est-il permis de voir la
folie de ces chercheurs de pierre philosophale ou de spécifiques pour le
cancer, la tuberculose, ou tout autre maladie? Il leur faut des millions
et des laboratoires pour inventer des sérums miraculeux, oubliant que le Simillimum seul guérira celui qui, tuberculeux ou
cancéreux, pourra refaire sa vie de douleurs en sens inverse. Il leur
faudrait de l'esprit et non des richesses.
Sans doute, la vanité aveugle ces alchimistes homéopathes
dont l'esprit a tant de peine à se débarrasser de la manière officielle
d'envisager et maladie et remède. Ils ont hâte de dépasser l'école
officielle en exercices acrobatiques et en recherches futiles qui, après
tout, ne sauraient trouver d'appui ni dans les principes Hahnemanniens,
ni dans les données de la raison, ni dans l'enseignement de
l'expérience. Le Simillimum seul est un spécifique; car il sied à
l'individu malade tout entier; et le malade qui ne réagira pas sous
l'action du Simillimum donné à doses impondérables et dans les limites
voulues peut faire son testament, quoi qu'en disent nos alchimistes.
Le praticien foncièrement appuyé sur les bases
Hahnemanniennes, se soucie peu du sel de Quinton ou du sérum de Roux.
L'empirisme n'est point son apanage. Il aime la vérité, il la suit. Il
n'emploie un remède que lorsque sa pathogénésie et les caractéristiques
de son client sont similaires. Il sait qu'il n'y a point d'élixir de
vie. Toutefois, il n'oublie pas que le Simillimum seul peut rendre les
malades à la santé.
Prenez un homéopathe qui n'est pas ferré à glace, et vous
le verrez papillonner de spécifique en spécifique: il lui faut du
nouveau et du clinquant, quelque panacée contre tous les maux dont se
plaint l'humanité. La médecine est facile de même: nommez-lui une
maladie, crac! il vous en offre le remède. Vous avouerez, c'est de
l'allopathie! Nous l'admettons, mais l'insensé a dit dans son coeur
qu'en thérapeutique, comme en morale, il n'y avait pas de loi. Ne vous
avisez pas à lui mettre l'Organon sous le nez, si vous ne tenez pas à
devenir le Gros-Jean qui en remontre à son curé. Et la loi de Hering?
Veuillez-la tenir sous clef, sinon vous serez un jocrisse à Pathmos.
Ce médecin-là est très commun de nos jours: on le coudoie à
chaque instant. Il fait tout, à part l'homéopathie de Hahnemann.
Prenez-le pour rédiger un journal, professer à la Faculté, écrire un
livre, diriger une clinique, ou déléguez-le à quelque congrès médical,
et vous aurez l'occasion de vous en féliciter: c'est du Chablis
homéopathique.
Il est urne figure contemporaine, non moins célèbre que
Hering, dont la voix fait écho aux quatre coins du monde. Nous voulons
parler de Kent. A lui nous devons la découverte de plusieurs lois en
médecine pratique. Il a formulé la loi de la correspondance des organes,
en disant que le Simillimum produit des réactions ou des aggravations
par répercussions dans des organes distants mais correspondants.
Ainsi, le coeur et le foie correspondent à la volonté; les
voies respiratoires, les voies digestives, le rein et la peau, à
l'intelligence.
Au cours d'un traitement homéopathique, s'il survient des
troubles dans les organes distants, mais correspondants de la volonté ou
de l'intelligence, le médecin laissera agir le Simillimum et ne
prescrira point pour les troubles survenus: ils disparaîtront bientôt
d'eux-mêmes.
Lorsque le médecin aura administré un médicament pour des
affections dans les organes correspondants, si des désordres mentaux
apparaissent, la prescription demandera un antidote sans délai, car la
guérison n'est qu'apparente; elle ne suit pas la direction formulée par
la loi de Hering, et son acheminement est fatal au malade.
En face de ces deux lois et de l'Organon, qu'on nous
permette de demander au lecteur ce qu'il pense de ces fourmis
homéopathiques qui s'agitent sans cesse au sein de notre Matière
Médicale, de ces fourmis qui saisissent vingt médicaments à l'heure pour
les administrer au même client? Si ces fourmis-là et leurs remèdes
étaient jetés au fond de la mer, les poissons pourraient se plaindre,
mais les malades seraient bien soulagés. Et que direz-vous de celui qui
vous fait prendre deux ou trois remèdes à la fois? Ne croyez-vous pas
qu'il a laissé le bon sens sur l'oreiller? Avez-vous jamais songé qu'un
malade ne pouvait pas ressembler à la fois à Belladona et à Mercurius, à
Aconit et à Hepar, à Nux et à Sulfur, à Bryonia et à Iodum, à Belladona
et à Lachesis, pas plus que dans l'espace de quelques heures ou de
quelques jours le même malade ne pourrait se présenter successivement
sous les figures médicamenteuses de Calc. c., Calc. ph., Silicea,
Sulfur, Sec. et Calc. iod?
Toutefois: prenez les journaux et lisez, et pardonnez nous
si nous exagérons. Si nous examinions les choses à la loupe, que de
monstres ne verrions-nous pas! A d'autres que nous de remplir l'office
de croque mitaine.
Revenons à nos moutons et parlons encore de Kent qui nous
trace une ligne de conduite à suivre après l'administration du
médicament:
1 ° Laissez votre cas tranquille, sil y a aggravation ou
amélioration. Ne pêchez jamais en eau trouble.
2° Une aggravation suivie du retour de symptômes anciens
fait entrevoir une guérison et demande à suivre son cours. Lorsque les
symptômes reprennent leur assiette, les anciens qui restent demandent
une prescription et servent de base au choix du médicament. C'est ce
qu'on appelle suivre le fil, au dérouler le cas, point par point,
jusqu'à son commencement. Le lecteur peut être certain qu'une fourmi ou
une linotte ne prend jamais le temps de dévider le cocon pour atteindre
la larve.
3° Des symptômes nouveaux, mais appartenant au remède,
annoncent un heureux choix qu'il ne faut pas changer. Si les nouveaux
symptômes n'entraient pas dans les tracés du remède, mais se
présentaient tandis que le malade prend du mieux, le médecin aurait tout
lieu de croire que des expériences plus étendues feraient ressortir ces
symptômes-là.
4° De nouveaux groupes de symptômes disparaissant sans
amélioration pour le malade nous indiquent que nous traitons un
incurable.
5° Amélioration rapide suivie d'aggravation nous parle
d'incurabilité.
6° Aggravation subite suivie d'amélioration courte
généralement annonce incurabilité.
7° Aggravation prolongée suivie du déclin lent enregistre
l'incurabilité, et demande des remèdes superficiels
8° Aggravation prolongée suivie d'amélioration lente
provient de la faiblesse du malade et du danger qu'il y aurait à répéter
trop tôt la dose.
Que penser de celui qui vous sert ses globules ad libitum
et ad infinitum? Ne croyez-vous pas que sa générosité frise la folie?
Pas du tout, si vous ne le laissez pas faire de l'homéopathie.
9° Une aggravation vive et courte, suivie d'amélioration
subite, ordinairement promet une amélioration longue et durable.
10° Le choix du médicament ou de la puissance serait
malheureux si, après avoir pris l'ordonnance, le malade n'éprouvait
aucun changement.
La dose doit être unique, généralement, et ne se répète que
lorsqu'elle a terminé son action favorable.
Pas d'amélioration survenant après l'administration du
Simillimum indiquerait la nécessité d'employer une puissance plus basse
ou plus haute.
Si une dose a agi favorablement et a épuisé son action, et
que la dose répétée n'ait produit aucune amélioration, il s'ensuit que
le même médicament devrait être administré alors à une puissance plus
basse que la dose originale. Si la puissance basse ne parvenait pas à
améliorer le malade, le remède complémentaire s'imposerait
naturellement.
11° Amélioration continue et rapide sans aggravation aucune
est de bon augure, sauf lorsque le malade ne se sent pas, revenir à la
santé. En ce cas, nous avons atteint le but du palliatif seulement.
12° Le suprasensible reproduit la figure pathogénétique de
chaque remède qu'il prend, et sa guérison se rapproche de l'impossible.
Répétons qu'une amélioration allant à l'opposé de ce que
prévoit la loi de Hering, ou n'entrant pas dans l'ordre déterminé par
celle de Kent conduit fatalement à la destruction finale.
Nous n'espérons pas satisfaire celui dont l'envergure ne
lui permet pas de planer dans le ciel de Hahnemann, celui qui patauge
dans la boue des sérums, se baigne dans les teintures mères et s'aiguise
l'esprit au feu de l'alchimie. Nous n'avons parlé que pour ceux qui sont
en communion avec l'auteur immortel de l'Organon de l'Art de quérir, car
à eux seuls appartiennent la foi Hahnemannienne et la gloire du Maître.
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